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Les Conventions nationales acadiennes

1984 par Contribution anonyme

 

“Une convention nationale, c’est le peuple qui se réunit par ses délégués pour délibérer sur les questions et choses qui intéressent la nation, pour étudier sa situation, pour aviser aux moyens de l’améliorer en écartant les obstacles qui peuvent entraver son avancement dans la voie du progrès matériel, social et politique.”

Pierre Amand Landry

 

Les premières Conventions nationales acadiennes ont lieu au début des années 1880, en plein milieu de la période que les historiens appellent la “renaissance acadienne”.  Ces conventions sont une indication du réveil acadien qui se manifeste surtout à compter des années 1860.  Cette décennie marque en effet la fin d’un siècle d’isolement pendant lequel les Acadiens avaient tranquillement repris racine en Acadie, après en avoir été chassés au moment du “grand dérangement”.  Désormais ils rejettent leur état d’infériorité dans tous les domaines; ils cherchent donc à prendre leur place au soleil et à se considérer les égaux des anglophones qui les entourent.

La prise de conscience collective acadienne de la seconde moitié du XIXe siècle doit beaucoup à l’avènement de l’enseignement supérieur en Acadie.  En effet, l’ouverture du Collège Saint-Joseph de Memramcook, en 1864, a grandement contribué à la formation d’une élite nationaliste acadienne.  La fondation en 1867 du Moniteur Acadien, le premier journal de langue française aux Provinces Maritimes, est un autre élément important qui a favorisé ce réveil.  Pour la première fois, les Acadiens peuvent se rencontrer par la voix d’un journal et échanger des idées.

Les leaders Acadiens, de plus en plus sensibilisés à la situation déplorable des leurs, organisent en 1881 la première Convention nationale acadienne.  Ils sont influencés dans leur démarche par des intervenants provenant de l’extérieur, notamment de la France et du Québec.  Dans sa publication La France aux colonies, Acadiens et Canadiens, publiée en 1859 à Paris, l’historien français Edmé Rameau de Saint-Père, qu’on a appelé le “grand ami des Acadiens”, y trace tout un programme de ce que les Acadiens auraient besoin pour s’affirmer comme peuple.  Il entretient aussi une abondante correspondance avec plusieurs hommes influents qui oeuvrent auprès des Acadiens.  Il leur transmet sa conception des démarches à suivre pour assurer la survivance et le développement de leur peuple.  Les idées lancées par cet historien français sont bien reçues par le jeune leadership acadien qui s’efforce de les appliquer.  Enfin, c’est à Québec que les chefs de file acadiens reçoivent une importante impulsion qui les motive à organiser la première Convention nationale.

En 1880, la Société Saint-Jean Baptiste de la ville de Québec organise, lors de la Saint-Jean-Baptiste, une grande manifestation à laquelle elle invite tous les francophones de l’Amérique du Nord à venir discuter de la vie française sur leur continent, et à fêter et à affirmer leur culture.  Dans son manifeste elle lance un vibrant appel aux Acadiens :

Vous viendrez aussi, Acadiens courageux et fidèles, race indomptable que ni la guerre, ni la proscription n’ont pu courber ni détruire, rameau plein de sève, violemment arraché d’un grand arbre, mais qui renaît et reparaît au soleil de liberté.

Plus de cent Acadiens répondent à cet appel et se rendent à Québec.  C’est ici qu’ils décident, en tant que membres de la “Commission des Acadiens”, de convoquer une convention nationale à Memramcook, en 1881, “pour s’occuper des intérêts généraux des Acadiens.”

Environ 5,000 personnes assistent à cette première grande rencontre qui a lieu au Collège Saint-Joseph les 20 et 21 juillet 1881.  De ce nombre, quelques centaines seulement participent, en tant que délégués, aux délibérations; les autres assistent à la messe et au grand pique-nique qui font partie des activités de cette convention, comme des autres qui vont suivre.

Dans les diverses commissions qui se réunissent à Memramcook, l’on étudie l’agriculture, la colonisation, l’éducation, le journalisme.  Mais ce qui retient le plus l’attention, c’est le choix d’une fête nationale.

Les discours patriotiques abondent à ce premier rassemblement.  Le thème qui revient le plus souvent chez les orateurs se rapporte à la définition de l’Acadien, thème qui, à lui seul, représente 30 pour cent des interventions; puis suivent l’éducation avec 20 pour cent des thèmes, la survivance, avec 14 pour cent.  Les sept autres thèmes abordés recueillent tous moins de 10% chacun; il s’agit du passé, de la religion, de la colonisation, de l’agriculture, de l’émigration, de la presse et de la politique.

Les mêmes thèmes continueront à être débattus aux conventions subséquentes:  à Miscouche (1884), à Pointe-de-l’Église (1890), à Arichat (1900), à Caraquet (1905), à Saint-Basile (1908) et à Tignish (1913).  Notons que le problème de l’éducation et celui de l’acadianisation de l’Église en Acadie monopolisent à eux seuls les énergies des nationalistes jusque dans les années 1950.

Le succès des conventions nationales exigeait un grand travail d’organisation.  D’abord, quelques mois avant la convention, le comité exécutif invitait chacune des paroisses acadiennes à élire des délégués pour les représenter aux délibérations.  À ce sujet, Le Moniteur Acadien faisait les remarques qui suivent lors du choix des délégués pour la Convention de Miscouche :

Dans l’intérêt de la nationalité acadienne, il faut que le choix de chacune des localités tombe sur cinq hommes les mieux autorisés et les plus capables.

De grandes et d’importantes questions seront soulevées à cette convention qui touchent de près les plus précieux intérêts de l’Acadie.  Pour les résoudre avantageusement, il faut des délégués éclairés et patriotiques, des hommes honorables dont le caractère ne souffre pas le soupçon.

À la prière du comité exécutif, messieurs les membres du clergé voudront bien prendre l’initiative du mouvement et éclairer leurs paroissiens sur la conduite qu’ils doivent tenir.

(Le Moniteur Acadien, le 12 juin 1884)

Les organisateurs des Conventions obtenaient pour les congressistes une réduction du coût des billets de transport par le chemin de fer et, dans le cas de la Convention de Miscouche, des prix réduits sur le traversier entre la terre ferme et l’Île-du-Prince-Édouard.  Il fallait ensuite envisager le problème du logement des délégués et des nombreux observateurs.  Ceux-ci étaient souvent hébergés dans les familles de la paroisse où avait lieu la convention.  La préparation des repas était un autre défi à relever.  Cette tâche revenait à la paroisse où l’événement se déroulait.  À Pointe-de-l’Église (Nouvelle-Écosse), en 1890, on dressa en plein air quatre tables d’une longueur de 200 pieds chacune, et on estima qu’en deux heures on servit plus de 4000 personnes.  Le Moniteur Acadien nous a laissé le témoignage suivant de ce magnifique repas :

La messe terminée, la foule se dirige sur le terrain du pique-nique, où nous attendent un excellent dîner et une grande diversité d’amusements.  Il y a quatre tables à manger, longues d’environ deux cents pieds chacune.  Elles menaçaient de s’écraser sous le poids des viandes, légumes, pâtisseries apportées par les paroissiens et servies par les dames préposées au service.  Ce sont des anges de patience, car elles conservent la plus grande sérénité et le plus gracieux des sourires au milieu des milliers de réquisitions qui se croisent en tous sens.  L’organisation des tables est parfaite, les aliments abondants et bien préparés.  Le dîner dure bien deux heures, et on calcule que plus de quatre mille personnes ont pris part à ces agapes fraternelles en plein air.

