Résultats: ‘Miscouche’

Nouvelles de l’empremier

1986 par Contribution anonyme

 

1868 – Baie-Egmont :  “A petition of Thomas Mowbray and others, inhabitants of Egmont Bay Settlement and its vicinity, was presented to the House by Mr. Arsenault, and the same was received and read, praying for the establishment of a Small Debt Court at some convenient part of the said Settlement of Egmont Bay.”  (Journal of the House of Assembly of P.E.I., 1868, p. 34.)

 

1888 – Miscouche :  “In North Miscouche there are three sugar factories at work this spring.  The flow of sap has been small owing to the continuance of stormy weather and lack of frost and sunshine.  The production of maple sugar is consequently much below the average.  The manufacturers find no difficulty in disposing of the quantity on hand at very good prices, most of it never leaving the factories where it is produced.  (…)  It is worthy of note that the majority of those taffy-seekers were not ladies but belonged to the male portion of the community.”  (The Prince Edward Island Agriculturist, April 30, 1888)

 

1892 – Bloomfield :  “Les habitants de Bloomfield apprennent avec joie que la station de Mill River doit être transférée de Haywood, où elle profitait au petit nombre et incommodait le grand nombre, et localisée à la traverse de Howlan Road, le centre de la région, où se trouvent nos marchands locaux, MM. F. Pitre et Joseph Gaudet.  Comme le chemin que nous devons à son énergie lorsqu’il était dans le gouvernement local, la nouvelle gare, qui sera ouverte le 1er juillet, portera le nom “Howland Station”, en l’honneur du sénateur dont le nom est sur les lèvres de tout le monde de l’Île.”  (L’Évangéline, le 19 mai 1892).

 

1894 – Palmer Road:  “Jeudi et vendredi de la semaine dernière le Revd. Père Chiasson, Pasteur de la paroisse de Palmer Road, a établi la société du Sacré Coeur dans sa paroisse.  Les cérémonies ont été très imposantes et faites avec solennité.  Les Revd. D. MacDonald curé de Tignish, A.E. Burke, curé d’Alberton et F.X. Gallant, curé de St. Antoine de Bloomfield assistaient pour les confessions.”  (L’Impartial, le 14 juin 1894)

Nouvelles de l’empremier

1985 par Contribution anonyme

 

1883 – Baie-Egmont :  “Le vénérable vieillard, le Rév. M. Poirier, que tous nos lecteurs connaissent, est encore assez frais, malgré son grand âge et ses nombreuses infirmités.  Il a changé dernièrement de demeure en laissant Mont-Carmel pour venir sous le toit hospitalier de M. Felix Poirier, près de l’église d’Egmont Bay.”  (Le Moniteur Acadien, le 2 août 1883)

 

1887 – Tignish :  “M. J. S. Gaudet, cultivateur de Tignish, a eu une drôle d’aventure.  En ouvrant sa cave de dehors, il y a de cela quelques jours, il y trouva deux moutons.  Ils étaient dans la cave depuis le mois de décembre dernier à l’insu de M. Gaudet.  L’un deux pesait 200 livres, et avait une toison de laine de cinq pouces de long.  Les provisions que M. Gaudet avait dans sa cave étaient un tant soit peu diminuées.”  (Le Moniteur Acadien, le 22 avril 1887.)

 

1890 – Palmer Road :  “M. l’abbé Picotte, curé de Palmer Road, Î.-P.-É., vient de faire l’acquisition d’un magnifique étalon de pur sang canadien.  M. François Gendron, de Sainte Anne de la Pocatière, P.Q., qui a vendu ce beau cheval, est arrivé, vendredi soir à Shédiac, avec l’animal qu’il a délivré à M. Hubert Arsenault, d’Egmont Bay, qui était délégué par M. l’abbé Picotte pour en prendre charge.  Le prix de l’étalon est de $600.  C’est un cheval de sept ans, qui quoique n’ayant jamais été exercé pour la course trotte un mille en moins de trois minutes.”  (Le Moniteur Acadien, le 6 mai 1890.)

 

1897 – “The drawing of prizes in connection with the Lefebvre Memorial Hall took place at Memramcook, N.B., on Thursday last.  The first prize, a three year’s course at St. Joseph’s, was won by Stephen Arsenault, of Prince Edward Island.”  (The Examiner, 15 February 1897.)

 

1907 – Miscouche :  “Au nombre de ceux qui ont obtenu le titre de B.A. au collège St. Joseph, Memramcook, cette année était M. Nazaire Poirier de Miscouche.  De plus M. Poirier a gagné le prix Beaulieu, $10 en or pour excellence dans la composition française et le prix LeBlanc pour excellence dans l’élocution française.”  (L’Impartial, le 27 juin 1907.)

Nouvelles de l’empremier

1985 par Contribution anonyme

 

1874 – Wellington :  “Le Pique-Nique des catholiques de Wellington, Île-du-Prince-Édouard qui avait lieu mardi de la semaine dernière pour venir en aide à la Nouvelle-Église actuellement en voie d’érection, a rapporté la jolie somme de $300.  L’Hon. Jos. O. Arsenau et M. John A. McDonald, M.P.P., y assistaient et au moment de la séparation, trois hourrahs furent poussés pour l’Église, le curé et la Reine.”  (Le Moniteur Acadien, le 1er octobre 1874)

 

1884 – Rustico :  “L’honorable M. Ross, premier ministre de la province de Québec, est actuellement en villégiature à Rustico.  On sait que Rustico, village acadien-français, situé sur la côte nord de l’Île-du-Prince-Édouard, c’est-à-dire, en plein golfe, est depuis plusieurs années une station balnéaire recherchée.”  (La Minerve, le 4 août 1884)

 

1885 – Abram-Village :  “M. Sylvain-E. Gallant d’Abram-Village, Î.-P.-É., a récolté une patate qui, par sa grosseur et sa pesanteur peut, avec raison être appelée la plus grosse.  Elle pèse deux livres et douze onces, elle est de l’espèce Early Rose et peut être vue au magasin de l’hon. Jos. O. Arsenault, Egmont Bay.  Qui pourra battre cela?”  (Le Moniteur Acadien, le 15 octobre 1885.)

 

1888 – Miscouche :  “Mr. John S. Gaudet, Miscouche, one of our most prominent exporters of produce, advertises for 1,000,000 eggs during the coming season, for which he will pay the highest cash price.  His team will begin to travel through the country as soon as the roads permit.   This great amount of eggs will require considerable industry on the part of the egg gatherers, and will leave a good deal of money among them.”  (The P.E.I. Agriculturist, March 26, 1888.)

 

1894 – Bloomfield :  “Les instituteurs de l’arrondissement de Bloomfield se sont réunis, sous la présidence de M. Moise Doucet, le ler septembre à la salle de Bloomfield.  Ils étaient tous présents sans exception.

Il y eut une discussion sur le sujet des livres d’école.  Ils en vinrent d’accord que la lecture anglaise doit être enseignée aux enfants français aussitôt qu’ils peuvent lire assez couramment le syllabaire en français.”  (L’Impartial, le 25 octobre 1894.)

Sages-femmes et guérisseuses

1985 par Cécile Gallant

par Cécile Gallant

 

Cet article est un extrait d’un manuscrit préparé par Cécile Gallant pour l’Association des femmes acadiennes de l’Île-du-Prince-Édouard. Il s’agit d’un ouvrage qui traite de la contribution et de la situation de la femme acadienne dans la société insulaire.  Nous remercions l’Association de nous avoir accordé la permission de publier cet extrait.

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Les sages-femmes

Jusque dans les années 1950, la majorité des femmes acadiennes accouchent dans l’intimité de leur foyer.  La naissance d’un bébé, événement bien important dans la vie de la femme, se passe presque toujours à la maison.  C’est une pratique traditionnelle qui est seulement abandonnée graduellement à partir du moment où les hôpitaux deviennent accessibles à la majorité des gens grâce aux plans d’hospitalisation du gouvernement.

À l’époque où les services de médecins étaient totalement absents, il y a toujours eu dans les communautés acadiennes des sages-femmes qui assistaient les femmes enceintes lors de l’accouchement.  À la fois une science et un art, la profession de sage-femme était transmise de génération en génération entre femmes.  Et même après l’arrivée des premiers médecins, les sages-femmes ont continué à jouer un rôle important dans leur milieu.  En effet, malgré le fait qu’elles pouvaient désormais obtenir les services d’un médecin, un grand nombre de femmes ont continué à donner naissance à la maison avec l’aide de la sage-femme de l’endroit.  Pourquoi?  C’était d’abord une tradition, une habitude de vie.  Les femmes se sentaient à l’aise avec la sage-femme et elles se trouvaient bien de ses services.  De plus, dans les communautés rurales acadiennes d’avant les années 1960, les moyens de transport et les conditions des routes, surtout en hiver, ne favorisaient pas toujours une visite du médecin à la maison au moment des accouchements.  Il n’y avait souvent qu’un seul médecin appelé à desservir toute une population dispersée dans un immense territoire.  Le médecin n’était donc pas toujours disponible pour tous les accouchements dans une région donnée.  Enfin, la population appauvrie avait plutôt recours aux sages-femmes qui demandaient peu, et même parfois rien du tout, pour leurs services tandis que les honoraire des médecins constituaient une somme assez élevée pour bien des gens.

Les sages-femmes acadiennes ont ainsi comblé les lacunes qui existaient dans les services de santé disponibles aux femmes enceintes dans leur communauté.  Appelées le jour ou la nuit, elles se faisaient un devoir de se rendre auprès d’une femme enceinte par toutes sortes de moyens de transport, peu importe la température et la condition des routes.  Même si la plupart du temps elles ne demandaient aucune paye pour leurs services, les gens leur donnaient ce qu’ils pouvaient soit $5, soit $10, selon leurs moyens financiers.  Cependant, la plupart du temps, ils donnaient une rémunération en nature telle du hareng, des patates, de la farine et autres produits.  Une femme de Tignish nous renseigne à ce sujet :

Ces femmes icitte ne chargeaient pas trop.  Souvent elles n’étiont pas payées.  Elles étiont peut-être données un panier de patates ou une douzaine d’épis de blé d’Inde ou quelque chose comme ça.  Elles n’étiont pas payées.  Le docteur, faudrait qu’il aurait été payé, mais je crois bien que le monde n’avait pas l’argent.

En plus d’assister la maman lors de l’accouchement, les sages-femmes prêtaient souvent main-forte dans les travaux ménagers.  En effet, il n’était pas rare que ces femmes restent avec la mère et l’enfant pendant plusieurs jours et même jusqu’à une semaine afin de leur donner tous les soins post-nataux nécessaires.  Et, dans bien des cas, elles s’occupaient aussi des repas et du ménage de la maison pour toute la famille.

Qui étaient ces sages-femmes qui ont fourni un service si indispensable dans les communautés acadiennes jusqu’aux années 1960?  Il serait impossible de toutes les nommer ici.  Qu’il suffise de donner les noms de quelques-unes en guise de témoignage de leur grande contribution.

 

TIGNISH

Lucie Martin (née LeClair)

“Ça c’était une maître, tellement merveilleuse, elle était recherchée”, de dire une informatrice de Tignish.

Isabelle Poirier (née Gaudet)

Cette femme était surnommée la “Grêle” à cause de son tempérament.  C’était une femme qui fumait la pipe et aimait beaucoup jouer aux cartes.  Elle était reconnue comme composeuse de chansons.  En tant que sage-femme, elle a mis au monde plus de cent bébés.  La tradition orale rapporte que le Père Dougall MacDonald, curé de Tignish, lui avait béni la main droite afin d’assurer que tout aille bien aux accouchements.

Il y a eu aussi, à Tignish, les sages-femmes suivantes:  Catherine Gallant, Marguerite Martin, Marie-Rose Poirier et Marie-Rose Richard.

 

BLOOMFIELD

Zella Gaudet

Cette garde-malade retirée, “une bonne femme”, s’est dévouée au service de la communauté en tant que sage-femme.

 
RÉGION ÉVANGÉLINE

Jane (Geneviève) Barriault

“C’était une bonne personne, elle était pas mal capable,” de dire nos informatrices qui l’ont bien connue.  Elle avait appris son métier en assistant le Dr. Delaney à des accouchements.  Une de nos informatrices qui a souvent eu besoin de ses services la décrit ainsi :

Elle était très gentille et bonne dans des cas difficiles.  Mes filles ont eu des cas comme ça avec leurs enfants dans les hôpitaux et ils n’ont pas sauvé leurs enfants.  Mais elle, à la maison, elle a tourné les enfants et puis elle les a sauvés.  Je crois qu’elle était très très capable.  Elle rassurait, mais ce que je n’aimais pas dans ça, c’est que parfois elle y mêlait la religion.  Quand elle allumait la chandelle, je croyais que j’étais en danger, là j’avais peur.

Elle restait toujours huit jours avec moi après (l’accouchement), avec la servante.  J’ai été bien soignée.  Elle prenait soin de la mère et du bébé.  Elle était bien charitable.

Sophique Arsenault

“La vieille Sophique” de Saint-Hubert est une autre de ces sages-femmes.  Elle était veuve et très pauvre.  Pour son travail, elle recevait parfois qu’une pelote de laine :

Mes quinze enfants sont tous venus au monde à la maison.  Les premiers je n’avais pas de docteur, c’était Mme Sophique Arsenault qui venait m’aider.  Elle ne demandait pas de paye pour ses services, on lui donnait ce qu’on pouvait.  J’ai entendu dire qu’une famille lui avait donné une douzaine de harengs pour sa paye.

Léah Maddix

Âgée de 83 ans, elle raconte ses souvenirs de sage-femme :

J’étais une mid-wife et j’ai mis passé 30 bébés dans le monde; 4 toute seule, le reste avec le docteur…  Je m’ai appris moi-même avec les docteurs et puis après ça j’en ai délivré 4 moi-même que le docteur n’était pas là…  Ça ne m’a jamais énervée, moi, de quoi de même…  C’était plus une charité, j’aimais ça.

