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Souvenances de débrouillardise de Joseph J. Chiasson (Joe John), de Tignish

2007 par David Le Gallant

Joseph J. Chiasson,* connu du sobriquet « Joe John », a commencé en tant que fermier sur la propriété appartenant aujourd’hui à sa fille, Mme Anita Chiasson. Né à Tignish en 1876, il avait épousé Yvonne Dionne de Lachine, Québec. Nous sommes heureux de présenter un article sur ce Tignishois dont la débrouillardise a été exemplaire pour toute une génération.

Joseph J. et Yvonne Chiasson (parents de Anita Chiasson, de Tignish)

Joe John était un homme économe et un modèle à suivre par sa débrouillardise d’abord comme fermier en récoltant une bonne qualité de pommes de terre et d’avoine. Pendant la Grande Dépression, alors que le coût de l’engrais était prohibitif, il trouva que l’utilisation du varech (kelp) et des abats de boucherie (offals) étaient d’excellents substituts à l’engrais. Il réussit à avoir une bonne récolte de pommes de pré (canneberges). Quand on parlait de pommes de pré dans Prince-Ouest, on associait cela avec Joe John Chiasson. Avec son savoir-faire il cultivait même des bleuets à la façon d’aujourd’hui.

Horticulteur à son heure, Joseph J. Chiasson aimait les arbres et les fleurs. Il est dit qu’il a planté plus de 3 000 arbres sur sa propriété et qu’on pouvait y trouver tous les types d’arbres qui existaient à l’Île. Il étudia à la fois les fleurs sauvages et cultivées. Il connaissait leurs noms et leurs genres.

Yvonne Dionne (1900-1990).

 

Un fervent toute sa vie du Parti conservateur, il entra en politique en 1931 et fut candidat  pour le premier district de Prince à côté de l’avocat Tanton de Alberton. Un orateur ayant la parole facile en anglais comme en français, il influença la construction du chemin Chiasson et surtout son élargissement. Ce chemin fut alors à sens unique pour les wagons. Pendant plusieurs années, Joe John fut contre-maître des chemins, administrateur (trustee) de la Grammar School et président de la Société Mutuelle. C’est encore aujourd’hui sur le chemin du même nom où l’on peut entrevoir le jardin magnifique des fleurs de sa fille, Anita Chiasson. D’ailleurs, l’endroit est idéal pour de nombreux nouveaux mariés qui s’y font poser le jour de leur mariage.

Joe John est surtout connu pour avoir été maître de chapelle à l’église Saint-Simon-et-Saint-Jude. Il avait commencé à chanter sous la direction du père « Mac ». Joseph J. Chiasson chanta dans cette chorale pendant 53 ans et pendant 25 ans marchait chaque matin de la semaine un mille et demi à l’église pour y chanter la messe à 25 cents. Joe John était celui qui chantait toujours Minuit, chrétiens avant la messe de minuit  à Saint-Simon-et-Saint-Jude accompagné à l’orgue  par « Minnie à Bobare  ».

Un homme doux, gentil envers tous, et jamais agité par le dire ou l’action des autres, Joe John fut un homme autodidacte qui lisait beaucoup de livres ayant à faire avec la science et fut un très bon causeur. Suffit de dire qu’un homme de son calibre a beaucoup contribué  au nom de Tignish.

  • La plupart de l’information sur Joseph J. Chiasson est puisée dans  le numéro de décembre 1975 de la revue The Westerner de la Légion royale canadienne de Tignish,  filiale no 6. L’article original en anglais est signé Hector Buote. Henri Perry (voir par après), un des derniers survivants de ladite chorale de Tignish, nous a confirmé plusieurs des détails de la vie de Joe John, père de Mme Anita Chiasson.

Souvenances de l’un des derniers survivants de la chorale de plain-chant de la paroisse de Tignish

2007 par David Le Gallant

Henri Perry, âgé de 78 ans, est l’un des derniers survivants de l’ancienne chorale d’hommes de la paroisse de Tignish qui chantait en plain-chant, une musique vocale rituelle, monodique, qui date des premiers temps de l’Église mais dont le répertoire fut codifié au IV e siècle (chant ambrosien) et appelé plus tard « chant grégorien » d’après saint Grégoire le Grand (pape Grégoire 1er : 590-604).

C’était le père « Mac » (A. J. MacDougall), vicaire à Tignish  vers les années 1900, qui avait fondé une chorale d’hommes de plain-chant, chorale  qui était considérée toujours en première place à l’Île-du-Prince-Édouard. Plus tard durant les années 1950, ce fut un autre vicaire de Tignish, le père Denis Gallant, qui dirigeait la chorale. Mais selon J. Henri Gaudet (2), c’était le premier prêtre acadien de l’Île, le père Sylvain-Éphrem Poirier, qui avait commencé la tradition de plain-chant à Tignish.  D’autres membres de cette chorale furent Jean Gaudet, Adrien Richard, François et Sylvère Buote, Joseph L. Arsenault, Joseph Doucette et, entre autres, Arthur Arsenault, un autre des derniers survivants de cette chorale qui est décédé récemment et qui était le cousin germain (1er cousin) de Henri Perry. Celui-ci, autrefois de Léoville,  habite aujourd’hui avec son épouse Béatrice, née Gaudet, sur la rue Dalton à Tignish.

Henri Perry nous raconte qu’il accompagnait souvent « Minnie à Bobare », celle qui a été organiste à Saint-Simon-et-Saint-Jude à partir de l’année 1894 jusqu’en 1947. Née Marie Macrina Richard, elle épousa Albert (« Bobare ») Chiasson. Henri l’accompagnait en pompant de l’air pour elle à l’orgue parce qu’elle jouait si fort, en tout cas beaucoup plus fort que la normale. Henri Perry a souvent interprété Adeste Fideles, à Noël,  avec sa voix de baryton qui, nous apprenons de lui, était appelée à Montréal, une voix de « ténor lyrique ».

C’est à peu près depuis 1939 que Henri Perry a fait partie de la chorale de Tignish  alors qu’Adrien Richard était le maître de chapelle. C’était à l’époque du père John Archie MacDonald (curé de Tignish de 1931 à 1956).  Monsieur Perry, qui était électricien pour Sylvania Electric, a vécu  36 ans au Québec, particulièrement à Montréal, où il a chanté en l’église St-Charles-Garnier (Montréal-Nord) et à Boucherville où il a été chantre dans les églises Sainte-Famille et Saint-Sébastien.

Henri Perry parle avec enthousiasme de son expérience de chantre dans la chorale d’hommes de Tignish. Ses souvenirs du dimanche des Rameaux  lui sont vivaces alors qu’il entonnait, avec Johnny (à Gus) Chiasson, Israel es tu Rex.  Les Mercredi, Jeudi et Vendredi saints c’était à 8 heures du soir que la chorale chantait le Tenebrae (en français : les « Ténèbres ») après quoi, nous dit Henri, tout le monde se réveillait et quittait l’église sans plus tarder. Il se rappelle très bien aussi des Lamentations de Jérémie, interprétées le Samedi saint.

(1) Quelques souvenirs recueillis lors d’une rencontre de David Le Gallant avec Henri et Béatrice Perry chez eux en décembre 2007, tout près de l’arbre de Noël bien gréé qu’ils s’étaient procuré à Boucherville (Québec), en 1967.

(2) J. Henri Gaudet, Photo Historica 1799-1999, 1999, p. 23.

M. et Mme Henri et Béatrice Perry, alors à  Léoville

Une semaine dans la vie de François-Joseph Buote

1986 par Elizabeth E. Cran

présenté par Elizabeth E. Cran

 

François-Joseph Buote est un personnage important de l’histoire de Tignish et de la communauté acadienne de l’Île.  Effectivement il est, avec son père, le fondateur de L’Impartial, le premier journal de langue française publié dans la province.  Ce que peu de gens savent c’est que F. -J. Buote a tenu pendant un certain temps un journal intime.  Caché dans un Journal et Almanach pour l’année 1898 (qui s’appelle aussi Guide complet de l’imprimeur, publié par John Haddon et Cie de Londres), cet important manuscrit se trouve dans la collection de Reginald Porter, grâce à qui j’ai pu l’étudier.

L’écriture de F. -J. Buote présente un gros problème à qui voudrait transcrire son journal.  Elle est souvent difficile à déchiffrer et assez fréquemment illisible.  Et encore, cette écriture varie tellement qu’on la décrirait mieux comme deux écritures différentes.  On ne peut choisir une partie à étudier sans y trouver plusieurs mots qui résistent à nos efforts de compréhension.

Curieusement, Buote tenait son journal en anglais, jusqu’au point d’appeler sa femme (née Marie Goguen) “Mary”.  On ne saura probablement jamais pourquoi, mais il est difficile de résister à la tentation de spéculer.  Il écrivait facilement l’anglais.  Il y a peu de traces de sa langue maternelle dans sa façon de s’exprimer.  Dans ma traduction, j’ai essayé de rester aussi fidèle que possible au texte anglais, sans pourtant écrire quelque chose qui ne soit pas du bon français.

Comment choisir des passages à publier dans un journal si intéressant?  C’était difficile en effet.  J’ai commencé au 6 janvier, le jour de l’anniversaire de son mariage, qui est suivi par une semaine assez typique du journal entier avec son mélange d’activités très variées et d’expressions d’ennui dont “rien de nouveau par ici” en est le refrain.

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jeudi 6 janvier – Épiphanie :  Aujourd’hui le soleil brille merveilleusement.  C’est l’anniversaire de notre mariage.  Il y a 12 ans aujourd’hui que nous nous sommes mariés au Cape Bald, N.-B., par le père Breadly (sic).  Quels changements depuis.  Je rends grâce que jusqu’à présent j’ai prospéré.  Ce soir nous sommes allés au concert; nous nous sommes bien amusés.  La somme de $24.00 a été réalisée et tous étaient satisfaits.  Après le concert tout le groupe est venu chez nous et nous nous sommes amusés.  Je rends grâce aujourd’hui pour le bon anniversaire.

vendredi 7 janvier:  Il a plu la plus grande partie de la journée.  J’ai reçu aujourd’hui de nouveaux caractères, des similigravures et d’autres marchandises de Duchêne.  J’étais occupé à arranger et à attacher les caractères dans les cases.  Rien de nouveau.  Nous avons tenu notre réunion du C.M.B.A.Le Dr McLellan, grand député, a installé les nouveaux officiers.  La réunion était animée.  Beaucoup d’échanges entre Murphy2, Brennan, O’Brien (sic) et moi-même, (mot illisible) le président, ainsi il ne pouvait décider quoi faire.  Nous anticipons un hiver animé au C.M.B.A.

samedi 8 janvier :  Aujourd’hui il faisait assez froid.  Nous étions très occupés à imprimer et mettre nos presses et notre bureau en bon ordre.  Rien de nouveau.  Mon père a reçu son manteau de Joe Chaisson, il lui allait très bien.  Il l’a payé en entier.  Il y avait un peu de neiges qui volait aujourd’hui, mais rien pour déranger.  Je ne me sens pas très bien.  (mots illisibles) semble mieux.  Tranquille au village.

