Résultats: ‘J.-Edmond Arsenault’

Les maisons des pionniers

1986 par François-F Arsenault

François F. Arsenault

 

Une entrevue réalisée le 17 octobre 1980 par Georges Arsenault auprès de M. François F. Arsenault, d’Urbainville, âgé de 82 ans.  L’enregistrement (No 1351) fait partie de la collection de l’interviewer laquelle est déposée au Centre d’Études acadiennes de l’Université de Moncton.

****************

 

- Vous m’avez déjà parlé que votre père, votre grand-père vous contait comment les premières maisons avaient été bâties par ici.  Comme c’était fait ces maisons-là?

- Bien, ils coupiont du bois à peu près de cette grosseur-là:  six pouces au petit bout et peut-être huit pouces au gros bout.  Il y avait du bois en masse.  Puis ils mettiont ça un sur l’autre.  C’était pas scié ça.  C’était pris dans le coin, ce qu’ils appeliont duff-tail (dove-tail); c’était une mortaise que quand tu mettais deux morceaux dans un, c’était pris sur deux sens.  Les deux fitiont là puis c’étais pris, absolument, toutes un par-dessus l’autre.  Une fois qu’ils étiont rendu à une certaine hauteur, ils preniont des petites lices puis ils les mettiont une au ras l’autre pour leur couverture et puis ils mettiont du machecoui, (il y avait des gros arbres dans ce temps-là) ah! du machecoui large comme la table et plus, puis ils couvriont ça avec du machecoui.  Ils mettiont des branches de prusse de là-dessus, un bon lit de branches de prusse, ils mettiont de la merde de vache pour tiendre toute ça à sa place, puis ça tenait là.  Ah! je veux pas dire que ça dégouttait pas quand qu’il mouillait fort.  C’était ça leur maison.  Ça c’est les premières de toutes.

- Avez-vous dit que pour le bardeau sur la couverture c’était du machecoui ou bien de l’haricot?

- Sur la couverture c’était du machecoui (les premières de toutes), des branches là-dessus pis de la merde de vache.  Mais après ça, pas longtemps après qu’ils avont été ici, ils avont commencé à se bâtir des maisons et puis ils sciiont le bois – il y avait une scierie ici en bas au ruisseau – ils sciiont le bois, les billots.  Il y avait des billots en masse et puis il y avait du monde en masse aux maisons; il y avait trois ou quatre gros hommes à toutes les maisons.  Ils sciiont ça.  Ils appeliont ça une chase.  Il y avait une grosse grosse scie puis il y en avait un qu’était en haut puis la chase faisant ça, comme ça, (elle était placée debout) puis quand elle venait ici, celui-là d’en bas halait dessus et celui d’en haut pesait dessus puis ça sciait.  Le saw dust tombait sur l’autre en bas.  Toute la journée ils sciiont des planches comme ça.

- Le bardeau, mon père m’a dit qu’ils le faisiont à la hache.  Ils preniont une belle bloque de sapin (ça se fend bien le sapin, il y a pas de noque en toute), ils le fendiont en épaisseur de planche puis là ils aviont un couteau à deux manches puis ils l’appointissiont d’un boute.  C’est le premier bardeau ça qu’ils avont usé.

- Les premiers chassis sur les maisons, comment c’était organisé ça?

 - Une de ces pièces de bois-là (c’était toute fait avec des pièces, de sept pouces de gros), ils en coupiont une à peu près trois pieds de long, ils la sciiont puis ils mettiont une cheville de bois au mitant.  Puis là, quand ils fessiont d’un bout, ça virait en travers puis ça donnait de la clairté. Ça donnait de l’air puis ça donnait de la clairté.  Puis quand ils fessiont ça, ça revenait à sa place.  C’était pris avec une cheville de bois.  C’était leurs premiers chassis, ça.

- Parce que la vitre, je crois bien que c’était rare.

- Il y avait pas de vitres dans ce temps-là.  En ce temps-là il y avait seulement en Angleterre qu’ils faisiont de la vitre.  Ils la faisont au Canada, asteur.

- Et puis en-dedans, ils faisaient une maçoune?

- En-dedans ils faisiont une maçoune avec de la roche.  Et puis ils faisiont cuire du pain puis ils faisiont bouillir de l’eau.  Ils faisiont une maçoune plus grande que notre poêle, avec des roches de côte, des belles roches de côte, les unes par-dessus les autres.  Ils mettiont du mortier dans ça.  Ils faisiont le feu dans un bout puis la cendre ils la poussiont par ici à mesure.  Ils teniont tout le temps ça d’épais de cendre sur cette macoune-là.  Quand ils faisiont cuire du pain (j’ai pas vu ça moi, je l’ai entendu dire) un peu proche du feu, ils faisiont un trou dans la cendre, ils mettiont leur poêle (mais c’était une poêle qu’avait un couvert par exemple) ils mettiont leur pain là et puis ils haliont la cendre dessus puis ça cuisait le pain, ça.  La chaleur du feu qu’était tout proche ça cuisait le pain.

- Puis la place dans la maison?

- La place, c’était des petites lices grosses de-même, puis ils aviont ce qu’ils appeliont un’herminette.  C’était un manche puis un couteau pareil comme une tranche, puis ils emportiont le dessus de la lice.  Il restait des petites fentes chaque bord mais le dessus de la lice ça marchait bien là-dessus.  C’était ça leurs places.  Ça c’est les premières de toutes.

- Et c’était divisé en-dedans ces maisons-là?

- Non.  Ah! c’était pas assez haut pour diviser, puis c’était pas assez grand non plus.

- Et après, ils sont venus qu’ils avont bâti avec de la planche.

- Après ça, ils avont venus qu’ils avont bâti avec de la planche.  Ça c’est la première maison ici.  Elle a été bâti après les log houses.  Après les log houses, ils avont bâti celle-ci.  Mon père avait huit ans – ils ont dit qu’il avait huit ans quand qu’il a rentré dans cette maison-ci (vers 1870).

- Ça fait qu’avant qu’ils avont bâti cette maison ici, leur maison était pièce-sur-pièce.

- Pièce-sur-pièce.  Ça c’est la famille à Cyprien qu’a mouvé ici, et puis ses enfants c’était mon grand-père Avis, mon oncle Prospère, mon oncle Tom.  Et ce Cyprien-là, avec ses garçons, ont bâti celle-là à mon oncle Prospère, ils avont bâti celle-là à mon oncle Tom.  Le vieux Frank à Urbain était ensuite et puis à Abram’s Village, une couple (de maisons) qu’ont venu en même temps, à peu près en même temps.  Une couple dans Saint-Chrysostome – en même temps.

Puis quand ils les avont chassé ici (les Anglais, vers 1812) ils avont rentré ici avec rien, rien en toute, pas une souche d’arrachée! une petite route qu’ils s’avont fait de Miscouche à ici.  Eux fermiont là, ils aviont des vaches, ils fermiont.  Tu sais.  Tu sais la chance qu’ils avont.  Aujourd’hui c’est-il meilleur dans Sixteen (Lot 16, chez les Anglais) que c’est ici?  Je sais pas.

Rapport annuel du président du Musée acadien

1986 par J.-Edmond Arsenault

 

L’Association du Musée acadien incorporée vient de clore sa vingt-deuxième année de fonctionnement.  Cette dernière année a été, comme plusieurs autres, fort bien remplie d’activités, de travail, de progrès et de réalisation apte à la mettre en état d’offrir de meilleurs services à la clientèle et à oeuvrer vers l’atteinte de ses buts qui sont de collectionner, préserver, étudier, interpréter l’histoire et le patrimoine Acadiens de l’Île-du-Prince-Édouard.

LE CONSEIL D’ADMINISTRATION

Au cours de l’exercice financier qui vient de se clore, le conseil d’administration a tenu sept réunions.  Il a géré les affaires de l’Association du Musée Acadien, a étayé ses décisions et ses actions sur les attributions qui lui sont acquises dans la charte et les règlements de l’Association.

PROJETS

L’Association a bénéficié, encore cette année, de plusieurs projets dont le financement lui parvenait des instances gouvernementales et muséales.  Ceci lui a permis d’entreprendre le montage d’une exposition permanente traitant de l’histoire des Acadiens.  Elle a reçu un octroi du Musée provincial (Heritage Foundation de l’Î.-P.-É.) pour en défrayer une partie des coûts.  Récemment, nous avons adressé une demande d’octroi au ministère des Affaires communautaires et culturelles.  Une exposition temporaire est aussi en voie d’être montée.