Annie Dérasp (née Arsenault)

Née le premier juillet 1897 à Saint-Raphaël (Mont-Carmel), elle a suivi un cours de garde-malade à la Prince County Hospital de Summerside.  Elle accepte une position de garde-malade avec la Croix Rouge aux îles de la Madeleine au début des années 1930.  Elle est la seule garde-malade aux îles à une époque où il n’y a ni médecins ni hôpitaux.  Suite à son mariage en 1934, elle retourne dans sa paroisse natale de Mont-Carmel.  Étant devenue mère de famille, elle ne travaillera plus comme garde-malade à salaire.  Cependant, elle sera toujours prête à desservir les femmes enceintes et les malades de sa paroisse.  Pendant de nombreuses années, elle assiste souvent aux accouchements avec ou sans le médecin.  Elle reçoit $10, même $5, ou rien du tout lorsqu’il s’agit d’une famille pauvre.

 
MISCOUCHE

Balthilde Desroches

Quand on voyait ma tante Balthilde venir avec le grand tablier blanc, on savait qu’on aurait un bébé le lendemain matin.  On croyait que c’était ma tante Balthilde qui nous apportait le bébé…  Elle était âgée et elle venait pour délivrer le bébé.

Elle était vaillante. Ça prend une femme avec du courage pour faire de quoi de même.  Elle encourageait les femmes.

 

Cette liste est loin d’être exhaustive.  Elle sert seulement à illustrer la grande contribution des sages-femmes acadiennes dans leur milieu.

Outre les sages-femmes, il y a eu un nombre incalculable de femmes qui ont assisté le médecin aux accouchements à domicile.  En aidant au médecin, ces personnes remplissaient en quelque sort le rôle de garde-malade.  En particulier, elles rassuraient et encourageaient les futures mamans et les préparaient pour le docteur.  Après l’accouchement, elles lavaient et habillaient le nouveau-né. “On était là pour servir le docteur,” de dire une informatrice de Mont-Carmel, qui a souvent aidé ses voisines lors de leurs accouchements.  La plupart du temps, ces femmes ne demandaient aucun paiement pour leurs services; elles recevaient parfois une somme minime d’un dollar.  Une femme de Tignish explique ainsi son rôle aux accouchements.

Je ne chargeais rien, j’allais justement là pour leur aider.  Tout ce que je faisais moi c’est laver l’enfant et l’habiller, parler à la femme pour lui donner un petit brin de courage quand je voyais qu’elle pâtissait trop… lui dire de prendre courage, et puis quand ses mals veniont fallit qu’elle forcit pour lui aider…  J’y parlais, je les encourageais.

Dans toutes les communautés acadiennes, nombreuses sont celles qui étaient toujours prêtes à offrir ce service.  À Rustico, à titre d’exemple, il y avait entre autres Eugénie Gallant, Eulalie Gallant et Marie Martin.  Le témoignage suivant reflète le grand dévouement de ces femmes:

Ma belle-mère en était une.  Elle s’appelait Marie Martin (née Doiron).  Elle aimait ça.  Tous les enfants qu’ont été nés que je me rappelle, moi, c’était elle qui était là. Ah! oui, elle était bonne avec ces femmes-là.  Elle était aussi bonne comme le docteur.  Il y en a que je connais bien moi qui l’ont eue et, après qu’elle est morte, elles l’ont manquée beaucoup.  Elle faisait bien son ouvrage.  Elle en a beaucoup délivré avec le docteur.  Elle aidait au docteur.  Elle chargeait une piastre par jour dans ce temps-là.  Il y a des temps qu’elle n’était pas payée du tout.  Le monde n’était pas capable de payer.  Elle faisait ça par charité.

 

Les guérisseuses

Dans les communautés acadiennes d’autrefois, on trouvait toujours des femmes-guérisseuses au service des malades de leur milieu.  Ce service bénévole était bien apprécié par les gens car dans le temps les soins de santé étaient peu organisés.  Ces femmes étaient les riches héritières d’une médecine populaire transmise de génération en génération.

“La mère à ma mère, ça c’était une vraie docteure; je me souviens qu’elle m’a sauvé la vie.  J’avais 14 ans et j’étais malade depuis deux mois, j’étais assez faible je ne pouvais pas me lever.   Alors ma grand-mère est venue chez nous et elle allait dans les champs chercher du tansie; elle le mettait dans une cuve et vidait de l’eau bouillante dessus.  Quand c’était un peu refroidi elle me mettait les pieds à tremper dans ça et ensuite elle me couchait sur un lit de plumes et me couvrait avec des couvertes de laine, pour me faire suer.  Elle a fait cela pour neuf jours de suite, après cela j’étais guérie.”      (Baie-Egmont)

“J’ai soigné beaucoup de malades.  J’allais parmi les maisons ici et là…  Je mettais des portesses avec de la moutarde et du saindoux (pour guérir des inflammations)”.       (Baie-Egmont)

“(En plus d’assister souvent le médecin lors des accouchements,) Eugénie Gallant (née Blanchard) soignait des malades aussi.  Du monde qui était malade à la maison parce qu’on courait pas à l’hôpital tout le temps.  Ça coûterait à l’hôpital, c’était pas Medicare.  Je crois que c’était une piastre par jour qu’on lui donnait.  Elle savait quoi faire.  Elle ne refusait jamais d’aller.  Elle aimait ça.  On aurait dit que c’était sa vocation.    (Rustico)

“On faisait ça nous autres mêmes, des portesses de moutarde pour une grosse toux.  On n’allait pas au docteur, jamais!  Du thé sauvage, c’était pour les reins.  Des portesses de gomme, pour des mals dans le dos.  Pour du mal, c’était des feuilles de plantain.  Pour de quoi qui était infecté, c’était des feuilles de plantain.

Il y en avait (une) qui faisait des portesses de gomme (de bois).  Elle est morte asteur.  C’était une Madame Ben Poirier;.  Elle s’appelait Léonore.  Il y avait un homme, il avait été là, il avait un gros mal sur sa jambe.  Elle lui a fait une portesse avec de la gomme.  Il a mis ça et puis ça l’a guéri.” (Miscouche)

Il y a aussi eu des garde-malades qui ont appliqué leurs connaissances scientifiques de la médecine en soignant bénévolement les malades dans leur milieu.  Une fois mariées, ces femmes abandonnaient leur carrière de garde-malade mais pas pour autant leur vocation d’infirmière.  Annie Dérasp (née Arsenault), de Mont-Carmel, était une de ces femmes.  Comme nous l’avons déjà vu, elle assistait souvent aux accouchements dans sa paroisse.  Elle opère aussi bénévolement un poste de Croix-Rouge à Mont-Carmel entre 1948 et 1975.  Elle est ainsi souvent appelée à administrer les premiers soins ou à visiter des malades.

Les services de guérisseuses communautaires ont graduellement diminué.  En effet, à partir de 1970, grâce au plan d’assurance-santé du gouvernement provincial, les gens ont commencé à se rendre de plus en plus voir des médecins.  Ces femmes ont donc fait leur plus grande contribution avant l’organisation des soins de santé alors que les gens étaient encore trop pauvres pour se payer les services d’un médecin.  Elles ont ainsi comblé un besoin social dans leur communauté à une époque où les gouvernements ne pouvaient pas y répondre.

De Summerside à Tignish en 1884

1984 par Contribution anonyme

 

L’article ci-dessous a été publié en deux tranches dans Le Moniteur Acadien (Shédiac) à l’automne 1884, soit les 20 et 27 novembre.  Bien que l’article soit pas signé, nous savons que l’auteur n’est nul autre que Pascal Poirier (1854-1933), de Shédiac.  Rappelons-nous que ce dernier était, à l’époque, un des plus grands chefs et animateurs acadiens.  En 1885, à l’âge de 33 ans, il devenait le premier sénateur acadien.

Pascal Poirier, avec Pierre-Amand Landry, avait été le principal organisateur de la Convention nationale des Acadiens, tenue à Miscouche en 1884.  Quelques mois après le grand rassemblement, Poirier revenait à l’Île visiter les communautés acadiennes du comté de Prince, probablement dans le but d’encourager les gens à donner suite aux recommandations de la Convention, mais avant tout pour se réconcilier – au nom du comité organisateur – avec les Acadiens de Tignish qui ne s’étaient pas présentés à Miscouche.  Ils avaient boudé le grand rassemblement, à l’instigation de l’honorable Stanislas Perry, parce qu’ils auraient bien voulu que le Congrès ait eu lieu chez eux.

Cent ans plus tard, on lira avec un grand intérêt la description du voyage de Pascal Poirier à l’Île-du-Prince-Édouard.  Il nous brosse effectivement un tableau vivant des paroisses acadiennes, s’attardant parfois à des détails tout à fait colorés.  Comme on le constatera, Poirier maniait très bien la plume.  Il est d’ailleurs considéré comme l’un des meilleurs écrivains, sinon le meilleur, que l’Acadie ait connu.  Quelques notes biographiques sur Poirier ont été publiées dans le dernier numéro de La Petite Souvenance, pages 28 et 29.

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Le voyageur qui part de Shédiac par un beau soleil de novembre, et qui arrive à Summerside sous une pluie battante, au milieu de ténèbres profondes, trouve la transition bien désagréable et n’a guère envie de se louer de son sort quand, au sortir du bateau-à-vapeur, il lui faut franchir, dans la vase jusqu’au mollet, son bagage sur l’épaule, toute la distance d’un quai considérablement long déjà en temps clair, mais qui paraît interminable dans l’obscurité.

L’Île-du-Prince-Édouard est appelée à juste titre, la Perle de l’Océan.  Elle n’a qu’une tache, Summerside.  Au lieu de disparaître, cette tache s’accentue.  Cette ville m’a paru plus sale qu’il y a quatre ans, alors que j’eus, comme aujourd’hui, l’avantage de visiter une grande partie de l’Île.  Les maisons sont vieilles, les trottoirs indécents, et de loin en loin, un lampion solitaire éclaire la nuit les passants et conduit les étrangers.  Ses rues sont larges, cependant, et seraient belles si elles étaient mieux entretenues et bordées moins rarement de grands édifices.  Summerside, malgré la vase qui la couvre, est une ville riche et renferme des millionnaires.  Si elle paraît endormie ce n’est pas faute d’argent; ses habitants veulent peut-être en faire une relique du temps passé.

De Summerside en allant à l’ouest, le premier endroit qu’on rencontre est Miscouche, qui restera célèbre comme ayant été le siège de la première convention acadienne tenue sur l’Île.  Ses maisons blanches, ses bâtiments également blanchis et bien entretenus, son terrain élevé et sec, en font un village coquet et propre fort plaisant à l’oeil.

 
Aux États-Unis il y a le roi des chemins de fer, le roi du lard, le roi des mines etc.  À Miscouche on a le Roi des Huîtres.  Ce titre sied aussi bien à M. Gilbert Desroches que les titres ci-dessus à Vanderbilt ou aux autres princes du commerce américain.  La quantité d’huîtres exportées chaque année de cette localité sur les marchés de Québec, Montréal est énorme et M. Desroches en est le principal commerçant.  Les quarts vides seuls lui coûtent, cet automne, plus de $400.  MM. Honoré V. Desroches et Jean S. Gaudet, marchands, exportent aussi une grande quantité.  Le prix des huîtres est ferme cet automne, et les pêcheurs font de $4 à $5 par jour chacun.  Malheureusement, le temps n’est pas favorable et ils sont obligés de chômer souvent.

La paroisse française voisine de Miscouche est Mont-Carmel où l’on se rend en voiture en traversant un grand marécage.  Presque toute la paroisse se trouve sur un terrain bas, que les pluies d’automne détrempent à une grande profondeur et qui rendent les communications difficiles.  Les habitants, heureusement, sont énergiques et font leur possible pour rendre les chemins passables.  M. l’abbé N. C. A. Boudreault, curé de Miscouche, dessert également cette paroisse et n’épargne rien pour rendre le culte divin plus imposant.  Cet été on a donné à l’église et à ses dépendances une apparence toute neuve, et M. Landry, artiste de renom, achève d’en décorer l’intérieur de peintures magnifiques.  Les lecteurs du Moniteur auront bientôt l’avantage d’en lire une belle description due à l’une des meilleures plumes françaises de l’Île, M. Elisée Gallant.

Une distance de cinq à six milles sépare Mont-Carmel de la Roche, ainsi nommée parce que, du large en venant de Shédiac, on aperçoit une grosse pierre qui est comme le chapeau de la localité.  Cette roche énorme, plus grande qu’aucun bâtiment, servait, dit la légende, de rendez-vous aux sorciers et aux lutins du temps jadis, qui y tenaient leur sabbat.

Egmont Bay (ou la Roche) est une grande paroisse dont le rivage est parsemé de factories de homard.  La pêche de ce crustacé a été moyenne, cet été, et l’extension de temps accordé par le gouvernement a été publiée trop tard pour être bien profitable.  Ici il n’y a pas de magasin près de l’église.  Le commerce se fait aux stations du chemin de fer, qui passe loin en arrière de la paroisse.  À Wellington on trouve le magasin de l’hon. Jos. O. Arsenault et l’établissement de M. John Barlow.  Dans la même bâtisse, M. Barlow a réuni un moulin à planches et à bardeaux, un moulin à farine et un moulin à carder et à fouler.  Ce dernier département manufacture une grande quantité d’étoffe qu’on envoie de Shédiac et des environs, et jouit d’une bonne réputation pour la beauté et la bonne qualité de l’ouvrage qu’on y fait.

Le magasin de M. Arsenault a plus que doublé en longueur dans les quatre dernières années, et est un immense entrepôt où sont entassées marchandises sèches, groceries, merceries, et toutes sortes d’articles de commerce.

Il se fait, à cette maison, plus d’affaires, dit-on, que dans le plus gros magasin de Summerside.  Tous les produits agricoles de la paroisse, pour ainsi dire, sont apportés à ce magasin, d’où on les exporte à l’étranger.  M. Arsenault a aussi un autre magasin à la Roche même, dirigé par M. Sylvain E. Gallant; mais bien que ce soit l’ancienne place d’affaires, il a vu ses beaux jours et n’existe plus que pour les besoins immédiats de la localité.

La station Richemond est le débouché de la partie nord d’Egmont Bay.  M. Etienne Gallant, citoyen entreprenant, y a transporté un magasin et ne tardera pas à y ouvrir un gros commerce.