dimanche 9 janvier :  Je ne suis pas sorti de la maison aujourd’hui.  Ne me sentais pas très bien.  Il faisait froid aussi.  Rien de nouveau.  Tout semble tranquille et ennuyeux.  Cependant nous n’avons rien à nous plaindre. Tout va bien avec nous et nous avons beaucoup de raisons à être reconnaissants.  J’entends qu’il y a plusieurs nouvelles publications de mariages aujourd’hui.

lundi 10 janvier :  C’était une journée bien occupée pour moi.  Ai préparé un côté du journal à imprimer tard en soirée.  En train de mettre les livres de la C.M.B.A. en ordre, les ai arrangés.  Rien d’important.  McEleory (sic) a détaché le fil de téléphone de sa maison en le frappant parce qu’il faisait trop de bruit dedans.  À minuit, plusieurs tapageurs de nuit étaient sur le sentier de la guerre.  Pas de dommages cependant.  À 6 heures du soir il faisait un peu moins froid et il semblait qu’il allait neiger.  Le vent continue fort et humide.  Il y a beaucoup de maladie dans la paroisse.  Les adultes aussi bien que les enfants (mots illisibles) dans chaque section.  Ai payé exp… (,)

mardi 11 janvier:  Aujourd’hui il faisait assez froid.  Il y avait 3 couples qui se mariaient ce matin.  Dominique Abram Chaisson, Joe Fidèle Perry et Lambert (?) (mot illisible).  Je suis allé chez J. Chaisson, au coin à Béloni cet après-midi.  Ai acheté tabac et mouchoir.  Il n’y a rien de nouveau.  Ai envoyé Albert au moulin près de chez Peter Maxim3 .  Les chemins ne sont pas en très bonne condition.  Les affaires semblent être complètement arrêtées.  Rien ne bouge.  Il n’y a rien de nouveau dans le courrier de ce soir.  Il y a quelques ivrognes dans les rues, mais ils sont bien tranquilles.  Le père Burke4 est venu à Tignish ce soir.

mercredi 12 janvier:  En matinée il faisait plutôt doux.  Vent du sud-ouest.  Rien de très important.  Mon père est allé à Saint-Louis ce matin.  Nous sommes occupés à imprimer.  Nos affaires marchent bien.  Mon oncle Jérôme est ici pour dîner.  À midi le vent était assez fort et plus tard il tempêtait.  Tout est tranquille.  J’ai reçu trois sous-main par le courrier ce soir et (mots illisibles).  Nous avons fini d’imprimer à 8 h 45.  Tout a marché d’une façon satisfaisante et nous affirmons avoir le meilleur journal des Provinces Maritimes.  Il y a une conférence à la salle Sainte-Marie ce soir donnée par le révérend père Dugald5 .  Suis trop occupé pour (mot illisible) conséquemment ne peux y aller.  “Les affaires avant le plaisir” a toujours été ma devise et doit-elle céder à cette occasion.

Notes

1.  Catholic Mutual Benefit Association.

2.  Le docteur Murphy, plus tard sénateur; J. -A. Brennan, homme d’affaires de Tignish.

3.  Fils de Maximin Chaisson dont la ferme se trouvait au nord du village, assez près de la maison des Buote.

4.  A. -E. Burke, curé d’Alberton à l’époque et actif dans beaucoup de projets communautaires.

5.  Curé de Tignish, le père Dugald MacDougall.

Nouvelles de l’empremier

1985 par Contribution anonyme

 

1883 – Baie-Egmont :  “Le vénérable vieillard, le Rév. M. Poirier, que tous nos lecteurs connaissent, est encore assez frais, malgré son grand âge et ses nombreuses infirmités.  Il a changé dernièrement de demeure en laissant Mont-Carmel pour venir sous le toit hospitalier de M. Felix Poirier, près de l’église d’Egmont Bay.”  (Le Moniteur Acadien, le 2 août 1883)

 

1887 – Tignish :  “M. J. S. Gaudet, cultivateur de Tignish, a eu une drôle d’aventure.  En ouvrant sa cave de dehors, il y a de cela quelques jours, il y trouva deux moutons.  Ils étaient dans la cave depuis le mois de décembre dernier à l’insu de M. Gaudet.  L’un deux pesait 200 livres, et avait une toison de laine de cinq pouces de long.  Les provisions que M. Gaudet avait dans sa cave étaient un tant soit peu diminuées.”  (Le Moniteur Acadien, le 22 avril 1887.)

 

1890 – Palmer Road :  “M. l’abbé Picotte, curé de Palmer Road, Î.-P.-É., vient de faire l’acquisition d’un magnifique étalon de pur sang canadien.  M. François Gendron, de Sainte Anne de la Pocatière, P.Q., qui a vendu ce beau cheval, est arrivé, vendredi soir à Shédiac, avec l’animal qu’il a délivré à M. Hubert Arsenault, d’Egmont Bay, qui était délégué par M. l’abbé Picotte pour en prendre charge.  Le prix de l’étalon est de $600.  C’est un cheval de sept ans, qui quoique n’ayant jamais été exercé pour la course trotte un mille en moins de trois minutes.”  (Le Moniteur Acadien, le 6 mai 1890.)

 

1897 – “The drawing of prizes in connection with the Lefebvre Memorial Hall took place at Memramcook, N.B., on Thursday last.  The first prize, a three year’s course at St. Joseph’s, was won by Stephen Arsenault, of Prince Edward Island.”  (The Examiner, 15 February 1897.)

 

1907 – Miscouche :  “Au nombre de ceux qui ont obtenu le titre de B.A. au collège St. Joseph, Memramcook, cette année était M. Nazaire Poirier de Miscouche.  De plus M. Poirier a gagné le prix Beaulieu, $10 en or pour excellence dans la composition française et le prix LeBlanc pour excellence dans l’élocution française.”  (L’Impartial, le 27 juin 1907.)

La Vénération des gens à l’égard des prêtres

1985 par Père Emmanuel Gallant

Père Emmanuel Gallant, c.j.m.

 

Même si je ne suis pas encore très âgé, il y a des souvenirs de ma jeunesse que je n’oublierai jamais; et l’un d’entre eux est la vénération de nos gens à l’égard des prêtres.  Le prêtre était vraiment reconnu comme l’envoyé de Dieu pour les instruire sur ce qui regardait leur salut, car il faut bien l’admettre, une assez grande proportion d’entre eux ne savait ni lire ni écrire.  Or, comme dit l’Écriture Sainte:  “la foi vient de l’audition de la Parole de Dieu”, l’homélie du curé, qu’on appelait ordinairement “le sermon”, était très suivie.  Tout le monde y était attentif.

À Mont-Carmel, nous avons été vraiment favorisés.  Nous avons eu de très bons prêtres; mais je crois que c’est le Père Pierre P. Arsenault, natif de Tignish, qui a laissé le plus beau des souvenirs.  C’était un homme d’une grande intelligence, un véritable organisateur et qui était aimé de tous, même des protestants qu’il se permettait assez souvent de taquiner.  Par exemple, un jour, un protestant lui demanda ce que voulait dire “P.P.” qu’on plaçait ordinairement avant son nom.  Il répondit avec humour:  “Protestant persecutor”.

Ce prêtre avait le don particulier de rendre l’Évangile si simple et si pratique par des exemples qu’on se rappelait longtemps ses sermons.  Je me rappelle très bien un passage de l’un de ses sermons alors que je n’avais que douze ans.  “Je suis envoyé par Dieu dans cette paroisse, nous disait-il, pour vous prêcher l’Évangile et vous rappeler les commandements de Dieu et de l’Église.  Je représente le Christ auprès de vous; mais n’oubliez pas que je ne suis qu’un homme avec mes faiblesses et mes défauts, alors que le Christ, Lui, était Dieu.  Il n’avait aucun défaut.  Alors si je n’imite pas toujours le Christ, si je manque parfois à la charité, c’est souvent à cause de mon caractère.  C’est pourquoi je vous demande de faire ce que je vous dis de faire; mais de ne pas toujours faire ce que parfois je fais moi-même à cause de mes faiblesses.”  J’étais resté dans l’admiration en entendant un tel acte d’humilité devant tous les paroissiens.

En général, les gens pardonnaient facilement aux prêtres ses petits défauts, surtout s’ils remarquaient qu’ils étaient vraiment aimés par l’Envoyé de Dieu.  Cependant ils savaient très bien distinguer quand un prêtre exagérait ou se montrait trop sévère.  Dieu leur avait donné un bon jugement et une conscience éclairée en ce qui regardait la morale.

Un automne, le curé avait fait venir deux prédicateurs pour une retraite paroissiale.  Malheureusement, au lieu de parler de la bonté et de la miséricorde de Dieu, toute la retraite avait porté sur le péché et l’enfer.  Les prédicateurs avaient condamné la danse comme quelque chose d’épouvantable, disant que ceux et celles qui avaient permis ces danses dans leur maison pourraient se voir refuser l’absolution.  Une dizaine de femmes furent vraiment troublées dans leur conscience.  Tout le monde parlait de cela, et je me rappelle les réflexions de mon père à ce sujet: “Le Saint Roi David a bien dansé devant l’Arche d’alliance”, et il ajoutait:  “Quant à moi, je ne fais certainement pas de mal dans ces danses carrées ou quadrille, car la seule chose à laquelle je pense, c’est de ne pas me tromper.”  Plusieurs hommes sont allés voir le curé qui était alors le Père Théodore Gallant, natif de Baie-Egmont.  Le dimanche suivant, le curé annonça en chaire:  “À l’occasion de certaines noces j’ai vu moi-même les danses qui ont lieu dans la paroisse, et comme prêtre, je ne vois aucun mal dans ces danses.  C’est un moyen pour vous d’exprimer votre joie, et vous divertir.  Alors vous pouvez continuer à danser comme cela.”

Je me rappelle aussi un fait qui s’est passé à Baie-Egmont alors que le curé était d’une sévérité exagérée au sujet des vêtements chez les hommes comme chez les femmes.  Il défendait aux femmes de se faire couper les cheveux.  Les robes des femmes devaient descendre jusqu’à trois ou quatre pouces au-dessus du talon, couvrir tout le bras jusqu’au poignet et n’avoir aucun décoltage au cou.  Or, il arriva qu’une jeune dame, parce qu’elle perdait tous ses cheveux, reçut le conseil de se faire couper les cheveux afin de leur donner plus de force.  Un jour, comme elle devait marcher plus de deux milles pour aller visiter une malade, elle mit une robe dont les manches terminaient au coudre.  Malheureusement, le curé, qui venait juste de s’acheter une belle automobile, une MacCauklin-Buick, s’il vous plaît, passa devant elle, et s’arrêta.  Il commença aussitôt à réprimander la dame d’une manière vraiment insolente.  Il termina par ces mots:  “Pensez-vous que la Sainte Vierge aurait manqué de pudeur comme cela en se promenant dans le chemin comme vous le faîtes?”  La femme perdit alors le contrôle d’elle-même, et s’adressant à son insulteur, elle dit:  “Monsieur le Curé, pensez-vous que Saint Joseph se serait promené dans le chemin avec une grosse automobile comme la vôtre?”  Le curé partit aussitôt sans dire un mot.

