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Réplique du drapeau acadien original dévoilée

2009 par Jacques Gallant

La Voix acadienne (le 15 juillet 2009, p. 3)

Chacune munie de leur propre machine à coudre, Marie Anne Arsenault, d’À-Point Boutique, à Mont-Carmel, et son assistante pour l’été, Kay Parks, ont su fabriquer un morceau d’histoire.

Au cours d’une semaine au mois de juin, elles ont cousu une réplique du drapeau acadien original en l’honneur du 125e anniversaire de l’adoption de celui-ci à Miscouche.  Elle a été dévoilée lors d’une journée de commémoration le 14 juillet au Musée acadien de l’Î.-P.-É., à Miscouche, où elle est montée en permanence.

Quant à la fabrication de la réplique, la tâche de chercher le matériel est allée à Béatrice Caillié, directrice de La Belle-Alliance.  C’est aussi elle qui a demandé aux dames d’À-Point Boutique d’entreprendre la fabrication au nom des organismes qui commémorent cette année le 125e anniversaire de l’adoption des symboles nationaux acadiens à Miscouche.

«J’avais été voir le drapeau acadien original au Musée acadien à l’Université de Moncton pour voir comment il avait été fait», dit Mme Caillié.  Une couturière elle-même, elle a pu noter les coutures et a dressé un plan.  «Le drapeau original était fait en douze morceaux de laine de mouton fine (quatre morceaux pour chacune des trois couleurs, le bleu, le blanc et le rouge) et c’était très difficile de trouver ce matériel», affirme-t-elle.

Enfin, Mme Caillié a trouvé des «pashminas», une sorte de châles.  «Les pashminas sont faits en laine de chèvre, qui est un peu plus molle que la laine de mouton, mais j’ai pensé que les pashminas feraient l’affaire», indique-t-elle.

Avec les châles, les dames d’À-Point Boutique se sont mises à l’oeuvre.  «Ce qui a pris beaucoup de temps», mentionne Kay Parks, «était de mesurer et couper les morceaux, parce que chacun des douze morceaux du drapeau doit être 36 pouces en longueur et 18 pouces en hauteur.»  Il fallait ensuite coudre ces morceaux ensemble, un exploit pas facile.  «Lorsqu’on essayait de passer deux morceaux sous la machine, un glissait souvent sur l’autre parce que le matériel est tellement mince», ajoute Marie Anne Arsenault.  La réplique porte les mêmes dimensions que le drapeau original, soit 9 pieds en longueur et 6 pieds en hauteur.

Quant à l’étoile, elle a été fabriquée d’après un patron préparé par Jacqueline Babineau, la petite-nièce de Marie Babineau, soit celle qui a cousu l’étoile originale dans le drapeau en 1884.

Tel qu’indiqué par Béatrice Caillié, on trouvait que c’était important de placer une réplique à Miscouche, étant donné que c’est à cet endroit où a été adopté le drapeau acadien original, qui était de confection manufacturière, lors de la Deuxième Convention Nationale des Acadiens en 1884.

«En fabriquant la réplique, cela nous faisait vraiment revivre une partie de notre histoire», confie Marie Anne Arsenault.

Une réplique de l’original du premier drapeau national : Béatrice Caillié (La Belle-Alliance), Cécile Gallant (Musée acadien de l’Î.-P.-É.) et Cécile Arsenault (Programme de partenariat culturel et communautaire).

125 années après la fabrication du premier drapeau acadien, Marie Anne Arsenault (à droite) et Kay Parks d’À-Point Boutique placent l’étoile sur une réplique du drapeau qu’elles ont fabriquée au cours d’une semaine.

À Mont-Carmel

2009 par La Petite Souvenance

La Voix acadienne (le 19 août 2009, p. 20)

 

La principale manifestation a eu lieu à Mont-Carmel dimanche après-midi, alors que quelques centaines de personnes ont convergé vers le terrain de l’église de la paroisse pour le spectacle, les jeux, la messe et aussitôt, en après-midi, pour le tintamarre.  Ce dernier, certainement plus modeste que celui de Caraquet, a tout de même attiré une belle procession de gens colorés et bruyants, menés par l’Acadienne Maria Bernard.

Antoine Richard a fait le lever officiel du drapeau au son de l’Ave Maris Stella, deux symboles ayant 125 ans en 2009.

 Le tintamarre à Mont-Carmel a été bien réussi.

 

Antoine Richard a hissé le drapeau à Mont-Carmel.

 

NDLR : On dénote dans L’Évangéline du 28 décembre 1887 que chacune des paroisses acadiennes de l’Île arborait le tricolore étoilé sauf celle de Notre-Dame-du-Mont-Carmel. (Source : Perry Biddiscombe)

Il s’avère donc que le sort aurait  jeté  son dévolu en 2009 sur Mont-Carmel à l’occasion du 125e de ce même tricolore étoilé puisque c’est à Mont-Camel au lieu de Miscouche qu’a eu lieu le lever de notre symbole le plus puissant. Nous remercions le Centre de recherche acadien de l’Î.-P.-É. pour le détail du 4e tableau des “Grandes Heures du peuple acadien” et Mme Annette Richard de Cap-Egmont pour sa photo du lever du drapeau national à Mont-Carmel.

Souvenirs d’autrefois

2007 par Abbé J.-N. Poirier

Mes souvenirs d’autrefois sont-ce des papillons gris, bleus ou blancs ? En tous cas, comme tous les chrétiens baptisés en bas âge, je ne peux me rappeler le jour même de mon baptême. Mais je crois que ma marraine n’a pas eu trop de misère ce jour-là, car elle vit encore et se porte assez bien malgré ses quatre-vingt-dix ans et plus.

J’ai souvent dit à ma mère que je me rappelais un étranger du nom Paradis qui était venu dans notre village avec un certain appareil, dans lequel on pouvait voir des portraits de personnages se succédant les uns aux autres lorsqu’on tournait une courte manivelle à côté. Je soutenais que je me rappelais cet étranger quasi-mystérieux que l’on nommait Paradis : qu’il m’avait un jour pris sur ses genoux pour me faire regarder dans la boîte magique; que j’y avais vu passer et j’y avais distingué vaguement des personnages que je ne comprenais pas sinon qu’ils étaient des personnes humaines. Est-ce un rêve ou une imagination vive? Était-ce un véritable souvenir? J’avais beau me cantonner dans ce souvenir fort lointain, ma mère n’a jamais voulu me croire, car, disait-elle, j’étais trop petit. J’avais deux ans !

J’ai un vague mais réel souvenir d’un événement dont parle l’histoire de l’Acadie et dont on parlera cet été aux fêtes qui se dérouleront pour commémorer le deuxième centenaire de la Dispersion des Acadiens de Grand-Pré et de Port-Royal, je veux dire le congrès organisé par la Société nationale des Acadiens à Miscouche en 1884. J’avais quatre ans. Tout ce dont je puis me rappeler c’est qu’il faisait beau, qu’il y avait foule de monde et que mon père me tenant par la main me conduisit aux tables pour le dîner. J’ai dû y manger du poulet, des pommes de terre, des légumes, du pain et des « galettes douces ». Il y eut des discours et des démonstrations, mais j’étais trop jeune pour les écouter et les apprécier.

L’âge scolaire venu, je pris le chemin de l’école. Nous nous trouvions six ou sept nouveaux-venus ou commençants. Un bon jour, lorsque notre classe fut appelée, le vieil instituteur se mit à nous faire épeler des mots imprimés sur une carte ou écrits au tableau noir. Il demande au premier d’épeler le mot qu’il indiquait de sa règle. Cet écolier commence, puis hésite, s’embête, fait fausse route et naturellement n’arrive à rien. Le deuxième, le troisième et le quatrième sont appelés. Ils essaient mais s’empêtrent et s’embourbent et eux aussi, n’arrivent pas au but. Enfin, c’est mon tour. Résolument je dis à haute voix et en regardant le mot indiqué, c-h-i-e-n chien. Alors le vieux maître d’école me fait « passer à la tête ». Ma foi, ne sachant pas ce que cela voulait dire, je ne pouvais m’enorgueillir de ma belle réussite. Arrivé à mon pupitre quelques minutes plus tard, un compagnon me tape l’épaule et me félicite « d’être passé à la tête » mais une fois de plus je ne pouvais saisir la différence qu’il y avait entre la tête et la queue de la classe.

Plus tard il fallait se préparer à la première communion. Pour cette classe de catéchisme, nous allions le matin et le soir au couvent des religieuses. Un jour, après la classe de l’après-midi, la supérieure me rencontre et me dit : « Nazaire, voudrais-tu descendre à la cave et nous monter un panier de navets? » Ah ! Oh ! Navets ? Tout ébahi, je me gratte un peu la tête et je finis par demander : « Mère (pour nous toutes les religieuses s’appelaient mères) c’est-y des navots que vous voulez? » Et la bonne supérieure de s’esclaffer et de répondre : « Mon enfant, c’est la même chose ».

En ces jours-là, notre curé desservait deux paroisses. À tous les troisièmes dimanches, il se rendait à la paroisse voisine. Nous étions donc, ce jour-là, privés de la messe. Mais les paroissiens se rendaient tous à l’église, et là avaient lieu les dévotions dominicales. D’abord, le chœur chantait l’Introït, le Kyrie et le Gloria. Alors le vieux maître-chantre, à barbe et cheveux gris, se levant majestueusement, lisait d’un ton solennel l’épître de dimanche. La lecture faite, il laissait tomber sa voix de deux ou trois tons et d’une voix grave et profonde qui avait l’air de racler le fond de la mer, il disait : Réflexions et continuait à lire un court commentaire. Après cette lecture, venait le chant du graduel et de l’alléluia, puis le vieillard se levant de nouveau, lisait l’Évangile suivi des réflexions. Le Credo se chantait ensuite, et ma foi, les bons chantres, jeunes et vieux, ne pouvaient aller plus loin. Le tout se terminait par la récitation du chapelet. En ces temps-là, la foi était robuste.

Si le curé n’arrivait pas l’après-midi, les gens retournaient à l’église tout de même où l’on chantait les vêpres. Ici, tout se chantait in extenso, excepté que le maître-chantre ne devait pas chanter « Dominus vobiscum ». On racontait que ce vieillard, après les oraisons du temps et les commémorations, avait chanté, par distraction sans doute, « Dominus vobiscum » et le chœur avait répondu tout bonnement : « Et cum spiritu tuo ». L’incident s’était passé pour ainsi dire inaperçu, mais un paroissien à l’oreille « prime » avait remarqué le chant extraordinaire pour des vêpres sans prêtre, et s’approchant du maître-chantre à la sortie de l’église lui demanda d’un air malin : « Depuis quand, toi, as-tu été ordonné prêtre? ». Et le bon vieux maître-chantre tout confondu ne put que lui répondre : « Ah ! toi, tu t’aperçois de tout! ».

abbé J.- N. Poirier**

 

* Tirée de l’Album Souvenir des Fêtes du bicentenaire chez les Acadiens de l’Île-du-Prince-Édouard, Rustico, 1955, p. 34-35

** Mgr J. Nazaire Poirier, Acadien de Miscouche, fut ordonné prêtre à Rome en 1912 et fut curé à Mont-Carmel (1937-1946) et à Baie-Egmont (1946-1965). C’est en 1958 qu’il fut investi à titre personnel de la « prélature domestique » d’où la distinction honorifique de « Mgr » (Monseigneur).

Mgr J. Nazaire Poirier, natif de Miscouche, curé de Mont-Carmel et de Baie-Egmont.

Mgr J. Nazaire Poirier, natif de Miscouche, curé de Mont-Carmel
et de Baie-Egmont

Reflection on our Acadian identity

2004 par James Perry

James Perry1

 The Acadian James Perry is an industrial electrician at Cavendish Farms, a frozen French fry manufacturer in New Annan, Prince Edward Island. In his spare time, he is an amateur historian and genealogist. He has previously written articles for The Ancestral Home Newsletter (www.acadian-home.org) and The Louisiana Genealogical Register. He lives in Summerside with his wife, Dianne, daughters Melanie and Carolyn and son Christopher.

 

It is hard to put one’s finger on just when or where I became interested about my Acadian history and heritage. Some of those feelings go back to when I was a young boy. Most of the feelings I have are of a personal nature, a sense of where I belong, who I am, why I do things the way I do. I know I am not unique in this interest, many people the world over search out their ancestors for many different reasons. Someone told me once that genealogy is the world’s second most popular hobby, next to stamp collecting and ahead of coin collecting. I personally like the Latter-Day Saints’ wording; they call it «Family History Research», for without the history, all we have are names, dates and places. There is  so so much more to the story.