Egmont Bay est relativement une paroisse encore jeune.  M. Cyrille Gallant, vieillard encore vert et aimable causeur, raconte qu’il est l’un des trois survivants des cinq premières familles qui vinrent s’y fixer.  Elles vinrent de Summerside en bateau, et débarquèrent à la Roche où nulle habitation n’avait encore été élevée.  C’était vers 1820.  Les enfants grandirent, d’autres familles virent se joindre aux premières, et aujourd’hui c’est l’une des principales paroisses de la province.  L’église est vaste et belle, et il ne manque qu’un orgue pour en faire un temple de premier rang.  On y compte plusieurs écoles, dont la principale est sous la direction de M. Henry Cunningham, jeune homme de talent, qui parle et enseigne bien le français.  La salle Saint-Pierre est une grande bâtisse qui sert de lieu de réunion aux paroissiens, et où se trouve une bibliothèque à la disposition des familles, moyennant cinq centins par année.

Entre la Roche et Tignish, le seul établissement français d’importance est Cascampèque, dont les huîtres sont bien connues.  C’est un endroit qui ne fait que de se réveiller sous l’influence du chemin de fer, qui passe à trois milles de l’église.  Deux cantons nouveaux viennent de s’ouvrir à la culture et promettent de devenir des établissements prospères – Piusville et Mill River.

Nous passons Alberton, ville sans importance, pour arriver à Tignish, ou au Toguish dans le langage des anciens.  Tignish est à l’Île Saint-Jean ce que Memramcook est pour Westmorland, Bouctouche ou Saint-Louis pour Kent, et Caraquet pour Gloucester.  Avec cette différence, que c’est encore plus grand.  Il y a là de quoi tailler trois ou quatre paroisses.  Déjà on en a détaché une partie qui forme maintenant la cure de Kildare, dont M. l’abbé A.J. Trudelle est le premier titulaire.  Tous les monuments religieux sont vastes à Tignish, église, couvent et presbytère; l’école et la gare sont également de grandes bâtisses, les magasins sont nombreux et bien achalandés, et c’est la seule localité française de l’Île où l’on trouve des hôtelleries à la main; celle de M. le capt. France Gallant – résidence la mieux montée de l’endroit et dont la pareille ne se trouve peut-être nulle part ailleurs – est moins un hôtel qu’une grande maison hospitalière.  L’église est un immense édifice en brique, que le manque de jubé et les hautes colonnades minces font paraître encore plus grand.  Dans le fond, néanmoins s’élève l’élégante galerie des chantres où est majestueusement assis un orgue de première grandeur, l’un des plus beaux et des plus puissants du pays; il a coûté $2,500.  Le jour de la Toussaint, on y a chanté la plus belle messe qu’ont ait jamais entendue dans cette paroisse.

La pêche n’a pas été bonne, cet été, sur l’Île; en quelques endroits elle a été nulle.  Certains pêcheurs, après avoir dépensé quatre piastres en préparatifs, n’ont pu en gagner que deux dans tout leur été de pêche.  Bien rares sont ceux qui ont réussi à prendre assez de poisson pour leur permettre de toucher la prime du gouvernement.  C’est pourtant quand la pêche est mauvaise et que leur travail et leurs fatigues ne rapportent rien que ces braves pêcheurs ont plus besoin d’argent.  Ne serait-il pas équitable d’accorder la prime à tous ceux qui ont passé trois long mois à la pêche, exposés au vent et à la tempête, quand bien même leurs labeurs n’ont pas été couronnés de succès?  Ce n’est pas leur faute si le poisson ne donne pas, et n’est-ce pas alors que l’hiver s’annonce plus triste, plus redoutable!  Le député qui fera partager au gouvernement cette manière de voir, se sera assuré la reconnaissance de tous les pêcheurs.

La récolte a également été mauvaise.  Assez de blé, mais pas de foin, pas d’avoine, ni de patates.  Les cultivateurs devront puiser dans leurs tirelires pour rencontrer les dépenses courantes.  Heureusement que là, sur l’Île, il n’y a pas de taxe à payer.  Quel que extraordinaire que cela paraisse, le gouvernement de l’Île-du-Prince-Édouard gère les affaires publiques, construit et entretient les ponts et les chemins, donne $100,000 par an pour fins d’éducation, etc., sans demander ni tirer un sou de la population.  C’est une administration conservatrice qui fait tout cela!  Aussi les libéraux ne lui portent guère rancune et ne se donnent-ils ce nom que pour la forme, histoire de ne pas se rouiller.  Le gouvernement Sullivan, dont l’hon. J.O. Arsenault fait partie, est bien disposé envers les Acadiens et l’année prochaine, nous dit-on, on aura un professeur à l’École normale.  C’est l’exemple du Nouveau-Brunswick qui porte ses fruits, et l’influence de la députation acadienne qui se fait sentir.  Mais si l’on voulait m’en croire, on aurait d’abord un inspecteur français.  Cela coûte un peu plus cher, mais cela est beaucoup plus efficace, et si le titulaire est à la hauteur de sa position, les écoles ne peuvent faire autrement que d’en subir la bénigne influence.  Ce serait le moyen le plus prompt et le plus sûr de faire fleurir l’éducation française sur l’Île.

Il n’y a pas de trottoirs dans les villages de l’Île.  Dans les villes, on en trouve que sur un côté de la rue, je ne parle pas de l’artère principale.  Aussi, tout le monde est bien chaussé; je n’ai pas vu une seule personne même la plus pauvre, avec des mauvais souliers aux pieds.  Qu’il fasse beau, ou que les chemins soient des torrents de boue, chacun trottine à ses affaires comme si le sol était couvert de solides madriers.  Parlant de chaussures, il est digne de mention que celles sortant de la manufacture Harper & Webster, de Shédiac, jouissent de la meilleure réputation dans l’Île à cause de leur durabilité et leur fini.  Il fait plaisir d’entendre dire que les employés de MM. Harper & Webster sont d’habiles ouvriers.

En proportion de son étendue, l’Île-du-Prince-Édouard est la partie du Canada qui produit le plus de chevaux, et de bons.  Quelques-uns sont renommés pour leur vitesse, d’autres pour leur grosseur, et tous sont très recherchés par les acheteurs de chevaux qui viennent jusque des parties les plus reculées du pays et de la République voisine.  On achète les plus pesants – 1400 à 1700 livres la plupart – pour le halage des billots; et les plus légers, rapides à la course, font les délices des amateurs de sport américains et canadiens.  À ceux qui ont besoin d’un cheval jeune, rapide, vigoureux et sain, je leur conseille d’aller voir M. Narcisse Gallant, d’Egmont Bay, qui a dans son écurie l’une des meilleures bête de l’endroit.

Le mot “convention” dont on a appris la vraie signification dans la grande réunion acadienne de Miscouche, fait battre d’orgueil et d’espoir le coeur de tout Acadien insulaire.  Dans toutes les localités françaises où je suis passé, on en parle avec amour et vénération.  L’on s’est réchauffé aux rayons de patriotisme qui ont brillé avec tant d’éclat sur les délibérations du concile acadien, et, à l’ombre du drapeau emblématique que l’on a arboré, on marche avec plus de confiance vers l’avenir; l’on se rappelle avec émotion les mâles accents entraînants et encourageants des orateurs éminents qui ont électrisé la vaste assemblée, et qui ont été toute une révélation pour la plupart des assistants.  Une paroisse seule s’est abstenue de prendre part à la fête générale et est restée chez elle pour chômer le jour de la partie.  Ce n’est point la mauvaise volonté, mais un malentendu regrettable qui fut la cause de cette abstention.  L’hon. S.F. Perry, qui m’en parlait, déplore plus que tout autre ce qui est arrivé.  Tignish est aussi français que la plus française des paroisses acadiennes.  “Il est français jusque dans les yeux, me disait avec orgueil M. Mélême Gaudet, noble vieillard de 80 ans; et à la prochaine convention, eût-elle lieu dans le fond de la Nouvelle-Écosse, Tignish sera là.”

Je regrette de n’avoir pu me rendre jusqu’à Rustico, qui est la perle de l’île, comme l’île est la perle de l’océan.  Rustico est la paroisse française la plus riche de l’île et peut-être des trois provinces.  Cette année même, qui a été si pauvre ailleurs, on a eu là une belle récolte.

Je crains d’avoir calomnié Summerside au commencement de cet article.  En repassant, elle m’a paru presque propre et jolie:  il est vrai qu’elle prenait depuis quelques jours un bain de soleil réparateur.  Il est certain qu’on ne pouvait, comme à Ottawa ces jours derniers, y faire flotter un petit navire sur la boue de sa principale rue.

Tableau des Conventions

1984 par Contribution anonyme

 

I – 1881 – Memramcook

Le choix d’une fête nationale domine les débats; la fête Notre-Dame-de-l’Assomption est choisie.  Les grandes questions suivantes sont débattues:  l’éducation, le problème de l’émigration, la colonisation et la presse.  Ces mêmes questions sont reprises aux Conventions ultérieures.

 

II – 1884 – Miscouche

Les délégués complètent le choix des symboles nationaux, soit un drapeau, un air national, un insigne et une devise.  Les principales résolutions visent à enrayer l’émigration vers les États-Unis, à encourager la colonisation, à freiner l’anglicisation et à donner aux Acadiens de l’Île un meilleur système d’éducation en français.

 

III – 1890 – Pointe-de-l’Église

La question prédominante a trait à la langue d’enseignement dans le nouveau collège Sainte-Anne et dans les écoles et les couvents acadiens de la Nouvelle-Écosse.  On demande que le français soit la langue d’enseignement mais que l’anglais soit enseigné concurremment.

 

IV – 1900 – Arichat

L’acadianisation de l’Église, en particulier la nomination d’un évêque acadien, retient grandement l’attention des délégués de la quatrième Convention nationale.  On s’entend aussi pour que tous les journaux acadiens se donnent la main afin de défendre et réclamer justice lorsqu’il s’agira de protéger les intérêts du peuple acadien.  Le premier ministre canadien, Wilfred Laurier, est présent.

 

V – 1905 – Caraquet

“L’Union fait la force”

La nomination d’un évêque acadien est encore chaudement délibérée.  On demande que le gouvernement vienne à l’aide des cultivateurs acadiens.  On encourage aussi les Acadiens à s’intéresser davantage au commerce et à l’industrie.  L’adoption de manuels français pour les écoles acadiennes est une autre importante recommandation du Congrès.  On demande aussi que le français soit enseigné dans les écoles normales des Provinces Maritimes.

 

VI – 1908 – Saint-Basile

“L’Union fait la force”

Les congressistes décident de faire parvenir une supplique à Rome priant le Pape d’accorder aux Acadiens un évêque de leur nationalité.  On recommande que les journaux acadiens publient chaque semaine un article de fond et qu’ils reproduisent moins d’articles de journaux étrangers.  On demande que les écrivains de l’Acadie collaborent aux journaux.

 

VII – 1913 – Tignish

“Congrès d’action de grâces”

Le Congrès de Tignish prend l’allure d’une fête d’action de grâces suite à la nomination, l’année précédente, d’un évêque acadien.  On met sur pied le Comité de rapatriement, de colonisation et d’agriculture dont le but est de tenter de ramener des États-Unis les Acadiens exilés et de les aider à se rétablir en terre acadienne.

 

VIII – 1921 – Pointe-de-l’Église et Grand-Pré

“Le Congrès du Souvenir”

Les assises à Pointe-de-l’Église sont suivies d’un pèlerinage à Grand-Pré où la Société Nationale l’Assomption avait récemment fait l’acquisition d’un terrain.  Une campagne de souscriptions est lancée pour la construction d’une chapelle commémorative à cet endroit.  On demande que les erreurs contenues dans les textes d’histoire du Canada, relativement à l’histoire acadienne, soient corrigées.  On recommande avec instance aux Acadiens de s’abonner à leurs journaux.

 

IX – 1927 – Moncton

La Convention trace un grand programme d’action pour le peuple acadien.  Elle propose que les Commissions d’étude se réunissent dorénavant une fois par année.  Des recommandations sont faites afin d’augmenter la représentativité des Acadiens au gouvernement provincial du Nouveau-Brunswick.  On encourage les Acadiens à s’organiser coopérativement pour l’achat et la vente des produits de la ferme, de la forêt, de la pêche et de l’industrie.  On exprime le voeu que les Acadiens ne manque jamais de se servir de la langue française dans leurs correspondances avec les divers ministères fédéraux et provinciaux et qu’ils s’adressent en français dans les magasins et chez toute compagnie d’utilité publique.

 

X – 1937 – Memramcook

“Le Congrès de la Reconnaissance”

Les deux principales questions discutées traitent des droits scolaires et de la colonisation.  On cherche aussi à encourager l’agriculture, l’enseignement des arts ménagers, l’établissement d’écoles d’agriculture, la célébration de la fête nationale et la publication et la diffusion de l’histoire acadienne.  On adopte diverses recommandations en ce qui a trait à l’amélioration de l’industrie de la pêche et aux problèmes que rencontre la presse acadienne.

 

XI – 1955 – Les Fêtes de 1955

En 1955, après une vingtaine d’années d’inactivité, la Société Nationale l’Assomption confie à un comité spécial l’organisation de grandes manifestations pour souligner le bicentenaire de la Dispersion.  Les Fêtes de 1955 prennent une envergure considérable; elles se déroulent dans de nombreux centres acadiens.  Tout en n’ayant pas précisément le caractère d’un congrès, elles sont cependant considérées comme le onzième grand ralliement des Acadiens.

 

XII – 1957 – Memramcook

Le but principal du Congrès est de déterminer l’avenir de la Société Nationale l’Assomption.  On lui donne alors une nouvelle constitution.  Parmi les nombreuses modifications, les trois plus importantes sont les suivantes:  l’établissement d’un secrétariat permanent, la création d’un Conseil d’administration et le changement du nom de l’organisme à “La Société Nationale des Acadiens”.

 

XIII – 1960 – Pointe-de-l’Église

“Les Acadiens en 1960″

On précise les besoins des Acadiens et on examine les perspectives d’avenir.  Les séances d’études se font au sein de quatre commissions:  dans une première, on soumet la Société Nationale à un examen critique afin d’évaluer son efficacité depuis la réorganisation; la seconde s’applique à définir ce que devrait être le patriotisme des Acadiens; la troisième s’applique à définir les conditions d’avancement économique; et la dernière, les conditions d’avancement culturel.