(Le Moniteur Acadien, le 19 août 1890)

La célébration d’une grand-messe solennelle, chantée en plein air lorsque la température le permettait, constituait toujours une partie importante du programme des conventions acadiennes.  Le comité exécutif se chargeait d’inviter l’un des meilleurs prédicateurs acadiens à y prononcer le sermon de circonstance.  La paroisse veillait à l’organisation d’un genre de pique-nique paroissial qui comprenait une grande diversité d’amusements.  C’était une façon de divertir la foule et en même temps de recueillir des fonds à l’intention d’une oeuvre paroissiale quelconque.  À la Convention de Miscouche, on appelle cette fête populaire, ce grand rassemblement, un “tea party”.  Le phénomène des “tea parties” était en fait très répandu dans l’Île à cette époque.  C’était un événement populaire qui, en plus de divertir, servait à recueillir des fonds.  Selon le Summerside Journal, du 21 août 1884, le “tea party” qui eut lieu lors de la Convention de Miscouche fut “l’événement de la saison” et la somme importante réalisée au cours de ce pique-nique fut déposée dans un fonds pour la construction d’une nouvelle église.

 

Sources :

Ferdinand-J. Robidoux, Conventions Nationales des Acadiens, Imprimerie du Moniteur Acadien, Shériac, 1907, 281 pages.

Léon Thériault, “La première Convention nationale des Acadiens, Saint-Joseph-de-Memramcook, les 20 et 21 juillet 1881,” Les Cahiers de la Société Historique Acadienne, vol. 12, no 1, mars 1981, pp. 5-11.

Camille Antoine-Richard, L’Idéologie de la première Convention nationale acadienne.  Thèse de maîtrise présentée au Département de sociologie, Université Laval, Québec, 1960.

Tableau des Conventions

1984 par Contribution anonyme

 

I – 1881 – Memramcook

Le choix d’une fête nationale domine les débats; la fête Notre-Dame-de-l’Assomption est choisie.  Les grandes questions suivantes sont débattues:  l’éducation, le problème de l’émigration, la colonisation et la presse.  Ces mêmes questions sont reprises aux Conventions ultérieures.

 

II – 1884 – Miscouche

Les délégués complètent le choix des symboles nationaux, soit un drapeau, un air national, un insigne et une devise.  Les principales résolutions visent à enrayer l’émigration vers les États-Unis, à encourager la colonisation, à freiner l’anglicisation et à donner aux Acadiens de l’Île un meilleur système d’éducation en français.

 

III – 1890 – Pointe-de-l’Église

La question prédominante a trait à la langue d’enseignement dans le nouveau collège Sainte-Anne et dans les écoles et les couvents acadiens de la Nouvelle-Écosse.  On demande que le français soit la langue d’enseignement mais que l’anglais soit enseigné concurremment.

 

IV – 1900 – Arichat

L’acadianisation de l’Église, en particulier la nomination d’un évêque acadien, retient grandement l’attention des délégués de la quatrième Convention nationale.  On s’entend aussi pour que tous les journaux acadiens se donnent la main afin de défendre et réclamer justice lorsqu’il s’agira de protéger les intérêts du peuple acadien.  Le premier ministre canadien, Wilfred Laurier, est présent.

 

V – 1905 – Caraquet

“L’Union fait la force”

La nomination d’un évêque acadien est encore chaudement délibérée.  On demande que le gouvernement vienne à l’aide des cultivateurs acadiens.  On encourage aussi les Acadiens à s’intéresser davantage au commerce et à l’industrie.  L’adoption de manuels français pour les écoles acadiennes est une autre importante recommandation du Congrès.  On demande aussi que le français soit enseigné dans les écoles normales des Provinces Maritimes.

 

VI – 1908 – Saint-Basile

“L’Union fait la force”

Les congressistes décident de faire parvenir une supplique à Rome priant le Pape d’accorder aux Acadiens un évêque de leur nationalité.  On recommande que les journaux acadiens publient chaque semaine un article de fond et qu’ils reproduisent moins d’articles de journaux étrangers.  On demande que les écrivains de l’Acadie collaborent aux journaux.

 

VII – 1913 – Tignish

“Congrès d’action de grâces”

Le Congrès de Tignish prend l’allure d’une fête d’action de grâces suite à la nomination, l’année précédente, d’un évêque acadien.  On met sur pied le Comité de rapatriement, de colonisation et d’agriculture dont le but est de tenter de ramener des États-Unis les Acadiens exilés et de les aider à se rétablir en terre acadienne.

 

VIII – 1921 – Pointe-de-l’Église et Grand-Pré

“Le Congrès du Souvenir”

Les assises à Pointe-de-l’Église sont suivies d’un pèlerinage à Grand-Pré où la Société Nationale l’Assomption avait récemment fait l’acquisition d’un terrain.  Une campagne de souscriptions est lancée pour la construction d’une chapelle commémorative à cet endroit.  On demande que les erreurs contenues dans les textes d’histoire du Canada, relativement à l’histoire acadienne, soient corrigées.  On recommande avec instance aux Acadiens de s’abonner à leurs journaux.

 

IX – 1927 – Moncton

La Convention trace un grand programme d’action pour le peuple acadien.  Elle propose que les Commissions d’étude se réunissent dorénavant une fois par année.  Des recommandations sont faites afin d’augmenter la représentativité des Acadiens au gouvernement provincial du Nouveau-Brunswick.  On encourage les Acadiens à s’organiser coopérativement pour l’achat et la vente des produits de la ferme, de la forêt, de la pêche et de l’industrie.  On exprime le voeu que les Acadiens ne manque jamais de se servir de la langue française dans leurs correspondances avec les divers ministères fédéraux et provinciaux et qu’ils s’adressent en français dans les magasins et chez toute compagnie d’utilité publique.

 

X – 1937 – Memramcook

“Le Congrès de la Reconnaissance”

Les deux principales questions discutées traitent des droits scolaires et de la colonisation.  On cherche aussi à encourager l’agriculture, l’enseignement des arts ménagers, l’établissement d’écoles d’agriculture, la célébration de la fête nationale et la publication et la diffusion de l’histoire acadienne.  On adopte diverses recommandations en ce qui a trait à l’amélioration de l’industrie de la pêche et aux problèmes que rencontre la presse acadienne.

 

XI – 1955 – Les Fêtes de 1955

En 1955, après une vingtaine d’années d’inactivité, la Société Nationale l’Assomption confie à un comité spécial l’organisation de grandes manifestations pour souligner le bicentenaire de la Dispersion.  Les Fêtes de 1955 prennent une envergure considérable; elles se déroulent dans de nombreux centres acadiens.  Tout en n’ayant pas précisément le caractère d’un congrès, elles sont cependant considérées comme le onzième grand ralliement des Acadiens.

 

XII – 1957 – Memramcook

Le but principal du Congrès est de déterminer l’avenir de la Société Nationale l’Assomption.  On lui donne alors une nouvelle constitution.  Parmi les nombreuses modifications, les trois plus importantes sont les suivantes:  l’établissement d’un secrétariat permanent, la création d’un Conseil d’administration et le changement du nom de l’organisme à “La Société Nationale des Acadiens”.

