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Évangéline – un symbole incarnant à la fois la tragédie et l’espoir du peuple acadien

2009 par Francis C. Blanchard

Parmi les précieux symboles nationaux acadiens, il n’y a pas de plus grand, de plus poignant ni de plus inspirateur que notre chère héroïne Évangéline. Ce nom mélodieux et historique, tout en étant fictif, nous amène à Grand-Pré en Acadie historique, aujourd’hui la Nouvelle-Écosse, où sont commémorés les événements tragiques de notre Déportation, en particulier celle qui eut lieu dès 1755.

C’est grâce au célèbre poète américain Henry Wadsworth Longfellow, né à Portland, Maine, le 27 février 1807  (1), que le nom d’Évangéline est aujourd’hui immortalisé en ce lieu pittoresque mais mélancolique qui est Grand-Pré. Ce poème épique et romantique qui, dans sa version américaine s’intitulait Evangeline A Tale of Acadie, fut publié en 1847 (2) pour rappeler au monde entier l’histoire tragique du peuple acadien puisque la trame de cette épopée raconte l’histoire poignante de deux jeunes amoureux acadiens qui, appelés pour la circonstance  Évangéline Bellefontaine et Gabriel Lajeunesse, auraient réellement été séparés l’un de l’autre (3) au moment du Grand Dérangement. Selon le poème, ce conte de l’Acadie raconte qu’Évangéline a passé  le reste de sa vie à chercher à travers l’Amérique son amant et fiancé, Gabriel.

Un tranquille hameau fièrement encadré, C’était, sous un beau ciel, le hameau de Grand-Pré. (Pamphile LeMay)
(Collection privée : Mickael Houard)

Le lieu de Grand-Pré fut aménagé pour commémorer ces événements fatidiques de 1755. En 1907, John Frederic Herbin, lui-même historien et poète d’origine acadienne, fit l’achat d’une propriété, son intention étant d’y développer un lieu commémoratif incluant une croix en pierre pour identifier l’emplacement même du cimetière de la paroisse Saint-Charles-des-Mines. Dix ans plus tard, la firme Dominion Atlantic Railway fit l’acquisition du lieu avec la stipulation expresse que le lopin de terre sur lequel avait été construite l’ancienne église soit donné aux Acadiens en vue de la construction d’un monument commémoratif. La firme s’est occupée de l’aménagement du terrain et s’est servie de l’épopée acadienne poignante et captivante de Longfellow, pour intéresser, attirer et amener des foules à visiter le lieu.

En 1919, la Société Nationale de l’Assomption (aujourd’hui la Société Nationale de l’Acadie) fit l’achat du terrain où se trouvait autrefois l’église Saint-Charles-des-Mines et y fit bâtir en 1922 l’église-souvenir actuelle. Une statue de l’héroïne du poème de Longfellow fut inaugurée en 1920 sur le terrain faisant face à l’église. Elle est en bronze et mesure sept pieds. Les signatures qui y apparaissent sont celles de Philippe Hébert, inv. (inventavit) et Henri Hébert, sculp.(sculptavit). L’inauguration de la statue devait se faire en même temps que la tenue du 8e Congrès National des Acadiens à Grand-Pré en 1920. Le Congrès a eu lieu en 1921 à la Pointe-de-l’Église dans la Baie-Sainte-Marie (Nouvelle-Écosse) avec une excursion à Grand-Pré durant ses assises.

Citons quelques lignes de l’avant-propos (p. vii) et de l’Appendice «E» (p. 68) du livre «Le Grand Dérangement» publié en 1922 par  l’historien et généalogiste Placide Gaudet :

D’après des arrangements faits en 1919, le dévoilement de la statue d’Évangéline devait se faire en même temps que ce congrès. Le congrès acadien n’ayant pas lieu en 1920, la compagnie du chemin de fer du Dominion Atlantic a profité de la présence des délégués de la Presse Impériale pour faire le dévoilement le 29 juillet 1920.

Les autorités du chemin de fer, ayant appris que feu le célèbre sculpteur Philippe Hébert, de Montréal, avait fait, de sa propre initiative, quelques années auparavant, une maquette d’une statue d’Évangéline, chargèrent au mois de mai 1919, M. J. M. Gibbon, agent général de publicité de la Compagnie du Pacifique Canadien, à Montréal, d’inviter M. Henri Hébert, fils du regretté défunt et aussi excellent sculpteur lui-même, à se rendre avec lui à la Grand-Prée (sic) avec la maquette modelée par son père. Là, il fut convenu que M. Henri Hébert se rendrait à Paris avec la maquette pour la faire couler. C’est M. Hoheviller, Alsacien de naissance, qui coula la statue.

En parlant de la statue, notre historien national Placide Gaudet, poursuit :

L’attitude est inspirée de cette phrase : «Pleurant le pays perdu». Évangéline quitte en pleurant le pays qu’elle ne devra jamais revoir et jette un regard douloureux en arrière. (4)

Évidemment pour nous, Acadiens et Acadiennes, qui avons le coeur tendre et sensible, c’est une oeuvre à voir et à comtempler soigneusement au lieu historique de Grand-Pré. En examinant la figure d’Évangéline d’un certain côté, l’observateur va vite reconnaître la physionomie de la jeune femme heureuse et pleine d’espoir. À quelques pas de l’autre côté de la statue, on peut facilement voir les traits d’une femme âgée, remplie d’angoisse et de tristesse. Il faut se rendre compte de ces traits exceptionnels accordés à Évangéline par l’artiste.(5) Quel joyau significatif constitue cette oeuvre ingénieuse qui est un héritage patrimonial pour nous tous aujourd’hui!

Le poème tragique de Longfellow, Evangeline A Tale of Acadie, a été traduit dans plusieurs langues dont la version française la plus connue est celle de 1865 de la plume du poète de la littérature canadienne-française Pamphile LeMay dont le fils René P. LeMay est l’architecte des églises des paroisses Notre-Dame-du-Mont-Carmel et Saint-Bonaventure (Tracadie) à l’Île-du-Prince-Édouard.  L’arrière-petite-fille de Pamphile LeMay, Céline LeMay, est venue à Mont-Carmel en novembre 1998 à l’occasion du centenaire de l’église paroissiale qui justement avait été construite par son grand-père René P. LeMay. (6)  Celui-ci, on le répète, était le fils du traducteur de notre épopée nationale, Évangéline, le symbole féminin par excellence que le destin a choisi pour incarner à la fois l’histoire tragique et l’espoir du peuple acadien.

