Résultats: ‘Rustico’

Souvenirs d’autrefois

2007 par Abbé J.-N. Poirier

Mes souvenirs d’autrefois sont-ce des papillons gris, bleus ou blancs ? En tous cas, comme tous les chrétiens baptisés en bas âge, je ne peux me rappeler le jour même de mon baptême. Mais je crois que ma marraine n’a pas eu trop de misère ce jour-là, car elle vit encore et se porte assez bien malgré ses quatre-vingt-dix ans et plus.

J’ai souvent dit à ma mère que je me rappelais un étranger du nom Paradis qui était venu dans notre village avec un certain appareil, dans lequel on pouvait voir des portraits de personnages se succédant les uns aux autres lorsqu’on tournait une courte manivelle à côté. Je soutenais que je me rappelais cet étranger quasi-mystérieux que l’on nommait Paradis : qu’il m’avait un jour pris sur ses genoux pour me faire regarder dans la boîte magique; que j’y avais vu passer et j’y avais distingué vaguement des personnages que je ne comprenais pas sinon qu’ils étaient des personnes humaines. Est-ce un rêve ou une imagination vive? Était-ce un véritable souvenir? J’avais beau me cantonner dans ce souvenir fort lointain, ma mère n’a jamais voulu me croire, car, disait-elle, j’étais trop petit. J’avais deux ans !

J’ai un vague mais réel souvenir d’un événement dont parle l’histoire de l’Acadie et dont on parlera cet été aux fêtes qui se dérouleront pour commémorer le deuxième centenaire de la Dispersion des Acadiens de Grand-Pré et de Port-Royal, je veux dire le congrès organisé par la Société nationale des Acadiens à Miscouche en 1884. J’avais quatre ans. Tout ce dont je puis me rappeler c’est qu’il faisait beau, qu’il y avait foule de monde et que mon père me tenant par la main me conduisit aux tables pour le dîner. J’ai dû y manger du poulet, des pommes de terre, des légumes, du pain et des « galettes douces ». Il y eut des discours et des démonstrations, mais j’étais trop jeune pour les écouter et les apprécier.

L’âge scolaire venu, je pris le chemin de l’école. Nous nous trouvions six ou sept nouveaux-venus ou commençants. Un bon jour, lorsque notre classe fut appelée, le vieil instituteur se mit à nous faire épeler des mots imprimés sur une carte ou écrits au tableau noir. Il demande au premier d’épeler le mot qu’il indiquait de sa règle. Cet écolier commence, puis hésite, s’embête, fait fausse route et naturellement n’arrive à rien. Le deuxième, le troisième et le quatrième sont appelés. Ils essaient mais s’empêtrent et s’embourbent et eux aussi, n’arrivent pas au but. Enfin, c’est mon tour. Résolument je dis à haute voix et en regardant le mot indiqué, c-h-i-e-n chien. Alors le vieux maître d’école me fait « passer à la tête ». Ma foi, ne sachant pas ce que cela voulait dire, je ne pouvais m’enorgueillir de ma belle réussite. Arrivé à mon pupitre quelques minutes plus tard, un compagnon me tape l’épaule et me félicite « d’être passé à la tête » mais une fois de plus je ne pouvais saisir la différence qu’il y avait entre la tête et la queue de la classe.

Plus tard il fallait se préparer à la première communion. Pour cette classe de catéchisme, nous allions le matin et le soir au couvent des religieuses. Un jour, après la classe de l’après-midi, la supérieure me rencontre et me dit : « Nazaire, voudrais-tu descendre à la cave et nous monter un panier de navets? » Ah ! Oh ! Navets ? Tout ébahi, je me gratte un peu la tête et je finis par demander : « Mère (pour nous toutes les religieuses s’appelaient mères) c’est-y des navots que vous voulez? » Et la bonne supérieure de s’esclaffer et de répondre : « Mon enfant, c’est la même chose ».

En ces jours-là, notre curé desservait deux paroisses. À tous les troisièmes dimanches, il se rendait à la paroisse voisine. Nous étions donc, ce jour-là, privés de la messe. Mais les paroissiens se rendaient tous à l’église, et là avaient lieu les dévotions dominicales. D’abord, le chœur chantait l’Introït, le Kyrie et le Gloria. Alors le vieux maître-chantre, à barbe et cheveux gris, se levant majestueusement, lisait d’un ton solennel l’épître de dimanche. La lecture faite, il laissait tomber sa voix de deux ou trois tons et d’une voix grave et profonde qui avait l’air de racler le fond de la mer, il disait : Réflexions et continuait à lire un court commentaire. Après cette lecture, venait le chant du graduel et de l’alléluia, puis le vieillard se levant de nouveau, lisait l’Évangile suivi des réflexions. Le Credo se chantait ensuite, et ma foi, les bons chantres, jeunes et vieux, ne pouvaient aller plus loin. Le tout se terminait par la récitation du chapelet. En ces temps-là, la foi était robuste.

Si le curé n’arrivait pas l’après-midi, les gens retournaient à l’église tout de même où l’on chantait les vêpres. Ici, tout se chantait in extenso, excepté que le maître-chantre ne devait pas chanter « Dominus vobiscum ». On racontait que ce vieillard, après les oraisons du temps et les commémorations, avait chanté, par distraction sans doute, « Dominus vobiscum » et le chœur avait répondu tout bonnement : « Et cum spiritu tuo ». L’incident s’était passé pour ainsi dire inaperçu, mais un paroissien à l’oreille « prime » avait remarqué le chant extraordinaire pour des vêpres sans prêtre, et s’approchant du maître-chantre à la sortie de l’église lui demanda d’un air malin : « Depuis quand, toi, as-tu été ordonné prêtre? ». Et le bon vieux maître-chantre tout confondu ne put que lui répondre : « Ah ! toi, tu t’aperçois de tout! ».

abbé J.- N. Poirier**

 

* Tirée de l’Album Souvenir des Fêtes du bicentenaire chez les Acadiens de l’Île-du-Prince-Édouard, Rustico, 1955, p. 34-35

** Mgr J. Nazaire Poirier, Acadien de Miscouche, fut ordonné prêtre à Rome en 1912 et fut curé à Mont-Carmel (1937-1946) et à Baie-Egmont (1946-1965). C’est en 1958 qu’il fut investi à titre personnel de la « prélature domestique » d’où la distinction honorifique de « Mgr » (Monseigneur).

Mgr J. Nazaire Poirier, natif de Miscouche, curé de Mont-Carmel et de Baie-Egmont.

Mgr J. Nazaire Poirier, natif de Miscouche, curé de Mont-Carmel
et de Baie-Egmont

Comment des pauvres gens peuvent devenir banquiers?

2004 par Georges Arsenault

Georges Arsenault

 

Extrait d’une lettre du père Georges-Antoine Belcourt, curé de Rustico

L’histoire de la Banque des fermiers de Rustico, fondée par le père Georges-Antoine Belcourt, est  bien connue. Cette institution aurait été la première expérience coopérative dans le secteur du crédit au Canada et peut-être en Amérique du Nord.  L’on sait que cette banque du peuple a fonctionné avec charte de 1864 jusqu’à 1894. Ce qui est moins connu, c’est que la Banque des fermiers de Rustico a fonctionné pendant quelques années sans être incorporée. Elle a effectivement été fondée vers le mois de septembre 1861.

Le père Belcourt a beaucoup écrit au sujet de sa banque dans son abondante correspondance avec Edme Rameau de Saint-Père, journaliste, sociologue et historien français. Ce dernier s’intéressait énormément aux Acadiens et c’est grâce à ses interventions que le père Belcourt a pu obtenir de Napoléon III, empereur des Français (1852-1870), des dons monétaires importants pour aider à défrayer les coûts de plusieurs projets à Rustico, notamment l’embauche d’un instituteur pour une «école modèle». Cet argent a aussi servi à l’achat de livres pour une bibliothèque, d’instruments de musique pour une fanfare, d’un orgue pour l’église, etc.

Dans une lettre en date du 1er juillet 1862, le père Belcourt explique en assez de détails à Edme Rameau comment fonctionne la banque qu’il a mise sur pied avec ses paroissiens depuis presque un an. Il lui dit aussi que le but principal de la banque est de permettre aux Acadiens d’acheter des terres et de se libérer de l’emprise des grands propriétaires terriens, les «seigneurs» comme il les nomme. Belcourt explique aussi pourquoi il n’a pas encore fait incorporer son institution. Enfin, il fait référence à l’émigration d’un certain nombre de ses paroissiens à Saint-Alexis-de-Matapédia, un projet de colonisation au Bas-Canada (aujourd’hui le Québec) qu’il avait lancé en 1860, peu de temps après son arrivée à Rustico.

Nous reproduisons intégralement l’extrait de la lettre du père Belcourt. Cependant, afin de faciliter la lecture, nous avons créé des paragraphes.

«Vous désirez beaucoup connaître comment des pauvres gens peuvent devenir Banquiers? C’est un secret qui contient en effet assez d’intérêt pour piquer la curiosité; eh bien! voici comme nous faisons sans demander comment font les monsieurs, (les capitalistes.) Les officiers sont au nombre de 12, dont un Président, Trésorier et secrétaire, et les autres conseillers, éligibles tous les ans par les actionnaires. Les 3 premiers officiers, ceux en fonction, sont élus des douzes, par ce conseil. Leur office est honoraire, et d’ici à ce que leur charge leur donne trop de besogne, ils agissent pour l’honneur et non pour l’argent, (ce ne ferait pas l’affaire de ceux qui aiment plus l’argent que l’honneur).

Les actions sont d’une livre du cours de l’Isle a peu près 20 francs de votre monnaie et chacun prend le nombre d’actions qu’il veut prendre. Le but principal est de donner une aide à celui qui veut acheter une terre, en lui aidant à faire le premier payement, celui demandé au moment du marché. Celui qui emprunte doit donner une caution solvable et de plus la terre achetée est hypothéquée pour double valeur de la somme prêtée. Ce pret se fait à 7 1/2 par cent. Les actionnaires reçoivent de 6 1/2
à 7 par cent; c.-à-d., au bout de l’an les intérêts reçus sont divisés, et comme il y a toujours quelques petites sommes qui demeurent quelques semaines ou quelques mois au coffre, il en résulte une baisse sur l’intérêt à percevoir par chaque actionnaire, mais cette diminution est peu de chose, car il ne manque pas d’emprunteur, surtout pour de petites sommes et c’est ce besoin qui rend cette association si utile.

Voici un cas qui arrive souvent; un Seigneur envoye un ordre par officier de justice, à un tenancier; il faut que ce tenancier livre L 5..0 dans deux jours; il a deux pourceaux qu’il engraisse, mais
il s’en faut qu’ils soyent assez avancés pour faire la somme voulue; il emprunte L
5 de la banque et quand ses pourceaux sont très gras, il paye la somme et l’intérêt avec de grands remerciements, &. Pour le présent, nous ne prêtons pas de sommes plus fortes que L 50..0..0. Si quelqu’un veut retirer son Capital ou sa mise ou son action, il convient des l’entrée, qu’il se soumet à attendre les premiers argents rentrés après le jour qu’il aura donné notice au trésorier.
Les intérêts des actionnaires ne se donnent qu’au bout de l’année, au règlement des comptes. Ceci pour bien par la suite se règler par quartier, mais comme parmi les fermiers, les gros payements ne peuvent se faire qu’après les récoltes, tous en sont convenus unanimement.

