Résultats: ‘Le Moniteur Acadien’

Nouvelles de l’empremier

1985 par Contribution anonyme

 

1883 – Baie-Egmont :  “Le vénérable vieillard, le Rév. M. Poirier, que tous nos lecteurs connaissent, est encore assez frais, malgré son grand âge et ses nombreuses infirmités.  Il a changé dernièrement de demeure en laissant Mont-Carmel pour venir sous le toit hospitalier de M. Felix Poirier, près de l’église d’Egmont Bay.”  (Le Moniteur Acadien, le 2 août 1883)

 

1887 – Tignish :  “M. J. S. Gaudet, cultivateur de Tignish, a eu une drôle d’aventure.  En ouvrant sa cave de dehors, il y a de cela quelques jours, il y trouva deux moutons.  Ils étaient dans la cave depuis le mois de décembre dernier à l’insu de M. Gaudet.  L’un deux pesait 200 livres, et avait une toison de laine de cinq pouces de long.  Les provisions que M. Gaudet avait dans sa cave étaient un tant soit peu diminuées.”  (Le Moniteur Acadien, le 22 avril 1887.)

 

1890 – Palmer Road :  “M. l’abbé Picotte, curé de Palmer Road, Î.-P.-É., vient de faire l’acquisition d’un magnifique étalon de pur sang canadien.  M. François Gendron, de Sainte Anne de la Pocatière, P.Q., qui a vendu ce beau cheval, est arrivé, vendredi soir à Shédiac, avec l’animal qu’il a délivré à M. Hubert Arsenault, d’Egmont Bay, qui était délégué par M. l’abbé Picotte pour en prendre charge.  Le prix de l’étalon est de $600.  C’est un cheval de sept ans, qui quoique n’ayant jamais été exercé pour la course trotte un mille en moins de trois minutes.”  (Le Moniteur Acadien, le 6 mai 1890.)

 

1897 – “The drawing of prizes in connection with the Lefebvre Memorial Hall took place at Memramcook, N.B., on Thursday last.  The first prize, a three year’s course at St. Joseph’s, was won by Stephen Arsenault, of Prince Edward Island.”  (The Examiner, 15 February 1897.)

 

1907 – Miscouche :  “Au nombre de ceux qui ont obtenu le titre de B.A. au collège St. Joseph, Memramcook, cette année était M. Nazaire Poirier de Miscouche.  De plus M. Poirier a gagné le prix Beaulieu, $10 en or pour excellence dans la composition française et le prix LeBlanc pour excellence dans l’élocution française.”  (L’Impartial, le 27 juin 1907.)

Nouvelles de l’empremier

1985 par Contribution anonyme

 

1874 – Wellington :  “Le Pique-Nique des catholiques de Wellington, Île-du-Prince-Édouard qui avait lieu mardi de la semaine dernière pour venir en aide à la Nouvelle-Église actuellement en voie d’érection, a rapporté la jolie somme de $300.  L’Hon. Jos. O. Arsenau et M. John A. McDonald, M.P.P., y assistaient et au moment de la séparation, trois hourrahs furent poussés pour l’Église, le curé et la Reine.”  (Le Moniteur Acadien, le 1er octobre 1874)

 

1884 – Rustico :  “L’honorable M. Ross, premier ministre de la province de Québec, est actuellement en villégiature à Rustico.  On sait que Rustico, village acadien-français, situé sur la côte nord de l’Île-du-Prince-Édouard, c’est-à-dire, en plein golfe, est depuis plusieurs années une station balnéaire recherchée.”  (La Minerve, le 4 août 1884)

 

1885 – Abram-Village :  “M. Sylvain-E. Gallant d’Abram-Village, Î.-P.-É., a récolté une patate qui, par sa grosseur et sa pesanteur peut, avec raison être appelée la plus grosse.  Elle pèse deux livres et douze onces, elle est de l’espèce Early Rose et peut être vue au magasin de l’hon. Jos. O. Arsenault, Egmont Bay.  Qui pourra battre cela?”  (Le Moniteur Acadien, le 15 octobre 1885.)

 

1888 – Miscouche :  “Mr. John S. Gaudet, Miscouche, one of our most prominent exporters of produce, advertises for 1,000,000 eggs during the coming season, for which he will pay the highest cash price.  His team will begin to travel through the country as soon as the roads permit.   This great amount of eggs will require considerable industry on the part of the egg gatherers, and will leave a good deal of money among them.”  (The P.E.I. Agriculturist, March 26, 1888.)

 

1894 – Bloomfield :  “Les instituteurs de l’arrondissement de Bloomfield se sont réunis, sous la présidence de M. Moise Doucet, le ler septembre à la salle de Bloomfield.  Ils étaient tous présents sans exception.

Il y eut une discussion sur le sujet des livres d’école.  Ils en vinrent d’accord que la lecture anglaise doit être enseignée aux enfants français aussitôt qu’ils peuvent lire assez couramment le syllabaire en français.”  (L’Impartial, le 25 octobre 1894.)

Nouvelles de l’empremier

1984 par Contribution anonyme

 

1871 – Exportation :  “On écrit à l’Île-du-Prince-Édouard que l’année dernière plus de 1,800,000 minots d’avoine ont été exportés en Europe, outre 300,000 minots aux États, faisant une valeur total de $750,000.  On exporte aussi des patates, mais la plus grande partie est convertie en porc, dont l’exportation s’est montée à $280,000 l’année dernière.  On y récolte aussi beaucoup d’orge, mais elle est presque tout consommée dans les brasseries qui sont en nombre de sept à Charlottetown et les environs.”  (Le Moniteur Acadien, le 16 juin 1871.)

 

1885 – Kildare Station (Saint-Louis) :  “On nous apprend de Kildare Station, Î.-P.-É., que le 29 mars M. Patrice Pitre et quelques amis ont tué un ours pesant 385 livres.  Il y en a d’autres, dit-on, dans le voisinage, et l’on se propose de leur faire bonne garde.”  (Le Moniteur Acadien, le 9 avril 1885.)

 

1887 – Fifteen Point (Mont-Carmel) :  “M. Amand Richard, de Fifteen Point, dont le Moniteur a enregistré les succès horticoles l’année dernière, est encore cette année à la tête des propriétaires de beaux jardins.  À la fin d’août on voyait dans son jardin un chou de 47 pouces d’un bout d’une feuille à l’autre; une citrouille de 40 pouces de circonférence; un navet de 25 pouces de longueur; une betterave de 18 1/2 pouces; un mangel-beet de 11 1/2 pouces; un oignon de 11 1/2 pouces; une cosse de fève de 11 1/2 pouces; et une tige d’avoine qui avait 65 pouces de hauteur.  M. Richard a l’intention de porter ces divers produits à l’exposition de Summerside, où le succès l’attend.”  (Le Moniteur Acadien, le 13 septembre 1887.)

 

1891 – Baie-Egmont :  “Mme Veuve Prospère Arsenault, d’Egmont Bay, soeur de l’hon. Jos. O. Arsenault, a eu l’infortune de passer au feu vendredi dernier.  Le gros vent qu’il faisait, éparpillait les étincelles d’un feu de terre neuve, à une distance de l’habitation, et c’est une de ces étincelles qui a mis le feu à la maison et à la grange.  On n’a eu que le temps de sauver un moulin à coudre et une voiture.  Tout le reste a été réduit en cendres.  Mme Arsenault a eu beaucoup de peine à arracher aux flammes sa vieille mère, âgée de près de cent ans, et en opérant ce sauvetage héroïque elle s’est brûlée la figure et les mains.  Il n’y avait pas d’assurance sur les bâtisses et les pertes de Mme Arsenault sont considérables.”  (Le Courrier des Provinces Maritimes, le 3 septembre 1891.)

Les Conventions nationales acadiennes

1984 par Contribution anonyme

 

“Une convention nationale, c’est le peuple qui se réunit par ses délégués pour délibérer sur les questions et choses qui intéressent la nation, pour étudier sa situation, pour aviser aux moyens de l’améliorer en écartant les obstacles qui peuvent entraver son avancement dans la voie du progrès matériel, social et politique.”

Pierre Amand Landry

 

Les premières Conventions nationales acadiennes ont lieu au début des années 1880, en plein milieu de la période que les historiens appellent la “renaissance acadienne”.  Ces conventions sont une indication du réveil acadien qui se manifeste surtout à compter des années 1860.  Cette décennie marque en effet la fin d’un siècle d’isolement pendant lequel les Acadiens avaient tranquillement repris racine en Acadie, après en avoir été chassés au moment du “grand dérangement”.  Désormais ils rejettent leur état d’infériorité dans tous les domaines; ils cherchent donc à prendre leur place au soleil et à se considérer les égaux des anglophones qui les entourent.

La prise de conscience collective acadienne de la seconde moitié du XIXe siècle doit beaucoup à l’avènement de l’enseignement supérieur en Acadie.  En effet, l’ouverture du Collège Saint-Joseph de Memramcook, en 1864, a grandement contribué à la formation d’une élite nationaliste acadienne.  La fondation en 1867 du Moniteur Acadien, le premier journal de langue française aux Provinces Maritimes, est un autre élément important qui a favorisé ce réveil.  Pour la première fois, les Acadiens peuvent se rencontrer par la voix d’un journal et échanger des idées.

Les leaders Acadiens, de plus en plus sensibilisés à la situation déplorable des leurs, organisent en 1881 la première Convention nationale acadienne.  Ils sont influencés dans leur démarche par des intervenants provenant de l’extérieur, notamment de la France et du Québec.  Dans sa publication La France aux colonies, Acadiens et Canadiens, publiée en 1859 à Paris, l’historien français Edmé Rameau de Saint-Père, qu’on a appelé le “grand ami des Acadiens”, y trace tout un programme de ce que les Acadiens auraient besoin pour s’affirmer comme peuple.  Il entretient aussi une abondante correspondance avec plusieurs hommes influents qui oeuvrent auprès des Acadiens.  Il leur transmet sa conception des démarches à suivre pour assurer la survivance et le développement de leur peuple.  Les idées lancées par cet historien français sont bien reçues par le jeune leadership acadien qui s’efforce de les appliquer.  Enfin, c’est à Québec que les chefs de file acadiens reçoivent une importante impulsion qui les motive à organiser la première Convention nationale.

