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L’École Évangéline et les symboles de la nation acadienne

2009 par Contribution anonyme

Ce que représente pour moi les symboles de la nation acadienne…(1)

 

Le drapeau acadien est le symbole des Acadiens qui a été adopté le 15 août 1884 à Miscouche, Île-du-Prince-Édouard. Pour moi, ce symbole représente le travail et le courage que les Acadiens ont eus. Ils ont vécu beaucoup de misère dans leur vie, donc le drapeau est un symbole qui représente leur mérite et leur fierté.     *Krista Gallant

Fêter le 15 Août (2) qui est la fête nationale des Acadiens, est très important pour moi, parce qu’il faut démontrer que nous ne sommes pas tuables. Même si les Britanniques ont essayé de nous chasser et de nous déporter, nous sommes encore ici, plus fiers que jamais.   *Brandon Arsenault

J’aime vraiment la mélodie de l’Ave Maris Stella. Elle est douce et très relaxante. Les mots sont aussi très intéressants. Il y a une version latine et une version française. C’est aussi très spécial de savoir que les paroles françaises de cette chanson ont été soumises par Jacinthe Laforest, une habitante de l’Île-du-Prince-Édouard. Je me sens vraiment comme une petite Acadienne de l’Île chaque fois que j’entends l’Ave Maris Stella.    *Amy Gallant

Comme Acadien, je suis fier de notre drapeau. Les belles couleurs de notre drapeau le bleu, le blanc et le rouge se reflètent bien dans le soleil. Le drapeau est la même couleur comme celui de la France mais le nôtre a une étoile sur le bleu.   *Nicholas Gallant

Je n’étais pas au courant de certains symboles, comme l’insigne, les armoiries et la devise des Acadiens. Le drapeau est le symbole qui me représente le plus car c’est le symbole que j’ai reconnu en premier. Pour bien fonctionner, il faut avoir une spiritualité en laquelle croire.    *Jasmine Orton

Les Acadiens ont une étoile et l’étoile représente tout. Elle représente la joie de vivre. Elle représente l’Acadie, patronne des Acadiens. Comme Acadienne, je suis très fière de faire partie de ce peuple. Notre histoire est le lien entre tous les Acadiens d’autour du monde.     *Natalie Gallant

L’étoile jaune fait notre drapeau extra spécial parce que je trouve que ça représente les Acadiens très bien. Je suis aussi fier de savoir que Jacinthe Laforest a composé la version française.    *Denis Richard

Aux Jeux de l’Acadie, nous chantons l’Ave Maris Stella avec fierté pour célébrer l’Acadie. Plusieurs symboles de l’Acadie qui existent je ne connaissais pas. Par exemple, « L’Union fait la force ». Je ne savais pas que c’était un symbole acadien. En apprenant ces choses, je suis encore plus fière d’être Acadienne.   *Samantha Cormier

Je n’étais pas au courant qu’il y avait un insigne et des armoiries pour représenter les Acadiens. Mais après que j’ai appris à propos de ces deux symboles acadiens, j’ai pu voir qu’il y a plusieurs choses importantes aux Acadiens. J’ai réalisé qu’il y a beaucoup d’histoire derrière ces symboles.   *Jared Arsenault

La fête nationale montre que les Acadiens, après leur misère, ont finalement une place au niveau national puisque tout le monde sait que c’est leur fête. On peut dire que les Acadiens ont une histoire à eux et qu’ils tiennent à célébrer à leur manière.   *Diane Irakoze

C’est notre langue acadienne, notre hymne, nos coutumes, notre peuple, notre Déportation et notre détermination pour ne jamais avoir lâché. Le drapeau acadien représente tout ce qui est unique et important d’être, une Acadienne!   *Melissa Arsenault

Avoir notre propre hymne national nous distingue comme peuple. On se sent moins comme une minorité et plus comme une population majeure.
*Alexis Gallant

La devise des Acadiens est très inspirante et dit la vérité : L’Union fait la force. Même s’ils ont eu beaucoup de malheurs, ils ont toujours resté ensemble.   *Brittany Savoie

Le drapeau n’a jamais changé depuis son adoption. J’espère que le drapeau restera le même parce que les couleurs sont jolies et toutes les fois que je vois le drapeau, je pense à mes ancêtres.   *Nathan Brown

Les délégués qui étaient à Miscouche pour cette occasion ont spontanément commencé à chanter l’Ave Maris Stella. (3) Cette hymne « religieuse » est alors devenue notre hymne national. Il faut être respectueux quand cet hymne national joue puisqu’il nous représente. L’Ave Maris Stella représente la foi que nous avons pour notre patrie.   *Sarah Martel

Comme Acadien, les symboles qui nous font honneur représentent la fierté de notre culture, riche en histoire. Pour moi, chaque symbole représente un événement dans l’histoire. Par exemple, le drapeau acadien représente l’indépendance des Acadiens comme peuple et le courage d’être revenu en Acadie après la Déportation. … La fête du 15 Août représente ma liberté et ma fierté.   *Matthew Kelly

L’Ave Maris Stella est une chanson qui dit juste. La version française de cette chanson parle à propos de la fierté d’être Acadien et comment il faut en être fier.   *Jonathan Gallant

La devise « L’Union fait la force » nous représente parce que l’union de nos familles nous a donné la force de ne jamais lâcher. Je trouve que c’est un bon symbole pour l’Acadie.     Nicole Arsenault
 

Les Acadiens sont des personnes qui ont démontré beaucoup de courage et de persévérance pour pouvoir vivre à travers de toutes ces épreuves. Le drapeau acadien est un symbole très important dans notre héritage acadien.    *Jake Collicutt

Un vers que j’aime dans l’Ave Maris Stella, c’est : Tu me protégeras. Mon Acadie me protège, mais il faut quand même bien la protéger! La bataille pour garder notre langue ne sera jamais finie.     *Joceline Arsenault
 

Comme Acadien de l’Île-du-Prince-Édouard, je suis fier de notre drapeau. En 1884, le drapeau a été adopté, très près de chez moi. Cela me donne une très grande fierté d’être Acadien et d’être un habitant de la région où le drapeau acadien est né. Le drapeau acadien représente notre héritage et il flotte partout au monde.    *Curtis Arsenault

Il y a plusieurs lignes dans notre hymne acadien qui s’appliquent encore aux jeunes et aux plus vieux ces jours-ci. Une de ces lignes est : À ton nom, je me lie. Nous n’avons pas honte de dire à tout le monde que nous sommes Acadiens. Une autre ligne qui saute aux yeux est De près, de loin tu me tiens; n’oublions jamais d’où nous sommes partis et jamais nous oublierons notre désir de retourner à la maison. La dernière des lignes que je vais discuter c’est Ton histoire, je la vis. À chaque 15 Août, nous embrassons notre histoire, notre culture; tous les aspects qui font que nous sommes Acadiens. De plus, les gens sont beaucoup plus actifs dans la préservation de notre langue et ils ne sont pas prêts à la laisser de côté.   *Marina Sanford

 

(1) NDLR : À l’occasion du 125e anniversaire (1884-2009) de notre drapeau national, le comité de rédaction de La Petite Souvenance a voulu faire un sondage auprès des élèves des classes de la 7e à la 12e année pour savoir ce que représentaient pour eux les symboles acadiens. Nous avions fait parvenir à quatre écoles des niveaux de la 7e à la 12e une trousse d’information en précisant que ce que nous voulions c’était des idées originales d’interprétation de nos symboles acadiens et surtout à savoir comment ces symboles inspiraient et donnaient de la fierté d’être Acadien et Acadienne. Nous sommes heureux de publier quelques-unes des soumissions des élèves de la 11e et de la 12e de l’école Évangéline pour lesquelles nous leur exprimons tous nos remerciements et nos félicitations.
(2) Quand on parle seulement de la date, le «a » dans le mois d’août garde une minuscule («a») mais quand on utilise cette date pour désigner notre fête nationale (comme par exemple, le 11 Novembre, le 14 Juillet, etc.) on doit mettre le «A» majuscule donc on écrira « le 15 Août ».)
(3) C’était le soir de la célébration du quatrième 15 Août en tant que fête nationale des Acadiens lorsque au Couvent Saint- Joseph de la Congrégation de Notre-Dame de Montréal à Miscouche, des délégués ont vu pour leur toute première fois le tout nouveau drapeau de la nation acadienne que le futur Mgr Marcel-François avait fait coudre auparavant par Marie Babineau et avait fait adopter l’après-midi du même jour en plénière lors de la Deuxième Convention Nationale des Acadiens. Voyant l’étoile de leur patronne Notre-Dame de l’Assomption dans le bleu, les délégués ont immédiatement entonné l’Ave Maris Stella après quoi Pascal Poirier proposa que ce soit désormais l’hymne national du peuple acadien.

