Résultats: ‘Pie Edouard Blanchard’

Drôleries cléricales

2007 par Pie Édouard Blanchard et Francis C. Blanchard

Parmi nos curés français et acadiens  de la paroisse Saint-Augustin de Rustico, on signale la cure (1888-1891) de l’abbé Gérard de Finance de Valcourt  et de celle (1902-1937) de l’abbé Jean Chiasson. L’abbé de Finance est né en France en 1856 et arriva à l’Île-du-Prince-Édouard en 1882.  Il fut d’abord attaché à la cathédrale Saint-Dunstan pour un an puis transféré aux Îles-de-la-Madeleine.  En 1888, il est nommé  curé de la paroisse Saint-Augustin de Rustico.  L’abbé de Finance cherchait toujours la perfection dans son travail et dans ses activités paroissiales. On raconte qu’un jour, il se promenait dans le cimetière près de l’église avec son bedeau. Arrivant près d’une pierre tombale, il s’écria « Qu’est-ce que c’est, cette saleté? » Le bedeau dit « Je pense que c’est une crotte de chien » et l’abbé de Finance s’exclame  « Pour moi, ce n’est pas une crotte de chien mais plutôt une crotte de chrétien ».

L’abbé de Finance était aussi un grand amateur de chevaux de course. Peu après son arrivée à Rustico, il fit construire en arrière de l’église une grange spacieuse comprenant huit étables. On dit qu’il aurait aussi participé à la construction d’un circuit dans un champ avoisinant l’église. Ceci attirait les amateurs de course de la région se divertissant dans des rencontres tapageuses et enivrantes. Ces activités ont été portées à l’attention de l’évêque du diocèse, Mgr Peter McIntyre. L’évêque demande des explications de l’abbé de Finance tout en lui conseillant de mettre fin à ses activités considérées scandaleuses. Peu après cette rencontre, l’abbé  de Finance quitta Rustico et retourna en France. Plus tard, il fut élevé au rang de « monseigneur ». L’abbé Gérard de Finance est décédé  en 1927. En 2004, quelques membres de la famille de Finance* en voyage au Canada ont visité la Banque des fermiers de Rustico.

L’abbé Jean Chiasson est né à St-Félix, près de Tignish et, à la suite de plusieurs cures dans d’autres paroisses, il est nommé curé de la paroisse Saint-Augustin de Rustico en 1902 et y demeure pendant 35 ans. L’abbé  Chiasson était un excellent musicien et linguiste, parlant couramment le français, l’anglais et le latin. Très sévère de caractère, il cherchait aussi la perfection dans son travail. À cette époque,  plusieurs  paroissiens de même nom, étaient connus seulement par leur sobriquet comme on peut constater par un incident tel que raconté comme suit.  Un paroissien arrive au presbytère et lui dit : «Venez vite, Père Chiasson, parce que Sling est à la veille de mourir. »  « Qui est ce monsieur Sling ? »  « Sling  est le frère de Snasse. » « Seigneur, et qui est ce monsieur Snasse? » « Snasse est le frère de Poussie. » « Holà! Je ne confère pas l’onction sur les animaux. » « Mais, mon père, Poussie est la femme de Charlie Codfish. Je pense que son nom de famille pourrait être Gauthier. » On ignore toujours si Sling aurait bien reçu les derniers sacrements avant son décès.

L’abbé Chiasson a rendu de grands services à la paroisse Saint-Augustin et il a été élevé au rang de prélat domestique avec titre de « monseigneur » en 1927 lors de la célébration du cinquantième anniversaire de son ordination. Mgr Jean Chiasson est décédé  en 1946 et ses restes sont inhumés dans le cimetière près de l’église Saint-Augustin.  Ce natif de St-Félix était celui qui avait proposé à Memramcook en 1881, lors de la première convention nationale acadienne, que le 15 Août soit la fête nationale des Acadiens!

À partir de la gauche, devant l’église historique de Rustico, le baron Alain de Finance et son épouse, Francis C. Blanchard, Pie Édouard Blanchard et Éliane Oswald.

 

La Banque des fermiers de Rustico : 1864-1894

2002 par Pie Edouard Blanchard

Pie Édouard Blanchard

 

L’édifice de la Banque des fermiers de Rustico, désigné site national historique depuis 1971, est un monument d’importance architecturale pour l’Île-du-Prince-Édouard et un symbole de la survivance acadienne.  En opération de 1864 à 1894, la Banque était une banque dite du peuple et a été un lien important à l’établissement des caisses populaires et des Credit Unions en Amérique du Nord.

L’immeuble de grès rouge, dans lequel se trouvait la Banque des fermiers, était l’oeuvre de l’intrépide curé de la paroisse Saint-Augustin de Rustico, monsieur l’abbé Georges-Antoine Belcourt, de 1859 à 1869.  L’abbé Belcourt est né à la Baie-du-Fleuve, comté Yamaska, Québec, le 22 avril 1803.  Comme missionnaire, il passa 28 années chez les autochtones et les Métis du Manitoba et de l’État du Dakota du Nord.  Il rentra au Québec en 1859.

À son arrivée à Rustico en 1859, l’abbé Belcourt s’est vite rendu compte du manque d’instruction et de l’état économique lamentable chez ses ouailles.  Donc, il établit l’Institut catholique de Rustico, groupant au-delà de 250 membres.  À chaque quinzaine, il organisait des rencontres, pendant lesquelles on assistait à des sessions d’étude et, c’est à l’intérieur de l’Institut qu’il fonda la Banque du peuple.  C’est alors la proclamation de l’Acte des banques fédérales de 1871, qui, en 1894, força définitivement la fermeture de cette institution financière.

L’abbé Georges-Antoine fit construire une bâtisse en pierre locale mesurant 60 pieds par 40 pieds pour loger sa banque.  Solidement construit, l’édifice donna des apparences de banque par ses imposantes dimensions.  Pendant de nombreuses années, on s’en est servi comme salle paroissiale et actuellement, on l’utilise comme musée où est commémorée l’oeuvre remarquable de son auteur.

 

Au fil des 137 années d’existence, les intempéries ont fait subir une détérioration considérable de l’immeuble.  C’est en 1991, que quelques personnes de la communauté, intéressées à conserver ce monument historique, se sont organisées d’abord en comité, pour plus tard s’incorporer en compagnie sans but lucratif, sous la rubrique Les Amis de la Banque des fermiers de Rustico inc.  Ce projet comprenait une rénovation structurale complète de l’édifice, réalisée par des nombreuses heures de volontariat consacrées à la planification en plus de la recherche d’un financement de plusieurs milliers de dollars.  Une campagne de collectes de fonds en sus des subventions gouvernementales, fédérales et provinciales, contributions des Caisses populaires, compagnies, individus et ami.e.s de la Banque, nous a permis de réaliser la restauration de cet édifice, qui aujourd’hui fait la joie et l’orgueil de la communauté de Rustico et des environs.