Un projet financé par Emploi et Immigration Canada, dans le cadre du programme Développement de l’emploi, nous a valu un octroi de $44,806.00 qui nous a permis d’embaucher quatre personnes soit:  une conservatrice pour une période d’une année, deux personnes préposées à la classification et l’indexage des artefacts contenus dans notre collection (20 semaines), et un agent de développement chargé de faire la promotion du Musée Acadien auprès des écoles et d’autres groupes, en plus de faire du travail préliminaire pour la campagne de financement que nous nous proposons d’organiser (24 semaines).

LA CLIENTÈLE

La clientèle du musée se maintient au niveau de 4,500 à 5,000 visiteurs par année.  L’affluence des clients bat son plein en été, au cours de la saison touristique.  Les touristes constituent environ 95% ou plus de la clientèle.  Au poste de bénéfices financiers c’est un apport fort apprécié mais qui ne met pas en valeur le potentiel éducatif et culturel du Musée à l’endroit des Acadiens de l’Île-du-Prince-Édouard, jeunes et adultes, qui ne lui font que d’assez rares visites.  Il faudra donc, par le biais de l’animation, de la promotion, de l’annonce, d’expositions spéciales et d’une programmation bien ordonnée attirer une plus nombreuse clientèle de chez-nous.

Voilà pourquoi nous préconisons l’emploi d’un agent de développement ou animateur à temps complet chargé de faire des contacts, d’établir des relations avec les écoles, les associations de gens d’âge d’or, les organismes culturels en plus de planifier des programmes aptes à intéresser une clientèle variée composée de personnes de tous les âges.  Afin que le Musée joue le rôle qui lui est dévolu et atteigne ses buts, il faut viser à le voir tenir ses portes ouvertes à l’année longue.
Nous ne prétendons certes pas négliger le secteur touristique.  L’Association a inséré, encore cette année, une annonce dans le cahier préparé par La Voix Acadienne pur l’Association touristique de la région Évangéline.  Ce cahier a été distribué à 450,000 exemplaires dans des journaux de la province de Québec.  Cette annonce et celle du Village Pionnier Acadien sont susceptibles de résulter en un apport accru de touristes québécois dans les régions acadiennes de l’Île.  Nous l’espérons!   Nous tenterons de faire l’inventaire des touristes qui ont découvert l’existence du Musée au moyen de cette annonce.

FINANCEMENT

Le problème primordial de l’Association du Musée Acadien demeure son financement à court terme et à long terme.  Le régime de travail bénévole dont elle a joui au cours d’une vingtaine d’années est révolu; elle fait face à un régime d’employés rémunérés.  Pour assurer le bon fonctionnement de l’entreprise, il y a au moins quatre postes rémunérés à combler.  Il faut embaucher un conservateur du Musée, un agent de développement ou animateur-éducateur, un directeur du centre d’étude acadiennes et une secrétaire.  Nous avons demandé un nouvel octroi au Secrétariat d’État pour le Centre d’études acadiennes.  Pour les autres salaires, nous comptons sur l’aide du Gouvernement provincial et un projet de Développement d’Emploi si ce programme est disponible l’an prochain.  Toutefois, rien n’est assuré.  Nous vivons dans l’attente!

Il est évident que l’Association doit viser à s’autofinancer afin de garantir son fonctionnement à long terme.  Le conseil d’administration a déjà pris certaines dispositions à cet égard.  Il est à mettre sur pied un comité de financement dans le but de tenter l’organisation d’une campagne financière.  Cette campagne pourrait comporter deux volets:  le premier étant la cueillette de fonds chez les Acadiens, les organismes, les entreprises et les commerces de l’Île; le deuxième volet s’adresse aux entreprises et aux fondations de l’extérieur plus particulièrement du Nouveau-Brunswick et de la Province de Québec, et aux gouvernements provincial et fédéral.

Le comité de financement aura à décider de la somme totale des argents à percevoir ou requise, faire le partage des sommes à recueillir sur l’Île et à l’extérieur.  Nous avons obtenu, du ministère des Affaires intergouvernementales de la province de Québec, les services d’un consultant qui viendra animer un atelier sur les techniques organisationnelles d’une campagne financière.  Le conseil d’administration, les membres du comité de financement et d’autres membres intéressés participeront à cet atelier qui aura lieu au cours d’une fin de semaine.  Suite à cette rencontre, nous serons en mesure de procéder à la planification de la campagne.  Ce ne sera pas une maigre tâche de mettre sur pied une campagne de financement bien ordonnée.  Il y a du pain sur la planche!  Une tâche ardue à accomplir, un objectif louable à atteindre.  Courage et persévérance.  Il nous faut, sans faute, mener ce projet à bonne fin.  Présentement, les gouvernements coupent leurs budgets, abandonnent certains programmes et diminuent leur aide financière à d’autres.  Nous ne pouvons indéfiniment dépendre sur nos gouvernements pour financier nos oeuvres.  Mieux vaut accepter cette constatation aujourd’hui et de se préparer à cette éventualité — demain il sera trop tard.

 
IMMOBILISATION ET RÉNOVATION

À ce chapitre, nous avions soumis, le 5 juin 1985, une demande de financement au ministère des Communications dans le but de payer les frais d’embauche d’un architecte qui produirait un avant-plan ou dessin schématique d’un nouvel édifice et de la rénovation de l’ancien.  Le coût du projet est de 7580$.  Nous croyions pouvoir obtenir 50% du coût, soit 3790$ de ce ministère et puiser la balance à d’autres sources.  Nous avions été avisé que dans l’éventualité de la participation du gouvernement de l’Î.-P.-É., le financement du projet deviendrait une priorité chez le Gouvernement fédéral.  Dans notre mémoire aux instances provinciales, nous les avons priées de nous accorder 3790$ pour défrayer le coût de notre part du projet.  La somme nous a été versée au mois de novembre dernier.

En septembre dernier, on nous dit au ministère des Communications que notre projet était accepté et rendu au stade de la signature du Ministre. Malheureusement, comme un grand nombre d’autres projets, il n’a jamais reçu la signature officielle. Après de nombreuses démarches et d’appels téléphoniques de notre part, nous recevions enfin la lettre du 26 mars qui annonçait le gel de toutes les dépenses et qui s’appliquent également aux contributions et aux subventions.  On nous invite à confirmer notre projet par écrit après le 1er juin 1986 et à en fournir une mise à jour.  Suite à cette lettre, nous avons continué nos démarches auprès de honorables Marcel Masse et  Tom McMillan mais nous demeurons sans réponse.  Tous nos efforts n’ont pas abouti aux résultats anticipés.  Nous en sommes frustrés, à vrai dire, c’est notre plus grande déboire.  Sans l’exécution de ce projet nous ne pouvons avancer ou progresser.  Il semble que les possibilités d’obtenir des octrois du volet de l’aide à l’immobilisation ne sont pas trop prometteuses.

MÉMOIRE

Au mois de septembre 1985, le conseil d’administration a présenté un mémoire au premier ministre James Lee, le ministre de l’Éducation Léone Bagnall et le ministre des Affaires communautaires et culturelles, George McMahon.  Ce document contenait un bref aperçu de l’histoire du Musée Acadien, de son organisation, son fonctionnement et son rôle de conservateur du patrimoine acadien.  En plus, il traitait du développement et du rôle futur du Musée dans le cadre de recommandations contenues dans le Rapport Lord.  Le document se terminait par un résumé des onze demandes que nous y avions formulées.  Les principales étaient:

a)  Doter le Musée Acadien d’un statut provincial.

b)  Le gouvernement paie les salaires des employés du Musée Acadien et du Centre d’études acadiennes qui préparent et exécutent des programmes éducatifs.

c)  Le gouvernement provincial paie la moitié du coût de l’avant-plan ou dessin schématique.

d)  Le ministère de l’Éducation aide financièrement aux développements des aspects éducatifs du Musée Acadien et du Centre d’études acadiennes.

e)  Le gouvernement fournisse plus d’aide financière au Musée Acadien et aux autres musées communautaires de la province.