 

XIV – 1965 – Caraquet

“Nos forces vives face à l’avenir”

L’accent est mis sur le développement des forces vives des Acadiens, en particulier le dynamisme de la jeunesse.  On s’attarde moins sur l’analyse des lacunes ou des points faibles.  La préoccupation dominante du congrès est de faire un effort de projection vers l’avenir.  On tente de faire une étude positive des problèmes d’actualité et des besoins de la population.

 

XV – 1972 – Fredericton

“Congrès des francophones du Nouveau-Brunswick”

Plus de mille Acadiens du Nouveau-Brunswick assistent au Congrès.  On vote au total 264 résolutions en ce qui a trait aux thèmes suivants:  la politique, le bilinguisme, les médias d’information, l’Union des Provinces Maritimes, la fonction publique, l’éducation, l’économie et la culture.  La Société des Acadiens du Nouveau-Brunswick est fondée.  La Société Nationale des Acadiens, qui depuis un certain temps agissait avant tout comme l’organisme des Acadiens du Nouveau-Brunswick, redevint le porte-parole des intérêts généraux des Acadiens des Maritimes.

La deuxième Convention nationale acadienne

1984 par Contribution anonyme

 

 

Miscouche, Île-du-Prince-Édouard
les 14 et 15 août 1884

Au terme de la Convention de Memramcook, en 1881, il fut décidé que la deuxième Convention nationale aurait lieu à l’Île-du-Prince-Édouard.  Un tel choix fut sans doute motivé par la bonne et impressionnante participation des insulaires à l’événement de Memramcook.

La paroisse de Miscouche fut choisie comme site de la Convention surtout parce qu’elle n’était située qu’à une courte distance de Summerside et qu’elle était facilement accessible par train.  Summerside était en ce temps-là reliée à la terre ferme par un bateau à vapeur qui faisait régulièrement la traversée depuis Pointe-du-Chêne, près de Shédiac.  C’est donc en cette ville, sise sur la baie de Bédèque, que débarqueraient la plupart des délégués en provenance de l’extérieur de l’Île.

Miscouche était à l’époque une paroisse acadienne assez prospère.  D’abord connue sous le nom de la Belle-Alliance, cette paroisse avait été fondée en 1817 par un groupe d’Acadiens de la Rivière-Platte, située à peu de distance de Miscouche sur le littoral de la baie de Malpèque.  À cet endroit, ils étaient locataires du Colonel Harry Compton, le propriétaire du Lot 17.  Des relations difficiles se développèrent entre les Acadiens et leur propriétaire, ainsi qu’avec leurs voisins anglais, de sorte que la plupart quittèrent la Rivière-Platte à compter de 1812 pour aller s’établir ailleurs dans le comté de Prince.  Les derniers à quitter l’endroit profitèrent d’une offre du Colonel Compton et achetèrent, en 1816, 6,000 acres de terres non défrichées pour la somme de 625 livres.  Ils nommèrent d’abord ce site Belle-Alliance et ce possiblement afin de souligner l’heureuse entente conclue avec le propriétaire Compton par laquelle ils étaient devenus propriétaires fonciers.

En 1823, les pionniers de l’endroit construisent une église qu’ils dédient à Saint-Jean Baptiste.  Ils construisent aussi une école.  L’éducation s’améliora beaucoup lorsque l’abbé Joseph Quevillon fit bâtir, en 1864, un couvent qu’il plaça sous la direction des religieuses enseignantes de la Congrégation Notre-Dame de Montréal.  Cette maison d’éducation bilingue contribua grandement à l’avancement et à la prospérité de la région.  Cette institution devint en quelque sorte un symbole du réveil acadien qui commençait à se faire sentir au cours des années 1860.  Enfin, l’ouverture d’une gare de chemin de fer, vers 1872, signala une ère nouvelle pour la localité.

En se basant sur le recensement du diocèse de Charlottetown pour l’année 1890, il est possible d’établir, dans une certaine mesure, ce que pouvait être la population de cette paroisse six ans auparavant.  En 1890, la population catholique de la paroisse comprenait 820 habitants dont 83% étaient d’origine acadienne et 17% d’origine britannique.  Parmi les familles acadiennes, il y avait 43 Gaudet, 32 DesRoches, 26 Poirier, 10 Arsenault, 6 Gallant, 4 LeClerc, 2 Richard, 1 Doucette, 1 LeBlanc, 1 Bourque et 1 Boudreault.  Chez les familles anglophones, la plupart d’origine écossaise, il y avait les MacNeill, Gillis, Steele, Cunningham, Woods, Beairsto et Heckman.

Les Acadiens de Miscouche s’adonnaient surtout à l’agriculture.  Le recensement dénombrait 82 fermiers.  On trouvait également chez la population acadienne toute une variété d’occupations à savoir:  30 ouvriers, 5 marchands, 4 servantes, 4 commis, 3 enseignants, 3 mécaniciens, 2 enseignants de musique, 2 couturières, 2 cordonniers, 1 meunier, 1 tailleur, 1 plâtrier, 1 maître de gare, 1 garde-malade, 1 fabriquant de cure-dents, 1 connétable, 1 locataire et 1 cuisinière.

Cette communauté acadienne semble avoir été assez dynamique à l’époque selon un article intitulé “Le progrès de Miscouche” paru dans le Moniteur Acadien, le 1er juin 1876.  Entre autres, on y mentionne une société de discussion mise sur pied par le Père Ronald McDonald, curé de la paroisse.  Composés presqu’exclusivement de cultivateurs, les membres de cette société se rencontraient régulièrement afin de discuter de l’avancement de l’agriculture et “des moyens les plus propres à relever le niveau de cette noble profession.”  Cette association avait aussi à sa disposition une salle spacieuse, une bibliothèque, une chambre de lecture où ses membres pouvaient aller tous les jours lire les journaux de l’Île, les meilleurs journaux du Canada et des États-Unis, etc.  De temps à autre, on y tenait des séances où on discutait de sujets d’actualité.

En 1884, année de la Convention nationale acadienne, les principaux chefs de file acadiens de l’endroit étaient Gilbert Desroches, H.-V. Desroches, Jean-S. Gaudet et Joseph Poirier (“Joe Bellone”), tous marchands et exportateurs d’huîtres; Prosper Desroches, tailleur; et l’abbé Nazaire Boudreault, curé de la paroisse.  Ce dernier était originaire des îles de la Madeleine.

À l’époque de la Convention, selon plusieurs témoignages, l’anglais se parlait déjà dans certaines familles acadiennes de Miscouche.  La minorité anglophone dans la paroisse avait beaucoup d’influence car les activités publiques se déroulaient surtout en anglais.  Ce courant d’anglicisation se faisait aussi sentir à l’époque dans plusieurs autres communautés acadiennes de l’Île et des Provinces Maritimes.  Réunis à Miscouche, une paroisse acadienne si visiblement menacée par l’assimilation, les chefs acadiens d’alors adoptèrent diverses résolutions visant à enrayer cette marée anglicisante et à assurer ainsi la survie culturelle de leur peuple.

Voici comment le Summerside Journal décrivait le village de Miscouche en 1884: “Ce beau village de campagne est présentement dans un état prospère et florissant.  Nos marchands ont été excessivement occupés au cours de l’automne.  Quelques-uns ont été impliqués dans le commerce des produits agricoles, payant comptant les plus hauts prix pour les pommes de terre, l’avoine, etc.  D’autres marchands ont fait le commerce des huîtres, et certains autres le commerce des oeufs.  À part des commerçants, nous avons toute une gamme de mécaniciens, de carrossiers, de forgerons, de tailleurs, de cordonniers, de charpentiers, de menuisiers, de tonneliers, de bouchers, etc.”

 

 

Manifeste du Président

Messieurs,-

Tout indique notre 2me convention nationale, convoquée à Miscouche pour le 15 du présent mois, doit être couronnée de succès.  Nos compatriotes partout s’empressent de répondre à l’appel qui leur est fait.

Nous espérons qu’à cette réunion de famille nous pourrons resserrer les liens qui nous unissent, aviser aux moyens à prendre pour avancer avec plus de succès encore dans la voie du progrès, apprendre à nous mieux connaître et à mieux apprécier la mission à laquelle nous a destinés la Providence.

Nous avons à coeur, en convoquant cette réunion, de travailler à l’amélioration de notre condition sociale et politique et à tout ce qui peut rendre meilleur notre état comme peuple.  Les questions d’éducation, de colonisation, de commerce, etc., y seront traitées.

Nous vous invitons donc à vous rendre à Miscouche pour le 15 en aussi grand nombre que possible.

Efforçons-nous, surtout, par notre bonne conduite, notre assiduité au travail qui nous y attend, notre déférence pour les opinions d’autrui, et par notre union patriotique, de mériter l’approbation de nos supérieurs ecclésiastiques, l’estime de nos semblables, le respect de nos concitoyens d’origine différente, et la bénédiction du ciel.

Que nous nous amuserons, j’en suis certain, que nos labeurs auront pour résultat l’avancement de notre intérêt général, j’ose l’espérer et offrir des voeux pour la réalisation de cette attente et pour notre plus grand bien.
Veuillez me croire votre serviteur dévoué,

5 août 1884                                                                                                                                                                           P.A. Landry, Président.

(Le Moniteur Acadien, le 7 août 1884)

 

 

Programme

Les officiers de la seconde convention générale, choisis à Memramcook à la Convention générale de 1881, sont :

Hon. P.A. Landry, Président, G.A. Girouard, Secrétaire, Hon. Jos. O. Arsenault, Hon. S.F. Poirier, Urbain Johnson, Pascal Poirier, J.C. Doiron, J.J. Arsenault, M. Robichaud, Urbain Doucet, M. Benoit, F.X. Vautour, Dr E.T. Gaudet, Dr J.A. Léger, N.A. Landry, A.D. Richard, Dr L.N. Bourque, Dr F. Gaudet, Dr A.P. Landry, Onés. Turgeon, Evariste LeBlanc, Dr Gallant, Ferdinand Robidoux, Gilbert Buote.

La convention sera tenue à Miscouche, Île-du-Prince-Édouard, le 15 août 1884.  Tous les Acadiens et descendants d’Acadiens, nommément ceux de l’Île-du-Prince-Édouard, de la Nouvelle-Écosse et du Cap Breton, du Nouveau-Brunswick, des Îles de la Madeleine, de la province de Québec et de l’État du Maine, sont de droit membres de la convention.

Les travaux préparatoires sont confiés à cinq commissions, lesquelles feront rapport à la convention générale.

Sont de droit membres de ces commissions, tous les prêtes acadiens et canadiens des provinces maritimes et des Îles de la Madeleine, tout prêtre, à quelque nationalité qu’il appartienne, desservant dans les provinces maritimes, l’État du Maine, et la province de Québec, une paroisse composée en tout ou en partie d’Acadiens; tout sénateur et conseiller législatif acadien; tout député et ex-député acadien aux Chambres des Communes ou à la législature de sa province; cinq délégués nommés à cette fin par chaque paroisse acadienne des provinces maritimes, des îles de la Madeleine, de l’État du Maine, de la province de Québec, et toute personne spécialement invitée par le conseil des officiers généraux.

Les commissions, sous la présidence de leurs rapporteurs, se réuniront à Miscouche mercredi après-midi et jeudi, les 13 et 14 d’août, afin d’être prêtes à faire leur rapport le 15.

1e COMMISSION
LA COLONISATION

M. l’abbé Joseph Ouellet, Saint-Marie, N.B., rapporteur; l’Hon. S.F. Perry, Tignish, Î.P.É., secrétaire.

2e COMMISSION
LANGUE ET ÉDUCATION FRANÇAISE

M. Palcal Poirier, Ottawa, rapporteur; M. Blanchard, avocat, Î.P.É., secrétaire.

3e COMMISSION
DRAPEAU ET CHANT NATIONAL

M. l’abbé S. Doucet, Tracadie, N.B., rapporteur; le Révd. Père André Cormier, Memramcook, N.B., secrétaire.

4e COMMISSION
AGRICULTURE

M. l’abbé M.F. Richard, N.B., rapporteur; l’hon. J.O. Arsenault, Î.P.É., secrétaire.
5e COMMISSION
COMMERCE ET INDUSTRIE

M. Robicheau, M.P.P., N.E., rapporteur; M. Gilbert Desroches, Î.P.É., secrétaire.

Toute paroisse ou mission acadienne des provinces maritimes, de l’État du Maine et des îles de la Madeleine, devra élire cinq délégués, lesquels sont priés de se réunir à l’Île du Prince-Édouard le 13 du mois d’août dans l’après-midi.  Cette élection des cinq délégués se fera, s’il est possible, le troisième dimanche du mois de juin, à l’issue de l’office divin – messe ou vêpres.  M. le curé, ou, à son défaut, messieurs les marguilliers et syndics, sont priés de prendre l’initiative de l’élection des délégués de leur paroisse ou mission.

Les délégués devront sans retard faire un rapport écrit de leur élection signé par M. le curé ou par trois syndics ou marguilliers, adressé à M.G.A. Girouard, Bouctouche, Kent, secrétaire général de la convention.

(Le Moniteur acadien, le 31 juillet 1884)

 

 

Les préparatifs

“De Miscouche nous apprenons de source autorisée que la paroisse se prépare avec un élan magnifique et une harmonie parfaite à faire les frais de la cérémonie et de la réception.

Il y aura tea party le 14 et et 15 et comme les dames de Miscouche et leurs maris ont déjà fait leurs preuves en pareilles occasions, les visiteurs assisteront à un pique-nique digne du nom.

M. le curé Boudreau préside aux préparatifs, c’est dire que tout sera fait à point.

M. le curé a bien voulu se charger aussi d’organiser la cérémonie religieuse par laquelle s’ouvrira la Convention dans la matinée du 15 août.  Il y aura messe solennelle et sermon de circonstance.  La religion occupe toujours la première place dans nos jours de fête, aujourd’hui comme aux premiers temps de l’Acadie.”

