Résultats: ‘J.-Henri Gaudet’

Souvenances de l’un des derniers survivants de la chorale de plain-chant de la paroisse de Tignish

2007 par David Le Gallant

Henri Perry, âgé de 78 ans, est l’un des derniers survivants de l’ancienne chorale d’hommes de la paroisse de Tignish qui chantait en plain-chant, une musique vocale rituelle, monodique, qui date des premiers temps de l’Église mais dont le répertoire fut codifié au IV e siècle (chant ambrosien) et appelé plus tard « chant grégorien » d’après saint Grégoire le Grand (pape Grégoire 1er : 590-604).

C’était le père « Mac » (A. J. MacDougall), vicaire à Tignish  vers les années 1900, qui avait fondé une chorale d’hommes de plain-chant, chorale  qui était considérée toujours en première place à l’Île-du-Prince-Édouard. Plus tard durant les années 1950, ce fut un autre vicaire de Tignish, le père Denis Gallant, qui dirigeait la chorale. Mais selon J. Henri Gaudet (2), c’était le premier prêtre acadien de l’Île, le père Sylvain-Éphrem Poirier, qui avait commencé la tradition de plain-chant à Tignish.  D’autres membres de cette chorale furent Jean Gaudet, Adrien Richard, François et Sylvère Buote, Joseph L. Arsenault, Joseph Doucette et, entre autres, Arthur Arsenault, un autre des derniers survivants de cette chorale qui est décédé récemment et qui était le cousin germain (1er cousin) de Henri Perry. Celui-ci, autrefois de Léoville,  habite aujourd’hui avec son épouse Béatrice, née Gaudet, sur la rue Dalton à Tignish.

Henri Perry nous raconte qu’il accompagnait souvent « Minnie à Bobare », celle qui a été organiste à Saint-Simon-et-Saint-Jude à partir de l’année 1894 jusqu’en 1947. Née Marie Macrina Richard, elle épousa Albert (« Bobare ») Chiasson. Henri l’accompagnait en pompant de l’air pour elle à l’orgue parce qu’elle jouait si fort, en tout cas beaucoup plus fort que la normale. Henri Perry a souvent interprété Adeste Fideles, à Noël,  avec sa voix de baryton qui, nous apprenons de lui, était appelée à Montréal, une voix de « ténor lyrique ».

C’est à peu près depuis 1939 que Henri Perry a fait partie de la chorale de Tignish  alors qu’Adrien Richard était le maître de chapelle. C’était à l’époque du père John Archie MacDonald (curé de Tignish de 1931 à 1956).  Monsieur Perry, qui était électricien pour Sylvania Electric, a vécu  36 ans au Québec, particulièrement à Montréal, où il a chanté en l’église St-Charles-Garnier (Montréal-Nord) et à Boucherville où il a été chantre dans les églises Sainte-Famille et Saint-Sébastien.

Henri Perry parle avec enthousiasme de son expérience de chantre dans la chorale d’hommes de Tignish. Ses souvenirs du dimanche des Rameaux  lui sont vivaces alors qu’il entonnait, avec Johnny (à Gus) Chiasson, Israel es tu Rex.  Les Mercredi, Jeudi et Vendredi saints c’était à 8 heures du soir que la chorale chantait le Tenebrae (en français : les « Ténèbres ») après quoi, nous dit Henri, tout le monde se réveillait et quittait l’église sans plus tarder. Il se rappelle très bien aussi des Lamentations de Jérémie, interprétées le Samedi saint.

(1) Quelques souvenirs recueillis lors d’une rencontre de David Le Gallant avec Henri et Béatrice Perry chez eux en décembre 2007, tout près de l’arbre de Noël bien gréé qu’ils s’étaient procuré à Boucherville (Québec), en 1967.

(2) J. Henri Gaudet, Photo Historica 1799-1999, 1999, p. 23.

M. et Mme Henri et Béatrice Perry, alors à  Léoville

Publications

1982 par Contribution anonyme

 

1.  Cécile Gallant.  Le Mouvement coopératif chez les Acadiens de la région Évangéline (1862-1982). Wellington, le Conseil Coopératif de l’Î.-P.-É., 1982-283 pages.