Souvenirs d’une maîtresse d’école

2007 par Orella Arsenault

Moi, je crois qu’à ma naissance ma destinée était déjà prédite : j’allais devenir maîtresse d’école. Je suis née à St-Chrysostome. La cour de l’école était juste à côté de notre maison, et j’étais toujours rendue à la clôture pour surveiller les élèves qui jouaient à la récréation. Je venais tout juste d’avoir mes cinq ans au mois d’avril et j’ai commencé l’école au mois de mai. Mme Roséline Gallant était la maîtresse d’école et elle avait dit à ma mère : « Laisse-la donc venir à l’école si elle veut. »

La future professeure Orella Arsenault, Collège Prince-de-Galles, 1951.

En ce temps-là, on n’avait pas les règlements en place comme aujourd’hui. Tous les élèves faisaient un genre de maternelle de deux mois avant de commencer la première année scolaire. Je suis pas mal certaine que j’ai commencé à l’école pieds nus parce que je me rappelle que j’avais toujours hâte que la saison chaude arrive pour enlever mes souliers.

Comme tous les autres élèves, je suis arrivée à l’école avec mon ardoise et mon verre pour boire de l’eau. La pompe à eau était dehors et souvent, si elle ne marchait pas, les élèves se rendaient chez mon père pour chercher de l’eau dans un seau. C’était dans ce seau où on allait chercher à boire. Il n’y avait pas même de couvercle dessus. Imaginez la poussière et les germes qui s’y trouvaient!

Un des souvenirs de ma dernière année à l’école de St-Chrysostome est quand j’étais en 10e année et que j’ai osé mettre de grandes culottes, des « slacks » comme on les appelait, sans robe par-dessus. Le maître d’école était Albert Gallant (Albert à Pacifique), mon cousin. Il n’aimait pas trop cela que je cassais les règlements de l’école, mais il ne m’a pas renvoyée. C’était le début de la nouvelle mode, plus de robe par-dessus les culottes.

À l’âge de 15 ans après ma 10e année, j’ai quitté St-Chrysostome pour faire ma 11e année à Miscouche au Couvent Saint-Joseph où les Religieuses de la Congrégation Notre-Dame, de Montréal, enseignaient. C’était tout un autre monde pour moi!

Pour pensionner au couvent, le coût était de 20 $ par mois couvrant le logement et la nourriture. Mais, si je voulais faire la vaisselle des autres pensionnaires, je devais seulement payer 10 $ par mois. C’est certain que mes parents ont choisi l’option de 10 $ par mois.

L’année suivante, je me suis rendue à Charlottetown au Collège Prince-de-Galles pour faire ma formation de maîtresse d’école. Je pensionnais au couvent des religieuses.

Pour m’aider avec les coûts de cette année-là, j’ai reçu une subvention de 300 $ du gouvernement provincial. Ce montant a payé toutes mes dépenses de l’année et j’avais même quelques dollars en surplus. Et, pourvu que je fasse de l’enseignement à l’Île-du-Prince-Édouard au courant des trois années suivantes, je n’avais pas besoin de rembourser ce montant d’argent.

En 1951, à l’âge de 17 ans, j’ai commencé mon enseignement dans une petite école acadienne-française avec un groupe d’élèves à partir de la première année jusqu’à la huitième année sauf la quatrième. Ma première année en classe a été une bonne année d’expérience car j’avais des élèves bien sages.

Mon salaire pour cette année-là était 1 300 $ avec un supplément de 250 $ qui était octroyé par le district scolaire. Je me croyais pas mal riche. J’ai trouvé qu’il n’y avait pas grand-chose qui avait changé depuis mes années assise sur les bancs d’école, sauf la toilette. Au lieu d’aller dehors à la « bécosse », la toilette était à l’intérieur de l’école. On l’appelait la « un seau par jour », car il fallait y verser un seau d’eau par jour. On n’avait pas encore de l’électricité et donc on n’avait pas la toilette moderne.

Je faisais tout l’enseignement en français même si les textes étaient en anglais. Les seuls textes français étaient les matières françaises et le catéchisme. Pour ce qui est de celui-ci, il y avait des questions et des réponses. Les élèves devaient mémoriser les réponses, sinon je les gardais à la récréation pour les mémoriser. C’était très important de savoir les réponses par cœur.

Ayant parfois des élèves dans plusieurs grades, je manquais de temps pour prendre toutes les classes, donc je demandais de l’aide d’un élève qui avait fini ses devoirs. L’élève faisait l’orthographe et la dictée tandis que je travaillais avec une autre classe.

Au courant de mes premières années d’enseignement, les élèves n’avaient pas de livres de mathématiques. Je devais écrire les problèmes au tableau, les « sommes » comme on appelait ça, même s’il s’agissait aussi de soustractions. Avant de les effacer, il fallait en faire la correction. Tous les tests des élèves étaient écrits au tableau. Plus tard, j’ai eu une patente avec laquelle je pouvais faire des copies une à une. Ça prenait une bonne partie de ma soirée à faire les copies requises. Je me rappelle que, lors d’une de mes années d’enseignement, un de mes élèves n’est pas revenu en classe après la récréation du midi. Personne ne semblait savoir où il était. Un de mes élèves, le plus brave, m’a dit qu’il était dans la « shed à bois ». Je me suis rendue là pour voir où il était. Je l’ai trouvé enterré dans le « pilot » de bois. Ça n’a pas été long que ceux et celles qui l’avaient caché l’ont vite fait sortir de son cachot!

D’autres qui m’ont joué des tours étaient le père Éloi et son frère jumeau Ernest. Quand ils étaient jeunes, ils étaient identiques comme deux gouttes d’eau. Ils changeaient de places pour toute une journée et je ne m’en rendais même pas compte. Aussi, ils pouvaient partager leurs punitions et leurs récompenses.

Quand je suis retournée dans la salle de classe après mon mariage, c’était dans les années 60. En ce temps-là, c’était mal vu de se trouver enceinte à l’école, même si j’étais mariée. Un des trois commissaires qui devaient m’embaucher n’aimait pas voir une enseignante enceinte. Un autre commissaire qui était en ma faveur s’est rendu à Charlottetown au ministère de l’Éducation prendre de l’information à ce sujet. Il est revenu chez lui bien content car, à cette question, on lui a répondu « Si les élèves n’ont jamais vu une femme enceinte, il est temps qu’ils en voient une. »

Je crois être parmi les premières femmes enceintes à enseigner jusqu’à l’accouchement à l’Île. J’ai eu huit enfants et j’ai enseigné tous les huit.

À l’école, mes enfants devaient m’appeler « Madame » comme tous les autres élèves et ils ont pris cette directive vraiment au sérieux. Ma fille Darlene, elle aussi enseignante, a enseigné son fils en première année. Une bonne journée, il lui dit : « Madame, pourrais-tu dire à ma mère de mettre du jus au lieu du lait dans ma boîte à dîner pour demain? ».

J’enseignais avec beaucoup moins de stress qu’on le fait aujourd’hui. Je vais vous raconter ce qui s’est passé avec un de mes élèves. Il n’était pas trop intéressé à l’école et ne voulait pas faire son travail. Je lui ai dit « Si tu n’es pas content, tu peux partir ». Le lendemain, il n’est pas revenu et le reste de l’année non plus. Je crois qu’il cherchait une excuse pour lâcher l’école. Aujourd’hui, on verrait vite les parents et la commission scolaire rendus à notre porte si on leur donnait de pareils conseils. On menait l’école un peu comme on le pensait mieux.

Les punitions étaient bien différentes. La plupart du temps, je les gardais à la récréation ou les faisais mettre à genoux en avant de la classe. S’il fallait une punition plus sévère, je donnais la canne ou la « strap » mais jamais avec trop de force, trois tapes dans une main et trois dans l’autre.