One thing that was a direct influence was that I was from a French-Acadian family, but nobody could speak French. My family would visit my grandparents in Summerside where French was spoken; we would visit my mom’s Uncle Georges in Mont-Carmel, bringing my grandmother along. They all spoke French there. My father’s parents also spoke French. In fact, my paternal grandfather John B., as he was called, spoke and wrote both English and French fluently despite only finishing Grade 2 or 3. My maternal grandfather only learned English in the late 1930’s and early 1940’s. His young daughters would read to him from their schoolbooks. I did not find this lack of French language skills unique or strange. We were «French» but spoke English. We were like the relatives whom Georges Arsenault spoke about : «we were French but did not speak the language». Where we lived at the time of my youth, it would have been better to speak Ukrainian or Inuit. There was no French language training in the schools I went to. There was no opportunity to learn even the basics of grammar and pronunciation. There was no one with whom to practise conversational French.

Our family were Acadian Islanders, and my parents somehow sought out other misplaced Islanders and had them for friends, the Bernards, the Gaudets and Gradys. They sat around in living rooms in military married quarters in out of the way places such as Yorkton, Saskatchewan, and Moosenee, Ontario, and talked about the Island, who married whom, who had babies, who got divorced. When we came «home» the scene was the same; only the people were different. Mom and Dad sat around at night with Granny and Granddad and with the  other relatives who were there and talked again  about people, who married whom, who had children, etc. We ate unusual foods like lobster, râpure, chicken fricot, chowder, yellow-eyed beans, bannock and French biscuits. I swear that if there were a fire at our house, my parents would have saved the grinder and râpure pans before my brother and me. When I was dating my future wife, I invited her over for a râpure supper. She’s from Nova Scotia English and Upper Canada Loyalist heritage, so I explained to her that if we had any future, she would have to learn to like râpure. Turned out, she loved it! She has even mastered how to make it. In a catastrophe, I wonder if she would not save the pans before the children, or maybe before the husband.

Another influence was that because my father joined the Canadian Air Force shortly after my birth, we lived in several areas across Canada. Despite where we lived, Summerside was referred to as «home». Sometime in February or March, the topic of «Are we going home this summer?» would come up.  Now we lived in comfortable accommodations, we had furniture and clothes wherever we lived. We had a roof over our heads, heat and water and four walls. But it was just where we lived. Home was Summerside! We did not own a building here or even land, but it was home !

As a youth, I remember lingering on the deck of the «Abegweit», the original one, not the modern plastic and fiberglass copy, and also on the «SS Prince Edward Island», just savoring the view of the coast of the Island. It is har d to explain the thrill or the excitement it gave me as the shoreline came into focus. You could smell it, you could see it, and you could feel it. Very, very few of my classmates and friends in Yorkton or Moosonee were from here. They did not take a ferry to go home. The ground of their homeland was not red. They did not know the colour of the Island clay, how it tastes when the wind blows it off the newly ploughed fields, the feel of it being wet and mushed between your toes. I was from a very unique and special place. I knew it then and I still know it now.

We once came very close to living here on the Island. My father was transferred to a place where there were no married quarters available. My mother, brother and I came home to live with my grand-mother on East Street. My cousin Darrell gave me some schoolbooks I would need in the classroom here in Summerside. Among them was a history book entitled The Story of Prince Edward Island by P. Blakely and M. Vernon. It was in 1965 and I was almost eleven. I read the book during my summer vacation. When we very quickly left to join my father as he had found a house for us to live in, I kept that book. I still have it. It has been read several times.

Another book that made an impact on my life was one my grandmother had on her bookshelf, The title was Cent Cinquantième Anniversaire de la paroisse N. D. du Mont-Carmel, 1812 – 1962. She showed me her parents’ names in it, and how she was descended from Paul Arsenault, one of the pioneer settlers of Mont-Carmel. I was hooked. I had to know more.

After my graduating from College in 1975 and beginning my career, I seriously started to research my Acadian heritage. With my English Loyalist wife in tow, we visited the parishes of Baie-Egmont, Miscouche, Mont-Carmel, Wellington, Tignish, and Cascumpec. We visited «Le Village» and the Acadian Museum in Miscouche. I dragged her all over the Island, visiting graveyards and bookstores and historic sites. I started to acquire books, pamphlets, magazines and parish histories of the area. My family tree started to come together. I found out that my surname had not always been Perry, but Poirier. My grandfather changed it in the late 1920’s. I found out that all of my father’s brothers are named Joseph, every one of them used their second or even their third name, except the youngest; he got to use Joseph. My mother’s sisters are all christened Mary, be it Mary Bertha, Mary Edna, etc. They all use their second name as their common name. My mother, luckily the youngest of the girls, didn’t like her second name so she can use Mary, however she goes by Marie. The more I dug into this family history thing, the more passionate I became about it. The people in history became real and fascinating to me. Paul Arsenault, Germain Poirier, Xavier Gallant, and Jean Aucoin. The path led further back in time to Pierre Arsenault, Jehan Poirier and Jacob Bourgeois. And back to France, with side paths by way of the Melansons to England, the Caissies to Ireland, and Noiles to Holland. Who were all these people? Why did they come here? What were they like? How did they live?

At the time we were living in Truro, Nova Scotia, there was a lot to explore on that side of the Strait too : Beaubassin, Grand-Pré and Port-Royal. I remember my first visit to Grand-Pré. A feeling came over me that something terrible had happened there, despite its pastoral setting, I could feel the loneliness and the starkness of the place. I could see the expulsion, families torn apart, never to see each other again. On my office wall at home is a print of a famous painting depicting the scene of the expulsion. It serves as a reminder not to forget. A beautiful and scenic area forever marked by a tragic chain of events. The blood of innocent people, men, women, and children, speak from the grave «we should not be forgotten»,  and they are not forgotten.

Later in 1978, we moved to Mississauga, Ontario, and I took advantage of some of Canada’s largest libraries and bookstores to add to my information and collection. I was devouring reading material on the subject, both in a genealogical and a historical sense. Authors such as Bona Arsenault, Naomi Griffiths, Yvon Leger, Henri Blanchard, Michel Poirier and Ste-phen White. One day I found a copy of Georges Arsenault’s Complaintes acadiennes2. I signed it out from the library and kept renewing it for months. The librarian commented on my constant renewing and, because it was not really in great demand, she bent some of the library’s rules and allowed me to keep it longer. I read most of it with a French-English dictionary in one hand and the book in the other. It was my first attempt to read more than «born», «married», and «died» in French. The chapter in the Complaintes on Xavier Gallant enthralled me, as he was one of  my ancestors. I had to know more.  I had my parents, who live in Summerside, pick up locally published books that I couldn’t find in Ontario. Christmas, birthdays, and other holidays were exciting times, as I knew there were Acadian books coming.

The story of my people became alive, how a few families left France  for a new life in a faraway country.  How generation after generation moved from one place to another.  How the ravages of nature, weather and mice, only made them more intent to survive. How the tyranny of man only slowed them down, but they survived. How success came and went, and they survived. I remember researching one particular family, and within a few months, five of their children passed away, then the mother died. A little while later, the father remarried, and a whole new family started to arrive. How from tragedy he found some happiness in life.

I was reading recently about the journeyings of Father MacEachern. How he would travel from Malpèque  to St. Andrews, then back to Malpèque. Taking days and weeks, travelling by canoe, or snowshoe, horseback, and foot. Now we think nothing of jumping in the car and driving to Charlottetown for supper. One summer day we drove to Montague, then to Souris, up to East Point, over to Three Rivers, St. Peter’s, and Rustico, back to Charlottetown and then home to Summerside by way of Borden. The next day we drove up to Tignish and back through Baie-Egmont and Mont-Carmel. And finally to Miscouche before returning home. I thought how it took my ancestors several generations to go from Port-LaJoye to Summerside. I can do it now in a few hours.

Every day, I scan through The Journal-Pioneer for Acadian articles. I check out the obituaries and funerals. I compare any new information with the records in my database and add or correct them as required. I regularly check out the books available at the Centre J.-Henri-Blanchard, the Acadian Museum, the used-book stores in the area. In the past little while, we have been fortunate to see several excellent new books published. With great local historians and authors such as Georges Arsenault, Cecile Gallant, David Le Gallant, Jacinthe LaForest, and the late J. Henri Gaudet, we are regularly blessed with new and exciting publications. I thank them for their work and encourage them to continue to publish their research.

Sad to say, I have relatives and friends who mock the Acadian flag and shun their Acadian heritage as an embarrassment. I take pride in the fact that as a people we have a national flag, a national anthem, a national day. I take my young son with me to places such as the Acadian Museum, and the Centre J.-Henri-Blanchard. He looks up to me with his big brown eyes : «This is the Acadian place, dad?», he asks. He watches for flags and can identify our Canadian flag, the Summerside Flag, the Prince Edward Island flag, and our Acadian Flag. One day I bought one of those tricolor ties at the Acadian Museum. When I got it home, he claimed it as his own; it is his Acadian tie. I hope and pray he and our children throughout all the land will be proud of their Acadian heritage as I am.

As I continued my research, I was not and still am not satisfied with only knowing names and dates of my ancestors. I need to know more. I need to know how they lived, what they ate, what kind of clothes they wore, what they did for a living, etc. Were they farmers or fishermen? Did they have a trade? Were they merchants, or did they earn their wages working for someone else? Was their house a log home or a framed building? Did they have glass windows? Did they love lobster as a food or use it only as fertilizer? Did they eat biscuits or bannock? Did they love râpure as much as I do? Were they military men? Or were they opposed to war and fighting? Were they active in their religion? Or just going through the motions? Were their children their pride and joy? What was la Mi-Carême, or la Chandeleur? Did they have the same feelings I have, about the birth of a child, the death of a loved one? Do I have their nose shape, their eye or hair colour? How tall were they? Were they as passionate about where they lived as I am? I know some of these questions will never be answered, until I can ask them for myself in the next life. But I never tire of looking for the answers here and now.

There was a popular beer commercial a few months back, a young man extolling the virtues of being Canadian. I sometimes feel like that, but rather as an Acadian! We are not Québécois; our national day is August 15th, not June 24th. Our flag is the French Tricolor with the golden star in the blue representing our national patron saint, Our Lady of the Assumption. I personally do not speak French, but Acadians the world over speak many different languages, for we are a people without a homeland, banished in the 1750’s and dispersed all over the world.

We Island Acadians are the lucky ones, for we still occupy some of the lands where our ancestors first came. Many left for only a few years, some not at all, with proud names such as Arsenault, Poirier, Gallant, Gaudet, Bernard, Caissie, DesRoches and a couple of a dozen more. At one time I thought that Canadian history was boring, not at all like our neighbours to the south. But my studies of the pioneers of the Acadian parishes of Prince County have brought to life the exciting times they lived in. Hard times. happy times, sad times, good times. Many others and I are their legacy. The DNA in their bodies will match ours.

I remember reading somewhere about a young man who had a dream about going to heaven where he met his grandfather. They had so much to talk about, but all that the old man would ask was : «What have you done with my name?» Finally the young man answered, that he had done nothing that his grandfather would be ashamed of, that he was proud to bear the name of his grandfather and he would make him proud also. The grandfather thanked him and walked away. And the young man woke up, back in the world. We need to be proud of our ancestors. They lived and died in a harsh environment different from ours, so that we might have a better life, that we might enjoy freedom, in a great country. There are hundreds of thousands of Acadians throughout North America, from the Gulf of Mexico to Nunavut, from the Pacific Ocean to right here at home on the Atlantic coast. There are Acadians in France, and England, Spain and Italy, indeed all over the world. We are all cousins, related through the centuries.

With my interest came a desire to record on paper events from my grandparents’ lives. I rewrote a short biography an aunt had previously written on my paternal grandparents, had it printed and now make it available for aunts and uncles and cousins to have. It was so well received that I went back another generation, and then another. I have now started to do the same for my maternal grandparents. With the advent of computers I began entering my lineage into a database, in time it expanded to include brothers and sisters of my ancestors and their children. It now has almost 23,0003 names in it. Almost totally Acadian and mostly from the Prince County area of Prince Edward Island.

I really want to thank the people who are responsible for my being here in Miscouche today at this forum on «Acadian history and genealogy». First, an interesting lady from Maryland, Lucie Consentino, who has a very large and fantastic website on Acadia (www.acadian-home.org). She asked me via the Internet to write an article on Island Acadians for her Internet newsletter. Because of that article, Georges Arsenault contacted me and through emails, he asked me to participate here today. A couple of weeks ago, I met them both here at the museum. So I also wish to thank him for the opportunity to express my ideas in a public forum. Lastly, I would like to thank the members of the Sister Antoinette DesRoches Historical Committee. I think Sister Antoinette would have been very happy with what you are accomplishing here. I found the topics and articles regarding the forum last spring very interesting and informative, and this forum is the same. My paternal grandfather John B. Perry and Sister Antoinette were first cousins. Sister Antoinette told me many things about my grandfather and his family, which I had not known. She was a great woman and an Acadian patriot. I am not sure she would have approved of the name of the committee though, for she was a very humble servant of the Lord. But she is not here, physically, only in spirit, and I think it is very fitting that you would honor her memory by using her name in the committee’s designation.

I would like to close now with a quote that I find very suitable. It is from Antonine Maillet’s classic novel Pélagie-La-Charrette. The sea captain Beausoleil counsels Celina:

From here on it’s in the future one must look for roots.