En 1880, la Société Saint-Jean Baptiste de la ville de Québec organise, lors de la Saint-Jean-Baptiste, une grande manifestation à laquelle elle invite tous les francophones de l’Amérique du Nord à venir discuter de la vie française sur leur continent, et à fêter et à affirmer leur culture.  Dans son manifeste elle lance un vibrant appel aux Acadiens :

Vous viendrez aussi, Acadiens courageux et fidèles, race indomptable que ni la guerre, ni la proscription n’ont pu courber ni détruire, rameau plein de sève, violemment arraché d’un grand arbre, mais qui renaît et reparaît au soleil de liberté.

Plus de cent Acadiens répondent à cet appel et se rendent à Québec.  C’est ici qu’ils décident, en tant que membres de la “Commission des Acadiens”, de convoquer une convention nationale à Memramcook, en 1881, “pour s’occuper des intérêts généraux des Acadiens.”

Environ 5,000 personnes assistent à cette première grande rencontre qui a lieu au Collège Saint-Joseph les 20 et 21 juillet 1881.  De ce nombre, quelques centaines seulement participent, en tant que délégués, aux délibérations; les autres assistent à la messe et au grand pique-nique qui font partie des activités de cette convention, comme des autres qui vont suivre.

Dans les diverses commissions qui se réunissent à Memramcook, l’on étudie l’agriculture, la colonisation, l’éducation, le journalisme.  Mais ce qui retient le plus l’attention, c’est le choix d’une fête nationale.

Les discours patriotiques abondent à ce premier rassemblement.  Le thème qui revient le plus souvent chez les orateurs se rapporte à la définition de l’Acadien, thème qui, à lui seul, représente 30 pour cent des interventions; puis suivent l’éducation avec 20 pour cent des thèmes, la survivance, avec 14 pour cent.  Les sept autres thèmes abordés recueillent tous moins de 10% chacun; il s’agit du passé, de la religion, de la colonisation, de l’agriculture, de l’émigration, de la presse et de la politique.

Les mêmes thèmes continueront à être débattus aux conventions subséquentes:  à Miscouche (1884), à Pointe-de-l’Église (1890), à Arichat (1900), à Caraquet (1905), à Saint-Basile (1908) et à Tignish (1913).  Notons que le problème de l’éducation et celui de l’acadianisation de l’Église en Acadie monopolisent à eux seuls les énergies des nationalistes jusque dans les années 1950.

Le succès des conventions nationales exigeait un grand travail d’organisation.  D’abord, quelques mois avant la convention, le comité exécutif invitait chacune des paroisses acadiennes à élire des délégués pour les représenter aux délibérations.  À ce sujet, Le Moniteur Acadien faisait les remarques qui suivent lors du choix des délégués pour la Convention de Miscouche :

Dans l’intérêt de la nationalité acadienne, il faut que le choix de chacune des localités tombe sur cinq hommes les mieux autorisés et les plus capables.

De grandes et d’importantes questions seront soulevées à cette convention qui touchent de près les plus précieux intérêts de l’Acadie.  Pour les résoudre avantageusement, il faut des délégués éclairés et patriotiques, des hommes honorables dont le caractère ne souffre pas le soupçon.

À la prière du comité exécutif, messieurs les membres du clergé voudront bien prendre l’initiative du mouvement et éclairer leurs paroissiens sur la conduite qu’ils doivent tenir.

(Le Moniteur Acadien, le 12 juin 1884)

Les organisateurs des Conventions obtenaient pour les congressistes une réduction du coût des billets de transport par le chemin de fer et, dans le cas de la Convention de Miscouche, des prix réduits sur le traversier entre la terre ferme et l’Île-du-Prince-Édouard.  Il fallait ensuite envisager le problème du logement des délégués et des nombreux observateurs.  Ceux-ci étaient souvent hébergés dans les familles de la paroisse où avait lieu la convention.  La préparation des repas était un autre défi à relever.  Cette tâche revenait à la paroisse où l’événement se déroulait.  À Pointe-de-l’Église (Nouvelle-Écosse), en 1890, on dressa en plein air quatre tables d’une longueur de 200 pieds chacune, et on estima qu’en deux heures on servit plus de 4000 personnes.  Le Moniteur Acadien nous a laissé le témoignage suivant de ce magnifique repas :

La messe terminée, la foule se dirige sur le terrain du pique-nique, où nous attendent un excellent dîner et une grande diversité d’amusements.  Il y a quatre tables à manger, longues d’environ deux cents pieds chacune.  Elles menaçaient de s’écraser sous le poids des viandes, légumes, pâtisseries apportées par les paroissiens et servies par les dames préposées au service.  Ce sont des anges de patience, car elles conservent la plus grande sérénité et le plus gracieux des sourires au milieu des milliers de réquisitions qui se croisent en tous sens.  L’organisation des tables est parfaite, les aliments abondants et bien préparés.  Le dîner dure bien deux heures, et on calcule que plus de quatre mille personnes ont pris part à ces agapes fraternelles en plein air.

(Le Moniteur Acadien, le 19 août 1890)

La célébration d’une grand-messe solennelle, chantée en plein air lorsque la température le permettait, constituait toujours une partie importante du programme des conventions acadiennes.  Le comité exécutif se chargeait d’inviter l’un des meilleurs prédicateurs acadiens à y prononcer le sermon de circonstance.  La paroisse veillait à l’organisation d’un genre de pique-nique paroissial qui comprenait une grande diversité d’amusements.  C’était une façon de divertir la foule et en même temps de recueillir des fonds à l’intention d’une oeuvre paroissiale quelconque.  À la Convention de Miscouche, on appelle cette fête populaire, ce grand rassemblement, un “tea party”.  Le phénomène des “tea parties” était en fait très répandu dans l’Île à cette époque.  C’était un événement populaire qui, en plus de divertir, servait à recueillir des fonds.  Selon le Summerside Journal, du 21 août 1884, le “tea party” qui eut lieu lors de la Convention de Miscouche fut “l’événement de la saison” et la somme importante réalisée au cours de ce pique-nique fut déposée dans un fonds pour la construction d’une nouvelle église.

 

Sources :

Ferdinand-J. Robidoux, Conventions Nationales des Acadiens, Imprimerie du Moniteur Acadien, Shériac, 1907, 281 pages.

Léon Thériault, “La première Convention nationale des Acadiens, Saint-Joseph-de-Memramcook, les 20 et 21 juillet 1881,” Les Cahiers de la Société Historique Acadienne, vol. 12, no 1, mars 1981, pp. 5-11.

Camille Antoine-Richard, L’Idéologie de la première Convention nationale acadienne.  Thèse de maîtrise présentée au Département de sociologie, Université Laval, Québec, 1960.

Les symboles nationaux acadiens

1984 par Contribution anonyme

 

“Le drapeau sera le signe du ralliement, la devise l’emblème de nos aspirations, la chanson l’expression de notre attachement à tout ce qui se rattache à la religion et à la patrie.”

(Le Moniteur Acadien, le 14 juin 1883, p. 2)

 

Les premiers nationalistes acadiens étaient conscients de l’importance de donner à leur peuple des symboles d’identité culturelle.  Cette question fut donc longuement discutée aux deux premières Conventions nationales acadiennes.  Les leaders étaient influencés dans leur démarche, en grande partie, par les écrits de l’historien français Edmé Rameau de Saint-Père.  Celui-ci les avait convaincus de l’importance de donner aux Acadiens des symboles particuliers qui les aideraient à s’affirmer comme peuple.  À la Convention de Memramcook, en 1881, les Acadiens se choisirent donc une fête nationale, et à la Convention de Miscouche ils complétèrent le choix des symboles en adoptant un drapeau, un air national, une devise et un insigne.

L’abbé Marcel-François Richard, curé de Saint-Louis (Nouveau-Brunswick), a joué un très grand rôle dans le choix des symboles acadiens.  En particulier, il a été le principal promoteur du choix de l’Assomption comme fête nationale et du tricolore étoilé comme drapeau.  Au cours des années, ce sont surtout ces deux symboles qui ont servi à proclamer et à afficher le nationalisme et le patriotisme acadiens lors de nombreuses et diverses occasions, et ce, partout en Acadie.  Le rêve des organisateurs des premières Conventions, soit de donner à leur peuple des symboles aptes à affirmer son existence et sa fierté, s’est donc réalisé.

 

La Fête nationale

Le choix d’une fête nationale a été le fait saillant de la Convention de Memramcook, en 1881.  Cette question a en effet dominé les discussions.  Les délégués furent exposés à plusieurs suggestions mais le débat se fit surtout entre la Saint-Jean-Baptiste, fête nationale des Canadiens français, célébrée le 24 juin, et la Notre-Dame de l’Assomption, célébrée le 15 août.  Parmi les tenants de la Saint-Jean-Baptiste on comptait l’honorable Pierre-Amand Landry, l’abbé Philias Bourgeois, l’honorable Joseph-O. Arsenault et l’abbé Camille Lefebvre.  Par contre, les abbés Marcel-François Richard, Jean Chiasson, Stanislas-J. Doucet, F.-X. Cormier, F. Belliveau et H. Giroir, ainsi que Pascal Poirier et Urbain Johnson se firent les défenseurs de la fête de l’Assomption.

Une discussion fort animée eut lieu.  Les partisans de la Saint-Jean Baptise étaient d’avis qu’une fête commune à tous les Canadiens de langue française les unirait autour d’objectifs communs, face à la majorité anglophone du pays.  Ils souhaitaient voir se resserrer davantage les liens entre l’Acadie et le Québec.  D’ailleurs, il existait en Acadie, depuis les années 1860, un mouvement destiné à encourager les paroisses acadiennes à célébrer la Saint-Jean-Baptiste.  Des prêtres et des laïcs québécois oeuvrant auprès des Acadiens avaient introduit cette pratique.  C’est à Rustico, dans l’Île-du-Prince-Édouard, qu’eut lieu, au tout début des années 1860, la première fête de la Saint-Jean-Baptiste, en Acadie.  Le prêtre québécois Georges-Antoine Belcourt, curé de la paroisse, avait fondé un institut de tempérance sous le patronage de Saint-Jean-Baptiste et chaque année les membres fêtaient grandiosement la fête de leur saint patron.  Memramcook, Bouctouche, Miscouche, Baie-Egmont, emboîtèrent bientôt le pas.  En 1881, un certain nombre de paroisses acadiennes chômaient donc, depuis quelques années, la Saint-Jean-Baptiste.