L’accueil fut bon.  Les ministres ont été bien réceptifs à nos propositions et nos demandes.  La ministre de l’Éducation d’alors se montre très intéressée au rôle du Musée et du Centre d’études acadiennes en éducation et en enseignement de l’histoire acadienne dans les écoles.

Un comité fut nommé pour étudier le mémoire et présenter des recommandations au ministre des Affaires communautaires et culturelles qui, lui, les soumettra au Cabinet provincial.  Nous n’avons reçu aucune réponse officielle sauf le versement de $3,790.00 à notre projet d’embauche d’un architecte.

CENTRE D’ÉTUDES ACADIENNES

Depuis quelques années, des démarches avaient été entreprises dans le but d’établir un Centre d’études acadiennes à l’Î.-P.-É.  Au moyen d’un octroi du Secrétariat d’État nous avons pu, l’automne dernier, débuter l’aménagement de ce centre par l’embauche d’un directeur à demi-temps en la personne de Monsieur Georges Arsenault, spécialiste en histoire et folklore acadiens.  Le centre est logé dans l’édifice du Musée Acadien.  Déjà, une assez importante somme de travail a été accomplie.  C’est un bon début.  Le Centre d’études acadiennes est, en un sens, le complément du Musée acadien.  Les objectifs de l’un et de l’autre sont très semblables; l’un s’occupe des artefacts du patrimoine, l’autre de la documentation relative à l’histoire acadienne.  Nous formulons des voeux que le centre, à l’instar du Musée, saura rendre d’éminents services au peuple acadien.

DÉPART

Notre ancienne conservatrice du Musée, Soeur Marguerite Richard, a quitté son poste le 31 décembre dernier.  Avant son départ, le conseil l’a reçue à dîner, lui a lu un compliment, lui a présenté un cadeau souvenir et lui a décerné le titre de membre honoraire de l’Association du Musée Acadien.

Soeur Marguerite Richard mérite nos remerciements les plus sincères et notre plus vive reconnaissance à l’endroit de son travail assidu, de son dévouement et de son bénévolat.

REMERCIEMENTS

Nous tenons à remercier la Société Saint-Thomas d’Aquin, les Musées nationaux, le Secrétariat d’État, le Musée provincial, le ministère de l’Emploi et Immigration, le ministère des Communications, le Gouvernement de l’Île-du-Prince-Édouard ainsi que tous les organismes et individus qui nous ont rendu quelques services au cours de l’année.  Merci aux membres du conseil d’administration en marge de leur assiduité, leur intérêt et leur collaboration.  Merci à la conservatrice du Musée, au directeur du Centre d’études acadiennes et à nos autres employées de leur collaboration.

J.-Edmond Arsenault
le 27 mai 1986

Rapport annuel du président du Musée acadien

1985 par J.-Edmond Arsenault

 

L’Association du Musée Acadien Incorporée vient de débuter, il y a quelques mois, sa vingt et unième année d’existence.  Elle a donc atteint l’âge adulte.  Au cours des années, grâce surtout au travail bénévole et malgré une pénurie de ressources financières, l’organisme n’a pas cessé de progresser et de jouer son rôle dans l’étude, la collection, la préservation et l’interprétation de l’histoire, des traditions et du patrimoine acadiens de l’Île-du-Prince-Édouard qui, à l’époque de la fondation de sa première colonie française, en 1720 jusqu’en 1798, portait le noble nom de l’Isle Saint-Jean.

Au cours de l’année qui vient de se terminer, ses activités, ses progrès et ses réalisations ont été très marquants.  Dans un rapport nécessairement succinct, nous ne ferons que mettre en évidence les faits les plus saillants qui ont contribué au bon fonctionnement du musée et à l’atteinte, dans la mesure du possible, de ses buts et ses objectifs tels qu’inscrits dans sa constitution.  Pour le moins, la situation actuelle est fort encourageante.

Depuis la dernière assemblée générale annuelle, le conseil d’administration a tenu sept réunions.  Parmi ses actions les plus importantes, notons la mise en place d’un comité des collections; un comité de recrutement de membres; négociations au sujet de l’achat du terrain; un comité des programmes, formulation de demandes d’aide financière; présentations à plusieurs organismes et instances gouvernementales.  Le conseil d’administration a établi un ordre de priorités dans l’aménagement des édifices requis:

A.  La construction d’un nouvel édifice muni des aménagements nécessaires à la climatisation propice à la conservation des documents et artefacts.

B.  Rénovation de l’ancien édifice dans le but d’en faire un lieu d’accueil, de visionnement de diapositives et d’instruction.

C.  Le centre d’études acadiennes a besoin d’un édifice ou d’une partie d’un édifice possédant de moyens de climatisation semblables à ceux du musée.  Bien que ce soit la troisième priorité, l’étude du plan schématique et le coût de construction sont aptes d’indiquer que ce centre soit logé dans le même édifice que le musée plutôt que dans un bâtiment séparé construit à une date ultérieure.

Nous sommes heureux de constater que la clientèle ait augmenté d’environ 1000 visiteurs au cours de la dernière année.  Par le biais de l’annonce, d’expositions spéciales et d’une programmation bien ordonnée nous espérons d’attirer un plus grand nombre de visiteurs.  Nous avons placé une annonce dans Graphic.  Nous pourrons vendre leurs livres à colorier et faire un bénéfice supplémentaire à l’annonce.

L’Association du Musée Acadien a placé une annonce dans le cahier préparé par La Voix Acadienne pour le ministère du Tourisme de l’Île-du-Prince-Édouard.  Ce cahier est distribué à 140,000 exemplaires inclus dans une édition du Soleil, journal publié à Québec.  Cette annonce et celle du Village Pionnier Acadien devraient résulter en un apport sensible de visiteurs québécois dans les régions acadiennes de l’Île.

Projets :

Au cours des quelques dernières années, le musée a bénéficié de plusieurs projets dont le financement nous parvenait des instances gouvernementales ou muséales.

L’administratrice, Soeur Marguerite Richard, rapportera l’exécution de travaux et de projets complétés et en cours tant dans des réparations à l’édifice que dans l’indexage, identification et catalogage des artefacts en inventaire.

Le financement :

Le financement demeure le problème numéro un.  Au cours de ses vingt et un ans d’existence, les opérations du musée ont survécu grâce au travail bénévole de deux religieuses de la Congrégation Notre-Dame qui en ont fait gratuitement l’administration.  Malheureusement, ce régime tire vers sa fin et, dès le début de l’année prochaine, nous devrons recourir aux services d’un directeur rémunéré.  Nous prévoyons aussi l’emploi d’un directeur du centre d’études acadiennes, un animateur-éducateur et une secrétaire.  Pour ces trois derniers postes à demi-temps nous avons soumis des projets demandant l’aide financière du Secrétariat d’État.

Il sera donc de mise au cours de l’année financière qui vient de débuter de découvrir des sources de financement aptes à garantir le fonctionnement continu de l’organisme.  Le rapport Barry Lord fait quelques suggestions auxquelles s’en ajoutent d’autres:

1.  Campagne de financement
2.  Membres corporatifs
3.  Clubs de 1,000$, 500$, 100$, 10$
4.  Les Amis du Musée Acadien 20$ ou 25$
5.  Membres à Vie
6.  Membres bienfaiteurs
7.  Legs testamentaires

Peut-être que vous avez d’autres suggestions.  Nous pourrons en discuter, plus tard, aux affaires nouvelles.

Développement :

Un de nos besoins les plus pressants se veut l’embauche d’un agent de développement.  Nous en avons fait la demande dans un projet présenté au Secrétariat d’État mais à cause des restrictions financières, les argents attribués sont restés au même niveau que l’an dernier; il n’y a donc rien pour le financement de nouveaux projets.  Sans agent de développement il est assez difficile de faire un travail bien ordonné et de faire le suivi des négociations entreprises et à entreprendre.  Si nous ne pouvons trouver de ressources financières pour embaucher cet agent, peut-être nous faudra-t-il recourir aux services du S.A.I.C. du gouvernement du Québec qui nous consentirait peut-être le prêt d’une personne dont le salaire et les frais seraient défrayés par lui.