Vous vous doutez bien que nous n’agissons pas encore sur une grande échelle. Nous sommes comme ces enfants qui ne pèsent qu’une livre à la naissance. Nous n’avons pas encore émis de billets; donc nous n’avons pas encore fait incorporer notre association. Nous attendons que notre capital se montre avec plus de suffisance. Pour nous qui sommes unis comme un seul homme, nous pouvons agir un an ou deux sous cette forme. Toute personne qui dépose de l’argent à la banque sans être actionnaire, reçoit 5 1/2 par cent, qu’il peut toucher par trois mois. Si la fin répond aux apparences, les fermiers seront riches cet automne, et nous espérons obtenir l’incorporation de notre Banque à la prochaine cession.

Nous espérons un autre ministère; celui qu’on enterre cette année était composé d’une clique de wigs, seigneurs, et orangemen, dont un catholique ne pouvait rien espérer. Nous avons acheté trois terres dont deux de protestans, et une qui serait passée, sans nous, aux protestans, et dont une des plus belles terres près de l’Eglise. J’ai de plus en main le contrat d’une terre d’un protestant voisin de leur église et où se retire le ministre quand il vient officier. Nous ferons le dernier payement cet automne où nous en prendrons possession; ceci se fait en secret, car les autres protestans n’aiment pas ces tours là. Ils l’ont fait assez aux acadiens, il est tems de tourner la carte; comme on dit, il faut partager les plaisirs. Tout cela n’empêchera pas l’Emigration. La dernière 1ère Communion que j’ai fait faire nombrait 102 enfants, et celle de cette année en contiendra presqu’autant; à ce compte, la moitié peut émigrer tous les ans et il en reste assez pour agrandir Rustico.

Vous avez pu voir sur les journaux du Canada qu’on songe à établir un Crédit foncier, c’est en grand ce que faisons en petit; car vous savez qu’en Canada on fait les choses noblement. Les fermiers sont là ce que les nôtres sont ici; il ne font leurs argents qu’une fois l’an; il faut pouvoir emprunter pour rendre au bout d’un an; si non le fermier ne peut emprunter des banques

 

Source : Lettre de Georges-Antoine Belcourt à Edme Rameau de Saint-Père, Fondation Lionel Groulx, Fonds Alphonse Desjardins, P19/A,44. Le Centre d’études acadiennes de l’Université de Moncton possède une photocopie de cette lettre, 836-2.

Pour en connaître davantage sur la Banque des fermiers de Rustico dans la correspondance du père Belcourt, voir Gabriel Bertrand, Paroisse acadienne de Rustico (Î.-P.-É.) et la Banque des fermiers, recueil de citations épistolaires du père Georges-Antoine Belcourt, Moncton, Chaire d’études coopératives, Université de Moncton, 1995, 101 p.


La maison Doucet… une « relique » du passé

2002 par Francis C. Blanchard

Francis C. Blanchard

 

La maison Doucet est parmi les plus historiques de l’Île-du-Prince-Édouard.  Elle est certainement la plus ancienne de Rustico et de ses environs et, fort probablement de toute la province.

La maison était à l’origine située à la Pointe-à-Grand-Père, route 242, Lot 24 à Cymbria dans le comté Queens, Î.-P.-É.  Le terrain, sur lequel la maison fut sise, faisait face à la rivière Wheatley; ce cours d’eau se jette dans la baie de Rustico.  La propriété appartenait à M. John Langdale et servait comme sa résidence d’été

En 1999, ce dernier a pris possession d’une nouvelle maison moderne adjacente à la maison historique.  Le dit propriétaire, maintenant, avait à prendre une décision, soi-disant un peu difficile, si personne ne venait la réclamer, soit démolir l’immeuble ou bien l’offrir à des intéressés qui seraient demandés à la déménager sur un autre site.

Sachant la valeur patrimoniale de la maison, M. Langdale s’est mis immédiatement en contact avec l’ancien curé de Rustico, M. L’abbé Lyndon Hogan, qui à son tour en a parlé avec Mme Judy MacDonald, présidente du Conseil des Amis de la Banque des fermiers inc. et M. Arthur Buote, agent communautaire du Conseil acadien de Rustico.

Par la suite, le Conseil des Amis crée un sous-comité pour s’occuper des détails de ce nouveau projet d’envergure.  Le comité et le Conseil des Amis avec l’appui indispensable de Parcs Canada ont entrepris le travail nécessaire pour transporter la bâtisse sur le terrain accolé au lieu historique de la Banque des fermiers, tout près de l’église paroissiale Saint-Augustin de Rustico.

 

La conservation et la restauration de ce bijou historique et patrimonial sont d’un intérêt tout à fait particulier pour plusieurs raisons.  La maison Doucet n’est pas uniquement un exemple important de l’architecture vernaculaire acadienne de l’an premier, mais aussi une source précieuse d’information sur les Acadiens et sur des faits relatifs à l’évolution de leur réhabilitation après la Déportation.

La maison est typique des méthodes employées par les Acadiens des Provinces maritimes dans la construction d’immeubles pièces-sur-pièces.  Les techniques utilisées furent celles amenées de la vieille France.

Une autre raison importante et qu’on pourrait qualifier d’être pleine de signification, et qui pousse les intéressés à vouloir conserver et rénover la demeure, découle d’une tradition, un endroit pour le culte.  La Dre Marguerite Michaud, professeure et historienne du Nouveau-Brunswick a publié en 1967, dans son volume Guide historique et touristique, l’anecdote qui suit  :

Àprès la mort de l’abbé James MacDonald (1758), Jean Doucet célèbre la messe blanche dans la maison paternelle.  Les frères Doucet, Adrien et Adolphe, qui demeurent près de Rustico, ont conservé au foyer l’ancienne armoire dont se servait le missionnaire d’autrefois pour dire la Messe…

Je vous fais part d’un autre passage du livre « St. Augustine’s Church – Église St-Augustin, Rustico, Î.-P.-É. 1838-1988 » et, je cite :

Au cours des années 1772 à 1792, il n’y avait à Rustico ni église ni édifice convenable où l’on pouvait célébrer le saint sacrifice de la Messe.  On raconte que lors de l’une de ses visites, l’abbé MacDonald célébra la messe au domicile de feu Rodolphe Doucette de Cymbria (Pointe-à-Grand-Père).  Cette maison construite pièces-sur-pièces sert encore de logis et, est probablement l’une des plus anciennes de Rustico, si non de toute l’Île.  L’abbé MacDonald est décédé en 1758 à l’âge de quarante-neuf ans.

Peu après la mort de l’abbé MacDonald, l’évêque Desglis (sic) de Québec autorisa Jean Doucet (le vieux Jean), un acadien de Rustico à recevoir des consentements de mariage et à administrer le baptême dans toute la colonie, jusqu’à ce qu’un prêtre soit disponible pour desservir la population catholique de l’Île.  On peut dire qu’il fut le premier diacre laïque nommé à l’Île-du-Prince-Édouard.

Le Comité de la maison Doucet se compose de plusieurs individus intéressés à la réussite du projet de restauration, sous l’habile présidence de M. Arthur Buote de Rustico.  Une fois la restauration terminée, cet artefact du passé s’ajoutera merveilleusement à l’histoire de Rustico et de la Banque des fermiers.

À date, le comité et le Conseil de la Banque ont engagé la firme Unlimited Drafting Inc. / P.E.I. Heritage Designs de Hunter River, Î.-P..-É.  La firme a produit un rapport (Conservation Report) comme point de départ à ce projet.

En préparant le rapport de conservation, la firme, ci-dessus mentionnée, a toutefois identifié un problème et a réalisé l’existence d’informations contradictoires.  À l’heure actuelle, ils ne peuvent pas déterminer avec certitude la date exacte de la construction de la maison qu’on croyait aux environs de 1775.  Le rapport recommande donc que le processus nommé « dendrochronologie » soit utilisé pour en connaître la date exacte.

Le processus sera mis en exécution par un spécialiste, Dr André Robichaud du Département d’histoire et de géographie à l’Université de Moncton.  Ainsi, nous connaîtrons la date spécifique quand la maison Doucet a été construite.  Avec patience, nous serons tous bien contents!

 

 

L’éducation en français – Un nouveau millénaire – un nouvel essor

2002 par Tilmon Gallant

Tilmon Gallant

 

Depuis la disparition des quelque deux cent petits districts scolaires locaux et l’arrivée des cinq unités scolaires régionales en 1972, la communauté francophone et acadienne de l’Île déplorait le fait que cet événement était responsable, plus que d’autre chose, de la fermeture des écoles acadiennes dans la province (autre que l’école Évangéline).  Les régions de Prince-Ouest, Summerside et Rustico ont été englobées par les nouveaux districts régionaux anglophones qui ont été établis sur ces territoires et conséquemment, les Acadiens et francophones vivant dans ces régions ont perdu le contrôle de leurs petites écoles.

Pendant les prochains vingt ans, l’éducation en français fut limitée au programme offert au Centre d’éducation Évangéline avec une tentative de programmation offerte au premier cycle de l’élémentaire à Summerside, tentative qui a eu lieu au moment de la fermeture de la base militaire et des classes installées dans le sous-sol d’une église à Charlottetown.  Ce fut le début de l’école François-Buote.

Quelques faits saillants ont marqué le tournant des décisions qui ont, depuis ces dernières années, permis un regain de vie scolaire dans plusieurs régions de la province.

L’arrivée du ministère fédéral des Anciens combattants à Charlottetown pendant les années 1980 a influencé en grande mesure l’établissement du Carrefour de l’Isle Saint-Jean et l’école François-Buote qui a ouvert ses portes en 1991, offrant ainsi un enseignement aux niveaux élémentaire et secondaire en français dans la région de Charlottetown et des environs.

En 1990, la commission scolaire régionale Évangéline (Unité scolaire no 5) a relevé le défi d’élargir son mandat et son territoire en devenant une commission scolaire provinciale avec représentation de toutes les régions de la province.  Le leadership exercé par cet organisme mérite d’être noté puisqu’elle a travaillé d’arrache-pied afin de gagner la confiance d’un grand nombre d’ayants droit à l’éducation en français.  Elle récolte aujourd’hui les fruits de son travail en ouvrant les portes d’une nouvelle école à Summerside en plus de celles de Prince-Ouest et Rustico.

Suite au rapatriement de la Constitution canadienne et de l’adoption de la Charte canadienne des droits et libertés, la province a amendé la loi scolaire afin qu’elle respecte et reflète les clauses de l’article 23 de la Charte donnant ainsi droit aux citoyens ayant le droit de recevoir leur éducation en français là où le nombre le justifie et ce, financé par les fonds publics.  Appuyé par la Charte et la loi scolaire, un groupe de parents de la région de Summerside, après plusieurs refus de la commission scolaire de l’Unité no 2 (Summerside et ses environs) et du ministère de l’Éducation, a mené une lutte jusqu’à la Cour suprême du Canada afin de finalement recevoir une décision favorable en janvier 2000, permettant ainsi aux Acadiens et francophones de la région de Summerside de recevoir l’éducation en français dans leur région.