 

XIII – 1960 – Pointe-de-l’Église

“Les Acadiens en 1960″

On précise les besoins des Acadiens et on examine les perspectives d’avenir.  Les séances d’études se font au sein de quatre commissions:  dans une première, on soumet la Société Nationale à un examen critique afin d’évaluer son efficacité depuis la réorganisation; la seconde s’applique à définir ce que devrait être le patriotisme des Acadiens; la troisième s’applique à définir les conditions d’avancement économique; et la dernière, les conditions d’avancement culturel.

 

XIV – 1965 – Caraquet

“Nos forces vives face à l’avenir”

L’accent est mis sur le développement des forces vives des Acadiens, en particulier le dynamisme de la jeunesse.  On s’attarde moins sur l’analyse des lacunes ou des points faibles.  La préoccupation dominante du congrès est de faire un effort de projection vers l’avenir.  On tente de faire une étude positive des problèmes d’actualité et des besoins de la population.

 

XV – 1972 – Fredericton

“Congrès des francophones du Nouveau-Brunswick”

Plus de mille Acadiens du Nouveau-Brunswick assistent au Congrès.  On vote au total 264 résolutions en ce qui a trait aux thèmes suivants:  la politique, le bilinguisme, les médias d’information, l’Union des Provinces Maritimes, la fonction publique, l’éducation, l’économie et la culture.  La Société des Acadiens du Nouveau-Brunswick est fondée.  La Société Nationale des Acadiens, qui depuis un certain temps agissait avant tout comme l’organisme des Acadiens du Nouveau-Brunswick, redevint le porte-parole des intérêts généraux des Acadiens des Maritimes.

La deuxième Convention nationale acadienne

1984 par Contribution anonyme

 

 

Miscouche, Île-du-Prince-Édouard
les 14 et 15 août 1884

Au terme de la Convention de Memramcook, en 1881, il fut décidé que la deuxième Convention nationale aurait lieu à l’Île-du-Prince-Édouard.  Un tel choix fut sans doute motivé par la bonne et impressionnante participation des insulaires à l’événement de Memramcook.

La paroisse de Miscouche fut choisie comme site de la Convention surtout parce qu’elle n’était située qu’à une courte distance de Summerside et qu’elle était facilement accessible par train.  Summerside était en ce temps-là reliée à la terre ferme par un bateau à vapeur qui faisait régulièrement la traversée depuis Pointe-du-Chêne, près de Shédiac.  C’est donc en cette ville, sise sur la baie de Bédèque, que débarqueraient la plupart des délégués en provenance de l’extérieur de l’Île.

Miscouche était à l’époque une paroisse acadienne assez prospère.  D’abord connue sous le nom de la Belle-Alliance, cette paroisse avait été fondée en 1817 par un groupe d’Acadiens de la Rivière-Platte, située à peu de distance de Miscouche sur le littoral de la baie de Malpèque.  À cet endroit, ils étaient locataires du Colonel Harry Compton, le propriétaire du Lot 17.  Des relations difficiles se développèrent entre les Acadiens et leur propriétaire, ainsi qu’avec leurs voisins anglais, de sorte que la plupart quittèrent la Rivière-Platte à compter de 1812 pour aller s’établir ailleurs dans le comté de Prince.  Les derniers à quitter l’endroit profitèrent d’une offre du Colonel Compton et achetèrent, en 1816, 6,000 acres de terres non défrichées pour la somme de 625 livres.  Ils nommèrent d’abord ce site Belle-Alliance et ce possiblement afin de souligner l’heureuse entente conclue avec le propriétaire Compton par laquelle ils étaient devenus propriétaires fonciers.

En 1823, les pionniers de l’endroit construisent une église qu’ils dédient à Saint-Jean Baptiste.  Ils construisent aussi une école.  L’éducation s’améliora beaucoup lorsque l’abbé Joseph Quevillon fit bâtir, en 1864, un couvent qu’il plaça sous la direction des religieuses enseignantes de la Congrégation Notre-Dame de Montréal.  Cette maison d’éducation bilingue contribua grandement à l’avancement et à la prospérité de la région.  Cette institution devint en quelque sorte un symbole du réveil acadien qui commençait à se faire sentir au cours des années 1860.  Enfin, l’ouverture d’une gare de chemin de fer, vers 1872, signala une ère nouvelle pour la localité.

En se basant sur le recensement du diocèse de Charlottetown pour l’année 1890, il est possible d’établir, dans une certaine mesure, ce que pouvait être la population de cette paroisse six ans auparavant.  En 1890, la population catholique de la paroisse comprenait 820 habitants dont 83% étaient d’origine acadienne et 17% d’origine britannique.  Parmi les familles acadiennes, il y avait 43 Gaudet, 32 DesRoches, 26 Poirier, 10 Arsenault, 6 Gallant, 4 LeClerc, 2 Richard, 1 Doucette, 1 LeBlanc, 1 Bourque et 1 Boudreault.  Chez les familles anglophones, la plupart d’origine écossaise, il y avait les MacNeill, Gillis, Steele, Cunningham, Woods, Beairsto et Heckman.

Les Acadiens de Miscouche s’adonnaient surtout à l’agriculture.  Le recensement dénombrait 82 fermiers.  On trouvait également chez la population acadienne toute une variété d’occupations à savoir:  30 ouvriers, 5 marchands, 4 servantes, 4 commis, 3 enseignants, 3 mécaniciens, 2 enseignants de musique, 2 couturières, 2 cordonniers, 1 meunier, 1 tailleur, 1 plâtrier, 1 maître de gare, 1 garde-malade, 1 fabriquant de cure-dents, 1 connétable, 1 locataire et 1 cuisinière.

Cette communauté acadienne semble avoir été assez dynamique à l’époque selon un article intitulé “Le progrès de Miscouche” paru dans le Moniteur Acadien, le 1er juin 1876.  Entre autres, on y mentionne une société de discussion mise sur pied par le Père Ronald McDonald, curé de la paroisse.  Composés presqu’exclusivement de cultivateurs, les membres de cette société se rencontraient régulièrement afin de discuter de l’avancement de l’agriculture et “des moyens les plus propres à relever le niveau de cette noble profession.”  Cette association avait aussi à sa disposition une salle spacieuse, une bibliothèque, une chambre de lecture où ses membres pouvaient aller tous les jours lire les journaux de l’Île, les meilleurs journaux du Canada et des États-Unis, etc.  De temps à autre, on y tenait des séances où on discutait de sujets d’actualité.

En 1884, année de la Convention nationale acadienne, les principaux chefs de file acadiens de l’endroit étaient Gilbert Desroches, H.-V. Desroches, Jean-S. Gaudet et Joseph Poirier (“Joe Bellone”), tous marchands et exportateurs d’huîtres; Prosper Desroches, tailleur; et l’abbé Nazaire Boudreault, curé de la paroisse.  Ce dernier était originaire des îles de la Madeleine.

À l’époque de la Convention, selon plusieurs témoignages, l’anglais se parlait déjà dans certaines familles acadiennes de Miscouche.  La minorité anglophone dans la paroisse avait beaucoup d’influence car les activités publiques se déroulaient surtout en anglais.  Ce courant d’anglicisation se faisait aussi sentir à l’époque dans plusieurs autres communautés acadiennes de l’Île et des Provinces Maritimes.  Réunis à Miscouche, une paroisse acadienne si visiblement menacée par l’assimilation, les chefs acadiens d’alors adoptèrent diverses résolutions visant à enrayer cette marée anglicisante et à assurer ainsi la survie culturelle de leur peuple.

