Résultats: ‘Roméo Leblanc’

À la pêche aux poulaments avec un Gouverneur général

2002 par La Petite Souvenance

Résultat d’une entrevue avec Jeanne-Mance Arsenault en janvier 2002 avec David Le Gallant, président du Comité historique Soeur-Antoinette-DesRoches

 

Le 18 décembre 1927 naissait à l’Anse-des-Cormier à Memramcook, Roméo LeBlanc, Roméo à Philias à Joseph à Pascal LeBlanc.  Roméo, dont le nom de jeune fille de sa mère était Lucie LeBlanc, était lui-même le plus jeune de sept enfants.  Et on appelait aussi l’Anse-des-Cormier « Cormier Cove » ou tout simplement « Le Cove ».  En tout cas c’est comme cela qu’une femme, aujourd’hui de Wellington, appelle l’Anse-des-Cormier.

Étant plus âgée de deux ans et huit mois et cinq jours que ce Roméo, Jeanne-Mance Arsenault de Wellington était d’abord une Gaudet avant d’épouser Euclide, Euclide à Edmond à Fidèle Arsenault.  Jeanne-Mance est née dans le village de Saint-Joseph, situé dans la pittoresque vallée de Memramcook, village surnommé le « berceau de l’Acadie » à cause de son rôle important à l’époque de la Renaissance acadienne.  Après tout, c’était là qu’on avait choisi le 15 août comme fête nationale du premier peuple néo-européen de l’Amérique du Nord à s’établir au nord du Mexique.  Et Saint-Joseph-de-Memramcook n’était pas loin de l’Anse-des-Cormier ou plutôt « Cormier Cove » comme le dirait affectueusement Jeanne-Mance.  Son père s’appelait Willie, Willie à Vital Gaudet tandis que sa mère s’appelait Henriette Ouellet.  Jeanne-Mance Gaudet qui allait passer la plupart de sa vie adulte à l’Île-du-Prince-Édouard, était la treizième de quinze enfants dont six filles.

Parlons asteur de poulaments1.  La première fois qu’elle nous a parlé de Roméo LeBlanc c’est pour nous dire qu’il était très doué à faire la pêche aux poulaments dans la rivière « chocolat » de Memramcook (Petitcodiac).  « C’était les beaux jours de notre jeunesse » dit-elle.  Ses premières impressions de lui sont qu’il était « maigre, grand, à l’allure intellectuelle et très élancé et il marchait à grands pas aussi ».  Selon les professeurs de Jeanne-Mance, Roméo LeBlanc lisait beaucoup.  Jeanne-Mance et Roméo faisaient partie du groupe de jeunes adolescents qui allaient alors pêcher les poulaments avec des morceaux de « varnes ».

Ce qui est très vif pour Jeanne-Mance c’est que Roméo LeBlanc passait devant sa maison le dimanche matin quand il marchait à pied de Cormier Cove à Saint-Joseph où se trouvait l’église Saint-Thomas.  Et dès qu’il commença à fréquenter le Collège Saint-Joseph, Jeanne-Mance nous dit qu’il était comme un cadran; à 7 h 30 du matin, on le voyait passer pour l’école, et à 18 h 30 le soir, on le voyait de nouveau sur le chemin du retour pour « Le Cove ».  On parlait beaucoup de Roméo LeBlanc dans le village de Jeanne-Mance parce qu’on le connaissait comme étant « studieux et très intelligent ».

Plus tard, Jeanne-Mance se rappelle qu’elle voyait souvent Roméo à la patinoire extérieure du Collège Saint-Joseph pas loin du Monument Lefebvre mais aussi au carnaval d’hiver, lors de la neuvaine à Saint Joseph en mars, et le 24 mai pour la fête de la reine, alors qu’il courait sur la piste pour les courses d’athlétisme.