 Rénovations et aménagement :

À l’encontre du financement des salaires, il semble que l’aide financière destinée à la rénovation et à la construction soit plus facile à obtenir des diverses instances gouvernementales.  Le ministère des Communications et les Musées nationaux offrent des subventions en ce sens.  Le M.E.I.R. et d’autres ministères fédéraux peuvent aussi nous aider.  Les ministères des Affaires communautaires et culturelles et de l’Éducation de notre province devraient octroyer un apport financier à notre entreprise.

Mais avant de soumettre des requêtes aux instances indiquées plus haut, il nous faut embaucher un architecte dont la tâche sera de préparer un avant-plan ou dessin schématique.  Ce projet coûterait 7,580$.  Nous avons soumis un projet d’aide financière au ministère des Communications qui pourrait, nous croyons, nous accorder 50% de la somme prévue, soit 3,790$.  Il nous reste à fournir l’autre moitié.  Nous avons déjà fait des démarches pour obtenir ces argents.  Nous allons inviter le gouvernement provincial à contribuer sa part.

Aide financière provinciale :

Nous venons de terminer la rédaction d’un mémoire qui, dans quelques semaines, sera présenté au premier ministre, au ministre des Affaires communautaires et culturelles ainsi qu’au ministre de l’Éducation.  Ce mémoire leur expose nos projets et les invite à nous accorder le support moral et l’aide financière nécessaires à la réalisation de nos projets.

Nous avons entamé des négociations pour l’achat du terrain; nous ne sommes pas encore arrivés à une entente.  Si vous désirez d’autres précisions nous vous les relaterons verbalement.

Remerciements :

Nous tenons à remercier la Société Saint-Thomas d’Aquin, le Comité de Gestion, les Musées Nationaux, la Société Nationale des Acadiens, le Secrétariat d’État, le ministère des Communications ainsi que tous les organismes et les individus qui nous ont rendu des services quelconques au cours de l’année.

Merci aux membres du conseil d’administration en marge de leur assiduité, leur intérêt et leur collaboration.

Enfin, il nous doit de présenter des remerciements spéciaux et exprimer notre plus vive reconnaissance à la directrice du musée, Soeur Marguerite Richard, à l’endroit de son dévouement, de son travail assidu et d’une tâche fort bien accomplie au cours des années où elle a dirigé les opérations du Musée Acadien.  C’est à regret que nous avons accepté sa décision de terminer son mandat de directrice le 31 décembre de cette année.  Nous nous empressons de lui souhaiter les plus grands succès dans sa nouvelle sphère d’activités plus étroitement liées aux buts et objectifs de sa congrégation.  Nous espérons que nous pourrons la consulter et lui demander ses avis sur l’aménagement de l’édifice et tous les autres aspects du fonctionnement du Musée.  Nous ne pouvons exprimer avec assez de sincérité nos remerciements et notre reconnaissance à la Congrégation Notre-Dame qui a si gracieusement permis à ses religieuses de travailler bénévolement à l’épanouissement de cet organisme acadien.

J.-Edmond Arsenault
le 11 juin 1985

Historique de l’École Régionale Évangéline

1982 par Georges Arsenault

par Georges Arsenault

 

Conférence prononcée lors du banquet de la rencontre des diplômés de l’École Régionale Évangéline, le 14 août 1982, au Centre Récréatif Évangéline.

****************

 

Depuis hier soir nous fêtons avec beaucoup de gaieté nos retrouvailles en tant que diplômés de l’École Régionale Évangéline.  Cette rencontre, à laquelle les vaillants organisateurs ont donné presque les dimensions d’un festival, nous donne l’occasion de revoir nos camarades de classe et nos instituteurs que certains d’entre nous n’avons pas vus depuis plusieurs années, même depuis une vingtaine d’années.  Je suis sûr et certain que nous garderons tous pendant longtemps de bons et heureux souvenirs de cette première rencontre pour laquelle les organisateurs, dirigés par le Comité des Acadiens de la région Évangéline (comité régional de la Société Saint-Thomas d’Aquin) méritent nos remerciements les plus sincères et les plus chaleureux.

Cette fin de semaine se veut surtout une occasion de rencontre, de solidarité et de fête, mais les organisateurs ont jugé bon d’inclure au programme un exposé sur l’histoire de notre école afin de rappeler à tous les origines de notre Alma Mater et aussi afin de rendre hommage à ses fondateurs.  Les faits que je vous exposerai tout à l’heure seront pour certains des détails déjà connus; pour le grand nombre, cependant, il est bien possible que ce soit là une page d’histoire presque, ou totalement, inconnue.

D’après les documents que j’ai réussi à consulter, il semblerait que les premières discussions sérieuses concernant la création d’une école secondaire (high school) acadienne aient eu lieu au sein du Conseil général de la Société Saint-Thomas d’Aquin dès le début des années 1950, et possiblement même avant.  Effectivement, les chefs acadiens qui composaient le Conseil général de la S.S.T.A. du temps se réunissaient quelque fois par année où ils discutaient des problèmes de la communauté acadienne de l’Île et des moyens à prendre afin de sauvegarder la vie française dans la province.  Au niveau de l’éducation acadienne, la situation n’était pas rose; les problèmes étaient nombreux et d’envergure.  D’abord, il y avait un manque d’enseignants compétents en français pour desservir les écoles acadiennes qui étaient, pour la plupart, des petits écoles rurales dans lesquelles on enseignait de la lère jusqu’à la 10e année.  Les écoliers dans les classes avancées étaient très rares et ceux qui désiraient poursuivre leurs études en 11e et 12e années devaient fréquenter les couvents ou les collèges.  Cependant, ils étaient rares ces parents acadiens qui avaient les moyens de payer ces années d’études à leurs enfants; seulement les quelques-uns qui réussissaient à obtenir des bourses ou qui pouvaient emprunter de la S.S.T.A. se rendaient plus loin que la 10e année.  En général, la grande majorité des écoliers mettaient fin à leurs études vers la 8e année.

Il y avait cependant, dans l’Île, des couvents dans quelques paroisses acadiennes (Miscouche, Tignish et Rustico) où l’on offrait des cours avancés de qualité.  Mais ces couvents, qui accueillaient autant, si non plus d’élèves anglophones que d’élèves acadiens-français, étaient plutôt des écoles anglaises:  la place faite au français était mince.  Ces institutions ne contribuaient donc pas comme on aurait voulu à la conservation de la langue française et à la promotion de la culture acadienne.

D’autre part, c’étaient surtout les filles qui poursuivaient les études après la 8e année; il y avait donc une grave pénurie de jeunes  hommes qui embrassaient les carrières professionnelles, plutôt réservées aux hommes, à l’époque.

Face à cette situation lamentable, les conseillers de la S.S.T.A. discutèrent à plusieurs reprises la possibilité de fonder une école centrale acadienne-française pour desservir tout la population francophone de l’Île.  On songeait à une école dirigée par une congrégation religieuse masculine afin d’attirer les jeunes garçons à poursuivre leurs études.  En 1955, le Conseil général de la S.S.T.A. décidait qu’il était grand temps de faire un pas de l’avant afin de réaliser leur rêve.  Vu la nature du projet, lequel impliquait directement l’Église catholique – car on songeait à amener sur l’Île une nouvelle congrégation religieuse – on devait naturellement se munir de l’approbation et de l’appui des autorités religieuses.  C’est pourquoi on décida d’en discuter d’abord avec l’archevêque acadien, Mgr Norbert Robichaud de Moncton, ce qui fit une délégation du Conseil général qui comprenait, entre autres, le Père Jean Buote, alors président de la S.S.T.A.  Mgr Robichaud se montra très favorable au projet que lui proposèrent de ses visiteurs insulaires; il leur suggéra de s’en retourner chez eux et “de préparer leur terrain”.

Fort encouragé par l’appui moral de l’archevêque de Moncton, le Conseil général, à sa réunion du mois d’octobre 1955, décida qu’il fallait mettre sur pied un comité qui se chargerait de faire les démarches nécessaires à l’établissement de cette école centrale tant désirée.  Le Père Buote fut alors nommé président de ce comité et on lui laissa la liberté de choisir son propre comité pour l’aider dans sa tâche.  Suite à cette réunion, le Père Buote commença son travail d’animation et parla du projet à quelques personnes clefs.  Il se rendit vite compte qu’il allait falloir faire beaucoup de travail auprès de la population afin de la sensibiliser au besoin d’une telle école.