Un jour, racontait souvent mon père, de la maison paternelle, on vit passer quelqu’un en traîneau.  On ne reconnut ni le voyageur ni le cheval.  Alors chacun disait que c’était telle ou telle personne.  Quelques minutes plus tard, un voisin arriva à la maison.  On lui demanda qui était celui qu’il venait de rencontrer.  “Mais, dit-il, c’est le Père Boudreault de Baie-Egmont.”  Il y avait à la maison une vieille tante qui s’écria:  “Ah, ma tante savait bien que ce n’était pas du monde, mais un prêtre.”

J’ai souvent réfléchi à ces paroles de ma grande tante.  Cela montre bien qu’elle ne plaçait pas les prêtres sur le même pied que les autres hommes.  Je crois qu’elle avait bien compris le vrai sens des paroles de Notre Seigneur en parlant de ses apôtres à son Père:  “Ils ne sont pas du monde” (Jean 17, 14) que certaines éditions récentes, pour que ce soit encore plus claire, traduisent par “ils n’appartiennent pas au monde”, (c’est-à-dire, à ce monde).

 

(Le Père Gallant, originaire de Mont-Carmel, est retraité.  Il demeure présentement à Charlesbourg, Québec.)

Elizabeth E. Cran mérite le Prix Gilbert Buote

1985 par Contribution anonyme

 

La Société historique acadienne décernait le Prix Gilbert Buote à Mme Elizabeth E. Cran lors de son assemblée annuelle, le 24 novembre 1985.  Mme Cran s’est vue attribuer le prix pour sa chronique dans La Voix Acadienne intitulée, “Tignish:  le passé, le présent, le futur”.

Commentaires du jury :

Ce projet s’avère aux yeux du jury comme des plus pertinent à l’histoire et à l’héritage acadiens.  C’est d’ailleurs le but premier de cette chronique:  faire connaître des parties cachées de l’histoire, en chercher de nouvelles, rattacher ces parties au présent et impliquer cette mosaïque de faits culturels et historiques dans la détermination du futur du peuple acadien.  Bien que la chronique de Mme Cran soit spécifique à la région de Tignish, elle traite quand même de l’Acadien de l’Île en général et de son passé.  Les articles de Mme Cran sont en eux-mêmes une mise en valeur de l’héritage acadien et une façon de faire connaître les Acadiens aux Acadiens.  Un autre point remarquable quant à ce projet, c’est la vulgarisation de l’histoire, cette façon intéressante qu’a Mme Cran d’écrire de manière simple et de montrer aux Acadiens (surtout ceux de Tignish) qu’ils ont écrit l’histoire et que les pages de leur passé sont aussi importantes que celles de n’importe quel bouquin.  Mme Cran a un style qui rend l’histoire accessible, facile à comprendre et très intéressante.  Le jury considère qu’un tel projet peut non seulement favoriser la connaissance de l’héritage et de l’histoire acadiens, mais aussi sa conservation en créant un intérêt chez les Acadiens pour leur passé.

C’est pourquoi le jury considère ce projet comme très pertinent et contribuant fortement à l’histoire et à l’héritage acadiens.  De plus, le jury a pu constater le genre de recherche exigée pour un tel travail et le nombre d’années que Mme Cran a investi dans la connaissance de cette région acadienne.  Le travail est aussi d’une très grande qualité si on se base sur les critères d’écriture, d’accessibilité, de méthode de travail et de recherche.  De plus, parce que l’auteur sait vous captiver et retenir votre attention, le jury estime qu’elle est largement lue par la plupart de ceux qui achètent le journal (média facilement accessible) dans lequel elle écrit ses chroniques, ce qui ajoute à la visibilité du projet.  Et si on considère que ce journal est même expédié à l’extérieur de l’Île, cela diversifie l’auditoire rejoint.  Cependant, il faut considérer que ces chroniques ne sont pas accessibles aux unilingues anglais.

Mention honorable :

Le juré a donné une mention honorable au Comité Tourisme Acadien Prince Ouest pour son projet “La reproduction du débarquement de Jacques Cartier à l’Île Saint-Jean en 1534″.

Commentaires du jury :

Le jury fut très impressionné par la qualité de réalisation du dossier qui lui a été remis.  De plus, en lisant les découpures de journaux tant francophones qu’anglophones, il réalise que ce projet a rejoint beaucoup de gens de différentes parties de l’Île comme de l’extérieur, de différentes cultures et de différents âges.  Il nous apparaît qu’une très grande somme de personnes-temps-énergie fut dépensée pour la réalisation du projet comme du rapport.  De plus, le projet s’est déplacé sur l’Île, ajoutant à sa visibilité.  Le jury tient aussi à féliciter le Comité T.A.P.O. pour son initiative et sa bonne organisation.  Finalement, les nombreux prix remportés par ce projet et les commentaires relatés dans les journaux nous incitent à croire que le travail réalisé en était un de qualité supérieure.

Sages-femmes et guérisseuses

1985 par Cécile Gallant

par Cécile Gallant

 

Cet article est un extrait d’un manuscrit préparé par Cécile Gallant pour l’Association des femmes acadiennes de l’Île-du-Prince-Édouard. Il s’agit d’un ouvrage qui traite de la contribution et de la situation de la femme acadienne dans la société insulaire.  Nous remercions l’Association de nous avoir accordé la permission de publier cet extrait.

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Les sages-femmes

Jusque dans les années 1950, la majorité des femmes acadiennes accouchent dans l’intimité de leur foyer.  La naissance d’un bébé, événement bien important dans la vie de la femme, se passe presque toujours à la maison.  C’est une pratique traditionnelle qui est seulement abandonnée graduellement à partir du moment où les hôpitaux deviennent accessibles à la majorité des gens grâce aux plans d’hospitalisation du gouvernement.

À l’époque où les services de médecins étaient totalement absents, il y a toujours eu dans les communautés acadiennes des sages-femmes qui assistaient les femmes enceintes lors de l’accouchement.  À la fois une science et un art, la profession de sage-femme était transmise de génération en génération entre femmes.  Et même après l’arrivée des premiers médecins, les sages-femmes ont continué à jouer un rôle important dans leur milieu.  En effet, malgré le fait qu’elles pouvaient désormais obtenir les services d’un médecin, un grand nombre de femmes ont continué à donner naissance à la maison avec l’aide de la sage-femme de l’endroit.  Pourquoi?  C’était d’abord une tradition, une habitude de vie.  Les femmes se sentaient à l’aise avec la sage-femme et elles se trouvaient bien de ses services.  De plus, dans les communautés rurales acadiennes d’avant les années 1960, les moyens de transport et les conditions des routes, surtout en hiver, ne favorisaient pas toujours une visite du médecin à la maison au moment des accouchements.  Il n’y avait souvent qu’un seul médecin appelé à desservir toute une population dispersée dans un immense territoire.  Le médecin n’était donc pas toujours disponible pour tous les accouchements dans une région donnée.  Enfin, la population appauvrie avait plutôt recours aux sages-femmes qui demandaient peu, et même parfois rien du tout, pour leurs services tandis que les honoraire des médecins constituaient une somme assez élevée pour bien des gens.

Les sages-femmes acadiennes ont ainsi comblé les lacunes qui existaient dans les services de santé disponibles aux femmes enceintes dans leur communauté.  Appelées le jour ou la nuit, elles se faisaient un devoir de se rendre auprès d’une femme enceinte par toutes sortes de moyens de transport, peu importe la température et la condition des routes.  Même si la plupart du temps elles ne demandaient aucune paye pour leurs services, les gens leur donnaient ce qu’ils pouvaient soit $5, soit $10, selon leurs moyens financiers.  Cependant, la plupart du temps, ils donnaient une rémunération en nature telle du hareng, des patates, de la farine et autres produits.  Une femme de Tignish nous renseigne à ce sujet :

Ces femmes icitte ne chargeaient pas trop.  Souvent elles n’étiont pas payées.  Elles étiont peut-être données un panier de patates ou une douzaine d’épis de blé d’Inde ou quelque chose comme ça.  Elles n’étiont pas payées.  Le docteur, faudrait qu’il aurait été payé, mais je crois bien que le monde n’avait pas l’argent.

En plus d’assister la maman lors de l’accouchement, les sages-femmes prêtaient souvent main-forte dans les travaux ménagers.  En effet, il n’était pas rare que ces femmes restent avec la mère et l’enfant pendant plusieurs jours et même jusqu’à une semaine afin de leur donner tous les soins post-nataux nécessaires.  Et, dans bien des cas, elles s’occupaient aussi des repas et du ménage de la maison pour toute la famille.

Qui étaient ces sages-femmes qui ont fourni un service si indispensable dans les communautés acadiennes jusqu’aux années 1960?  Il serait impossible de toutes les nommer ici.  Qu’il suffise de donner les noms de quelques-unes en guise de témoignage de leur grande contribution.

 

TIGNISH

Lucie Martin (née LeClair)

“Ça c’était une maître, tellement merveilleuse, elle était recherchée”, de dire une informatrice de Tignish.

Isabelle Poirier (née Gaudet)

Cette femme était surnommée la “Grêle” à cause de son tempérament.  C’était une femme qui fumait la pipe et aimait beaucoup jouer aux cartes.  Elle était reconnue comme composeuse de chansons.  En tant que sage-femme, elle a mis au monde plus de cent bébés.  La tradition orale rapporte que le Père Dougall MacDonald, curé de Tignish, lui avait béni la main droite afin d’assurer que tout aille bien aux accouchements.

Il y a eu aussi, à Tignish, les sages-femmes suivantes:  Catherine Gallant, Marguerite Martin, Marie-Rose Poirier et Marie-Rose Richard.

 

BLOOMFIELD

Zella Gaudet

Cette garde-malade retirée, “une bonne femme”, s’est dévouée au service de la communauté en tant que sage-femme.

 
RÉGION ÉVANGÉLINE

Jane (Geneviève) Barriault

“C’était une bonne personne, elle était pas mal capable,” de dire nos informatrices qui l’ont bien connue.  Elle avait appris son métier en assistant le Dr. Delaney à des accouchements.  Une de nos informatrices qui a souvent eu besoin de ses services la décrit ainsi :

Elle était très gentille et bonne dans des cas difficiles.  Mes filles ont eu des cas comme ça avec leurs enfants dans les hôpitaux et ils n’ont pas sauvé leurs enfants.  Mais elle, à la maison, elle a tourné les enfants et puis elle les a sauvés.  Je crois qu’elle était très très capable.  Elle rassurait, mais ce que je n’aimais pas dans ça, c’est que parfois elle y mêlait la religion.  Quand elle allumait la chandelle, je croyais que j’étais en danger, là j’avais peur.

Elle restait toujours huit jours avec moi après (l’accouchement), avec la servante.  J’ai été bien soignée.  Elle prenait soin de la mère et du bébé.  Elle était bien charitable.

Sophique Arsenault

“La vieille Sophique” de Saint-Hubert est une autre de ces sages-femmes.  Elle était veuve et très pauvre.  Pour son travail, elle recevait parfois qu’une pelote de laine :

Mes quinze enfants sont tous venus au monde à la maison.  Les premiers je n’avais pas de docteur, c’était Mme Sophique Arsenault qui venait m’aider.  Elle ne demandait pas de paye pour ses services, on lui donnait ce qu’on pouvait.  J’ai entendu dire qu’une famille lui avait donné une douzaine de harengs pour sa paye.