La province entérine la décision de la Cour suprême et a immédiatement mis en marche le processus de planification menant à la construction de cette nouvelle école qui ouvre ses portes au début du mois de février 2002.

La Commission scolaire de langue française en collaboration avec le ministère de l’Éducation a, du même coup, ouvert des écoles à Prince-Ouest et à Rustico avec l’appui financier du ministère de l’Éducation et du ministère fédéral du Patrimoine canadien.

Ce nouvel élan en éducation en français est dû à un ensemble de facteurs qui comprend les éléments mentionnés ci-dessus ainsi qu’un éveil dans la communauté acadienne et francophone créé par les nombreux organismes locaux, régionaux et provinciaux qui n’ont jamais abandonné l’espoir qu’un jour on aurait accès à des écoles françaises partout où il y a une demande justifiée dans la province.

Les prochains défis à relever surtout en situation minoritaire telle la nôtre seront de pouvoir offrir une programmation et un enseignement de qualité équivalente à celle offerte en anglais dans les écoles voisines et de promouvoir continuellement les avantages d’une formation en français auprès des ayants droit.  Ceux-ci devront fournir une clientèle étudiante suffisante afin d’assurer que les portes qui viennent d’ouvrir sur un réseau d’écoles françaises dans les régions acadiennes restent ouvertes pour les générations à venir.

Ces deux défis sont étroitement liés l’un à l’autre, mais l’infrastructure tant regrettée et absente par les années passées est maintenant en place afin de permettre que les progrès de ces quelques dernières années continuent et augmentent d’année en année.

Plan architectural du nouveau centre scolaire-communautaire de Summerside.

La Banque des fermiers de Rustico : 1864-1894

2002 par Pie Edouard Blanchard

Pie Édouard Blanchard

 

L’édifice de la Banque des fermiers de Rustico, désigné site national historique depuis 1971, est un monument d’importance architecturale pour l’Île-du-Prince-Édouard et un symbole de la survivance acadienne.  En opération de 1864 à 1894, la Banque était une banque dite du peuple et a été un lien important à l’établissement des caisses populaires et des Credit Unions en Amérique du Nord.

L’immeuble de grès rouge, dans lequel se trouvait la Banque des fermiers, était l’oeuvre de l’intrépide curé de la paroisse Saint-Augustin de Rustico, monsieur l’abbé Georges-Antoine Belcourt, de 1859 à 1869.  L’abbé Belcourt est né à la Baie-du-Fleuve, comté Yamaska, Québec, le 22 avril 1803.  Comme missionnaire, il passa 28 années chez les autochtones et les Métis du Manitoba et de l’État du Dakota du Nord.  Il rentra au Québec en 1859.

À son arrivée à Rustico en 1859, l’abbé Belcourt s’est vite rendu compte du manque d’instruction et de l’état économique lamentable chez ses ouailles.  Donc, il établit l’Institut catholique de Rustico, groupant au-delà de 250 membres.  À chaque quinzaine, il organisait des rencontres, pendant lesquelles on assistait à des sessions d’étude et, c’est à l’intérieur de l’Institut qu’il fonda la Banque du peuple.  C’est alors la proclamation de l’Acte des banques fédérales de 1871, qui, en 1894, força définitivement la fermeture de cette institution financière.

L’abbé Georges-Antoine fit construire une bâtisse en pierre locale mesurant 60 pieds par 40 pieds pour loger sa banque.  Solidement construit, l’édifice donna des apparences de banque par ses imposantes dimensions.  Pendant de nombreuses années, on s’en est servi comme salle paroissiale et actuellement, on l’utilise comme musée où est commémorée l’oeuvre remarquable de son auteur.

 

Au fil des 137 années d’existence, les intempéries ont fait subir une détérioration considérable de l’immeuble.  C’est en 1991, que quelques personnes de la communauté, intéressées à conserver ce monument historique, se sont organisées d’abord en comité, pour plus tard s’incorporer en compagnie sans but lucratif, sous la rubrique Les Amis de la Banque des fermiers de Rustico inc.  Ce projet comprenait une rénovation structurale complète de l’édifice, réalisée par des nombreuses heures de volontariat consacrées à la planification en plus de la recherche d’un financement de plusieurs milliers de dollars.  Une campagne de collectes de fonds en sus des subventions gouvernementales, fédérales et provinciales, contributions des Caisses populaires, compagnies, individus et ami.e.s de la Banque, nous a permis de réaliser la restauration de cet édifice, qui aujourd’hui fait la joie et l’orgueil de la communauté de Rustico et des environs.

 

 

L’Oeuvre de J.-Henri Blanchard

1986 par Cécile Gallant

Cécile Gallant

 

Le présent article est le texte d’une conférence présentée à Moncton le 26 octobre 1985 lors du colloque qui soulignait le 25e anniversaire de la Société Historique Acadienne de Moncton.

****************

 

La Société Historique acadienne de l’Île-du-Prince-Édouard a entrepris depuis quelques années une recherche sur la vie et l’oeuvre de J.-Henri Blanchard en vue d’une publication. Né à Rustico, le 16 juin 1881, l’année de la première Convention Nationale des Acadiens, et décédé en 1968, J.-Henri Blanchard est l’un de nos plus grands patriotes acadiens.  Professeur, historien et animateur des plus dynamiques pendant plus d’un demi-siècle, Blanchard a contribué de façon significative à la survivance acadienne dans l’Île.  La Société désire, par le biais d’une biographie du genre populaire, faire connaître au grand public l’importance historique de cette contribution.  Cette biographie se vent aussi scientifique que possible tout en était écrit dans un style à portée de tous.

Des projets de recherche subventionnés par le Secrétariat d’État ont permis de recueillir une vaste documentation ayant trait aux multiples aspects de la vie et de l’oeuvre de Blanchard.  L’histoire orale a été l’approche privilégiée dans un premier projet.  Une cinquantaine d’entrevues ont ainsi été réalisées avec des gens qui ont bien connu Blanchard.  Dans un deuxième projet, une bibliographie de ses écrits (ouvrages, articles de revues et de journaux, discours, correspondances) a été établie.  Tous les extraits de ses discours tels que rapportés dans les procès-verbaux de diverses associations acadiennes dans lesquelles il a oeuvré ont aussi été relevés.

Nous connaissions peu de détails de l’enfance et de la jeunesse de J.-Henri Blanchard.  Nous avons alors tenté de cerner ce qui aurait pu marqué cette période de sa vie.  Fils de Jérémie Blanchard et de Domithilde Gallant, Henri est né à Rustico en 1881.  L’année suivante, ses grands-parents paternels, ses parents et lui-même, âgé d’onze mois, quittent Rustico où le surpeuplement et le manque de terres avaient entraîné depuis les années 1860 une émigration importante de familles acadiennes de cet endroit.  La famille Blanchard déménage à Duvar dans la paroisse de Bloomfield où elle achète une ferme de 100 acres.  Les Acadiens constituent la majorité de la paroisse de Bloomfield, mais l’élément anglophone est très fort dans la région de sorte que l’anglicisation des Acadiens est déjà une réalité dans les années 1880.  Toutefois, Jérémie et Domithilde réussissent à transmettre à leurs enfants leur attachement à la langue française.

La maisonnée Blanchard comprend les grands-parents, les parents et onze enfants dont Henri est l’aîné.  La plupart des membres de la famille participent aux travaux de la ferme.  Et pour suppléer au revenu familial, le père et le grand-père, bons charpentiers, s’adonnent parfois à ce métier.

En 1890, alors qu’Henri avait neuf ans, son père se présente candidat aux élections provinciales.  Il est défait. Il réussit cependant à se faire élire membre de l’Assemblée législative de l’Île aux élections de 1893.  Comme politicien, Jérémie Blanchard était très bon orateur.  Ses discours politiques ont été qualifiés de “fantastiques”.  C’était un homme qui n’avait pas été au collège mais qui s’était instruit par la lecture.  Henri a sans doute été influencé dans son enfance par les discussions politiques qu’il entendait chez-lui, et il a probablement appris certaines techniques de l’art oratoire en observant son père.

Ses grands-parents ont aussi joué un rôle important dans sa formation.  Virginie Blanchard, née Doucet, la grand-mère, semble avoir eu une influence particulière sur son petit-fils.  Malgré son peu d’éducation formelle, Mémé Blanchard possédait tout un bagage d’histoires qu’elle aimait raconter le soir à ses petits-enfants, surtout à Henri.  Elle connaissait des histoires de la Bible, des histoires à propos de Napoléon, enfin, semble-t-il, des histoires de toutes sortes.  Elle encouragea Henri, dès son jeune âge, d’étudier et puis de lire tous les livres qu’il pourrait.  De sa grand-mère, il a hérité ainsi ce goût qu’elle avait pour l’histoire, la lecture et pour s’instruire, ce goût qu’il ne cessera de cultiver tout au long de sa vie.

Une relation étroite existait également entre Henri et son grand-père Sylvestre Blanchard, un habile charpentier et charron.  Plus tard, Henri se plaisait de raconter une expérience qui l’avait beaucoup touché.  Une journée, son grand-père fabriquait méticuleusement les roues d’un wagon, un service qu’il rendait à un certain individu qui ne payait pas toujours ses comptes.  Il aurait dit à Henri:  “Je fais ce wagon ici pour un monsieur.  Je ne me ferai jamais payer pour ceci.”  “Ah, mais, lui dit Henri, pourquoi alors êtes-vous si minutieux?”  Son grand-père lui a répondu:  “S’il ne veut pas me payer, ça c’est ses affaires.  Moi, j’ai à faire un wagon et puis je le fais le mieux possible.”

Henri Blanchard a commencé son éducation dans la petite école de Duvar.  À l’âge de douze ans, il se rendait étudier à l’école secondaire de Tignish où il eut Gilbert Buote comme professeur de 1893 à 1894.  C’était l’année de la fondation de L’Impartial, le premier journal de langue française publié dans l’Île.  Gilbert Buote en était le propriétaire et le rédacteur.  C’était un homme qui avait aussi une grande passion pour l’histoire et la généalogie.  Quoique peu méthodique, Buote était, comme l’écrira plus tard Blanchard, “un splendide écrudit,” “un homme très renseigné qui souvent parlait au-dessus de la tête des élèves.”  Cet éminent maître a été pour Blanchard une autre source d’inspiration.  Ses études primaires terminées, le jeune Henri devint élève au Collège Prince de Galles de Charlottetown, où il obtint son brevet d’instituteur à l’âge de 19 ans.  Il enseigna par la suite pendant neuf ans dans les écoles acadiennes de l’Île.

Outre son éducation formelle, Blanchard s’est instruit par la lecture.  Jeune adolescent, il préférait de beaucoup la lecture aux travaux de la ferme.  Il lisait à chaque occasion qu’il avait.  Et, plus tard, pendant les longues veillées d’hiver lorsqu’il était professeur de campagne, il lisait souvent jusqu’à une heure avancée de la nuit.  C’est le cas de son séjour à l’école de Saint-Chrysostome à partir de 1903.  Âgé de 22 ans, il pensionnait chez un dénommé Jos Pacifique Gallant.  Ce dernier possédait une assez bonne bibliothèque héritée, semble-t-il, d’un curé de la paroisse.  La famille Gallant servait Henri comme s’il était un grand visiteur, et elle faisait tout dans son possible pour qu’il soit confortable.  Installé dans une grande chambre au deuxième étage avec un poêle à bois, Henri passait ses soirées à lire.  À tous les soirs après le souper, Jos Pacifique montait avec une brassée de bois pour le poêle.  “J’ai passé ici,” Blanchard a-t-il dit plus tard, “les deux plus belles années de ma vie.”  Il aimait particulièrement lire des romans historiques qui lui donnaient le sens de l’histoire.  La poésie était une autre de ses lectures favorites.