Voici comment le Summerside Journal décrivait le village de Miscouche en 1884: “Ce beau village de campagne est présentement dans un état prospère et florissant.  Nos marchands ont été excessivement occupés au cours de l’automne.  Quelques-uns ont été impliqués dans le commerce des produits agricoles, payant comptant les plus hauts prix pour les pommes de terre, l’avoine, etc.  D’autres marchands ont fait le commerce des huîtres, et certains autres le commerce des oeufs.  À part des commerçants, nous avons toute une gamme de mécaniciens, de carrossiers, de forgerons, de tailleurs, de cordonniers, de charpentiers, de menuisiers, de tonneliers, de bouchers, etc.”

 

 

Manifeste du Président

Messieurs,-

Tout indique notre 2me convention nationale, convoquée à Miscouche pour le 15 du présent mois, doit être couronnée de succès.  Nos compatriotes partout s’empressent de répondre à l’appel qui leur est fait.

Nous espérons qu’à cette réunion de famille nous pourrons resserrer les liens qui nous unissent, aviser aux moyens à prendre pour avancer avec plus de succès encore dans la voie du progrès, apprendre à nous mieux connaître et à mieux apprécier la mission à laquelle nous a destinés la Providence.

Nous avons à coeur, en convoquant cette réunion, de travailler à l’amélioration de notre condition sociale et politique et à tout ce qui peut rendre meilleur notre état comme peuple.  Les questions d’éducation, de colonisation, de commerce, etc., y seront traitées.

Nous vous invitons donc à vous rendre à Miscouche pour le 15 en aussi grand nombre que possible.

Efforçons-nous, surtout, par notre bonne conduite, notre assiduité au travail qui nous y attend, notre déférence pour les opinions d’autrui, et par notre union patriotique, de mériter l’approbation de nos supérieurs ecclésiastiques, l’estime de nos semblables, le respect de nos concitoyens d’origine différente, et la bénédiction du ciel.

Que nous nous amuserons, j’en suis certain, que nos labeurs auront pour résultat l’avancement de notre intérêt général, j’ose l’espérer et offrir des voeux pour la réalisation de cette attente et pour notre plus grand bien.
Veuillez me croire votre serviteur dévoué,

5 août 1884                                                                                                                                                                           P.A. Landry, Président.

(Le Moniteur Acadien, le 7 août 1884)

 

 

Programme

Les officiers de la seconde convention générale, choisis à Memramcook à la Convention générale de 1881, sont :

Hon. P.A. Landry, Président, G.A. Girouard, Secrétaire, Hon. Jos. O. Arsenault, Hon. S.F. Poirier, Urbain Johnson, Pascal Poirier, J.C. Doiron, J.J. Arsenault, M. Robichaud, Urbain Doucet, M. Benoit, F.X. Vautour, Dr E.T. Gaudet, Dr J.A. Léger, N.A. Landry, A.D. Richard, Dr L.N. Bourque, Dr F. Gaudet, Dr A.P. Landry, Onés. Turgeon, Evariste LeBlanc, Dr Gallant, Ferdinand Robidoux, Gilbert Buote.

La convention sera tenue à Miscouche, Île-du-Prince-Édouard, le 15 août 1884.  Tous les Acadiens et descendants d’Acadiens, nommément ceux de l’Île-du-Prince-Édouard, de la Nouvelle-Écosse et du Cap Breton, du Nouveau-Brunswick, des Îles de la Madeleine, de la province de Québec et de l’État du Maine, sont de droit membres de la convention.

Les travaux préparatoires sont confiés à cinq commissions, lesquelles feront rapport à la convention générale.

Sont de droit membres de ces commissions, tous les prêtes acadiens et canadiens des provinces maritimes et des Îles de la Madeleine, tout prêtre, à quelque nationalité qu’il appartienne, desservant dans les provinces maritimes, l’État du Maine, et la province de Québec, une paroisse composée en tout ou en partie d’Acadiens; tout sénateur et conseiller législatif acadien; tout député et ex-député acadien aux Chambres des Communes ou à la législature de sa province; cinq délégués nommés à cette fin par chaque paroisse acadienne des provinces maritimes, des îles de la Madeleine, de l’État du Maine, de la province de Québec, et toute personne spécialement invitée par le conseil des officiers généraux.

Les commissions, sous la présidence de leurs rapporteurs, se réuniront à Miscouche mercredi après-midi et jeudi, les 13 et 14 d’août, afin d’être prêtes à faire leur rapport le 15.

1e COMMISSION
LA COLONISATION

M. l’abbé Joseph Ouellet, Saint-Marie, N.B., rapporteur; l’Hon. S.F. Perry, Tignish, Î.P.É., secrétaire.

2e COMMISSION
LANGUE ET ÉDUCATION FRANÇAISE

M. Palcal Poirier, Ottawa, rapporteur; M. Blanchard, avocat, Î.P.É., secrétaire.

3e COMMISSION
DRAPEAU ET CHANT NATIONAL

M. l’abbé S. Doucet, Tracadie, N.B., rapporteur; le Révd. Père André Cormier, Memramcook, N.B., secrétaire.

4e COMMISSION
AGRICULTURE

M. l’abbé M.F. Richard, N.B., rapporteur; l’hon. J.O. Arsenault, Î.P.É., secrétaire.
5e COMMISSION
COMMERCE ET INDUSTRIE

M. Robicheau, M.P.P., N.E., rapporteur; M. Gilbert Desroches, Î.P.É., secrétaire.

Toute paroisse ou mission acadienne des provinces maritimes, de l’État du Maine et des îles de la Madeleine, devra élire cinq délégués, lesquels sont priés de se réunir à l’Île du Prince-Édouard le 13 du mois d’août dans l’après-midi.  Cette élection des cinq délégués se fera, s’il est possible, le troisième dimanche du mois de juin, à l’issue de l’office divin – messe ou vêpres.  M. le curé, ou, à son défaut, messieurs les marguilliers et syndics, sont priés de prendre l’initiative de l’élection des délégués de leur paroisse ou mission.

Les délégués devront sans retard faire un rapport écrit de leur élection signé par M. le curé ou par trois syndics ou marguilliers, adressé à M.G.A. Girouard, Bouctouche, Kent, secrétaire général de la convention.

(Le Moniteur acadien, le 31 juillet 1884)

 

 

Les préparatifs

“De Miscouche nous apprenons de source autorisée que la paroisse se prépare avec un élan magnifique et une harmonie parfaite à faire les frais de la cérémonie et de la réception.

Il y aura tea party le 14 et et 15 et comme les dames de Miscouche et leurs maris ont déjà fait leurs preuves en pareilles occasions, les visiteurs assisteront à un pique-nique digne du nom.

M. le curé Boudreau préside aux préparatifs, c’est dire que tout sera fait à point.

M. le curé a bien voulu se charger aussi d’organiser la cérémonie religieuse par laquelle s’ouvrira la Convention dans la matinée du 15 août.  Il y aura messe solennelle et sermon de circonstance.  La religion occupe toujours la première place dans nos jours de fête, aujourd’hui comme aux premiers temps de l’Acadie.”

(Le Moniteur Acadien, le 31 juillet 1884)

 

Le transport des participants

“L’endroit choisi pour tenir la convention (Miscouche) est l’un des plus pittoresques et des plus agréablement situés de l’Île Saint-Jean; il n’est qu’à cinq milles à l’ouest de Summerside et l’on s’y rend en chemin de fer, des deux extrémités de l’Île.  De Shédiac la traversée à Summerside dure à peine trois heures.