 

C’est l’antique forêt !… Noyés dans la pénombre,

Vieux et moussus, drapés dans leur feuillage sombre,

Les pins au long murmure et les cyprès altiers,

Qui bercent aujourd’hui, sur des fauves sentiers,

Les nids harmonieux, sont semblables aux bardes

Qui venaient, chevelus, chanter dans les mansardes,

Aux druides sacrés dont la lugubre voix

S’élevait, prophétique, au fond des vastes bois.

Sauvage et tourmenté, l’océan vert, tout proche,

Se lamente sans cesse en ses antres de roche,

Et la forêt répond, par de profonds sanglots,

Au long gémissement qui monte de ses flots.

(Début d’Évangéline : Pamphile LeMay)

 

(1)       La couverture de notre 21e édition de La Petite Souvenance (décembre 2007)
rendait un hommage à Longfellow à l’occasion du bicentenaire de sa
naissance (1807-2007).

(2)       Le 150e anniversaire (1847-1997) de la publication du poème de Longfellow
(Evangeline A Tale of Acadie) avait été souligné en 1997 par une série
d’articles dans La Voix acadienne entre mars et décembre 1997 par moi-
même et mon collègue David Le Gallant.

(3)       Le poème, bien que romancé, est inspiré de faits historiques : la déportation
des Acadiens de la Nouvelle-Écosse. Quant à un couple d’Acadiens séparés
par la Déportation, il y a lieu de croire que c’est probablement un fait réel
aussi puisque c’est le révérend Horace Connolly qui, invité à manger chez les
Longfellow, aurait, en présence de l’écrivain Nathaniel Hawthorne, répété
que, d’après ce qu’on racontait, cela était arrivé à un couple de jeunes
acadiens lors de la Déportation.

(4)       Placide Gaudet, Le Grand Dérangement, Imprimerie de l’Ottawa Printing
Company Ltd., Ottawa, 1922, p. vii et 68.

(5)       Voir à la page 6 pour entrevoir un peu les traits d’Évangéline.

(6)       David Le Gallant, Premier Centenaire de l’église Notre-Dame-du-Mont-Carmel,
Comité des fêtes du Centenaire de l’église de Mont-Carmel, Williams and
Crue, Summerside, 1998, p.10-13.

 

 

 

 

Pour un symbole aviaire national du peuple acadien, la “Petite Nyctale”

2009 par David Le Gallant

Son vrai nom est la Petite Nyctale ou en latin Aegolius acadicus signifiant «chouette acadienne». Plus petite qu’un merle, elle est de couleur rougeâtre dessus, blanche à raies rougeâtres dessous, le disque facial bordé de brun et le bec foncé. On dit que ses yeux sont jaunes et qu’elle n’a pas d’aigrettes.

Sa voix est une longue série de sifflements courts et monotones émis par le mâle durant la saison de reproduction. Elle se niche généralement dans les trous abandonnés par les pics bois. Elle pond entre quatre et six oeufs.

Essentiellement nocturne, la Petite Nyctale se révèle parfois à l’observateur durant le jour, tapie dans un conifère. Malgré cela, elle est très sociale et s’approche souvent de l’homme. Elle vit en petite communauté. Une année on peut en voir plusieurs dispersées dans un lieu et l’année suivante, on peut ne jamais la voir. Elle est foncièrement migratrice!

Cette petite chouette sympathique que les Anglais nommèrent Acadian Owl, avait été en nomination dès 2003 pour devenir le symbole aviaire de l’Acadie! Selon un article paru dans l’Acadie Nouvelle le 3 janvier 2003, l’on compare la Petite Nyctale au peuple acadien. Tous les deux constituent des minorités : la Petite Nyctale est la plus petite de sa famille (la famille des strigidés) en Amérique du Nord et les Acadiens sont une minorité dans l’ensemble du Canada. Tout comme le peuple acadien, la Petite Nyctale est hardie, tenace, maîtresse chasseuse et une grande survivante.

La première description de la Petite Nyctale, selon l’article précité, est créditée à Johann Gmelin et remonte à 1788. Les Européens ont découvert cette petite chouette dans la colonie qu’ils appelaient ACADIA, qu’est l’Acadie historique. Tout cela veut dire que notre oiseau a des racines acadiennes.

La Petite Nyctale est la chouette acadienne par excellence car elle a été documentée pour la première fois en Acadie. C’est un oiseau tout aussi beau que puissant. Il serait très bien d’en faire le symbole aviaire national de l’Acadie car elle vit à partir de l’est du Canada en descendant jusqu’au milieu est des États-Unis.

La Petite Nyctale a une petite taille qui fait environ la grandeur d’une main. Pour cette raison, on peut la prendre à tort, pour un bébé hibou. Pourtant, cette petite chouette correspond peu à l’image qui se fait la population sur les hiboux. En passant, la Petite Nyctale est une chouette proprement dite et non un hibou qui, lui, à des aigrettes (faisceaux de plumes surmontant la tête).

Ceux et celles qui voudraient appuyer la candidature de la Petite Nyctale pour notre symbole aviaire peuvent le faire en écrivant au conseil d’administration de la Société Nationale de l’Acadie.

 

La Petite Nyctale sera-t-elle le symbole aviaire de l’Acadie?

 

Une Petite Nyctale à Urbainville!

2009 par Jacinthe Laforest

La Voix acadienne, 2 mars 2005, p. 28.

Comme on le sait, l’Association du Musée acadien de l’Île-du-Prince-Édouard voudrait que la Petite Nyctale devienne l’emblème aviaire de l’Acadie, c’est-à-dire l’oiseau qui représente l’Acadie, pour ajouter à la liste des symboles distinctifs de l’Acadie.

Cette chouette est relativement rare et peu de gens en ont vu des vraies de vraies.  Lorsque Hermine Arsenault, membre du conseil d’administration du Musée acadien, a mentionné qu’elle possédait une de ces chouettes, empaillée, le président David Le Gallant, a tout de suite demandé à Hermine de l’apporter au Musée, ce qu’elle a fait.  L’oiseau, adulte, avait été trouvé mort dans une grange par l’un des fils d’Hermine.  «C’était l’hiver alors nous pensions qu’il était mort de froid ou de faim.  Mon garçon a fait des démarches pour le faire empailler et il me l’a donné à Noël en décembre 2003.  J’aimerais bien cela que cet oiseau devienne un symbole de l’Acadie», dit Hermine Arsenault d’Urbainville dans la région Évangéline.