Dans les écoles où il y avait deux salles de classe, la personne qui enseignait les hautes grades était le principal et était aussi responsable pour la discipline de la classe primaire si on lui demandait. Un jour après la classe, un professeur m’a amené un petit de la deuxième année qui lui causait des problèmes de discipline. Quand j’ai vu le petit, je n’ai pas eu le cœur de le marmotter. J’ai commencé à pleurer et je l’ai renvoyé. C’était la première et la dernière fois que j’avais été demandée de discipliner un élève dans une autre classe. Je n’avais pas fait mon devoir de principale cette journée-là.

Chaque vendredi après-midi, on avait l’assemblée de la Croix-Rouge. On avait un programme de récitations, des sketchs et des chansons, un comité nommé pour faire de petits travaux tels qu’aller chercher l’eau, passer pour les mains et ongles, voir si les pupitres étaient bien rangés, etc.

Comme moyen de faire de l’argent, on jouait au bingo à un cent la carte. À la fin de l’année scolaire, on envoyait cet argent à la Croix-Rouge. Cet après-midi-là, les élèves pouvaient amener leur petit frère ou leur  petite sœur à l’école. En général, c’était celui ou celle qui allait commencer l’école l’année suivante.

À la fin de l’année, on avait toujours la fermeture des classes qu’on appelait « examen de fin d’année ». Les élèves étaient tous excités premièrement de savoir s’ils avaient passé leur grade et aussi parce que les parents venaient écouter leurs chants et leurs récitations. À un examen en particulier, un de mes élèves ne voulait pas participer avec sa classe. Deux de mes élèves se sont décidés de l’enlever de son pupitre et de le mettre en rang avec les autres pour son numéro. Pour eux, c’était important que tous les élèves participent. À cet événement, les élèves recevaient un cadeau-souvenir du professeur et les Dames du Sanctuaire du district scolaire fournissaient du sucre et demandaient à un membre du groupe de faire du sucre à la crème pour les élèves. Le tout finissait avec une adresse composée et lue par un parent; c’était un hommage au professeur. Aussi, on lui donnait un petit cadeau.

Une année, j’ai reçu une tasse et une soucoupe. C’était pas mal toujours ça que je recevais. À une occasion, avec toutes les émotions de la journée, en ouvrant mon cadeau, la soucoupe est tombée par terre et s’est brisée. J’ai quand même conservé la tasse pour bien des années.

Une fois l’année scolaire terminée, je devais remplir un formulaire. C’était un rapport annuel. Il fallait mettre les jours enseignés et les absences des élèves. Il fallait balancer notre année et souvent on pouvait passer des heures et des heures pour trouver une erreur s’il y en existait. Ensuite, je devais me rendre chez un juge de paix pour obtenir sa signature. Il me chargeait 10 cents pour sa signature.

Toutes mes trente-cinq années d’enseignement ont été bien spéciales pour moi. Depuis ma retraite, je fais encore la classe de catéchèse à la 6e année de l’école Évangéline et aussi des visites guidées avec les élèves qui viennent au Musée acadien à Miscouche. Je vais continuer à enseigner ainsi en autant que la santé me le permette.

 

6e année, école Évangéline, 1984-1985.

Des classes en français pour de bon!

2007 par Francis C. Blanchard

À l’occasion d’une conférence de presse tenue à l’hôtel CP Prince Edward à Charlottetown en relation avec l’établissement du Centre scolaire et communautaire francophone, on avait bon nombre de dignitaires, les médias et le public pour entendre une annonce majeure. Tout s’était déroulé comme prévu et, suite à la cérémonie, il y a eu la réception coutumière à laquelle les participants se sont régalés avec des amuse-gueules.

Parmi les invités, on remarquait Mme Anna Duffy, présidente du Conseil scolaire de l’Unité 3. À un moment donné, elle s’est approchée de ma personne et, sachant avec qui elle s’entretenait, m’a fait cette confidence. Elle avait eu le privilège, me dit-elle, d’être présente à la dernière classe de français enseignée par feu J. Henri Blanchard au Collège Prince-de-Galles (présentement le Collège Holland) à Charlottetown à la veille de prendre sa retraite de l’enseignement en 1947.

Le professeur Blanchard avait consacré la classe entière à l’étude et à une discussion de l’œuvre de l’auteur français Alphonse Daudet : « La dernière classe ». C’est le récit d’un jeune Alsacien qui assiste à sa dernière classe de français à l’école de son village.

L’histoire se passe en 1870, lorsque les Allemands (les Prusses) ont envahi l’Alsace et la Lorraine pour annexer ces deux provinces à l’Allemagne – la guerre franco-allemande 1870-1871. Le jeune Frantz est arrivé à l’école cette journée un peu en retard. En entrant, il s’attendait de se faire gronder par le professeur, mais il a vite vu que le climat de la classe n’était pas comme d’habitude. Il fut surpris de voir quelques braves gens du village assis sur des bancs au fond de la salle de classe. Ce fut une scène peu ordinaire. M. Hamel s’adresse aux élèves en ces termes :

« Mes enfants, c’est la dernière fois que je vous fais la classe. L’ordre est venu de Berlin de ne plus enseigner que l’allemand dans les écoles de l’Alsace et de la Lorraine… Le nouveau maître arrive demain. Aujourd’hui, c’est votre dernière leçon de français. Je vous prie d’être bien attentifs. »

M. Blanchard a terminé sa classe en faisant le commentaire à ses étudiants qu’un jour il faudra qu’il y ait une école française dans la région de Charlottetown.

Ses paroles étaient-elles prophétiques? L’école française est maintenant une réalité dans la région! Elle fait partie du Carrefour de l’Isle-Saint-Jean, un complexe qui comprend un côté scolaire et un côté communautaire. C’est à nous tous et toutes – Acadiens, Acadiennes et francophones – de nous en servir.

*Éditorial intitulé Un rêve se réalise… gracieuseté de La Voix acadienne, Summerside, Î.-P.-É., le 13 novembre 1991

Carrefour de l’Isle-Saint-Jean abritant l’école François-Buote.

L’éducation en français – Un nouveau millénaire – un nouvel essor

2002 par Tilmon Gallant

Tilmon Gallant

 

Depuis la disparition des quelque deux cent petits districts scolaires locaux et l’arrivée des cinq unités scolaires régionales en 1972, la communauté francophone et acadienne de l’Île déplorait le fait que cet événement était responsable, plus que d’autre chose, de la fermeture des écoles acadiennes dans la province (autre que l’école Évangéline).  Les régions de Prince-Ouest, Summerside et Rustico ont été englobées par les nouveaux districts régionaux anglophones qui ont été établis sur ces territoires et conséquemment, les Acadiens et francophones vivant dans ces régions ont perdu le contrôle de leurs petites écoles.

Pendant les prochains vingt ans, l’éducation en français fut limitée au programme offert au Centre d’éducation Évangéline avec une tentative de programmation offerte au premier cycle de l’élémentaire à Summerside, tentative qui a eu lieu au moment de la fermeture de la base militaire et des classes installées dans le sous-sol d’une église à Charlottetown.  Ce fut le début de l’école François-Buote.

Quelques faits saillants ont marqué le tournant des décisions qui ont, depuis ces dernières années, permis un regain de vie scolaire dans plusieurs régions de la province.

L’arrivée du ministère fédéral des Anciens combattants à Charlottetown pendant les années 1980 a influencé en grande mesure l’établissement du Carrefour de l’Isle Saint-Jean et l’école François-Buote qui a ouvert ses portes en 1991, offrant ainsi un enseignement aux niveaux élémentaire et secondaire en français dans la région de Charlottetown et des environs.

En 1990, la commission scolaire régionale Évangéline (Unité scolaire no 5) a relevé le défi d’élargir son mandat et son territoire en devenant une commission scolaire provinciale avec représentation de toutes les régions de la province.  Le leadership exercé par cet organisme mérite d’être noté puisqu’elle a travaillé d’arrache-pied afin de gagner la confiance d’un grand nombre d’ayants droit à l’éducation en français.  Elle récolte aujourd’hui les fruits de son travail en ouvrant les portes d’une nouvelle école à Summerside en plus de celles de Prince-Ouest et Rustico.