Dans l’avant-propos de ce livre lancé en 1982, l’auteur se dit “fort impressionnée par la ténacité des efforts des pionniers du mouvement coopératif” dans sa région natale.  En effet, à l’exemple de ses ancêtres, Mlle Gallant n’a point ménagé ses propres énergies, car, dans ce volume de quelque 280 pages, se déroule une histoire de coopération entre citoyens qui se lit comme un roman.

Afin d’aider le lecteur à mieux saisir l’évolution très intéressante du mouvement régional, l’introduction comprend un court résumé de l’histoire des Acadiens de l’Île à partir des débuts du Régime français ainsi qu’un exposé des origines et des principes généraux de la “Coopération”.

En première partie, l’auteur discute de l’établissement des premières associations coopératives dans la région (entre 1862 et 1936) y compris les banques de grain de semence, la fromagerie, les coopératives agricoles, les cercles des oeufs, les unions des pêcheurs, les cercles d’éleveurs, etc.

L’ère moderne de la “Coopération” dans la région fait le sujet de la seconde partie du texte.  Ainsi, l’adoption du principe de la “Coopération” se traduit éventuellement en l’établissement de caisses populaires, de coopératives de consommation, de coopératives de pêcheurs, en coopérative de fermiers, en coopérative d’habitation et autres, en plus du Conseil Coopératif de l’Î.-P.-É.

En guide de conclusion, l’auteur se permet de croire, et, à juste raison, que cet esprit de persévérance chez nos ancêtres acadiens dans le phénomène complexe de la coopération contribuera à stimuler d’autres chercheurs à s’y intéresser au moins autant.

Le lecteur pourra se délecter pendant des heures à lire ce texte qui se lit très facilement et auquel viennent s’ajouter d’innombrables extraits de documents historiques et de photographies bien choisies qui lui permettront de s’identifier non seulement avec le passé et le présent, mais aussi avec les possibilités d’avenir que peut offrir le véritable esprit de coopération.

Il va sans dire que le Conseil Coopératif de l’Î.-P.-É. se vante de cette publication qu’il a bien voulu parrainer.

 

2.  Paul Surette, Benoît Poirier.  La vie d’un musicien acadien 1882 à 1965. Tignish, La Société culturelle Ti-Pa, 1982, 70 pages.

En cette circonstance, Surette porte le chapeau du biographe, mais son texte fait tellement l’effet d’un roman que l’on est porté à le lire d’un seul coup.

L’auteur nous décrit la carrière de ce musicien Poirier qui débute lorsque, dès un bas âge, il est profondément impressionné par le rendement du grand orgue de l’église de son village natal de Tignish à l’Île-du-Prince-Édouard.

De là, et le long du volume, l’auteur nous fait vivre les expériences d’un jeune homme qui, en dépit de très nombreux obstacles, deviendra organiste de renom à l’église Notre-Dame de Montréal et composera des oeuvres musicales dignes des éloges des gens bien informés, tels un Frédéric Pelletier, un John Philip Sousa.

Ainsi, Surette permet au lecteur de suivre chaque étape d’acheminement de la carrière de son héro vers les plus grandes orgues du Canada et de se rendre vivement compte des multiples problèmes que Poirier devait envisager.  D’autre part, il nous rend conscients de cet esprit de persévérance muni d’une forte dose de courage que l’artiste a su démontrer au cours de sa carrière.  De plus, selon l’auteur, Benoît Poirier a toujours su conserver son esprit d’humilité profonde – que ce soit à la suite de l’interprétation de sa composition “Rhapsodie” par la fameuse fanfare de Sousa (The March King), des succès réalisés lors de ses récitals à Westmount, “ce bastion du privilège anglais”, ou encore, au lendemain de sa nomination au Conservatoire de Musique.

Peut-être, la citation que Surette a placé en page 45 explique le mieux le caractère de cet éminent Acadien :

“L’Acadien prend nettement la vedette dans les journaux francophones.  La critique du “Bulletin” servira d’exemple” :

L’un des numéros du programme les plus goûtés fut celui de M.B.-F. Poirier, organiste à Notre-Dame, qui joua sa composition “Au Pays d’Évangéline”, une pièce très délicate, pleine de fraîcheur et d’une superbe inspiration.  Disons en passant que M. Poirier est né au pays d’Évangéline, ce qui explique un peu l’atmosphère spéciale dont il a su envelopper sa composition”.