L’oiseau, empaillé par un taxidermiste de la région Évangéline, est installé dans une place bien en vue de la cuisine chez Hermine Arsenault.  Elle est bien fière de posséder un oiseau qui sera peut-être l’emblème aviaire de son peuple.

Hermine Arsenault et la Petite Nyctale.

Pour un symbole aviaire de l’Acadie

2009 par David Le Gallant

Lettres au président de la Société Nationale de l’Acadie

L’École Évangéline et les symboles de la nation acadienne

2009 par Contribution anonyme

Ce que représente pour moi les symboles de la nation acadienne…(1)

 

Le drapeau acadien est le symbole des Acadiens qui a été adopté le 15 août 1884 à Miscouche, Île-du-Prince-Édouard. Pour moi, ce symbole représente le travail et le courage que les Acadiens ont eus. Ils ont vécu beaucoup de misère dans leur vie, donc le drapeau est un symbole qui représente leur mérite et leur fierté.     *Krista Gallant

Fêter le 15 Août (2) qui est la fête nationale des Acadiens, est très important pour moi, parce qu’il faut démontrer que nous ne sommes pas tuables. Même si les Britanniques ont essayé de nous chasser et de nous déporter, nous sommes encore ici, plus fiers que jamais.   *Brandon Arsenault

J’aime vraiment la mélodie de l’Ave Maris Stella. Elle est douce et très relaxante. Les mots sont aussi très intéressants. Il y a une version latine et une version française. C’est aussi très spécial de savoir que les paroles françaises de cette chanson ont été soumises par Jacinthe Laforest, une habitante de l’Île-du-Prince-Édouard. Je me sens vraiment comme une petite Acadienne de l’Île chaque fois que j’entends l’Ave Maris Stella.    *Amy Gallant

Comme Acadien, je suis fier de notre drapeau. Les belles couleurs de notre drapeau le bleu, le blanc et le rouge se reflètent bien dans le soleil. Le drapeau est la même couleur comme celui de la France mais le nôtre a une étoile sur le bleu.   *Nicholas Gallant

Je n’étais pas au courant de certains symboles, comme l’insigne, les armoiries et la devise des Acadiens. Le drapeau est le symbole qui me représente le plus car c’est le symbole que j’ai reconnu en premier. Pour bien fonctionner, il faut avoir une spiritualité en laquelle croire.    *Jasmine Orton

Les Acadiens ont une étoile et l’étoile représente tout. Elle représente la joie de vivre. Elle représente l’Acadie, patronne des Acadiens. Comme Acadienne, je suis très fière de faire partie de ce peuple. Notre histoire est le lien entre tous les Acadiens d’autour du monde.     *Natalie Gallant

L’étoile jaune fait notre drapeau extra spécial parce que je trouve que ça représente les Acadiens très bien. Je suis aussi fier de savoir que Jacinthe Laforest a composé la version française.    *Denis Richard

Aux Jeux de l’Acadie, nous chantons l’Ave Maris Stella avec fierté pour célébrer l’Acadie. Plusieurs symboles de l’Acadie qui existent je ne connaissais pas. Par exemple, « L’Union fait la force ». Je ne savais pas que c’était un symbole acadien. En apprenant ces choses, je suis encore plus fière d’être Acadienne.   *Samantha Cormier

Je n’étais pas au courant qu’il y avait un insigne et des armoiries pour représenter les Acadiens. Mais après que j’ai appris à propos de ces deux symboles acadiens, j’ai pu voir qu’il y a plusieurs choses importantes aux Acadiens. J’ai réalisé qu’il y a beaucoup d’histoire derrière ces symboles.   *Jared Arsenault

La fête nationale montre que les Acadiens, après leur misère, ont finalement une place au niveau national puisque tout le monde sait que c’est leur fête. On peut dire que les Acadiens ont une histoire à eux et qu’ils tiennent à célébrer à leur manière.   *Diane Irakoze

C’est notre langue acadienne, notre hymne, nos coutumes, notre peuple, notre Déportation et notre détermination pour ne jamais avoir lâché. Le drapeau acadien représente tout ce qui est unique et important d’être, une Acadienne!   *Melissa Arsenault

Avoir notre propre hymne national nous distingue comme peuple. On se sent moins comme une minorité et plus comme une population majeure.
*Alexis Gallant

La devise des Acadiens est très inspirante et dit la vérité : L’Union fait la force. Même s’ils ont eu beaucoup de malheurs, ils ont toujours resté ensemble.   *Brittany Savoie

Le drapeau n’a jamais changé depuis son adoption. J’espère que le drapeau restera le même parce que les couleurs sont jolies et toutes les fois que je vois le drapeau, je pense à mes ancêtres.   *Nathan Brown

Les délégués qui étaient à Miscouche pour cette occasion ont spontanément commencé à chanter l’Ave Maris Stella. (3) Cette hymne « religieuse » est alors devenue notre hymne national. Il faut être respectueux quand cet hymne national joue puisqu’il nous représente. L’Ave Maris Stella représente la foi que nous avons pour notre patrie.   *Sarah Martel

Comme Acadien, les symboles qui nous font honneur représentent la fierté de notre culture, riche en histoire. Pour moi, chaque symbole représente un événement dans l’histoire. Par exemple, le drapeau acadien représente l’indépendance des Acadiens comme peuple et le courage d’être revenu en Acadie après la Déportation. … La fête du 15 Août représente ma liberté et ma fierté.   *Matthew Kelly

L’Ave Maris Stella est une chanson qui dit juste. La version française de cette chanson parle à propos de la fierté d’être Acadien et comment il faut en être fier.   *Jonathan Gallant

La devise « L’Union fait la force » nous représente parce que l’union de nos familles nous a donné la force de ne jamais lâcher. Je trouve que c’est un bon symbole pour l’Acadie.     Nicole Arsenault
 

Les Acadiens sont des personnes qui ont démontré beaucoup de courage et de persévérance pour pouvoir vivre à travers de toutes ces épreuves. Le drapeau acadien est un symbole très important dans notre héritage acadien.    *Jake Collicutt

Un vers que j’aime dans l’Ave Maris Stella, c’est : Tu me protégeras. Mon Acadie me protège, mais il faut quand même bien la protéger! La bataille pour garder notre langue ne sera jamais finie.     *Joceline Arsenault
 

Comme Acadien de l’Île-du-Prince-Édouard, je suis fier de notre drapeau. En 1884, le drapeau a été adopté, très près de chez moi. Cela me donne une très grande fierté d’être Acadien et d’être un habitant de la région où le drapeau acadien est né. Le drapeau acadien représente notre héritage et il flotte partout au monde.    *Curtis Arsenault