And it’s my thinking that to count them all will need

lengthy journeyings far north and far south.

 

1        Talk delivered at the second «Forum on Acadian History and Heritage»
held at the Acadian Museum in Miscouche on November 4th, 2000 and
sponsored by the Comité historique Soeur-Antoinette-DesRoches.

La rédaction : cet article est le 2e sous la rubrique touchant à l’identité et
à la nationalité acadiennes :  voir Gordon Lavoie, Réflexion sur notre identité
acadienne, La Petite Souvenance, no 17,  p. 37.)

2          Georges Arsenault, Complaintes acadiennes de l’Île-du-Prince-Édouard, Les
Éditions Leméac, Ottawa, 1980.

3          Now in 2004, there are over 30,000 names in the database.

 

The Saint-Philippe-et-Saint-Jacques Cemetery (Baie-Egmont), an example of a parish cemetery where one finds much precious information for genealogical research. (Photos : archives James Perry)

Le Soir des tours

1986 par Père Emmanuel Gallant

Père Emmanuel Gallant, c.j.m.

 

Au début de notre siècle, le soir précédent la Fête de la Toussaint était toujours appelé “le soir des tours”, à Mont-Carmel, et dans pratiquement toutes les paroisses acadiennes des Provinces Maritimes, selon une enquête menée auprès de plusieurs confrères acadiens.  Quant à moi, je n’ai entendu le mot écossais Hallowe’en que pendant ma première année au collège de Bathurst, N.-B.

Il faut dire aussi que le caractère de cette soirée a beaucoup évolué.

Au début, les tours joués étaient absolument inoffensifs et accomplis par des jeunes de 18 à 25 ans.  Ils avaient lieu tard dans la soirée.

Vers le milieu de notre siècle, ce sont les élèves de 7 à 11 ans qui, immédiatement après la classe, se mettaient des masques et s’habillaient un peu comme à la mi-carême; puis ils passaient les maisons pour la Hallowe’en.  Il fallait essayer de deviner leur nom.  Comme curé de Chéticamp et à Saulnierville, en Nouvelle Écosse, je devais faire toute une provision de bonbons, de pommes et d’oranges afin de mettre quelque chose dans le sac de chacun, et alors on enlevait son masque.  Malheureusement, certaines personnes qui n’aimaient pas être dérangées, ont eu la méchanceté de placer des lames de rasoir ou des épingles dans des pommes, et ainsi plusieurs enfants ont été blessés.  Actuellement, dans beaucoup de paroisses, les parents permettent à leurs enfants d’aller seulement dans certaines maisons où l’on connaît bien les gens et où on est assuré d’un bon accueil.

Récemment, dans certains milieux, des jeunes d’une vingtaine d’années ont recommencé à jouer des tours dans la soirée; mais ce ne sont plus des tours inoffensifs comme autrefois.  Sous prétexte que c’est le soir de la “Hallowe’en”, on brûle des maisons encore assez bonnes mais inoccupées.  Parfois on brûle des granges remplies de fois.  Il y a là des manifestations de mauvais esprit.

Permettez-moi de raconter ici quelques tours joués vers les années 1920.

Comme la Toussaint était alors une fête d’obligation, la messe avait lieu à la même heure que celle du dimanche.  Or, à Mont-Carmel, ce matin là, un homme d’une soixantaine d’années s’en va atteler son cheval à sa voiture à quatre roues; mais lorsqu’il monte dans la voiture avec sa femme, il constate que les deux grandes roues de derrière avaient été placées en avant alors que les petites roues de devant étaient en arrière.  Or, comme les grandes roues ont environ quinze pouces de plus de diamètre, cela changeait la position du siège à tel point que les voyageurs étaient pratiquement couchés.  L’homme regarda sa montre et constata qu’il avait juste le temps d’arriver à l’église pour le début de la messe.  Comme son banc à l’église était l’un des premiers en avant, et que changer les quatre roues lui aurait pris au moins vingt minutes, il préféra aller à l’église comme cela plutôt que de manquer la messe ou d’arriver en retard et d’être remarqué par les paroissiens.  Il vérifia cependant si les écrous étaient bien serrés.

Au sortir de l’église, tout le monde riait de voir cet homme et cette femme en quelque sorte couchés dans leur voiture; mais lui, tout en riant du tour qu’on lui avait joué, déclara qu’il avait préféré venir à l’église comme cela plutôt que d’arriver en retard.  C’est alors que tout le monde le félicita et l’admira.

Une année, le matin de la Toussaint, l’un de mes frères constata que notre tombereau qu’on appelait ordinairement “charrette” était disparu.  Il en parla à mon père, mais on n’avait pas le temps, avant la messe, de chercher où il était.  En sortant de l’église, mon père apprit que notre tombereau était au ruisseau sur le chemin entre le Magasin Coopératif actuel de Mont-Carmel et le village de Saint Timothée; donc à un bon demi-mille de la maison.  Après le dîner, mon père demanda à mon frère Ben d’aller chercher le tombereau avec un cheval.  Malheureusement, on avait reculé les roues dans le ruisseau, et comme il avait fait très froid la nuit précédente, il s’était formé une glace assez épaisse.  Lorsque le cheval recula entre les deux menoires, ses pattes de derrière défoncèrent la glace avec beaucoup de bruit, ce qui énerva le cheval qui avança avant qu’on eut le temps de l’atteler au tombereau.  Mon frère essaya de nouveau de le faire reculer, mais impossible.  Alors, il se vit dans l’obligation d’aller demander du secours aux maisons voisines.  Quelques hommes et jeunes gens sont venus l’aider.  Malheureusement, l’un des jeunes gens glissa et tomba dans l’eau glacée jusqu’aux genoux.  En arrivant à la maison son père lui dit: “Tu es puni par où tu as péché:  si tu avais laissé le tombereau à Jim Sylvain à sa place, tu ne serais pas mouillé”.

Mais le meilleur tour, à mon avis, me fut raconté alors que j’avais à peu près dix ans.  Il fut joué à un homme qui possédait une assez grosse porcherie.

Plusieurs jeunes gens sont venus à la porcherie assez tard le soir avec des lumières de poche.  Ils ont pris un porc de 5 ou 6 mois, l’ont habillé avec chemise, cravate, pantalon, veston, chapeau, lui ont grimé une paire de lunettes, puis ils l’ont assis dans un coin du compartiment en l’attachant bien au poteau qui était en arrière.  Ils lui ont mis un baril vide en métal, d’environ dix gallons entre les pattes de derrière qu’ils ont attachées au baril avec des cordes.  Aux pattes de devant, ils ont attaché des tiges de métal avec des cordes, puis avec d’autres cordes, ils se sont organisés de telle sorte que le porc ne pouvait ni toucher son chapeau ni mouvoir ses pattes de devant vers la droite ni vers la gauche.  Tout ce qu’il pouvait faire, c’était de lever de 4 ou 5 pouces les deux pattes en ligne droite vers le haut et de les abattre sur le baril.

Le matin de la Toussaint, quand le propriétaire arriva à la porte de sa porcherie, il entendit tout un vacarme de tamtam.  Il entra aussitôt et vit notre jeune artiste, tout énervé, jouer du tambour alors que les autres porcs courraient comme de vrais petits diables.  Le propriétaire alla chercher sa femme et ses enfants pour voir et entendre un tel spectacle.  Toute la famille riait de bon coeur.  C’est dommage qu’on n’avait pas de caméra pour prendre une photo de ce spectacle…

En général, les gens auxquels on jouait des tours acceptaient très bien cela, et même en riaient.  Cependant il y avait quelques exceptions.  Comme arguments, certaines personnes âgées disaient que des curés avaient défendu ces tours, car cela avait été inventé par des Protestants écossais pour rire de nos Saints et de nos Saintes.  Je n’ai jamais cru que des curés avaient déjà fait de telles interdictions…

Les maisons des pionniers

1986 par François-F Arsenault

François F. Arsenault

 

Une entrevue réalisée le 17 octobre 1980 par Georges Arsenault auprès de M. François F. Arsenault, d’Urbainville, âgé de 82 ans.  L’enregistrement (No 1351) fait partie de la collection de l’interviewer laquelle est déposée au Centre d’Études acadiennes de l’Université de Moncton.

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- Vous m’avez déjà parlé que votre père, votre grand-père vous contait comment les premières maisons avaient été bâties par ici.  Comme c’était fait ces maisons-là?

- Bien, ils coupiont du bois à peu près de cette grosseur-là:  six pouces au petit bout et peut-être huit pouces au gros bout.  Il y avait du bois en masse.  Puis ils mettiont ça un sur l’autre.  C’était pas scié ça.  C’était pris dans le coin, ce qu’ils appeliont duff-tail (dove-tail); c’était une mortaise que quand tu mettais deux morceaux dans un, c’était pris sur deux sens.  Les deux fitiont là puis c’étais pris, absolument, toutes un par-dessus l’autre.  Une fois qu’ils étiont rendu à une certaine hauteur, ils preniont des petites lices puis ils les mettiont une au ras l’autre pour leur couverture et puis ils mettiont du machecoui, (il y avait des gros arbres dans ce temps-là) ah! du machecoui large comme la table et plus, puis ils couvriont ça avec du machecoui.  Ils mettiont des branches de prusse de là-dessus, un bon lit de branches de prusse, ils mettiont de la merde de vache pour tiendre toute ça à sa place, puis ça tenait là.  Ah! je veux pas dire que ça dégouttait pas quand qu’il mouillait fort.  C’était ça leur maison.  Ça c’est les premières de toutes.

- Avez-vous dit que pour le bardeau sur la couverture c’était du machecoui ou bien de l’haricot?

- Sur la couverture c’était du machecoui (les premières de toutes), des branches là-dessus pis de la merde de vache.  Mais après ça, pas longtemps après qu’ils avont été ici, ils avont commencé à se bâtir des maisons et puis ils sciiont le bois – il y avait une scierie ici en bas au ruisseau – ils sciiont le bois, les billots.  Il y avait des billots en masse et puis il y avait du monde en masse aux maisons; il y avait trois ou quatre gros hommes à toutes les maisons.  Ils sciiont ça.  Ils appeliont ça une chase.  Il y avait une grosse grosse scie puis il y en avait un qu’était en haut puis la chase faisant ça, comme ça, (elle était placée debout) puis quand elle venait ici, celui-là d’en bas halait dessus et celui d’en haut pesait dessus puis ça sciait.  Le saw dust tombait sur l’autre en bas.  Toute la journée ils sciiont des planches comme ça.

- Le bardeau, mon père m’a dit qu’ils le faisiont à la hache.  Ils preniont une belle bloque de sapin (ça se fend bien le sapin, il y a pas de noque en toute), ils le fendiont en épaisseur de planche puis là ils aviont un couteau à deux manches puis ils l’appointissiont d’un boute.  C’est le premier bardeau ça qu’ils avont usé.

- Les premiers chassis sur les maisons, comment c’était organisé ça?

 - Une de ces pièces de bois-là (c’était toute fait avec des pièces, de sept pouces de gros), ils en coupiont une à peu près trois pieds de long, ils la sciiont puis ils mettiont une cheville de bois au mitant.  Puis là, quand ils fessiont d’un bout, ça virait en travers puis ça donnait de la clairté. Ça donnait de l’air puis ça donnait de la clairté.  Puis quand ils fessiont ça, ça revenait à sa place.  C’était pris avec une cheville de bois.  C’était leurs premiers chassis, ça.

- Parce que la vitre, je crois bien que c’était rare.

- Il y avait pas de vitres dans ce temps-là.  En ce temps-là il y avait seulement en Angleterre qu’ils faisiont de la vitre.  Ils la faisont au Canada, asteur.

- Et puis en-dedans, ils faisaient une maçoune?

- En-dedans ils faisiont une maçoune avec de la roche.  Et puis ils faisiont cuire du pain puis ils faisiont bouillir de l’eau.  Ils faisiont une maçoune plus grande que notre poêle, avec des roches de côte, des belles roches de côte, les unes par-dessus les autres.  Ils mettiont du mortier dans ça.  Ils faisiont le feu dans un bout puis la cendre ils la poussiont par ici à mesure.  Ils teniont tout le temps ça d’épais de cendre sur cette macoune-là.  Quand ils faisiont cuire du pain (j’ai pas vu ça moi, je l’ai entendu dire) un peu proche du feu, ils faisiont un trou dans la cendre, ils mettiont leur poêle (mais c’était une poêle qu’avait un couvert par exemple) ils mettiont leur pain là et puis ils haliont la cendre dessus puis ça cuisait le pain, ça.  La chaleur du feu qu’était tout proche ça cuisait le pain.

- Puis la place dans la maison?

- La place, c’était des petites lices grosses de-même, puis ils aviont ce qu’ils appeliont un’herminette.  C’était un manche puis un couteau pareil comme une tranche, puis ils emportiont le dessus de la lice.  Il restait des petites fentes chaque bord mais le dessus de la lice ça marchait bien là-dessus.  C’était ça leurs places.  Ça c’est les premières de toutes.

- Et c’était divisé en-dedans ces maisons-là?