Enfin les conditions avantageuses obtenues, par l’honorable M. Landry, président de la convention, des voies ferrées et des bateaux traversiers pour le passage de ceux qui assisteront à la convention, mettent le voyage à la portée de toutes les bourses, et nous serons bien déçus si nos nationaux de la grand’terre ne vont en grand nombre rendre à leurs frères insulaires la visite qu’ils en ont reçue en 1881.”

(Le Moniteur Acadien, le 31 juillet 1884)

 

“Tous ceux qui peuvent le faire doivent se rendre à Miscouche pour le 15 août.  C’est un devoir sacré que tout Acadien se doit à lui même et à sa patrie.  Grâce aux favorables conditions de passage obtenues par le président de la convention en faveur de ceux qui s’y rendront, on n’a pas d’excuse pour rester en arrière.

Des rives du comté de Kent, des paroisses du Barachois et du Cap Pelé, et du Petit Cap, on peut facilement se rendre à Miscouche dans les embarcations que presque chacun de nos habitants possède. Un grand nombre s’y rendront sans doute par ce moyen.”

(Le Moniteur Acadien, le 7 août 1884)

 

Excursion à bon marché

“Ainsi que nous l’avons dit la semaine dernière, il y a, à l’occasion de la convention de Miscouche, excursion sur le chemin de fer de l’Île, l’Intercolonial et les bateaux à vapeur.

L’Intercolonial et le chemin de fer de l’Île émettront à toutes leurs stations des billets d’excursion à bon marché à partir du 13 août, lesquels seront bons pour le retour jusqu’au 18.

La compagnie des vapeurs de l’Île donnera pour $1.00 des billets de retour à tous ceux qui iront à la convention, et qui seront munis d’un certificat constatant la chose.  Ce certificat sera donné à bord du bateau soit par M. le président de la convention soit par son délégué, pendant la traversée, le 13 et le 14.

Les excursionnistes qui s’embarqueront aux stations de l’Intercolonial devront demander à l’agent des billets d’excursion en spécifiant qu’ils se rendent à la convention de Miscouche.  Ces billets toutefois ne comprendront que le passage de la station de départ à la station de la Pointe-du-Chêne, attendu qu’il faudra acheter ses billets de traversée à bord des bateaux à vapeur qui nous transportent à Summerside.”

(Le Moniteur Acadien, le 7 août 1884)

 

Fanfare

“Ainsi que nous l’anticipions, un bon nombre de délégués et autres se sont rendus ou vont se rendre à Miscouche en goëlette.  Il en est parti quarante de Richibouctou, mardi, par cette voie, et de Bouctouche on s’est organisé pareillement.

Hier, un bon nombre de nos compatriotes ont traversé par le vapeur.

Grâce à l’énergie de M. Sylvère Arsenault, qui a pu rassembler une dizaine de membres du corps de musique du Collège Saint-Joseph, on aura le plaisir d’entendre cette fanfare à la convention.  Les musiciens, ayant à leur tête le R.P. Bourque, leur directeur, se sont embarqués hier.”

(Le Moniteur Acadien, le 14 août 1884)

 

L’arrivée des délégués

“Les délégués à la Convention des Acadiens-français qui débute à Miscouche aujourd’hui et qui se termine demain sont arrivés à Summerside hier soir accompagnés d’une fanfare.  Le surintendant Coleman qui se trouvait à ce moment-là à Summerside a mis un train spécial à leur disposition et ils furent ainsi capables de se rendre à Miscouche dans la soirée.  Les délégués viennent de toutes les régions du Nouveau-Brunswick, de la Nouvelle-Écosse et du Cap-Breton.”

(The Examiner, le 14 août 1884, Traduction)

 

 

Compte rendu des activités

“Plus de la moitié des délégués s’étaient rendus à Miscouche pour le 14 afin de prendre part aux travaux des commissions, lesquelles, toutefois, n’ont pu, excepté celle de la langue et de l’éducation françaises, accomplir leur oeuvre que dans la soirée.  Les commissions ont siégé dans les salles du couvent de Miscouche, généreusement mises à la disposition de la convention par les Religieuses de la Congrégation de Notre-Dame.

Disons de suite que les mesures prises par M. le curé de Miscouche et ses paroissiens pour recevoir les gens ne laissaient rien à désirer.  Franche hospitalité, accueil cordial, prévenance empressée, on se sentait à l’aise partout.

À l’arrivée du vapeur à Summerside mercredi et jeudi, des convois spéciaux transportaient les passagers à Miscouche, où l’on arrivait à temps pour prendre le souper sous les tentes érigées à peu près à mi-chemin entre la gare et l’église; le service des tables était très bien organisé, et les dames méritent des éloges pour le succès avec lequel elles ont rempli leur tâche.

De fréquentes averses ont interrompu le pique-nique qui a eu lieu le 14, et l’on avait lieu de craindre pour le succès du lendemain.  Ces craintes ne se réalisèrent point, car jamais soleil plus radieux n’a lui sur un jour de fête.

Aussi, dès sept heures du matin, les abords de l’église étaient-ils déjà remplis d’une foule immense, en habits de fête, le sourire sur les lèvres, la figure rayonnante, le regard animé.  Le temple de la paroisse allait être trop petit pour contenir la dixième partie de la multitude.  Un autel fut érigé à la porte de l’église sous un dais de verdure, et les Religieuses du couvent se chargèrent d’exécuter les décors.

Un espace suffisant fut réservé en face de l’autel pour les membres du clergé présents, les membres du comité exécutif et les délégués, les membres du corps de musique et le choeur paroissial.

(…)

De quatre à cinq mille personnes se pressaient sur le carré de l’église lorsque commença, à neuf heures et demi, le Saint Sacrifice de la messe, offert par le doyen des prêtres acadiens, M. l’abbé Charles Boudreault, des Îles Madeleine…
Le choeur de Miscouche, composé d’environ vingt voix – hommes et femmes – exécuta à perfection une messe en musique celle de Peters – sous la direction d’une Religieuse du couvent, aidée de Mlle Léonore Bourque, qui présidait à l’orgue.  À l’offertoire, le choeur chanta l’Ave Marie de Lambillotte.  Le corps de musique du collège St-Joseph fit entendre plusieurs morceaux appropriés à la circonstance.

Après la messe, le Révd Père A.-D. Cormier, du Collège Saint-Joseph, prononça le sermon de circonstance.  Prenant pour texte ces paroles:  Beatus populus cujus Dominus Deus ejus, le prédicateur – invité à la dernière heure – n’eut qu’à laisser parler son coeur pour être éloquent.

(…)

Après la messe on se sépara pour le dîner.  À une heure, du haut d’une estrade préparée spécialement à cette fin, le président ouvrit les travaux de la convention dans un admirable discours qui frappa tous les esprits par la justesse de ses observations.

La convention à dû siéger le soir, dans la salle du couvent, pour élire les officiers du prochain congrès, qu’il a été décidé de tenir à la Nouvelle-Écosse.  L’hon. M. Landry a été réélu président à l’unanimité; l’hon. Isidore LeBlanc, d’Arichat, et M. Urbain Doucet, de la Rivière Météghan, ont été choisis pour vice-présidents, et M. Pascal Poirier pour secrétaire.”