À part ses lectures, il étudiait une grammaire française que Jean-O. Arsenault, son confrère à l’école de Saint-Chrysostome, lui avait passée.  Jusque-là, Blanchard comme de nombreux Acadiens de l’Île, n’avait pas eu l’opportunité de suivre aucun véritable cours de français.  Grâce à Jean-O. Arsenault et à sa grammaire française, Henri approfondit alors pour la première fois la langue française.  Dans le cadre de ses fameux concours de français qu’il organisera à partir de 1930 dans les écoles acadiennes de l’Île, Blanchard visera à partager avec ses compatriotes l’importance de l’apprentissage de la grammaire française.

Après neuf années d’enseignement dans les petites écoles de campagne, il redevint élève et obtint son baccalauréat-ès-arts de l’Université St-Dunstan en 1911.  Il poursuivit plus tard des études de perfectionnement professionnel pendant ses vacances d’été à Mount Allison, au Collège d’Agriculture de Guelph et jusqu’à la Sorbonne à Paris.  Dès 1910, et jusqu’à sa retraite en 1948, l’on retrouve Blanchard comme professeur de français au Collège Prince de Galles.  Cinquante années de sa vie ont donc été consacrées à l’enseignement dont trente-huit au Collège Prince de Galles.

En 1912, Henri épousait Ursule Gallant, une institutrice de Duvar.  Installés au 114 rue Upper Prince, à Charlottetown, les Blanchard élèveront une famille de huit enfants.  Ursule assumait autant que possible la responsabilité de la maison et des enfants afin de permettre à son mari l’opportunité de s’impliquer dans la communauté acadienne.  Dans la dédicace de son dernier livre, Henri a rendu un hommage à son épouse pour tout l’appui qu’elle lui avait donné dans la réalisation de ses oeuvres.

Blanchard s’est d’abord grandement impliqué dans l’Association des Instituteurs et Institutrices Acadiens de l’Île-du-Prince-Édouard.  Membre de l’Association à partir de l’âge de 18 ans, il se distingua très tôt aux Congrès annuels par l’intelligence de ses interventions en ce qui avait trait au domaine de l’enseignement.  Dès 1903, il est élu directeur du regroupement.  À partir de 1906 et jusqu’en 1919, soit une période de 14 années consécutives, il fut secrétaire-trésorier de l’organisation.  On le nomma en 1912 à un comité responsable de formuler un programme d’étude française pour les écoles acadiennes de l’Île.  Il s’agissait surtout de choisir et de faire adopter par le Bureau d’Éducation une série de livres de lectures française et une grammaire française.  La participation de Blanchard au sein de ce comité l’a sans doute sensibilisé davantage à la question de l’enseignement du français dans les écoles acadiennes.

C’est en 1916, au Congrès de l’Association tenu à Baie-Egmont, que Blanchard présente pour la première fois une étude concernant la situation des Acadiens dans l’Île-du-Prince-Édouard.  Il est alors âgé de 35 ans.  Ainsi débute l’engagement extraordinaire de cet homme pour la survivance acadienne dans la province.  Bon orateur, il saura à de nombreuses reprises captiver l’attention d’importants auditoires par des discours traitant de divers aspects de la vie acadienne.  Outre ses nombreuses interventions orales à ce sujet, Blanchard se servira aussi de l’écriture pour transmettre à un plus vaste auditoire ses préoccupations au sujet de son peuple.

En mai 1918, Le Petit Canadien, une revue québécoise, publie un premier article de Blanchard intitulé “Les écoles acadiennes de l’Île-du-Prince-Édouard.” À l’âge de 37 ans, Blanchard entreprend ainsi une carrière d’écrivain, surtout d’historien.  En effet, il se distingue surtout par ses publications historiques dont Les Acadiens de l’Île Saint-Jean (1921), Histoire des Acadiens de l’Île-du-Prince-Édouard (1927), Rustico, une paroisse acadienne (1938), Acadiens de l’Île-du-Prince-Édouard (1956) et enfin The Acadians of Prince Edward Island (1964).  Blanchard a aussi écrit au cours de sa carrière divers articles de revues et de nombreux articles de journaux.

La participation de Blanchard a diverses associations tels la Société Saint Thomas-d’Aquin, la Société Nationale de l’Assomption et le Conseil de la Vie Française est un autre aspect important de sa contribution à la société acadienne.  Un des fondateurs en 1919 de la S.S.T.A., il remplit les fonctions de secrétaire-trésorier de cet organisme pendant dix-neuf ans et celles de président pendant huit ans.  L’objectif immédiat de la Société est de recueillir des fonds destinés à l’éducation de la jeunesse acadienne.  Grâce à des collectes et des soirées récréatives organisées par ses dirigeants, la Société réussit à amasser suffisamment d’argent pour parrainer annuellement quelques boursiers.  Les dirigeants, notamment le professeur Blanchard, étaient conscients cependant que leurs efforts ne réussissaient pas à assurer la formation d’une classe dirigeante acadienne suffisamment nombreuse pour répondre aux besoins de la population.  Un appui de la communauté francophone de l’extérieur de l’Île viendra au moment opportun les aider à atteindre leurs objectifs.

Nous sommes en 1937.  C’est l’année où a lieu, à Québec, le deuxième Congrès de la langue française au Canada.  Cet événement important est destiné à avoir une très grande répercussion sur la Société Saint Thomas-d’Aquin et ses oeuvres.  Le professeur Blanchard est invité à y exposer la situation du français dans sa province.  Dans une conférence très bien détaillée, il décrit de façon réaliste la situation précaire de la vie française et de l’éducation chez les siens.  Voici un extrait de son discours:

“Nous souffrons d’une pénurie extrême de chefs et de dirigeants avec toutes les conséquences qui en découlent.  Si nous avions ces chefs si nécessaires aujourd’hui, il ne serait pas encore trop tard pour endiguer les flots envahisseurs qui menacent de plus en plus de nous engloutir.  Nous avons bien la Société Saint Thomas-d’Aquin qui recueille quelques fonds et qui paie les études secondaires de deux élèves.  Mais c’est si peu en présence des dangers qui nous assaillent de tous côtés.  Si nous voulons préparer ces chefs si nécessaires et sans lesquels nous allons infailliblement disparaître comme groupe de langue française, il nous faudra marcher bien plus rondement et bien plus vite que cela; autrement il sera bientôt trop tard.”

Suite à son exposé, ses auditeurs québécois l’encouragent à aller frapper aux portes des maisons d’enseignement du Québec afin d’y solliciter des bourses d’études pour les Acadiens de son Île.  C’est ce qu’il fait en 1937 et 1939.  Les institutions québécoises accueillent à bras ouverts cet homme plutôt court, au torse solide, qui vient d’avoir 56 ans.  En 1937, Blanchard réussit à obtenir des bourses pour sept jeunes acadiens qui s’expatrient de l’Île pour entreprendre leurs cours classiques au Québec.  En 1939, ils sont au nombre de vingt-deux.  Les quelques collèges acadiens contribuent également leur part.  L’appui généreux de ces maisons d’enseignement de l’extérieur de l’Île se continuera pendant trois décennies.

 
Le professeur Blanchard a été reçu partout avec la plus grande sympathie.  Sa personnalité engageante, son dynamisme irrésistible, l’aident grandement dans ses démarches.  Selon l’abbé Paul Gosselin, du Conseil de la vie française, Blanchard présentait ses demandes “avec tant de chaleur et de désintéressement” que “nous n’avons jamais le courage de lui refuser quoi que ce soit.”  C’est d’ailleurs ce qu’exprimait aussi le Père Clément Cormier, de l’Université Saint-Joseph, de Memramcook, dans une lettre qu’il écrivait à Blanchard le 15 septembre 1944.  En voici un bref extrait:

“Mon cher monsieur Blanchard,

Nous refusions des élèves depuis un mois quand votre télégramme m’est arrivé.  Le R. Père Supérieur était absent, et j’ai pris sur moi de vous faire envoyer une réponse affirmative, me disant: “On ne peut rien refuser à M. Blanchard”.

Vos élèves de l’Île nous sont donc arrivés, quatre anciens et sept nouveaux, et vous pouvez être assuré que nous allons les entourer d’une sollicitude toute particulière.”

Cette initiative de Blanchard, soit de trouver des bourses pour la jeunesse acadienne, est, sans doute, la plus grande contribution qu’il a fait à la survivance acadienne dans l’Île.  En effet, jusque la fin des années 1960, des élèves acadiens de l’Île-du-Prince-Édouard ont pu bénéficier de bourses accordées par des maisons d’enseignement de langue française du Québec et des Provinces Maritimes, la distribution de ces bourses étant coordonnée par la Société Saint Thomas-d’Aquin.  De retour dans l’Île, de nombreux boursiers ont été en mesure de contribuer au développement de la vie acadienne.

La Société historique entreprendra sous peu la rédaction et la publication de la biographie de cet important leader acadien que fut J.-Henri Blanchard.  Ce sera sa façon de mieux faire connaître la vie et l’oeuvre de cet homme dont la contribution à la communauté acadienne se fait toujours sentir.

Nouvelles de l’empremier

1985 par Contribution anonyme

 

1874 – Wellington :  “Le Pique-Nique des catholiques de Wellington, Île-du-Prince-Édouard qui avait lieu mardi de la semaine dernière pour venir en aide à la Nouvelle-Église actuellement en voie d’érection, a rapporté la jolie somme de $300.  L’Hon. Jos. O. Arsenau et M. John A. McDonald, M.P.P., y assistaient et au moment de la séparation, trois hourrahs furent poussés pour l’Église, le curé et la Reine.”  (Le Moniteur Acadien, le 1er octobre 1874)

 

1884 – Rustico :  “L’honorable M. Ross, premier ministre de la province de Québec, est actuellement en villégiature à Rustico.  On sait que Rustico, village acadien-français, situé sur la côte nord de l’Île-du-Prince-Édouard, c’est-à-dire, en plein golfe, est depuis plusieurs années une station balnéaire recherchée.”  (La Minerve, le 4 août 1884)

 

1885 – Abram-Village :  “M. Sylvain-E. Gallant d’Abram-Village, Î.-P.-É., a récolté une patate qui, par sa grosseur et sa pesanteur peut, avec raison être appelée la plus grosse.  Elle pèse deux livres et douze onces, elle est de l’espèce Early Rose et peut être vue au magasin de l’hon. Jos. O. Arsenault, Egmont Bay.  Qui pourra battre cela?”  (Le Moniteur Acadien, le 15 octobre 1885.)

 

1888 – Miscouche :  “Mr. John S. Gaudet, Miscouche, one of our most prominent exporters of produce, advertises for 1,000,000 eggs during the coming season, for which he will pay the highest cash price.  His team will begin to travel through the country as soon as the roads permit.   This great amount of eggs will require considerable industry on the part of the egg gatherers, and will leave a good deal of money among them.”  (The P.E.I. Agriculturist, March 26, 1888.)