- Non.  Ah! c’était pas assez haut pour diviser, puis c’était pas assez grand non plus.

- Et après, ils sont venus qu’ils avont bâti avec de la planche.

- Après ça, ils avont venus qu’ils avont bâti avec de la planche.  Ça c’est la première maison ici.  Elle a été bâti après les log houses.  Après les log houses, ils avont bâti celle-ci.  Mon père avait huit ans – ils ont dit qu’il avait huit ans quand qu’il a rentré dans cette maison-ci (vers 1870).

- Ça fait qu’avant qu’ils avont bâti cette maison ici, leur maison était pièce-sur-pièce.

- Pièce-sur-pièce.  Ça c’est la famille à Cyprien qu’a mouvé ici, et puis ses enfants c’était mon grand-père Avis, mon oncle Prospère, mon oncle Tom.  Et ce Cyprien-là, avec ses garçons, ont bâti celle-là à mon oncle Prospère, ils avont bâti celle-là à mon oncle Tom.  Le vieux Frank à Urbain était ensuite et puis à Abram’s Village, une couple (de maisons) qu’ont venu en même temps, à peu près en même temps.  Une couple dans Saint-Chrysostome – en même temps.

Puis quand ils les avont chassé ici (les Anglais, vers 1812) ils avont rentré ici avec rien, rien en toute, pas une souche d’arrachée! une petite route qu’ils s’avont fait de Miscouche à ici.  Eux fermiont là, ils aviont des vaches, ils fermiont.  Tu sais.  Tu sais la chance qu’ils avont.  Aujourd’hui c’est-il meilleur dans Sixteen (Lot 16, chez les Anglais) que c’est ici?  Je sais pas.

Chez nous à Mont-Carmel

1986 par Clara Gallant

Clara Gallant

 

Je suis née dans une famille de quatorze enfants.  De plus ma mère a eu quelques pertes.  Elle était toujours enceinte.  Elle nourrissait tous ses bébés, c’était un moyen de ne pas tomber enceinte avant quelques mois.  Il y avait effectivement de 15 mois à 2 ans entre chaque bébé.  Ma mère sortait rarement.  Une de ses sorties était à la fête des Rois.  À cette occasion tout le monde amenait les enfants à l’église pour les faire bénir par le bon Père Pierre-Paul Arsenault.  Il donnait une image sainte à chaque enfant.

Ma mère ne manquait pas non plus la grande procession à la Fête-Dieu.  C’était une si belle procession avec des beaux reposoirs bien préparés la veille.  Quatre hommes, souvent les marguilliers, portaient le dais sous lequel le Père Arsenault portait le saint sacrement.  Père Arsenault demandait aux enfants de cueillir des fleurs qu’on mettait dans deux paniers.  Deux jeunes filles coiffées de voiles blancs parsemaient ces fleurs devant le dais avant que le Bon Dieu passe.  Le choeur de chant était toujours bien préparé.

À l’automne, le Père Arsenault passait les maisons pour ramasser de chaque famille une paire de bas de laine et une poule qu’il vendait pour faire de l’argent pour payer son église.  Les hommes lui donnaient un boisseau de grain.

Afin de faire vivre sa grande famille, mon père faisait la pêche au hareng et au homard, et il essayait de cultiver sa terre basse et vaseuse.  On avait sur notre petite ferme deux chevaux, deux vaches, un ou deux cochons et des poules.  On était assez pauvre.  À Noël, saint Nicolas n’était pas riche lui non plus.  Il nous amenait quelques bonbons et une pomme.  On fabriquait nos propres poupée avec du coton usagé.  Deux boutons représentaient les yeux.  J’ai reçu ma première poupée achetée au magasin de ma tante Marie-Rose Poirier lorsque j’avais 11 ans.  Elle me l’a donnée lorsque j’étais à l’hôpital souffrant des fièvres typhoïdes.  Pour s’amuser, on se faisait aussi des petites roues munies d’un bâton.  La roue était une taille de bouleau sur laquelle le bâton était attaché avec un clou.

L’hiver on avait bien du plaisir à se faire glisser sur la glace dans les champs.  À l’arrière d’une petite traîne on attachait deux poteaux entre lesquels on fixait un sac à patate qui servait de voile.  On s’assoyait dans la traîne et le vent nous poussait.  Parfois, quand on était assez nombreux pour la pousser, on prenait même une grosse traîne à bois pour se faire glisser.

À l’automne on faisait un frolic pour remplir la vieille cuisine d’été de bois, pour nous chauffer l’hiver.  Qu’il faisait donc froid dans la maison les matins d’hiver, mais les enfants n’étaient pas plus malades qu’ils ne le sont de nos jours.

Je me souviens de nos bons voisins, M. et Mme Bruno Cormier.  On les a amenés à la messe de minuit une année (vers 1937).  Ils ont entré à la maison pour voir notre arbre de Noël car ils n’en avaient jamais vu.  Avant de mourir, Monsieur Cormier a demandé pardon à tous ses voisins, même aux enfants qui allaient le visiter.

Vers l’âge de 13, 14 ou 15 ans, les filles quittaient souvent l’école pour aller travailler comme servante chez les Anglais de Summerside pour $12 à $15 par mois.  Ils nous logeaient et nourrissaient en plus.  J’ai moi-même travaillé comme servante pendant dix ans.  La première famille où j’ai travaillé, il fallait que je trais la vache le soir et le matin pour 50¢ par semaine.  De plus on me payait $12 par mois.  On allait aussi travailler à la “facterie” à homard pendant la saison de pêche.

Lorsque j’avais 18 ans, l’hôpital de Summerside cherchait une française intéressée à étudier pour devenir garde-malade.  André LeClair qui enseignait à l’école de Mont-Carmel est venu me voir chez mes parents pour me demander si j’étais intéressée.  Je suis allée à Summerside avec le docteur Delaney voir la supérieure de l’hôpital et le président, Harry Holman.  Ils ne m’ont pas acceptée car j’avais seulement une 8e année d’école alors qu’ils exigeaient une 10e année ou une année de collège.  J’ai été bien désappointée car ç’avait toujours été mon rêve de devenir garde-malade.

Le 28 juillet 1936, je me suis mariée à Tilmon Gallant.  On a toujours demeuré à Mont-Carmel dans le district de Saint-Timothée sur la ferme ancestrale.  Tilmon est la cinquième génération à exploiter cette ferme (Tilmon à Benoît à Firmin à Grégoire à Pierre Gallant).  Nous avons élevé cinq enfants, soit trois garçons et deux filles.

La Vénération des gens à l’égard des prêtres

1985 par Père Emmanuel Gallant

Père Emmanuel Gallant, c.j.m.

 

Même si je ne suis pas encore très âgé, il y a des souvenirs de ma jeunesse que je n’oublierai jamais; et l’un d’entre eux est la vénération de nos gens à l’égard des prêtres.  Le prêtre était vraiment reconnu comme l’envoyé de Dieu pour les instruire sur ce qui regardait leur salut, car il faut bien l’admettre, une assez grande proportion d’entre eux ne savait ni lire ni écrire.  Or, comme dit l’Écriture Sainte:  “la foi vient de l’audition de la Parole de Dieu”, l’homélie du curé, qu’on appelait ordinairement “le sermon”, était très suivie.  Tout le monde y était attentif.

À Mont-Carmel, nous avons été vraiment favorisés.  Nous avons eu de très bons prêtres; mais je crois que c’est le Père Pierre P. Arsenault, natif de Tignish, qui a laissé le plus beau des souvenirs.  C’était un homme d’une grande intelligence, un véritable organisateur et qui était aimé de tous, même des protestants qu’il se permettait assez souvent de taquiner.  Par exemple, un jour, un protestant lui demanda ce que voulait dire “P.P.” qu’on plaçait ordinairement avant son nom.  Il répondit avec humour:  “Protestant persecutor”.

Ce prêtre avait le don particulier de rendre l’Évangile si simple et si pratique par des exemples qu’on se rappelait longtemps ses sermons.  Je me rappelle très bien un passage de l’un de ses sermons alors que je n’avais que douze ans.  “Je suis envoyé par Dieu dans cette paroisse, nous disait-il, pour vous prêcher l’Évangile et vous rappeler les commandements de Dieu et de l’Église.  Je représente le Christ auprès de vous; mais n’oubliez pas que je ne suis qu’un homme avec mes faiblesses et mes défauts, alors que le Christ, Lui, était Dieu.  Il n’avait aucun défaut.  Alors si je n’imite pas toujours le Christ, si je manque parfois à la charité, c’est souvent à cause de mon caractère.  C’est pourquoi je vous demande de faire ce que je vous dis de faire; mais de ne pas toujours faire ce que parfois je fais moi-même à cause de mes faiblesses.”  J’étais resté dans l’admiration en entendant un tel acte d’humilité devant tous les paroissiens.

En général, les gens pardonnaient facilement aux prêtres ses petits défauts, surtout s’ils remarquaient qu’ils étaient vraiment aimés par l’Envoyé de Dieu.  Cependant ils savaient très bien distinguer quand un prêtre exagérait ou se montrait trop sévère.  Dieu leur avait donné un bon jugement et une conscience éclairée en ce qui regardait la morale.

Un automne, le curé avait fait venir deux prédicateurs pour une retraite paroissiale.  Malheureusement, au lieu de parler de la bonté et de la miséricorde de Dieu, toute la retraite avait porté sur le péché et l’enfer.  Les prédicateurs avaient condamné la danse comme quelque chose d’épouvantable, disant que ceux et celles qui avaient permis ces danses dans leur maison pourraient se voir refuser l’absolution.  Une dizaine de femmes furent vraiment troublées dans leur conscience.  Tout le monde parlait de cela, et je me rappelle les réflexions de mon père à ce sujet: “Le Saint Roi David a bien dansé devant l’Arche d’alliance”, et il ajoutait:  “Quant à moi, je ne fais certainement pas de mal dans ces danses carrées ou quadrille, car la seule chose à laquelle je pense, c’est de ne pas me tromper.”  Plusieurs hommes sont allés voir le curé qui était alors le Père Théodore Gallant, natif de Baie-Egmont.  Le dimanche suivant, le curé annonça en chaire:  “À l’occasion de certaines noces j’ai vu moi-même les danses qui ont lieu dans la paroisse, et comme prêtre, je ne vois aucun mal dans ces danses.  C’est un moyen pour vous d’exprimer votre joie, et vous divertir.  Alors vous pouvez continuer à danser comme cela.”

Je me rappelle aussi un fait qui s’est passé à Baie-Egmont alors que le curé était d’une sévérité exagérée au sujet des vêtements chez les hommes comme chez les femmes.  Il défendait aux femmes de se faire couper les cheveux.  Les robes des femmes devaient descendre jusqu’à trois ou quatre pouces au-dessus du talon, couvrir tout le bras jusqu’au poignet et n’avoir aucun décoltage au cou.  Or, il arriva qu’une jeune dame, parce qu’elle perdait tous ses cheveux, reçut le conseil de se faire couper les cheveux afin de leur donner plus de force.  Un jour, comme elle devait marcher plus de deux milles pour aller visiter une malade, elle mit une robe dont les manches terminaient au coudre.  Malheureusement, le curé, qui venait juste de s’acheter une belle automobile, une MacCauklin-Buick, s’il vous plaît, passa devant elle, et s’arrêta.  Il commença aussitôt à réprimander la dame d’une manière vraiment insolente.  Il termina par ces mots:  “Pensez-vous que la Sainte Vierge aurait manqué de pudeur comme cela en se promenant dans le chemin comme vous le faîtes?”  La femme perdit alors le contrôle d’elle-même, et s’adressant à son insulteur, elle dit:  “Monsieur le Curé, pensez-vous que Saint Joseph se serait promené dans le chemin avec une grosse automobile comme la vôtre?”  Le curé partit aussitôt sans dire un mot.

Un jour, racontait souvent mon père, de la maison paternelle, on vit passer quelqu’un en traîneau.  On ne reconnut ni le voyageur ni le cheval.  Alors chacun disait que c’était telle ou telle personne.  Quelques minutes plus tard, un voisin arriva à la maison.  On lui demanda qui était celui qu’il venait de rencontrer.  “Mais, dit-il, c’est le Père Boudreault de Baie-Egmont.”  Il y avait à la maison une vieille tante qui s’écria:  “Ah, ma tante savait bien que ce n’était pas du monde, mais un prêtre.”

J’ai souvent réfléchi à ces paroles de ma grande tante.  Cela montre bien qu’elle ne plaçait pas les prêtres sur le même pied que les autres hommes.  Je crois qu’elle avait bien compris le vrai sens des paroles de Notre Seigneur en parlant de ses apôtres à son Père:  “Ils ne sont pas du monde” (Jean 17, 14) que certaines éditions récentes, pour que ce soit encore plus claire, traduisent par “ils n’appartiennent pas au monde”, (c’est-à-dire, à ce monde).

 

(Le Père Gallant, originaire de Mont-Carmel, est retraité.  Il demeure présentement à Charlesbourg, Québec.)