Il y a plusieurs lignes dans notre hymne acadien qui s’appliquent encore aux jeunes et aux plus vieux ces jours-ci. Une de ces lignes est : À ton nom, je me lie. Nous n’avons pas honte de dire à tout le monde que nous sommes Acadiens. Une autre ligne qui saute aux yeux est De près, de loin tu me tiens; n’oublions jamais d’où nous sommes partis et jamais nous oublierons notre désir de retourner à la maison. La dernière des lignes que je vais discuter c’est Ton histoire, je la vis. À chaque 15 Août, nous embrassons notre histoire, notre culture; tous les aspects qui font que nous sommes Acadiens. De plus, les gens sont beaucoup plus actifs dans la préservation de notre langue et ils ne sont pas prêts à la laisser de côté.   *Marina Sanford

 

(1) NDLR : À l’occasion du 125e anniversaire (1884-2009) de notre drapeau national, le comité de rédaction de La Petite Souvenance a voulu faire un sondage auprès des élèves des classes de la 7e à la 12e année pour savoir ce que représentaient pour eux les symboles acadiens. Nous avions fait parvenir à quatre écoles des niveaux de la 7e à la 12e une trousse d’information en précisant que ce que nous voulions c’était des idées originales d’interprétation de nos symboles acadiens et surtout à savoir comment ces symboles inspiraient et donnaient de la fierté d’être Acadien et Acadienne. Nous sommes heureux de publier quelques-unes des soumissions des élèves de la 11e et de la 12e de l’école Évangéline pour lesquelles nous leur exprimons tous nos remerciements et nos félicitations.
(2) Quand on parle seulement de la date, le «a » dans le mois d’août garde une minuscule («a») mais quand on utilise cette date pour désigner notre fête nationale (comme par exemple, le 11 Novembre, le 14 Juillet, etc.) on doit mettre le «A» majuscule donc on écrira « le 15 Août ».)
(3) C’était le soir de la célébration du quatrième 15 Août en tant que fête nationale des Acadiens lorsque au Couvent Saint- Joseph de la Congrégation de Notre-Dame de Montréal à Miscouche, des délégués ont vu pour leur toute première fois le tout nouveau drapeau de la nation acadienne que le futur Mgr Marcel-François avait fait coudre auparavant par Marie Babineau et avait fait adopter l’après-midi du même jour en plénière lors de la Deuxième Convention Nationale des Acadiens. Voyant l’étoile de leur patronne Notre-Dame de l’Assomption dans le bleu, les délégués ont immédiatement entonné l’Ave Maris Stella après quoi Pascal Poirier proposa que ce soit désormais l’hymne national du peuple acadien.

Une Petite Nyctale pour toute l’Acadie! ou Les six Petites Nyctales de Claude Picard

2007 par David Le Gallant

 

Une touche bien personnelle dans Les Grandes Heures du peuple acadien de l’artiste-peintre de renommée internationale Claude Picard , témoigne qu’il serait de mise que « La Petite Nyctale » devienne un jour le symbole aviaire national de toute l’Acadie.  Pour commencer, le nom français de la « Petite Nyctale » a été uniformisé par la Commission internationale des noms français des oiseaux de la planète.  Mais ce qui est fort  intéressant, c’est le nom latin scientifique de notre petite chouette qui, contrairement aux autres membres de sa famille des Strigidés, n’a pas ces touffes de plumes au-dessus  et à chaque côté de la tête qu’on appelle des aigrettes. Son nom scientifique est Aegolius acadicus qui se traduit par « chouette acadienne »; même en anglais on l’a communément nommée « Acadian owl » bien que son nom soit devenu « Northern Saw-Whet Owl ». 

Encore plus intéressant peut-être c’est que des chroniqueurs comme Pierre Duguay au Nouveau-Brunswick trouvent des similarités entre « La Petite Nyctale » et le peuple acadien.  Autant notre petite chouette que notre peuple constitue une minorité : la Petite Nyctale est la plus petite de sa famille en Amérique du Nord; ne considère-t-on pas les Acadiens minoritaires dans les Provinces maritimes? Cette petite chouette est hardie, tenace, maître chasseur et une grande survivante tout comme le peuple acadien.  Sa première description qui  remonte à 1788 est créditée à  Johann Gmelin. Il semble que parce que les Européens l’ont découverte dans un territoire autrefois nommée Acadie, aujourd’hui la Nouvelle-Écosse péninsulaire, cela atteste que cette petite chouette aurait des racines acadiennes…

Devant cet état de choses, le conseil d’administration de l’Association du Musée acadien de l’Île-du-Prince-Édouard  a adopté la résolution suivante le 17 novembre 2003 :

Attendu que l’année 2004 marque le 40e anniversaire de l’existence d’un Musée acadien et d’une Association du Musée acadien, de l’Île-du-Prince-Édouard;

Attendu que l’on suggère le nom de La Petite Nyctale comme symbole aviaire éventuel de l’Acadie;

Attendu que La Petite Nyctale est un des rares oiseaux à porter le mot « acadien » dans son nom en latin (Aegolius acadicus) et en anglais (Acadian Owl);

Attendu que  Monsieur Claude Picard a choisi de mettre comme contribution personnelle une « Petite Nyctale » sur toutes nos fresques historiques pour marquer le 400e de l’Acadie;

Attendu que l’Association du Musée acadien n’a pas de prix de reconnaissance pour la contribution à la cause acadienne;

M. Edwin Gallant propose, appuyé par M. Pierre-Paul Gallant

Que L’Association du Musée acadien offre pour la première fois en 2004, l’année de son 40e anniversaire, un prix annuel pour la contribution à la cause acadienne, prix qui serait nommé le Prix La-Petite-Nyctale.

C’est ainsi que Claude Picard de Saint-Basile, qui a achevé de peindre en 1987 les six tableaux de l’histoire tragique de la Déportation (aujourd’hui à Grand-Pré) et le 20 novembre 2005, les six tableaux de l’histoire heureuse de l’adoption et la reconnaissance des symboles nationaux acadiens (aujourd’hui à Miscouche), a voulu apporter une touche bien personnelle à son œuvre magistrale que sont Les Grandes Heures du peuple acadien.

Voici donc les six Petites Nyctales de Claude Picard, artiste-peintre de Saint-Basile, alors qu’elles parcourent la trame des 120 ans d’histoire heureuse du peuple acadien, périple qui débute à Memramcook en 1881 et qui se termine à Miscouche en 2001 :

Les symboles nationaux acadiens

1984 par Contribution anonyme

 

“Le drapeau sera le signe du ralliement, la devise l’emblème de nos aspirations, la chanson l’expression de notre attachement à tout ce qui se rattache à la religion et à la patrie.”