Léah Maddix

Âgée de 83 ans, elle raconte ses souvenirs de sage-femme :

J’étais une mid-wife et j’ai mis passé 30 bébés dans le monde; 4 toute seule, le reste avec le docteur…  Je m’ai appris moi-même avec les docteurs et puis après ça j’en ai délivré 4 moi-même que le docteur n’était pas là…  Ça ne m’a jamais énervée, moi, de quoi de même…  C’était plus une charité, j’aimais ça.

Annie Dérasp (née Arsenault)

Née le premier juillet 1897 à Saint-Raphaël (Mont-Carmel), elle a suivi un cours de garde-malade à la Prince County Hospital de Summerside.  Elle accepte une position de garde-malade avec la Croix Rouge aux îles de la Madeleine au début des années 1930.  Elle est la seule garde-malade aux îles à une époque où il n’y a ni médecins ni hôpitaux.  Suite à son mariage en 1934, elle retourne dans sa paroisse natale de Mont-Carmel.  Étant devenue mère de famille, elle ne travaillera plus comme garde-malade à salaire.  Cependant, elle sera toujours prête à desservir les femmes enceintes et les malades de sa paroisse.  Pendant de nombreuses années, elle assiste souvent aux accouchements avec ou sans le médecin.  Elle reçoit $10, même $5, ou rien du tout lorsqu’il s’agit d’une famille pauvre.

 
MISCOUCHE

Balthilde Desroches

Quand on voyait ma tante Balthilde venir avec le grand tablier blanc, on savait qu’on aurait un bébé le lendemain matin.  On croyait que c’était ma tante Balthilde qui nous apportait le bébé…  Elle était âgée et elle venait pour délivrer le bébé.

Elle était vaillante. Ça prend une femme avec du courage pour faire de quoi de même.  Elle encourageait les femmes.

 

Cette liste est loin d’être exhaustive.  Elle sert seulement à illustrer la grande contribution des sages-femmes acadiennes dans leur milieu.

Outre les sages-femmes, il y a eu un nombre incalculable de femmes qui ont assisté le médecin aux accouchements à domicile.  En aidant au médecin, ces personnes remplissaient en quelque sort le rôle de garde-malade.  En particulier, elles rassuraient et encourageaient les futures mamans et les préparaient pour le docteur.  Après l’accouchement, elles lavaient et habillaient le nouveau-né. “On était là pour servir le docteur,” de dire une informatrice de Mont-Carmel, qui a souvent aidé ses voisines lors de leurs accouchements.  La plupart du temps, ces femmes ne demandaient aucun paiement pour leurs services; elles recevaient parfois une somme minime d’un dollar.  Une femme de Tignish explique ainsi son rôle aux accouchements.

Je ne chargeais rien, j’allais justement là pour leur aider.  Tout ce que je faisais moi c’est laver l’enfant et l’habiller, parler à la femme pour lui donner un petit brin de courage quand je voyais qu’elle pâtissait trop… lui dire de prendre courage, et puis quand ses mals veniont fallit qu’elle forcit pour lui aider…  J’y parlais, je les encourageais.

Dans toutes les communautés acadiennes, nombreuses sont celles qui étaient toujours prêtes à offrir ce service.  À Rustico, à titre d’exemple, il y avait entre autres Eugénie Gallant, Eulalie Gallant et Marie Martin.  Le témoignage suivant reflète le grand dévouement de ces femmes:

Ma belle-mère en était une.  Elle s’appelait Marie Martin (née Doiron).  Elle aimait ça.  Tous les enfants qu’ont été nés que je me rappelle, moi, c’était elle qui était là. Ah! oui, elle était bonne avec ces femmes-là.  Elle était aussi bonne comme le docteur.  Il y en a que je connais bien moi qui l’ont eue et, après qu’elle est morte, elles l’ont manquée beaucoup.  Elle faisait bien son ouvrage.  Elle en a beaucoup délivré avec le docteur.  Elle aidait au docteur.  Elle chargeait une piastre par jour dans ce temps-là.  Il y a des temps qu’elle n’était pas payée du tout.  Le monde n’était pas capable de payer.  Elle faisait ça par charité.

 

Les guérisseuses

Dans les communautés acadiennes d’autrefois, on trouvait toujours des femmes-guérisseuses au service des malades de leur milieu.  Ce service bénévole était bien apprécié par les gens car dans le temps les soins de santé étaient peu organisés.  Ces femmes étaient les riches héritières d’une médecine populaire transmise de génération en génération.

“La mère à ma mère, ça c’était une vraie docteure; je me souviens qu’elle m’a sauvé la vie.  J’avais 14 ans et j’étais malade depuis deux mois, j’étais assez faible je ne pouvais pas me lever.   Alors ma grand-mère est venue chez nous et elle allait dans les champs chercher du tansie; elle le mettait dans une cuve et vidait de l’eau bouillante dessus.  Quand c’était un peu refroidi elle me mettait les pieds à tremper dans ça et ensuite elle me couchait sur un lit de plumes et me couvrait avec des couvertes de laine, pour me faire suer.  Elle a fait cela pour neuf jours de suite, après cela j’étais guérie.”      (Baie-Egmont)

“J’ai soigné beaucoup de malades.  J’allais parmi les maisons ici et là…  Je mettais des portesses avec de la moutarde et du saindoux (pour guérir des inflammations)”.       (Baie-Egmont)

“(En plus d’assister souvent le médecin lors des accouchements,) Eugénie Gallant (née Blanchard) soignait des malades aussi.  Du monde qui était malade à la maison parce qu’on courait pas à l’hôpital tout le temps.  Ça coûterait à l’hôpital, c’était pas Medicare.  Je crois que c’était une piastre par jour qu’on lui donnait.  Elle savait quoi faire.  Elle ne refusait jamais d’aller.  Elle aimait ça.  On aurait dit que c’était sa vocation.    (Rustico)

“On faisait ça nous autres mêmes, des portesses de moutarde pour une grosse toux.  On n’allait pas au docteur, jamais!  Du thé sauvage, c’était pour les reins.  Des portesses de gomme, pour des mals dans le dos.  Pour du mal, c’était des feuilles de plantain.  Pour de quoi qui était infecté, c’était des feuilles de plantain.

Il y en avait (une) qui faisait des portesses de gomme (de bois).  Elle est morte asteur.  C’était une Madame Ben Poirier;.  Elle s’appelait Léonore.  Il y avait un homme, il avait été là, il avait un gros mal sur sa jambe.  Elle lui a fait une portesse avec de la gomme.  Il a mis ça et puis ça l’a guéri.” (Miscouche)

Il y a aussi eu des garde-malades qui ont appliqué leurs connaissances scientifiques de la médecine en soignant bénévolement les malades dans leur milieu.  Une fois mariées, ces femmes abandonnaient leur carrière de garde-malade mais pas pour autant leur vocation d’infirmière.  Annie Dérasp (née Arsenault), de Mont-Carmel, était une de ces femmes.  Comme nous l’avons déjà vu, elle assistait souvent aux accouchements dans sa paroisse.  Elle opère aussi bénévolement un poste de Croix-Rouge à Mont-Carmel entre 1948 et 1975.  Elle est ainsi souvent appelée à administrer les premiers soins ou à visiter des malades.

Les services de guérisseuses communautaires ont graduellement diminué.  En effet, à partir de 1970, grâce au plan d’assurance-santé du gouvernement provincial, les gens ont commencé à se rendre de plus en plus voir des médecins.  Ces femmes ont donc fait leur plus grande contribution avant l’organisation des soins de santé alors que les gens étaient encore trop pauvres pour se payer les services d’un médecin.  Elles ont ainsi comblé un besoin social dans leur communauté à une époque où les gouvernements ne pouvaient pas y répondre.

De Summerside à Tignish en 1884

1984 par Contribution anonyme

 

L’article ci-dessous a été publié en deux tranches dans Le Moniteur Acadien (Shédiac) à l’automne 1884, soit les 20 et 27 novembre.  Bien que l’article soit pas signé, nous savons que l’auteur n’est nul autre que Pascal Poirier (1854-1933), de Shédiac.  Rappelons-nous que ce dernier était, à l’époque, un des plus grands chefs et animateurs acadiens.  En 1885, à l’âge de 33 ans, il devenait le premier sénateur acadien.

Pascal Poirier, avec Pierre-Amand Landry, avait été le principal organisateur de la Convention nationale des Acadiens, tenue à Miscouche en 1884.  Quelques mois après le grand rassemblement, Poirier revenait à l’Île visiter les communautés acadiennes du comté de Prince, probablement dans le but d’encourager les gens à donner suite aux recommandations de la Convention, mais avant tout pour se réconcilier – au nom du comité organisateur – avec les Acadiens de Tignish qui ne s’étaient pas présentés à Miscouche.  Ils avaient boudé le grand rassemblement, à l’instigation de l’honorable Stanislas Perry, parce qu’ils auraient bien voulu que le Congrès ait eu lieu chez eux.

Cent ans plus tard, on lira avec un grand intérêt la description du voyage de Pascal Poirier à l’Île-du-Prince-Édouard.  Il nous brosse effectivement un tableau vivant des paroisses acadiennes, s’attardant parfois à des détails tout à fait colorés.  Comme on le constatera, Poirier maniait très bien la plume.  Il est d’ailleurs considéré comme l’un des meilleurs écrivains, sinon le meilleur, que l’Acadie ait connu.  Quelques notes biographiques sur Poirier ont été publiées dans le dernier numéro de La Petite Souvenance, pages 28 et 29.

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Le voyageur qui part de Shédiac par un beau soleil de novembre, et qui arrive à Summerside sous une pluie battante, au milieu de ténèbres profondes, trouve la transition bien désagréable et n’a guère envie de se louer de son sort quand, au sortir du bateau-à-vapeur, il lui faut franchir, dans la vase jusqu’au mollet, son bagage sur l’épaule, toute la distance d’un quai considérablement long déjà en temps clair, mais qui paraît interminable dans l’obscurité.

L’Île-du-Prince-Édouard est appelée à juste titre, la Perle de l’Océan.  Elle n’a qu’une tache, Summerside.  Au lieu de disparaître, cette tache s’accentue.  Cette ville m’a paru plus sale qu’il y a quatre ans, alors que j’eus, comme aujourd’hui, l’avantage de visiter une grande partie de l’Île.  Les maisons sont vieilles, les trottoirs indécents, et de loin en loin, un lampion solitaire éclaire la nuit les passants et conduit les étrangers.  Ses rues sont larges, cependant, et seraient belles si elles étaient mieux entretenues et bordées moins rarement de grands édifices.  Summerside, malgré la vase qui la couvre, est une ville riche et renferme des millionnaires.  Si elle paraît endormie ce n’est pas faute d’argent; ses habitants veulent peut-être en faire une relique du temps passé.

De Summerside en allant à l’ouest, le premier endroit qu’on rencontre est Miscouche, qui restera célèbre comme ayant été le siège de la première convention acadienne tenue sur l’Île.  Ses maisons blanches, ses bâtiments également blanchis et bien entretenus, son terrain élevé et sec, en font un village coquet et propre fort plaisant à l’oeil.