La Société des Dames du Sanctuaire

1985 par Georges Arsenault

par Georges Arsenault

 

La Société des Dames du Sanctuaire est une association catholique et acadienne qui oeuvre seulement dans les paroisses de Baie-Egmont et de Mont-Carmel.  En 1984, elle comptait 165 membres regroupés en dix succursales.  Comme le suggère son vocable, le but initial de la Société était d’assurer l’entretien du sanctuaire et de l’autel de l’église paroissiale.  Toutefois, cette Société, qui ne s’est jamais donnée de statuts, a bientôt élargi son rôle et multiplié ses activités.  Effectivement elle a pendant longtemps beaucoup contribué à l’entretien et à l’ameublement des écoles, elle a oeuvré dans le domaine de l’éducation chrétienne et familiale, elle a travaillé au développement communautaire et elle a souvent agi comme organisme de charité.

Il est difficile d’établir très précisément la date de fondation des Dames du Sanctuaire car les documents font malheureusement défaut.  De plus, l’organisation de la Société, telle qu’elle existe de nos jours, s’est faite non pas à une seule date mais sur l’espace de plusieurs années.

En se baisant sur les rapports annuels de la paroisse de Baie-Egmont, fournis au bureau du Diocèse de Charlottetown, on pourrait fixer la fondation de la Société à 1930 ou 1931.  Effectivement c’est dans le rapport de 1931 que l’organisme est mentionné pour la première fois.  Elle compte alors 80 membres.  Malheureusement, le rapport pour 1930 n’existe pas dans les archives diocésaines et la Société des Dames du Sanctuaire n’est pas nommée dans les rapports précédents.  En 1936, la Société comptent 225 membres.1

Il semble qu’au tout début ce regroupement féminin existait comme une organisation paroissiale sans succursale.  Elle aurait été mise sur pied à l’instigation du curé, le Père F.-X. Gallant, qui voulait que les paroissiennes s’intéressent davantage à l’entretien du sanctuaire.  Ainsi, dès le début, les Dames du Sanctuaire se chargent d’acheter et de laver le linge d’autel, d’acheter des ornements et des fleurs et elles voient à la propreté du sanctuaire et de la sacristie.  Afin d’assurer un service continu et efficace, la Société embauche une sacristine.  Les Dames s’occupent aussi d’acheter des articles pour le presbytère et la salle paroissiale, aident à préparer la procession de la Fête-Dieu, coordonnent l’organisation des soupers lors des pique-niques paroissiaux et organisent le grand nettoyage de l’église.  Pour se financer, elles organisent des activités lucratives telles que des bingos, des jeux de whists et des séances de variétés.

La Société des Dames du Sanctuaire prend un nouveau tournant en 1936 lorsque, à la demande du Père F.-X. Gallant, au moins un groupe du Women’s Institute de la paroisse de Baie-Egmont se transforme en “Dames du Sanctuaire”.  Depuis un certain nombre d’années, le Women’s Institute – organisme introduit dans l’Île en 1913 sous les auspices du ministère de l’Agriculture – était assez bien établi dans les divers districts scolaires de la paroisse.  En effet, en 1936, il existait exactement sept succursales à Baie-Egmont.  La paroisse de Mont-Carmel en avait trois.3 Il s’agit du premier mouvement féminin communautaire à être organisé dans ces deux paroisses acadiennes.  Sous la devise, “Pour le foyer et le pays”, l’institut cherchait à seconder les femmes dans leur travail au foyer mais aussi à les mener à s’impliquer dans le développement communautaire.  Leurs principales activités consistaient donc à aider à l’ameublement et à l’enretien de l’école, à visiter les malades et à contribuer aux oeuvres de charité, telle la Croix-Rouge.  L’organisation était non-confessionnelle mais elle n’empêchait pas ses membres à contribuer à l’entretien de l’église de la communauté.

Quoi qu’il en soit, certaines personnes, dont plusieurs curés, voyaient dans le Women’s Institute un organisme plutôt protestant et, comme le Père F.-X. Gallant de Baie-Egmont, les curés de plusieurs paroisses catholiques ont, à un moment donné, incité leurs paroissiennes à se rencontrer en un mouvement féminin catholique où l’étude de la religion catholique trouverait sa place.  Au cours des années 30, on faisait des efforts dans le diocèse de Charlottetown dans le domaine de l’Action catholique.  Cela consistait à faire participer les laïcs dans la diffusion de la “Bonne Nouvelle”, donc dans l’étude et l’enseignement du catéchisme.  C’était aussi une période d’une certaine ferveur religieuse.  On n’a qu’à se rappeler les grands Congrès eucharistiques dont celui tenu à Baie-Egmont en 1936.

Selon l’état de nos recherches, ce serait le groupe du Women’s Institute d’Abram-Village qui se serait le premier transformé en Dames du Sanctuaire.  La première mention de l’existence de cette “succursale” que nous ayions pu trouver est le compte rendu d’une réunion tenue le 9 décembre 1936.  Ce rapport fut publié dans L’Évangéline3 qui, à l’époque, publiait régulièrement des nouvelles du village et de quelques autres communautés acadiennes de l’Île.  La rencontre avait lieu chez Mme Philibert-F. Arsenault où quatorze membres étaient présents.

Il appert que pendant quelques années Abram-Village fut le seul district à avoir une succursale des Dames du Sanctuaire.  Du moins c’est la seule succursale qui envoie de ses nouvelles à L’Évangéline entre 1936 et 1939.  Mais en 1939, de nouvelles succursales apparaîssent.  Effectivement, au début janvier on annonce dans L’Évangéline la formation d’une succursale des Dames du Sanctuaire à Saint-Chrysostome :

C’est avec plaisir que les dames de St-Chrysostome annoncent leur enrôlement dans la société des Dames du Sanctuaire.  Leur première assemblée eut lieu chez Mme Veuve Azade Arsenault.  Onze membres et quatre visiteuses étaient présentes.  La prière d’ouverture fut récitée par la maîtresse de la maison.  Mme Veuve Azade Arsenault agissait comme présidente et Mme Étienne Arsenault comme secrétaire.4

Au cours de la même année, on publie dans L’Évangéline des rapports de réunions des Dames du Sanctuaire tenues à Urbainville et à Saint-Raphaël.  Ce n’était pas tous les districts des paroisses de Mont-Carmel et de Baie-Egmont qui envoyaient de leurs nouvelles à L’Évangéline.  Il est donc possible que d’autres succursales aient été fondées vers 1939 sans que le journal acadien en fasse mention.  Une étude du Journal-Pioneer pourrait peut-être nous renseigner davantage.

Les réunions et les activités des succursales des Dames du Sanctuaire ressemblent de très près celles du Women’s Institute.  Comme l’Institute, on a le comité de l’école et celui chargé des visites auprès des malades, et l’ordre du jour des réunions comprend toujours l’appel des noms, une lecture, le rapport des comités, un jeu et enfin un goûter et à l’occasion un bingo au profit de la Société.  Ce qui est différent de l’Institute, cependant, c’est que l’on discute beaucoup plus de religion.  L’appel des noms se fait parfois par une réponse de catéchisme, la lecture traite le plus souvent d’un thème religieux (par exemple:  La passion, le mois de la Sainte-Vierge, la Liturgie, Pour comprendre la messe) et on discute davantage de l’entretien de l’église et du presbytère de sa paroisse.  Ainsi chaque succursale contribue régulièrement une somme d’argent à cette fin.  Néanmoins, l’entretien de l’école du district, l’appui aux enseignants et la motivation des élèves demeure une priorité pour les Dames du Sanctuaire comme cela l’avait été avec le Women’s Institute.  On fait aussi la charité envers les familles pauvres, on tricote des bas pour les soldats durant la guerre et on fournit un linge à l’orphelinat diocésain.

Les “Conventions”

À chaque année, les succursales des Dames du Sanctuaire se réunissent en congrès pendant toute une journée.  À Baie-Egmont ces “conventions” sont organisées au moins à partir de 1940.  Elles servent en fait d’assemblées annuelles pour le comité paroissial.  D’après L’Évangéline, le congrès de 1940 s’est déroulé au mois d’août à la salle paroissiale.  Il y eut l’élection des officières, des petits “drames”, du chant, des lectures et des discours par les abbés F.-X. Gallant et Gavin Monaghan.5

Depuis 1950, les succursales des deux paroisses se rencontrent en congrès annuel.  Il n’y a donc plus d’élections à ces rencontres.  Les élections pour le comité paroissial de Baie-Egmont ont lieu à une autre occasion.  Quant aux dames de Mont-Carmel, elles ne possèdent pas de comité paroissial pour réunir les diverses “succursales” de la paroisse.  Quand vient le tour des dames de Mont-Carmel d’organiser le congrès annuel, elles se consultent simplement et sans trop de formalités se nomment un comité organisateur.

Comme les réunions mensuelles des succursales, les “conventions” des Dames du Sanctuaire ont été calquées sur celles des Women’s Institute.  Au programme il y a, entre autres, le rapport des succursales, des lectures, un conférencier, ou une conférencière, des discours, du chant, des saynètes et une loterie.  À la fin de la rencontre on adopte une série de résolutions.

En 1953, lors de la troisième convention regroupant les succursales des deux paroisses, la présidente, Mme Lucien (Marie-Louise) Arsenault, fit un discours dans lequel elle donna sa conception du rôle de son organisme.  Son discours, qui reflète bien la mentalité de l’époque, fut rapporté, en grandes lignes, dans L’Évangéline :

… Mme Lucien Arsenault … en termes choisis expliqua l’importance d’une telle réunion, puisque la Société a pour but de travailler à placer sur un niveau plus élevé la vie de la famille chrétienne.

D’abord, dit-elle, considérant le nom de la Société, demandons-nous si un nom si noble ne mérite pas un effort de notre part afin de faire disparaître de notre milieu tout ce qui pourrait causer du tort ou de la peine à nos semblables, et que si c’est le devoir d’un père de famille de pourvoir aux besoins temporels de ses enfants, c’est à la mère surtout de voir à ce que ceux qui reçoivent une éducation chrétienne et solide, non seulement dès leurs premières années d’études, mais aussi et surtout dans les études plus avancées, car Dieu sait si nous avons besoin de chefs afin de réussir à faire face à nos problèmes qui deviennent plus nombreux chaque jour.  Il est grand temps qu’il se fasse un réveil chez-nous au sujet de nos écoles et il faudrait tâcher d’inspirer à nos élèves le désir de s’instruire afin de travailler au relèvement du petit peuple acadien sur notre belle île, car c’est par l’éducation seulement que nous parviendrons à occuper un rang égal aux autres nationalités.6

La religion, la vie familiale, l’éducation et la langue française sont les principaux thèmes que les conférenciers, les curés et les dames abordent pendant les congrès.  Ainsi on donnera des explications à propos de la messe et on fera des exposés sur la formation chrétienne des enfants, la surveillance des enfants par leurs parents, la responsabilité des mamans au foyer, l’autorité parentale, la famille et la société moderne, les programmes de télévisions, l’art ménager, le Concile oecuménique, l’importance de l’éducation et le bon parler français.  En 1967, il y a pour la première fois une discussion en groupes où tous les congressistes ont l’occasion de discuter les questions suivantes :

1.  Quels moyens faut-il prendre, nous mères de famille, pour instruire nos enfants afin de diminuer les mariages mixtes?

2.  À quel âge les fréquentations devraient-elles commencer?

3.  Est-il mal, comme passe-temps, de tricoter ou de coudre pour sa famille le dimanche après avoir assisté à la messe?7

Enfin, pendant longtemps, les congrès se terminent par l’hymne national acadien, l’Avé Maris Stella.

Les quelques pages ci-dessus sont loin de constituer une histoire exhaustive de la Société des Dames du Sanctuaire.  Il ne s’agit que d’un aperçu.  Afin d’écrire une histoire plus complète, il faudrait faire beaucoup plus de recherches afin de dépister les anciens procès-verbaux et les comptes rendus publiés dans les journaux.  Il serait important également d’interviewer les membres fondatrices qui sont toujours parmi nous afin de recueillir leurs souvenirs.  Ce serait un excellent projet d’anniversaire pour les succursales qui célébreront leur 50e anniversaire dans les prochaines années.

La Société des Dames du Sanctuaire et le Women’s Institute sont des organismes qui ont beaucoup contribué à la vie sociale des paroisses de Baie-Egmont et de Mont-Carmel.  Pour bien comprendre l’évolution de la femme dans ces deux paroisses, il importe d’étudier attentivement ces deux mouvements.  Une lecture des rapports de leurs réunions et de leurs activités pourra nous éclairer énormément sur l’évolution des mentalités, voire sur l’évolution de la société.

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1.  “Annual Report of St-Jacques Egmont Bay Parish”, 1936.  Archives du Diocèse de Charlottetown.