Ce volume de 70 pages se lit très facilement et le choix de photos se veut très à propos.  Les quelque 250 notes de référence démontrent bien que Surette écrit en connaissance de cause.

Même s’il ne faut guère s’appuyer sur notre autorité en matière de musique (entre autres), nous n’hésitons pas de recommander fortement cette biographie aux lecteurs.  Elle ne peut que piquer l’intérêt de tous les Acadiens, surtout ceux et celles de l’Île, car elle fait honneur à l’un des nôtres maintenant passé à l’histoire.  Quant aux plus jeunes lecteurs, y trouveront-ils, peut-être, un modèle d’esprit idéal à poursuivre?

 

3.  J.-Henri Gaudet.  The Tignish Pipe Organ in Musical Retrospect 1882-1982. Tignish, The Tignish Historical Society, 1982, 29 pages.
Au mois d’août dernier, la paroisse de St-Simon et St-Jude de Tignish a célébré le centenaire de l’installation du grand orgue Mitchell dans l’église en 1882.  À cette occasion, la Société Historique de Tignish a organisé le lancement de l’histoire de cet orgue, histoire écrite par l’organiste actuel, M. J.-Henri Gaudet.

Gaudet traite en détail des événements où l’orgue a joué un rôle de grande importance pendant les 100 dernières années de vie paroissiale.  Mais aussi, l’auteur ajoute des informations intéressantes au sujet des chorales, maîtres de chapelle, organistes, clergé et d’autres personnalités, ce qui ajoute à l’agrément de la lecture.  Par exemple, il fait mention considérable de Benoît Poirier, ce natif de Tignish devenu organiste à Note-Dame de Montréal.  Poirier fait l’objet d’une biographie complète également lancée à l’occasion de ce centenaire.

Sans aucun doute, la partie la plus importante du texte décrit la période des années 50 et 60 lorsque, en raison de problèmes techniques apparemment incessants, l’on songeait à faire disparaître l’orgue pour le remplacer par un instrument électronique, et ceci, pour éviter les coûts élevés de réparation.  Cependant, Gaudet était convaincu que “le fait de détruire l’orgue de Tignish serait commettre un délit contre un trésor historique irremplaçable”.

L’organiste et ses amis ont remporté le coup décisif car on procéda à la restauration de l’instrument et cet orgue historique Mitchel continue toujours d’embellir de façon extraordinaire les services religieux à St-Simon et St-Jude.

Ce livret de quelque 30 pages est très bien documenté et contient de nombreuses photographies qui ajoutent un cachet spécial à sa valeur historique.

M. Gaudet nous a fourni un travail précieux et il va sans dire que ce dernier devrait être traduit en français pour la postérité.

Wilmer Blanchard

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Membres du Comité exécutif de la Société Historique acadienne de  l’Î.-P.-É. 1982-1983

Président -        M. Georges Arsenault
Président sortant -    M. J.-Edmond Arsenault
Vice-président -    M. Jean-Paul Arsenault
Secrétaire -        Mlle Cécile Gallant
Trésorière -        Mme Hélène Cheverie
Conseillers(ères) -    Soeur Marguerite Richard
                               Mme Avéline Peters
                               Père Albin Arsenault
                              M. Jean-Louis Beauregard

Benoît-F. Poirier, musicien acadien

1982 par J.-Henri Gaudet

par J.-Henri Gaudet

 

Note de l’auteur :  Le matériel pour ce court article sur la vie de Benoît F. Poirier est tiré de six lettres de Poirier écrites à l’auteur, d’extraits de journaux montréalais, ainsi que deux entrevues avec l’artiste faites par l’auteur dans les années 1950.  De plus, l’auteur tient à remercier Paul Surette, auteur de la biographie de Benoît Poirier, pour l’usage d’une citation tirée de son livre.

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Deux événements marquèrent la vie artistique de Tignish, en 1882.  L’un fut la naissance de Benoît F. Poirier, le 17 octobre, et l’autre fut l’installation des orgues Louis Mitchell dans l’Église St-Simon et St-Jude, le même mois.  Ce fut, en effet, le son de ces orgues qui allait décider pour toujours la carrière de Benoît, fils aîné de Laurent S. Perry (Poirier) et d’Emilie DesRoches.  Encore très jeune enfant, il entendit les orgues de Tignish pour la première fois lorsqu’il assista, avec son père, à de grandes cérémonies qui eurent lieu à l’occasion de la bénédiction des cloches de l’église.  Il fut tellement bouleversé par le son de l’instrument qu’en arrivant chez lui il imitait le doigté de l’organiste sur un vieux poêle.