(Le Moniteur Acadien, le 14 juin 1883, p. 2)

 

Les premiers nationalistes acadiens étaient conscients de l’importance de donner à leur peuple des symboles d’identité culturelle.  Cette question fut donc longuement discutée aux deux premières Conventions nationales acadiennes.  Les leaders étaient influencés dans leur démarche, en grande partie, par les écrits de l’historien français Edmé Rameau de Saint-Père.  Celui-ci les avait convaincus de l’importance de donner aux Acadiens des symboles particuliers qui les aideraient à s’affirmer comme peuple.  À la Convention de Memramcook, en 1881, les Acadiens se choisirent donc une fête nationale, et à la Convention de Miscouche ils complétèrent le choix des symboles en adoptant un drapeau, un air national, une devise et un insigne.

L’abbé Marcel-François Richard, curé de Saint-Louis (Nouveau-Brunswick), a joué un très grand rôle dans le choix des symboles acadiens.  En particulier, il a été le principal promoteur du choix de l’Assomption comme fête nationale et du tricolore étoilé comme drapeau.  Au cours des années, ce sont surtout ces deux symboles qui ont servi à proclamer et à afficher le nationalisme et le patriotisme acadiens lors de nombreuses et diverses occasions, et ce, partout en Acadie.  Le rêve des organisateurs des premières Conventions, soit de donner à leur peuple des symboles aptes à affirmer son existence et sa fierté, s’est donc réalisé.

 

La Fête nationale

Le choix d’une fête nationale a été le fait saillant de la Convention de Memramcook, en 1881.  Cette question a en effet dominé les discussions.  Les délégués furent exposés à plusieurs suggestions mais le débat se fit surtout entre la Saint-Jean-Baptiste, fête nationale des Canadiens français, célébrée le 24 juin, et la Notre-Dame de l’Assomption, célébrée le 15 août.  Parmi les tenants de la Saint-Jean-Baptiste on comptait l’honorable Pierre-Amand Landry, l’abbé Philias Bourgeois, l’honorable Joseph-O. Arsenault et l’abbé Camille Lefebvre.  Par contre, les abbés Marcel-François Richard, Jean Chiasson, Stanislas-J. Doucet, F.-X. Cormier, F. Belliveau et H. Giroir, ainsi que Pascal Poirier et Urbain Johnson se firent les défenseurs de la fête de l’Assomption.

Une discussion fort animée eut lieu.  Les partisans de la Saint-Jean Baptise étaient d’avis qu’une fête commune à tous les Canadiens de langue française les unirait autour d’objectifs communs, face à la majorité anglophone du pays.  Ils souhaitaient voir se resserrer davantage les liens entre l’Acadie et le Québec.  D’ailleurs, il existait en Acadie, depuis les années 1860, un mouvement destiné à encourager les paroisses acadiennes à célébrer la Saint-Jean-Baptiste.  Des prêtres et des laïcs québécois oeuvrant auprès des Acadiens avaient introduit cette pratique.  C’est à Rustico, dans l’Île-du-Prince-Édouard, qu’eut lieu, au tout début des années 1860, la première fête de la Saint-Jean-Baptiste, en Acadie.  Le prêtre québécois Georges-Antoine Belcourt, curé de la paroisse, avait fondé un institut de tempérance sous le patronage de Saint-Jean-Baptiste et chaque année les membres fêtaient grandiosement la fête de leur saint patron.  Memramcook, Bouctouche, Miscouche, Baie-Egmont, emboîtèrent bientôt le pas.  En 1881, un certain nombre de paroisses acadiennes chômaient donc, depuis quelques années, la Saint-Jean-Baptiste.

Les partisans de l’Assomption, par contre, affirmaient que l’histoire et la nationalité des Acadiens étaient différentes de celles des Canadiens français; il fallait donc une fête bien acadienne pour renforcer cette identité nationale qui leur était propre.  Le fait que la France avait été consacrée à la Vierge sous le règne de Louis XIII, à l’époque même de la fondation de l’Acadie, fut un autre argument utilisé en faveur du choix de cette fête.

Le temps de l’année apportait un autre élément au débat.  D’un côté, la fête de l’Assomption, selon un orateur qui s’opposait à ce choix, arrivait à l’une des époques empressées de l’année, soit au temps des foins.  Pour cette raison, la fête nationale des Acadiens ne pourrait être chômée avec tout l’élan désiré car un grand nombre d’Acadiens seraient occupés à la moisson.  Par contre, la Saint-Jean-Baptiste, comme le faisait remarquer certains délégués, se trouvait au temps des semences, une saison de l’année également achalandée pour la classe agricole.

Plusieurs discours furent prononcés lors du débat, dont un par l’abbé Marcel-François Richard, l’un des plus ardents promoteurs de l’Assomption. Son éloquent plaidoyer, avec celui des autres qui étaient de son avis, a vraisemblablement influencé la décision car une majorité, pas tellement grande semble-t-il, vota en faveur de l’Assomption.  Cependant, à l’invitation du président, toute l’assemblée manifesta son approbation en se levant pour acclamer le choix de ce symbole.

 

Extrait du discours de l’abbé Marcel-François Richard

… nous sommes convoqués ici par les organisateurs de cette convention acadienne pour “affirmer notre existence comme peuple” et prendre les moyens de conserver notre nationalité.  Veuillez croire, M. le président, que la politique que je me propose de suivre dans cette discussion est tout à la fois libérale et conservatrice. Je suivrai une politique libérale en reconnaissant les droits des nationalités qui composent notre société; et conservatrice en défendant et en faisant respecter nos droits comme peuple distinct, ayant une histoire à part et une destinée à remplir.  On vous a déjà démontré avec beaucoup de clarté et d’éloquence l’importance d’une fête nationale pour les Acadiens.  En effet, il me semble qu’un peuple qui, pendant plus d’un siècle d’épreuves et de persécutions, a su conserver sa religion, sa langue, ses coutumes et son autonomie, doit avoir acquis assez d’importance pour mériter qu’il adopte les moyens d’affirmer son existence d’une manière solennelle; et cela ne saurait se faire plus efficacement que par la célébration d’une fête nationale qui lui soit propre.  Tous les peuples ont senti le besoin de se choisir une fête nationale.  Ainsi, par exemple, les Anglais ont la Saint-George, les Irlandais la Saint-Patrice, les Canadiens la Saint-Jean-Baptiste; les Sauvages même ont une fête nationale, la Sainte-Anne.  Ainsi, M. le président, vous voyez que tous les peuples ont leur patron particulier qui les distingue les uns des autres; et par ce moyen on a conservé son identité nationale. (…)