(Le Moniteur Acadien, le 31 juillet 1884)

 

Le transport des participants

“L’endroit choisi pour tenir la convention (Miscouche) est l’un des plus pittoresques et des plus agréablement situés de l’Île Saint-Jean; il n’est qu’à cinq milles à l’ouest de Summerside et l’on s’y rend en chemin de fer, des deux extrémités de l’Île.  De Shédiac la traversée à Summerside dure à peine trois heures.

Enfin les conditions avantageuses obtenues, par l’honorable M. Landry, président de la convention, des voies ferrées et des bateaux traversiers pour le passage de ceux qui assisteront à la convention, mettent le voyage à la portée de toutes les bourses, et nous serons bien déçus si nos nationaux de la grand’terre ne vont en grand nombre rendre à leurs frères insulaires la visite qu’ils en ont reçue en 1881.”

(Le Moniteur Acadien, le 31 juillet 1884)

 

“Tous ceux qui peuvent le faire doivent se rendre à Miscouche pour le 15 août.  C’est un devoir sacré que tout Acadien se doit à lui même et à sa patrie.  Grâce aux favorables conditions de passage obtenues par le président de la convention en faveur de ceux qui s’y rendront, on n’a pas d’excuse pour rester en arrière.

Des rives du comté de Kent, des paroisses du Barachois et du Cap Pelé, et du Petit Cap, on peut facilement se rendre à Miscouche dans les embarcations que presque chacun de nos habitants possède. Un grand nombre s’y rendront sans doute par ce moyen.”

(Le Moniteur Acadien, le 7 août 1884)

 

Excursion à bon marché

“Ainsi que nous l’avons dit la semaine dernière, il y a, à l’occasion de la convention de Miscouche, excursion sur le chemin de fer de l’Île, l’Intercolonial et les bateaux à vapeur.

L’Intercolonial et le chemin de fer de l’Île émettront à toutes leurs stations des billets d’excursion à bon marché à partir du 13 août, lesquels seront bons pour le retour jusqu’au 18.

La compagnie des vapeurs de l’Île donnera pour $1.00 des billets de retour à tous ceux qui iront à la convention, et qui seront munis d’un certificat constatant la chose.  Ce certificat sera donné à bord du bateau soit par M. le président de la convention soit par son délégué, pendant la traversée, le 13 et le 14.

Les excursionnistes qui s’embarqueront aux stations de l’Intercolonial devront demander à l’agent des billets d’excursion en spécifiant qu’ils se rendent à la convention de Miscouche.  Ces billets toutefois ne comprendront que le passage de la station de départ à la station de la Pointe-du-Chêne, attendu qu’il faudra acheter ses billets de traversée à bord des bateaux à vapeur qui nous transportent à Summerside.”

(Le Moniteur Acadien, le 7 août 1884)

 

Fanfare

“Ainsi que nous l’anticipions, un bon nombre de délégués et autres se sont rendus ou vont se rendre à Miscouche en goëlette.  Il en est parti quarante de Richibouctou, mardi, par cette voie, et de Bouctouche on s’est organisé pareillement.

Hier, un bon nombre de nos compatriotes ont traversé par le vapeur.

Grâce à l’énergie de M. Sylvère Arsenault, qui a pu rassembler une dizaine de membres du corps de musique du Collège Saint-Joseph, on aura le plaisir d’entendre cette fanfare à la convention.  Les musiciens, ayant à leur tête le R.P. Bourque, leur directeur, se sont embarqués hier.”

(Le Moniteur Acadien, le 14 août 1884)

 

L’arrivée des délégués

“Les délégués à la Convention des Acadiens-français qui débute à Miscouche aujourd’hui et qui se termine demain sont arrivés à Summerside hier soir accompagnés d’une fanfare.  Le surintendant Coleman qui se trouvait à ce moment-là à Summerside a mis un train spécial à leur disposition et ils furent ainsi capables de se rendre à Miscouche dans la soirée.  Les délégués viennent de toutes les régions du Nouveau-Brunswick, de la Nouvelle-Écosse et du Cap-Breton.”

(The Examiner, le 14 août 1884, Traduction)

 

 

Compte rendu des activités

“Plus de la moitié des délégués s’étaient rendus à Miscouche pour le 14 afin de prendre part aux travaux des commissions, lesquelles, toutefois, n’ont pu, excepté celle de la langue et de l’éducation françaises, accomplir leur oeuvre que dans la soirée.  Les commissions ont siégé dans les salles du couvent de Miscouche, généreusement mises à la disposition de la convention par les Religieuses de la Congrégation de Notre-Dame.

Disons de suite que les mesures prises par M. le curé de Miscouche et ses paroissiens pour recevoir les gens ne laissaient rien à désirer.  Franche hospitalité, accueil cordial, prévenance empressée, on se sentait à l’aise partout.

À l’arrivée du vapeur à Summerside mercredi et jeudi, des convois spéciaux transportaient les passagers à Miscouche, où l’on arrivait à temps pour prendre le souper sous les tentes érigées à peu près à mi-chemin entre la gare et l’église; le service des tables était très bien organisé, et les dames méritent des éloges pour le succès avec lequel elles ont rempli leur tâche.

De fréquentes averses ont interrompu le pique-nique qui a eu lieu le 14, et l’on avait lieu de craindre pour le succès du lendemain.  Ces craintes ne se réalisèrent point, car jamais soleil plus radieux n’a lui sur un jour de fête.

Aussi, dès sept heures du matin, les abords de l’église étaient-ils déjà remplis d’une foule immense, en habits de fête, le sourire sur les lèvres, la figure rayonnante, le regard animé.  Le temple de la paroisse allait être trop petit pour contenir la dixième partie de la multitude.  Un autel fut érigé à la porte de l’église sous un dais de verdure, et les Religieuses du couvent se chargèrent d’exécuter les décors.

Un espace suffisant fut réservé en face de l’autel pour les membres du clergé présents, les membres du comité exécutif et les délégués, les membres du corps de musique et le choeur paroissial.

(…)

De quatre à cinq mille personnes se pressaient sur le carré de l’église lorsque commença, à neuf heures et demi, le Saint Sacrifice de la messe, offert par le doyen des prêtres acadiens, M. l’abbé Charles Boudreault, des Îles Madeleine…
Le choeur de Miscouche, composé d’environ vingt voix – hommes et femmes – exécuta à perfection une messe en musique celle de Peters – sous la direction d’une Religieuse du couvent, aidée de Mlle Léonore Bourque, qui présidait à l’orgue.  À l’offertoire, le choeur chanta l’Ave Marie de Lambillotte.  Le corps de musique du collège St-Joseph fit entendre plusieurs morceaux appropriés à la circonstance.

Après la messe, le Révd Père A.-D. Cormier, du Collège Saint-Joseph, prononça le sermon de circonstance.  Prenant pour texte ces paroles:  Beatus populus cujus Dominus Deus ejus, le prédicateur – invité à la dernière heure – n’eut qu’à laisser parler son coeur pour être éloquent.

(…)

Après la messe on se sépara pour le dîner.  À une heure, du haut d’une estrade préparée spécialement à cette fin, le président ouvrit les travaux de la convention dans un admirable discours qui frappa tous les esprits par la justesse de ses observations.

La convention à dû siéger le soir, dans la salle du couvent, pour élire les officiers du prochain congrès, qu’il a été décidé de tenir à la Nouvelle-Écosse.  L’hon. M. Landry a été réélu président à l’unanimité; l’hon. Isidore LeBlanc, d’Arichat, et M. Urbain Doucet, de la Rivière Météghan, ont été choisis pour vice-présidents, et M. Pascal Poirier pour secrétaire.”

(Le Moniteur Acadien, le 21 août 1884)

 

 

Les résolutions de la Convention

Les délégués réunis en sessions d’études à Miscouche, en 1884, ont tenté de trouver des solutions aux nombreux obstacles qui entravaient la survie et le développement de leur peuple en tant qu’entité culturelle.  Ils se sont d’abord rencontrés en divers ateliers pendant la soirée du 13 août et au cours de la journée et de la soirée du 14.  Leurs résolutions furent ensuite présentées en plénière au cours de l’après-midi du 15 où elles furent adoptées par l’ensemble des membres de la Convention.

Les premières résolutions étudiées et adoptées concernaient la colonisation et le problème de l’émigration des Acadiens vers les centres urbains et industriels des États-Unis.  Résoudre cette question était la principale préoccupation des chefs acadiens.  En effet, ceux-ci considéraient cette migration comme une menace sérieuse à la survivance de leur peuple.  Elle mettait en cause le maintien de la langue française, des traditions acadiennes et même, croyait-on, de leur foi catholique.  Des résolutions furent donc formulées afin d’enrayer le mouvement d’émigration vers les États-Unis en encourageant les jeunes Acadiens à aller s’établir du côté des terres vacantes du Nouveau-Brunswick.  Ainsi, on donna un nouvel élan à la Société de Colonisation, fondée lors de la première Convention, en élisant le dynamique Père Marcel-François Richard à la présidence.

 
Le second groupe de résolution se rattachaient à la langue et à l’éducation française.  Celles-ci concernaient surtout les Acadiens de l’Île.  On adopta en effet des recommandations adressées au gouvernement insulaire.  Elles demandaient que l’enseignement de la langue française, dans les districts scolaires acadiens, soit mis sur le même pied que l’enseignement de la langue anglaise; que les professeurs reçoivent pour l’enseignement du français les mêmes rémunérations pécuniaires et les mêmes chances d’avancements que pour l’enseignement de l’anglais; et que l’inspection des écoles se fasse en français comme en anglais dans les localités françaises.  Afin d’aider à promouvoir la langue, l’éducation et la culture française chez les Acadiens, La Ligue française fut mise sur pied.  On formula le voeu que celle-ci soit affiliée à une société du même nom, récemment formée en France, et dont le but était la promotion de la langue et de la civilisation françaises dans le monde.

La Convention de Miscouche est surtout connue comme celle où les Acadiens se sont choisis un drapeau et un hymne national.  Le choix de ces symboles fut effectivement l’objet des délibérations de la troisième commission.  En plénière, toute l’assemblée ratifia sa principale résolution voulant que le tricolore français, avec une étoile jaune dans la partie bleue, soit adopté  comme drapeau acadien.  Les délégués ont aussi adopté l’air de l’Ave Maris Stella comme hymne national.  Ils se sont également choisis à Miscouche un insigne et une devise, “l’Union fait la force.”

Les délégués ont accordé une grande importance à l’agriculture.  Ils s’entendaient sur le fait que l’agriculture avait été et continuerait d’être la sauvegarde de la culture acadienne.  Des résolutions demandaient donc aux Acadiens de porter une plus grande attention à améliorer leur mode de culture et d’éviter de diviser et de subdiviser leurs petites fermes.  On conseillait aussi fortement à ceux obligés d’abandonner leurs terres, par la force des circonstances, de vendre à leurs compatriotes.  Enfin, on proposait que des sociétés agricoles soient établies dans chaque paroisse acadienne.

Des résolutions qui visaient le commerce et l’industrie ont aussi été adoptées par les délégués.  Nous ne connaissons toutefois pas la nature de ces dernières car elles n’ont pas été rapportées par la presse et tous les documents officiels de la Convention ont été perdus.

Membres du Comité exécutif de la deuxième Convention nationale acadiennes présents à Miscouche

1984 par Contribution anonyme

 

L’honorable Olivier-J. LeBlanc
(1830-1919)

L’honorable Olivier-J. LeBlanc est né à Memramcook en 1803.  Il fréquenta l’école de son village.  Cultivateur de profession, il alla dans sa jeunesse s’établir à Sainte-Marie où il s’engagea aussi dans les affaires du commerce.

En 1882, il se porta candidat aux élections provinciales du Nouveau-Brunswick et fut élu.  Réélu à chaque élection, il siégea au gouvernement jusqu’en février 1891.  À partir de 1889, il fut ministre sans portefeuille dans le Conseil exécutif provincial.  En avril 1891, il fut élevé au Conseil législatif.

 

Narcisse-A. Landry
(1856-1941)

Narcisse-A. Landry est né à Memramcook le 14 avril 1856.  Il était le plus jeune fils d’Amand Landry, le premier Acadien élu à l’Assemblée législative du Nouveau-Brunswick, et frère du juge Pierre-Amand Landry.  Après avoir terminé ses études au Collège Saint-Joseph, il étudia le droit au bureau de son frère et à l’École de droit de Boston.  Il fut admis au Barreau en juin 1879.  Il pratiqua d’abord trois ans à Shédiac et ensuite il se fixa de façon définitive à Bathurst.  Il fut candidat aux élections fédérales de 1887 et de 1891.

 

Rémi Benoît
(1842-1919)

Rémi Benoît est né à D’Escousse, Île-Madame (Cap-Breton), en 1842.  D’abord enseignant et puis inspecteur d’écoles, M. Benoît fut aussi percepteur des douanes du port d’Arichat (Cap-Breton).

En 1896, il émigra, comme tant d’autres de ses contemporains, aux États-Unis.  Dans ce pays, il continua à se dévouer à l’avancement des siens.  Il fut, en effet, le premier président de la Société l’Assomption, fondée à Waltham en 1903.  Il revint en Acadie en 1913 pour occuper un poste à la rédaction de l’Évangéline, à Moncton.

 

Édouard Girouard
(1856-1949)

Né à Sainte-Marie, comté de Kent (Nouveau-Brunswick), le 25 novembre 1856, Édouard Girouard fréquenta l’école de son village, l’école graduée de Bouctouche, l’école grammaire de Richibouctou et le collège Saint-Michel de Chatham.  Après avoir enseigné pendant un an dans sa paroisse, et avoir été commis au bureau de poste de Richibouctou pendant dix-huit mois, il étudia le droit et fut admis au Barreau en 1883.  Il s’établit la même année à Moncton.  Il fut le vérificateur des comptes de la ville de Moncton de 1884 à 1886.

 

Dr Lucien-J. Belliveau
(1861-1911)

Le Dr Lucien-J. Belliveau était natif de Memramcook.  Diplômé du collège Saint-Joseph, il obtint en 1884 son diplôme en médecine de l’Université Victoria de Montréal.  Il se fixa ensuite à Shédiac.  Lorsque Shédiac fut constituée en ville, il en devint le premier maire.