(Le Moniteur Acadien, le 21 août 1884)

 

 

Les résolutions de la Convention

Les délégués réunis en sessions d’études à Miscouche, en 1884, ont tenté de trouver des solutions aux nombreux obstacles qui entravaient la survie et le développement de leur peuple en tant qu’entité culturelle.  Ils se sont d’abord rencontrés en divers ateliers pendant la soirée du 13 août et au cours de la journée et de la soirée du 14.  Leurs résolutions furent ensuite présentées en plénière au cours de l’après-midi du 15 où elles furent adoptées par l’ensemble des membres de la Convention.

Les premières résolutions étudiées et adoptées concernaient la colonisation et le problème de l’émigration des Acadiens vers les centres urbains et industriels des États-Unis.  Résoudre cette question était la principale préoccupation des chefs acadiens.  En effet, ceux-ci considéraient cette migration comme une menace sérieuse à la survivance de leur peuple.  Elle mettait en cause le maintien de la langue française, des traditions acadiennes et même, croyait-on, de leur foi catholique.  Des résolutions furent donc formulées afin d’enrayer le mouvement d’émigration vers les États-Unis en encourageant les jeunes Acadiens à aller s’établir du côté des terres vacantes du Nouveau-Brunswick.  Ainsi, on donna un nouvel élan à la Société de Colonisation, fondée lors de la première Convention, en élisant le dynamique Père Marcel-François Richard à la présidence.

 
Le second groupe de résolution se rattachaient à la langue et à l’éducation française.  Celles-ci concernaient surtout les Acadiens de l’Île.  On adopta en effet des recommandations adressées au gouvernement insulaire.  Elles demandaient que l’enseignement de la langue française, dans les districts scolaires acadiens, soit mis sur le même pied que l’enseignement de la langue anglaise; que les professeurs reçoivent pour l’enseignement du français les mêmes rémunérations pécuniaires et les mêmes chances d’avancements que pour l’enseignement de l’anglais; et que l’inspection des écoles se fasse en français comme en anglais dans les localités françaises.  Afin d’aider à promouvoir la langue, l’éducation et la culture française chez les Acadiens, La Ligue française fut mise sur pied.  On formula le voeu que celle-ci soit affiliée à une société du même nom, récemment formée en France, et dont le but était la promotion de la langue et de la civilisation françaises dans le monde.

La Convention de Miscouche est surtout connue comme celle où les Acadiens se sont choisis un drapeau et un hymne national.  Le choix de ces symboles fut effectivement l’objet des délibérations de la troisième commission.  En plénière, toute l’assemblée ratifia sa principale résolution voulant que le tricolore français, avec une étoile jaune dans la partie bleue, soit adopté  comme drapeau acadien.  Les délégués ont aussi adopté l’air de l’Ave Maris Stella comme hymne national.  Ils se sont également choisis à Miscouche un insigne et une devise, “l’Union fait la force.”

Les délégués ont accordé une grande importance à l’agriculture.  Ils s’entendaient sur le fait que l’agriculture avait été et continuerait d’être la sauvegarde de la culture acadienne.  Des résolutions demandaient donc aux Acadiens de porter une plus grande attention à améliorer leur mode de culture et d’éviter de diviser et de subdiviser leurs petites fermes.  On conseillait aussi fortement à ceux obligés d’abandonner leurs terres, par la force des circonstances, de vendre à leurs compatriotes.  Enfin, on proposait que des sociétés agricoles soient établies dans chaque paroisse acadienne.

Des résolutions qui visaient le commerce et l’industrie ont aussi été adoptées par les délégués.  Nous ne connaissons toutefois pas la nature de ces dernières car elles n’ont pas été rapportées par la presse et tous les documents officiels de la Convention ont été perdus.

Notes biographiques

1984 par Contribution anonyme

 

Pierre-Amand Landry

Dessin de Bernard LeBlanc

 

Né en 1846 à Memramcook, Pierre-Amand Landry a été l’un des chefs les plus importants de la Renaissance acadienne de la fin du 19e siècle.  Son Père, Amand Landry, le premier Acadien à siéger à l’Assemblée législative du Nouveau-Brunswick, tenait à ce que son fils apprenne à apprécier la valeur des deux peuples fondateurs de la société canadienne.  Il l’envoya d’abord dans une école secondaire de langue anglaise et l’encouragea ensuite à étudier dans un collège classique bilingue.

Premier Acadien à être nommé ministre au sein de la Législature du Nouveau-Brunswick, Pierre-Amand Landry fut aussi l’un des premiers Acadiens membres du Parlement canadien, le premier Acadien à remplir la fonction de juge à la Cour suprême du Nouveau-Brunswick et le seul de son peuple à être reçu chevalier.  Il contribua de façon considérable à l’organisation des premières Conventions nationales acadiennes et en assuma la présidence à trois reprises.  Il contribua également à faire nommer le premier sénateur acadien en 1885.

De concert avec Pascal Poirier, le juge Landry mena une lutte des plus acharnées auprès de l’hiérarchie catholique des Provinces Maritimes et du Vatican afin d’obtenir la nomination d’un évêque acadien.  Landry et les autres leaders acadiens reconnaissaient l’importance du fait français au niveau de l’épiscopat.  Ils étaient conscients que l’Église pouvait jouer un rôle de premier plan dans le développement du peuple acadien, notamment au niveau de l’éducation et du maintien de la langue française.

Pierre-Amand Landry a été l’un des grands défenseurs des droits des Acadiens, notamment du droit à l’éducation en français.  Dans son discours d’ouverture à la Convention de Pointe-de-l’Église en 1890, il affirmait la nécessité de faire tous les efforts possibles pour établir et maintenir des écoles où la langue française serait enseignée.  “Insistons sur ce point sans relâche, sans fléchir,” disait-il alors à ses compatriotes.

Toute la carrière de cet homme fut axée sur sa conviction profonde que les Canadiens de langue anglaise et de langue française pouvaient vivre ensemble en toute égalité.  Apprendre à s’accepter mutuellement et à tolérer les points de vue de chacun, c’était là, selon Pierre Landry, le moyen qui permettrait aux peuples du Canada de vivre dans l’harmonie.  L’unité s’obtiendrait au prix de la tolérance.

Source:

Della M. Stanley, Pierre-Amand Landry, Au service de deux peuples, Moncton, Éditions d’Acadie, 1977, 260 pages.

 

Pascal Poirier

Dessin de Bernard LeBlanc

 

Pascal Poirier, l’un des plus grands chefs de file de la Renaissance acadienne, est né à Shédiac le 15 février 1852.  Il était le douzième et dernier enfant de Simon Poirier, l’un des pionniers de l’endroit.

Ses études primaires terminées, le jeune Pascal s’inscrit au Collège Saint-Joseph de Memramcook, lequel venait tout juste d’ouvrir ses portes.  Le Père Camille Lefebvre, fondateur de ce premier collège acadien, a eu une grande influence sur ce jeune acadien.  Il lui aida surtout à prendre conscience de la situation dans laquelle se trouvaient ses compatriotes.

À l’âge de vingt ans, grâce aux excellentes recommandations du Père Lefebvre, Pascal Poirier fut nommé maître de Poste à la Chambre des Communes, à Ottawa.  À ce poste, il se vit confier la direction d’un bureau qui comptait une douzaine d’employés et dont il ignorait tout du fonctionnement.  Mais il réussit très tôt à s’affirmer comme un fonctionnaire compétent dans la capitale fédérale.  Dans ses moments libres il étudia le droit.  Il accéda au Barreau de la province de Québec puis à celui du Nouveau-Brunswick

À partir de 1875, il entreprit plusieurs voyages de reconnaissance dans toutes les régions acadiennes des Provinces Maritimes.  Il passa ainsi plusieurs de ses étés à prendre connaissance de l’histoire et de la situation de ses compatriotes; il devint en quelque sorte le porte-parole reconnu des Acadiens.  En 1885, à l’âge de 33 ans, il fut nommé au Sénat pour représenter la circonscription sénatoriale de l’Acadie créée à cette occasion.