Permettez-moi maintenant de vous signaler quelques-uns des motifs qui doivent vous engager à choisir la reine de l’Assomption comme fête nationale des Acadiens de préférence à la Saint-Jean-Baptiste.  Les Canadiens ayant choisi Saint-Jean-Baptiste pour patron, il me semble qu’à moins de vouloir confondre notre nationalité dans la leur il est urgent pour les Acadiens de se choisir une fête particulière.  Il est bon de remarquer que nous ne sommes pas les descendants des Canadiens, mais de la France, et par conséquent je ne vois aucune raison qui nous engage à nous faire adopter la Saint-Jean-Baptiste comme notre fête nationale.  À l’exemple des Anglais, des Irlandais, des Écossais, des Allemands, nous devons tâcher de nous choisir une fête qui nous rappelle notre origine.  J’ose même affirmer que la fête de l’Assomption a toujours été et doit être toujours la fête nationale des Acadiens, descendants de la race française.

Louis XIII avait fait voeu de consacrer son empire à la Sainte Vierge et il voulu que la fête de l’Assomption fût la fête nationale du royaume.

Or peu d’années plus tard il envoya des colons prendre possession de l’Acadie.  Ils ont dû par conséquent emporter avec eux les usages et les coutumes de leur patrie, et si des circonstances malheureuses les ont empêchés de chômer leur fête nationale d’une manière régulière, il est pourtant vrai de dire que la dévotion nationale des Acadiens, c’est la dévotion à Marie.

(Le Moniteur Acadien, le 11 août 1881)

 

Le drapeau acadien

À la Convention de Miscouche, en 1884, les membres de la 3e commission, sous la présidence de l’abbé Marcel-François Richard, se sont réunis pour discuter du choix d’un drapeau national.

Comme pour le choix de la fête nationale, l’abbé Marcel-François Richard y a exercé une très grande influence.  C’était une question à laquelle il réfléchissait depuis quelques années.  En 1882, lors de la fête de l’Assomption, à Saint-Louis, il lançait effectivement quelques idées pour un drapeau acadien:  “Je vois flotter sur le terrain de l’église, disait-il à la foule rassemblée, quatre drapeaux (le drapeau de Marie, le drapeau pontificale, le drapeau français et le Union Jack) dont les couleurs et les nuances semblent fort propres à confectionner le drapeau acadien.”  Deux ans plus tard, comme président de la commission chargée d’étudier le choix d’un drapeau national, il présentait aux participants de cette commission son plan d’un drapeau acadien.  Celui-ci consistait en le tricolore français orné d’une étoile dans la partie bleue.  L’éloquent abbé Richard réussit assez facilement à convaincre les autres membres de la commission de sa conception du drapeau acadien.

Les travaux de la 3e commission terminés, le rapporteur, le Père A.-D. Cormier, présenta son rapport à la plénière, le 15 août en après-midi.  Il souligna surtout que dans le choix d’un drapeau les Acadiens devraient imiter leurs voisins anglais, irlandais et canadiens-français qui hissaient le drapeau de leur mère-patrie lors de leurs fêtes nationales.  Il termina son rapport par la proposition suivante:

Il est proposé par le secrétaire soussigné, appuyé par M. l’abbé M.-F. Richard, que:  “Le drapeau tricolore soit le drapeau national des Acadiens-français.  Comme marque distinctive de la nationalité acadienne on placera une étoile, figure de Marie, dans la partie bleue, qui est la couleur symbolique des personnes consacrées à la Sainte Vierge.  Cette étoile, Stella Maris, qui doit guider la petite colonie acadienne à travers les orages et les écueils, sera aux couleurs papales pour montrer notre inviolable attachement à la sainte Église, notre mère.”

(Le Moniteur Acadien, le 28 août 1884)

Après le rapport du secrétaire de la commission, l’abbé Richard prit la parole devant la foule et dans un vibrant discours exhorta ses compatriotes à adopter le drapeau proposé.  La proposition fut ensuite mise au vote et elle reçut un appui unanime et enthousiaste.  Selon Le Moniteur Acadien, les uns pleuraient “et tous saluèrent ce choix avec allégresse.”

En soirée, lorsque les délégués étaient réunis dans la grande salle du couvent pour clore la Convention, l’abbé Richard déploya, à la grande surprise des congressistes, le nouveau drapeau acadien qu’il avait fait fabriqué par une de ses paroissiennes.  C’est avec beaucoup d’émotions que les délégués saluèrent pour la première fois leur drapeau national.  Et, le lendemain matin, on le hissa en face de l’église de Miscouche.  Comme il se déployait à la brise, le curé de Miscouche le salua d’une fusillade au milieu des vivats enthousiastes des habitants de Miscouche et de leurs hôtes.  Plus tard dans la journée, le capitaine du vapeur qui ramenait la plupart des Acadiens de la terre ferme chez-eux fit flotter leur drapeau juste au-dessous de celui d’Angleterre.  Croyant apercevoir le drapeau de la France, une corvette de la flotte britannique ancrée près du quai de Summerside hissa son drapeau.  Elle saluait ainsi, sans s’en rendre compte, le nouveau drapeau des Acadiens.

Au cours des décennies qui ont suivi la Convention, certains Acadiens ont contesté le choix du tricolore étoilé.  Ils trouvaient que ce drapeau était trop semblable à celui de la France révolutionnaire; ils auraient préféré voir un drapeau tel le fleur-de-lys flotter en Acadie.  Ce dernier leur était plus sympathique car il représentait les valeurs traditionnelles, cléricales et monarchiques d’avant la Révolution française.  Malgré cette contestation dans certains quartiers acadiens de la fin du 19e siècle, le drapeau tel que choisi lors de la Convention de Miscouche est devenu, au cours des années, le plus puissant symbole d’identité culturelle du peuple acadien.