Elle se remémore particulièrement les beaux souvenirs de ces occasions de loisirs soit à la « Butte à Pétard » où on patinait en plein air ou au Monument Lefebvre.  Ici, c’était pour les séances des débats bilingues que le père Lefebvre avait entamés longtemps avant.  Un dénommé Euclide Arsenault de l’Île-du-Prince-Édouard était alors en pension au Collège Saint-Joseph et dans la même équipe que Roméo LeBlanc pour les débats.  Le moment le plus crucial était lors du grand débat qui avait lieu la veille de la remise des diplômes.  Jeanne-Mance se rappelle bien que le futur Gouverneur général du Canada était très bon dans les débats mais aussi très nerveux.  Elle raconte que parce que les discours étaient très longs, souvent une vingtaine de pages, il fallait obligatoirement avoir recours à des souffleurs (prompters) au cas où les orateurs aient la malchance de se tromper ou de tergiverser.

Il est arrivé que notre Roméo, brillant orateur, était en train de « perdre son balant » quand il aperçut que son souffleur manquait à un moment critique de son discours.  On attrapa notre orateur et on l’emmena derrière les rideaux pour qu’il reprenne ses forces, ce qu’il fit merveilleusement, une fois le souffleur revenu, le débit de son exposé se pousuivant avec impunité sans trop de difficulté.  Jeanne-Mance ne se rappelle pas pour sûr qui était vainqueur du débat, ce jour-là.  Euclide, le futur époux de Jeanne-Mance, et Roméo LeBlanc, eurent leurs diplômes la même année au Collège Saint-Joseph.  C’était en 1948 et Jeanne-Mance et Euclide allaient se marier le jour de la fête de Sainte Anne.

Euclide Arsenault entama des cours d’administration au Collège Saint-Joseph l’année de son mariage mais dut se retirer au sanatorium de Charlottetown puisqu’il avait contracté la tuberculose après quoi il revint chez les parents de Jeanne-Mance pour du repos et ensuite vint s’établir à l’Île-du-Prince-Édouard pour prendre le commerce de son père.  Les années passèrent.  Ils eurent cinq enfants.  Jeanne-Mance Arsenault a pu revoir Roméo LeBlanc à quelques reprises surtout lors des réunions d’anciens étudiants au Collège Saint-Joseph.  Elle l’avait revu alors qu’il était en visite à l’Île comme Ministre des Pêches.

À l’époque de son assermentation2 comme le représentant de Sa Majesté canadienne à Ottawa, Jeanne-Mance se rappelait que Roméo LeBlanc était fils de fermier et qu’il avait toujours travaillé fort.  Elle dit qu’on ne peut pas le rencontrer sans en être touché et qu’il est un ami précieux qui réjouit le coeur.  Ces paroles furent dites à l’occasion de la visite officielle au Musée acadien à Miscouche, le 5 avril 1995, de Son Excellence, le très honorable Roméo LeBlanc, premier Gouverneur général acadien du Canada.

Elle n’oublie jamais les beaux jours d’antan alors qu’elle allait à la pêche aux poulaments avec son morceau de varne en compagnie de ses amis d’enfance dont Roméo LeBlanc.  Elle termine avec « Nous sommes fiers de lui! ».

Le 6 mai 2000, à Rustico, Madame Jeanne-Mance Arsenault était récipiendaire des mains de la Société Saint-Thomas-d’Aquin, porte-parole des Acadiens et des Acadiennes de l’Île-du-Prince-Édouard, du prestigieux Certificat de citoyenneté d’honneur de l’Acadie de l’Île.  Nous sommes fiers d’elle!

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1 « poulaments » : graphie de Donat Arsenault dans Des Trésors acadiens / Acadian Treasures, p. 192.  Grâce à l’entremise de Georges Arsenault, nous avons appris que Marc Lescarbot, dans sa narration Histoire de la Nouvelle-France (1609), appelait le poisson « ponamon » et que Nicolas Denys dans son mémoire Description Géographique et Historique des côtes de l’Amérique septentrionale (1672) l’appelait « ponamon ».  L’origine est vraisemblablement « ponamon » en mi’kmaq.  En tout cas, Georges Arsenault nous apprend aussi qu’il y a un petit village du nom de POULAMON à l’Île Madame en Nouvelle-Écosse.  En anglais, on l’appelle, selon Donat Arsenault, tommy cod (petite morue) et Robert Hunter dans son volumineux The Encyclopedic Dictionary donne tomcod et son origine latine gadus tomcodus.  On nommerait le « poulament » le petit poisson (des) chenaux au Québec.

2 Son Excellence, le très honorable Roméo LeBlanc fut assermenté au Parlement du Canada le 8 février 1995.