2.  L’Évangéline, le 16 juillet 1936, p. 5.

3.  Ibid., le 23 décembre 1936.

4.  Ibid., le 19 janvier 1939.

5.  Ibid., le 15 août 1940.

6.  Ibid., le 13 août 1953.

7.  Procès-verbal de la Convention des Dames du Sanctuaire, le 5 juillet 1967.

Nous avons aussi consulté deux articles de Mme Emmanuel (Madeleine) Gallant : “Les Associations féminines”, Compte rendu.  La Convention Nationale Acadienne de l’Île-du-Prince-Édouard, 1951, pp. 60-62; “Les Dames du Sanctuaire à St-Philippe et St-Jacques”, Album-Souvenir, 150e anniversaire, Paroisse St-Philippe et St-Jacques, 1962, p. 64.

Nouvelles de l’empremier

1984 par Contribution anonyme

 

1871 – Exportation :  “On écrit à l’Île-du-Prince-Édouard que l’année dernière plus de 1,800,000 minots d’avoine ont été exportés en Europe, outre 300,000 minots aux États, faisant une valeur total de $750,000.  On exporte aussi des patates, mais la plus grande partie est convertie en porc, dont l’exportation s’est montée à $280,000 l’année dernière.  On y récolte aussi beaucoup d’orge, mais elle est presque tout consommée dans les brasseries qui sont en nombre de sept à Charlottetown et les environs.”  (Le Moniteur Acadien, le 16 juin 1871.)

 

1885 – Kildare Station (Saint-Louis) :  “On nous apprend de Kildare Station, Î.-P.-É., que le 29 mars M. Patrice Pitre et quelques amis ont tué un ours pesant 385 livres.  Il y en a d’autres, dit-on, dans le voisinage, et l’on se propose de leur faire bonne garde.”  (Le Moniteur Acadien, le 9 avril 1885.)

 

1887 – Fifteen Point (Mont-Carmel) :  “M. Amand Richard, de Fifteen Point, dont le Moniteur a enregistré les succès horticoles l’année dernière, est encore cette année à la tête des propriétaires de beaux jardins.  À la fin d’août on voyait dans son jardin un chou de 47 pouces d’un bout d’une feuille à l’autre; une citrouille de 40 pouces de circonférence; un navet de 25 pouces de longueur; une betterave de 18 1/2 pouces; un mangel-beet de 11 1/2 pouces; un oignon de 11 1/2 pouces; une cosse de fève de 11 1/2 pouces; et une tige d’avoine qui avait 65 pouces de hauteur.  M. Richard a l’intention de porter ces divers produits à l’exposition de Summerside, où le succès l’attend.”  (Le Moniteur Acadien, le 13 septembre 1887.)

 

1891 – Baie-Egmont :  “Mme Veuve Prospère Arsenault, d’Egmont Bay, soeur de l’hon. Jos. O. Arsenault, a eu l’infortune de passer au feu vendredi dernier.  Le gros vent qu’il faisait, éparpillait les étincelles d’un feu de terre neuve, à une distance de l’habitation, et c’est une de ces étincelles qui a mis le feu à la maison et à la grange.  On n’a eu que le temps de sauver un moulin à coudre et une voiture.  Tout le reste a été réduit en cendres.  Mme Arsenault a eu beaucoup de peine à arracher aux flammes sa vieille mère, âgée de près de cent ans, et en opérant ce sauvetage héroïque elle s’est brûlée la figure et les mains.  Il n’y avait pas d’assurance sur les bâtisses et les pertes de Mme Arsenault sont considérables.”  (Le Courrier des Provinces Maritimes, le 3 septembre 1891.)

De Summerside à Tignish en 1884

1984 par Contribution anonyme

 

L’article ci-dessous a été publié en deux tranches dans Le Moniteur Acadien (Shédiac) à l’automne 1884, soit les 20 et 27 novembre.  Bien que l’article soit pas signé, nous savons que l’auteur n’est nul autre que Pascal Poirier (1854-1933), de Shédiac.  Rappelons-nous que ce dernier était, à l’époque, un des plus grands chefs et animateurs acadiens.  En 1885, à l’âge de 33 ans, il devenait le premier sénateur acadien.

Pascal Poirier, avec Pierre-Amand Landry, avait été le principal organisateur de la Convention nationale des Acadiens, tenue à Miscouche en 1884.  Quelques mois après le grand rassemblement, Poirier revenait à l’Île visiter les communautés acadiennes du comté de Prince, probablement dans le but d’encourager les gens à donner suite aux recommandations de la Convention, mais avant tout pour se réconcilier – au nom du comité organisateur – avec les Acadiens de Tignish qui ne s’étaient pas présentés à Miscouche.  Ils avaient boudé le grand rassemblement, à l’instigation de l’honorable Stanislas Perry, parce qu’ils auraient bien voulu que le Congrès ait eu lieu chez eux.

Cent ans plus tard, on lira avec un grand intérêt la description du voyage de Pascal Poirier à l’Île-du-Prince-Édouard.  Il nous brosse effectivement un tableau vivant des paroisses acadiennes, s’attardant parfois à des détails tout à fait colorés.  Comme on le constatera, Poirier maniait très bien la plume.  Il est d’ailleurs considéré comme l’un des meilleurs écrivains, sinon le meilleur, que l’Acadie ait connu.  Quelques notes biographiques sur Poirier ont été publiées dans le dernier numéro de La Petite Souvenance, pages 28 et 29.

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Le voyageur qui part de Shédiac par un beau soleil de novembre, et qui arrive à Summerside sous une pluie battante, au milieu de ténèbres profondes, trouve la transition bien désagréable et n’a guère envie de se louer de son sort quand, au sortir du bateau-à-vapeur, il lui faut franchir, dans la vase jusqu’au mollet, son bagage sur l’épaule, toute la distance d’un quai considérablement long déjà en temps clair, mais qui paraît interminable dans l’obscurité.

L’Île-du-Prince-Édouard est appelée à juste titre, la Perle de l’Océan.  Elle n’a qu’une tache, Summerside.  Au lieu de disparaître, cette tache s’accentue.  Cette ville m’a paru plus sale qu’il y a quatre ans, alors que j’eus, comme aujourd’hui, l’avantage de visiter une grande partie de l’Île.  Les maisons sont vieilles, les trottoirs indécents, et de loin en loin, un lampion solitaire éclaire la nuit les passants et conduit les étrangers.  Ses rues sont larges, cependant, et seraient belles si elles étaient mieux entretenues et bordées moins rarement de grands édifices.  Summerside, malgré la vase qui la couvre, est une ville riche et renferme des millionnaires.  Si elle paraît endormie ce n’est pas faute d’argent; ses habitants veulent peut-être en faire une relique du temps passé.

De Summerside en allant à l’ouest, le premier endroit qu’on rencontre est Miscouche, qui restera célèbre comme ayant été le siège de la première convention acadienne tenue sur l’Île.  Ses maisons blanches, ses bâtiments également blanchis et bien entretenus, son terrain élevé et sec, en font un village coquet et propre fort plaisant à l’oeil.

 
Aux États-Unis il y a le roi des chemins de fer, le roi du lard, le roi des mines etc.  À Miscouche on a le Roi des Huîtres.  Ce titre sied aussi bien à M. Gilbert Desroches que les titres ci-dessus à Vanderbilt ou aux autres princes du commerce américain.  La quantité d’huîtres exportées chaque année de cette localité sur les marchés de Québec, Montréal est énorme et M. Desroches en est le principal commerçant.  Les quarts vides seuls lui coûtent, cet automne, plus de $400.  MM. Honoré V. Desroches et Jean S. Gaudet, marchands, exportent aussi une grande quantité.  Le prix des huîtres est ferme cet automne, et les pêcheurs font de $4 à $5 par jour chacun.  Malheureusement, le temps n’est pas favorable et ils sont obligés de chômer souvent.

La paroisse française voisine de Miscouche est Mont-Carmel où l’on se rend en voiture en traversant un grand marécage.  Presque toute la paroisse se trouve sur un terrain bas, que les pluies d’automne détrempent à une grande profondeur et qui rendent les communications difficiles.  Les habitants, heureusement, sont énergiques et font leur possible pour rendre les chemins passables.  M. l’abbé N. C. A. Boudreault, curé de Miscouche, dessert également cette paroisse et n’épargne rien pour rendre le culte divin plus imposant.  Cet été on a donné à l’église et à ses dépendances une apparence toute neuve, et M. Landry, artiste de renom, achève d’en décorer l’intérieur de peintures magnifiques.  Les lecteurs du Moniteur auront bientôt l’avantage d’en lire une belle description due à l’une des meilleures plumes françaises de l’Île, M. Elisée Gallant.

Une distance de cinq à six milles sépare Mont-Carmel de la Roche, ainsi nommée parce que, du large en venant de Shédiac, on aperçoit une grosse pierre qui est comme le chapeau de la localité.  Cette roche énorme, plus grande qu’aucun bâtiment, servait, dit la légende, de rendez-vous aux sorciers et aux lutins du temps jadis, qui y tenaient leur sabbat.

Egmont Bay (ou la Roche) est une grande paroisse dont le rivage est parsemé de factories de homard.  La pêche de ce crustacé a été moyenne, cet été, et l’extension de temps accordé par le gouvernement a été publiée trop tard pour être bien profitable.  Ici il n’y a pas de magasin près de l’église.  Le commerce se fait aux stations du chemin de fer, qui passe loin en arrière de la paroisse.  À Wellington on trouve le magasin de l’hon. Jos. O. Arsenault et l’établissement de M. John Barlow.  Dans la même bâtisse, M. Barlow a réuni un moulin à planches et à bardeaux, un moulin à farine et un moulin à carder et à fouler.  Ce dernier département manufacture une grande quantité d’étoffe qu’on envoie de Shédiac et des environs, et jouit d’une bonne réputation pour la beauté et la bonne qualité de l’ouvrage qu’on y fait.

Le magasin de M. Arsenault a plus que doublé en longueur dans les quatre dernières années, et est un immense entrepôt où sont entassées marchandises sèches, groceries, merceries, et toutes sortes d’articles de commerce.

Il se fait, à cette maison, plus d’affaires, dit-on, que dans le plus gros magasin de Summerside.  Tous les produits agricoles de la paroisse, pour ainsi dire, sont apportés à ce magasin, d’où on les exporte à l’étranger.  M. Arsenault a aussi un autre magasin à la Roche même, dirigé par M. Sylvain E. Gallant; mais bien que ce soit l’ancienne place d’affaires, il a vu ses beaux jours et n’existe plus que pour les besoins immédiats de la localité.

La station Richemond est le débouché de la partie nord d’Egmont Bay.  M. Etienne Gallant, citoyen entreprenant, y a transporté un magasin et ne tardera pas à y ouvrir un gros commerce.

Egmont Bay est relativement une paroisse encore jeune.  M. Cyrille Gallant, vieillard encore vert et aimable causeur, raconte qu’il est l’un des trois survivants des cinq premières familles qui vinrent s’y fixer.  Elles vinrent de Summerside en bateau, et débarquèrent à la Roche où nulle habitation n’avait encore été élevée.  C’était vers 1820.  Les enfants grandirent, d’autres familles virent se joindre aux premières, et aujourd’hui c’est l’une des principales paroisses de la province.  L’église est vaste et belle, et il ne manque qu’un orgue pour en faire un temple de premier rang.  On y compte plusieurs écoles, dont la principale est sous la direction de M. Henry Cunningham, jeune homme de talent, qui parle et enseigne bien le français.  La salle Saint-Pierre est une grande bâtisse qui sert de lieu de réunion aux paroissiens, et où se trouve une bibliothèque à la disposition des familles, moyennant cinq centins par année.

Entre la Roche et Tignish, le seul établissement français d’importance est Cascampèque, dont les huîtres sont bien connues.  C’est un endroit qui ne fait que de se réveiller sous l’influence du chemin de fer, qui passe à trois milles de l’église.  Deux cantons nouveaux viennent de s’ouvrir à la culture et promettent de devenir des établissements prospères – Piusville et Mill River.

Nous passons Alberton, ville sans importance, pour arriver à Tignish, ou au Toguish dans le langage des anciens.  Tignish est à l’Île Saint-Jean ce que Memramcook est pour Westmorland, Bouctouche ou Saint-Louis pour Kent, et Caraquet pour Gloucester.  Avec cette différence, que c’est encore plus grand.  Il y a là de quoi tailler trois ou quatre paroisses.  Déjà on en a détaché une partie qui forme maintenant la cure de Kildare, dont M. l’abbé A.J. Trudelle est le premier titulaire.  Tous les monuments religieux sont vastes à Tignish, église, couvent et presbytère; l’école et la gare sont également de grandes bâtisses, les magasins sont nombreux et bien achalandés, et c’est la seule localité française de l’Île où l’on trouve des hôtelleries à la main; celle de M. le capt. France Gallant – résidence la mieux montée de l’endroit et dont la pareille ne se trouve peut-être nulle part ailleurs – est moins un hôtel qu’une grande maison hospitalière.  L’église est un immense édifice en brique, que le manque de jubé et les hautes colonnades minces font paraître encore plus grand.  Dans le fond, néanmoins s’élève l’élégante galerie des chantres où est majestueusement assis un orgue de première grandeur, l’un des plus beaux et des plus puissants du pays; il a coûté $2,500.  Le jour de la Toussaint, on y a chanté la plus belle messe qu’ont ait jamais entendue dans cette paroisse.