Les partisans de l’Assomption, par contre, affirmaient que l’histoire et la nationalité des Acadiens étaient différentes de celles des Canadiens français; il fallait donc une fête bien acadienne pour renforcer cette identité nationale qui leur était propre.  Le fait que la France avait été consacrée à la Vierge sous le règne de Louis XIII, à l’époque même de la fondation de l’Acadie, fut un autre argument utilisé en faveur du choix de cette fête.

Le temps de l’année apportait un autre élément au débat.  D’un côté, la fête de l’Assomption, selon un orateur qui s’opposait à ce choix, arrivait à l’une des époques empressées de l’année, soit au temps des foins.  Pour cette raison, la fête nationale des Acadiens ne pourrait être chômée avec tout l’élan désiré car un grand nombre d’Acadiens seraient occupés à la moisson.  Par contre, la Saint-Jean-Baptiste, comme le faisait remarquer certains délégués, se trouvait au temps des semences, une saison de l’année également achalandée pour la classe agricole.

Plusieurs discours furent prononcés lors du débat, dont un par l’abbé Marcel-François Richard, l’un des plus ardents promoteurs de l’Assomption. Son éloquent plaidoyer, avec celui des autres qui étaient de son avis, a vraisemblablement influencé la décision car une majorité, pas tellement grande semble-t-il, vota en faveur de l’Assomption.  Cependant, à l’invitation du président, toute l’assemblée manifesta son approbation en se levant pour acclamer le choix de ce symbole.

 

Extrait du discours de l’abbé Marcel-François Richard

… nous sommes convoqués ici par les organisateurs de cette convention acadienne pour “affirmer notre existence comme peuple” et prendre les moyens de conserver notre nationalité.  Veuillez croire, M. le président, que la politique que je me propose de suivre dans cette discussion est tout à la fois libérale et conservatrice. Je suivrai une politique libérale en reconnaissant les droits des nationalités qui composent notre société; et conservatrice en défendant et en faisant respecter nos droits comme peuple distinct, ayant une histoire à part et une destinée à remplir.  On vous a déjà démontré avec beaucoup de clarté et d’éloquence l’importance d’une fête nationale pour les Acadiens.  En effet, il me semble qu’un peuple qui, pendant plus d’un siècle d’épreuves et de persécutions, a su conserver sa religion, sa langue, ses coutumes et son autonomie, doit avoir acquis assez d’importance pour mériter qu’il adopte les moyens d’affirmer son existence d’une manière solennelle; et cela ne saurait se faire plus efficacement que par la célébration d’une fête nationale qui lui soit propre.  Tous les peuples ont senti le besoin de se choisir une fête nationale.  Ainsi, par exemple, les Anglais ont la Saint-George, les Irlandais la Saint-Patrice, les Canadiens la Saint-Jean-Baptiste; les Sauvages même ont une fête nationale, la Sainte-Anne.  Ainsi, M. le président, vous voyez que tous les peuples ont leur patron particulier qui les distingue les uns des autres; et par ce moyen on a conservé son identité nationale. (…)

Permettez-moi maintenant de vous signaler quelques-uns des motifs qui doivent vous engager à choisir la reine de l’Assomption comme fête nationale des Acadiens de préférence à la Saint-Jean-Baptiste.  Les Canadiens ayant choisi Saint-Jean-Baptiste pour patron, il me semble qu’à moins de vouloir confondre notre nationalité dans la leur il est urgent pour les Acadiens de se choisir une fête particulière.  Il est bon de remarquer que nous ne sommes pas les descendants des Canadiens, mais de la France, et par conséquent je ne vois aucune raison qui nous engage à nous faire adopter la Saint-Jean-Baptiste comme notre fête nationale.  À l’exemple des Anglais, des Irlandais, des Écossais, des Allemands, nous devons tâcher de nous choisir une fête qui nous rappelle notre origine.  J’ose même affirmer que la fête de l’Assomption a toujours été et doit être toujours la fête nationale des Acadiens, descendants de la race française.

Louis XIII avait fait voeu de consacrer son empire à la Sainte Vierge et il voulu que la fête de l’Assomption fût la fête nationale du royaume.

Or peu d’années plus tard il envoya des colons prendre possession de l’Acadie.  Ils ont dû par conséquent emporter avec eux les usages et les coutumes de leur patrie, et si des circonstances malheureuses les ont empêchés de chômer leur fête nationale d’une manière régulière, il est pourtant vrai de dire que la dévotion nationale des Acadiens, c’est la dévotion à Marie.

(Le Moniteur Acadien, le 11 août 1881)

 

Le drapeau acadien

À la Convention de Miscouche, en 1884, les membres de la 3e commission, sous la présidence de l’abbé Marcel-François Richard, se sont réunis pour discuter du choix d’un drapeau national.

Comme pour le choix de la fête nationale, l’abbé Marcel-François Richard y a exercé une très grande influence.  C’était une question à laquelle il réfléchissait depuis quelques années.  En 1882, lors de la fête de l’Assomption, à Saint-Louis, il lançait effectivement quelques idées pour un drapeau acadien:  “Je vois flotter sur le terrain de l’église, disait-il à la foule rassemblée, quatre drapeaux (le drapeau de Marie, le drapeau pontificale, le drapeau français et le Union Jack) dont les couleurs et les nuances semblent fort propres à confectionner le drapeau acadien.”  Deux ans plus tard, comme président de la commission chargée d’étudier le choix d’un drapeau national, il présentait aux participants de cette commission son plan d’un drapeau acadien.  Celui-ci consistait en le tricolore français orné d’une étoile dans la partie bleue.  L’éloquent abbé Richard réussit assez facilement à convaincre les autres membres de la commission de sa conception du drapeau acadien.

Les travaux de la 3e commission terminés, le rapporteur, le Père A.-D. Cormier, présenta son rapport à la plénière, le 15 août en après-midi.  Il souligna surtout que dans le choix d’un drapeau les Acadiens devraient imiter leurs voisins anglais, irlandais et canadiens-français qui hissaient le drapeau de leur mère-patrie lors de leurs fêtes nationales.  Il termina son rapport par la proposition suivante:

Il est proposé par le secrétaire soussigné, appuyé par M. l’abbé M.-F. Richard, que:  “Le drapeau tricolore soit le drapeau national des Acadiens-français.  Comme marque distinctive de la nationalité acadienne on placera une étoile, figure de Marie, dans la partie bleue, qui est la couleur symbolique des personnes consacrées à la Sainte Vierge.  Cette étoile, Stella Maris, qui doit guider la petite colonie acadienne à travers les orages et les écueils, sera aux couleurs papales pour montrer notre inviolable attachement à la sainte Église, notre mère.”

(Le Moniteur Acadien, le 28 août 1884)

Après le rapport du secrétaire de la commission, l’abbé Richard prit la parole devant la foule et dans un vibrant discours exhorta ses compatriotes à adopter le drapeau proposé.  La proposition fut ensuite mise au vote et elle reçut un appui unanime et enthousiaste.  Selon Le Moniteur Acadien, les uns pleuraient “et tous saluèrent ce choix avec allégresse.”

En soirée, lorsque les délégués étaient réunis dans la grande salle du couvent pour clore la Convention, l’abbé Richard déploya, à la grande surprise des congressistes, le nouveau drapeau acadien qu’il avait fait fabriqué par une de ses paroissiennes.  C’est avec beaucoup d’émotions que les délégués saluèrent pour la première fois leur drapeau national.  Et, le lendemain matin, on le hissa en face de l’église de Miscouche.  Comme il se déployait à la brise, le curé de Miscouche le salua d’une fusillade au milieu des vivats enthousiastes des habitants de Miscouche et de leurs hôtes.  Plus tard dans la journée, le capitaine du vapeur qui ramenait la plupart des Acadiens de la terre ferme chez-eux fit flotter leur drapeau juste au-dessous de celui d’Angleterre.  Croyant apercevoir le drapeau de la France, une corvette de la flotte britannique ancrée près du quai de Summerside hissa son drapeau.  Elle saluait ainsi, sans s’en rendre compte, le nouveau drapeau des Acadiens.

Au cours des décennies qui ont suivi la Convention, certains Acadiens ont contesté le choix du tricolore étoilé.  Ils trouvaient que ce drapeau était trop semblable à celui de la France révolutionnaire; ils auraient préféré voir un drapeau tel le fleur-de-lys flotter en Acadie.  Ce dernier leur était plus sympathique car il représentait les valeurs traditionnelles, cléricales et monarchiques d’avant la Révolution française.  Malgré cette contestation dans certains quartiers acadiens de la fin du 19e siècle, le drapeau tel que choisi lors de la Convention de Miscouche est devenu, au cours des années, le plus puissant symbole d’identité culturelle du peuple acadien.

 

Extrait du discours de l’abbé Marcel-François Richard sur le choix du drapeau acadien

À une armée il faut un étendard.  La bannière de l’Assomption, naturellement, sera portée avec un patriotisme religieux en tête de nos processions religieuses.  Mais il nous faut avoir un drapeau national qui flotte sur nos têtes aux jours de nos réunions ou célébrations nationales.  Plusieurs formes de drapeaux ont été proposées.  Je ne veux pas déprécier les suggestions faites à ce propos; mais je ne puis m’accorder avec ceux qui prétendent que nous devons choisir un drapeau tout à fait différent de celui qui représente notre mère-patrie.  Le drapeau tricolore est le drapeau de la France, dont nous sommes les descendants, et ce drapeau a droit de flotter par convenance internationale dans l’univers entier.  Pour nous, Acadiens, ce drapeau nous dit simplement que nous sommes français et que la France est notre mère-patrie, comme le drapeau irlandais rappelle aux Irlandais leur origine et leur patrie.