À la réunion du Conseil général du mois de juin 1956, les conseillers décidèrent qu’il fallait absolument obtenir l’approbation de l’évêque de l’Île, Mgr Malcolm MacEachern, avant d’aller plus loin dans le projet.  En effet, ils étaient bien conscients du fait que le projet serait difficilement réalisable sans le consentement et l’appui de l’évêque de l’Île puisque, après tout, Mgr Robichaud ne détenait aucun pouvoir sur le diocèse de Charlottetown.  Le Père Buote se rendit donc chez Mgr MacEachern qui se montra favorable à l’organisation d’une école régionale française sous la direction d’une congrégation d’hommes ou de femmes.  Le chemin était maintenant ouvert; il fallait donc s’organiser.

Au mois d’octobre 1957, le Conseil général de la S.S.T.A. nomma un comité de cinq personnes pour prendre en main le projet.  Ce comité était composé du Père Buote, bien sûr, et aussi des messieurs Euclide Arsenault, Charles M. Arsenault, Gilbert Gaudet et J.-Edmond Arsenault.  À partir de cette réunion, un travail intense se fit par ce comité qui s’adjoignit d’autres collaborateurs recrutés  dans les paroisses de Baie-Egmont, de Mont-Carmel et de Wellington, car c’est dans cette région que l’on décida de situer l’école.  Le comité se restructura quelque peu et Euclide Arsenault et Ulric Poirier en devinrent les principaux animateurs.  Ils se mirent aussitôt à l’oeuvre afin de préparer un plan d’action:  il leur fallait prévoir les sources de financement et d’opération d’une telle école et de trouver des moyens pour “vendre” l’idée d’une si grosse entreprise aux contribuables des douze petites commissions scolaires de la région.  Rappelons-nous qu’à l’époque la taxe scolaire était fixée et perçue au niveau local, c’est-à-dire au niveau de chaque petit district scolaire.  Elle variait donc de village en village selon les dépenses que la commission scolaire locale encourait annuellement.  Ainsi, une nouvelle école se traduisait donc en des taxes scolaires plus élevées pour les contribuables de la région, et ce pour plusieurs années.  La question financière était un problème important car l’argent était plutôt rare dans la région, composée à l’époque surtout de petits fermiers et de petits pêcheurs qui réussissaient à peine à faire vivre leurs grandes familles composées généralement de 5 à 15 enfants.

Notons ici que depuis 1955, l’idée d’écoles régionales faisait son chemin au ministère de l’Éducation de l’Île, lequel cherchait à améliorer le système d’éducation dans la province.  Enfin, en 1958, le gouvernement provincial votait une loi qui permettait et encourageait l’établissement d’écoles régionales dans la province.  Cette loi pava, en quelque sorte, le chemin qui permit l’établissement d’une école régionale acadienne.

Une fois le plan d’action bien dressé, Euclide Arsenault et Ulric Poirier allèrent alors de district en district, statistiques en main, et bien convaincus de l’urgence d’une telle école, chercher l’appui des contribuables.  Après ces nombreuses rencontres et beaucoup de discussions qui durèrent plus d’un an, une commission scolaire fut formée, composée d’un représentant par district scolaire.  Le ministère de l’Éducation nomma M. Euclide Arsenault président de cette première commission scolaire régionale de la province.  La première réunion eut lieu le 22 janvier 1960 à laquelle il fut décidé de construire l’école à Abram-Village.  Ce fut le commissaire de Wellington, M. Edmond L. Arsenault, qui suggéra que l’école porte le nom Évangéline; et c’est sous sa supervision que l’école fut construite.  Quant à l’ouverture officielle, elle eut lieu le 26 octobre 1960.

Le financement de la construction d’une école du genre n’était pas chose facile à l’époque.  Le gouvernement contribuait une certaine somme, mais le gros de l’argent devait être amassé par les contribuables des districts concernés.  Une campagne de financement fut alors lancée et on réussit à recueillir des dons importants de plusieurs individus, de sociétés, de districts, de paroisses et de maisons de commerce.  Les membres de l’Assemblée législative représentant la 3e circonscription électorale du comté de Prince (3rd Prince), les honorables Henry Wedge et le docteur Hubert McNeil, ont à eux seuls contribué $1,000 pour l’achat du terrain de l’école.  En plus de ces dons, la Société Mutuelle l’Assomption accepta de prêter la somme de $40,000 à la nouvelle commission scolaire, vu qu’aucune banque ne voulait leur avancer une telle somme d’argent sans garanti sûr.

Entretemps, le Père Buote eut à affronter l’opposition de certains membres du clergé anglophone de l’Île, surtout d’origine irlandaise, qui s’opposaient à ce qu’une école secondaire française fût construite dans l’Île.  Ils firent circuler une pétition à cet effet, firent pression auprès des autorités du ministère de l’Éducation et se rendirent même en délégation chez le Père Buote pour tenter de le dissuader dans son projet.  Mais leurs démarches ont évidemment échoué, d’abord parce que le Père Buote, convaincu de l’importance et de la légitimité d’une école secondaire acadienne, n’allait pas se laisser intimider par qui que ce soit.  Et, d’autre part, le projet jouissait de l’appui entier du ministère de l’Éducation, dont le Dr Georges Dewar, de O’Leary, était ministre, et de certaines autres instances gouvernementales.  On s’était effectivement assuré, dès le départ, de l’appui du parti politique au pouvoir à l’époque, soit le parti conservateur.  Il faut ici souligner le rôle qu’a joué M. Tilmon B. Gallant, président du parti conservateur pour la circonscription électorale “3rd Prince”, qui usa habilement de son influence afin de gagner la faveur des autorités gouvernementales.

Revenons pour un moment au Père Buote.  Bien qu’il laissât aux laïcs le soin de former la commission scolaire et de construire l’école, il continua à prêter main forte aux principaux organisateurs.  Il s’occupa notamment de faire les démarches nécessaires auprès de la Supérieure Générale des Soeurs Notre-Dame du Sacré-Coeur dans le but d’obtenir quelques-unes de ses soeurs enseignantes pour s’occuper de la direction de la nouvelle école, et aussi pour enseigner dans quelques écoles de district.  La Mère Supérieure acquiesça aimablement à sa demande et lui promit de lui envoyer de ses meilleures éducatrices.  En 1959, un an avant l’ouverture de l’École Régionale Évangéline, le Couvent de Mont-Carmel ouvrait ses portes pour accueillir les premières de plusieurs religieuses acadiennes du Nouveau-Brunswick qui ont séjourné chez nous pendant une période de vingt ans.  Elles nous arrivent pleines d’enthousiasme, prêtes à tout faire pour relever le niveau d’éducation dans la région.  Elles amènent avec eux cette fierté et ce respect pour la langue française et la culture acadienne qu’elles essaient de transmettre à leurs élèves.  Parmi ces nombreuses soeurs qui ont séjourné chez nous, il faut particulièrement nommer Soeur Marie Carmélice et Soeur Marie Jeanne d’Arc car ce sont elles, avec Mme Béatrice Arsenault, qui ont eu à mettre sur pied le programme d’enseignement de l’École, un programme et une méthode d’enseignement qui eurent tôt placé l’École Régionale Évangéline sur la carte.

À tous ces fondateurs de notre Alma Mater que je viens de mentionner, sans oublier tous les contribuables du temps qui ont appuyé la fondation de l’école, nous, les diplômés, vous devons  une immense dette de gratitude.  Vous nous avez fourni l’occasion de compléter nos études secondaires chez nous dans une institution de haute qualité.  Vous nous avez surtout donné une école propre à notre culture et à notre langue, ce pour quoi nous vous serons toujours immensément reconnaissants.

Nous sommes heureux que les principaux fondateurs soient avec nous pour fêter ces retrouvailles. Mais nous regrettons aussi l’absence du président-fondateur de notre école, M. Euclide Arsenault, que la mort nous a enlevé prématurément.  Nous voulons dire à sa famille toute l’admiration et toute la gratitude que nous avons envers ce grand éducateur qui a marqué le développement de l’éducation dans la région.