Suite au rapatriement de la Constitution canadienne et de l’adoption de la Charte canadienne des droits et libertés, la province a amendé la loi scolaire afin qu’elle respecte et reflète les clauses de l’article 23 de la Charte donnant ainsi droit aux citoyens ayant le droit de recevoir leur éducation en français là où le nombre le justifie et ce, financé par les fonds publics.  Appuyé par la Charte et la loi scolaire, un groupe de parents de la région de Summerside, après plusieurs refus de la commission scolaire de l’Unité no 2 (Summerside et ses environs) et du ministère de l’Éducation, a mené une lutte jusqu’à la Cour suprême du Canada afin de finalement recevoir une décision favorable en janvier 2000, permettant ainsi aux Acadiens et francophones de la région de Summerside de recevoir l’éducation en français dans leur région.

La province entérine la décision de la Cour suprême et a immédiatement mis en marche le processus de planification menant à la construction de cette nouvelle école qui ouvre ses portes au début du mois de février 2002.

La Commission scolaire de langue française en collaboration avec le ministère de l’Éducation a, du même coup, ouvert des écoles à Prince-Ouest et à Rustico avec l’appui financier du ministère de l’Éducation et du ministère fédéral du Patrimoine canadien.

Ce nouvel élan en éducation en français est dû à un ensemble de facteurs qui comprend les éléments mentionnés ci-dessus ainsi qu’un éveil dans la communauté acadienne et francophone créé par les nombreux organismes locaux, régionaux et provinciaux qui n’ont jamais abandonné l’espoir qu’un jour on aurait accès à des écoles françaises partout où il y a une demande justifiée dans la province.

Les prochains défis à relever surtout en situation minoritaire telle la nôtre seront de pouvoir offrir une programmation et un enseignement de qualité équivalente à celle offerte en anglais dans les écoles voisines et de promouvoir continuellement les avantages d’une formation en français auprès des ayants droit.  Ceux-ci devront fournir une clientèle étudiante suffisante afin d’assurer que les portes qui viennent d’ouvrir sur un réseau d’écoles françaises dans les régions acadiennes restent ouvertes pour les générations à venir.

Ces deux défis sont étroitement liés l’un à l’autre, mais l’infrastructure tant regrettée et absente par les années passées est maintenant en place afin de permettre que les progrès de ces quelques dernières années continuent et augmentent d’année en année.

Plan architectural du nouveau centre scolaire-communautaire de Summerside.

Un Acadien de l’Île dans l’Ouest canadien

1986 par Avéline Peters

Avéline Peters         Traduction de Rita Schyle

 

Stanislas Pitre (1879-1949) est un Acadien de la région de Prince-Ouest qui a laissé sa marque dans l’Ouest du Canada.  Né à Bloomfield, il était le fils de Fabien Pitre et de Marie Priscille Pineau de Bloomfield.

Stanislas a reçu une formation en enseignement à l’École normale du Collège Prince de Galles.  De 1902 à 1905, Joseph-Octave Arsenault était inspecteur des écoles acadiennes de l’Île et celui-ci exigeait que les enseignants acadiens se perfectionnent dans les langues anglaise et française.  Stanislas Pitre a été un des instituteurs qui est devenu couramment bilingue par suite de son influence.

En 1903, Stanislas Pitre s’est marié avec Ursule Martin, fille d’Hippolyte et de Marguerite Pineau, à l’église Saint-Antoine de Bloomfield lors d’une cérémonie célébrée par le Père François-Xavier Gallant.  Peu après, Stanislas et Ursule ont déménagé dans l’Ouest canadien car les salaires aux enseignants y étaient plus élevés.  Au cours des années suivantes, Stanislas a enseigné dans diverses localités du Manitoba, soit au Lac du Bonnet, à Makinak, à McCreary et à Laurier.

En 1920, le malheur a frappé leur famille.  Un cyclone s’est abattu sur le village de Laurier et a détruit, entre autres, l’école et la demeure familiale des Pitre.  La mère, Ursule, a été la plus grièvement blessée: sa colonne vertébrale était endommagée.  Stanislas a alors déménagé sa famille à Winnipeg où Ursule allait recevoir des soins médicaux.  Entre temps, toute la famille priait pour sa guérison.  Stanislas a continué à enseigner à Winnipeg puis il a été nommé directeur de l’école Glenwood.

Par la suite, Ursule s’est complètement remise de sa blessure et a repris son rôle de ménagère et de maîtresse de maison.  Lorsqu’elle était jeune, Ursule avait aidé sa mère, Marguerite, qui avait été sage-femme dans les villages de Prince-Ouest.  Comme on avait aussi besoin de sages-femmes dans les provinces de l’Ouest, Ursule a mis son expérience en pratique:  à son tour, elle a exercé ce métier dans les différentes localités où la famille demeurait, et ce, jusqu’en 1932.

Lorsque la famille de Stanislas comptait 12 personnes, on a effectué un autre déménagement; cette fois, c’était vers l’Alberta, province où les salaires étaient les plus élevés.

En 1933, Stanislas enseignait dans la région de Saint-Paul dans une école administrée par les Frères Oblats.  La famille s’est acheté un morceau de terre que les fils aînés, Emmanuel et Wilfred, ont cultivé.

En 1941, alors qu’il prenait sa retraite de l’enseignement, Stanislas a accepté le poste de premier magistrat pour les régions de Cold Lake* et de Saint-Paul.

Sa persévérance face à l’adversité l’a toujours aidé à se trouver un emploi; son honnêteté et son impartialité lui ont valu d’être en demande chaque fois qu’on recherchait un bon administrateur.  Il a été directeur du Conseil de l’hôpital Sainte-Thérèse, des Chevaliers de Colomb ainsi qu’un chef du mouvement scout et de groupes culturels qui encourageaient le développement de la musique et du théâtre.

Ursule, pour sa part, encourageait ses enfants à utiliser leur éducation bilingue et à participer à la vie communautaire et paroissiale, partout où ils ont demeuré dans les quatre provinces de l’Ouest.

*Cold Lake, en Alberta, est la région où l’on retrouve, en 1985, le projet d’exploitation des sables bitumineux (Tar Sands Oil Project).

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Conseil d’administration de la Société Historique Acadienne 1985-1986.

Président -        M. Francis Blanchard
Président sortant -    M. Georges Arsenault
Vice-président -    Père Charles Gallant
Secrétaire -        M. Réal Gagnon
Trésorière -        Mad. Céline Lapointe

Conseillers(ères) -    

Mad. Avéline Peters
Père Albin Arsenault
M. Gary Robichaud
M. Robert Maddix

Souvenirs d’un centenaire – Roch Gaudet : “J’me 100 acadien!”

1984 par Père Albin Arsenault

par Père Albin Arsenault

 

Il y a quelques semaines déjà, un membre de notre Société historique acadienne m’a demandé d’interviewer M. Roch Gaudet, puis de rédiger un article pour La Petite Souvenance.  Comme vous le savez, M. Gaudet, en août dernier, fut notre président d’honneur pour les Fêtes du centenaire du drapeau acadien car lui et le drapeau sont du même âge.  En effet, il a célébré son 100e anniversaire de naissance le 4 décembre dernier.

Notre ami centenaire porte bien son nom – Roch – il est solide comme le roc.  Malgré son âge avancé, il jouit d’une assez bonne santé, fait des petits travaux autour de la maison et de la ferme de son fils, où il habite.  M. Gaudet se déplace encore:  il participe régulièrement à la messe du dimanche et il fréquente assez souvent les parties de cartes au Club Ti-Pa.  Homme qui vit dans l’actualité, il garde également une bonne souvenance du passé.  Il s’entretient avec nous en nous présentant une page de sa petite histoire, de quelques souvenirs de sa jeunesse.  Il nous parle d’agriculture, d’éducation, de religion et de divertissements.

L’agriculture

Élevé sur la ferme, je me rappelle surtout de la faux et de la faucille pour couper le grain.  On le battait avec un flot (fléau).  Ensuite le grain était vanné au vent.  Les brises de vent nettoyaient le grain.

En ce temps-là, il y avait des moulins à farine.  Jack Harper, le grand-père de Louis, écrasait le grain.  J’en ai beaucoup vu des sacs de farine et des sacs de gru.