La pêche n’a pas été bonne, cet été, sur l’Île; en quelques endroits elle a été nulle.  Certains pêcheurs, après avoir dépensé quatre piastres en préparatifs, n’ont pu en gagner que deux dans tout leur été de pêche.  Bien rares sont ceux qui ont réussi à prendre assez de poisson pour leur permettre de toucher la prime du gouvernement.  C’est pourtant quand la pêche est mauvaise et que leur travail et leurs fatigues ne rapportent rien que ces braves pêcheurs ont plus besoin d’argent.  Ne serait-il pas équitable d’accorder la prime à tous ceux qui ont passé trois long mois à la pêche, exposés au vent et à la tempête, quand bien même leurs labeurs n’ont pas été couronnés de succès?  Ce n’est pas leur faute si le poisson ne donne pas, et n’est-ce pas alors que l’hiver s’annonce plus triste, plus redoutable!  Le député qui fera partager au gouvernement cette manière de voir, se sera assuré la reconnaissance de tous les pêcheurs.

La récolte a également été mauvaise.  Assez de blé, mais pas de foin, pas d’avoine, ni de patates.  Les cultivateurs devront puiser dans leurs tirelires pour rencontrer les dépenses courantes.  Heureusement que là, sur l’Île, il n’y a pas de taxe à payer.  Quel que extraordinaire que cela paraisse, le gouvernement de l’Île-du-Prince-Édouard gère les affaires publiques, construit et entretient les ponts et les chemins, donne $100,000 par an pour fins d’éducation, etc., sans demander ni tirer un sou de la population.  C’est une administration conservatrice qui fait tout cela!  Aussi les libéraux ne lui portent guère rancune et ne se donnent-ils ce nom que pour la forme, histoire de ne pas se rouiller.  Le gouvernement Sullivan, dont l’hon. J.O. Arsenault fait partie, est bien disposé envers les Acadiens et l’année prochaine, nous dit-on, on aura un professeur à l’École normale.  C’est l’exemple du Nouveau-Brunswick qui porte ses fruits, et l’influence de la députation acadienne qui se fait sentir.  Mais si l’on voulait m’en croire, on aurait d’abord un inspecteur français.  Cela coûte un peu plus cher, mais cela est beaucoup plus efficace, et si le titulaire est à la hauteur de sa position, les écoles ne peuvent faire autrement que d’en subir la bénigne influence.  Ce serait le moyen le plus prompt et le plus sûr de faire fleurir l’éducation française sur l’Île.

Il n’y a pas de trottoirs dans les villages de l’Île.  Dans les villes, on en trouve que sur un côté de la rue, je ne parle pas de l’artère principale.  Aussi, tout le monde est bien chaussé; je n’ai pas vu une seule personne même la plus pauvre, avec des mauvais souliers aux pieds.  Qu’il fasse beau, ou que les chemins soient des torrents de boue, chacun trottine à ses affaires comme si le sol était couvert de solides madriers.  Parlant de chaussures, il est digne de mention que celles sortant de la manufacture Harper & Webster, de Shédiac, jouissent de la meilleure réputation dans l’Île à cause de leur durabilité et leur fini.  Il fait plaisir d’entendre dire que les employés de MM. Harper & Webster sont d’habiles ouvriers.

En proportion de son étendue, l’Île-du-Prince-Édouard est la partie du Canada qui produit le plus de chevaux, et de bons.  Quelques-uns sont renommés pour leur vitesse, d’autres pour leur grosseur, et tous sont très recherchés par les acheteurs de chevaux qui viennent jusque des parties les plus reculées du pays et de la République voisine.  On achète les plus pesants – 1400 à 1700 livres la plupart – pour le halage des billots; et les plus légers, rapides à la course, font les délices des amateurs de sport américains et canadiens.  À ceux qui ont besoin d’un cheval jeune, rapide, vigoureux et sain, je leur conseille d’aller voir M. Narcisse Gallant, d’Egmont Bay, qui a dans son écurie l’une des meilleures bête de l’endroit.

Le mot “convention” dont on a appris la vraie signification dans la grande réunion acadienne de Miscouche, fait battre d’orgueil et d’espoir le coeur de tout Acadien insulaire.  Dans toutes les localités françaises où je suis passé, on en parle avec amour et vénération.  L’on s’est réchauffé aux rayons de patriotisme qui ont brillé avec tant d’éclat sur les délibérations du concile acadien, et, à l’ombre du drapeau emblématique que l’on a arboré, on marche avec plus de confiance vers l’avenir; l’on se rappelle avec émotion les mâles accents entraînants et encourageants des orateurs éminents qui ont électrisé la vaste assemblée, et qui ont été toute une révélation pour la plupart des assistants.  Une paroisse seule s’est abstenue de prendre part à la fête générale et est restée chez elle pour chômer le jour de la partie.  Ce n’est point la mauvaise volonté, mais un malentendu regrettable qui fut la cause de cette abstention.  L’hon. S.F. Perry, qui m’en parlait, déplore plus que tout autre ce qui est arrivé.  Tignish est aussi français que la plus française des paroisses acadiennes.  “Il est français jusque dans les yeux, me disait avec orgueil M. Mélême Gaudet, noble vieillard de 80 ans; et à la prochaine convention, eût-elle lieu dans le fond de la Nouvelle-Écosse, Tignish sera là.”

Je regrette de n’avoir pu me rendre jusqu’à Rustico, qui est la perle de l’île, comme l’île est la perle de l’océan.  Rustico est la paroisse française la plus riche de l’île et peut-être des trois provinces.  Cette année même, qui a été si pauvre ailleurs, on a eu là une belle récolte.

Je crains d’avoir calomnié Summerside au commencement de cet article.  En repassant, elle m’a paru presque propre et jolie:  il est vrai qu’elle prenait depuis quelques jours un bain de soleil réparateur.  Il est certain qu’on ne pouvait, comme à Ottawa ces jours derniers, y faire flotter un petit navire sur la boue de sa principale rue.

Nouvelles de partout

1984 par Contribution anonyme

 

Décès de Jean-H. Doiron - La mort nous enlevait soudainement, le 5 octobre dernier, Jean-H. Doiron, de Rustico, à l’âge de 65 ans.  Sa grande contribution à la promotion de l’histoire acadienne de l’Île fut au niveau du Musée Belcourt, de Rustico.  Il a effectivement été le président-fondateur de cet excellent petit musée consacré à l’oeuvre du dynamique Père Georges-Antoine Belcourt et à l’histoire générale de Rustico.  En 1983, il publiait, en français et en anglais, un livret intitulé Rustico – l’abbé Georges-Antoine Belcourt – La Banque de Rustico.  En juin dernier, il méritait pour cette publication un prix de mérite du Musée provincial.

 

Le Prix France-Acadie - La secrétaire de notre Société a été l’heureuse gagnante du Prix France-Acadie (catégorie “oeuvres didactiques”) pour son livre Le Mouvement coopératif chez les Acadiens de la région Évangéline 1862-1982.  Elle s’est rendue à Paris où on lui a officiellement remis le prix lors de l’assemblée annuelle des Amitiés acadiennes, le 29 septembre dernier.  Rappelons-nous que Cécile fut la première à mériter le Prix Gilbert Buote, pour le même ouvrage.

 

Wellington - En juin dernier, le “Wellington Senior Citizens’ History Committee” a reçu le prix de mérite du Musée provincial, pour son livre By The Old Mill Stream.  History of Wellington 1833-1983.

 

Tignish - Le Club Ti-Pa a eu l’heureuse idée de souligner le 450e anniversaire de la visite de Jacques Cartier à l’Île, en 1534, par un char allégorique.  On a pu voir ce très beau char qui a participé à plusieurs parades tout au long de l’été.  Le travail du Club Ti-Pa a été récompensé par de nombreux prix.  De plus, le 30 juin, dans le cadre des manifestations de la Fête du Canada, on reconstituait le débarquement de Jacques Cartier près d’Alberton.  Quelque 300 personnes assistaient à ce pageant historique.

 

Le Musée Acadien - Le Musée acadien, sous la direction de soeur Marguerite Richard, a connu un été très mouvementé.  On y a monté une excellente exposition intitulée Miscouche – 1884 dans la salle du Couvent de Miscouche où fut dévoilé, en 1884, le drapeau acadien.  La Société Nationale des Acadiens a fait ériger sur le terrain du Musée un monument commémoratif à l’occasion du 100e anniversaire du drapeau acadien.  Ce monument, construit par le regretté Édouard Arsenault, a été dévoilé le 15 août dernier par le président d’honneur des fêtes, Monsieur Roch Gaudet.  Le nombre de visiteurs a sensiblement augmenté au Musée cet été.

 

Mont-Carmel - Le Club d’Âge d’Or de la paroisse de Mont-Carmel se prépare à ouvrir un petit musée religieux.  Celui-ci sera situé dans une ancienne maison, située en face de l’église, qui servira également de centre pour le Club.  Cette maison a servi comme couvent pendant une vingtaine d’années aux soeurs de la Congrégation Notre-Dame du Sacré-Coeur.

 

Charlottetown - L’Université de l’Île-du-Prince-Édouard a maintenant dans son programme trois cours qui ont trait aux Acadiens, dont l’un est exclusivement un cours d’histoire intitulé, “La Renaissance et le nationalisme chez les Acadiens de l’Île-du-Prince-Édouard 1860-1900″.  Ce cours se donnera alternativement en français et en anglais.

 

La Marée de l’Île - C’est le titre d’une émission de Radio-Canada préparée à l’intention des francophones insulaires et diffusée tous les jours de la semaine de 16 h à 17 h 30.  À tous les vendredis on peut y entendre une petite chronique en histoire animée par plusieurs de nos membres, à savoir:  Henri Gaudet, Avéline Peters, Edmond Gallant, Francis Blanchard et Georges Arsenault.

 

Légion de Wellington - Le club des anciens combattants de la Légion royale canadienne de Wellington prépare actuellement un livre dans lequel on donnera le nom et quelques notes biographiques sur tous les vétérans, originaires de la région, qui se sont enrôlés dans les guerres de ce siècle.  On sait que les Acadiens ont répondu nombreux à l’appel durant ces conflits internationaux.

La St-Jean-Baptiste à Miscouche

1982 par La Petite Souvenance

 

On nous informe que la St-Jean-Baptiste a été fêtée avec éclat à Miscouche, Île-du-Prince-Édouard, samedi dernier.  Il y a eu messe solennelle, chantée par le Révd. Messire Poirier, curé de Mont-Carmel, qui a également fait le sermon de circonstance.  Messire Poirier a parlé près d’une heure et a su trouver dans son coeur des paroles pleines de patriotisme.  Une compagnie de militaires en uniforme, organisée pour l’occasion, rehaussait l’éclat de la fête et après la messe, il y eut procession, puis bénédiction du Très-Saint Sacrement.

Le Moniteur Acadien
le 29 juin 1876

Des nouvelles de partout

1982 par Contribution anonyme

 

Tignish – Au courant de l’hiver, le Club Ti-Pa a parrainé un projet de généalogie.  Il s’agissait de tracer les descendants des principales familles fondatrices de la paroisse de Tignish.  On veut dresser un tableau généalogique qui fera partie du décor du centre du Club.

Le même organisme organise pour l’été des activités qui souligneront le centenaire de la naissance de l’organiste Benoit Poirier et le centenaire de l’installation des grandes orgues dans l’Église St-Simon et St-Jude.

L’Association historique de Tignish s’est procurée l’ancienne école Dalton dans laquelle on veut y aménager, entre autres, un musée et une salle d’exposition.  On se propose d’y tenir une exposition de photos historiques au cours de l’été.

 

Wellington – Le Club d’Âge d’Or de Wellington s’affaire depuis quelques années à rechercher l’histoire de la région de Wellington.  Le projet avance bien et on espère pouvoir publier le fruit des recherches dans un avenir pas trop éloigné.

 

Mont-Carmel – La Coopérative du Village Pionnier Acadien a embauché cet hiver les services d’un historien, en la personne de Kenneth Breau, pour faire une recherche sérieuse sur l’histoire de Mont-Carmel, de sa fondation (1812) à 1860.  La Coopérative vise à améliorer l’interprétation de l’histoire locale dans son village historique.

 

Région Évangéline – Une publication d’une grande importance sur l’histoire du mouvement coopératif dans la région Évangéline (1862-1982) est à la veille de paraître.  C’est le résultat d’un projet mis sur pied par le Conseil coopératif de l’Î.-P.-É., en 1980.  Cécile Gallant était la responsable du projet et c’est elle qui a écrit le livre, une brique d’environ 300 pages!  C’est à lire.

 

Miscouche – Le Musée Acadien de l’Île, situé à Miscouche, est bien actif.  L’automne dernier il a mené une campagne de financement et de recrutement de membres, laquelle a bien réussi.  Le Musée a aussi profité d’un octroi du Secrétariat d’État, ce qui lui a permis de mettre de l’ordre dans sa collection de photos et de documents.  Le 12 mai, Mad. Deborah Robichaud, directrice du Musée Acadien de l’Université de Moncton, donnait une intéressante conférence aux amis du Musée Acadien de l’Île.  Elle traita, grosso modo, du rôle d’un musée et de sa place dans une communauté.