 
Aux États-Unis il y a le roi des chemins de fer, le roi du lard, le roi des mines etc.  À Miscouche on a le Roi des Huîtres.  Ce titre sied aussi bien à M. Gilbert Desroches que les titres ci-dessus à Vanderbilt ou aux autres princes du commerce américain.  La quantité d’huîtres exportées chaque année de cette localité sur les marchés de Québec, Montréal est énorme et M. Desroches en est le principal commerçant.  Les quarts vides seuls lui coûtent, cet automne, plus de $400.  MM. Honoré V. Desroches et Jean S. Gaudet, marchands, exportent aussi une grande quantité.  Le prix des huîtres est ferme cet automne, et les pêcheurs font de $4 à $5 par jour chacun.  Malheureusement, le temps n’est pas favorable et ils sont obligés de chômer souvent.

La paroisse française voisine de Miscouche est Mont-Carmel où l’on se rend en voiture en traversant un grand marécage.  Presque toute la paroisse se trouve sur un terrain bas, que les pluies d’automne détrempent à une grande profondeur et qui rendent les communications difficiles.  Les habitants, heureusement, sont énergiques et font leur possible pour rendre les chemins passables.  M. l’abbé N. C. A. Boudreault, curé de Miscouche, dessert également cette paroisse et n’épargne rien pour rendre le culte divin plus imposant.  Cet été on a donné à l’église et à ses dépendances une apparence toute neuve, et M. Landry, artiste de renom, achève d’en décorer l’intérieur de peintures magnifiques.  Les lecteurs du Moniteur auront bientôt l’avantage d’en lire une belle description due à l’une des meilleures plumes françaises de l’Île, M. Elisée Gallant.

Une distance de cinq à six milles sépare Mont-Carmel de la Roche, ainsi nommée parce que, du large en venant de Shédiac, on aperçoit une grosse pierre qui est comme le chapeau de la localité.  Cette roche énorme, plus grande qu’aucun bâtiment, servait, dit la légende, de rendez-vous aux sorciers et aux lutins du temps jadis, qui y tenaient leur sabbat.

Egmont Bay (ou la Roche) est une grande paroisse dont le rivage est parsemé de factories de homard.  La pêche de ce crustacé a été moyenne, cet été, et l’extension de temps accordé par le gouvernement a été publiée trop tard pour être bien profitable.  Ici il n’y a pas de magasin près de l’église.  Le commerce se fait aux stations du chemin de fer, qui passe loin en arrière de la paroisse.  À Wellington on trouve le magasin de l’hon. Jos. O. Arsenault et l’établissement de M. John Barlow.  Dans la même bâtisse, M. Barlow a réuni un moulin à planches et à bardeaux, un moulin à farine et un moulin à carder et à fouler.  Ce dernier département manufacture une grande quantité d’étoffe qu’on envoie de Shédiac et des environs, et jouit d’une bonne réputation pour la beauté et la bonne qualité de l’ouvrage qu’on y fait.

Le magasin de M. Arsenault a plus que doublé en longueur dans les quatre dernières années, et est un immense entrepôt où sont entassées marchandises sèches, groceries, merceries, et toutes sortes d’articles de commerce.

Il se fait, à cette maison, plus d’affaires, dit-on, que dans le plus gros magasin de Summerside.  Tous les produits agricoles de la paroisse, pour ainsi dire, sont apportés à ce magasin, d’où on les exporte à l’étranger.  M. Arsenault a aussi un autre magasin à la Roche même, dirigé par M. Sylvain E. Gallant; mais bien que ce soit l’ancienne place d’affaires, il a vu ses beaux jours et n’existe plus que pour les besoins immédiats de la localité.

La station Richemond est le débouché de la partie nord d’Egmont Bay.  M. Etienne Gallant, citoyen entreprenant, y a transporté un magasin et ne tardera pas à y ouvrir un gros commerce.

Egmont Bay est relativement une paroisse encore jeune.  M. Cyrille Gallant, vieillard encore vert et aimable causeur, raconte qu’il est l’un des trois survivants des cinq premières familles qui vinrent s’y fixer.  Elles vinrent de Summerside en bateau, et débarquèrent à la Roche où nulle habitation n’avait encore été élevée.  C’était vers 1820.  Les enfants grandirent, d’autres familles virent se joindre aux premières, et aujourd’hui c’est l’une des principales paroisses de la province.  L’église est vaste et belle, et il ne manque qu’un orgue pour en faire un temple de premier rang.  On y compte plusieurs écoles, dont la principale est sous la direction de M. Henry Cunningham, jeune homme de talent, qui parle et enseigne bien le français.  La salle Saint-Pierre est une grande bâtisse qui sert de lieu de réunion aux paroissiens, et où se trouve une bibliothèque à la disposition des familles, moyennant cinq centins par année.

Entre la Roche et Tignish, le seul établissement français d’importance est Cascampèque, dont les huîtres sont bien connues.  C’est un endroit qui ne fait que de se réveiller sous l’influence du chemin de fer, qui passe à trois milles de l’église.  Deux cantons nouveaux viennent de s’ouvrir à la culture et promettent de devenir des établissements prospères – Piusville et Mill River.

Nous passons Alberton, ville sans importance, pour arriver à Tignish, ou au Toguish dans le langage des anciens.  Tignish est à l’Île Saint-Jean ce que Memramcook est pour Westmorland, Bouctouche ou Saint-Louis pour Kent, et Caraquet pour Gloucester.  Avec cette différence, que c’est encore plus grand.  Il y a là de quoi tailler trois ou quatre paroisses.  Déjà on en a détaché une partie qui forme maintenant la cure de Kildare, dont M. l’abbé A.J. Trudelle est le premier titulaire.  Tous les monuments religieux sont vastes à Tignish, église, couvent et presbytère; l’école et la gare sont également de grandes bâtisses, les magasins sont nombreux et bien achalandés, et c’est la seule localité française de l’Île où l’on trouve des hôtelleries à la main; celle de M. le capt. France Gallant – résidence la mieux montée de l’endroit et dont la pareille ne se trouve peut-être nulle part ailleurs – est moins un hôtel qu’une grande maison hospitalière.  L’église est un immense édifice en brique, que le manque de jubé et les hautes colonnades minces font paraître encore plus grand.  Dans le fond, néanmoins s’élève l’élégante galerie des chantres où est majestueusement assis un orgue de première grandeur, l’un des plus beaux et des plus puissants du pays; il a coûté $2,500.  Le jour de la Toussaint, on y a chanté la plus belle messe qu’ont ait jamais entendue dans cette paroisse.

La pêche n’a pas été bonne, cet été, sur l’Île; en quelques endroits elle a été nulle.  Certains pêcheurs, après avoir dépensé quatre piastres en préparatifs, n’ont pu en gagner que deux dans tout leur été de pêche.  Bien rares sont ceux qui ont réussi à prendre assez de poisson pour leur permettre de toucher la prime du gouvernement.  C’est pourtant quand la pêche est mauvaise et que leur travail et leurs fatigues ne rapportent rien que ces braves pêcheurs ont plus besoin d’argent.  Ne serait-il pas équitable d’accorder la prime à tous ceux qui ont passé trois long mois à la pêche, exposés au vent et à la tempête, quand bien même leurs labeurs n’ont pas été couronnés de succès?  Ce n’est pas leur faute si le poisson ne donne pas, et n’est-ce pas alors que l’hiver s’annonce plus triste, plus redoutable!  Le député qui fera partager au gouvernement cette manière de voir, se sera assuré la reconnaissance de tous les pêcheurs.

La récolte a également été mauvaise.  Assez de blé, mais pas de foin, pas d’avoine, ni de patates.  Les cultivateurs devront puiser dans leurs tirelires pour rencontrer les dépenses courantes.  Heureusement que là, sur l’Île, il n’y a pas de taxe à payer.  Quel que extraordinaire que cela paraisse, le gouvernement de l’Île-du-Prince-Édouard gère les affaires publiques, construit et entretient les ponts et les chemins, donne $100,000 par an pour fins d’éducation, etc., sans demander ni tirer un sou de la population.  C’est une administration conservatrice qui fait tout cela!  Aussi les libéraux ne lui portent guère rancune et ne se donnent-ils ce nom que pour la forme, histoire de ne pas se rouiller.  Le gouvernement Sullivan, dont l’hon. J.O. Arsenault fait partie, est bien disposé envers les Acadiens et l’année prochaine, nous dit-on, on aura un professeur à l’École normale.  C’est l’exemple du Nouveau-Brunswick qui porte ses fruits, et l’influence de la députation acadienne qui se fait sentir.  Mais si l’on voulait m’en croire, on aurait d’abord un inspecteur français.  Cela coûte un peu plus cher, mais cela est beaucoup plus efficace, et si le titulaire est à la hauteur de sa position, les écoles ne peuvent faire autrement que d’en subir la bénigne influence.  Ce serait le moyen le plus prompt et le plus sûr de faire fleurir l’éducation française sur l’Île.

Il n’y a pas de trottoirs dans les villages de l’Île.  Dans les villes, on en trouve que sur un côté de la rue, je ne parle pas de l’artère principale.  Aussi, tout le monde est bien chaussé; je n’ai pas vu une seule personne même la plus pauvre, avec des mauvais souliers aux pieds.  Qu’il fasse beau, ou que les chemins soient des torrents de boue, chacun trottine à ses affaires comme si le sol était couvert de solides madriers.  Parlant de chaussures, il est digne de mention que celles sortant de la manufacture Harper & Webster, de Shédiac, jouissent de la meilleure réputation dans l’Île à cause de leur durabilité et leur fini.  Il fait plaisir d’entendre dire que les employés de MM. Harper & Webster sont d’habiles ouvriers.

En proportion de son étendue, l’Île-du-Prince-Édouard est la partie du Canada qui produit le plus de chevaux, et de bons.  Quelques-uns sont renommés pour leur vitesse, d’autres pour leur grosseur, et tous sont très recherchés par les acheteurs de chevaux qui viennent jusque des parties les plus reculées du pays et de la République voisine.  On achète les plus pesants – 1400 à 1700 livres la plupart – pour le halage des billots; et les plus légers, rapides à la course, font les délices des amateurs de sport américains et canadiens.  À ceux qui ont besoin d’un cheval jeune, rapide, vigoureux et sain, je leur conseille d’aller voir M. Narcisse Gallant, d’Egmont Bay, qui a dans son écurie l’une des meilleures bête de l’endroit.

Le mot “convention” dont on a appris la vraie signification dans la grande réunion acadienne de Miscouche, fait battre d’orgueil et d’espoir le coeur de tout Acadien insulaire.  Dans toutes les localités françaises où je suis passé, on en parle avec amour et vénération.  L’on s’est réchauffé aux rayons de patriotisme qui ont brillé avec tant d’éclat sur les délibérations du concile acadien, et, à l’ombre du drapeau emblématique que l’on a arboré, on marche avec plus de confiance vers l’avenir; l’on se rappelle avec émotion les mâles accents entraînants et encourageants des orateurs éminents qui ont électrisé la vaste assemblée, et qui ont été toute une révélation pour la plupart des assistants.  Une paroisse seule s’est abstenue de prendre part à la fête générale et est restée chez elle pour chômer le jour de la partie.  Ce n’est point la mauvaise volonté, mais un malentendu regrettable qui fut la cause de cette abstention.  L’hon. S.F. Perry, qui m’en parlait, déplore plus que tout autre ce qui est arrivé.  Tignish est aussi français que la plus française des paroisses acadiennes.  “Il est français jusque dans les yeux, me disait avec orgueil M. Mélême Gaudet, noble vieillard de 80 ans; et à la prochaine convention, eût-elle lieu dans le fond de la Nouvelle-Écosse, Tignish sera là.”