Ma mère marchait 10 chaînes de long pour faire son lavage au ruisseau.  Elle lavait avec une planche, un batoué.  Bien sûr, elle faisait sécher les hardes dehors.  Il n’y avait pas de machines, de sécheuses électriques dans le temps passé.

L’éducation

J’avais 7 ans quand j’ai commencé l’école.  Je me suis rendu jusqu’au 4e livre français et jusqu’au 5e livre anglais.  L’arithmétique et la géographie étaient aussi enseignées.  J’ai abandonné l’école à l’âge de 16 ans.

J. B. Gaudet fut mon premier maître d’école.  C’était un homme strict, il punissait ses élèves avec une “havre”, une canne.  Si les maîtres faisaient ça aujourd’hui, ils seraient envoyés au pénitencier!

Mes parents ont encouragé l’éducation.  L’un de mes frères, Jean, fut ordonné prêtre.  Ma soeur Marguerite était religieuse de la Congrégation Notre-Dame.  Elle a étudié aux îles de la Madeleine et elle a fait la classe jusqu’à New York.

 
La religion

À 10 ans, j’ai fait ma première communion et j’ai été confirmé le même été.  Il fallait aller au catéchiste; ce n’était pas tous les élèves qui pouvaient faire leur première communion dans le grand catéchiste.  En ce temps-là, il y avait le grand et le petit catéchiste.  Le prêtre l’enseignait pendant 3 semaines en été.  Ceux et celles qui ne savaient pas leur catéchiste étaient envoyés chez-eux jusqu’à l’année suivante.

Les divertissements

Les gens allaient aux danses, aux maisons.  Ils faisaient la musique eux-mêmes.  Même s’il n’y avait aucune musique, nous passions de belles soirées.

Dans mon jeune temps, la partie de carte qui se jouait, c’était le Pitro.  Je l’ai oublié parce que ce n’est pas un jeu qui se joue ces derniers temps.

Les noces du temps passé se fêtaient le mercredi.  On mangeait du pâté comme repas principal et comme dessert de la tarte à la mélasse.  Le mariage était béni le matin.  C’était comme ça quand je me suis marié en 1905.

Les Noels d’autrefois ne ressemblent pas ceux d’asteur.  Il n’y avait pas d’arbre ni de crèche aux maisons.  On allait voir la crèche à l’église.  On accrochait nos chaussons et on recevait que quelques bonbons.  Ç’a bien changé.  Je me demande si ç’a changé pour le mieux.

Enfin, Roch Gaudet, Acadien de sang et de coeur, est le neveu de Mgr Jean Chiasson, un ancien curé de Palmer Road et de Rustico-Sud.  Nous pouvons reconnaître cette parenté, car M. Gaudet est un homme qui vit sa foi en Jésus-Christ et est fier de ses racines acadiennes.

La langue française sur l’Île-du-Prince-Édouard

1983 par Contribution anonyme

 

Le document que nous reproduisons ci-dessous est une lettre au rédacteur publiée dans Le Moniteur Acadien (Shédiac) le 20 novembre 1884.  L’auteur est un Acadien de l’Île-du-Prince-Édouard.  Il se plaint amèrement de l’état de la langue française dans sa province.  Il parle, entre autres, du problème de l’anglicisation des Acadiens pour lequel il jette en partie le blâme sur le manque d’enseignement français dans les écoles acadiennes et à l’École normale.  Fortement préoccupé par le problème, il se demande ce que sera la vie française, à l’Île, dans cinquante ou cent ans.

L’an prochain, il y aura exactement cent ans depuis la publication de cette lettre.  Nous sommes donc en mesure de répondre à son auteur.  La Petite Souvenance invite ses lecteurs à le faire.

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Monsieur le rédacteur — Permettez que je sollicite un court espace dans les colonnes de votre aimable journal, afin d’y insérer quelques lignes, que je désire adresser à mes compatriotes sur un sujet bien important, je veux dire la langue française.  Chaque jour je suis attristé de voir la manière dont on déteste la langue française sur l’Île Saint-Jean.  Si vous rencontrez un ami, il se donnera garde de vous adresser la parole en français, mais au contraire, il fera usage du jargon britannique, en vous disant: “How do you do, sir?” ou bien “Good morning”.

Cette coutume, mes amis, est exécrable et ne peut avoir aucune excuse.  Nous français, et avoir honte de notre langue?  Si vous leur dites:  “Mais n’es-tu pas français, parle-donc ta langue?”  Et plusieurs vous répondent:  “What’s the good of French?”  Je ne sais si c’est seulement pour contrarier que ces gens parlent ainsi; mais toujours ce sont des discours bas et dégoûtant, et qui ne devraient jamais être prononcés par des gens d’origine française.

Si vous êtes descendants de l’Acadie, si le sang français coule encore dans vos veines, conservez le français, ainsi que votre langue.  N’ayez pas honte d’une langue que des génies n’ont pas eu honte de parler avant vous.

Une grand défaut, que je remarque sur l’Isle du Prince-Édouard, c’est le manque d’enseignement français, dans nos écoles.  Est-ce la faute du gouvernement ou celle des instituteurs?  La faute des deux, je pense; car si notre gouvernement apportait plus de soin à l’instruction de nos jeunes hommes, tant dans la langue française que dans la langue anglaise, de meilleurs citoyens habiteraient nos villes et nos campagnes.  Ils en feraient des hommes loyaux et intelligents.  La grande faute des instituteurs français, dans mon opinion, est leur manque d’activité à agiter cette grande et noble question, en faisant application au gouvernement afin d’obtenir un département français à l’École Normale.  Est-ce leur manque de courage ou leur manque de patriotisme qui les empêche de faire quelques efforts?  Pensez-vous que dans cent ans, s’il n’y a pas d’amendement, au train que nous allons, toute trace de notre belle langue française sera effacée dans nos générations futures!  De nos jours déjà, à peine pouvez-vous arracher une parole française, tant des instituteurs que des élèves.  Qu’en sera-t-il donc dans cinquante ou cent ans?  Le jargon britannique sera la langue dominatrice ou adoptée par notre race; et les accents de la langue française ne seront plus entendus sur notre belle Isle St-Jean.  Anglais, partout l’Anglais!  Plus d’Acadiens! plus de langue française!  Et pourquoi? pour faire place à une langue étrangère.

Oh! mes amis, un tel état de choses est déplorable à constater. Si les cendres de nos ancêtres pouvaient se rassembler et sortir de la tombe qui les tient prisonniers!  Oh! qu’ils rougiraient de nous, en nous entendant parler une autre langue que la langue française, à laquelle ils attachaient un si grand prix.  Il me semble les entendre, s’adressant à nous, en ces termes:  “Eh quoi, vous n’êtes donc plus français?  vous n’êtes donc plus des descendants de la vieille et belle Acadie!”  Ou bien:  “Eh quoi, vous n’avez pas honte de renier votre nation, votre langue, votre origine, et je pourrais même dire votre honneur?”

Tâchons donc, mes amis, et surtout la classe instruite, d’attacher plus de prix à notre langue, et de la parler toujours.  C’est un noble héritage que nous devons conserver à juste titre, et de plus le conserver intact.  S’il nous est absolument nécessaire d’avoir une connaissance de la langue anglaise, du moins ne faisons pas mépris de notre langue maternelle.  Parlons-la dans nos familles, parlons-la entre nous, enfin parlons-la en société.  Elle est toujours la plus belle et la plus riche.  Dans tous les cercles de la société aux États-Unis, comme en Angleterre, la langue française n’est pas méprisée, mais au contraire elle est parlée en société, préférablement à l’anglais, comme étant la plus claire, la plus douce et la plus belle, et ils ne se trompent pas dans cette assertion.  Lors de la convention de 1884, je l’avoue avec franchise, j’avais honte de mes compatriotes de l’Isle, de voir la manière dont ils s’entretenaient entre eux.  Il me semble que cela devait être très contrariant pour les étrangers de voir que dans une assemblée acadienne, ou pour mieux dire dans une Convention acadienne, de voir leurs frères de l’Isle toujours parler anglais.  Tout anglais:   billets pour dîner, programme, motos, etc.