 

Extrait du discours de l’abbé Marcel-François Richard sur le choix du drapeau acadien

À une armée il faut un étendard.  La bannière de l’Assomption, naturellement, sera portée avec un patriotisme religieux en tête de nos processions religieuses.  Mais il nous faut avoir un drapeau national qui flotte sur nos têtes aux jours de nos réunions ou célébrations nationales.  Plusieurs formes de drapeaux ont été proposées.  Je ne veux pas déprécier les suggestions faites à ce propos; mais je ne puis m’accorder avec ceux qui prétendent que nous devons choisir un drapeau tout à fait différent de celui qui représente notre mère-patrie.  Le drapeau tricolore est le drapeau de la France, dont nous sommes les descendants, et ce drapeau a droit de flotter par convenance internationale dans l’univers entier.  Pour nous, Acadiens, ce drapeau nous dit simplement que nous sommes français et que la France est notre mère-patrie, comme le drapeau irlandais rappelle aux Irlandais leur origine et leur patrie.

Cependant, je voudrais que l’Acadie eût un drapeau qui lui rappelât non seulement que ses enfants sont français, mais qu’ils sont aussi acadiens.  Je suggère donc, et je propose aux délégués de cette convention le plan suivant du drapeau national.

Le drapeau tricolore tel que confectionné serait celui de l’Acadie en y ajoutant dans la partie bleue une étoile aux couleurs papales.  L’étoile qui représente l’étoile de Marie, Stella Maris, servira d’écusson dans notre drapeau comme celui du Canada fait du drapeau anglais celui de la Confédération.

Monsieur le président et messieurs, ne vous semble-t-il pas que déjà vous êtes prêts à adopter ce drapeau qui réveille en vous le sentiment que vous êtes et que vous devez rester français, et que vous êtes acadiens et que vous voulez rester acadiens et porter ce drapeau à la victoire?  Dans l’avenir, lorsque les ennemis voudront méconnaître nos droits, la vue de ce drapeau nous rappellera nos devoirs et nous encouragera et nous fortifiera dans le combat.  Regardant l’étoile qui orne votre étendard, vous vous rappellerez que combattre sous l’égide de Marie, c’est être assuré d’une victoire peut-être tardive, mais certaine.

Pour ma part, il me semble déjà entendre les battements de mon coeur, à la pensée que l’Acadie ayant sa fête nationale, va, par notre choix autorisé, posséder aussi un drapeau national, qui flottera aux jours de nos réjouissances et nous servira d’étendard dans les combats que nous serons appelés à soutenir pour la défense de nos droits souvent méconnus et méprisés.

Je demande à M. le président de proposer au vote des délégués le choix du drapeau de l’Acadie et j’ose espérer que le plan que je viens d’élaborer rencontrera l’approbation de mes compatriotes acadiens.

(Le Moniteur Acadien, le 28 août 1884)

 

L’hymne national

Les délégués de 1884 étaient moins préparés à discuter du choix d’un chant national que d’un drapeau.  La troisième commission intitulée “Drapeau et chant national” s’était bien acquittée de son rôle quant au choix d’un drapeau.  La question de l’hymne national, par contre, avait été renvoyée à un comité spécial à être nommé par les délégués faute de suggestions jugées appropriées.  Toutefois, dans un moment de vive émotion et de façon assez spontanée, la Convention se rallia autour du cantique marial, l’Ave Maris Stella.

Le choix de ce symbole fut donc fait sans aucune étude préalable et sans aucune recommandation de la part d’un comité.  Plusieurs Acadiens de l’époque se sont demandés par la suite si c’était la chanson ou l’air seulement qu’on avait choisi comme l’hymne national.

Il devient de plus en plus clair, dans les années qui suivirent la Convention, que les délégués avaient choisi la “mélodie” de l’Ave Maris Stella comme “air” national.  Dès l’automne 1884, une lettre à cet effet fut publiée dans le Moniteur Acadien.  L’auteur se demandait si on allait emprunter les mots d’une chanson du Canada français ou de la France pour accompagner l’air de l’Ave Maris Stella, ou bien si on allait trouver une composition acadienne originale.  “Des rimes nouvelles, disait-il, qui s’harmoniseront avec l’air déjà adopté et résumeront l’Acadien tel qu’il est, avec son passé rempli d’orages et son avenir souriant d’espoir.”  En terminant, ce correspondant suggère l’établissement d’un concours pour trouver des paroles qui, adaptées à l’air national choisi, deviendront “notre chanson populaire par excellence.”  (Le Moniteur Acadien, le 20 novembre 1884)

Un correspondant du Courrier des Provinces Maritimes fit remarquer, dans l’édition du 9 mai 1889, que l’air national de l’Ave Maris Stella, tel que choisi à Miscouche, n’avait pas été joué “une seule fois par aucun de nos corps de musique” et ce, cinq ans après la Convention.  De plus, toujours selon l’auteur de la lettre, il était mieux de laisser ce chant à l’Église car en traînant l’Ave Maris Stella dans les salles publiques, dans les banquets politiques ou dans les lieux où l’on viderait une bouteille de champagne, ce serait manquer de piété et se moquer du ciel et de la terre.

Il y eut à maintes reprises des essais de composition d’un hymne national acadien sur l’air adopté à Miscouche.  Des efforts en vue de donner à l’Acadie un chant national populaire ont aussi été faits.  Deux de ces compositions profanes ont connu un certain succès.  Il s’agit de la Marseillaise acadienne, composée en 1910 par l’abbé A.-T. Bourque, et En Avant!, oeuvre de l’abbé Stanislas Doucet, datant de 1912.

À partir du milieu des années 1960, l’Ave Maris Stella fut remis en question lors de divers ralliements.  Même qu’en 1972, à la réunion des francophones du Nouveau-Brunswick tenue à Fredericton, 58.7% des délégués se sont déclarés favorables à ce que l’hymne national des Acadiens, l’Ave Maris Stella, soit remplacé alors que 16.8% étaient contre et 26% étaient indécis.

En 1984, cent ans après le choix de la Convention de 1884, la question de chant national acadien n’est toujours pas réglée.  L’Ave Maris Stella, que l’on chante encore en latin lors de certaines manifestations patriotiques, demeure toujours l’hymne national officiel de l’Acadie.  Il existe toutefois un manque de consensus autour de ce symbole.