Je regrette de n’avoir pu me rendre jusqu’à Rustico, qui est la perle de l’île, comme l’île est la perle de l’océan.  Rustico est la paroisse française la plus riche de l’île et peut-être des trois provinces.  Cette année même, qui a été si pauvre ailleurs, on a eu là une belle récolte.

Je crains d’avoir calomnié Summerside au commencement de cet article.  En repassant, elle m’a paru presque propre et jolie:  il est vrai qu’elle prenait depuis quelques jours un bain de soleil réparateur.  Il est certain qu’on ne pouvait, comme à Ottawa ces jours derniers, y faire flotter un petit navire sur la boue de sa principale rue.

Souvenirs d’un centenaire – Roch Gaudet : “J’me 100 acadien!”

1984 par Père Albin Arsenault

par Père Albin Arsenault

 

Il y a quelques semaines déjà, un membre de notre Société historique acadienne m’a demandé d’interviewer M. Roch Gaudet, puis de rédiger un article pour La Petite Souvenance.  Comme vous le savez, M. Gaudet, en août dernier, fut notre président d’honneur pour les Fêtes du centenaire du drapeau acadien car lui et le drapeau sont du même âge.  En effet, il a célébré son 100e anniversaire de naissance le 4 décembre dernier.

Notre ami centenaire porte bien son nom – Roch – il est solide comme le roc.  Malgré son âge avancé, il jouit d’une assez bonne santé, fait des petits travaux autour de la maison et de la ferme de son fils, où il habite.  M. Gaudet se déplace encore:  il participe régulièrement à la messe du dimanche et il fréquente assez souvent les parties de cartes au Club Ti-Pa.  Homme qui vit dans l’actualité, il garde également une bonne souvenance du passé.  Il s’entretient avec nous en nous présentant une page de sa petite histoire, de quelques souvenirs de sa jeunesse.  Il nous parle d’agriculture, d’éducation, de religion et de divertissements.

L’agriculture

Élevé sur la ferme, je me rappelle surtout de la faux et de la faucille pour couper le grain.  On le battait avec un flot (fléau).  Ensuite le grain était vanné au vent.  Les brises de vent nettoyaient le grain.

En ce temps-là, il y avait des moulins à farine.  Jack Harper, le grand-père de Louis, écrasait le grain.  J’en ai beaucoup vu des sacs de farine et des sacs de gru.

Ma mère marchait 10 chaînes de long pour faire son lavage au ruisseau.  Elle lavait avec une planche, un batoué.  Bien sûr, elle faisait sécher les hardes dehors.  Il n’y avait pas de machines, de sécheuses électriques dans le temps passé.

L’éducation

J’avais 7 ans quand j’ai commencé l’école.  Je me suis rendu jusqu’au 4e livre français et jusqu’au 5e livre anglais.  L’arithmétique et la géographie étaient aussi enseignées.  J’ai abandonné l’école à l’âge de 16 ans.

J. B. Gaudet fut mon premier maître d’école.  C’était un homme strict, il punissait ses élèves avec une “havre”, une canne.  Si les maîtres faisaient ça aujourd’hui, ils seraient envoyés au pénitencier!

Mes parents ont encouragé l’éducation.  L’un de mes frères, Jean, fut ordonné prêtre.  Ma soeur Marguerite était religieuse de la Congrégation Notre-Dame.  Elle a étudié aux îles de la Madeleine et elle a fait la classe jusqu’à New York.

 
La religion

À 10 ans, j’ai fait ma première communion et j’ai été confirmé le même été.  Il fallait aller au catéchiste; ce n’était pas tous les élèves qui pouvaient faire leur première communion dans le grand catéchiste.  En ce temps-là, il y avait le grand et le petit catéchiste.  Le prêtre l’enseignait pendant 3 semaines en été.  Ceux et celles qui ne savaient pas leur catéchiste étaient envoyés chez-eux jusqu’à l’année suivante.

Les divertissements

Les gens allaient aux danses, aux maisons.  Ils faisaient la musique eux-mêmes.  Même s’il n’y avait aucune musique, nous passions de belles soirées.

Dans mon jeune temps, la partie de carte qui se jouait, c’était le Pitro.  Je l’ai oublié parce que ce n’est pas un jeu qui se joue ces derniers temps.

Les noces du temps passé se fêtaient le mercredi.  On mangeait du pâté comme repas principal et comme dessert de la tarte à la mélasse.  Le mariage était béni le matin.  C’était comme ça quand je me suis marié en 1905.

Les Noels d’autrefois ne ressemblent pas ceux d’asteur.  Il n’y avait pas d’arbre ni de crèche aux maisons.  On allait voir la crèche à l’église.  On accrochait nos chaussons et on recevait que quelques bonbons.  Ç’a bien changé.  Je me demande si ç’a changé pour le mieux.

Enfin, Roch Gaudet, Acadien de sang et de coeur, est le neveu de Mgr Jean Chiasson, un ancien curé de Palmer Road et de Rustico-Sud.  Nous pouvons reconnaître cette parenté, car M. Gaudet est un homme qui vit sa foi en Jésus-Christ et est fier de ses racines acadiennes.

Nouvelles de partout

1984 par Contribution anonyme

 

Décès de Jean-H. Doiron - La mort nous enlevait soudainement, le 5 octobre dernier, Jean-H. Doiron, de Rustico, à l’âge de 65 ans.  Sa grande contribution à la promotion de l’histoire acadienne de l’Île fut au niveau du Musée Belcourt, de Rustico.  Il a effectivement été le président-fondateur de cet excellent petit musée consacré à l’oeuvre du dynamique Père Georges-Antoine Belcourt et à l’histoire générale de Rustico.  En 1983, il publiait, en français et en anglais, un livret intitulé Rustico – l’abbé Georges-Antoine Belcourt – La Banque de Rustico.  En juin dernier, il méritait pour cette publication un prix de mérite du Musée provincial.

 

Le Prix France-Acadie - La secrétaire de notre Société a été l’heureuse gagnante du Prix France-Acadie (catégorie “oeuvres didactiques”) pour son livre Le Mouvement coopératif chez les Acadiens de la région Évangéline 1862-1982.  Elle s’est rendue à Paris où on lui a officiellement remis le prix lors de l’assemblée annuelle des Amitiés acadiennes, le 29 septembre dernier.  Rappelons-nous que Cécile fut la première à mériter le Prix Gilbert Buote, pour le même ouvrage.

 

Wellington - En juin dernier, le “Wellington Senior Citizens’ History Committee” a reçu le prix de mérite du Musée provincial, pour son livre By The Old Mill Stream.  History of Wellington 1833-1983.

 

Tignish - Le Club Ti-Pa a eu l’heureuse idée de souligner le 450e anniversaire de la visite de Jacques Cartier à l’Île, en 1534, par un char allégorique.  On a pu voir ce très beau char qui a participé à plusieurs parades tout au long de l’été.  Le travail du Club Ti-Pa a été récompensé par de nombreux prix.  De plus, le 30 juin, dans le cadre des manifestations de la Fête du Canada, on reconstituait le débarquement de Jacques Cartier près d’Alberton.  Quelque 300 personnes assistaient à ce pageant historique.

 

Le Musée Acadien - Le Musée acadien, sous la direction de soeur Marguerite Richard, a connu un été très mouvementé.  On y a monté une excellente exposition intitulée Miscouche – 1884 dans la salle du Couvent de Miscouche où fut dévoilé, en 1884, le drapeau acadien.  La Société Nationale des Acadiens a fait ériger sur le terrain du Musée un monument commémoratif à l’occasion du 100e anniversaire du drapeau acadien.  Ce monument, construit par le regretté Édouard Arsenault, a été dévoilé le 15 août dernier par le président d’honneur des fêtes, Monsieur Roch Gaudet.  Le nombre de visiteurs a sensiblement augmenté au Musée cet été.

 

Mont-Carmel - Le Club d’Âge d’Or de la paroisse de Mont-Carmel se prépare à ouvrir un petit musée religieux.  Celui-ci sera situé dans une ancienne maison, située en face de l’église, qui servira également de centre pour le Club.  Cette maison a servi comme couvent pendant une vingtaine d’années aux soeurs de la Congrégation Notre-Dame du Sacré-Coeur.

 

Charlottetown - L’Université de l’Île-du-Prince-Édouard a maintenant dans son programme trois cours qui ont trait aux Acadiens, dont l’un est exclusivement un cours d’histoire intitulé, “La Renaissance et le nationalisme chez les Acadiens de l’Île-du-Prince-Édouard 1860-1900″.  Ce cours se donnera alternativement en français et en anglais.

 

La Marée de l’Île - C’est le titre d’une émission de Radio-Canada préparée à l’intention des francophones insulaires et diffusée tous les jours de la semaine de 16 h à 17 h 30.  À tous les vendredis on peut y entendre une petite chronique en histoire animée par plusieurs de nos membres, à savoir:  Henri Gaudet, Avéline Peters, Edmond Gallant, Francis Blanchard et Georges Arsenault.

 

Légion de Wellington - Le club des anciens combattants de la Légion royale canadienne de Wellington prépare actuellement un livre dans lequel on donnera le nom et quelques notes biographiques sur tous les vétérans, originaires de la région, qui se sont enrôlés dans les guerres de ce siècle.  On sait que les Acadiens ont répondu nombreux à l’appel durant ces conflits internationaux.

Tableau des Conventions

1984 par Contribution anonyme

 

I – 1881 – Memramcook

Le choix d’une fête nationale domine les débats; la fête Notre-Dame-de-l’Assomption est choisie.  Les grandes questions suivantes sont débattues:  l’éducation, le problème de l’émigration, la colonisation et la presse.  Ces mêmes questions sont reprises aux Conventions ultérieures.

 

II – 1884 – Miscouche

Les délégués complètent le choix des symboles nationaux, soit un drapeau, un air national, un insigne et une devise.  Les principales résolutions visent à enrayer l’émigration vers les États-Unis, à encourager la colonisation, à freiner l’anglicisation et à donner aux Acadiens de l’Île un meilleur système d’éducation en français.

 

III – 1890 – Pointe-de-l’Église

La question prédominante a trait à la langue d’enseignement dans le nouveau collège Sainte-Anne et dans les écoles et les couvents acadiens de la Nouvelle-Écosse.  On demande que le français soit la langue d’enseignement mais que l’anglais soit enseigné concurremment.

 

IV – 1900 – Arichat

L’acadianisation de l’Église, en particulier la nomination d’un évêque acadien, retient grandement l’attention des délégués de la quatrième Convention nationale.  On s’entend aussi pour que tous les journaux acadiens se donnent la main afin de défendre et réclamer justice lorsqu’il s’agira de protéger les intérêts du peuple acadien.  Le premier ministre canadien, Wilfred Laurier, est présent.

