Résultats: ‘Tilmon Gallant’

L’éducation en français – Un nouveau millénaire – un nouvel essor

2002 par Tilmon Gallant

Tilmon Gallant

 

Depuis la disparition des quelque deux cent petits districts scolaires locaux et l’arrivée des cinq unités scolaires régionales en 1972, la communauté francophone et acadienne de l’Île déplorait le fait que cet événement était responsable, plus que d’autre chose, de la fermeture des écoles acadiennes dans la province (autre que l’école Évangéline).  Les régions de Prince-Ouest, Summerside et Rustico ont été englobées par les nouveaux districts régionaux anglophones qui ont été établis sur ces territoires et conséquemment, les Acadiens et francophones vivant dans ces régions ont perdu le contrôle de leurs petites écoles.

Pendant les prochains vingt ans, l’éducation en français fut limitée au programme offert au Centre d’éducation Évangéline avec une tentative de programmation offerte au premier cycle de l’élémentaire à Summerside, tentative qui a eu lieu au moment de la fermeture de la base militaire et des classes installées dans le sous-sol d’une église à Charlottetown.  Ce fut le début de l’école François-Buote.

Quelques faits saillants ont marqué le tournant des décisions qui ont, depuis ces dernières années, permis un regain de vie scolaire dans plusieurs régions de la province.

L’arrivée du ministère fédéral des Anciens combattants à Charlottetown pendant les années 1980 a influencé en grande mesure l’établissement du Carrefour de l’Isle Saint-Jean et l’école François-Buote qui a ouvert ses portes en 1991, offrant ainsi un enseignement aux niveaux élémentaire et secondaire en français dans la région de Charlottetown et des environs.

En 1990, la commission scolaire régionale Évangéline (Unité scolaire no 5) a relevé le défi d’élargir son mandat et son territoire en devenant une commission scolaire provinciale avec représentation de toutes les régions de la province.  Le leadership exercé par cet organisme mérite d’être noté puisqu’elle a travaillé d’arrache-pied afin de gagner la confiance d’un grand nombre d’ayants droit à l’éducation en français.  Elle récolte aujourd’hui les fruits de son travail en ouvrant les portes d’une nouvelle école à Summerside en plus de celles de Prince-Ouest et Rustico.

Suite au rapatriement de la Constitution canadienne et de l’adoption de la Charte canadienne des droits et libertés, la province a amendé la loi scolaire afin qu’elle respecte et reflète les clauses de l’article 23 de la Charte donnant ainsi droit aux citoyens ayant le droit de recevoir leur éducation en français là où le nombre le justifie et ce, financé par les fonds publics.  Appuyé par la Charte et la loi scolaire, un groupe de parents de la région de Summerside, après plusieurs refus de la commission scolaire de l’Unité no 2 (Summerside et ses environs) et du ministère de l’Éducation, a mené une lutte jusqu’à la Cour suprême du Canada afin de finalement recevoir une décision favorable en janvier 2000, permettant ainsi aux Acadiens et francophones de la région de Summerside de recevoir l’éducation en français dans leur région.

La province entérine la décision de la Cour suprême et a immédiatement mis en marche le processus de planification menant à la construction de cette nouvelle école qui ouvre ses portes au début du mois de février 2002.

La Commission scolaire de langue française en collaboration avec le ministère de l’Éducation a, du même coup, ouvert des écoles à Prince-Ouest et à Rustico avec l’appui financier du ministère de l’Éducation et du ministère fédéral du Patrimoine canadien.

Ce nouvel élan en éducation en français est dû à un ensemble de facteurs qui comprend les éléments mentionnés ci-dessus ainsi qu’un éveil dans la communauté acadienne et francophone créé par les nombreux organismes locaux, régionaux et provinciaux qui n’ont jamais abandonné l’espoir qu’un jour on aurait accès à des écoles françaises partout où il y a une demande justifiée dans la province.

Les prochains défis à relever surtout en situation minoritaire telle la nôtre seront de pouvoir offrir une programmation et un enseignement de qualité équivalente à celle offerte en anglais dans les écoles voisines et de promouvoir continuellement les avantages d’une formation en français auprès des ayants droit.  Ceux-ci devront fournir une clientèle étudiante suffisante afin d’assurer que les portes qui viennent d’ouvrir sur un réseau d’écoles françaises dans les régions acadiennes restent ouvertes pour les générations à venir.

Ces deux défis sont étroitement liés l’un à l’autre, mais l’infrastructure tant regrettée et absente par les années passées est maintenant en place afin de permettre que les progrès de ces quelques dernières années continuent et augmentent d’année en année.

Plan architectural du nouveau centre scolaire-communautaire de Summerside.