Grand patriote acadien et bon orateur, il lança l’idée de la Caisse écolière de la Société l’Assomption dans un discours qu’il prononçait lors de la fondation de cette association à Waltham, en 1903.

 

Dr Fidèle Gaudet
(1850-1927)

Le docteur Fidèle Gaudet, de Météghan, Nouvelle-Écosse, est né au Village-de-l’Église, dans la paroisse de Memramcook, le 15 juin 1850.

Après avoir terminé un cours d’études classique au collège Saint-Joseph, il étudia la médecine et obtint son diplôme en 1875 de l’École de médecine de l’Université Victoria, à Montréal.  Il se fixa immédiatement à Memramcook, sa paroisse natale, où il demeura jusqu’en septembre 1881, alors qu’il alla s’établir à Météghan, Nouvelle-Écosse.

 

Dr Alexandre-P. Landry
(1834-1905)

Le Dr Alexandre-P. Landry est né à Sainte-Marie, comté de Kent, Nouveau-Brunswick, le 12 juin 1834.  Il fit un cours d’études au collège Sainte-Anne de la Pocatière et décrocha son diplôme d’instituteur de l’École normale du Nouveau-Brunswick.  Il consacra une douzaine d’années à l’enseignement dans les écoles publiques.

En novembre 1867, il entra au Collège médical de l’Université Harvard, à Boston, où il décrocha son diplôme en médecine en 1870.  Il fut alors proclamé le premier médecin acadien des Provinces Maritimes.  Il était donc, en 1884, le doyen des médecins acadiens.  Il établit sa pratique d’abord dans le district de Clare, en Nouvelle-Écosse.  Cette même année (1870), il fut nommé inspecteur d’école pour le même district.  En 1877, il alla s’établir à Bouctouche.  Il exerça sa profession dans le comté de Kent durant près de neuf ans. Il retourna s’établir dans la région de Clare en 1886.

 

Auguste Renaud
(1826-1897)

On ne possède aucun renseignement précis sur Auguste Renaud avant son arrivée à Bouctouche vers 1860.  Il existe diverses versions concernant son arrivée mystérieuse en Acadie.  Entre autres, l’histoire orale rapport qu’il était un matelot français abord d’un vaisseau marchand lorsqu’il se décida, au large de Bouctouche, de sauter à l’eau et de gagner la rive à la nage.  Il serait né à Bordeaux, France, en 1826.

Possédant un peu d’instruction, il se fit instituteur à la demande des habitants de Bouctouche.  Il s’engagea aussi dans le commerce du bois et du poisson.

À la première élection fédérale, en septembre 1867, il fut élu membre du Parlement canadien pour le comté de Kent.  Auguste Renaud fut dont le premier député français du Nouveau-Brunswick à siéger à la Chambre des communes.

Défait aux élections de 1872 et de 1874, il se retira de l’arène politique.  En 1885, il fut nommé sous-percepteur des douanes à Bouctouche.

 

L’honorable Joseph-Octave Arsenault
(1828-1897)

Joseph-Octave Arsenault est né à Cascumpèque (Île-du-Prince-Édouard) le 5 août 1828 et déménagea à Baie-Egmont avec ses parents en 1831.  Il reçut son instruction aux écoles paroissiales de Baie-Egmont et de Miscouche ainsi qu’à l’Académie centrale de Charlottetown.  De 1847 à 1865, il se livra à l’enseignement.

En 1865, il abandonna l’enseignement et établit un commerce à Abram-Village et, plus tard, à Wellington.  Il s’établit à Abram-Village où il s’adonna aussi à l’agriculture.  Il devint également propriétaire d’une usine de mise en conserve du homard.  En 1867, il fut élu à l’Assemblée législative de l’Île où il siégea pendant 28 ans.  Il fit partie de plusieurs administrations à titre de membre du Conseil exécutif de la province.

En 1895, Joseph-Octave Arsenault fut nommé Sénateur.  Il ne siégea au Sénat que pendant deux ans car il décéda le 14 décembre 1897.  Il a l’honneur d’avoir été le seul Acadien de l’Île-du-Prince-Édouard qui ait siégé au Sénat canadien.

 

Antoine Girouard
(1836-1904)

Antoine Girouard est né à Sainte-Marie, comté de Kent (Nouveau-Brunswick), en 1836.  Après avoir fréquenté l’école de son village, il s’établit à Bouctouche où il s’engagea dans le commerce.

De 1870 à 1874, il siégea à l’Assemblée législative du Nouveau-Brunswick.  En 1874, il fut nommé shérif du comté de Kent.  Il occupa ce poste jusqu’en 1888.

 

Stanislas Blanchard
(1854-1916)

Né à Rustico (Île-du-Prince-Édouard) le 25 mars 1854, Stanislas Blanchard fit ses études primaires à l’école de sa paroisse.  Il termina ses études secondaires au Collège Saint-Dunstan, Charlottetown, où il obtint un brevet d’instituteur et enseigna pendant deux ans.  En 1876, il commença ses études en droit et il fut admis au Barreau de l’Île en 1881.  Il fut le premier Acadien de l’Île à devenir avocat.  Il fixa sa résidence à Charlottetown.

En 1905, il est nommé juge du Comté de Kings, poste qu’il remplit jusqu’à sa mort en 1916.  Il fut le premier Acadien de l’Île à être nommé juge.

 

Ferdinand Robidoux
(1989-1921)

Ferdinand Robidoux est né à Saint-Rémi, dans la province de Québec, le 14 juin 1849.  Il devint propriétaire du Moniteur Acadien lorsque son fondateur, le Montréalais Israël-D. Landry, en abandonna la direction vers la fin de 1867.  Il en partagea d’abord la possession avec Norbert Lussier, originaire lui aussi du Québec.  Cependant, à partir de 1873, Robidoux en devint l’unique propriétaire; la famille Robidoux devait administrer le journal jusqu’à sa dissolution en 1926.

En tant que propriétaire et rédacteur-en-chef du premier journal de langue française dans les Provinces Maritimes, Ferdinand Robidoux joua un rôle important dans le développement du nationalisme acadien de la fin du 19e siècle.

La culte des morts

1983 par Sœur Saint-Hildebert

par Soeur Saint-Hildebert, c.n.d.

 

Extrait du manuscrit inédit, L’Âme acadienne, rédigé vers 1940 par Soeur Saint-Hildebert (Ann Elizabeth White), 1886-1967, religieuse de la Congrégation de Notre-Dame.  Elle était originaire de Rollo Bay, Î.-P.-É.

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Dès l’origine de la race, les membres des différentes familles acadiennes étaient très attachés les unes aux autres.  De plus, les habitants de chaque village, par suite de mariages entre eux, formaient une société où régnaient une solidarité admirable.  Naturellement sympathiques et compatissants envers tous ceux qui souffraient, les Acadiens avaient une grande dévotion envers les âmes du purgatoire en général, et envers les âmes de leurs proches parents en particulier.  Ils priaient beaucoup pour ces dernières et, pour elles, ils faisaient dire de nombreuses messes.

Par esprit de foi autant que par amour fraternel, ils gardaient la mémoire de leurs chefs disparus.  Car, pour les anciens Acadiens, le ciel et le purgatoire n’étaient pas des régions vagues et lointaines; au contraire, ces gens simples et droits semblaient vivre tout près du monde invisible.  Le Jour des Morts surtout, les âmes des trépassés leur étaient présentées à l’esprit; le soir de ce jour, les femmes n’osaient pas sortir de peur de rencontrer sur leur chemin quelque visiteur venu de l’autre monde pour demander des prières.  Il n’était pas rare qu’elles crussent entendre les soupirs et les gémissements de ces âmes souffrantes; elles pensaient même voir des revenants qu’elles reconnaissaient comme leurs parents défunts.  Cela pourrait être l’effet d’une imagination surexcitée ou d’un tour joué par de jeunes espiègles.  Mais, qui sait?  Il pouvait y avoir quelque-fois du surnaturel dans les voix et les apparitions qui causaient tant d’émoi chez les habitants de l’Acadie.

Ce fut surtout après le retour de l’exil qu’ils furent favorisés ou affligés de ces visites.  Voir mourir leurs parents sans le ministère du prêtre, leur donner la sépulture sans même un arrêt à l’église pour une dernière bénédiction; c’étaient là des peines difficiles à supporter sans une foi vive et profonde.  Un amour filial envers Dieu le Père, une confiance sans bornes en Sa bonté pour ses enfants affligés faisaient croire parfois aux Acadiens qu’aucun de ceux qui s’efforçaient de vivre habituellement en paix avec leur Créateur ne serait privé de la grâce des derniers sacrements; que, si un prêtre lui manquait à sa dernière heure, un ange du ciel serait envoyé pour lui imposer spirituellement l’onction sainte ».1

Mais la peine occasionnée par l’impossibilité de faire dire des messes pour les âmes de leurs défunts était très profonde.  Ces chrétiens éprouvés essayaient d’y suppléer par leurs prières fréquentes et surtout par leur ferveur pendant l’office divin, le dimanche, quand ils avaient le bonheur d’y assister.

Dans le compte rendu de ses visites pastorales de 1811 et de 1812, Monseigneur Plessis, évêque de Québec, écrit ses impressions au sujet des voix mystérieuses qui se faisaient entendre dans quelques-unes des églises acadiennes :

“Depuis environ six ans, on entend parler dans toutes les chapelles acadiennes de l’Île Saint-Jean —- celle de la baie de Fortune exceptée — des voix, ou plutôt une voix, tantôt chantante, tantôt soupirante, dont plusieurs personnes se trouvent singulièrement affectées.  La voix soupirante est celle d’une personne qui serait dans une affliction sourde et profonde; la voix chantante est celle d’une femme ou d’un enfant, qui se fait entendre au-dessus de celle des chantres, car c’est pendant l’office que l’on entend cette voix glapir, surtout pendant les litanies du Saint Nom de Jésus qu’il est d’usage de chanter le dimanche pendant la messe.  Tous les assistants n’entendent pas cette voix en même temps; ceux qui l’ont entendue un dimanche dans une église ne l’entendent pas toujours le dimanche suivant dans une autre, ou le dimanche suivant, dans la même église.  Il en est qui ne l’ont jamais entendue.  Quelquefois, elle est entendue d’une personne et ne l’est pas d’une autre placée dans le même banc.  Cependant, plusieurs sont frappés du son de la voix gémissante jusqu’à en tomber en pamoison.  S’il n’y avait que des femmes et des enfants qui affirmassent la chose,  on pourrait tout uniment l’attribuer à une imagination échauffée, mais parmi plus de cent personnes qui l’ont entendue dans la seule église de Rustico, et peut-être dans celle de Malpec, il y a des gens de tout âge, des esprits sensés et solides; tous rapportent la chose uniformément sans avoir aucun intérêt à le maintenir puisqu’ils en sont fatigués et affligés.  Ces voix n’ont pas même épargné les cabanes où les Acadiens occupés au loin à l’exploitation des bois se réunissent le dimanche pour chanter quelques cantiques.  Elles ont même traversé à Shédiac, où l’on a cessé de les entendre le dimanche de la Quasimodo 1811.  “J’ai nié cela, disait au prélat un des hommes les plus sensés de Rustico, aussi longtemps que j’ai pu, car je ne suis pas du nombre de ceux qui entendent les voix.  Mais ce nombre a tellement crû, et il s’y est trouvé des personnes si incapables de mentir; j’en ai tant vu mettre en dépense et faire prier pour les âmes du purgatoire, dont ceci leur semble être le langage, que j’aurais crû être coupable de témérité si j’avais résisté plus longtemps à la persuasion générale.Que conclure de tout cela?  Qu’il y a des voix qui se font entendre et cela dans les lieux où il n’y a pas de ventriloques, où le peuple n’est pas assez rusé pour être soupçonné d’aucun prestige, où la disposition même des édifices ne s’y prêterait pas.  Mais quelles sont ces voix?  D’où viennent-elles?  Pourquoi ne se font-elles pas entendre de tout le monde?  Pourquoi les églises écossaises en sont-elles exemptées alors que celles des Acadiens en sont affligées?  C’est sur quoi chacun peut former les conjectures qui’il lui plaira. »3

Ces voix mystérieuses cessèrent de se faire entendre après que les Acadiens eurent commencé à faire dire des messes pour les âmes du purgatoire.  Pour cela, ils faisaient des sacrifices énormes, car la plupart d’entre eux étaient toujours assez pauvres.  Dans la paroisse Saint-Jacques d’Egmont Bay (Î.-P.-É.) les paroissiens trouvèrent un moyen original pour avoir de l’argent à consacrer à cette fin louable.  Au commencement du mois de novembre, ils mettaient dans l’église une grande boîte, dans laquelle on déposait les articles dont on voulait faire le sacrifice en faveur des âmes du purgatoire.  On y mettait des vêtements fabriqués à la maison, tels que des bas, des mitaines, des morceaux de toile, un manteau, une quenouillée de filasse, etc.  Après la messe, ces articles étaient vendus à l’encan, et avec l’argent ainsi obtenu, on faisait dire des messes.  Au commencement du carême, la même chose se répétait et les âmes du purgatoire bénéficiaient souvent de l’offrande du Saint-Sacrifice.  De cette manière, les Acadiens coopéraient à une oeuvre de charité très méritoire.  Ainsi ils attiraient des bénédictions spéciales sur leurs familles et sur la paroisse entière, — bénédictions qui leur ont valu peut-être ces nombreuses vocations religieuses et sacerdotales qui font la gloire de cette belle paroisse.

Si, après ce temps, les âmes du purgatoire gardaient un silence absolu dans les églises acadiennes, elles semblaient se manifester d’une autre manière à leurs amis.