Depuis sa fondation, voilà 22 ans, bien des choses se sont passées entre les murs de notre école.  Quelques milliers d’écoliers y ont séjourné dont près de 500 y ont décroché leur diplôme de 12e année.  Un grand nombre de ces derniers ont poursuivi leurs études et les autres se sont lancés dans des carrières les plus diverses.  Certains diplômés se sont d’ailleurs distingués dans leur profession et c’est une source de grande fierté pour nous et pour tous les gens de la région de les compter parmi les anciens élèves de l’École Régionale Évangéline.

 
Au cours des années, notre école s’est distinguée plus qu’à son tour parmi les autres écoles de la province.  Chacun de nous en garde de beaux et d’heureux souvenirs.  Les uns n’oublieront jamais les années où l’école venait en tête des autres écoles de la province dans les “cruels” examens du Maritime Examination Board, ou encore lorsque l’école remportait plus que sa part des prix du concours de composition du Jour du Souvenir.  D’autres semblent encore vivre les fortes émotions vécues lorsque la chorale Évangéline remportait les honneurs au festival de musique ou lorsque des équipes des différentes disciplines sportives remportaient habilement la victoire lors de tournois contre des écoles beaucoup plus grandes que la nôtre.  Et la réputation de notre école se porte toujours bien.  À titre d’exemple, cette année, les élèves de chez-nous, inscrits en première année à l’Université de Moncton, ont obtenu, comme groupe, au 1er semestre, la plus haute moyenne de toutes les écoles secondaires acadiennes des provinces Maritimes.  Voilà de quoi nous réjouir et qui nous démontre que l’École Évangéline, bien qu’elle soit relativement petite comparée à la plupart des écoles secondaires des provinces Maritimes, sait quand même produire des diplômés de haut calibre.

Une rencontre comme celle que nous vivons cette fin de semaine devrait nous porter à réfléchir sur le rôle que nous devrions jouer vis-à-vis notre Alma Mater.  Personnellement, j’y vois un très grand rôle.  Il faudrait que nous puissions lui être un solide appui, et surtout que nous veillions à ce qu’elle ne disparaisse jamais car elle a un rôle très important à jouer.  En effet, l’École Régionale Évangéline a une mission qui dépasse celle de toutes les autres écoles secondaires de la province.  Elle doit, en plus de donner un enseignement et une éducation de qualité, contribuer à maintenir vivantes une culture et une langue en grand danger de perdition.  Pour cette raison, notre école doit être un château-fort de la langue française et de la culture acadienne.  Si nous en sommes convaincus, nous pouvons, en tant qu’anciens diplômés, voir à ce que cela soit toujours ainsi.  Si nous habitons la région, n’hésitons pas à nous impliquer au niveau de la commission scolaire ou du foyer école.  C’est peut-être les moyens les plus directs et les plus efficaces d’exercer de l’influence.

On vous a suggéré la création d’une association des anciens.  L’idée est excellente.  Ce serait un excellent moyen pour tous les diplômés, qu’ils soient résidents ou non de la région, de contribuer de quelque façon à l’épanouissement de notre école.  Les projets et les activités pourraient être nombreux et fort profitables.  À titre d’exemple, ce pourrait être en forme d’aide financière à des activités culturelles ou sportives qui ne peuvent se développer sans aide de l’extérieur, ou bien la création de bourses d’études dans des domaines qui pourraient contribuer de façon significative à l’école et à la communauté.  Je souhaite de tout coeur qu’il sera possible de mettre sur pied cette association car elle pourrait opérer un bien immense.

Avec ce souhait je termine ma présentation et je vous remercie de m’avoir prêté votre attention.  À tous et chacun, joyeuse fête!

Publications

1982 par Contribution anonyme

 

1.  Cécile Gallant.  Le Mouvement coopératif chez les Acadiens de la région Évangéline (1862-1982). Wellington, le Conseil Coopératif de l’Î.-P.-É., 1982-283 pages.

Dans l’avant-propos de ce livre lancé en 1982, l’auteur se dit “fort impressionnée par la ténacité des efforts des pionniers du mouvement coopératif” dans sa région natale.  En effet, à l’exemple de ses ancêtres, Mlle Gallant n’a point ménagé ses propres énergies, car, dans ce volume de quelque 280 pages, se déroule une histoire de coopération entre citoyens qui se lit comme un roman.

Afin d’aider le lecteur à mieux saisir l’évolution très intéressante du mouvement régional, l’introduction comprend un court résumé de l’histoire des Acadiens de l’Île à partir des débuts du Régime français ainsi qu’un exposé des origines et des principes généraux de la “Coopération”.

En première partie, l’auteur discute de l’établissement des premières associations coopératives dans la région (entre 1862 et 1936) y compris les banques de grain de semence, la fromagerie, les coopératives agricoles, les cercles des oeufs, les unions des pêcheurs, les cercles d’éleveurs, etc.

L’ère moderne de la “Coopération” dans la région fait le sujet de la seconde partie du texte.  Ainsi, l’adoption du principe de la “Coopération” se traduit éventuellement en l’établissement de caisses populaires, de coopératives de consommation, de coopératives de pêcheurs, en coopérative de fermiers, en coopérative d’habitation et autres, en plus du Conseil Coopératif de l’Î.-P.-É.

En guide de conclusion, l’auteur se permet de croire, et, à juste raison, que cet esprit de persévérance chez nos ancêtres acadiens dans le phénomène complexe de la coopération contribuera à stimuler d’autres chercheurs à s’y intéresser au moins autant.

Le lecteur pourra se délecter pendant des heures à lire ce texte qui se lit très facilement et auquel viennent s’ajouter d’innombrables extraits de documents historiques et de photographies bien choisies qui lui permettront de s’identifier non seulement avec le passé et le présent, mais aussi avec les possibilités d’avenir que peut offrir le véritable esprit de coopération.

Il va sans dire que le Conseil Coopératif de l’Î.-P.-É. se vante de cette publication qu’il a bien voulu parrainer.

 

2.  Paul Surette, Benoît Poirier.  La vie d’un musicien acadien 1882 à 1965. Tignish, La Société culturelle Ti-Pa, 1982, 70 pages.

En cette circonstance, Surette porte le chapeau du biographe, mais son texte fait tellement l’effet d’un roman que l’on est porté à le lire d’un seul coup.

L’auteur nous décrit la carrière de ce musicien Poirier qui débute lorsque, dès un bas âge, il est profondément impressionné par le rendement du grand orgue de l’église de son village natal de Tignish à l’Île-du-Prince-Édouard.

De là, et le long du volume, l’auteur nous fait vivre les expériences d’un jeune homme qui, en dépit de très nombreux obstacles, deviendra organiste de renom à l’église Notre-Dame de Montréal et composera des oeuvres musicales dignes des éloges des gens bien informés, tels un Frédéric Pelletier, un John Philip Sousa.

Ainsi, Surette permet au lecteur de suivre chaque étape d’acheminement de la carrière de son héro vers les plus grandes orgues du Canada et de se rendre vivement compte des multiples problèmes que Poirier devait envisager.  D’autre part, il nous rend conscients de cet esprit de persévérance muni d’une forte dose de courage que l’artiste a su démontrer au cours de sa carrière.  De plus, selon l’auteur, Benoît Poirier a toujours su conserver son esprit d’humilité profonde – que ce soit à la suite de l’interprétation de sa composition “Rhapsodie” par la fameuse fanfare de Sousa (The March King), des succès réalisés lors de ses récitals à Westmount, “ce bastion du privilège anglais”, ou encore, au lendemain de sa nomination au Conservatoire de Musique.

Peut-être, la citation que Surette a placé en page 45 explique le mieux le caractère de cet éminent Acadien :

“L’Acadien prend nettement la vedette dans les journaux francophones.  La critique du “Bulletin” servira d’exemple” :

L’un des numéros du programme les plus goûtés fut celui de M.B.-F. Poirier, organiste à Notre-Dame, qui joua sa composition “Au Pays d’Évangéline”, une pièce très délicate, pleine de fraîcheur et d’une superbe inspiration.  Disons en passant que M. Poirier est né au pays d’Évangéline, ce qui explique un peu l’atmosphère spéciale dont il a su envelopper sa composition”.