 

V – 1905 – Caraquet

“L’Union fait la force”

La nomination d’un évêque acadien est encore chaudement délibérée.  On demande que le gouvernement vienne à l’aide des cultivateurs acadiens.  On encourage aussi les Acadiens à s’intéresser davantage au commerce et à l’industrie.  L’adoption de manuels français pour les écoles acadiennes est une autre importante recommandation du Congrès.  On demande aussi que le français soit enseigné dans les écoles normales des Provinces Maritimes.

 

VI – 1908 – Saint-Basile

“L’Union fait la force”

Les congressistes décident de faire parvenir une supplique à Rome priant le Pape d’accorder aux Acadiens un évêque de leur nationalité.  On recommande que les journaux acadiens publient chaque semaine un article de fond et qu’ils reproduisent moins d’articles de journaux étrangers.  On demande que les écrivains de l’Acadie collaborent aux journaux.

 

VII – 1913 – Tignish

“Congrès d’action de grâces”

Le Congrès de Tignish prend l’allure d’une fête d’action de grâces suite à la nomination, l’année précédente, d’un évêque acadien.  On met sur pied le Comité de rapatriement, de colonisation et d’agriculture dont le but est de tenter de ramener des États-Unis les Acadiens exilés et de les aider à se rétablir en terre acadienne.

 

VIII – 1921 – Pointe-de-l’Église et Grand-Pré

“Le Congrès du Souvenir”

Les assises à Pointe-de-l’Église sont suivies d’un pèlerinage à Grand-Pré où la Société Nationale l’Assomption avait récemment fait l’acquisition d’un terrain.  Une campagne de souscriptions est lancée pour la construction d’une chapelle commémorative à cet endroit.  On demande que les erreurs contenues dans les textes d’histoire du Canada, relativement à l’histoire acadienne, soient corrigées.  On recommande avec instance aux Acadiens de s’abonner à leurs journaux.

 

IX – 1927 – Moncton

La Convention trace un grand programme d’action pour le peuple acadien.  Elle propose que les Commissions d’étude se réunissent dorénavant une fois par année.  Des recommandations sont faites afin d’augmenter la représentativité des Acadiens au gouvernement provincial du Nouveau-Brunswick.  On encourage les Acadiens à s’organiser coopérativement pour l’achat et la vente des produits de la ferme, de la forêt, de la pêche et de l’industrie.  On exprime le voeu que les Acadiens ne manque jamais de se servir de la langue française dans leurs correspondances avec les divers ministères fédéraux et provinciaux et qu’ils s’adressent en français dans les magasins et chez toute compagnie d’utilité publique.

 

X – 1937 – Memramcook

“Le Congrès de la Reconnaissance”

Les deux principales questions discutées traitent des droits scolaires et de la colonisation.  On cherche aussi à encourager l’agriculture, l’enseignement des arts ménagers, l’établissement d’écoles d’agriculture, la célébration de la fête nationale et la publication et la diffusion de l’histoire acadienne.  On adopte diverses recommandations en ce qui a trait à l’amélioration de l’industrie de la pêche et aux problèmes que rencontre la presse acadienne.

 

XI – 1955 – Les Fêtes de 1955

En 1955, après une vingtaine d’années d’inactivité, la Société Nationale l’Assomption confie à un comité spécial l’organisation de grandes manifestations pour souligner le bicentenaire de la Dispersion.  Les Fêtes de 1955 prennent une envergure considérable; elles se déroulent dans de nombreux centres acadiens.  Tout en n’ayant pas précisément le caractère d’un congrès, elles sont cependant considérées comme le onzième grand ralliement des Acadiens.

 

XII – 1957 – Memramcook

Le but principal du Congrès est de déterminer l’avenir de la Société Nationale l’Assomption.  On lui donne alors une nouvelle constitution.  Parmi les nombreuses modifications, les trois plus importantes sont les suivantes:  l’établissement d’un secrétariat permanent, la création d’un Conseil d’administration et le changement du nom de l’organisme à “La Société Nationale des Acadiens”.

 

XIII – 1960 – Pointe-de-l’Église

“Les Acadiens en 1960″

On précise les besoins des Acadiens et on examine les perspectives d’avenir.  Les séances d’études se font au sein de quatre commissions:  dans une première, on soumet la Société Nationale à un examen critique afin d’évaluer son efficacité depuis la réorganisation; la seconde s’applique à définir ce que devrait être le patriotisme des Acadiens; la troisième s’applique à définir les conditions d’avancement économique; et la dernière, les conditions d’avancement culturel.

 

XIV – 1965 – Caraquet

“Nos forces vives face à l’avenir”

L’accent est mis sur le développement des forces vives des Acadiens, en particulier le dynamisme de la jeunesse.  On s’attarde moins sur l’analyse des lacunes ou des points faibles.  La préoccupation dominante du congrès est de faire un effort de projection vers l’avenir.  On tente de faire une étude positive des problèmes d’actualité et des besoins de la population.

 

XV – 1972 – Fredericton

“Congrès des francophones du Nouveau-Brunswick”

Plus de mille Acadiens du Nouveau-Brunswick assistent au Congrès.  On vote au total 264 résolutions en ce qui a trait aux thèmes suivants:  la politique, le bilinguisme, les médias d’information, l’Union des Provinces Maritimes, la fonction publique, l’éducation, l’économie et la culture.  La Société des Acadiens du Nouveau-Brunswick est fondée.  La Société Nationale des Acadiens, qui depuis un certain temps agissait avant tout comme l’organisme des Acadiens du Nouveau-Brunswick, redevint le porte-parole des intérêts généraux des Acadiens des Maritimes.

Nouvelles de l’empremier

1983 par Contribution anonyme

 

1880 – Abram-Village :  “Les moissons sont belles à voir et promettent un rendement plus que d’ordinaire.  Dans la partie de la paroisse connue sous le nom de “village des Abrams” surtout, où les fermiers ne s’occupent pas de pêche, les grains sont extraordinairement beaux.  M. Frs. Arsenau a semé l’an dernier une espèce d’avoine grise qui lui a donné 60 pour un.  Cette année, cette même avoine lui promet encore un rendement plus considérable.”  (Le Moniteur Acadien, le 12 août 1880.)

 

1887 – Cavendish Road :  “Les électeurs de Cavendish Road et des environs se sont réunis en assemblée l’autre soir pour former une organisation politique, et les officiers suivants ont été élus:  – président, capt. Jacques Buote; secrétaire, Pierre Doiron.  Un Comité de sept fut nommé pour organiser la cabale.  Ces messieurs favorisent les candidats conservateurs.”  (Le Moniteur Acadien, le 8 février 1887.)

 

1891 – Piusville :  “Quite an enjoyable evening was spent at the residence of Mr. Joseph F. Gallant, on the 13th inst., the occasion of which was a Basket Social by the ladies of Piusville.  The dancing was in every respect creditable, especially one, whose smartness on the floor attracted the attention of all present.  The dancing was kept up till about 12 o’clock, after which the crowd dispersed, well pleased with the evening’s enjoyment.”  (The Examiner, January 30, 1891.)

 

1894 – Tignish :  “Les Quarante Heures ont commencé à Tignish, le 30 septembre.  La messe de l’exposition a été célébrée par le Rév. P.P. Arsenault.  La messe de la paix par le Rév. A.E. Burke et la troisième messe par le Rév. G. McDonald.  Outre le Rév. curé et son assistant, il y avait pour les confessions et les Révs. G. McDonald, J. Chiasson, E.X. Gallant et A.E. Burke.  1600 personnes se sont approchées du tribunal de la pénitence et de la table Eucharistique.

Depuis l’établissement des Quarante Heures dans l’Île, on remarque que chaque année, les fidèles s’empressent de plus en plus, de profiter de la grande grâce de gagner les indulgences attachées à ces pieux exercices. (L’Impartial, le 4 octobre 1894.)

Le Prix Gilbert Buote

1983 par Contribution anonyme

 

1.  Introduction

Le Prix Gilbert Buote a été créé en 1982 par la Société Historique Acadienne de l’Île-du-Prince-Édouard dans le but de couronner et de signaler les projets méritants réalisés dans le domaine de l’histoire et de l’héritage acadiens de l’Île.  En décernant ce prix, la Société veut, d’une part, récompenser les auteurs de ces projets et les encourager à poursuivre leurs efforts en ce sens.  D’autre part, elle souhaite éveiller l’intérêt de la population au travail qui se fait dans ce domaine et susciter son appui.

En dédiant ce prix à la mémoire de Gilbert Buote (1833-1904), de Tignish, la Société désire souligner la grande contribution de ce patriote acadien à la cause de son peuple.  Éducateur, journaliste, historien et généalogiste, il fut un farouche défenseur des droits des Acadiens.  En 1893, avec l’aide de son fils François-Joseph, il fonda L’Impartial, premier journal de langue française publié dans l’Île.  Il y publia de nombreuses notes généalogiques et historique, fruit de ses propres recherches.  À l’occasion du centenaire de la paroisse de Tignish, en 1899, il rédigea et imprima L’Impartial Illustré, livret souvenir contenant l’histoire de la paroisse et la généalogie des familles.

 

2.  Les projets:  critères d’admissibilité

a)  Tout projet qui, d’une façon ou d’une autre, contribue à mieux faire connaître et/ou à conserver quelque aspect de l’histoire et de l’héritage acadiens, est admissible au concours.

Exemples :
- une publication
- un projet d’interprétation de l’histoire et/ou de l’héritage acadien par divers moyens d’expression
- un projet réalisé dans le but de faire reconnaître et/ou conserver un lieu ou un édifice historique

b)  Est admissible au concours:  tout projet réalisé par un individu (ou un groupe d’individus) résident de l’Île, ou encore par une association, une entreprise privée, une école (ou une classe), un village, une paroisse ou une ville insulaire.

c)  Le projet devra avoir été complété entre le 1er juin de l’année précédant l’attribution du prix, et le 31 mai de l’année de l’attribution.  Les projets devront être inscrits au concours au plus tard le 30 juin de chaque année.

 

3.  Inscription des projets au concours

Toute personne intéressée est libre d’inscrire un projet au concours, qu’elle en soit l’auteur ou non, mais le prix ne pourra être décerné qu’à l’auteur.  De même, une organisation ou un comité quelconque peut soumettre des projets.

Le Comité exécutif de la Société historique acadienne verra à publiciser le concours.

 

4.  Critères d’évaluation

Chaque projet sera évalué selon les critères suivants :

a)  sa pertinence à l’histoire et à l’héritage acadien;
b)  sa contribution à la connaissance et à la conservation de l’histoire et de l’héritage acadien de l’Île-du-Prince-Édouard;
c)  la somme de travail exigée dans sa réalisation;
d)  la qualité du travail effectué;
e)  sa visibilité.

 

5.  Mode d’évaluation des projets

a)  Jury:  Le jury est composé de trois membres nommés par le Comité exécutif de la Société historique acadienne de l’Î.-P.-É.  Les membres du Comité exécutif ne pourront faire partie du jury.

b)  Le jury fera l’évaluation, pendant les mois de juillet et août de chaque année, de tous les projets reçus conformes aux critères d’admissibilité.