Une femme très estimable, Madame D., de Miscouche, I.-P.-É. dont la belle-mère était morte depuis quelques mois, s’était éveillée pendant la nuit à l’audition d’un bruit étrange, comme le son des pas lourds d’une personne qui traînait des chaînes après elle.  La chose se renouvela trois soirs de suite; le troisième soir, Madame D. crut reconnaître la forme de sa belle-mère défunte qui se tenait près de la porte de sa chambre.  Elle lui demanda:  “Comment allez-vous? — Une voix qui lui était familière lui répondit:  “Ah, si tu savais combien on doit être pur pour entrer en Paradis”.  Ce fut tout; la forme s’éloigna lentement pour ne plus reparaître.  Le lendemain, Madame D. demanda à son beau-père s’il voulait bien vendre quelque chose afin de faire dire des messes pour le repos de l’âme de la défunte.  Monsieur D. s’empressa de vendre un beau châle qui avait appartenu à sa femme et, avec l’argent provenant de la vente, il fit dire des messes pour le repos de son âme.

Une autre femme acadienne, Madame S.D., de St-Louis-de-Kent, N.-B., eut une semblable expérience.  C’est au milieu d’un champ, en plein après-midi, qu’elle crut rencontrer son frère défunt.  Il avait l’air tout triste et il sembla vouloir lui parler.  Mais Madame D. avait tellement peur qu’elle ne lui dit mot.  Le soir, elle rêve à ce frère; elle le voit venir vers elle tout comme il était apparu dans le champ.  “Vas-tu bien? lui dit-elle.  Fait-il bien dans l’autre monde? — Il fait bien pour ceux qui vont bien”, répondit-il.  Le lendemain matin, elle s’en va trouver le prêtre; elle lui donne de l’argent pour des messes pour le repos de l’âme de son frère.

Bien souvent, les Acadiens promettent des messes pour les âmes du purgatoire lorsqu’ils veulent obtenir des faveurs temporelles.  Une bonne mère de famille, n’ayant pas les moyens de faire dire des messes, promet de réciter un chapelet pour les âmes chaque soir avant de se coucher.  Occupée du soin d’un enfant malade, il lui arrive un soir d’omettre cette prière.  Dans le coin de la chambre, elle entend remuer les grains de son chapelet.  Elle croit que quelqu’un le secoue vigoureusement.  Mais il n’y a personne dans cette partie de la chambre où est accroché le chapelet.  Après un tel avertissement, cette femme se décide de ne plus omettre le chapelet promis.

Chez les Acadiens, il y a toujours des événements qu’on prend pour signes avant-coureurs de la mort:  un oiseau entre dans la maison, une poule chante, ou le coq chante après le coucher du soleil; voilà des choses qui avertissent la famille qu’un de ses membres va mourir.  Parfois, on entend des sons étranges, ou on voit des lumières dans les endroits fréquentés par la personne qui doit mourir.  Si le chien hurle sans raison apparente, on croit que l’animal sent qu’il va perdre son maître.

Quand une personne est gravement malade, des femmes charitables des maisons voisines ne manquent pas de venir assister la famille affligée.  Ordinairement, elles savent sans se tromper si la maladie est fatale et elles avertissent la famille éprouvée lorsqu’il faut aller chercher le prêtre.  Même les jeunes qui viennent d’entrer en ménage ne craignent pas en pareil cas de prononcer jugement d’après leurs observations intelligentes et justes.  En présence de la mort, elles sont ordinairement calmes et serviables.  Sans avoir fait de cours dans les hôpitaux, elles sont, en général, bonnes garde-malades.

 
Après la mort, on arrange convenablement la chambre mortuaire, ayant soin d’ôter tout objet qui n’est pas nécessaire ou utile, toute chose qui sent la vanité ou la frivolité.  On y met tous les objets de piété qui se trouvent dans la maison; au mur, près du cercueil, on accroche des images de Notre Seigneur, de la Sainte Vierge et des saints.

Pendant les jours où le corps est exposé, on récite à courts intervalles, des prières pour les morts, le chapelet et les litanies.  Lorsque les jeunes gens jugent que ces exercices sont un peu trop longs, ils se retirent discrètement dans une autre pièce pour jouer aux cartes ou s’amuser avec plus d’abandon.

Autrefois, des prières liturgiques étaient récitées par un ancien qui savait lire ou par une ancienne qui les savait par coeur, après quoi, on chantait en deux choeurs des cantiques en l’honneur de Notre Seigneur ou de la Sainte Vierge; les filles et les garçons alternaient les versets; ceux-ci étant d’un côté de la pièce et celles-là de l’autre.  Entre ces pieux exercices, on causait tout bas, les bonnes anciennes suggérant des sujets de conversation édifiants et voyant à ce que les jeunes gens eussent une attitude respectueuse.

Dans le passé, comme au 20e siècle, on parlait, pendant ces longues veillées, des signes avant-coureurs de la mort qu’on avait remarqués, des choses que le défunt aurait dites qui semblaient indiquer qu’il avait eu un pressentiment de sa fin prochaine.  Surtout si la mort avait été subite, on essayait de trouver quelque indication qui dénotât que la personne avait été prévenue du dénouvement fatal.  Alors on entendait des remarques telles que celles-ci:  “Avant de sortir ce jour-là, il fit telles choses où il parlait ainsi — on ne voulait pas qu’il quitte la maison, mais il devait le faire; c’était son destin.  Ce qui doit arriver arrivera toujours.  Son heure était venue… C’est la sainte volonté de Dieu…”  Ainsi, on parlait de la vie comme d’un enchaînement d’événements inévitables, ces réflexions révélant chez les Acadiens un certain fatalisme dont leurs descendants ne sont pas exempts.

Pendant la nuit, on servait un réveillon et on tenait à ce que tous, sans exception, se missent à table pour prendre quelque chose.  Ce repas était donné dans un esprit de charité fraternelle comme un acte méritoire fait pour le soulagement de l’âme du défunt, et l’on croyait que chaque repas ainsi servi diminuait la dette de cette âme envers la justice divine.

S’il pleuvait le jour de l’enterrement, on regardait l’eau qui venait du ciel comme un signe sensible que l’âme avait trouvé grâce devant Dieu.  C’était l’ “Aspergès” du Bon Dieu qui voulait lui-même bénir le cercueil et la tombe du défunt.  Ainsi les choses matérielles revêtaient souvent un caractère sacramentel aux yeux des Acadiens.  On aurait tort de regarder toutes ces croyances particulières comme des superstitions, car elles avaient quelque-fois leur source dans les vertus chrétiennes qui florissaient dans l’ancienne Acadie.  Si les Acadiens sont un peu superstitieux, ils sont avant tout religieux, et on peut ajouter que, superstitions mises à part, la religion telle qu’ils la pratiquent est très belle et très conforme aux traditions de l’Église.

Pour se convaincre de ce fait, il faut passer quelque temps dans un milieu nettement acadien, comme, par exemple, le petit village de Caraquet.  Sur la côte du Nouveau-Brunswick, tout près des eaux bleues de la baie des Chaleurs, ce village intéressant semble être un petit coin de l’ancienne Acadie oublié par les vainqueurs.  On y trouve un groupe de familles qu’on reconnaît comme des descendants des gens honnêtes et heureux du pays d’Évangéline.  Leurs petites maisons sont groupées autour de l’église paroissiale ou échelonnées le long du chemin; elles sont flanquées de vastes champs où l’on se sert parfois encore, de boeufs pour les travaux agricoles.

Comme en tout village acadien, les habitants aiment à s’unir pour prendre part aux démonstrations et cérémonies civiques ou religieuses.  Quoique les Acadiens ne soient pas organisateurs, ils s’y prêtent volontiers sous l’influence d’un chef qui leur est sympathique.

C’est surtout en présence de la mort que se manifeste l’influence de la religion sur l’âme acadienne.  Citons, comme exemple d’organisation et de piété touchante, le service funèbre d’une jeune fille de cette paroisse.  Le jour des funérailles, les gens de la fanfare, en uniforme se rendent à l’église avec leurs instruments de musique.  D’un côté du perron, ils attendent l’arrivée du corps.  Les jeunes filles, en voile blanc, se rangent de l’autre côté.  Le cortège funèbre étant arrivé, et les premières prières liturgiques terminées, tous se mettent en marche pour entrer processionnellement dans l’église.  Le choeur de l’orgue se compose d’Enfants de Marie — toutes les jeunes filles de la paroisse sont enfants de Marie, comme toutes les femmes mariées sont enrôlées dans la société des Dames de Sainte-Anne.  Pendant la messe, les Enfants de Marie s’approchent de la sainte table afin de communier pour le repos de l’âme de leur compagne défunte.  Après la messe et l’absoute, la fanfare joue la marche funèbre et la procession se forme en ordre parfait pour se rendre au cimetière:  le corbillard, les prêtres, les enfants de choeur, les membres de la famille en deuil, les Enfants de Marie et la foule.  Tous partagent la douleur de la famille éprouvée, et le chapelet à la main, les lèvres murmurant les Avés, ils manifestent le respect le plus profond et la piété la plus édifiante.

Dans ce cimetière paisible, à l’ombre du clocher, tout près des eaux bleues de la baie, on dépose les restes mortels de la défunte.  Les dernières prières liturgiques terminées, les jeunes filles entonnent ce cantique qui exprime l’amour le plus pur de l’Enfant de Marie pour sa mère céleste:  “J’irai la voir un jour”.  Les accents de ce pieux cantique se répercutent à travers les champs et au loin sur les eaux; il nous semble que les anges du ciel suspendent leur harmonie pour écouter un chant qui les ravit, non par la qualité des voix des chanteuses, mais par la perfection de l’instrument qui produit cette musique vocale, car cet instrument, c’est l’âme de la jeune fille acadienne.

Le sentiment que l’on rapporte de cette cérémonie si touchante, c’est que le ciel est bien près de ce petit coin de terre de Caraquet.  On garde longtemps dans la mémoire le souvenir de ce chant d’espérance, “J’irai la voir un jour”.  On aime à revenir par la pensée parmi ces chrétiens fervents qui donnent au monde égoïste et matérialiste une leçon dont il a grand besoin — leçon de charité fraternelle qui pleure avec ceux qui pleurent, et de foi triomphante, qui salue la mort comme l’heureux commencement de la vie éternelle.

 
BIBLIOGRAPHIE

Ph. F. Bourgeois — La Vie de l’abbé La France, Montréal, 1913.

J.H. Blanchard — Rustico, Une Paroisse Acadienne, 1938.

Helen Campion — Over on the Island, Toronto 1939.

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(1)  Parole d’un vieux prêtre acadien.

(2)  En 1803 M. l’abbé Cécile, affirma qu’il avait entendu ces voix mystérieuses les quatre dernières fois qu’il avait fait l’Office à Rustico.  Les litanies étaient alors leur chant favori; elles chantaient aussi la préface et le Pater.  C’était des pleurs, des sanglots, semblant provenir de dessous le plancher entre le choeur et le nef.

“En 1822 le jour de Saint-Marc, à la procession qui se fait autour de l’église de Rustico, les chantres eurent beaucoup de peine à chanter les litanies; il leur semblait qu’il y avait autant de sanglots qui répondaient aux invocations.  (Lettre de M. l’abbé Cécile à M. Painchaud, le 15 avril 1830, Vie de l’abbé LaFrance, par Ph. F. Bourgeois C.S.C.)

(3)  Il y a une tradition qui veut que les Acadiens de la paroisse de Saint-Jean-l’Évangéliste à Port-la-Joie étaient dans l’église où on chantait les litanies du Saint Nom de Jésus lorsque les troupes de Lord Rollo se précipitèrent dans l’édifice pour les disperser.  Quelquefois on voit des lumières étranges dans le voisinage.  Et quand l’étoile du soir apparaît, la silhouette de l’ancienne église paraît sur l’horizon; par les fenêtres, on voit les chandelles allumées; de petits bateaux portant les troupes de Lord Rollo se glissent sur les flots; les voix suppliantes font entendre dans le lointain la prière, “Ora pro nobis”.  C’est le pasteur et ses ouailles qui reviennent pour achever les oraisons commencées et interrompues il y a cent quatre-vingts ans.  (Helen Campion, Over on the Island.)

Nouvelles de l’empremier

1982 par Contribution anonyme

 

1887 – Abram-Village :  “Les gens, comprenant qu’il leur importait d’avoir une bonne école à Abram-Village, vu le grand nombre d’enfants en état de fréquenter les classes, ont fait agrandir leur école au point qu’elle peut rivaliser avec celles des autres Districts.  Deux instituteurs ouvriront les cours, dans cette école, vers le commencement de janvier.”  (L’Évangéline, le 23 novembre 1887.)

 

1888 – Miscouche :  “L’assemblée des débats a eu lieu jeudi dernier, 15 de ce mois.  Le secrétaire, Mr. Patrick Cullen, a lu un magnifique travail sur l’agriculture et l’amélioration du bétail.  Le jeune conférencier a été maintes et maintes fois chaleureusement applaudi de l’auditoire.  Tous ont apprécié les talents de Mr. Cullen et ses connaissances agricoles.

Nous venons d’organiser une classe de chant sous la direction de Mr. Juste DesRoches, notre professeur de plain-chant.  Cette classe promet du succès. (L’Évangéline, le 28 mars 1888.)

 

1894 – Bloomfield :  “Notre nouveau représentant M. Jérémie Blanchard est actuellement occupé des travaux concernant sa ferme, en attendant l’appel de se rendre à la chambre des délibérations du pays.  M. Blanchard est cultivateur et est, par conséquent, en mesure de bien connaître les besoins de la cause agricole.  Espérons qu’à l’avenir, nos fermiers qui forment la majeure partie des électeurs, choisiront des hommes dans leurs rangs pour les représenter à la législature locale et fédérale.  À quoi bon cette armée d’avocats qui vont figurer dans notre nouvelle chambre locale?  Que savent-ils des besoins de la cause agricole?  Très peu, ou peut-être mieux, rien du tout.  – Agricole.  (L’Impartial, le 8 février 1894.)

 

1903 – Palmer Road :  “Après les jours austères du carême, il est bien légitime qu’on s’amuse un peu.  Aussi notre vénéré pasteur a-t-il voulu se charger d’organiser un concert gratis pour le soir du lundi de Pâques, (chose assez rare), auquel il a lui-même pris une part très active. (…)  Mais la palme revient, sans contradiction au Rev. P.C. Gauthier qui a profondément remué l’auditoire par sa chanson:  “Le Breton exilé”, exécutée d’une voix pure…”  (L’Impartial, le 23 avril 1903.)