Un certain monsieur, qui aime la langue française, me disait “qu’il était étonné de voir comme le français était négligé sur l’Isle.  Pourquoi ne parlez vous pas votre langue française?” me demandait-il.  “Depuis que je suis parmi vous, je vous ai nullement entendus parler français.”  C’est honteux disait-il, de voir que des Acadiens oublient ainsi leur origine.  Or donc, mes amis, tâchons de faire mieux à l’avenir.  Pratiquons notre belle langue, faisons-la pratiquer à nos enfants; parlons la en famille, en société et dans nos assemblées, et nous aurons bientôt gagné ce que nous avons perdu.

Un bon moyen de pratiquer notre langue, serait d’organiser des sociétés de débat; ainsi que des salles de lectures, dans chaque paroisse acadienne, où chaque semaine on pourrait s’assembler, et s’instruire.  Par exemple, pendant les longues soirées d’hiver, pourrions-nous avoir un plus bel amusement, et tout en s’amusant, puiser à la source de l’instruction et des sciences?  Un autre bon moyen, de rendre nos enfants parfaits, dans notre langue, est que tout père de famille qui le peut devrait envoyer ses enfants au Collège de Memramcook, où ils recevraient une bonne éducation française.  Si aujourd’hui le Nouveau-Brunswick a des prêtres acadiens, des docteurs, des avocats, des instituteurs et des hommes d’État ils peuvent remercier le Collège St-Joseph.  Eh pourquoi cette sainte maison n’en ferait-elle pas autant pour nous si nous la patronisions?  Ne sommes-nous pas aussi intelligents que nos frères du N.B.?  N’avons nous pas comme eux nos talents?  Oui certes.  Donc tâchons de faire instruire nos enfants, et nous en ferons aussi des hommes intelligents, capables d’élever la voix, et de défendre notre cause.

Une bonne chose pour nos enfants serait d’introduire la grammaire française dans nos écoles; mais pour l’introduire, il nous faut des instituteurs capables de l’enseigner, preuve qu’il est absolument nécessaire pour nous d’avoir un département français à l’École Normale; où nos jeunes hommes qui se dédient pour la carrière de l’enseignement, pourraient recevoir une bonne éducation française.  Nos hommes publics devraient avoir depuis longtemps compris cela et auraient dû se faire un devoir d’agiter cette importante question.  Voyez au N.B., ils ont un département français à l’École Normale, ils ont leurs professeurs, leurs inspecteurs, leurs instituteurs et leurs écoles tout français.  Pourquoi n’aurions-nous pas les mêmes avantages que nos frères?  Ne sommes-nous pas des sujets aussi loyaux qu’eux?  Ne payons-nous pas nos taxes ponctuellement?  N’avons-nous pas aussi un droit à l’argent qui chaque année est déboursé pour l’instruction publique?  Oui certainement.  Nos hommes publics, j’espère y songeront, et tâcheront de mettre cette question en agitation.  C’est leur devoir, et pourquoi reculeraient-ils devant un oeuvre juste et loyale.  Avant de terminer il me semble qu’il est de mon devoir de dire un mot en passant sur la question de la colonisation.

Notre petite isle, qui, aujourd’hui est remplie comme un oeuf, ne peut plus offrir, à nos jeunes gens, les moyens de s’établir.  Que vont-ils faire?  Vont-ils s’entasser les uns contre les autres, sur un petit coin de terre amaigrie, pour languir dans la misère le reste de leur vie?  Assurément non.

Mes amis, voici le seul moyen.  Allez coloniser au Nouveau-Brunswick ou au Canada.  Là vous trouverez des milliers d’acres de terre, qui n’attendent que des bras forts et vigoureux, pour se transformer en magnifiques champs de blé.  Aujourd’hui, nous avons toutes les chances d’aller coloniser, et de nous acquérir chacun une propriété.

Nous avons des sociétés de colonisation qui sont prêtes à secourir les colons qui se trouveraient en détresse.  Nous avons des voies ferrées pour nous transporter; nous avons les frères qui nous attendent, pour aller les joindre, dans l’oeuvre de la colonisation.  Nous avons partout des débouchés et des marchés, qui sont prêts à acheter vos produits.  N’est-ce pas de grands avantages pour nous?

Dix, quinze ou vingt ans passés lorsque nos devanciers ont été coloniser, tant au N.B. qu’au Canada; je vous le demande, avaient-ils les mêmes avantages.  Non loin de là.  Ils se sont enfoncés dans ces noires forêts, sans chemin, sans appui, sans même une pauvre cabane pour se mettre à couvert des intempéries.  Toutes les contrariétés ne les ont pas découragés; et aujourd’hui ils sont à l’aise, sinon indépendants.  Le seule obstacle, que je remarque, sont les hauts prix de passage. Lorsqu’un père de famille s’en va coloniser, il vend sa petite propriété, et la plus grande partie du résultat est employé à payer son passage.  Pourquoi le gouvernement du N.B. n’aurait-il pas des prix de passage spéciaux pour les colonisateurs comme ils ont au Canada?  Je pense que cela pourrait être obtenu si cette question était agitée par les hommes influents du N.B.  Je m’arrête, monsieur le rédacteur, de crainte d’ennuyer vos intelligents lecteurs, espérant que les quelques suggestions, dont j’ai fait mention auront de bons résultats.  J’ai, monsieur le rédacteur, l’honneur d’être votre tout dévoué, etc.

UN ACADIEN

Nouvelles de l’empremier

1982 par Contribution anonyme

 

1887 – Abram-Village :  “Les gens, comprenant qu’il leur importait d’avoir une bonne école à Abram-Village, vu le grand nombre d’enfants en état de fréquenter les classes, ont fait agrandir leur école au point qu’elle peut rivaliser avec celles des autres Districts.  Deux instituteurs ouvriront les cours, dans cette école, vers le commencement de janvier.”  (L’Évangéline, le 23 novembre 1887.)

 

1888 – Miscouche :  “L’assemblée des débats a eu lieu jeudi dernier, 15 de ce mois.  Le secrétaire, Mr. Patrick Cullen, a lu un magnifique travail sur l’agriculture et l’amélioration du bétail.  Le jeune conférencier a été maintes et maintes fois chaleureusement applaudi de l’auditoire.  Tous ont apprécié les talents de Mr. Cullen et ses connaissances agricoles.

Nous venons d’organiser une classe de chant sous la direction de Mr. Juste DesRoches, notre professeur de plain-chant.  Cette classe promet du succès. (L’Évangéline, le 28 mars 1888.)

 

1894 – Bloomfield :  “Notre nouveau représentant M. Jérémie Blanchard est actuellement occupé des travaux concernant sa ferme, en attendant l’appel de se rendre à la chambre des délibérations du pays.  M. Blanchard est cultivateur et est, par conséquent, en mesure de bien connaître les besoins de la cause agricole.  Espérons qu’à l’avenir, nos fermiers qui forment la majeure partie des électeurs, choisiront des hommes dans leurs rangs pour les représenter à la législature locale et fédérale.  À quoi bon cette armée d’avocats qui vont figurer dans notre nouvelle chambre locale?  Que savent-ils des besoins de la cause agricole?  Très peu, ou peut-être mieux, rien du tout.  – Agricole.  (L’Impartial, le 8 février 1894.)

 

1903 – Palmer Road :  “Après les jours austères du carême, il est bien légitime qu’on s’amuse un peu.  Aussi notre vénéré pasteur a-t-il voulu se charger d’organiser un concert gratis pour le soir du lundi de Pâques, (chose assez rare), auquel il a lui-même pris une part très active. (…)  Mais la palme revient, sans contradiction au Rev. P.C. Gauthier qui a profondément remué l’auditoire par sa chanson:  “Le Breton exilé”, exécutée d’une voix pure…”  (L’Impartial, le 23 avril 1903.)

Historique de l’École Régionale Évangéline

1982 par Georges Arsenault

par Georges Arsenault

 

Conférence prononcée lors du banquet de la rencontre des diplômés de l’École Régionale Évangéline, le 14 août 1982, au Centre Récréatif Évangéline.