Ce volume de 70 pages se lit très facilement et le choix de photos se veut très à propos.  Les quelque 250 notes de référence démontrent bien que Surette écrit en connaissance de cause.

Même s’il ne faut guère s’appuyer sur notre autorité en matière de musique (entre autres), nous n’hésitons pas de recommander fortement cette biographie aux lecteurs.  Elle ne peut que piquer l’intérêt de tous les Acadiens, surtout ceux et celles de l’Île, car elle fait honneur à l’un des nôtres maintenant passé à l’histoire.  Quant aux plus jeunes lecteurs, y trouveront-ils, peut-être, un modèle d’esprit idéal à poursuivre?

 

3.  J.-Henri Gaudet.  The Tignish Pipe Organ in Musical Retrospect 1882-1982. Tignish, The Tignish Historical Society, 1982, 29 pages.
Au mois d’août dernier, la paroisse de St-Simon et St-Jude de Tignish a célébré le centenaire de l’installation du grand orgue Mitchell dans l’église en 1882.  À cette occasion, la Société Historique de Tignish a organisé le lancement de l’histoire de cet orgue, histoire écrite par l’organiste actuel, M. J.-Henri Gaudet.

Gaudet traite en détail des événements où l’orgue a joué un rôle de grande importance pendant les 100 dernières années de vie paroissiale.  Mais aussi, l’auteur ajoute des informations intéressantes au sujet des chorales, maîtres de chapelle, organistes, clergé et d’autres personnalités, ce qui ajoute à l’agrément de la lecture.  Par exemple, il fait mention considérable de Benoît Poirier, ce natif de Tignish devenu organiste à Note-Dame de Montréal.  Poirier fait l’objet d’une biographie complète également lancée à l’occasion de ce centenaire.

Sans aucun doute, la partie la plus importante du texte décrit la période des années 50 et 60 lorsque, en raison de problèmes techniques apparemment incessants, l’on songeait à faire disparaître l’orgue pour le remplacer par un instrument électronique, et ceci, pour éviter les coûts élevés de réparation.  Cependant, Gaudet était convaincu que “le fait de détruire l’orgue de Tignish serait commettre un délit contre un trésor historique irremplaçable”.

L’organiste et ses amis ont remporté le coup décisif car on procéda à la restauration de l’instrument et cet orgue historique Mitchel continue toujours d’embellir de façon extraordinaire les services religieux à St-Simon et St-Jude.

Ce livret de quelque 30 pages est très bien documenté et contient de nombreuses photographies qui ajoutent un cachet spécial à sa valeur historique.

M. Gaudet nous a fourni un travail précieux et il va sans dire que ce dernier devrait être traduit en français pour la postérité.

Wilmer Blanchard

****************

 

Membres du Comité exécutif de la Société Historique acadienne de  l’Î.-P.-É. 1982-1983

Président -        M. Georges Arsenault
Président sortant -    M. J.-Edmond Arsenault
Vice-président -    M. Jean-Paul Arsenault
Secrétaire -        Mlle Cécile Gallant
Trésorière -        Mme Hélène Cheverie
Conseillers(ères) -    Soeur Marguerite Richard
                               Mme Avéline Peters
                               Père Albin Arsenault
                              M. Jean-Louis Beauregard

La Société historique acadienne de l’Î.-P.-É. : rapport annuel

1982 par J.-Edmond Arsenault

 

Rapport annuel du président

Une nouvelle fois, nous nous rencontrons en assises annuelles.  En cette occasion, nous vous présentons un bref aperçu du travail, des actions et des projets exécutés au cours de l’année.

L’exécutif de la S.H.A. de l’Î.-P.-É. a tenu trois réunions au cours de l’année.

Cette année, la campagne de recrutement nous a valu l’inscription de 125 membres, dix en moins que l’année précédente.  L’appel aux cotisations 1982-1983 devrait être lancée le plus tôt possible, au cours du mois de novembre.

La Société Historique Acadienne a tenu, au cours de l’année, trois rencontres régionales, dans l’ensemble, assez bien réussies.  Ces réunions avaient lieu à Tignish, à Abram-Village et à  Rustico.  Ces assises étaient fort intéressantes et informatives.  Celle de Rustico, au musée, a permis à l’auditoire de faire une randonnée dans l’histoire de la paroisse de Rustico, du Père Belcourt, et de la Banque de Fermiers.  M. Jean Doiron a certes relaté une foule de faits historiques très intéressants.  Il est évident que ces réunions régionales sont très utiles et qu’il est fortement recommandé de les continuer et de les rendre plus nombreuses, si possible.  Il y aurait peut-être lieu d’en faire un projet de plus grande envergure et faire une demande d’aide-financière dans le but de défrayer les frais d’animation et de tenue de ces rencontres.  Ceci s’applique aussi à l’organisation de journées d’études en généalogie, en conservation de documents et d’objets historiques.

Le projet “cueillette de renseignements et d’information sur la vie et les oeuvres de feu J.-Henri Blanchard” est terminé.  La Société possède plus d’une quarantaine d’entrevues enregistrées sur rubans sonores.  Nous avons obtenu le financement d’un projet pour en faire la transcription.  Nous sommes à la recherche d’une personne que nous désirons embaucher pour faire ce travail.

La Petite Souvenance est publiée deux fois par année.  Cette revue fournit des faits et des renseignements historiques fort intéressants qui la font apprécier du lecteur.  Je félicite le rédacteur et le comité de rédaction ainsi les auteurs des articles qui donnent à notre revue un caractère particulier.

Au cours de l’année, un comité a préparé un document explicitant les critères à utiliser dans l’attribution d’une distinction honorifique à une personne méritante pour sa contribution dans les domaines de l’histoire ou du patrimoine acadiens.  Le rapport de ce comité vous sera présenté au numéro six de l’ordre du jour.

Cloche de Malpèque -

Nous avons continué les recherches dans le but d’établir l’authenticité de la cloche.  Nous avons adressé des lettres à quelques individus ou organismes aptes à être en mesure de nous fournir des renseignements ou à nous indiquer des sources où nous pourrions aller les puiser.  Ces lettres nous ont valu des réponses plus ou moins encourageantes.  Toutefois quelques-unes nous indiquent des pistes à suivre.  Les archives nationales du Canada possèdent des microfilms de certains documents de l’époque 1750-1758, y compris des lettres de Prévost aux instances gouvernementales françaises, à Paris.  Ces microfilms sont à la disposition de la bibliothèque de l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard qui possède les équipements utiles à en faire la lecture mais il faut obtenir de l’aide financière pour payer le salaire de la personne qui entreprendra ce travail.

Une demande en ce sens au Secrétariat d’État n’a pu être acceptée faute d’argent disponible.  Nous pourrons, peut-être, obtenir le financement de ce projet l’an prochain.  Il semble qu’il ne faudrait pas trop tôt abandonner la partie; il faudrait, coûte que coûte, recouvrir la cloche qui, avant la déportation, invitait nos aïeux à réciter l’Angelus, à prier pour les défunts et à participer aux offices religieux.  Cette cloche, les Acadiens de l’ancienne Île-St-Jean la posséderont peut-être un jour!

En terminant, nous remercions les membres de l’exécutif, la Société Saint-Thomas d’Aquin et tous ceux et celles qui ont, au cours de l’année, collaboré aux oeuvres de la Société Historique Acadienne de l’Î.-P.-É.

J.-Edmond Arsenault
le 24 octobre 1982

Hommage à J.-Edmond Arsenault

1982 par Contribution anonyme

 

La rédaction de La Petite Souvenance désire rendre hommage au président de la Société Historique Acadienne de l’Île-du-Prince-Édouard, M. J.-Edmond Arsenault qui, au mois d’avril dernier, était décoré de l’Ordre du Canada par son Excellence le gouverneur-général Edward Schreyer, chancelier et compagnon principal de l’Ordre.  Notons que l’Ordre du Canada constitue la plus haute distinction canadienne attribuée à des civils.  M. Arsenault est le deuxième Acadien insulaire à mériter ce grand honneur.

Le travail que M. Arsenault a accompli au cours des années est assez bien connu de beaucoup d’entre nous.  Travailleur infatigable, il a été actif dans de nombreuses organisations tant municipales, provinciales, régionales que nationales.  Mais on connaît surtout son grand dévouement à la Société Saint-Thomas d’Aquin pour laquelle il a assumé bénévolement la lourde charge de secrétaire-général pendant 30 ans!