Cependant, je voudrais que l’Acadie eût un drapeau qui lui rappelât non seulement que ses enfants sont français, mais qu’ils sont aussi acadiens.  Je suggère donc, et je propose aux délégués de cette convention le plan suivant du drapeau national.

Le drapeau tricolore tel que confectionné serait celui de l’Acadie en y ajoutant dans la partie bleue une étoile aux couleurs papales.  L’étoile qui représente l’étoile de Marie, Stella Maris, servira d’écusson dans notre drapeau comme celui du Canada fait du drapeau anglais celui de la Confédération.

Monsieur le président et messieurs, ne vous semble-t-il pas que déjà vous êtes prêts à adopter ce drapeau qui réveille en vous le sentiment que vous êtes et que vous devez rester français, et que vous êtes acadiens et que vous voulez rester acadiens et porter ce drapeau à la victoire?  Dans l’avenir, lorsque les ennemis voudront méconnaître nos droits, la vue de ce drapeau nous rappellera nos devoirs et nous encouragera et nous fortifiera dans le combat.  Regardant l’étoile qui orne votre étendard, vous vous rappellerez que combattre sous l’égide de Marie, c’est être assuré d’une victoire peut-être tardive, mais certaine.

Pour ma part, il me semble déjà entendre les battements de mon coeur, à la pensée que l’Acadie ayant sa fête nationale, va, par notre choix autorisé, posséder aussi un drapeau national, qui flottera aux jours de nos réjouissances et nous servira d’étendard dans les combats que nous serons appelés à soutenir pour la défense de nos droits souvent méconnus et méprisés.

Je demande à M. le président de proposer au vote des délégués le choix du drapeau de l’Acadie et j’ose espérer que le plan que je viens d’élaborer rencontrera l’approbation de mes compatriotes acadiens.

(Le Moniteur Acadien, le 28 août 1884)

 

L’hymne national

Les délégués de 1884 étaient moins préparés à discuter du choix d’un chant national que d’un drapeau.  La troisième commission intitulée “Drapeau et chant national” s’était bien acquittée de son rôle quant au choix d’un drapeau.  La question de l’hymne national, par contre, avait été renvoyée à un comité spécial à être nommé par les délégués faute de suggestions jugées appropriées.  Toutefois, dans un moment de vive émotion et de façon assez spontanée, la Convention se rallia autour du cantique marial, l’Ave Maris Stella.

Le choix de ce symbole fut donc fait sans aucune étude préalable et sans aucune recommandation de la part d’un comité.  Plusieurs Acadiens de l’époque se sont demandés par la suite si c’était la chanson ou l’air seulement qu’on avait choisi comme l’hymne national.

Il devient de plus en plus clair, dans les années qui suivirent la Convention, que les délégués avaient choisi la “mélodie” de l’Ave Maris Stella comme “air” national.  Dès l’automne 1884, une lettre à cet effet fut publiée dans le Moniteur Acadien.  L’auteur se demandait si on allait emprunter les mots d’une chanson du Canada français ou de la France pour accompagner l’air de l’Ave Maris Stella, ou bien si on allait trouver une composition acadienne originale.  “Des rimes nouvelles, disait-il, qui s’harmoniseront avec l’air déjà adopté et résumeront l’Acadien tel qu’il est, avec son passé rempli d’orages et son avenir souriant d’espoir.”  En terminant, ce correspondant suggère l’établissement d’un concours pour trouver des paroles qui, adaptées à l’air national choisi, deviendront “notre chanson populaire par excellence.”  (Le Moniteur Acadien, le 20 novembre 1884)

Un correspondant du Courrier des Provinces Maritimes fit remarquer, dans l’édition du 9 mai 1889, que l’air national de l’Ave Maris Stella, tel que choisi à Miscouche, n’avait pas été joué “une seule fois par aucun de nos corps de musique” et ce, cinq ans après la Convention.  De plus, toujours selon l’auteur de la lettre, il était mieux de laisser ce chant à l’Église car en traînant l’Ave Maris Stella dans les salles publiques, dans les banquets politiques ou dans les lieux où l’on viderait une bouteille de champagne, ce serait manquer de piété et se moquer du ciel et de la terre.

Il y eut à maintes reprises des essais de composition d’un hymne national acadien sur l’air adopté à Miscouche.  Des efforts en vue de donner à l’Acadie un chant national populaire ont aussi été faits.  Deux de ces compositions profanes ont connu un certain succès.  Il s’agit de la Marseillaise acadienne, composée en 1910 par l’abbé A.-T. Bourque, et En Avant!, oeuvre de l’abbé Stanislas Doucet, datant de 1912.

À partir du milieu des années 1960, l’Ave Maris Stella fut remis en question lors de divers ralliements.  Même qu’en 1972, à la réunion des francophones du Nouveau-Brunswick tenue à Fredericton, 58.7% des délégués se sont déclarés favorables à ce que l’hymne national des Acadiens, l’Ave Maris Stella, soit remplacé alors que 16.8% étaient contre et 26% étaient indécis.

En 1984, cent ans après le choix de la Convention de 1884, la question de chant national acadien n’est toujours pas réglée.  L’Ave Maris Stella, que l’on chante encore en latin lors de certaines manifestations patriotiques, demeure toujours l’hymne national officiel de l’Acadie.  Il existe toutefois un manque de consensus autour de ce symbole.

 

Ave Maris Stella

1.
Ave maris stella
Dei Mater alma
Atque semper Virgo
Felix coeli porta
Felix coeli porta

2.
Sumens illus Ave
Gabrielis ore,
Funda nos in pace,
Mutans Hevae nomen.

3.
Solve vincla reis,
Profer lumen caecis,
Mala nostra pelle,
Bona cuncta posce.

4.
Monstra te esse matrem,
Sumat per te preces
Qui pro nobis natus,
Tulit esse tuus.

5.
Virgo singularis
Inter omnes mitis,
Nos culpis solutos
Mites fac et castos.

6.
Vitam praesta puram,
Iter para tutum,
Ut videntes Jesum
Semper collaetemur.

7.
Sit laus Deo Patri,
Summo Christo decus,
Spiritui Sancto,
Tribus honor unus.  Amen.

 

Le choix de l’hymne national

Au moment où les délégués allaient se séparer, M. l’abbé Richard annonce qu’il est en mesure de leur faire voir un échantillon du drapeau national adopté par la Convention.  Des hourras frénétiques accueillent cette proposition.  M. Richard et le Père Cormier déploient, par un silence solennel, devant un auditoire ému, un superbe drapeau tricolore orné de l’étoile aux couleurs pontificales.  L’enthousiasme est universel, de bruyantes acclamations saluent l’étendard national que l’on voit pour la première fois.  De toutes parts on demande une chanson, les uns suggérant la Marseillaise, lorsque M. Richard entonne d’une voix grave et solennelle l’Ave Maris Stella, que tout le monde répète après lui.  C’était un spectacle admirable, saisissant.  Le God Save the Queen succède à l’Ave Maris Stella, puis M. Richard prenant la parole, exprime l’espoir que nos musiciens nous donneront bientôt un air national.

M. Pascal Poirier, interrompant M. l’abbé Richard, demande la parole pour quelques instants.  Plus que tous les autres il est ému.  D’une voix frémissante il nous annonce que pour lui l’air national des Acadiens est tout trouvé, et trouvé d’une manière merveilleuse qui montre le doigt de Dieu, l’intervention de Marie, notre patronne.  Cet air que nous cherchions, que nous implorions, il vient de retenir à nos oreilles, il vient d’éveiller dans nos coeurs les plus douces et les plus suaves sensations.  C’est l’air entonné par M. l’abbé Richard, répété par toute l’assistance, c’est l’air de l’Ave Maris Stella, qui se chante dans toutes nos églises et que l’on entend si souvent dans nos chaumières; la salutation de l’Église à Marie, patronne des Acadiens.

À ce moment des transports d’allégresse éclatent sur toutes les figures, tous les coeurs battent bien haut dans les poitrines.  M. Poirier avait frappé juste et sa parole éloquente et enflammée avait porté la conviction dans tous les esprits, embrasé tous les coeurs.

(…)

Le président soumit la proposition à l’assemblée qui l’adopta au bruit des acclamations enthousiastes de la délégation.  On chanta de nouveau l’air désormais national de l’Ave Maris Stella; jamais hymne ne fut chanté avec plus d’entrain.

C’est là un faible aperçu de la scène la plus mémorable de la 2e Convention Acadienne, et ce n’est pas trop avancer que de dire que le souvenir en restera à jamais gravé dans l’esprit de tous ceux qui ont eu la bonne fortune d’en être les témoins.

(Le Moniteur Acadien, le 21 août 1884)

 

L’insigne et la devise

À la Convention de Miscouche, les Acadiens se sont aussi choisis un insigne et une devise.  Il est possible que l’élite acadienne et certains délégués présents aient voulu imiter ce qui s’était produit au Congrès de la Saint-Jean-Baptiste, à Québec, quatre ans auparavant.  Ils se rappelaient qu’à la Convention de Québec, à laquelle ils avaient participé, une association intitulée “l’Union Nationale Française de l’Amérique du Nord” avait été mise sur pied avec un insigne (la feuille d’érable et le castor) et une devise “L’Union fait la force”.  À Miscouche, les délégués adopteront la même devise mais ils se donneront un insigne particulier.

De toute évidence, le choix de ces deux symboles fut étudié par les membres de la commission du drapeau et du chant national qui formulèrent ensuite la proposition suivante, adoptée à l’unanimité par l’ensemble des délégués :

 Il est proposé et secondé que l’insigne qui se portera à la boutonnière aux jours de fêtes, sera une bandelette de soie bleue sur laquelle sera frappée une étoile entourée de rayons.  Au-dessous un vaisseau voguant à pleines voiles avec le mot Acadie écrit sur son pavillon.  La devise au bas sera:  “L’union fait la force.”  Le tout couronné d’une rosette en ruban rouge et blanc.