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Depuis hier soir nous fêtons avec beaucoup de gaieté nos retrouvailles en tant que diplômés de l’École Régionale Évangéline.  Cette rencontre, à laquelle les vaillants organisateurs ont donné presque les dimensions d’un festival, nous donne l’occasion de revoir nos camarades de classe et nos instituteurs que certains d’entre nous n’avons pas vus depuis plusieurs années, même depuis une vingtaine d’années.  Je suis sûr et certain que nous garderons tous pendant longtemps de bons et heureux souvenirs de cette première rencontre pour laquelle les organisateurs, dirigés par le Comité des Acadiens de la région Évangéline (comité régional de la Société Saint-Thomas d’Aquin) méritent nos remerciements les plus sincères et les plus chaleureux.

Cette fin de semaine se veut surtout une occasion de rencontre, de solidarité et de fête, mais les organisateurs ont jugé bon d’inclure au programme un exposé sur l’histoire de notre école afin de rappeler à tous les origines de notre Alma Mater et aussi afin de rendre hommage à ses fondateurs.  Les faits que je vous exposerai tout à l’heure seront pour certains des détails déjà connus; pour le grand nombre, cependant, il est bien possible que ce soit là une page d’histoire presque, ou totalement, inconnue.

D’après les documents que j’ai réussi à consulter, il semblerait que les premières discussions sérieuses concernant la création d’une école secondaire (high school) acadienne aient eu lieu au sein du Conseil général de la Société Saint-Thomas d’Aquin dès le début des années 1950, et possiblement même avant.  Effectivement, les chefs acadiens qui composaient le Conseil général de la S.S.T.A. du temps se réunissaient quelque fois par année où ils discutaient des problèmes de la communauté acadienne de l’Île et des moyens à prendre afin de sauvegarder la vie française dans la province.  Au niveau de l’éducation acadienne, la situation n’était pas rose; les problèmes étaient nombreux et d’envergure.  D’abord, il y avait un manque d’enseignants compétents en français pour desservir les écoles acadiennes qui étaient, pour la plupart, des petits écoles rurales dans lesquelles on enseignait de la lère jusqu’à la 10e année.  Les écoliers dans les classes avancées étaient très rares et ceux qui désiraient poursuivre leurs études en 11e et 12e années devaient fréquenter les couvents ou les collèges.  Cependant, ils étaient rares ces parents acadiens qui avaient les moyens de payer ces années d’études à leurs enfants; seulement les quelques-uns qui réussissaient à obtenir des bourses ou qui pouvaient emprunter de la S.S.T.A. se rendaient plus loin que la 10e année.  En général, la grande majorité des écoliers mettaient fin à leurs études vers la 8e année.

Il y avait cependant, dans l’Île, des couvents dans quelques paroisses acadiennes (Miscouche, Tignish et Rustico) où l’on offrait des cours avancés de qualité.  Mais ces couvents, qui accueillaient autant, si non plus d’élèves anglophones que d’élèves acadiens-français, étaient plutôt des écoles anglaises:  la place faite au français était mince.  Ces institutions ne contribuaient donc pas comme on aurait voulu à la conservation de la langue française et à la promotion de la culture acadienne.

D’autre part, c’étaient surtout les filles qui poursuivaient les études après la 8e année; il y avait donc une grave pénurie de jeunes  hommes qui embrassaient les carrières professionnelles, plutôt réservées aux hommes, à l’époque.

Face à cette situation lamentable, les conseillers de la S.S.T.A. discutèrent à plusieurs reprises la possibilité de fonder une école centrale acadienne-française pour desservir tout la population francophone de l’Île.  On songeait à une école dirigée par une congrégation religieuse masculine afin d’attirer les jeunes garçons à poursuivre leurs études.  En 1955, le Conseil général de la S.S.T.A. décidait qu’il était grand temps de faire un pas de l’avant afin de réaliser leur rêve.  Vu la nature du projet, lequel impliquait directement l’Église catholique – car on songeait à amener sur l’Île une nouvelle congrégation religieuse – on devait naturellement se munir de l’approbation et de l’appui des autorités religieuses.  C’est pourquoi on décida d’en discuter d’abord avec l’archevêque acadien, Mgr Norbert Robichaud de Moncton, ce qui fit une délégation du Conseil général qui comprenait, entre autres, le Père Jean Buote, alors président de la S.S.T.A.  Mgr Robichaud se montra très favorable au projet que lui proposèrent de ses visiteurs insulaires; il leur suggéra de s’en retourner chez eux et “de préparer leur terrain”.

Fort encouragé par l’appui moral de l’archevêque de Moncton, le Conseil général, à sa réunion du mois d’octobre 1955, décida qu’il fallait mettre sur pied un comité qui se chargerait de faire les démarches nécessaires à l’établissement de cette école centrale tant désirée.  Le Père Buote fut alors nommé président de ce comité et on lui laissa la liberté de choisir son propre comité pour l’aider dans sa tâche.  Suite à cette réunion, le Père Buote commença son travail d’animation et parla du projet à quelques personnes clefs.  Il se rendit vite compte qu’il allait falloir faire beaucoup de travail auprès de la population afin de la sensibiliser au besoin d’une telle école.

À la réunion du Conseil général du mois de juin 1956, les conseillers décidèrent qu’il fallait absolument obtenir l’approbation de l’évêque de l’Île, Mgr Malcolm MacEachern, avant d’aller plus loin dans le projet.  En effet, ils étaient bien conscients du fait que le projet serait difficilement réalisable sans le consentement et l’appui de l’évêque de l’Île puisque, après tout, Mgr Robichaud ne détenait aucun pouvoir sur le diocèse de Charlottetown.  Le Père Buote se rendit donc chez Mgr MacEachern qui se montra favorable à l’organisation d’une école régionale française sous la direction d’une congrégation d’hommes ou de femmes.  Le chemin était maintenant ouvert; il fallait donc s’organiser.

Au mois d’octobre 1957, le Conseil général de la S.S.T.A. nomma un comité de cinq personnes pour prendre en main le projet.  Ce comité était composé du Père Buote, bien sûr, et aussi des messieurs Euclide Arsenault, Charles M. Arsenault, Gilbert Gaudet et J.-Edmond Arsenault.  À partir de cette réunion, un travail intense se fit par ce comité qui s’adjoignit d’autres collaborateurs recrutés  dans les paroisses de Baie-Egmont, de Mont-Carmel et de Wellington, car c’est dans cette région que l’on décida de situer l’école.  Le comité se restructura quelque peu et Euclide Arsenault et Ulric Poirier en devinrent les principaux animateurs.  Ils se mirent aussitôt à l’oeuvre afin de préparer un plan d’action:  il leur fallait prévoir les sources de financement et d’opération d’une telle école et de trouver des moyens pour “vendre” l’idée d’une si grosse entreprise aux contribuables des douze petites commissions scolaires de la région.  Rappelons-nous qu’à l’époque la taxe scolaire était fixée et perçue au niveau local, c’est-à-dire au niveau de chaque petit district scolaire.  Elle variait donc de village en village selon les dépenses que la commission scolaire locale encourait annuellement.  Ainsi, une nouvelle école se traduisait donc en des taxes scolaires plus élevées pour les contribuables de la région, et ce pour plusieurs années.  La question financière était un problème important car l’argent était plutôt rare dans la région, composée à l’époque surtout de petits fermiers et de petits pêcheurs qui réussissaient à peine à faire vivre leurs grandes familles composées généralement de 5 à 15 enfants.

Notons ici que depuis 1955, l’idée d’écoles régionales faisait son chemin au ministère de l’Éducation de l’Île, lequel cherchait à améliorer le système d’éducation dans la province.  Enfin, en 1958, le gouvernement provincial votait une loi qui permettait et encourageait l’établissement d’écoles régionales dans la province.  Cette loi pava, en quelque sorte, le chemin qui permit l’établissement d’une école régionale acadienne.

Une fois le plan d’action bien dressé, Euclide Arsenault et Ulric Poirier allèrent alors de district en district, statistiques en main, et bien convaincus de l’urgence d’une telle école, chercher l’appui des contribuables.  Après ces nombreuses rencontres et beaucoup de discussions qui durèrent plus d’un an, une commission scolaire fut formée, composée d’un représentant par district scolaire.  Le ministère de l’Éducation nomma M. Euclide Arsenault président de cette première commission scolaire régionale de la province.  La première réunion eut lieu le 22 janvier 1960 à laquelle il fut décidé de construire l’école à Abram-Village.  Ce fut le commissaire de Wellington, M. Edmond L. Arsenault, qui suggéra que l’école porte le nom Évangéline; et c’est sous sa supervision que l’école fut construite.  Quant à l’ouverture officielle, elle eut lieu le 26 octobre 1960.