Chez nous à Mont-Carmel

1986 par Clara Gallant

Clara Gallant

 

Je suis née dans une famille de quatorze enfants.  De plus ma mère a eu quelques pertes.  Elle était toujours enceinte.  Elle nourrissait tous ses bébés, c’était un moyen de ne pas tomber enceinte avant quelques mois.  Il y avait effectivement de 15 mois à 2 ans entre chaque bébé.  Ma mère sortait rarement.  Une de ses sorties était à la fête des Rois.  À cette occasion tout le monde amenait les enfants à l’église pour les faire bénir par le bon Père Pierre-Paul Arsenault.  Il donnait une image sainte à chaque enfant.

Ma mère ne manquait pas non plus la grande procession à la Fête-Dieu.  C’était une si belle procession avec des beaux reposoirs bien préparés la veille.  Quatre hommes, souvent les marguilliers, portaient le dais sous lequel le Père Arsenault portait le saint sacrement.  Père Arsenault demandait aux enfants de cueillir des fleurs qu’on mettait dans deux paniers.  Deux jeunes filles coiffées de voiles blancs parsemaient ces fleurs devant le dais avant que le Bon Dieu passe.  Le choeur de chant était toujours bien préparé.

À l’automne, le Père Arsenault passait les maisons pour ramasser de chaque famille une paire de bas de laine et une poule qu’il vendait pour faire de l’argent pour payer son église.  Les hommes lui donnaient un boisseau de grain.

Afin de faire vivre sa grande famille, mon père faisait la pêche au hareng et au homard, et il essayait de cultiver sa terre basse et vaseuse.  On avait sur notre petite ferme deux chevaux, deux vaches, un ou deux cochons et des poules.  On était assez pauvre.  À Noël, saint Nicolas n’était pas riche lui non plus.  Il nous amenait quelques bonbons et une pomme.  On fabriquait nos propres poupée avec du coton usagé.  Deux boutons représentaient les yeux.  J’ai reçu ma première poupée achetée au magasin de ma tante Marie-Rose Poirier lorsque j’avais 11 ans.  Elle me l’a donnée lorsque j’étais à l’hôpital souffrant des fièvres typhoïdes.  Pour s’amuser, on se faisait aussi des petites roues munies d’un bâton.  La roue était une taille de bouleau sur laquelle le bâton était attaché avec un clou.

L’hiver on avait bien du plaisir à se faire glisser sur la glace dans les champs.  À l’arrière d’une petite traîne on attachait deux poteaux entre lesquels on fixait un sac à patate qui servait de voile.  On s’assoyait dans la traîne et le vent nous poussait.  Parfois, quand on était assez nombreux pour la pousser, on prenait même une grosse traîne à bois pour se faire glisser.

À l’automne on faisait un frolic pour remplir la vieille cuisine d’été de bois, pour nous chauffer l’hiver.  Qu’il faisait donc froid dans la maison les matins d’hiver, mais les enfants n’étaient pas plus malades qu’ils ne le sont de nos jours.

Je me souviens de nos bons voisins, M. et Mme Bruno Cormier.  On les a amenés à la messe de minuit une année (vers 1937).  Ils ont entré à la maison pour voir notre arbre de Noël car ils n’en avaient jamais vu.  Avant de mourir, Monsieur Cormier a demandé pardon à tous ses voisins, même aux enfants qui allaient le visiter.

Vers l’âge de 13, 14 ou 15 ans, les filles quittaient souvent l’école pour aller travailler comme servante chez les Anglais de Summerside pour $12 à $15 par mois.  Ils nous logeaient et nourrissaient en plus.  J’ai moi-même travaillé comme servante pendant dix ans.  La première famille où j’ai travaillé, il fallait que je trais la vache le soir et le matin pour 50¢ par semaine.  De plus on me payait $12 par mois.  On allait aussi travailler à la “facterie” à homard pendant la saison de pêche.

Lorsque j’avais 18 ans, l’hôpital de Summerside cherchait une française intéressée à étudier pour devenir garde-malade.  André LeClair qui enseignait à l’école de Mont-Carmel est venu me voir chez mes parents pour me demander si j’étais intéressée.  Je suis allée à Summerside avec le docteur Delaney voir la supérieure de l’hôpital et le président, Harry Holman.  Ils ne m’ont pas acceptée car j’avais seulement une 8e année d’école alors qu’ils exigeaient une 10e année ou une année de collège.  J’ai été bien désappointée car ç’avait toujours été mon rêve de devenir garde-malade.

Le 28 juillet 1936, je me suis mariée à Tilmon Gallant.  On a toujours demeuré à Mont-Carmel dans le district de Saint-Timothée sur la ferme ancestrale.  Tilmon est la cinquième génération à exploiter cette ferme (Tilmon à Benoît à Firmin à Grégoire à Pierre Gallant).  Nous avons élevé cinq enfants, soit trois garçons et deux filles.