(Le Moniteur Acadien, le 28 août 1884)

Les Acadiens se sont très peu servis de l’insigne.  En effet, on n’en connaît qu’un seul exemplaire, conservé au Musée Acadien de l’Université de Moncton.  De plus, on l’aperçoit sur une photo du comité exécutif de la Convention nationale de 1905, tenue à Caraquet.  Sur cette photo de groupe, seul le président la porte à la boutonnière.

La devise, par contre, apparaît un peu plus souvent.  Les Acadiens l’utilisaient parfois dans les discours et dans les décors lors de fêtes, de cérémonies religieuses ou de conventions.  L’Impartial (1893-1915), le premier journal de langue française publié à l’Île-du-Prince-Édouard, l’affichait comme sa propre devise.  Aujourd’hui elle est très peu connue chez les Acadiens comme devise nationale.

Nouvelles de l’empremier

1983 par Contribution anonyme

 

1880 – Abram-Village :  “Les moissons sont belles à voir et promettent un rendement plus que d’ordinaire.  Dans la partie de la paroisse connue sous le nom de “village des Abrams” surtout, où les fermiers ne s’occupent pas de pêche, les grains sont extraordinairement beaux.  M. Frs. Arsenau a semé l’an dernier une espèce d’avoine grise qui lui a donné 60 pour un.  Cette année, cette même avoine lui promet encore un rendement plus considérable.”  (Le Moniteur Acadien, le 12 août 1880.)

 

1887 – Cavendish Road :  “Les électeurs de Cavendish Road et des environs se sont réunis en assemblée l’autre soir pour former une organisation politique, et les officiers suivants ont été élus:  – président, capt. Jacques Buote; secrétaire, Pierre Doiron.  Un Comité de sept fut nommé pour organiser la cabale.  Ces messieurs favorisent les candidats conservateurs.”  (Le Moniteur Acadien, le 8 février 1887.)

 

1891 – Piusville :  “Quite an enjoyable evening was spent at the residence of Mr. Joseph F. Gallant, on the 13th inst., the occasion of which was a Basket Social by the ladies of Piusville.  The dancing was in every respect creditable, especially one, whose smartness on the floor attracted the attention of all present.  The dancing was kept up till about 12 o’clock, after which the crowd dispersed, well pleased with the evening’s enjoyment.”  (The Examiner, January 30, 1891.)

 

1894 – Tignish :  “Les Quarante Heures ont commencé à Tignish, le 30 septembre.  La messe de l’exposition a été célébrée par le Rév. P.P. Arsenault.  La messe de la paix par le Rév. A.E. Burke et la troisième messe par le Rév. G. McDonald.  Outre le Rév. curé et son assistant, il y avait pour les confessions et les Révs. G. McDonald, J. Chiasson, E.X. Gallant et A.E. Burke.  1600 personnes se sont approchées du tribunal de la pénitence et de la table Eucharistique.

Depuis l’établissement des Quarante Heures dans l’Île, on remarque que chaque année, les fidèles s’empressent de plus en plus, de profiter de la grande grâce de gagner les indulgences attachées à ces pieux exercices. (L’Impartial, le 4 octobre 1894.)

La langue française sur l’Île-du-Prince-Édouard

1983 par Contribution anonyme

 

Le document que nous reproduisons ci-dessous est une lettre au rédacteur publiée dans Le Moniteur Acadien (Shédiac) le 20 novembre 1884.  L’auteur est un Acadien de l’Île-du-Prince-Édouard.  Il se plaint amèrement de l’état de la langue française dans sa province.  Il parle, entre autres, du problème de l’anglicisation des Acadiens pour lequel il jette en partie le blâme sur le manque d’enseignement français dans les écoles acadiennes et à l’École normale.  Fortement préoccupé par le problème, il se demande ce que sera la vie française, à l’Île, dans cinquante ou cent ans.

L’an prochain, il y aura exactement cent ans depuis la publication de cette lettre.  Nous sommes donc en mesure de répondre à son auteur.  La Petite Souvenance invite ses lecteurs à le faire.

****************

 

Monsieur le rédacteur — Permettez que je sollicite un court espace dans les colonnes de votre aimable journal, afin d’y insérer quelques lignes, que je désire adresser à mes compatriotes sur un sujet bien important, je veux dire la langue française.  Chaque jour je suis attristé de voir la manière dont on déteste la langue française sur l’Île Saint-Jean.  Si vous rencontrez un ami, il se donnera garde de vous adresser la parole en français, mais au contraire, il fera usage du jargon britannique, en vous disant: “How do you do, sir?” ou bien “Good morning”.

Cette coutume, mes amis, est exécrable et ne peut avoir aucune excuse.  Nous français, et avoir honte de notre langue?  Si vous leur dites:  “Mais n’es-tu pas français, parle-donc ta langue?”  Et plusieurs vous répondent:  “What’s the good of French?”  Je ne sais si c’est seulement pour contrarier que ces gens parlent ainsi; mais toujours ce sont des discours bas et dégoûtant, et qui ne devraient jamais être prononcés par des gens d’origine française.

Si vous êtes descendants de l’Acadie, si le sang français coule encore dans vos veines, conservez le français, ainsi que votre langue.  N’ayez pas honte d’une langue que des génies n’ont pas eu honte de parler avant vous.

Une grand défaut, que je remarque sur l’Isle du Prince-Édouard, c’est le manque d’enseignement français, dans nos écoles.  Est-ce la faute du gouvernement ou celle des instituteurs?  La faute des deux, je pense; car si notre gouvernement apportait plus de soin à l’instruction de nos jeunes hommes, tant dans la langue française que dans la langue anglaise, de meilleurs citoyens habiteraient nos villes et nos campagnes.  Ils en feraient des hommes loyaux et intelligents.  La grande faute des instituteurs français, dans mon opinion, est leur manque d’activité à agiter cette grande et noble question, en faisant application au gouvernement afin d’obtenir un département français à l’École Normale.  Est-ce leur manque de courage ou leur manque de patriotisme qui les empêche de faire quelques efforts?  Pensez-vous que dans cent ans, s’il n’y a pas d’amendement, au train que nous allons, toute trace de notre belle langue française sera effacée dans nos générations futures!  De nos jours déjà, à peine pouvez-vous arracher une parole française, tant des instituteurs que des élèves.  Qu’en sera-t-il donc dans cinquante ou cent ans?  Le jargon britannique sera la langue dominatrice ou adoptée par notre race; et les accents de la langue française ne seront plus entendus sur notre belle Isle St-Jean.  Anglais, partout l’Anglais!  Plus d’Acadiens! plus de langue française!  Et pourquoi? pour faire place à une langue étrangère.

Oh! mes amis, un tel état de choses est déplorable à constater. Si les cendres de nos ancêtres pouvaient se rassembler et sortir de la tombe qui les tient prisonniers!  Oh! qu’ils rougiraient de nous, en nous entendant parler une autre langue que la langue française, à laquelle ils attachaient un si grand prix.  Il me semble les entendre, s’adressant à nous, en ces termes:  “Eh quoi, vous n’êtes donc plus français?  vous n’êtes donc plus des descendants de la vieille et belle Acadie!”  Ou bien:  “Eh quoi, vous n’avez pas honte de renier votre nation, votre langue, votre origine, et je pourrais même dire votre honneur?”

Tâchons donc, mes amis, et surtout la classe instruite, d’attacher plus de prix à notre langue, et de la parler toujours.  C’est un noble héritage que nous devons conserver à juste titre, et de plus le conserver intact.  S’il nous est absolument nécessaire d’avoir une connaissance de la langue anglaise, du moins ne faisons pas mépris de notre langue maternelle.  Parlons-la dans nos familles, parlons-la entre nous, enfin parlons-la en société.  Elle est toujours la plus belle et la plus riche.  Dans tous les cercles de la société aux États-Unis, comme en Angleterre, la langue française n’est pas méprisée, mais au contraire elle est parlée en société, préférablement à l’anglais, comme étant la plus claire, la plus douce et la plus belle, et ils ne se trompent pas dans cette assertion.  Lors de la convention de 1884, je l’avoue avec franchise, j’avais honte de mes compatriotes de l’Isle, de voir la manière dont ils s’entretenaient entre eux.  Il me semble que cela devait être très contrariant pour les étrangers de voir que dans une assemblée acadienne, ou pour mieux dire dans une Convention acadienne, de voir leurs frères de l’Isle toujours parler anglais.  Tout anglais:   billets pour dîner, programme, motos, etc.

Un certain monsieur, qui aime la langue française, me disait “qu’il était étonné de voir comme le français était négligé sur l’Isle.  Pourquoi ne parlez vous pas votre langue française?” me demandait-il.  “Depuis que je suis parmi vous, je vous ai nullement entendus parler français.”  C’est honteux disait-il, de voir que des Acadiens oublient ainsi leur origine.  Or donc, mes amis, tâchons de faire mieux à l’avenir.  Pratiquons notre belle langue, faisons-la pratiquer à nos enfants; parlons la en famille, en société et dans nos assemblées, et nous aurons bientôt gagné ce que nous avons perdu.

Un bon moyen de pratiquer notre langue, serait d’organiser des sociétés de débat; ainsi que des salles de lectures, dans chaque paroisse acadienne, où chaque semaine on pourrait s’assembler, et s’instruire.  Par exemple, pendant les longues soirées d’hiver, pourrions-nous avoir un plus bel amusement, et tout en s’amusant, puiser à la source de l’instruction et des sciences?  Un autre bon moyen, de rendre nos enfants parfaits, dans notre langue, est que tout père de famille qui le peut devrait envoyer ses enfants au Collège de Memramcook, où ils recevraient une bonne éducation française.  Si aujourd’hui le Nouveau-Brunswick a des prêtres acadiens, des docteurs, des avocats, des instituteurs et des hommes d’État ils peuvent remercier le Collège St-Joseph.  Eh pourquoi cette sainte maison n’en ferait-elle pas autant pour nous si nous la patronisions?  Ne sommes-nous pas aussi intelligents que nos frères du N.B.?  N’avons nous pas comme eux nos talents?  Oui certes.  Donc tâchons de faire instruire nos enfants, et nous en ferons aussi des hommes intelligents, capables d’élever la voix, et de défendre notre cause.