Le financement de la construction d’une école du genre n’était pas chose facile à l’époque.  Le gouvernement contribuait une certaine somme, mais le gros de l’argent devait être amassé par les contribuables des districts concernés.  Une campagne de financement fut alors lancée et on réussit à recueillir des dons importants de plusieurs individus, de sociétés, de districts, de paroisses et de maisons de commerce.  Les membres de l’Assemblée législative représentant la 3e circonscription électorale du comté de Prince (3rd Prince), les honorables Henry Wedge et le docteur Hubert McNeil, ont à eux seuls contribué $1,000 pour l’achat du terrain de l’école.  En plus de ces dons, la Société Mutuelle l’Assomption accepta de prêter la somme de $40,000 à la nouvelle commission scolaire, vu qu’aucune banque ne voulait leur avancer une telle somme d’argent sans garanti sûr.

Entretemps, le Père Buote eut à affronter l’opposition de certains membres du clergé anglophone de l’Île, surtout d’origine irlandaise, qui s’opposaient à ce qu’une école secondaire française fût construite dans l’Île.  Ils firent circuler une pétition à cet effet, firent pression auprès des autorités du ministère de l’Éducation et se rendirent même en délégation chez le Père Buote pour tenter de le dissuader dans son projet.  Mais leurs démarches ont évidemment échoué, d’abord parce que le Père Buote, convaincu de l’importance et de la légitimité d’une école secondaire acadienne, n’allait pas se laisser intimider par qui que ce soit.  Et, d’autre part, le projet jouissait de l’appui entier du ministère de l’Éducation, dont le Dr Georges Dewar, de O’Leary, était ministre, et de certaines autres instances gouvernementales.  On s’était effectivement assuré, dès le départ, de l’appui du parti politique au pouvoir à l’époque, soit le parti conservateur.  Il faut ici souligner le rôle qu’a joué M. Tilmon B. Gallant, président du parti conservateur pour la circonscription électorale “3rd Prince”, qui usa habilement de son influence afin de gagner la faveur des autorités gouvernementales.

Revenons pour un moment au Père Buote.  Bien qu’il laissât aux laïcs le soin de former la commission scolaire et de construire l’école, il continua à prêter main forte aux principaux organisateurs.  Il s’occupa notamment de faire les démarches nécessaires auprès de la Supérieure Générale des Soeurs Notre-Dame du Sacré-Coeur dans le but d’obtenir quelques-unes de ses soeurs enseignantes pour s’occuper de la direction de la nouvelle école, et aussi pour enseigner dans quelques écoles de district.  La Mère Supérieure acquiesça aimablement à sa demande et lui promit de lui envoyer de ses meilleures éducatrices.  En 1959, un an avant l’ouverture de l’École Régionale Évangéline, le Couvent de Mont-Carmel ouvrait ses portes pour accueillir les premières de plusieurs religieuses acadiennes du Nouveau-Brunswick qui ont séjourné chez nous pendant une période de vingt ans.  Elles nous arrivent pleines d’enthousiasme, prêtes à tout faire pour relever le niveau d’éducation dans la région.  Elles amènent avec eux cette fierté et ce respect pour la langue française et la culture acadienne qu’elles essaient de transmettre à leurs élèves.  Parmi ces nombreuses soeurs qui ont séjourné chez nous, il faut particulièrement nommer Soeur Marie Carmélice et Soeur Marie Jeanne d’Arc car ce sont elles, avec Mme Béatrice Arsenault, qui ont eu à mettre sur pied le programme d’enseignement de l’École, un programme et une méthode d’enseignement qui eurent tôt placé l’École Régionale Évangéline sur la carte.

À tous ces fondateurs de notre Alma Mater que je viens de mentionner, sans oublier tous les contribuables du temps qui ont appuyé la fondation de l’école, nous, les diplômés, vous devons  une immense dette de gratitude.  Vous nous avez fourni l’occasion de compléter nos études secondaires chez nous dans une institution de haute qualité.  Vous nous avez surtout donné une école propre à notre culture et à notre langue, ce pour quoi nous vous serons toujours immensément reconnaissants.

Nous sommes heureux que les principaux fondateurs soient avec nous pour fêter ces retrouvailles. Mais nous regrettons aussi l’absence du président-fondateur de notre école, M. Euclide Arsenault, que la mort nous a enlevé prématurément.  Nous voulons dire à sa famille toute l’admiration et toute la gratitude que nous avons envers ce grand éducateur qui a marqué le développement de l’éducation dans la région.

Depuis sa fondation, voilà 22 ans, bien des choses se sont passées entre les murs de notre école.  Quelques milliers d’écoliers y ont séjourné dont près de 500 y ont décroché leur diplôme de 12e année.  Un grand nombre de ces derniers ont poursuivi leurs études et les autres se sont lancés dans des carrières les plus diverses.  Certains diplômés se sont d’ailleurs distingués dans leur profession et c’est une source de grande fierté pour nous et pour tous les gens de la région de les compter parmi les anciens élèves de l’École Régionale Évangéline.

 
Au cours des années, notre école s’est distinguée plus qu’à son tour parmi les autres écoles de la province.  Chacun de nous en garde de beaux et d’heureux souvenirs.  Les uns n’oublieront jamais les années où l’école venait en tête des autres écoles de la province dans les “cruels” examens du Maritime Examination Board, ou encore lorsque l’école remportait plus que sa part des prix du concours de composition du Jour du Souvenir.  D’autres semblent encore vivre les fortes émotions vécues lorsque la chorale Évangéline remportait les honneurs au festival de musique ou lorsque des équipes des différentes disciplines sportives remportaient habilement la victoire lors de tournois contre des écoles beaucoup plus grandes que la nôtre.  Et la réputation de notre école se porte toujours bien.  À titre d’exemple, cette année, les élèves de chez-nous, inscrits en première année à l’Université de Moncton, ont obtenu, comme groupe, au 1er semestre, la plus haute moyenne de toutes les écoles secondaires acadiennes des provinces Maritimes.  Voilà de quoi nous réjouir et qui nous démontre que l’École Évangéline, bien qu’elle soit relativement petite comparée à la plupart des écoles secondaires des provinces Maritimes, sait quand même produire des diplômés de haut calibre.

Une rencontre comme celle que nous vivons cette fin de semaine devrait nous porter à réfléchir sur le rôle que nous devrions jouer vis-à-vis notre Alma Mater.  Personnellement, j’y vois un très grand rôle.  Il faudrait que nous puissions lui être un solide appui, et surtout que nous veillions à ce qu’elle ne disparaisse jamais car elle a un rôle très important à jouer.  En effet, l’École Régionale Évangéline a une mission qui dépasse celle de toutes les autres écoles secondaires de la province.  Elle doit, en plus de donner un enseignement et une éducation de qualité, contribuer à maintenir vivantes une culture et une langue en grand danger de perdition.  Pour cette raison, notre école doit être un château-fort de la langue française et de la culture acadienne.  Si nous en sommes convaincus, nous pouvons, en tant qu’anciens diplômés, voir à ce que cela soit toujours ainsi.  Si nous habitons la région, n’hésitons pas à nous impliquer au niveau de la commission scolaire ou du foyer école.  C’est peut-être les moyens les plus directs et les plus efficaces d’exercer de l’influence.

On vous a suggéré la création d’une association des anciens.  L’idée est excellente.  Ce serait un excellent moyen pour tous les diplômés, qu’ils soient résidents ou non de la région, de contribuer de quelque façon à l’épanouissement de notre école.  Les projets et les activités pourraient être nombreux et fort profitables.  À titre d’exemple, ce pourrait être en forme d’aide financière à des activités culturelles ou sportives qui ne peuvent se développer sans aide de l’extérieur, ou bien la création de bourses d’études dans des domaines qui pourraient contribuer de façon significative à l’école et à la communauté.  Je souhaite de tout coeur qu’il sera possible de mettre sur pied cette association car elle pourrait opérer un bien immense.

Avec ce souhait je termine ma présentation et je vous remercie de m’avoir prêté votre attention.  À tous et chacun, joyeuse fête!