 

1894 – Bloomfield :  “Les instituteurs de l’arrondissement de Bloomfield se sont réunis, sous la présidence de M. Moise Doucet, le ler septembre à la salle de Bloomfield.  Ils étaient tous présents sans exception.

Il y eut une discussion sur le sujet des livres d’école.  Ils en vinrent d’accord que la lecture anglaise doit être enseignée aux enfants français aussitôt qu’ils peuvent lire assez couramment le syllabaire en français.”  (L’Impartial, le 25 octobre 1894.)

Sages-femmes et guérisseuses

1985 par Cécile Gallant

par Cécile Gallant

 

Cet article est un extrait d’un manuscrit préparé par Cécile Gallant pour l’Association des femmes acadiennes de l’Île-du-Prince-Édouard. Il s’agit d’un ouvrage qui traite de la contribution et de la situation de la femme acadienne dans la société insulaire.  Nous remercions l’Association de nous avoir accordé la permission de publier cet extrait.

****************

 

Les sages-femmes

Jusque dans les années 1950, la majorité des femmes acadiennes accouchent dans l’intimité de leur foyer.  La naissance d’un bébé, événement bien important dans la vie de la femme, se passe presque toujours à la maison.  C’est une pratique traditionnelle qui est seulement abandonnée graduellement à partir du moment où les hôpitaux deviennent accessibles à la majorité des gens grâce aux plans d’hospitalisation du gouvernement.

À l’époque où les services de médecins étaient totalement absents, il y a toujours eu dans les communautés acadiennes des sages-femmes qui assistaient les femmes enceintes lors de l’accouchement.  À la fois une science et un art, la profession de sage-femme était transmise de génération en génération entre femmes.  Et même après l’arrivée des premiers médecins, les sages-femmes ont continué à jouer un rôle important dans leur milieu.  En effet, malgré le fait qu’elles pouvaient désormais obtenir les services d’un médecin, un grand nombre de femmes ont continué à donner naissance à la maison avec l’aide de la sage-femme de l’endroit.  Pourquoi?  C’était d’abord une tradition, une habitude de vie.  Les femmes se sentaient à l’aise avec la sage-femme et elles se trouvaient bien de ses services.  De plus, dans les communautés rurales acadiennes d’avant les années 1960, les moyens de transport et les conditions des routes, surtout en hiver, ne favorisaient pas toujours une visite du médecin à la maison au moment des accouchements.  Il n’y avait souvent qu’un seul médecin appelé à desservir toute une population dispersée dans un immense territoire.  Le médecin n’était donc pas toujours disponible pour tous les accouchements dans une région donnée.  Enfin, la population appauvrie avait plutôt recours aux sages-femmes qui demandaient peu, et même parfois rien du tout, pour leurs services tandis que les honoraire des médecins constituaient une somme assez élevée pour bien des gens.

Les sages-femmes acadiennes ont ainsi comblé les lacunes qui existaient dans les services de santé disponibles aux femmes enceintes dans leur communauté.  Appelées le jour ou la nuit, elles se faisaient un devoir de se rendre auprès d’une femme enceinte par toutes sortes de moyens de transport, peu importe la température et la condition des routes.  Même si la plupart du temps elles ne demandaient aucune paye pour leurs services, les gens leur donnaient ce qu’ils pouvaient soit $5, soit $10, selon leurs moyens financiers.  Cependant, la plupart du temps, ils donnaient une rémunération en nature telle du hareng, des patates, de la farine et autres produits.  Une femme de Tignish nous renseigne à ce sujet :

Ces femmes icitte ne chargeaient pas trop.  Souvent elles n’étiont pas payées.  Elles étiont peut-être données un panier de patates ou une douzaine d’épis de blé d’Inde ou quelque chose comme ça.  Elles n’étiont pas payées.  Le docteur, faudrait qu’il aurait été payé, mais je crois bien que le monde n’avait pas l’argent.

En plus d’assister la maman lors de l’accouchement, les sages-femmes prêtaient souvent main-forte dans les travaux ménagers.  En effet, il n’était pas rare que ces femmes restent avec la mère et l’enfant pendant plusieurs jours et même jusqu’à une semaine afin de leur donner tous les soins post-nataux nécessaires.  Et, dans bien des cas, elles s’occupaient aussi des repas et du ménage de la maison pour toute la famille.

Qui étaient ces sages-femmes qui ont fourni un service si indispensable dans les communautés acadiennes jusqu’aux années 1960?  Il serait impossible de toutes les nommer ici.  Qu’il suffise de donner les noms de quelques-unes en guise de témoignage de leur grande contribution.

 

TIGNISH

Lucie Martin (née LeClair)

“Ça c’était une maître, tellement merveilleuse, elle était recherchée”, de dire une informatrice de Tignish.

Isabelle Poirier (née Gaudet)

Cette femme était surnommée la “Grêle” à cause de son tempérament.  C’était une femme qui fumait la pipe et aimait beaucoup jouer aux cartes.  Elle était reconnue comme composeuse de chansons.  En tant que sage-femme, elle a mis au monde plus de cent bébés.  La tradition orale rapporte que le Père Dougall MacDonald, curé de Tignish, lui avait béni la main droite afin d’assurer que tout aille bien aux accouchements.

Il y a eu aussi, à Tignish, les sages-femmes suivantes:  Catherine Gallant, Marguerite Martin, Marie-Rose Poirier et Marie-Rose Richard.

 

BLOOMFIELD

Zella Gaudet

Cette garde-malade retirée, “une bonne femme”, s’est dévouée au service de la communauté en tant que sage-femme.

 
RÉGION ÉVANGÉLINE

Jane (Geneviève) Barriault

“C’était une bonne personne, elle était pas mal capable,” de dire nos informatrices qui l’ont bien connue.  Elle avait appris son métier en assistant le Dr. Delaney à des accouchements.  Une de nos informatrices qui a souvent eu besoin de ses services la décrit ainsi :

Elle était très gentille et bonne dans des cas difficiles.  Mes filles ont eu des cas comme ça avec leurs enfants dans les hôpitaux et ils n’ont pas sauvé leurs enfants.  Mais elle, à la maison, elle a tourné les enfants et puis elle les a sauvés.  Je crois qu’elle était très très capable.  Elle rassurait, mais ce que je n’aimais pas dans ça, c’est que parfois elle y mêlait la religion.  Quand elle allumait la chandelle, je croyais que j’étais en danger, là j’avais peur.

Elle restait toujours huit jours avec moi après (l’accouchement), avec la servante.  J’ai été bien soignée.  Elle prenait soin de la mère et du bébé.  Elle était bien charitable.

Sophique Arsenault

“La vieille Sophique” de Saint-Hubert est une autre de ces sages-femmes.  Elle était veuve et très pauvre.  Pour son travail, elle recevait parfois qu’une pelote de laine :

Mes quinze enfants sont tous venus au monde à la maison.  Les premiers je n’avais pas de docteur, c’était Mme Sophique Arsenault qui venait m’aider.  Elle ne demandait pas de paye pour ses services, on lui donnait ce qu’on pouvait.  J’ai entendu dire qu’une famille lui avait donné une douzaine de harengs pour sa paye.

Léah Maddix

Âgée de 83 ans, elle raconte ses souvenirs de sage-femme :

J’étais une mid-wife et j’ai mis passé 30 bébés dans le monde; 4 toute seule, le reste avec le docteur…  Je m’ai appris moi-même avec les docteurs et puis après ça j’en ai délivré 4 moi-même que le docteur n’était pas là…  Ça ne m’a jamais énervée, moi, de quoi de même…  C’était plus une charité, j’aimais ça.

Annie Dérasp (née Arsenault)

Née le premier juillet 1897 à Saint-Raphaël (Mont-Carmel), elle a suivi un cours de garde-malade à la Prince County Hospital de Summerside.  Elle accepte une position de garde-malade avec la Croix Rouge aux îles de la Madeleine au début des années 1930.  Elle est la seule garde-malade aux îles à une époque où il n’y a ni médecins ni hôpitaux.  Suite à son mariage en 1934, elle retourne dans sa paroisse natale de Mont-Carmel.  Étant devenue mère de famille, elle ne travaillera plus comme garde-malade à salaire.  Cependant, elle sera toujours prête à desservir les femmes enceintes et les malades de sa paroisse.  Pendant de nombreuses années, elle assiste souvent aux accouchements avec ou sans le médecin.  Elle reçoit $10, même $5, ou rien du tout lorsqu’il s’agit d’une famille pauvre.

 
MISCOUCHE

Balthilde Desroches

Quand on voyait ma tante Balthilde venir avec le grand tablier blanc, on savait qu’on aurait un bébé le lendemain matin.  On croyait que c’était ma tante Balthilde qui nous apportait le bébé…  Elle était âgée et elle venait pour délivrer le bébé.

Elle était vaillante. Ça prend une femme avec du courage pour faire de quoi de même.  Elle encourageait les femmes.

 

Cette liste est loin d’être exhaustive.  Elle sert seulement à illustrer la grande contribution des sages-femmes acadiennes dans leur milieu.

Outre les sages-femmes, il y a eu un nombre incalculable de femmes qui ont assisté le médecin aux accouchements à domicile.  En aidant au médecin, ces personnes remplissaient en quelque sort le rôle de garde-malade.  En particulier, elles rassuraient et encourageaient les futures mamans et les préparaient pour le docteur.  Après l’accouchement, elles lavaient et habillaient le nouveau-né. “On était là pour servir le docteur,” de dire une informatrice de Mont-Carmel, qui a souvent aidé ses voisines lors de leurs accouchements.  La plupart du temps, ces femmes ne demandaient aucun paiement pour leurs services; elles recevaient parfois une somme minime d’un dollar.  Une femme de Tignish explique ainsi son rôle aux accouchements.

Je ne chargeais rien, j’allais justement là pour leur aider.  Tout ce que je faisais moi c’est laver l’enfant et l’habiller, parler à la femme pour lui donner un petit brin de courage quand je voyais qu’elle pâtissait trop… lui dire de prendre courage, et puis quand ses mals veniont fallit qu’elle forcit pour lui aider…  J’y parlais, je les encourageais.

Dans toutes les communautés acadiennes, nombreuses sont celles qui étaient toujours prêtes à offrir ce service.  À Rustico, à titre d’exemple, il y avait entre autres Eugénie Gallant, Eulalie Gallant et Marie Martin.  Le témoignage suivant reflète le grand dévouement de ces femmes:

Ma belle-mère en était une.  Elle s’appelait Marie Martin (née Doiron).  Elle aimait ça.  Tous les enfants qu’ont été nés que je me rappelle, moi, c’était elle qui était là. Ah! oui, elle était bonne avec ces femmes-là.  Elle était aussi bonne comme le docteur.  Il y en a que je connais bien moi qui l’ont eue et, après qu’elle est morte, elles l’ont manquée beaucoup.  Elle faisait bien son ouvrage.  Elle en a beaucoup délivré avec le docteur.  Elle aidait au docteur.  Elle chargeait une piastre par jour dans ce temps-là.  Il y a des temps qu’elle n’était pas payée du tout.  Le monde n’était pas capable de payer.  Elle faisait ça par charité.