Une bonne chose pour nos enfants serait d’introduire la grammaire française dans nos écoles; mais pour l’introduire, il nous faut des instituteurs capables de l’enseigner, preuve qu’il est absolument nécessaire pour nous d’avoir un département français à l’École Normale; où nos jeunes hommes qui se dédient pour la carrière de l’enseignement, pourraient recevoir une bonne éducation française.  Nos hommes publics devraient avoir depuis longtemps compris cela et auraient dû se faire un devoir d’agiter cette importante question.  Voyez au N.B., ils ont un département français à l’École Normale, ils ont leurs professeurs, leurs inspecteurs, leurs instituteurs et leurs écoles tout français.  Pourquoi n’aurions-nous pas les mêmes avantages que nos frères?  Ne sommes-nous pas des sujets aussi loyaux qu’eux?  Ne payons-nous pas nos taxes ponctuellement?  N’avons-nous pas aussi un droit à l’argent qui chaque année est déboursé pour l’instruction publique?  Oui certainement.  Nos hommes publics, j’espère y songeront, et tâcheront de mettre cette question en agitation.  C’est leur devoir, et pourquoi reculeraient-ils devant un oeuvre juste et loyale.  Avant de terminer il me semble qu’il est de mon devoir de dire un mot en passant sur la question de la colonisation.

Notre petite isle, qui, aujourd’hui est remplie comme un oeuf, ne peut plus offrir, à nos jeunes gens, les moyens de s’établir.  Que vont-ils faire?  Vont-ils s’entasser les uns contre les autres, sur un petit coin de terre amaigrie, pour languir dans la misère le reste de leur vie?  Assurément non.

Mes amis, voici le seul moyen.  Allez coloniser au Nouveau-Brunswick ou au Canada.  Là vous trouverez des milliers d’acres de terre, qui n’attendent que des bras forts et vigoureux, pour se transformer en magnifiques champs de blé.  Aujourd’hui, nous avons toutes les chances d’aller coloniser, et de nous acquérir chacun une propriété.

Nous avons des sociétés de colonisation qui sont prêtes à secourir les colons qui se trouveraient en détresse.  Nous avons des voies ferrées pour nous transporter; nous avons les frères qui nous attendent, pour aller les joindre, dans l’oeuvre de la colonisation.  Nous avons partout des débouchés et des marchés, qui sont prêts à acheter vos produits.  N’est-ce pas de grands avantages pour nous?

Dix, quinze ou vingt ans passés lorsque nos devanciers ont été coloniser, tant au N.B. qu’au Canada; je vous le demande, avaient-ils les mêmes avantages.  Non loin de là.  Ils se sont enfoncés dans ces noires forêts, sans chemin, sans appui, sans même une pauvre cabane pour se mettre à couvert des intempéries.  Toutes les contrariétés ne les ont pas découragés; et aujourd’hui ils sont à l’aise, sinon indépendants.  Le seule obstacle, que je remarque, sont les hauts prix de passage. Lorsqu’un père de famille s’en va coloniser, il vend sa petite propriété, et la plus grande partie du résultat est employé à payer son passage.  Pourquoi le gouvernement du N.B. n’aurait-il pas des prix de passage spéciaux pour les colonisateurs comme ils ont au Canada?  Je pense que cela pourrait être obtenu si cette question était agitée par les hommes influents du N.B.  Je m’arrête, monsieur le rédacteur, de crainte d’ennuyer vos intelligents lecteurs, espérant que les quelques suggestions, dont j’ai fait mention auront de bons résultats.  J’ai, monsieur le rédacteur, l’honneur d’être votre tout dévoué, etc.

UN ACADIEN

Nouvelles de l’empremier

1982 par Contribution anonyme

 

1888 – Bloomfield :  “A few neighbors were agreeably surprised the other evening to hear the delightful music from the organ by a four years and five months old little miss of Mr. Joachim Gaudet of this place, who played four pieces on the organ with great accuracy, viz.  “Pleasure Dream”, “Les anges dans nos campagnes” and two others.  We believe this precacious maiden is the Mozart of the present day.  Mr. Gallant and his family of six children can all perform on the organ, and four of them are good violinists.”  (The Prince Edward Island Agriculturist, May 7, 1888.)

1888 – “Mr. Jos. Arsenault, Egmont Bay, familiarly known as “Joe the Post,” was in town one day last week, looking hale and hearty for his years.  He was for many years a mail carrier, and was always noted for his promptness, good nature and strict integrity.  “Split the track for Joe the Post”, will continue to be a bye-word long after its author – one of the few survivors of a generation that is rapidly passing away – undertakes his final journey.”  (The Prince Edward Island Agriculturist, November 12, 1888.)

1889 -  “La pêche à l’éperlan sur l’Île est une nouvelle industrie qui, (paraît-il) se développe assez rapidement, et promet assez bien.  Qui aurait dit, il y a un quart de siècle, que le homard, les huîtres et les éperlans seraient pour une grande partie de nos ressources financières?  (Le Moniteur Acadien, le 27 décembre 1889.)

1899 - Baie-Egmont :  “M. Édilbert Poirier d’Egmont-Bay qui habite Klondyke depuis une couple d’années et qui n’avait pas écrit depuis six mois, vient de donner de ses nouvelles.  Sa femme vient de recevoir de lui une lettre qui portait un chèque de $500.  M. Poirier a écrit de Dawson City et dit qu’il est en bonne santé et réussit bien.  (L’Impartial, le 17 août, 1899.)

1901 – Rustico-Nord :  “Les contribuables du district de St. André se sont assemblés, mercredi soir, le 23 janvier, dans leur maison d’école, pour se consulter au sujet de bâtir un appartement à leur école déjà graduée.  Tous se déclarèrent favorables à ce projet.  On espère que le nouvel appartement sera prêt à l’ouverture des classes de la prochaine année scolaire.  (L’Impartial, le 7 février, 1901.)

La St-Jean-Baptiste à Miscouche

1982 par La Petite Souvenance

 

On nous informe que la St-Jean-Baptiste a été fêtée avec éclat à Miscouche, Île-du-Prince-Édouard, samedi dernier.  Il y a eu messe solennelle, chantée par le Révd. Messire Poirier, curé de Mont-Carmel, qui a également fait le sermon de circonstance.  Messire Poirier a parlé près d’une heure et a su trouver dans son coeur des paroles pleines de patriotisme.  Une compagnie de militaires en uniforme, organisée pour l’occasion, rehaussait l’éclat de la fête et après la messe, il y eut procession, puis bénédiction du Très-Saint Sacrement.

Le Moniteur Acadien
le 29 juin 1876

Nouvelles de l’empremier

1981 par Contribution anonyme

 

1889 – Baie-Egmont :  “La fièvre matrimoniale a encore fait son apparition parmi nous cet automne.  Si le temps de l’Avent ne fut venu mettre un frein à sa marche, le nombre de ses victimes aurait été assez considérable; espérons que ceux qui se sont laissés prendre dans ces filets sauront faire mentir le proverbe qui dit “Il y en a plus de mariés que d’heureux.”  (Le Moniteur Acadien, le 27 décembre 1889.)

1899 – Wellington :  “Notre compatriote et jeune député M. J. F. Arsenault de Wellington a droit aux plus chaleureuses félicitations pour son esprit d’entreprise.  M. Arsenault fait un commerce sur une grande échelle et s’est acquis par ses bonnes qualités et son esprit d’intégrité une position qui le place au premier rang dans le monde commercial.  Dans quelques semaines, il occupera son nouveau magasin, magnifique établissement de 85 pieds de longueur, fini dans tous les goûts de l’art moderne.  Succès à notre vaillant et énergique compatriote.”  (L’Impartial, le 17 août 1899.)

1894 – Palmer Road :  “M. l’inspecteur Arsenault en nous parlant des écoles qu’il vient de visiter dit que l’école de Palmer Road (à l’église) est maintenant trop nombreuse pour un seul maître et que pour donner justice à l’instituteur aussi bien qu’aux élèves, il faut absolument qu’il y ait un autre département.  Là où il y a 70 élèves dans le même appartement avec un seul maître, on ne doit pas s’attendre à des progrès satisfaisants.  C’est aux contribuables à y voir et ils ne devraient pas l’oublier.  La loi des écoles est tout à fait en leur faveur sous ce rapport.”  (L’Impartial, le 2 août 1894.)

1905 – Abram-Village :  “Le travail sur le Pont “Haldimand” n’avance pas vite, le monde en souffre.  Au dire des connaisseurs le travail est très mal fait et ne peut durer que très peu de temps, autant d’argent de gaspiller.  C’est bien dommage pourtant car ce pont est d’une utilité indispensable.”  (L’Impartial, le 10 août 1905.)

La Première Convention Nationale Acadienne : les Acadiens y étaient

1981 par Georges Arsenault

par Georges Arsenault

 

Cette année marque le centenaire de la première Convention Nationale Acadienne, tenue à Memramcook les 20 et 21 juillet 1881.  C’est à ce grand rassemblement, où pour la première fois autant d’Acadiens de tous les coins des provinces Maritimes se réunissaient pour discuter de leur situation, que l’on s’est choisi une fête nationale, Notre Dame de l’Assomption, célébrée le 15 août.

Cette convention fut un très grand événement.  Environ 5,000 délégués et visiteurs se sont rendus à Memramcook pour y fêter les retrouvailles de la grande famille acadienne, mais surtout pour y discuter sérieusement les problèmes qui entravaient le développement du peuple acadien.  En sessions d’études on se pencha sur les questions de l’éducation, de l’agriculture, de la colonisation et de l’émigration, de la presse et du choix d’une fête nationale.

La participation de l’Île à ce congrès fut remarquable.  Environ deux cents délégués et autres participants traversaient le détroit Northumberland pour assister à cette rencontre.  Ce groupe insulaire avait à sa tête deux membres de l’assemblée législative provinciale, les honorables Joseph-Octave Arsenault et Stanislaus Perry (Poirier), qui faisaient partie, notons le, du Comité organisateur du congrès.  Les délégués de l’Île firent bonne impression auprès de leurs compatriotes.  Voici ce qu’en disait Le Moniteur Acadien dans sa livraison du 28 juillet 1881:

L’Île Saint-Jean a fourni près de 200 délégués et autre, et, comme on nous le faisait remarquer, on a jamais vu un groupe de personnes plus intelligentes.  On comptait deux prêtres, deux députés, des marchands, des instituteurs et des cultivateurs, et ces derniers de la classe la plus prospère que l’on puisse trouver à l’Île.