Pascal Poirier a été un des grands défenseurs des intérêts des siens.  Un des principaux organisateurs des premières Conventions nationales acadiennes, il a été aussi secrétaire puis président de la Société Nationale l’Assomption.  Il s’est surtout distingué dans la lutte pour l’obtention d’un évêque acadien, lutte qui a monopolisé les énergies des nationalistes entre 1890 et 1912.

Pascal Poirier consacra aussi une grande partie de son temps à la recherche historique et linguistique.  Parmi ses principales oeuvres mentionnons:  Origine des Acadiens (1874), Le Père Lefebvre et l’Acadie (1898) et le Parler franco-acadien et ses origines (1928).

À sa mort, le 25 septembre 1933, les principaux journaux anglais et français du Canada ont tous salué en lui “le champion infatigable de la cause acadienne.”

Source:

Gérard Beaulieu, “Pascal Poirier: notes biographiques”, dans “Mémoires de Pascal Poirier”, Numéro spécial, La Société Historique Acadienne, 33ième Cahier, Vol. IV, No 3, octobre, novembre, décembre 1971, pp. 92-93.

 

Marcel-François Richard, ptre

Dessin de Bernard LeBlanc

 

L’abbé Marcel-François Richard, nationaliste acadien par excellence, est né à Saint-Louis-de-Kent (Nouveau Brunswick) le 9 avril 1847.  Il fréquenta d’abord la petite école de sa paroisse et ensuite le Collège Saint-Dunstan, à Charlottetown.  Il n’y avait pas encore, à cette époque, de collège français dans les Provinces Maritimes.  Six ans plus tard, il fut admis au Grand Séminaire de Montréal.  Après son ordination en 1870, il fut nommé curé dans sa paroisse natale; il y demeura jusqu’en 1886.  Ensuite il fut curé de la paroisse de Rogersville jusqu’à sa mort en 1915.

Dès le début de son ministère, l’abbé Richard s’intéressa grandement à la question de l’éducation chez les siens. Entre autres, en 1874, il fonda le Collège Saint-Louis.  En effet, il trouvait que le Collège Saint-Joseph était trop bilingue et pas assez acadien et que, de toutes façons, dans une société rurale dépourvue de bons moyens de communications, il y avait de la place pour d’autres collèges acadiens.  Toutefois, Mgr Rogers, l’évêque irlandais de Chatham, trouvait que le collège acadien de Saint-Louis ne comblait pas les besoins de la jeunesse irlandaise de la région et il provoqua donc la fermeture du Collège en 1882.  L’abbé Richard a été aussi fondateur d’un couvent qu’il fit construire, en 1881, et dont il confia la direction aux religieuses enseignantes de la Congrégation Notre-Dame de Montréal.

L’abbé Richard a été l’un des grands promoteurs du mouvement de colonisation en Acadie.  Comme d’autres chefs acadien de l’époque, il encouragea très fortement le défrichement de nouvelles terres.  Il était convaincu que c’était la meilleure solution au problème de la rareté des terres dans les anciens villages acadiens et à celui de l’émigration des Acadiens vers les villes des États-Unis.  Alors, il se chargera de l’établissement de deux nouvelles colonies, Acadieville et Rogersville, dont il fut vraiment le fondateur.  Élu président d’une société de colonisation à la Convention acadienne de 1884, il dépensa énormément d’énergie à promouvoir les intérêts de la colonisation.

Les contemporains de Marcel-François Richard lui ont donné le titre de Père de l’Acadie nouvelle.  Il a été en effet un des plus importants chefs de file de la Renaissance acadienne.  À la Convention de Memramcook, en 1881, il se fit le champion de l’Assomption de préférence à la Saint-Jean-Baptiste à titre de fête nationale des Acadiens.  Grâce à ses efforts et à son éloquence, l’Assomption fut adoptée par les délégués.  Lors du deuxième congrès national tenu à Miscouche en 1884, l’abbé Richard joua encore un rôle déterminant dans le choix du drapeau acadien et de l’air national.

Il travailla aussi intimement avec Pascal Poirier et Pierre-Amand Landry dans les revendications qui furent présentées au Saint-Siège concernant la question de la nomination d’un évêque acadien.  Dans ce but il fit deux voyages à Rome, en 1907 et en 1910, où il reçut enfin du Pape Pie X la promesse que l’Acadie aurait bientôt un évêque.  En 1912, le Saint-Siège nommait un évêque acadien.  En somme, les démarches de l’abbé Richard auprès des autorités romaines ont beaucoup contribué à résoudre cette importante question.
En 1905, en reconnaissance du grand dévouement de l’abbé Richard au service de l’Église, le Saint-Siège l’honora en le faisant Prélat Domestique de Sa Sainteté le pape Pie X.  À partir de cette date, on l’appellera Monseigneur Richard.

Il est décédé en 1915.  Sa dépouille mortelle repose à Rogersville au monument de Notre-Dame de l’Assomption qu’il avait lui-même fait construire en 1912.

Benoît-F. Poirier, musicien acadien

1982 par J.-Henri Gaudet

par J.-Henri Gaudet

 

Note de l’auteur :  Le matériel pour ce court article sur la vie de Benoît F. Poirier est tiré de six lettres de Poirier écrites à l’auteur, d’extraits de journaux montréalais, ainsi que deux entrevues avec l’artiste faites par l’auteur dans les années 1950.  De plus, l’auteur tient à remercier Paul Surette, auteur de la biographie de Benoît Poirier, pour l’usage d’une citation tirée de son livre.

****************

 

Deux événements marquèrent la vie artistique de Tignish, en 1882.  L’un fut la naissance de Benoît F. Poirier, le 17 octobre, et l’autre fut l’installation des orgues Louis Mitchell dans l’Église St-Simon et St-Jude, le même mois.  Ce fut, en effet, le son de ces orgues qui allait décider pour toujours la carrière de Benoît, fils aîné de Laurent S. Perry (Poirier) et d’Emilie DesRoches.  Encore très jeune enfant, il entendit les orgues de Tignish pour la première fois lorsqu’il assista, avec son père, à de grandes cérémonies qui eurent lieu à l’occasion de la bénédiction des cloches de l’église.  Il fut tellement bouleversé par le son de l’instrument qu’en arrivant chez lui il imitait le doigté de l’organiste sur un vieux poêle.

Ses parents étaient trop pauvres pour lui acheter un piano.  Cependant, vers l’âge de 10 ans, il put se procurer assez d’argent pour se payer deux années de cours de musique au couvent de Tignish, les seuls qu’il suivra pendant toute sa vie.  Son professeur fut Soeur Sainte-Julienne.

Vers l’âge de 12 ans, il reçut une bourse qui lui permit de poursuivre ses études classiques au Collège Saint-Joseph de Memramcook, Nouveau-Brunswick, pourvu qu’il assume le nom français de la famille, “Poirier”, au lieu de “Perry”.  Pendant la durée de son cours au collège, il s’exerça à la musique et même à la composition, mais toujours sans professeur.  Ses seules leçons consistaient à écouter et à observer les deux autres élèves qui jouaient aux offices du dimanche pendant qu’il pompait le petit orgue de la chapelle durant les cérémonies et même durant leurs pratiques.  Doué d’une bonne oreille et d’une ténacité inébranlable, on lui demande un jour de remplacer le pianiste de l’orchestre qui était tombé malade.  Le changement de pianiste n’a pas paru.  Ce fut le commencement de la carrière musicale publique de Poirier.