En règle générale, un seul prix sera décerné annuellement.  Cependant, dans le cas de deux projets remarquables, de qualité jugée égale, deux prix pourront être attribués.  Il n’y a cependant aucune obligation à ce que le prix soit décerné si le jury juge qu’aucun projet ne rencontre d’une façon satisfaisante les critères de sélection.  Le jury devra, en effet, veiller à conserver le prestige du prix en l’attribuant qu’à des projets de qualité.

c)  Des mentions pourront être décernées.

d)  La décision du jury sera finale.

e)  Le prix sera présenté lors de l’assemblée annuelle de la Société ou à une autre occasion jugée appropriée par le Comité exécutif de la Société.

 

6.  Le Prix

Le prix consiste en un parchemin encadré sur lequel est imprimé un fac-similé d’une première page d’un numéro du journal L’Impartial, une photo de Gilbert Buote et une inscription appropriée où apparaît le nom de la personne (ou de l’institution) méritante, le titre de son projet et la signature du président(e) de la Société.

Nouvelles de partout

1983 par Contribution anonyme

 

Lors de son assemblée annuelle, la “Prince Edward Island Heritage Foundation” a accordé un prix d’honneur à la Société Saint-Thomas d’Aquin pour toutes les publications qu’elle a faites au cours des dernières années dans le but de faire connaître l’histoire et la culture acadiennes de l’Île.  À la même occasion, le Conseil Coopératif de l’Île-du-Prince-Édouard recevait un prix de mérite pour sa publication Le Mouvement coopératif chez les Acadiens de la région Évangéline – 1862-1982, livre écrit par Cécile Gallant.  D’autre part, notre ami Henri Gaudet, de Tignish, méritait le “Heritage Awareness Award” en reconnaissance du travail qu’il a fait pour souligner le centenaire de l’orgue de Tignish et celui de la naissance de l’organiste Benoît Poirier.

L’histoire acadienne vit dans quelques beaux noms que certaines de nos institutions acadiennes se sont donnés au cours des dernières quelques années :  École François Buote (école française de Charlottetown), le Théâtre la Grand’Couette (troupe théâtrale du Club Ti-Pa), le Comité régional S.E. Perrey (comité régional de la S.S.T.A. dans Prince-Ouest), le Comité régional Belle Alliance (comité régional de la S.S.T.A. pour la région Miscouche – Summerside).  Continuons ainsi à faire connaître notre histoire.

Cécile Gallant est en train d’écrire un nouveau livre.  Il s’agit d’un ouvrage qui porte sur la contribution de la femme acadienne de l’Île-du-Prince-Édouard à la société d’hier et d’aujourd’hui.  C’est un livre qui promet d’être fort intéressant.  Il comblera un vide qui se fait beaucoup sentir dans la littérature qui traite de l’histoire acadienne de l’Île.  Ce projet est une initiative de l’Association de la femme acadienne de l’Î.-P.-É.

George Arsenault est aussi à l’oeuvre.  Il a fait paraître 3 livres pour le compte de la S.S.T.A. depuis le début de l’année.  Il s’agit de:  La Religion et les Acadiens à l’Île-du-Prince-Édouard 1720-1980, La Chanson du pays et Le Conte et la légende du pays.  Ces deux derniers livres sont accompagnés de cassettes.  Georges prépare présentement une introduction à l’histoire acadienne de l’Île.  Ce livre sera publié par la S.S.T.A. en 1984.

Publications

1982 par Contribution anonyme

 

1.  Cécile Gallant.  Le Mouvement coopératif chez les Acadiens de la région Évangéline (1862-1982). Wellington, le Conseil Coopératif de l’Î.-P.-É., 1982-283 pages.

Dans l’avant-propos de ce livre lancé en 1982, l’auteur se dit “fort impressionnée par la ténacité des efforts des pionniers du mouvement coopératif” dans sa région natale.  En effet, à l’exemple de ses ancêtres, Mlle Gallant n’a point ménagé ses propres énergies, car, dans ce volume de quelque 280 pages, se déroule une histoire de coopération entre citoyens qui se lit comme un roman.

Afin d’aider le lecteur à mieux saisir l’évolution très intéressante du mouvement régional, l’introduction comprend un court résumé de l’histoire des Acadiens de l’Île à partir des débuts du Régime français ainsi qu’un exposé des origines et des principes généraux de la “Coopération”.

En première partie, l’auteur discute de l’établissement des premières associations coopératives dans la région (entre 1862 et 1936) y compris les banques de grain de semence, la fromagerie, les coopératives agricoles, les cercles des oeufs, les unions des pêcheurs, les cercles d’éleveurs, etc.

L’ère moderne de la “Coopération” dans la région fait le sujet de la seconde partie du texte.  Ainsi, l’adoption du principe de la “Coopération” se traduit éventuellement en l’établissement de caisses populaires, de coopératives de consommation, de coopératives de pêcheurs, en coopérative de fermiers, en coopérative d’habitation et autres, en plus du Conseil Coopératif de l’Î.-P.-É.

En guide de conclusion, l’auteur se permet de croire, et, à juste raison, que cet esprit de persévérance chez nos ancêtres acadiens dans le phénomène complexe de la coopération contribuera à stimuler d’autres chercheurs à s’y intéresser au moins autant.

Le lecteur pourra se délecter pendant des heures à lire ce texte qui se lit très facilement et auquel viennent s’ajouter d’innombrables extraits de documents historiques et de photographies bien choisies qui lui permettront de s’identifier non seulement avec le passé et le présent, mais aussi avec les possibilités d’avenir que peut offrir le véritable esprit de coopération.

Il va sans dire que le Conseil Coopératif de l’Î.-P.-É. se vante de cette publication qu’il a bien voulu parrainer.

 

2.  Paul Surette, Benoît Poirier.  La vie d’un musicien acadien 1882 à 1965. Tignish, La Société culturelle Ti-Pa, 1982, 70 pages.

En cette circonstance, Surette porte le chapeau du biographe, mais son texte fait tellement l’effet d’un roman que l’on est porté à le lire d’un seul coup.

L’auteur nous décrit la carrière de ce musicien Poirier qui débute lorsque, dès un bas âge, il est profondément impressionné par le rendement du grand orgue de l’église de son village natal de Tignish à l’Île-du-Prince-Édouard.

De là, et le long du volume, l’auteur nous fait vivre les expériences d’un jeune homme qui, en dépit de très nombreux obstacles, deviendra organiste de renom à l’église Notre-Dame de Montréal et composera des oeuvres musicales dignes des éloges des gens bien informés, tels un Frédéric Pelletier, un John Philip Sousa.

Ainsi, Surette permet au lecteur de suivre chaque étape d’acheminement de la carrière de son héro vers les plus grandes orgues du Canada et de se rendre vivement compte des multiples problèmes que Poirier devait envisager.  D’autre part, il nous rend conscients de cet esprit de persévérance muni d’une forte dose de courage que l’artiste a su démontrer au cours de sa carrière.  De plus, selon l’auteur, Benoît Poirier a toujours su conserver son esprit d’humilité profonde – que ce soit à la suite de l’interprétation de sa composition “Rhapsodie” par la fameuse fanfare de Sousa (The March King), des succès réalisés lors de ses récitals à Westmount, “ce bastion du privilège anglais”, ou encore, au lendemain de sa nomination au Conservatoire de Musique.

Peut-être, la citation que Surette a placé en page 45 explique le mieux le caractère de cet éminent Acadien :

“L’Acadien prend nettement la vedette dans les journaux francophones.  La critique du “Bulletin” servira d’exemple” :

L’un des numéros du programme les plus goûtés fut celui de M.B.-F. Poirier, organiste à Notre-Dame, qui joua sa composition “Au Pays d’Évangéline”, une pièce très délicate, pleine de fraîcheur et d’une superbe inspiration.  Disons en passant que M. Poirier est né au pays d’Évangéline, ce qui explique un peu l’atmosphère spéciale dont il a su envelopper sa composition”.

Ce volume de 70 pages se lit très facilement et le choix de photos se veut très à propos.  Les quelque 250 notes de référence démontrent bien que Surette écrit en connaissance de cause.

Même s’il ne faut guère s’appuyer sur notre autorité en matière de musique (entre autres), nous n’hésitons pas de recommander fortement cette biographie aux lecteurs.  Elle ne peut que piquer l’intérêt de tous les Acadiens, surtout ceux et celles de l’Île, car elle fait honneur à l’un des nôtres maintenant passé à l’histoire.  Quant aux plus jeunes lecteurs, y trouveront-ils, peut-être, un modèle d’esprit idéal à poursuivre?

 

3.  J.-Henri Gaudet.  The Tignish Pipe Organ in Musical Retrospect 1882-1982. Tignish, The Tignish Historical Society, 1982, 29 pages.
Au mois d’août dernier, la paroisse de St-Simon et St-Jude de Tignish a célébré le centenaire de l’installation du grand orgue Mitchell dans l’église en 1882.  À cette occasion, la Société Historique de Tignish a organisé le lancement de l’histoire de cet orgue, histoire écrite par l’organiste actuel, M. J.-Henri Gaudet.

Gaudet traite en détail des événements où l’orgue a joué un rôle de grande importance pendant les 100 dernières années de vie paroissiale.  Mais aussi, l’auteur ajoute des informations intéressantes au sujet des chorales, maîtres de chapelle, organistes, clergé et d’autres personnalités, ce qui ajoute à l’agrément de la lecture.  Par exemple, il fait mention considérable de Benoît Poirier, ce natif de Tignish devenu organiste à Note-Dame de Montréal.  Poirier fait l’objet d’une biographie complète également lancée à l’occasion de ce centenaire.

Sans aucun doute, la partie la plus importante du texte décrit la période des années 50 et 60 lorsque, en raison de problèmes techniques apparemment incessants, l’on songeait à faire disparaître l’orgue pour le remplacer par un instrument électronique, et ceci, pour éviter les coûts élevés de réparation.  Cependant, Gaudet était convaincu que “le fait de détruire l’orgue de Tignish serait commettre un délit contre un trésor historique irremplaçable”.

L’organiste et ses amis ont remporté le coup décisif car on procéda à la restauration de l’instrument et cet orgue historique Mitchel continue toujours d’embellir de façon extraordinaire les services religieux à St-Simon et St-Jude.

Ce livret de quelque 30 pages est très bien documenté et contient de nombreuses photographies qui ajoutent un cachet spécial à sa valeur historique.

M. Gaudet nous a fourni un travail précieux et il va sans dire que ce dernier devrait être traduit en français pour la postérité.

Wilmer Blanchard

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Membres du Comité exécutif de la Société Historique acadienne de  l’Î.-P.-É. 1982-1983

Président -        M. Georges Arsenault
Président sortant -    M. J.-Edmond Arsenault
Vice-président -    M. Jean-Paul Arsenault
Secrétaire -        Mlle Cécile Gallant
Trésorière -        Mme Hélène Cheverie
Conseillers(ères) -    Soeur Marguerite Richard
                               Mme Avéline Peters
                               Père Albin Arsenault
                              M. Jean-Louis Beauregard