Le plus grand débat du congrès se fit autour du choix d’une fête nationale.  Deux propositions furent sérieusement considérées et longuement débattues:  les uns voulaient la Saint-Jean Baptiste, les autres Notre-Dame de l’Assomption.  Pour connaître l’opinion chez deux principaux chefs acadiens de l’Île au sujet de cette question et du congrès en général, voici le texte des discours qu’ils y ont prononcés.

 

Discours de l’honorable Joseph-Octave Arsenault

Messieurs,

Je ne puis laisser la question débattue en arriver à une solution sans faire quelques observations qui me sont dictées par le désir de contribuer, dans la mesure de mes forces, à son règlement et à l’adoption d’une fête nationale qui puisse répondre aux besoins du peuple acadien et être chômée le plus facilement et le plus généralement possible dans tous les centres acadiens.  J’ai toujours vivement désiré l’adoption d’une fête nationale commune, à laquelle les Acadiens des trois provinces maritimes pûssent participer, un jour de fête où ils pûssent se réunir et retremper leur patriotisme, évoquer le souvenir de leur passé, étudier le présent, prendre des résolutions pour l’avenir, et je souhaite ardemment que l’un des premiers résultats de cette convention soit l’adoption d’une telle fête.

L’Assomption de la Sainte Vierge serait très convenable mais il me semble qu’elle arrive à l’une des époques les plus défavorables de l’année et je crains que pour cette raison elle ne pourrait être célébrée avec cet élan, avec cet éclat, avec cette unanimité que tout le monde s’accorde à désirer.  À peu près tous les Acadiens appartiennent à la classe agricole, et pour la classe agricole le mois d’août n’a guère de loisirs.  C’est le temps des foins, et vers le 15 août surtout les cultivateurs redoublent d’ardeur pour moissonner en temps opportun ce fourrage qui contribue si largement à l’entretien de nos troupeaux.  Juillet est le mois des fêtes et des pique-niques; nous nous y livrons aux déclassements qu’ils nous apportent; on y épuise pour ainsi dire son fonds de gaieté.  Après avoir pique-niqué, après s’être promené en juillet, puis après s’être mis à la fenaison et travaillé dur et fort pour sauver le fourrage, le peuple n’est pas bien disposé à fêter, et il est à craindre que l’enthousiasme ne soit pas aussi ardent qu’on doit le désirer pour chômer dignement la fête nationale.

Sur l’Île-du-Prince-Édouard, ma province, on ne pourra célébrer la fête nationale dans chaque paroisse; il faudra que les habitants de plusieurs paroisses se réunissent dans le centre le plus favorable, où devront se porter les orateurs et les musiciens; or la chose sera fort difficile, sinon impossible, à la mi-août.  Prenons cette convention pour exemple:  je n’hésite pas à dire que si elle eut lieu à l’époque de l’année à laquelle on propose de chômer la fête nationale, le nombre des assistants n’eut pas atteint un chiffre égal à la moitié du nombre des personnes présentes aujourd’hui.  Et, dans mon opinion, c’est un point important à considérer.

Quelques orateurs ont insisté sur la nécessité de se séparer, de se distinguer Les Canadiens-Français, et ont soutenu que si nous adoptions la Saint-Jean-Baptiste pour fête patronale, nous nous trouverions à jamais perdus, confondus dans la nationalité canadienne-française, résultat qui, à leurs yeux, serait un malheur irréparable.  Je ne partage pas ces craintes et, pour ma part, je serais heureux de voir les liens qui nous unissent aux Canadiens-Français se resserrer davantage.  Il faut se rappeler que l’Acadie compte un grand nombre de ses enfants dans la province de Québec, où, tout en conservant fièrement et fidèlement leur titre d’Acadiens, ils chôment avec enthousiasme la Saint-Jean-Baptiste, qu’ils regardent à bon droit comme la fête par excellence de la famille française dans l’Amérique du Nord.  En adoptant une autre fête, nous les répudions purement et simplement, et en outre nous imposons aux centres acadiens de l’Acadie qui ont jusqu’ici et depuis bon nombre d’années chômé la Saint-Jean-Baptiste – comme cela se pratique sur l’Île-du-Prince-Édouard – la nécessité de changer de fête, ce qui n’est pas toujours agréable et ce qui surtout pourrait bien être un grand obstacle à l’adoption générale de l’Assomption pour fête patronale.

 
Discours de l’honorable Stanislas-F. Poirier

Monsieur le président, Messieurs,

J’étais loin de m’attendre que la question qui nous occupe créerait un aussi long et vif débat.  Pour ma part, messieurs, je regrette profondément la tournure acrimonieuse qu’elle a prise.  Personne ne doit craindre, personne n’a raison de craindre le progrès, l’avancement des Acadiens, dont tout le pays en général et toutes les classes de la société devront en définitive retirer des avantages.

En 1755, on a vu disperser les Acadiens aux quatre vents du ciel, aujourd’hui nous voyons cette famille éprouvée, dont les malheurs inouïs arrachent des larmes au coeur le plus endurci, se réunir, se donner la main, délibérer en convention sur les moyens les plus propres à asseoir son existence sur des bases solides.  Ce fait est bien de nature à réjouir tout coeur français.  On a beaucoup parlé de notre manque d’éducation; mais nous pouvons nous glorifier, même sous ce rapport.  Les Acadiens sont demeurés, malgré leurs inénarrables infortunes, instruits dans la grande, la principale chose, la religion, à laquelle ils sont restés fidèles et soumis.

On objecte contre l’Assomption pour fête nationale, qu’il fait trop chaud à l’époque où elle tombe.  Ne pourrait-on pas choisir un jour d’hiver, afin de donner à ceux qui n’aiment pas la chaleur l’occasion de manifester leur ardent patriotisme à la faveur du froid!

Je regretterais de voir la politique s’insinuer dans cette convention et en amoindrir les résultats.  J’aurais beau à répondre aux insinuations qui ont été faites hier du haut de la tribune, à propos de l’anglification.  Je suis Acadien, et je ne crains pas de le proclamer.  On nous a fait reproche de traduire nos noms.  Vous le savez, messieurs, il fut un temps où tout ce qui sentait le français dans nos provinces était le point de mire, l’objet de haines et de malveillances auxquelles il n’était pas facile de se soustraire.  Au sujet des alliances, auxquelles il a été fait allusion, je suis plus libéral qu’on ne s’est déclaré, je suis d’opinion que le jeune Acadien doit être libre de prendre sa femme là où il l’entend.

J’espère que la prochaine convention aura lieu sur l’Île Saint-Jean et qu’il nous sera donné à nous, insulaires, de vous rendre l’hospitalité toute fraternelle que Memramcook accorde à nos délégués, qui en remporteront le plus précieux des souvenirs.

Nouvelles de l’empremier

1980 par Contribution anonyme

 

1880 – Rustico :  “Il nous fait plaisir d’apprendre que la banque acadienne de Rustico prospère et que ses billets sont en grande circulation.  M. Joseph Gallant en est le digne président.  Ce monsieur vient de se construire un superbe édifice dont les étages supérieurs lui serviront de résidence, et l’étage inférieur de magasin.  Il a aussi actuellement en construction sur les chantiers une jolie goélette de 80 tonneaux; elle sera prête la semaine prochaine à recevoir sa cargaison, consistant principalement en poisson, et fera voile pour Boston, sous la direction du capitaine Leblanc, d’Arichat.”  (Le Moniteur Acadien, le 12 août 1880)

1880 – Miscouche :  “M. Prospère Desroches vient d’ouvrir ici un établissement de marchand-tailleur, tel qu’on en voit peu sur l’Île.  Nos jeunes gens à 50 milles à la ronde ne manqueront pas de venir s’y faire élégants, et M. Desroches est homme à garder sa pratique, une fois celle-ci acquise.”  (Le Moniteur Acadien, le 12 août 1880)

1893 – Bloomfield :  “Le patriotisme se réveille rapidement dans nos parages.  Toutes nos écoles sont dirigées par des instituteurs acadiens.  M. Doucet à la direction de l’école de Howlan Road.  Celle de Duvar Road est sous la direction de M. Gallant, et celle de Bloomfield est tenue par M. R. Gallant.  Toutes trois sont dirigées avec habileté.”  (L’Evangéline, le 16 mars 1893)

1896 – Egmont Bay :  “La fanfare d’Egmont Bay, sous la direction du Prof. Théodore Gallant, a fait entendre pour la première fois ses sons harmonieux en donnant deux morceaux choisis de son répertoire – un avant la messe (de minuit), l’autre immédiatement après les vêpres.  (L’Impartial, le 11 février 1897)

1902 – Mont-Carmel :  “Il y aura vers le 15 juin prochain, un grand bazar et tirage de prix dans cette paroisse au profit du nouveau presbytère en voie de construction, sous les soins dévoués et paternels de notre digne curé, le Rév. M.P.P. Arsenault.  Des livres de billets sont en circulation dans la province et chez nos voisins, et nous avons confiance que nos amis nous donneront main forte, dans notre entreprise religieuse.” (L’Évangéline, 13 février 1902)

Une visite à Rustico

1980 par Louis Tesson

 

par Louis Tesson

Louis Tesson est né en 1856 à Saintes (Charente inférieure) en France.  En 1875 il passe aux Etats-Unis où il se lance dans le journalisme.  Il écrit également des romans dont Sang Noir, Un amour sous les frimas, Céleste.  En 1881 il est installé à Charlottetown.  Cette année-là il rédige quelques articles sur les Acadiens de Rustico qu’il publie dans le Messager de Lewiston (Maine).  Ces articles, dont celui ci-dessous, ont été reproduits dans Le Moniteur Acadien et L’Évangéline.