 

Les guérisseuses

Dans les communautés acadiennes d’autrefois, on trouvait toujours des femmes-guérisseuses au service des malades de leur milieu.  Ce service bénévole était bien apprécié par les gens car dans le temps les soins de santé étaient peu organisés.  Ces femmes étaient les riches héritières d’une médecine populaire transmise de génération en génération.

“La mère à ma mère, ça c’était une vraie docteure; je me souviens qu’elle m’a sauvé la vie.  J’avais 14 ans et j’étais malade depuis deux mois, j’étais assez faible je ne pouvais pas me lever.   Alors ma grand-mère est venue chez nous et elle allait dans les champs chercher du tansie; elle le mettait dans une cuve et vidait de l’eau bouillante dessus.  Quand c’était un peu refroidi elle me mettait les pieds à tremper dans ça et ensuite elle me couchait sur un lit de plumes et me couvrait avec des couvertes de laine, pour me faire suer.  Elle a fait cela pour neuf jours de suite, après cela j’étais guérie.”      (Baie-Egmont)

“J’ai soigné beaucoup de malades.  J’allais parmi les maisons ici et là…  Je mettais des portesses avec de la moutarde et du saindoux (pour guérir des inflammations)”.       (Baie-Egmont)

“(En plus d’assister souvent le médecin lors des accouchements,) Eugénie Gallant (née Blanchard) soignait des malades aussi.  Du monde qui était malade à la maison parce qu’on courait pas à l’hôpital tout le temps.  Ça coûterait à l’hôpital, c’était pas Medicare.  Je crois que c’était une piastre par jour qu’on lui donnait.  Elle savait quoi faire.  Elle ne refusait jamais d’aller.  Elle aimait ça.  On aurait dit que c’était sa vocation.    (Rustico)

“On faisait ça nous autres mêmes, des portesses de moutarde pour une grosse toux.  On n’allait pas au docteur, jamais!  Du thé sauvage, c’était pour les reins.  Des portesses de gomme, pour des mals dans le dos.  Pour du mal, c’était des feuilles de plantain.  Pour de quoi qui était infecté, c’était des feuilles de plantain.

Il y en avait (une) qui faisait des portesses de gomme (de bois).  Elle est morte asteur.  C’était une Madame Ben Poirier;.  Elle s’appelait Léonore.  Il y avait un homme, il avait été là, il avait un gros mal sur sa jambe.  Elle lui a fait une portesse avec de la gomme.  Il a mis ça et puis ça l’a guéri.” (Miscouche)

Il y a aussi eu des garde-malades qui ont appliqué leurs connaissances scientifiques de la médecine en soignant bénévolement les malades dans leur milieu.  Une fois mariées, ces femmes abandonnaient leur carrière de garde-malade mais pas pour autant leur vocation d’infirmière.  Annie Dérasp (née Arsenault), de Mont-Carmel, était une de ces femmes.  Comme nous l’avons déjà vu, elle assistait souvent aux accouchements dans sa paroisse.  Elle opère aussi bénévolement un poste de Croix-Rouge à Mont-Carmel entre 1948 et 1975.  Elle est ainsi souvent appelée à administrer les premiers soins ou à visiter des malades.

Les services de guérisseuses communautaires ont graduellement diminué.  En effet, à partir de 1970, grâce au plan d’assurance-santé du gouvernement provincial, les gens ont commencé à se rendre de plus en plus voir des médecins.  Ces femmes ont donc fait leur plus grande contribution avant l’organisation des soins de santé alors que les gens étaient encore trop pauvres pour se payer les services d’un médecin.  Elles ont ainsi comblé un besoin social dans leur communauté à une époque où les gouvernements ne pouvaient pas y répondre.

Publications récentes

1984 par Contribution anonyme

 

By The Old Mill Stream.  History of Wellington.  1833-1983.  Wellington, 1983, 576 p.

Une monoraphie volumineuse publiée par le Wellington Senior Citizens’ History Committee.  Rien n’est oublié dans cette histoire de Wellington qui est généreusement illustrée de photos intéressantes.  On y trouve quelque 240 pages de généalogies.

 

Jean-H. Doiron.  Rustico.  L’abbé Georges-Antoine Belcourt.  La Banque des fermiers.  Rustico, (1983), 56 p. (Ce livret est aussi disponible en anglais.)

Ce fascicule a été préparé dans l’espoir qu’il puisse servir dans les écoles afin d’aider aux jeunes à se familiariser avec certains aspects de l’histoire acadienne.  L’accent est placé sur l’oeuvre du Père Belcourt à Rustico, oeuvre qui est d’ailleurs bien traitée.

 

Marguerite Maillet.  Histoire de la littérature acadienne. De rêve en rêve.  Moncton, Éditions d’Acadie, 1983, 262 p.

Un excellent ouvrage qui trace les origines et l’évolution de la littérature acadienne de 1604 à nos jours.  L’Île y est représentée par l’écrivain “Paul”, auteur de Placide, l’homme mystérieux (voir La Petite Souvenance, no 7, p. 13) et par notre historien, J.-Henri Blanchard.  C’est un livre à lire.

 

Soeur Marie-Dorothée.  Une pierre de la mosaïque acadienne.  Montréal, Leméac, 1984, 189 p.

Ce livre brosse l’histoire de la communauté religieuse acadienne, la Congrégation des Soeurs du Sacré-Coeur.  Cette publication intéressera notamment les gens de la région Évangéline où des religieuses de cette congrégation ont oeuvré de 1959 à 1979.  Ce sont elles qui ont d’abord assumé la direction de l’École Régionale Évangéline.

 

Michel Poirier.  Les Acadiens aux îles Saint-Pierre et Miquelon.  1758-1828.  Moncton, Éditions d’Acadie, 1984, 528 p.

Plusieurs des familles acadiennes, qui sont venues s’établir à l’Île (surtout à Rustico) après la Déportation, ont demeuré pendant un certain temps sur l’île de Miquelon.  Voilà pourquoi cet ouvrage de Michel Poirier est d’un grand intérêt aux Acadiens de l’Île.  En appendice, l’auteur reproduit plusieurs recensements et autres documents dans lesquels on retrouve le nom de ces familles qui ont éventuellement déménagé à l’Î.-P.-É.

 

Georges Arsenault.  Initiation à l’histoire acadienne de l’Île-du-Prince-Édouard.  Summerside, S.S.T.A. 1984, 110 p.

Cette plus récente publication de Georges Arsenault brosse un tableau de l’évolution historique des Acadiens de l’Île de 1720 à 1980.  On lira avec intérêt les passages intitulés, “Une transformation des valeurs culturelles”, “Le domaine politique” et “Les Acadiens et le patronage politique”.

 

Donat Robichaud, ptre.  “Les Trudel-McNally à Shippagan”, La Revue d’histoire de la Société historique Nicolas-Denys.  Vol. X, no 2 (mai-août 1982), pp. 3-27.

Mgr Donat Robichaud nous livre ici une intéressante étude sur la famille Trudel.  Cette famille d’origine québécoise a habité Baie-Egmont une vingtaine d’années (c. 1865-1885) où elle a été bien active au niveau socio-économique et culturel.  Un membre de cette famille, le Père Azade Trudel fut le premier curé résident de Baie-Egmont.  Il fut également curé de Hope River et de Palmer Road.  De Baie-Egmont, les Trudel sont allés se fixer à Shippagan, au Nouveau-Brunswick.  Philippe McNally, marié à Hortense Trudel, suivra les Trudel à Shippagan.

 

R. Labelle et L. Léger, éditeurs.  En r’montant la tradition,  Hommage au père Anselme Chiasson.  Moncton, Éditions d’Acadie, 1982, 254 p.

Ce livre a été publié afin de souligner la grande contribution du Père Anselme Chiasson à la cueillette, à l’étude et à la publication dans le domaine du folklore acadien.  Cette publication comprend plusieurs articles de la plume de folkloristes qui, dans les traces du Père Anselme, s’adonnent à l’étude du folklore acadien.  Georges Arsenault y a contribué une étude intitulée, “Le gâteau des Rois à l’Île-du-Prince-Édouard”.

Nouvelles de partout

1984 par Contribution anonyme

 

Décès de Jean-H. Doiron - La mort nous enlevait soudainement, le 5 octobre dernier, Jean-H. Doiron, de Rustico, à l’âge de 65 ans.  Sa grande contribution à la promotion de l’histoire acadienne de l’Île fut au niveau du Musée Belcourt, de Rustico.  Il a effectivement été le président-fondateur de cet excellent petit musée consacré à l’oeuvre du dynamique Père Georges-Antoine Belcourt et à l’histoire générale de Rustico.  En 1983, il publiait, en français et en anglais, un livret intitulé Rustico – l’abbé Georges-Antoine Belcourt – La Banque de Rustico.  En juin dernier, il méritait pour cette publication un prix de mérite du Musée provincial.

 

Le Prix France-Acadie - La secrétaire de notre Société a été l’heureuse gagnante du Prix France-Acadie (catégorie “oeuvres didactiques”) pour son livre Le Mouvement coopératif chez les Acadiens de la région Évangéline 1862-1982.  Elle s’est rendue à Paris où on lui a officiellement remis le prix lors de l’assemblée annuelle des Amitiés acadiennes, le 29 septembre dernier.  Rappelons-nous que Cécile fut la première à mériter le Prix Gilbert Buote, pour le même ouvrage.

 

Wellington - En juin dernier, le “Wellington Senior Citizens’ History Committee” a reçu le prix de mérite du Musée provincial, pour son livre By The Old Mill Stream.  History of Wellington 1833-1983.

 

Tignish - Le Club Ti-Pa a eu l’heureuse idée de souligner le 450e anniversaire de la visite de Jacques Cartier à l’Île, en 1534, par un char allégorique.  On a pu voir ce très beau char qui a participé à plusieurs parades tout au long de l’été.  Le travail du Club Ti-Pa a été récompensé par de nombreux prix.  De plus, le 30 juin, dans le cadre des manifestations de la Fête du Canada, on reconstituait le débarquement de Jacques Cartier près d’Alberton.  Quelque 300 personnes assistaient à ce pageant historique.

 

Le Musée Acadien - Le Musée acadien, sous la direction de soeur Marguerite Richard, a connu un été très mouvementé.  On y a monté une excellente exposition intitulée Miscouche – 1884 dans la salle du Couvent de Miscouche où fut dévoilé, en 1884, le drapeau acadien.  La Société Nationale des Acadiens a fait ériger sur le terrain du Musée un monument commémoratif à l’occasion du 100e anniversaire du drapeau acadien.  Ce monument, construit par le regretté Édouard Arsenault, a été dévoilé le 15 août dernier par le président d’honneur des fêtes, Monsieur Roch Gaudet.  Le nombre de visiteurs a sensiblement augmenté au Musée cet été.

 

Mont-Carmel - Le Club d’Âge d’Or de la paroisse de Mont-Carmel se prépare à ouvrir un petit musée religieux.  Celui-ci sera situé dans une ancienne maison, située en face de l’église, qui servira également de centre pour le Club.  Cette maison a servi comme couvent pendant une vingtaine d’années aux soeurs de la Congrégation Notre-Dame du Sacré-Coeur.