 

Rustico – Le Musée de la Banque de Rustico a obtenu lui aussi, printemps dernier, un octroi du Secrétariat d’État.  Cette subvention a permis l’embauche de deux personnes qui travaillent à améliorer l’interprétation de l’histoire de la Banque et de l’époque du Père Belcourt à Rustico.

 

Rollo Bay – La succursale de Souris – Rollo Bay de la S.S.T.A. a obtenu un projet d’emploi d’été pour étudiants par lequel on tentera de mettre plus en évidence la cloche historique de l’Église de Rollo Bay (laquelle date du Régime français) et le monument, érigé en 1929, qui marque l’emplacement du cimetière des pionniers acadiens de l’endroit.

 

La Société Saint-Thomas d’Aquin – Le Projet d’histoire et de culture acadiennes de la S.S.T.A. est très productif.  L’été dernier on lançait le livre L’Agriculture chez les Acadiens de l’Î.-P.-É. 1720-1980 (69 pages) et tout récemment on a fait paraître L’Éducation chez les Acadiens de l’Î.-P.-É. 1720-1980, ou La survivance acadienne à l’Î.-P.-É. (85 pages).  Ces deux livres de Georges Arsenault sont abondamment illustrés de cartes, de dessins et de photos.

On a aussi produit, dans le cadre du Projet, deux montages audio-visuels intitulés Les Acadiens de l’Île-du-Prince-Édouard et La pêche et les Acadiens.  Ces montages sont disponibles en français et en anglais.  On peut les emprunter en s’adressant au bureau-chef de la Société.

La S.S.T.A. mène présentement une étude afin de déterminer si les ressources financières et physiques sont disponibles pour l’établissement d’un centre d’études acadiennes.  Le Père Pierre Arsenault a été chargé de faire cette étude qui sera complétée vers la fin de l’été.  On attend impatiemment les résultats.

 

P.E.I. Heritage Foundation – Au mois de janvier, le Heritage Foundation se procurait les services de Reggie Porter à titre de directeur de la programmation.  Monsieur Porter est un Acadien originaire de Tignish.  Enfin, on peut avoir du service en français de notre organisme provincial chargé de la protection du patrimoine.  Profitons-en!

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Membres du Conseil d’administration de la Société Historique Acadienne de l’Î.-P.-É. 1981-1982

Président -        M. J.-Edmond Arsenault
Vice-président -    M. Jean-Paul Arsenault
Secrétaire -        M. Georges Arsenault
Trésorière -        Mme Hélène Cheverie
Conseillers -        Soeur Marguerite Richard
                                 Père Albin Arsenault
                                M. Jean-Louis Beauregard
                                M. Michel Belliveau

L’Abbé Pierre-Paul Arsenault : un prêtre dynamique

1981 par J.-Edmond Arsenault

par J.-Edmond Arsenault

Originaire de Tignish où il naquit le 8 mai 1866, Pierre-Paul Arsenault était le fils de Sylvain Arsenault et de Tharsile Bernard.  Ses ascendants se situaient parmi les Acadiens pionniers de la Rivière Platte, qui, en 1799, vinrent s’établir dans la région de Tignish.

Jeune encore, Pierre-Paul fréquenta l’école de son village pour ensuite s’inscrire au Collège Saint-Joseph de Memramcook où il entreprit ses études classiques et acquit son degré de bachelier en arts.  Répondant, après mûre réflexion, à l’appel divin de la vocation sacerdotale, il décide de poursuivre les études théologiques qui le conduiront à son but ultime, l’ordination à la prêtrise.  À la fin de ses études au Grand Séminaire de l’endroit, il reçut l’onction sacerdotale à Québec, le 5 novembre 1893.

Le dimanche 25 novembre de la même année, le jeune abbé Pierre-Paul Arsenault célébrait sa première grande messe en l’église de sa paroisse natale dont l’autel était, pour l’occasion, orné de ses plus belles parures.  Un grand nombre de parents et d’amis étaient privilégiés d’assister à cette messe célébrée par le troisième prêtre acadien natif de la paroisse de Tignish.

La première tâche du nouvel ordonné fut celle de vicaire auprès du curé de Tignish qui était alors le Père Dougald MacDonald.  L’abbé Arsenault occupa ce poste jusqu’au début du mois d’octobre 1894.  À l’occasion de son départ, les paroissiens lui présentèrent deux compliments, l’un en français de la part des Acadiens, l’autre en anglais de la part des anglophones.  En cette occasion, ses ouailles faisaient l’éloge de son zèle, de son dévouement, de son assiduité; elles notaient son véritable amitié pour le pauvre, sa sagesse, sa douceur, sa franchise et son amabilité.  Elles ne manquaient pas de noter sa parole éloquente et son grand intérêt à l’éducation de la jeunesse.

À l’automne de 1894 il devenait vicaire auprès du curé de la Cathédrale Saint-Dunstan à Charlottetown et, au mois d’octobre 1896, son évêque le nommait curé de la paroisse de Notre-Dame de Mont-Carmel.  Au cours de son bref séjour dans la ville capitale il s’occupait d’une façon toute particulière des jeunes gens qui participa activement à la fondation de l’Association de la Jeunesse Catholique.  Traitons alors de l’abbé Pierre-Paul Arsenault, conférencier, animateur, promoteur, éducateur, bâtisseur.

Des témoignages inédits, des rapportages dans les journaux de son époque, des compliments de la part des paroissiens de Tignish et de Mont-Carmel, nous indiquent que l’abbé Pierre-Paul Arsenault était conférencier, animateur, promoteur, éducateur et bâtisseur.  L’Impartial du 21 mai 1896 rapporte que le Père Pierre-Paul Arsenault, alors vicaire à Charlottetown, prononçait une conférence sur la tempérance à Mont-Carmel.  Selon ce même journal:  “c’était une lecture très éloquente dictée dans un style ferme et énergique et très propre à toucher les coeurs”.  Le 15 février 1900, il prononce une conférence en la salle Ste-Marie, à Tignish, sous les auspices de la Ligue de la Croix.  L’Impartial du 1er mars rapporte:  “Le Révérend conférencier avait pris pour sujet:  Pie IX, et la manière habile dont il le traita, le beau langage dont il fit usage, du commencement à la fin de sa lecture, lui gagnèrent l’attention soutenue de l’auditoire, qui ne fut interrompue que par les fréquents applaudissements qui dénotaient les vrais mouvements du coeur.”  Ces témoignages sont la preuve évidente de ses qualités d’orateur et de conférencier.

L’une des premières manifestations concrètes de son intérêt à l’éducation et, en l’occurrence, peut-être à l’éducation adulte, se reporte au mois de février 1900 alors que “le zélé et énergique curé de Mont-Carmel” dotait sa paroisse d’une bibliothèque comptant quelques cents volumes de littérature française.

En cette même année, 1900, alors qu’il participait au congrès pédagogique de l’Association des instituteurs et institutrices acadiens de l’Île-du-Prince-Édouard, il incitait les instituteurs et institutrices à donner beaucoup d’emphase à l’art oratoire et à la composition littéraire.  À titre de récompense, il offrait un prix de $10.00 à l’instituteur ou à l’institutrice qui prononcerait le meilleur discours lors du prochain congrès.  En la même occasion, M. Placide Gaudet offrait $5.00 pour la meilleure étude en histoire canadienne.  M. l’abbé Pierre-Célestin Gauthier, professeur de français et de philosophie au Collège Saint-Dunstan offrait un prix de $5.00 à l’élève qui se placerait au premier rang dans un tournoi de déclamation.  C’était une première!  Peut-être le premier concours organisé chez les enseignants et les élèves acadiens.  Dans une lettre en date du six novembre, l’abbé Arsenault rappelait le concours aux instituteurs et institutrices et proposait les sujets ou les thèmes qui pourraient être ou bien “L’Avenir du Canada” ou un discours pour ou contre “La Confédération”.  Pour l’écrit sur un chapitre de l’histoire du Canada, le sujet est le suivant: “Le Canada depuis la Confédération jusqu’à nos jours sous ses aspects matériels, intellectuels et religieux.”  Le travail sera jugé en tenant compte du fond et de la forme.  Pour le discours 50 points seront accordés pour le fond et la forme et 50 points pour le débit.

Il appert que l’éducation supérieure de la jeunesse acadienne était un problème que l’abbé Pierre-Paul Arsenault tenait toujours en esprit; un problème qui peut-être le hantait.  En général, les Acadiens n’avaient pas les moyens de pourvoir à l’éducation postscolaire de leurs enfants.  Voilà donc qu’en 1906 l’abbé Arsenault lance une grande loterie dans le but de fournir de l’aide financière à la jeunesse acadienne désireuse de poursuivre des études post-scolaires.  Le tirage aura lieu en janvier 1907.  Le but visé est de fonder une bourse écolière destinée à des étudiants acadiens choisis dans les différentes paroisses de l’Île.  Les prix offerts en loterie sont onze pièces d’or.  On pourrait dire une loterie dorée!  Il est évident que les efforts de l’abbé Arsenault sont secondés par les curés des autres paroisses acadiennes.  C’est peut-être alors que germait chez ce vaillant patriote, apôtre des causes acadiennes et francophones, le concept d’une société d’aide financière aux étudiants, organisme qui grâce à son instigation fut fondé en 1919.  Il est fort bien reconnu que l’abbé Pierre-Paul Arsenault fut le maître instigateur de la création de Société Saint-Thomas d’Aquin dont il fut l’un des fondateurs.  Il en fut le premier vice-président (1919-1920) et le deuxième président (1920-1925).  Il en fut d’ailleurs l’un des plus ardents promoteur et animateur.  En 1921, au moyen d’une lettre de sollicitation, il lançait une campagne financière à l’extérieur de la Province en s’adressant “À nos Frères et Cousins Acadiens et Canadiens-Français des Provinces Maritimes, de Québec et des États-Unis.”  Au cours des années 20 il obtint aussi des bourses d’études dans quelques collèges classiques de la Province de Québec.  Ceux et celles qui ont bénéficié ou qui aujourd’hui jouissent des bienfaits financiers, culturels, sociaux et éducatifs de la Société Saint-Thomas d’Aquin ne peuvent qu’exprimer de vifs sentiments de reconnaissance au “Père Arsenault” et rendre hommage à son initiative, sa clairvoyance, son dévouement et son patriotisme acadien indéfectible.  Il a certes mis en place des balises qui ont servi de guides aux Acadiens de l’Île-du-Prince-Édouard au cours des huit premières décennies du vingtième siècle.

L’abbé Pierre-Paul Arsenault était un agriculteur avisé.  À l’époque où il a vécu et exercé son ministère sacerdotal, la presque totalité des paroisses situées en milieu rural étaient nanties de terre en culture ou de fermes exploitées aux bénéfices des fabriques.  La paroisse de Mont-Carmel possédait donc une ferme dont le curé Pierre-Paul Arsenault était à la fois régisseur et directeur.  Il souhaitait de tout coeur que cette ferme et son exploitation servent de modèle aux cultivateurs de sa paroisse.  C’est pourquoi il y mettait en pratique les meilleures méthodes de culture et d’élevage.  Il y maintenait un cheptel de toute première qualité.  Dans la mesure du possible, il utilisait des géniteurs de race pure et ne manquait jamais l’occasion de vanter la qualité de ses volailles, de ses porcs et de son bétail laitier.  Fervent du rôle bénéfique des organismes agricoles au sein d’une population terrienne il ne manquait jamais d’assister au “Farmers’ Week” et à l’assemblée générale des Instituts des Fermiers (Farmers’ Institutes), organisme qui, à l’époque, jouait un rôle à peu près analogue à celui de la Fédération des Cultivateurs (Federation of Agriculture).  Il participait activement à tous les congrès agricoles et en rapportait des informations et des conseils qu’il se plaisait à transmettre à ses paroissiens.

Il faisait la promotion de l’utilisation de la bonne semence chez les cultivateurs de la région.  Il se chargeait même d’aider à en faire la procuration.  En effet, au moi de mai 1911, L’Impartial rapporte:  “Le père Pierre-Paul Arsenault, curé de Mont-Carmel, vient d’importer une grande quantité de graines de toutes sortes, ainsi que cent plantes de fraises qu’il distribue gratuitement à ses paroissiens pour les encourager et leur donner le goût de la culture de jardins potagers.  Le bon père Arsenault se dévoue d’une manière toute particulière pour l’avancement de ses paroissiens.  Pour voir le succès de ses efforts, il faut aller dans cette belle paroisse pour y voir le progrès qui se montre partout.”  Beau témoignage à un homme qui portait le plus vif intérêt à l’agriculture, à son développement et à son succès dans sa paroisse.  Les qualités de chef qui l’animaient et son entregent lui permettaient de s’attirer la collaboration de tous et d’assurer la réussite de tous ses projets.