 

EN ACADIE

Rustico, comme tous les établissements acadiens, a un bon fonds de légendes et d’histoires, où le chroniqueur, le poète et le romancier peuvent puiser à loisir.  Il n’y a rien cependant ici qui rappelle les histoires de revenants, de sorciers, les maisons hantées, les vieilles superstitions qui faisaient en France la terreur de nos grands-pères et surtout de nos grand’mères.  Tout au plus mentionne-t-on, et M. Faucher de Saint Maurice, je crois, dans son charmant livre De tribord à bâbord, rapporte qu’autrefois les gens de Rustico, comme ceux de Gaspé, avaient cru entendre dans leur église des bruits étranges, comme des voix plaintives de trépassés demandant la sépulture.

À Souris, par exemple, on trouve du merveilleux.  Souris, une petite ville située sur la côte de l’île, doit son nom au fait que, sous l’occupation française, les souris infestaient cette partie du pays et y dévoraient sur pied toutes les récoltes, réduisant ainsi les gens à la famine.  On fit des prières publiques et on vit, paraît-il, les souris courir à la mer comme une armée en désordre et s’y précipiter jusqu’à la dernière.  Depuis, on n’en a plus entendu parler.  Le même fait se serait passé à Tignish, à l’extrémité nord-ouest de l’île.  Mais là, ce seraient des sauterelles à la place de souris.  Ce serait un peu plus croyable.  N’importe, acceptons la légende pour ce qu’elle est, plutôt que d’aller y voir.

Ces faits et d’autres sont consignés dans des relations de voyage fort intéressantes sur lesquelles j’ai pu jeter un coup d’oeil, grâce à l’obligeance du juge Alley, de Charlottetown, qui a rapporté de France une foule de copies de documents précieux pour la première période de l’Île-du-Prince-Édouard sous l’occupation française.  J’y ai lu des lettres autographes du Père de Calonne, frère du ministre de Louis XVI, et alors de Rustico.  Ce prêtre n’est pas le seul haut personnage que Rustico ait eu l’avantage de posséder.  On m’a conté qu’un jeune homme d’une très grande famille de France était venu à Rustico probablement à l’époque de la Révolution et s’était marié avec une native du pays.  À la Restauration, sans doute, il était retourné en France, où il vivait en grand seigneur.  Lui et sa femme moururent sans héritiers directs.  Les collatéraux qui auraient dû hériter sont encore à Rustico; ils ont fait des démarches mais trop tard.  On cite encore le cas d’un Français mort dans le Mississippi, laissant une fortune considérable que ses héritiers pauvres à Rustico n’ont pas su recueillir.  C’est un peu l’histoire de toutes les parties de  l’Amérique.  Que d’héritages ont été ainsi perdus à cause de la distance, des difficultés de communications, ou par l’ignorance ou l’incurie d’intéressés!

Pour en revenir au chapitre des superstitions populaires, j’ai été surpris d’en trouver si peu ici.  J’en citerai une en passant qui est fort innocente.  Avant d’aller se coucher, les jeunes filles mangent du hareng salé, avec l’espoir que la soif leur fera rêver que le jeune homme qu’elles doivent épouser leur offrira un verre d’eau.  Comme ailleurs, on se garde de renverser la salière ou de marcher sur la queue du chat; mais au fond, on y attache peu d’importance.

En ma qualité de Français, je n’ai pu m’empêcher de faire quelques observations que je vais souligner :

L’Acadien n’est pas chasseur.  Dans beaucoup de maisons, il n’y a pas de fusils.  Pourtant, en automne le bon gibier ne manque pas:  les canards, les oies sauvages, les crevans (brants) et tout l’hiver, de délicieuses perdrix.  Il y a ici, je crois, plusieurs espèces de champignons comestibles.  Tout au moins, j’ai vu sur le talus des routes et dans les prés de belles brunettes auxquelles personne touche et qui pourrissent sur pied.  Les chancres, ou crabes, les moules, peuvent croître et prospérer en paix :  c’est un trop maigre régal, paraît-il.  Les palourdes ou les “clams”, sont, au contraire, très recherchées.  On les retire, à marée basse, du sable de la grève où elles sont enfouies, à l’aide d’une pelle.  Je ne parlerai pas des grenouilles.  Ce mets si bien apprécié des fines bouches des grandes villes américaines, fait sourire de méfiance ou d’incrédulité.

Puisque nous en sommes sur la cuisine, j’ajouterai que l’Acadie est d’une grande frugalité.  Le pain de ménage qui ne se cuit pas par grandes fournées, mais par petites quantité presque journellement dans un petit four adapté au poêle de cuisine est d’une grande blancheur.  Le beurre fait par les ménagères est excellent et, comme chez les Anglais, compose une grande partie de l’alimentation.  Les femmes excellent à faire de la pâtisserie, des tourteaux de toutes sortes.  Les fruits sont assez rares, hors les fraises, les framboises sauvages et les “blueberries”.

Vous parlerai-je de la langue acadienne?  Elle est excessivement douce en général, surtout dans la bouche des femmes, et contraste singulièrement avec l’accent un peu rude et parfois bredouillant de certains Canadiens que j’ai entendus.  Remarquez bien que je ne suis pas de ceux qui prétendent ou veulent laisser croire qu’au Canada on parle le français mieux qu’en France, prenant le pays dans son ensemble, en ce sens qu’un Français peut voyager dans tout le Canada et comprendre partout la langue qu’on y parle, tandis qu’en France il n’entend rien à certains patois ou langues presque mortes, comme le provençal, le gascon, le basque, le basbreton, etc., bien que ces idiomes tendent à disparaître complètement bientôt, par suite du développement considérable de l’instruction publique en France depuis quelques années.  Voici un autre fait qui prouvera mon assertion.  Des Acadiens avec qui j’ai causé m’ont fait cette remarque :

- Nous vous comprenons bien mieux que d’autres Français qui sont venus ici.  Comment cela se fait-il?

- C’est bien simple, leur dis-je ; ces gens-là vous parlaient sans doute auvergnat, tandis que moi je prétends parler français, et je suis heureux que vous me compreniez.

Il ne faudrait pas croire cependant qu’on parle ici le français aussi purement que sur le boulevard des Italiens.  Il est même étonnant qu’une poignée de familles enclavée dans une population anglaise, ait pu conserver si longtemps sa langue.  L’anglais s’impose forcément et tous les Acadiens de l’île le parlent couramment; il est la langue du dehors, la langue des affaires, le français est la langue du foyer, de la famille et de l’intimité.  Elles se mêlent parfois d’une manière étrange.  Certains mots français se sont perdus et ont été remplacés par leurs équivalents en anglais.  D’autres, exprimant une idée ou une chose essentiellement anglaise, sont passés dans le français; enfin, une foule de verbes anglais se retrouvent en français avec une terminaison française.

Dans le vieux français ou le patois qui émaille le parler acadien, j’ai retrouvé une foule de mots qui me sont familiers et que j’ai entendus dans le patois saintongeais.  Une chose m’a frappé tout d’abord:  la prononciation aspirée du “g”, tout comme en Saintonge.  J’ai reconnu tout de suite comme de vieilles connaissances; l’égail pour la rosée, la “goule” pour la bouche, la “mare” pour la mer, la “bouillée”, le “mitant”.  Quand on m’a dit:  I s’avant émoyé de vous, j’ai compris qu’on s’était informé de moi.  Quand on m’a dit:  Huchez donc, j’ai gueulé de toute la force de mes poumons.  Les enfants braillent, ils ne pleurent pas, mais ce n’est pas plus agréable.  Il ne pleut jamais ici, mais il mouille parfois, ce qui fait compensation.  On ne porte ni vêtements, ni habits, mais des hardes.  Les pêcheurs deviennent pêcheux, sans qu’ils prennent plus de poisson pour cela, et les “drôles” font un bec à leur drôlesses, au lieu de les embrasser purement et simplement.

C’est tout; il n’y a pas dans l’acadien ces corruptions de français si fréquentes dans nos patois; par exemple, “dau” pour “du”; “â” pour “au”.  L’Acadien dit bien purement du pain et non dau pain; un oiseau et non in osia.  Les troisièmes personnes plurielles des verbes sonnent “ant”; le pronom “je” remplace “nous” fréquemment; “j’avons” pour “nous avons”.  Les passés définis des quatre conjugaisons sont en “is” indistinctement:  je mangis, je finis, je recevis, je rendis.  Avec cela, beaucoup de termes de marines; on amarre un cheval ou son soulier; on embarque dans une voiture; Mlle Eudoxie se grée, tout comme une corvette, pour aller au bal; son drôle (bon ami) ne démarre pas d’à côté d’elle de toute la soirée; il la pilote au bal, et les hommes tirent parfois une bordée.  On hale du bois à la maison, etc.

Quand je parle de patois saintongeais retrouvé dans le parler acadien, il n’y a pas lieu de s’étonner; car l’histoire de l’Acadie est là pour nous prouver qu’un bon nombre de Français partis pour l’Acadie étaient originaires de la Saintonge ou de la Rochelle et de l’île de Ré.  Citons au hasard des souvenirs de Champlain, né à Brouage, qui, je crois, passa nombre d’années en Acadie avant d’aller au Canada.  Les marchands et armateurs de la Rochelle ont été lontemps les fournisseurs de l’Acadie, et l’un d’eux organisa plusieurs expéditions et définitivement gouverna ce pays.  Rameau dit dans son histoire d’Acadie que les aboiteaux de la vallée du Port-Royal et de la Grand’Pré ont été faits à la suggestion des natifs de l’île de Ré qui avaient appris dans leur pays à disputer ainsi à la mer de fertiles terrains.  Il y a des noms acadiens qui se retrouvent fréquemment en Saintonge.  Sans aller plus loin, le nom de Poirier, par exemple, qui est celui de ma mère, est commun en Saintonge, mon pays natal, et je ne serais pas étonné d’avoir, de ce côté de l’Atlantique des parents – un peu éloignés, il est vrai.

Quoi qu’il en soit, mes chers cousins plus ou moins proches, je suis enchanté d’avoir fait votre connaissance, et nous recauserons de vous et de l’Acadie1.

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Le Moniteur Acadien, le 13 novembre 1891.