 

Charlottetown - L’Université de l’Île-du-Prince-Édouard a maintenant dans son programme trois cours qui ont trait aux Acadiens, dont l’un est exclusivement un cours d’histoire intitulé, “La Renaissance et le nationalisme chez les Acadiens de l’Île-du-Prince-Édouard 1860-1900″.  Ce cours se donnera alternativement en français et en anglais.

 

La Marée de l’Île - C’est le titre d’une émission de Radio-Canada préparée à l’intention des francophones insulaires et diffusée tous les jours de la semaine de 16 h à 17 h 30.  À tous les vendredis on peut y entendre une petite chronique en histoire animée par plusieurs de nos membres, à savoir:  Henri Gaudet, Avéline Peters, Edmond Gallant, Francis Blanchard et Georges Arsenault.

 

Légion de Wellington - Le club des anciens combattants de la Légion royale canadienne de Wellington prépare actuellement un livre dans lequel on donnera le nom et quelques notes biographiques sur tous les vétérans, originaires de la région, qui se sont enrôlés dans les guerres de ce siècle.  On sait que les Acadiens ont répondu nombreux à l’appel durant ces conflits internationaux.

Des nouvelles de partout

1982 par Contribution anonyme

 

Tignish – Au courant de l’hiver, le Club Ti-Pa a parrainé un projet de généalogie.  Il s’agissait de tracer les descendants des principales familles fondatrices de la paroisse de Tignish.  On veut dresser un tableau généalogique qui fera partie du décor du centre du Club.

Le même organisme organise pour l’été des activités qui souligneront le centenaire de la naissance de l’organiste Benoit Poirier et le centenaire de l’installation des grandes orgues dans l’Église St-Simon et St-Jude.

L’Association historique de Tignish s’est procurée l’ancienne école Dalton dans laquelle on veut y aménager, entre autres, un musée et une salle d’exposition.  On se propose d’y tenir une exposition de photos historiques au cours de l’été.

 

Wellington – Le Club d’Âge d’Or de Wellington s’affaire depuis quelques années à rechercher l’histoire de la région de Wellington.  Le projet avance bien et on espère pouvoir publier le fruit des recherches dans un avenir pas trop éloigné.

 

Mont-Carmel – La Coopérative du Village Pionnier Acadien a embauché cet hiver les services d’un historien, en la personne de Kenneth Breau, pour faire une recherche sérieuse sur l’histoire de Mont-Carmel, de sa fondation (1812) à 1860.  La Coopérative vise à améliorer l’interprétation de l’histoire locale dans son village historique.

 

Région Évangéline – Une publication d’une grande importance sur l’histoire du mouvement coopératif dans la région Évangéline (1862-1982) est à la veille de paraître.  C’est le résultat d’un projet mis sur pied par le Conseil coopératif de l’Î.-P.-É., en 1980.  Cécile Gallant était la responsable du projet et c’est elle qui a écrit le livre, une brique d’environ 300 pages!  C’est à lire.

 

Miscouche – Le Musée Acadien de l’Île, situé à Miscouche, est bien actif.  L’automne dernier il a mené une campagne de financement et de recrutement de membres, laquelle a bien réussi.  Le Musée a aussi profité d’un octroi du Secrétariat d’État, ce qui lui a permis de mettre de l’ordre dans sa collection de photos et de documents.  Le 12 mai, Mad. Deborah Robichaud, directrice du Musée Acadien de l’Université de Moncton, donnait une intéressante conférence aux amis du Musée Acadien de l’Île.  Elle traita, grosso modo, du rôle d’un musée et de sa place dans une communauté.

 

Rustico – Le Musée de la Banque de Rustico a obtenu lui aussi, printemps dernier, un octroi du Secrétariat d’État.  Cette subvention a permis l’embauche de deux personnes qui travaillent à améliorer l’interprétation de l’histoire de la Banque et de l’époque du Père Belcourt à Rustico.

 

Rollo Bay – La succursale de Souris – Rollo Bay de la S.S.T.A. a obtenu un projet d’emploi d’été pour étudiants par lequel on tentera de mettre plus en évidence la cloche historique de l’Église de Rollo Bay (laquelle date du Régime français) et le monument, érigé en 1929, qui marque l’emplacement du cimetière des pionniers acadiens de l’endroit.

 

La Société Saint-Thomas d’Aquin – Le Projet d’histoire et de culture acadiennes de la S.S.T.A. est très productif.  L’été dernier on lançait le livre L’Agriculture chez les Acadiens de l’Î.-P.-É. 1720-1980 (69 pages) et tout récemment on a fait paraître L’Éducation chez les Acadiens de l’Î.-P.-É. 1720-1980, ou La survivance acadienne à l’Î.-P.-É. (85 pages).  Ces deux livres de Georges Arsenault sont abondamment illustrés de cartes, de dessins et de photos.

On a aussi produit, dans le cadre du Projet, deux montages audio-visuels intitulés Les Acadiens de l’Île-du-Prince-Édouard et La pêche et les Acadiens.  Ces montages sont disponibles en français et en anglais.  On peut les emprunter en s’adressant au bureau-chef de la Société.

La S.S.T.A. mène présentement une étude afin de déterminer si les ressources financières et physiques sont disponibles pour l’établissement d’un centre d’études acadiennes.  Le Père Pierre Arsenault a été chargé de faire cette étude qui sera complétée vers la fin de l’été.  On attend impatiemment les résultats.

 

P.E.I. Heritage Foundation – Au mois de janvier, le Heritage Foundation se procurait les services de Reggie Porter à titre de directeur de la programmation.  Monsieur Porter est un Acadien originaire de Tignish.  Enfin, on peut avoir du service en français de notre organisme provincial chargé de la protection du patrimoine.  Profitons-en!

**************

 

Membres du Conseil d’administration de la Société Historique Acadienne de l’Î.-P.-É. 1981-1982

Président -        M. J.-Edmond Arsenault
Vice-président -    M. Jean-Paul Arsenault
Secrétaire -        M. Georges Arsenault
Trésorière -        Mme Hélène Cheverie
Conseillers -        Soeur Marguerite Richard
                                 Père Albin Arsenault
                                M. Jean-Louis Beauregard
                                M. Michel Belliveau

Nouvelles de l’empremier

1980 par Contribution anonyme

 

1880 – Rustico :  “Il nous fait plaisir d’apprendre que la banque acadienne de Rustico prospère et que ses billets sont en grande circulation.  M. Joseph Gallant en est le digne président.  Ce monsieur vient de se construire un superbe édifice dont les étages supérieurs lui serviront de résidence, et l’étage inférieur de magasin.  Il a aussi actuellement en construction sur les chantiers une jolie goélette de 80 tonneaux; elle sera prête la semaine prochaine à recevoir sa cargaison, consistant principalement en poisson, et fera voile pour Boston, sous la direction du capitaine Leblanc, d’Arichat.”  (Le Moniteur Acadien, le 12 août 1880)

1880 – Miscouche :  “M. Prospère Desroches vient d’ouvrir ici un établissement de marchand-tailleur, tel qu’on en voit peu sur l’Île.  Nos jeunes gens à 50 milles à la ronde ne manqueront pas de venir s’y faire élégants, et M. Desroches est homme à garder sa pratique, une fois celle-ci acquise.”  (Le Moniteur Acadien, le 12 août 1880)

1893 – Bloomfield :  “Le patriotisme se réveille rapidement dans nos parages.  Toutes nos écoles sont dirigées par des instituteurs acadiens.  M. Doucet à la direction de l’école de Howlan Road.  Celle de Duvar Road est sous la direction de M. Gallant, et celle de Bloomfield est tenue par M. R. Gallant.  Toutes trois sont dirigées avec habileté.”  (L’Evangéline, le 16 mars 1893)

1896 – Egmont Bay :  “La fanfare d’Egmont Bay, sous la direction du Prof. Théodore Gallant, a fait entendre pour la première fois ses sons harmonieux en donnant deux morceaux choisis de son répertoire – un avant la messe (de minuit), l’autre immédiatement après les vêpres.  (L’Impartial, le 11 février 1897)

1902 – Mont-Carmel :  “Il y aura vers le 15 juin prochain, un grand bazar et tirage de prix dans cette paroisse au profit du nouveau presbytère en voie de construction, sous les soins dévoués et paternels de notre digne curé, le Rév. M.P.P. Arsenault.  Des livres de billets sont en circulation dans la province et chez nos voisins, et nous avons confiance que nos amis nous donneront main forte, dans notre entreprise religieuse.” (L’Évangéline, 13 février 1902)

Une visite à Rustico

1980 par Louis Tesson

 

par Louis Tesson

Louis Tesson est né en 1856 à Saintes (Charente inférieure) en France.  En 1875 il passe aux Etats-Unis où il se lance dans le journalisme.  Il écrit également des romans dont Sang Noir, Un amour sous les frimas, Céleste.  En 1881 il est installé à Charlottetown.  Cette année-là il rédige quelques articles sur les Acadiens de Rustico qu’il publie dans le Messager de Lewiston (Maine).  Ces articles, dont celui ci-dessous, ont été reproduits dans Le Moniteur Acadien et L’Évangéline.

 

EN ACADIE

Rustico, comme tous les établissements acadiens, a un bon fonds de légendes et d’histoires, où le chroniqueur, le poète et le romancier peuvent puiser à loisir.  Il n’y a rien cependant ici qui rappelle les histoires de revenants, de sorciers, les maisons hantées, les vieilles superstitions qui faisaient en France la terreur de nos grands-pères et surtout de nos grand’mères.  Tout au plus mentionne-t-on, et M. Faucher de Saint Maurice, je crois, dans son charmant livre De tribord à bâbord, rapporte qu’autrefois les gens de Rustico, comme ceux de Gaspé, avaient cru entendre dans leur église des bruits étranges, comme des voix plaintives de trépassés demandant la sépulture.

À Souris, par exemple, on trouve du merveilleux.  Souris, une petite ville située sur la côte de l’île, doit son nom au fait que, sous l’occupation française, les souris infestaient cette partie du pays et y dévoraient sur pied toutes les récoltes, réduisant ainsi les gens à la famine.  On fit des prières publiques et on vit, paraît-il, les souris courir à la mer comme une armée en désordre et s’y précipiter jusqu’à la dernière.  Depuis, on n’en a plus entendu parler.  Le même fait se serait passé à Tignish, à l’extrémité nord-ouest de l’île.  Mais là, ce seraient des sauterelles à la place de souris.  Ce serait un peu plus croyable.  N’importe, acceptons la légende pour ce qu’elle est, plutôt que d’aller y voir.