Ses parents étaient trop pauvres pour lui acheter un piano.  Cependant, vers l’âge de 10 ans, il put se procurer assez d’argent pour se payer deux années de cours de musique au couvent de Tignish, les seuls qu’il suivra pendant toute sa vie.  Son professeur fut Soeur Sainte-Julienne.

Vers l’âge de 12 ans, il reçut une bourse qui lui permit de poursuivre ses études classiques au Collège Saint-Joseph de Memramcook, Nouveau-Brunswick, pourvu qu’il assume le nom français de la famille, “Poirier”, au lieu de “Perry”.  Pendant la durée de son cours au collège, il s’exerça à la musique et même à la composition, mais toujours sans professeur.  Ses seules leçons consistaient à écouter et à observer les deux autres élèves qui jouaient aux offices du dimanche pendant qu’il pompait le petit orgue de la chapelle durant les cérémonies et même durant leurs pratiques.  Doué d’une bonne oreille et d’une ténacité inébranlable, on lui demande un jour de remplacer le pianiste de l’orchestre qui était tombé malade.  Le changement de pianiste n’a pas paru.  Ce fut le commencement de la carrière musicale publique de Poirier.

L’année suivante, Benoît Poirier, âgé de 13 ans, accompagna un cantique aux services de la chapelle et il fit tout de ses mains et de ses pieds pour bien réussir.  Comme résultat, le Père Sylvère Arsenault, professeur de musique au collège, l’autorisa de pratiquer l’orgue par lui-même à condition de se trouver un souffleur.  C’est ainsi qu’il partagea l’accompagnement aux services de la chapelle Saint-Joseph avec ses deux confrères qui le devançaient en âge et en études.  L’année suivante, à l’âge de 14 ans, Benoît fut recommandé comme organiste de l’Église Saint-Thomas de Memramcook, poste qu’il occupa pendant le reste de son cours.  Il reçut son baccalauréat ès arts du Collège Saint-Joseph en 1902.  Une trentaine d’années plus tard, en 1928, cette même institution allait lui décerner une maîtrise ès Arts “Honoris Causa”.
Lorsque Benoît atteint l’âge de 20 ans, son père, avec l’aide de Père Pierre-Paul Arsenault, trouva les moyens de lui payer un an d’études au Séminaire de Philosophie, à Montréal.  (Ce Père Arsenault, natif de l’Étang des Clous, Tignish, fut longtemps curé de Mont-Carmel; c’est lui qui fit construire la présente église de cette paroisse.)  En effet, ils voulaient savoir si Benoît Poirier avait la vocation de prêtrise.  Au Séminaire de Philosophie, Benoît s’annonça comme modeste organiste parce que la position n’intéressait guère les autres élèves gâtés, sans doute, par de meilleurs instruments.  La chapelle possédait tout simplement un harmonium sans pédalier! Benoît s’intéressait tellement à ce poste que le personnel du Séminaire décida de le garder deux autres années comme simple pensionnaire.  Ses parents, à Tignish, ne pouvaient plus l’aider et il ne gagnait pas un seul sou; mais il était bien content d’être nourri et logé en échange de ses services.

Trop pauvre pour se payer des leçons de musique, il parcourait sur semaine les églises de Montréal pour s’imbiber de toute la musique d’orgue qu’il pouvait entendre.  Il se risquait quelquefois à la tribune des orgues.  De retour au Séminaire, il épiait secrètement le jeu de chacun et se débattait avec son harmonium.  Par la suite, le Séminaire le recommanda au Collège de Montréal pour y tenir l’orgue.  Il était encore sans salaire mais il avait chambre et pension et il était fier d’avoir un orgue à pédalier.  Il continuait à pratiquer seul et, pendant deux autres années, il continua à fréquenter les églises de la ville.  Finalement, il se trouva les postes suivants dans les églises de Montréal.  En voici la liste chronologique.  Après sa nomination, en 1903, comme professeur d’orgue et de piano au Collège de Montréal, il fut nommé, en 1906, organiste à l’Église Sainte-Hélène – une ancienne patinoire convertie en église.  Il y faisait tellement froid qu’il pratiquait avec des gants.  En 1908, il est organiste à l’Église Saint-Vincent de Paul et en 1914, Poirier tient les orgues de l’Église Saint-Jacques.  Enfin, en avril 1921, il est nommé organiste à l’église la plus prestigieuse de toute la métropole, soit l’Église Notre-Dame de Montréal où il toucha les grandes orgues pendant 33 ans.