La St-Jean-Baptiste à Miscouche

1982 par La Petite Souvenance

 

On nous informe que la St-Jean-Baptiste a été fêtée avec éclat à Miscouche, Île-du-Prince-Édouard, samedi dernier.  Il y a eu messe solennelle, chantée par le Révd. Messire Poirier, curé de Mont-Carmel, qui a également fait le sermon de circonstance.  Messire Poirier a parlé près d’une heure et a su trouver dans son coeur des paroles pleines de patriotisme.  Une compagnie de militaires en uniforme, organisée pour l’occasion, rehaussait l’éclat de la fête et après la messe, il y eut procession, puis bénédiction du Très-Saint Sacrement.

Le Moniteur Acadien
le 29 juin 1876

Des nouvelles de partout

1982 par Contribution anonyme

 

Tignish – Au courant de l’hiver, le Club Ti-Pa a parrainé un projet de généalogie.  Il s’agissait de tracer les descendants des principales familles fondatrices de la paroisse de Tignish.  On veut dresser un tableau généalogique qui fera partie du décor du centre du Club.

Le même organisme organise pour l’été des activités qui souligneront le centenaire de la naissance de l’organiste Benoit Poirier et le centenaire de l’installation des grandes orgues dans l’Église St-Simon et St-Jude.

L’Association historique de Tignish s’est procurée l’ancienne école Dalton dans laquelle on veut y aménager, entre autres, un musée et une salle d’exposition.  On se propose d’y tenir une exposition de photos historiques au cours de l’été.

 

Wellington – Le Club d’Âge d’Or de Wellington s’affaire depuis quelques années à rechercher l’histoire de la région de Wellington.  Le projet avance bien et on espère pouvoir publier le fruit des recherches dans un avenir pas trop éloigné.

 

Mont-Carmel – La Coopérative du Village Pionnier Acadien a embauché cet hiver les services d’un historien, en la personne de Kenneth Breau, pour faire une recherche sérieuse sur l’histoire de Mont-Carmel, de sa fondation (1812) à 1860.  La Coopérative vise à améliorer l’interprétation de l’histoire locale dans son village historique.

 

Région Évangéline – Une publication d’une grande importance sur l’histoire du mouvement coopératif dans la région Évangéline (1862-1982) est à la veille de paraître.  C’est le résultat d’un projet mis sur pied par le Conseil coopératif de l’Î.-P.-É., en 1980.  Cécile Gallant était la responsable du projet et c’est elle qui a écrit le livre, une brique d’environ 300 pages!  C’est à lire.

 

Miscouche – Le Musée Acadien de l’Île, situé à Miscouche, est bien actif.  L’automne dernier il a mené une campagne de financement et de recrutement de membres, laquelle a bien réussi.  Le Musée a aussi profité d’un octroi du Secrétariat d’État, ce qui lui a permis de mettre de l’ordre dans sa collection de photos et de documents.  Le 12 mai, Mad. Deborah Robichaud, directrice du Musée Acadien de l’Université de Moncton, donnait une intéressante conférence aux amis du Musée Acadien de l’Île.  Elle traita, grosso modo, du rôle d’un musée et de sa place dans une communauté.

 

Rustico – Le Musée de la Banque de Rustico a obtenu lui aussi, printemps dernier, un octroi du Secrétariat d’État.  Cette subvention a permis l’embauche de deux personnes qui travaillent à améliorer l’interprétation de l’histoire de la Banque et de l’époque du Père Belcourt à Rustico.

 

Rollo Bay – La succursale de Souris – Rollo Bay de la S.S.T.A. a obtenu un projet d’emploi d’été pour étudiants par lequel on tentera de mettre plus en évidence la cloche historique de l’Église de Rollo Bay (laquelle date du Régime français) et le monument, érigé en 1929, qui marque l’emplacement du cimetière des pionniers acadiens de l’endroit.

 

La Société Saint-Thomas d’Aquin – Le Projet d’histoire et de culture acadiennes de la S.S.T.A. est très productif.  L’été dernier on lançait le livre L’Agriculture chez les Acadiens de l’Î.-P.-É. 1720-1980 (69 pages) et tout récemment on a fait paraître L’Éducation chez les Acadiens de l’Î.-P.-É. 1720-1980, ou La survivance acadienne à l’Î.-P.-É. (85 pages).  Ces deux livres de Georges Arsenault sont abondamment illustrés de cartes, de dessins et de photos.

On a aussi produit, dans le cadre du Projet, deux montages audio-visuels intitulés Les Acadiens de l’Île-du-Prince-Édouard et La pêche et les Acadiens.  Ces montages sont disponibles en français et en anglais.  On peut les emprunter en s’adressant au bureau-chef de la Société.

La S.S.T.A. mène présentement une étude afin de déterminer si les ressources financières et physiques sont disponibles pour l’établissement d’un centre d’études acadiennes.  Le Père Pierre Arsenault a été chargé de faire cette étude qui sera complétée vers la fin de l’été.  On attend impatiemment les résultats.

 

P.E.I. Heritage Foundation – Au mois de janvier, le Heritage Foundation se procurait les services de Reggie Porter à titre de directeur de la programmation.  Monsieur Porter est un Acadien originaire de Tignish.  Enfin, on peut avoir du service en français de notre organisme provincial chargé de la protection du patrimoine.  Profitons-en!

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Membres du Conseil d’administration de la Société Historique Acadienne de l’Î.-P.-É. 1981-1982

Président -        M. J.-Edmond Arsenault
Vice-président -    M. Jean-Paul Arsenault
Secrétaire -        M. Georges Arsenault
Trésorière -        Mme Hélène Cheverie
Conseillers -        Soeur Marguerite Richard
                                 Père Albin Arsenault
                                M. Jean-Louis Beauregard
                                M. Michel Belliveau

Les pique-niques à Miscouche

1981 par Sœur Hermina DesRoches

par Soeur Hermina DesRoches

 

Cet article voudrait faire suite à celui qui a paru dans La Petite Souvenance, Vol. 2, No 2, et qui  a éveillé plusieurs souvenirs dans ma mémoire.  Il était intitulé:  “Les pique-niques à Mont-Carmel” – un entretien avec Magloire Gallant, par Marie-Anne Arsenault.”  J’espère que M. Gallant ne m’en voudra pas si je me base sur ses souvenirs pour raconter les miens.

Les pique-niques à Miscouche, tout en étant un peu semblables à ceux de Mont-Carmel, étaient aussi un peu différents.  D’abord, nous n’avions pas la belle brise de la mer pour rafraîchir nos visiteurs, et nous n’avions pas nos plus les finesses du Père P.P. Arsenault, car lui il était unique.

Tandis qu’à Mont-Carmel, on profitait des trains réguliers qui passaient à Wellington, à Miscouche, assez souvent, on avait un train spécial qui venait de Tignish, et un autre venant de Souris.  Le terrain du pique-nique était situé tout près de la gare du chemin de fer, et c’était très commode, car une fois descendus du train, les gens n’avaient que quelques pas à faire pour être rendus.  Comme de raison, ces trains spéciaux n’étaient pas fournis gratuitement par l’Intercolonial à la paroisse de Miscouche!

Pour les tables, au nombre de sept ou huit, débordantes de toutes sortes de bonnes choses, on pouvait toujours compter sur les ménagères de la paroisse, qui, depuis une dizaine de jours, étaient occupées à faire des pâtisseries, des tartes et toutes sortes de douceurs pour tous ceux qui viendraient prendre des repas au pique-nique.

Les trains spéciaux arrivaient vers 10 heures, et il fallait commencer de bonne heure à servir le repas du midi, car ces gens-là venaient de loin et avaient déjeuné de bonne heure!

Les tables étaient mises sous des abris construits la veille, (par les hommes, cette fois) et couverts de petits arbrisseaux, ce qui protégeait du soleil, nourriture et convives.  En arrière de ces abris, on érigeait des poêles à bois, où l’on faisait chauffer l’eau pour le thé et le lavage de la vaisselle, car ils étaient encore loin les jours où, vaisselle en carton et ustensiles en plastiques, trouveraient le chemin de la poubelle.

Pour ce qui est des jeux, ceux de Miscouche ressemblaient à ceux de Mont-Carmel, – en était-il ainsi de la crème glacée, des galances, des danses carrées et oui, malheureusement, des chicanes.Il y avait cependant, un coin, où on vendait des objets de fantaisie, tels que broderies, tricot, crochet, fine couture, etc., et des loteries pour lesquelles, nous, les jeunes, vendions des billets, au profit du bazar.  Je me rappelle qu’en 1922, l’année où l’on agrandissait le couvent, il y avait eu un pique-nique et un bazar au profit de cette oeuvre.  La Soeur Cuisinière du Couvent avait fait un gâteau en la forme du nouveau Couvent, et on en faisait une loterie.  Mais, voyons ce que rapportent les annales du Couvent pour cette année-là:

4 juillet, 1922 – il pleut à torrents.  Les gens s’étaient préparés pour faire $2,000; mais ils seront déçus.  La pluie tombe toute la journée et gâte à peu près tous les préparatifs.  Le pique-nique est remis au 7 juillet, mais avec la même déception que le premier jour.  Le montant réalisé est de $400.  Heureusement, qu’une loterie faite au printemps d’un magnifique Renard Argenté, don de M. Urban Gillis, avait rapporté $1,378.

On se souvient pourtant aussi de la fanfare qui ne manquait pas d’égayer la fête en se faisant entendre plusieurs fois au cours de la journée.  Qu’il faisait bon déguster un succulent cornet de crème glacée tout en écoutant de belle musique… et pour ceux qui étaient à table, ils devaient se croire dans un grand hôtel de Montréal!

Si de nos jours des “Bingos” ont remplacé les pique-niques comme moyen de finance, on peut toujours se demander pour combien de temps on a eu recours aux pique-niques comme moyen financier dans nos paroisses?  De nouveau, je trouve une partie de la réponse dans les Annales du Couvent, le 12 septembre 1864.  Je cite:

“En ce jour, les gens, ayant à leur tête le Révérend Père Quévillon, avaient préparé un “Tea-Party” dont le profit était destiné à rembourser les dépenses faites pour le Couvent, par ce bon prêtre.  Des tables étaient dressées dehors, mais la Divine Providence en disposa autrement, et il plut toute la journée, de sorte que les tables furent transportées au Couvent.  La foule était telle que nous n’avions jamais vu un concours semblable.”

Pour mieux comprendre ce qui suit, il faut se rappeler que les Soeurs venaient justement d’arriver dans la paroisse.  “Nous fûmes vraiment un objet de curiosité, particulièrement pour les protestants qui n’avaient jamais vu de religieuses.”  Soulignons que les costumes d’alors ne ressemblaient pas à ceux d’aujourd’hui!

On voit donc que les “pique-niques” ou les “tea-parties” avaient lieu même en 1864.  Quand ont-ils cessé?  Peut-être qu’un autre article saura donner la réponse.

They all go Mad for my Plough

1981 par La Petite Souvenance

 

In the palmy days of wythe harness, wooden-teethed harrows and wooden linch-pins, there lived on the Western Road, not a thousand miles from Miscouche, a well-known Acadian named Joseph (Charles) Perry, who drove a very thriving trade in plough-making.  He made the wood-work on the ploughs, and sold them for twenty shillings each.

One day a customer presented himself at Joe’s shop and asked him the price of ploughs.

“Twenty shillin’,” replied the plough-maker.

“That’s dear,” said the customer.  “I’ll give you fifteen shillings for one.”

Joe looked upon this offer as an insult and accordingly became indignant.  He replied -

“You need not take de plow – I do not ask you to have him!  I can sell all de plow I make! – Dere is Fefteen-Point, Tagnesh, Cas-cum-pack, Skin’-Pond, Jim-Yeo! – day all go mad for my plow!”

Whether the customer was induced by this startling array of facts, to pay the price asked, has not been handed down.

The Summerside Progress
le 3 septembre 1866, p. 2

Nouvelles de l’empremier

1980 par Contribution anonyme

 

1880 – Rustico :  “Il nous fait plaisir d’apprendre que la banque acadienne de Rustico prospère et que ses billets sont en grande circulation.  M. Joseph Gallant en est le digne président.  Ce monsieur vient de se construire un superbe édifice dont les étages supérieurs lui serviront de résidence, et l’étage inférieur de magasin.  Il a aussi actuellement en construction sur les chantiers une jolie goélette de 80 tonneaux; elle sera prête la semaine prochaine à recevoir sa cargaison, consistant principalement en poisson, et fera voile pour Boston, sous la direction du capitaine Leblanc, d’Arichat.”  (Le Moniteur Acadien, le 12 août 1880)

1880 – Miscouche :  “M. Prospère Desroches vient d’ouvrir ici un établissement de marchand-tailleur, tel qu’on en voit peu sur l’Île.  Nos jeunes gens à 50 milles à la ronde ne manqueront pas de venir s’y faire élégants, et M. Desroches est homme à garder sa pratique, une fois celle-ci acquise.”  (Le Moniteur Acadien, le 12 août 1880)

1893 – Bloomfield :  “Le patriotisme se réveille rapidement dans nos parages.  Toutes nos écoles sont dirigées par des instituteurs acadiens.  M. Doucet à la direction de l’école de Howlan Road.  Celle de Duvar Road est sous la direction de M. Gallant, et celle de Bloomfield est tenue par M. R. Gallant.  Toutes trois sont dirigées avec habileté.”  (L’Evangéline, le 16 mars 1893)

1896 – Egmont Bay :  “La fanfare d’Egmont Bay, sous la direction du Prof. Théodore Gallant, a fait entendre pour la première fois ses sons harmonieux en donnant deux morceaux choisis de son répertoire – un avant la messe (de minuit), l’autre immédiatement après les vêpres.  (L’Impartial, le 11 février 1897)

1902 – Mont-Carmel :  “Il y aura vers le 15 juin prochain, un grand bazar et tirage de prix dans cette paroisse au profit du nouveau presbytère en voie de construction, sous les soins dévoués et paternels de notre digne curé, le Rév. M.P.P. Arsenault.  Des livres de billets sont en circulation dans la province et chez nos voisins, et nous avons confiance que nos amis nous donneront main forte, dans notre entreprise religieuse.” (L’Évangéline, 13 février 1902)