Ces faits et d’autres sont consignés dans des relations de voyage fort intéressantes sur lesquelles j’ai pu jeter un coup d’oeil, grâce à l’obligeance du juge Alley, de Charlottetown, qui a rapporté de France une foule de copies de documents précieux pour la première période de l’Île-du-Prince-Édouard sous l’occupation française.  J’y ai lu des lettres autographes du Père de Calonne, frère du ministre de Louis XVI, et alors de Rustico.  Ce prêtre n’est pas le seul haut personnage que Rustico ait eu l’avantage de posséder.  On m’a conté qu’un jeune homme d’une très grande famille de France était venu à Rustico probablement à l’époque de la Révolution et s’était marié avec une native du pays.  À la Restauration, sans doute, il était retourné en France, où il vivait en grand seigneur.  Lui et sa femme moururent sans héritiers directs.  Les collatéraux qui auraient dû hériter sont encore à Rustico; ils ont fait des démarches mais trop tard.  On cite encore le cas d’un Français mort dans le Mississippi, laissant une fortune considérable que ses héritiers pauvres à Rustico n’ont pas su recueillir.  C’est un peu l’histoire de toutes les parties de  l’Amérique.  Que d’héritages ont été ainsi perdus à cause de la distance, des difficultés de communications, ou par l’ignorance ou l’incurie d’intéressés!

Pour en revenir au chapitre des superstitions populaires, j’ai été surpris d’en trouver si peu ici.  J’en citerai une en passant qui est fort innocente.  Avant d’aller se coucher, les jeunes filles mangent du hareng salé, avec l’espoir que la soif leur fera rêver que le jeune homme qu’elles doivent épouser leur offrira un verre d’eau.  Comme ailleurs, on se garde de renverser la salière ou de marcher sur la queue du chat; mais au fond, on y attache peu d’importance.

En ma qualité de Français, je n’ai pu m’empêcher de faire quelques observations que je vais souligner :

L’Acadien n’est pas chasseur.  Dans beaucoup de maisons, il n’y a pas de fusils.  Pourtant, en automne le bon gibier ne manque pas:  les canards, les oies sauvages, les crevans (brants) et tout l’hiver, de délicieuses perdrix.  Il y a ici, je crois, plusieurs espèces de champignons comestibles.  Tout au moins, j’ai vu sur le talus des routes et dans les prés de belles brunettes auxquelles personne touche et qui pourrissent sur pied.  Les chancres, ou crabes, les moules, peuvent croître et prospérer en paix :  c’est un trop maigre régal, paraît-il.  Les palourdes ou les “clams”, sont, au contraire, très recherchées.  On les retire, à marée basse, du sable de la grève où elles sont enfouies, à l’aide d’une pelle.  Je ne parlerai pas des grenouilles.  Ce mets si bien apprécié des fines bouches des grandes villes américaines, fait sourire de méfiance ou d’incrédulité.

Puisque nous en sommes sur la cuisine, j’ajouterai que l’Acadie est d’une grande frugalité.  Le pain de ménage qui ne se cuit pas par grandes fournées, mais par petites quantité presque journellement dans un petit four adapté au poêle de cuisine est d’une grande blancheur.  Le beurre fait par les ménagères est excellent et, comme chez les Anglais, compose une grande partie de l’alimentation.  Les femmes excellent à faire de la pâtisserie, des tourteaux de toutes sortes.  Les fruits sont assez rares, hors les fraises, les framboises sauvages et les “blueberries”.

Vous parlerai-je de la langue acadienne?  Elle est excessivement douce en général, surtout dans la bouche des femmes, et contraste singulièrement avec l’accent un peu rude et parfois bredouillant de certains Canadiens que j’ai entendus.  Remarquez bien que je ne suis pas de ceux qui prétendent ou veulent laisser croire qu’au Canada on parle le français mieux qu’en France, prenant le pays dans son ensemble, en ce sens qu’un Français peut voyager dans tout le Canada et comprendre partout la langue qu’on y parle, tandis qu’en France il n’entend rien à certains patois ou langues presque mortes, comme le provençal, le gascon, le basque, le basbreton, etc., bien que ces idiomes tendent à disparaître complètement bientôt, par suite du développement considérable de l’instruction publique en France depuis quelques années.  Voici un autre fait qui prouvera mon assertion.  Des Acadiens avec qui j’ai causé m’ont fait cette remarque :

- Nous vous comprenons bien mieux que d’autres Français qui sont venus ici.  Comment cela se fait-il?

- C’est bien simple, leur dis-je ; ces gens-là vous parlaient sans doute auvergnat, tandis que moi je prétends parler français, et je suis heureux que vous me compreniez.

Il ne faudrait pas croire cependant qu’on parle ici le français aussi purement que sur le boulevard des Italiens.  Il est même étonnant qu’une poignée de familles enclavée dans une population anglaise, ait pu conserver si longtemps sa langue.  L’anglais s’impose forcément et tous les Acadiens de l’île le parlent couramment; il est la langue du dehors, la langue des affaires, le français est la langue du foyer, de la famille et de l’intimité.  Elles se mêlent parfois d’une manière étrange.  Certains mots français se sont perdus et ont été remplacés par leurs équivalents en anglais.  D’autres, exprimant une idée ou une chose essentiellement anglaise, sont passés dans le français; enfin, une foule de verbes anglais se retrouvent en français avec une terminaison française.

Dans le vieux français ou le patois qui émaille le parler acadien, j’ai retrouvé une foule de mots qui me sont familiers et que j’ai entendus dans le patois saintongeais.  Une chose m’a frappé tout d’abord:  la prononciation aspirée du “g”, tout comme en Saintonge.  J’ai reconnu tout de suite comme de vieilles connaissances; l’égail pour la rosée, la “goule” pour la bouche, la “mare” pour la mer, la “bouillée”, le “mitant”.  Quand on m’a dit:  I s’avant émoyé de vous, j’ai compris qu’on s’était informé de moi.  Quand on m’a dit:  Huchez donc, j’ai gueulé de toute la force de mes poumons.  Les enfants braillent, ils ne pleurent pas, mais ce n’est pas plus agréable.  Il ne pleut jamais ici, mais il mouille parfois, ce qui fait compensation.  On ne porte ni vêtements, ni habits, mais des hardes.  Les pêcheurs deviennent pêcheux, sans qu’ils prennent plus de poisson pour cela, et les “drôles” font un bec à leur drôlesses, au lieu de les embrasser purement et simplement.

C’est tout; il n’y a pas dans l’acadien ces corruptions de français si fréquentes dans nos patois; par exemple, “dau” pour “du”; “â” pour “au”.  L’Acadien dit bien purement du pain et non dau pain; un oiseau et non in osia.  Les troisièmes personnes plurielles des verbes sonnent “ant”; le pronom “je” remplace “nous” fréquemment; “j’avons” pour “nous avons”.  Les passés définis des quatre conjugaisons sont en “is” indistinctement:  je mangis, je finis, je recevis, je rendis.  Avec cela, beaucoup de termes de marines; on amarre un cheval ou son soulier; on embarque dans une voiture; Mlle Eudoxie se grée, tout comme une corvette, pour aller au bal; son drôle (bon ami) ne démarre pas d’à côté d’elle de toute la soirée; il la pilote au bal, et les hommes tirent parfois une bordée.  On hale du bois à la maison, etc.

Quand je parle de patois saintongeais retrouvé dans le parler acadien, il n’y a pas lieu de s’étonner; car l’histoire de l’Acadie est là pour nous prouver qu’un bon nombre de Français partis pour l’Acadie étaient originaires de la Saintonge ou de la Rochelle et de l’île de Ré.  Citons au hasard des souvenirs de Champlain, né à Brouage, qui, je crois, passa nombre d’années en Acadie avant d’aller au Canada.  Les marchands et armateurs de la Rochelle ont été lontemps les fournisseurs de l’Acadie, et l’un d’eux organisa plusieurs expéditions et définitivement gouverna ce pays.  Rameau dit dans son histoire d’Acadie que les aboiteaux de la vallée du Port-Royal et de la Grand’Pré ont été faits à la suggestion des natifs de l’île de Ré qui avaient appris dans leur pays à disputer ainsi à la mer de fertiles terrains.  Il y a des noms acadiens qui se retrouvent fréquemment en Saintonge.  Sans aller plus loin, le nom de Poirier, par exemple, qui est celui de ma mère, est commun en Saintonge, mon pays natal, et je ne serais pas étonné d’avoir, de ce côté de l’Atlantique des parents – un peu éloignés, il est vrai.

Quoi qu’il en soit, mes chers cousins plus ou moins proches, je suis enchanté d’avoir fait votre connaissance, et nous recauserons de vous et de l’Acadie1.

______________________

Le Moniteur Acadien, le 13 novembre 1891.

Faits intéressants

1980 par Contribution anonyme

Le premier Acadien à demeurer dans le village de Wellington fut monsieur Fidèle-T. Arsenault.  Il s’y installa en 1874 pour y fonder un magasin pour le compte de l’honorable Joseph-Octave Arsenault, alors député à la Législature de l’Île.  Peu après il y fut suivi par monsieur Joseph-E. Arsenault, ancien instituteur, qui devint chef de la gare du chemin de fer, poste qu’il occupa pendant plus de 30 ans.

La première école acadienne de l’Île fut ouverte à Rustico en 1815 par l’abbé Beaubien.  Le maître fut François Buote qui savait lire et écrire, et qui avait quelques notions d’arithmétique.  La classe se faisait dans le presbytère.

Baie-Egmont était jadis “La Roche”, Mont-Carmel, le Grand Ruisseau et Miscouche, la Belle Alliance.  Quels beaux noms!

Noces d’autrefois

1980 par Contribution anonyme

 

Rustico

Les fêtes de noces apportent toujours avec elles assez de plaisirs et de divertissements, et ceux qui ont le bonheur d’en participer aiment à en parler, surtout quand ils ont passé des journées aussi agréables.

Mardi, le 7 du courant, M. Anselme Doucet conduisait à l’autel Mlle Valentine Blanchard, et ils furent unis par les liens sacrés du mariage, par le Révérend Père R.B. McDonald, curé de la paroisse.  Garçon et fille d’honneur étaient M. Ignace Doiron et Mlle Thérèse Blanchard.  Devant le même autel aussi M. Eusèbe Gallant s’unissait à Mlle Marie Doucet.  Garçon et fille d’honneur étaient M. S. Pitre et Mlle Marguerite Gaudet.

M. Doucet et la mariée Gallant étant frère et soeur les heureux couples se rendirent chez M. Doucet où les nombreux conviés s’assemblèrent pour offrir leurs souhaits aux mariés et fêter l’occasion avec toute la gaieté possible.

Après le somptueux déjeuner, selon les coutumes acadiennes la danse commença, et continua toute la journée, excepté le temps consacré aux délicieux repas.  On dansa aux accords du violon joué par M. Paul Poirier, qui, par son habileté et la haute réputation dont il jouit comme violoniste, rappelle surtout aux Acadiens, Michel du poème d’Évangéline.  M. Firman Gallant, bâton en main, choisissait ceux qui devaient remplacer les danseurs du moment; sous son habile direction pas un de ceux qui voulaient danser ne fut oublié et un frottement et battement de pieds continuels, mesurant la musique du violon, furent entendus avec plaisir par ceux qui avaient préféré prendre part aux jeux qu’on avait eu soin de procurer.

La nuit venue, chacun prit congé des mariés après leur avoir une fois de plus offert leurs souhaits de bonheur et de prospérité.

Le lendemain un grand nombre d’amis se réunirent chez M. Gallant et M. Moïse Blanchard, pour fêter doublement les heureuses noces et une autre journée fut passée avec beaucoup d’appréciation.  Nos meilleurs souhaits à M. et Mme Doucet et M. et Mme Gallant.

Un Ami

_______________________

Tiré de L’Évangéline, le 23 février 1893, p. 2.