 

Ave Maris Stella

1.
Ave maris stella
Dei Mater alma
Atque semper Virgo
Felix coeli porta
Felix coeli porta

2.
Sumens illus Ave
Gabrielis ore,
Funda nos in pace,
Mutans Hevae nomen.

3.
Solve vincla reis,
Profer lumen caecis,
Mala nostra pelle,
Bona cuncta posce.

4.
Monstra te esse matrem,
Sumat per te preces
Qui pro nobis natus,
Tulit esse tuus.

5.
Virgo singularis
Inter omnes mitis,
Nos culpis solutos
Mites fac et castos.

6.
Vitam praesta puram,
Iter para tutum,
Ut videntes Jesum
Semper collaetemur.

7.
Sit laus Deo Patri,
Summo Christo decus,
Spiritui Sancto,
Tribus honor unus.  Amen.

 

Le choix de l’hymne national

Au moment où les délégués allaient se séparer, M. l’abbé Richard annonce qu’il est en mesure de leur faire voir un échantillon du drapeau national adopté par la Convention.  Des hourras frénétiques accueillent cette proposition.  M. Richard et le Père Cormier déploient, par un silence solennel, devant un auditoire ému, un superbe drapeau tricolore orné de l’étoile aux couleurs pontificales.  L’enthousiasme est universel, de bruyantes acclamations saluent l’étendard national que l’on voit pour la première fois.  De toutes parts on demande une chanson, les uns suggérant la Marseillaise, lorsque M. Richard entonne d’une voix grave et solennelle l’Ave Maris Stella, que tout le monde répète après lui.  C’était un spectacle admirable, saisissant.  Le God Save the Queen succède à l’Ave Maris Stella, puis M. Richard prenant la parole, exprime l’espoir que nos musiciens nous donneront bientôt un air national.

M. Pascal Poirier, interrompant M. l’abbé Richard, demande la parole pour quelques instants.  Plus que tous les autres il est ému.  D’une voix frémissante il nous annonce que pour lui l’air national des Acadiens est tout trouvé, et trouvé d’une manière merveilleuse qui montre le doigt de Dieu, l’intervention de Marie, notre patronne.  Cet air que nous cherchions, que nous implorions, il vient de retenir à nos oreilles, il vient d’éveiller dans nos coeurs les plus douces et les plus suaves sensations.  C’est l’air entonné par M. l’abbé Richard, répété par toute l’assistance, c’est l’air de l’Ave Maris Stella, qui se chante dans toutes nos églises et que l’on entend si souvent dans nos chaumières; la salutation de l’Église à Marie, patronne des Acadiens.

À ce moment des transports d’allégresse éclatent sur toutes les figures, tous les coeurs battent bien haut dans les poitrines.  M. Poirier avait frappé juste et sa parole éloquente et enflammée avait porté la conviction dans tous les esprits, embrasé tous les coeurs.

(…)

Le président soumit la proposition à l’assemblée qui l’adopta au bruit des acclamations enthousiastes de la délégation.  On chanta de nouveau l’air désormais national de l’Ave Maris Stella; jamais hymne ne fut chanté avec plus d’entrain.

C’est là un faible aperçu de la scène la plus mémorable de la 2e Convention Acadienne, et ce n’est pas trop avancer que de dire que le souvenir en restera à jamais gravé dans l’esprit de tous ceux qui ont eu la bonne fortune d’en être les témoins.

(Le Moniteur Acadien, le 21 août 1884)

 

L’insigne et la devise

À la Convention de Miscouche, les Acadiens se sont aussi choisis un insigne et une devise.  Il est possible que l’élite acadienne et certains délégués présents aient voulu imiter ce qui s’était produit au Congrès de la Saint-Jean-Baptiste, à Québec, quatre ans auparavant.  Ils se rappelaient qu’à la Convention de Québec, à laquelle ils avaient participé, une association intitulée “l’Union Nationale Française de l’Amérique du Nord” avait été mise sur pied avec un insigne (la feuille d’érable et le castor) et une devise “L’Union fait la force”.  À Miscouche, les délégués adopteront la même devise mais ils se donneront un insigne particulier.

De toute évidence, le choix de ces deux symboles fut étudié par les membres de la commission du drapeau et du chant national qui formulèrent ensuite la proposition suivante, adoptée à l’unanimité par l’ensemble des délégués :

 Il est proposé et secondé que l’insigne qui se portera à la boutonnière aux jours de fêtes, sera une bandelette de soie bleue sur laquelle sera frappée une étoile entourée de rayons.  Au-dessous un vaisseau voguant à pleines voiles avec le mot Acadie écrit sur son pavillon.  La devise au bas sera:  “L’union fait la force.”  Le tout couronné d’une rosette en ruban rouge et blanc.

(Le Moniteur Acadien, le 28 août 1884)

Les Acadiens se sont très peu servis de l’insigne.  En effet, on n’en connaît qu’un seul exemplaire, conservé au Musée Acadien de l’Université de Moncton.  De plus, on l’aperçoit sur une photo du comité exécutif de la Convention nationale de 1905, tenue à Caraquet.  Sur cette photo de groupe, seul le président la porte à la boutonnière.

La devise, par contre, apparaît un peu plus souvent.  Les Acadiens l’utilisaient parfois dans les discours et dans les décors lors de fêtes, de cérémonies religieuses ou de conventions.  L’Impartial (1893-1915), le premier journal de langue française publié à l’Île-du-Prince-Édouard, l’affichait comme sa propre devise.  Aujourd’hui elle est très peu connue chez les Acadiens comme devise nationale.

Nouveau chant national des Acadiens

1980 par Contribution anonyme

Sur l’air du Petit Mousse Noir.

Présenté à la Société Acadienne de Tignish, par G. Buote, et chanté pour la première fois en Acadie, à Tignish, 15 août 1901, jour de la célébration de la Fête Nationale des Acadiens.

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Lève ton front, ô ma patrie!
Contemple le ciel radieux!
Luit sur ta bannière chérie,
Le soleil d’un jour glorieux.
Débris d’une héroïque histoire,
Peuple déroule tes drapeaux!
Souviens-toi des vieux jours de gloire
Et des combats de tes héros!

Qu’ils sont beaux sur ton oriflamme.
Ces lys teints du sang de nos preux!
Braver la mitraille et la flamme,
Je crois les voir encore poudreux.
Débris d’une héroïque histoire,
Peuple déroule tes drapeaux;
Souviens-toi des vieux jours de gloire )
Et des combats de tes héros!                    ) bis

Et que la bise sur son aile,
Porte à l’ancien monde étonné
L’hymne, de sa voix solennelle,
Que chante un peuple nouveau-né.
Nous avons notre vieille histoire,
Peuple déroulons nos drapeaux;
Il est encore des jours de gloire )
Nous pouvons être des héros?   ) bis
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INVOCATION

Reine des cieux, Notre Patronne,
Entends la voix de tes enfants
En ce beau jour, Sainte Madone,
Nous renouvelons nos serments.
Comm’jadis au temps de nos pères,
Dans nos chants nous t’invoquons tous;
Accepte nos humbles prières, )
À ton fils porte les pour nous.  ) bis

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Publié dans L’Impartial, le 21 mars 1907, p. 4.