Pendant sa carrière dans les églises de Montréal, Benoît composa vingt pièces pour orgue.  Il composa également des chants liturgiques et des pièces de fanfare dont une, “Rhapsodie d’airs canadiens”, fut jouée par la fanfare du célèbre John Phillip Sousa.  Plusieurs des pièces de Poirier ont des thèmes acadiens telles que “Pièce de concert sur l’hymne national acadien ‘Ave Maris Stella’ ” et “Au Pays d’Évangéline”.  Ces deux pièces pour orgue sont vraiment des chef-d’oeuvres musicaux.  De plus, Poirier donna un grand nombre de récitals d’orgue à travers tout le Québec, mais surtout dans la métropole montréalaise.  À son grand concert inaugural de 1924, sur les orgues de Notre-Dame, près de 10,000 personnes y assistaient.  De 1904 à 1959, il forma des centaines de musiciens à Montréal.

Benoît épousa, en 1913, Irma Tremblay, de la ville de Québec.  Il eut deux enfants de ce mariage.  Le premier est mort à la naissance et l’autre, né en 1919, demeure aujourd’hui à Montréal.  Il s’agit de Joseph-Benoît-Gabriel-Henri.

Irma meurt en 1937.  Benoît se marie une seconde fois, trois ans plus tard, à Marguerite Roberge.  Sa nouvelle épouse lui attire tellement d’élèves qu’il n’a plus le temps de pratiquer.  Pendant toute sa carrière, il n’a jamais pris de vacances.  Ce fut un coup très dur pour lui quand il dût prendre sa retraite en 1954.  Pendant soixante ans, il avait rempli les fonctions d’organiste.  Il ne vivait pleinement que lorsqu’il touchait “ses orgues”.  Il continua néanmoins à donner des cours d’orgue jusqu’à ce qu’une paralysie le rende invalide.  Il mourut en 1965 à l’âge de 83 ans; il est enterré à Montréal.

Voilà un très bref compte rendu de la vie d’un grand personnage acadien qui n’oublia jamais son pays d’origine.  Fortement attaché à son église, il était, de caractère, humble et même doux à l’excès.  Il fondait dans les murs, si on peut dire ainsi, lorsqu’on l’approchait.  Benoît Poirier passa par la misère bien des fois; il le dit lui-même dans une de ses lettres.  Mais toujours il en est ressorti avec une détermination profondément chrétienne et inébranlable.  Après une si longue carrière au service de l’église, il eut, semble-t-il, une fin ignominieuse.  Citons Paul Surette:

Après une messe, quand Poirier se préparait à jouer la sortie, le père Martin s’interposa, poussa ce premier hors du banc et joua lui-même ce moment.  La nature très sensible de Poirier fut profondément blessée.  Avec un saignement de nez, il s’en revient chez lui découragé et murmurant que tout était fini.

Peu après, les journaux annoncèrent sa retraite à Notre-Dame.  Cette retraite, achevée si honteusement, mit fin à 33 ans de services à cette église ainsi qu’à une carrière d’organiste commencée soixante années auparavant, à l’âge de 14, 15 ans.

 

Épilogue

Afin de commémorer le centenaire de Benoît F. Poirier et l’installation des orgues Louis Mitchell dans l’Église St-Simon et St-Jude, nous nous proposons d’avoir, durant l’été 1982, une exposition qui nous permettra de savoir ce que fut ce grand artiste acadien.  La commémoration de ces deux événements artistiques de 1882, dans le village de Tignish, sera d’autant plus marquée par un récital l’orgue Louis Mitchell des oeuvres de Benoît F. Poirier par le grand organiste montréalais, Christopher Jackson.

Pendant tout l’été, on pourra se procurer la biographie de Benoît Poirier écrite par Paul Surette, et un livret souvenir sur les orgues de Tignish, préparé par moi-même.  Alors, chers lecteurs, soyez des nôtres cet été pour souligner ce grand événement acadien.