L’année suivante, Benoît Poirier, âgé de 13 ans, accompagna un cantique aux services de la chapelle et il fit tout de ses mains et de ses pieds pour bien réussir.  Comme résultat, le Père Sylvère Arsenault, professeur de musique au collège, l’autorisa de pratiquer l’orgue par lui-même à condition de se trouver un souffleur.  C’est ainsi qu’il partagea l’accompagnement aux services de la chapelle Saint-Joseph avec ses deux confrères qui le devançaient en âge et en études.  L’année suivante, à l’âge de 14 ans, Benoît fut recommandé comme organiste de l’Église Saint-Thomas de Memramcook, poste qu’il occupa pendant le reste de son cours.  Il reçut son baccalauréat ès arts du Collège Saint-Joseph en 1902.  Une trentaine d’années plus tard, en 1928, cette même institution allait lui décerner une maîtrise ès Arts “Honoris Causa”.
Lorsque Benoît atteint l’âge de 20 ans, son père, avec l’aide de Père Pierre-Paul Arsenault, trouva les moyens de lui payer un an d’études au Séminaire de Philosophie, à Montréal.  (Ce Père Arsenault, natif de l’Étang des Clous, Tignish, fut longtemps curé de Mont-Carmel; c’est lui qui fit construire la présente église de cette paroisse.)  En effet, ils voulaient savoir si Benoît Poirier avait la vocation de prêtrise.  Au Séminaire de Philosophie, Benoît s’annonça comme modeste organiste parce que la position n’intéressait guère les autres élèves gâtés, sans doute, par de meilleurs instruments.  La chapelle possédait tout simplement un harmonium sans pédalier! Benoît s’intéressait tellement à ce poste que le personnel du Séminaire décida de le garder deux autres années comme simple pensionnaire.  Ses parents, à Tignish, ne pouvaient plus l’aider et il ne gagnait pas un seul sou; mais il était bien content d’être nourri et logé en échange de ses services.

Trop pauvre pour se payer des leçons de musique, il parcourait sur semaine les églises de Montréal pour s’imbiber de toute la musique d’orgue qu’il pouvait entendre.  Il se risquait quelquefois à la tribune des orgues.  De retour au Séminaire, il épiait secrètement le jeu de chacun et se débattait avec son harmonium.  Par la suite, le Séminaire le recommanda au Collège de Montréal pour y tenir l’orgue.  Il était encore sans salaire mais il avait chambre et pension et il était fier d’avoir un orgue à pédalier.  Il continuait à pratiquer seul et, pendant deux autres années, il continua à fréquenter les églises de la ville.  Finalement, il se trouva les postes suivants dans les églises de Montréal.  En voici la liste chronologique.  Après sa nomination, en 1903, comme professeur d’orgue et de piano au Collège de Montréal, il fut nommé, en 1906, organiste à l’Église Sainte-Hélène – une ancienne patinoire convertie en église.  Il y faisait tellement froid qu’il pratiquait avec des gants.  En 1908, il est organiste à l’Église Saint-Vincent de Paul et en 1914, Poirier tient les orgues de l’Église Saint-Jacques.  Enfin, en avril 1921, il est nommé organiste à l’église la plus prestigieuse de toute la métropole, soit l’Église Notre-Dame de Montréal où il toucha les grandes orgues pendant 33 ans.

Pendant sa carrière dans les églises de Montréal, Benoît composa vingt pièces pour orgue.  Il composa également des chants liturgiques et des pièces de fanfare dont une, “Rhapsodie d’airs canadiens”, fut jouée par la fanfare du célèbre John Phillip Sousa.  Plusieurs des pièces de Poirier ont des thèmes acadiens telles que “Pièce de concert sur l’hymne national acadien ‘Ave Maris Stella’ ” et “Au Pays d’Évangéline”.  Ces deux pièces pour orgue sont vraiment des chef-d’oeuvres musicaux.  De plus, Poirier donna un grand nombre de récitals d’orgue à travers tout le Québec, mais surtout dans la métropole montréalaise.  À son grand concert inaugural de 1924, sur les orgues de Notre-Dame, près de 10,000 personnes y assistaient.  De 1904 à 1959, il forma des centaines de musiciens à Montréal.

Benoît épousa, en 1913, Irma Tremblay, de la ville de Québec.  Il eut deux enfants de ce mariage.  Le premier est mort à la naissance et l’autre, né en 1919, demeure aujourd’hui à Montréal.  Il s’agit de Joseph-Benoît-Gabriel-Henri.

Irma meurt en 1937.  Benoît se marie une seconde fois, trois ans plus tard, à Marguerite Roberge.  Sa nouvelle épouse lui attire tellement d’élèves qu’il n’a plus le temps de pratiquer.  Pendant toute sa carrière, il n’a jamais pris de vacances.  Ce fut un coup très dur pour lui quand il dût prendre sa retraite en 1954.  Pendant soixante ans, il avait rempli les fonctions d’organiste.  Il ne vivait pleinement que lorsqu’il touchait “ses orgues”.  Il continua néanmoins à donner des cours d’orgue jusqu’à ce qu’une paralysie le rende invalide.  Il mourut en 1965 à l’âge de 83 ans; il est enterré à Montréal.

Voilà un très bref compte rendu de la vie d’un grand personnage acadien qui n’oublia jamais son pays d’origine.  Fortement attaché à son église, il était, de caractère, humble et même doux à l’excès.  Il fondait dans les murs, si on peut dire ainsi, lorsqu’on l’approchait.  Benoît Poirier passa par la misère bien des fois; il le dit lui-même dans une de ses lettres.  Mais toujours il en est ressorti avec une détermination profondément chrétienne et inébranlable.  Après une si longue carrière au service de l’église, il eut, semble-t-il, une fin ignominieuse.  Citons Paul Surette:

Après une messe, quand Poirier se préparait à jouer la sortie, le père Martin s’interposa, poussa ce premier hors du banc et joua lui-même ce moment.  La nature très sensible de Poirier fut profondément blessée.  Avec un saignement de nez, il s’en revient chez lui découragé et murmurant que tout était fini.

Peu après, les journaux annoncèrent sa retraite à Notre-Dame.  Cette retraite, achevée si honteusement, mit fin à 33 ans de services à cette église ainsi qu’à une carrière d’organiste commencée soixante années auparavant, à l’âge de 14, 15 ans.

 

Épilogue

Afin de commémorer le centenaire de Benoît F. Poirier et l’installation des orgues Louis Mitchell dans l’Église St-Simon et St-Jude, nous nous proposons d’avoir, durant l’été 1982, une exposition qui nous permettra de savoir ce que fut ce grand artiste acadien.  La commémoration de ces deux événements artistiques de 1882, dans le village de Tignish, sera d’autant plus marquée par un récital l’orgue Louis Mitchell des oeuvres de Benoît F. Poirier par le grand organiste montréalais, Christopher Jackson.

Pendant tout l’été, on pourra se procurer la biographie de Benoît Poirier écrite par Paul Surette, et un livret souvenir sur les orgues de Tignish, préparé par moi-même.  Alors, chers lecteurs, soyez des nôtres cet été pour souligner ce grand événement acadien.