Enseignant puis agronome de profession, M. Arsenault est officiellement à la retraite depuis 1980.  Mais pour une personne de sa trempe, la retraite c’est l’occasion de contribuer davantage aux organisme bénévoles qui lui sont chers.  Ainsi, en plus d’occuper la présidence de notre Société historique, M. Arsenault est présentement président de la Voix Acadienne Inc., de l’Association du Musée Acadien et du Comité d’aide financière aux étudiants de la S.S.T.A.; vice-président du Comité franco-acadien pour la jeunesse; membre du Bureau des Gouverneurs de l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard et président désigné du Rotary Club de Charlottetown.

Nous nous réjouissons de cette distinction mille fois méritée dont M. Arsenault a été l’objet.  C’est un événement qui fait honneur à toute la communauté acadienne et à l’Île entière.

Chaleureuses félicitations, M. le président, et merci de l’intérêt et du dévouement que vous manifestez envers notre Société Historique Acadienne.  Hommage également à votre digne épouse, Bernadette, toujours prête à vous encourager dans vos activités, et qui s’intéresse et travaille activement elle-même dans plusieurs mouvements.

La rédaction

L’Abbé Pierre-Paul Arsenault : un prêtre dynamique

1981 par J.-Edmond Arsenault

par J.-Edmond Arsenault

Originaire de Tignish où il naquit le 8 mai 1866, Pierre-Paul Arsenault était le fils de Sylvain Arsenault et de Tharsile Bernard.  Ses ascendants se situaient parmi les Acadiens pionniers de la Rivière Platte, qui, en 1799, vinrent s’établir dans la région de Tignish.

Jeune encore, Pierre-Paul fréquenta l’école de son village pour ensuite s’inscrire au Collège Saint-Joseph de Memramcook où il entreprit ses études classiques et acquit son degré de bachelier en arts.  Répondant, après mûre réflexion, à l’appel divin de la vocation sacerdotale, il décide de poursuivre les études théologiques qui le conduiront à son but ultime, l’ordination à la prêtrise.  À la fin de ses études au Grand Séminaire de l’endroit, il reçut l’onction sacerdotale à Québec, le 5 novembre 1893.

Le dimanche 25 novembre de la même année, le jeune abbé Pierre-Paul Arsenault célébrait sa première grande messe en l’église de sa paroisse natale dont l’autel était, pour l’occasion, orné de ses plus belles parures.  Un grand nombre de parents et d’amis étaient privilégiés d’assister à cette messe célébrée par le troisième prêtre acadien natif de la paroisse de Tignish.

La première tâche du nouvel ordonné fut celle de vicaire auprès du curé de Tignish qui était alors le Père Dougald MacDonald.  L’abbé Arsenault occupa ce poste jusqu’au début du mois d’octobre 1894.  À l’occasion de son départ, les paroissiens lui présentèrent deux compliments, l’un en français de la part des Acadiens, l’autre en anglais de la part des anglophones.  En cette occasion, ses ouailles faisaient l’éloge de son zèle, de son dévouement, de son assiduité; elles notaient son véritable amitié pour le pauvre, sa sagesse, sa douceur, sa franchise et son amabilité.  Elles ne manquaient pas de noter sa parole éloquente et son grand intérêt à l’éducation de la jeunesse.

À l’automne de 1894 il devenait vicaire auprès du curé de la Cathédrale Saint-Dunstan à Charlottetown et, au mois d’octobre 1896, son évêque le nommait curé de la paroisse de Notre-Dame de Mont-Carmel.  Au cours de son bref séjour dans la ville capitale il s’occupait d’une façon toute particulière des jeunes gens qui participa activement à la fondation de l’Association de la Jeunesse Catholique.  Traitons alors de l’abbé Pierre-Paul Arsenault, conférencier, animateur, promoteur, éducateur, bâtisseur.

Des témoignages inédits, des rapportages dans les journaux de son époque, des compliments de la part des paroissiens de Tignish et de Mont-Carmel, nous indiquent que l’abbé Pierre-Paul Arsenault était conférencier, animateur, promoteur, éducateur et bâtisseur.  L’Impartial du 21 mai 1896 rapporte que le Père Pierre-Paul Arsenault, alors vicaire à Charlottetown, prononçait une conférence sur la tempérance à Mont-Carmel.  Selon ce même journal:  “c’était une lecture très éloquente dictée dans un style ferme et énergique et très propre à toucher les coeurs”.  Le 15 février 1900, il prononce une conférence en la salle Ste-Marie, à Tignish, sous les auspices de la Ligue de la Croix.  L’Impartial du 1er mars rapporte:  “Le Révérend conférencier avait pris pour sujet:  Pie IX, et la manière habile dont il le traita, le beau langage dont il fit usage, du commencement à la fin de sa lecture, lui gagnèrent l’attention soutenue de l’auditoire, qui ne fut interrompue que par les fréquents applaudissements qui dénotaient les vrais mouvements du coeur.”  Ces témoignages sont la preuve évidente de ses qualités d’orateur et de conférencier.

L’une des premières manifestations concrètes de son intérêt à l’éducation et, en l’occurrence, peut-être à l’éducation adulte, se reporte au mois de février 1900 alors que “le zélé et énergique curé de Mont-Carmel” dotait sa paroisse d’une bibliothèque comptant quelques cents volumes de littérature française.

En cette même année, 1900, alors qu’il participait au congrès pédagogique de l’Association des instituteurs et institutrices acadiens de l’Île-du-Prince-Édouard, il incitait les instituteurs et institutrices à donner beaucoup d’emphase à l’art oratoire et à la composition littéraire.  À titre de récompense, il offrait un prix de $10.00 à l’instituteur ou à l’institutrice qui prononcerait le meilleur discours lors du prochain congrès.  En la même occasion, M. Placide Gaudet offrait $5.00 pour la meilleure étude en histoire canadienne.  M. l’abbé Pierre-Célestin Gauthier, professeur de français et de philosophie au Collège Saint-Dunstan offrait un prix de $5.00 à l’élève qui se placerait au premier rang dans un tournoi de déclamation.  C’était une première!  Peut-être le premier concours organisé chez les enseignants et les élèves acadiens.  Dans une lettre en date du six novembre, l’abbé Arsenault rappelait le concours aux instituteurs et institutrices et proposait les sujets ou les thèmes qui pourraient être ou bien “L’Avenir du Canada” ou un discours pour ou contre “La Confédération”.  Pour l’écrit sur un chapitre de l’histoire du Canada, le sujet est le suivant: “Le Canada depuis la Confédération jusqu’à nos jours sous ses aspects matériels, intellectuels et religieux.”  Le travail sera jugé en tenant compte du fond et de la forme.  Pour le discours 50 points seront accordés pour le fond et la forme et 50 points pour le débit.

Il appert que l’éducation supérieure de la jeunesse acadienne était un problème que l’abbé Pierre-Paul Arsenault tenait toujours en esprit; un problème qui peut-être le hantait.  En général, les Acadiens n’avaient pas les moyens de pourvoir à l’éducation postscolaire de leurs enfants.  Voilà donc qu’en 1906 l’abbé Arsenault lance une grande loterie dans le but de fournir de l’aide financière à la jeunesse acadienne désireuse de poursuivre des études post-scolaires.  Le tirage aura lieu en janvier 1907.  Le but visé est de fonder une bourse écolière destinée à des étudiants acadiens choisis dans les différentes paroisses de l’Île.  Les prix offerts en loterie sont onze pièces d’or.  On pourrait dire une loterie dorée!  Il est évident que les efforts de l’abbé Arsenault sont secondés par les curés des autres paroisses acadiennes.  C’est peut-être alors que germait chez ce vaillant patriote, apôtre des causes acadiennes et francophones, le concept d’une société d’aide financière aux étudiants, organisme qui grâce à son instigation fut fondé en 1919.  Il est fort bien reconnu que l’abbé Pierre-Paul Arsenault fut le maître instigateur de la création de Société Saint-Thomas d’Aquin dont il fut l’un des fondateurs.  Il en fut le premier vice-président (1919-1920) et le deuxième président (1920-1925).  Il en fut d’ailleurs l’un des plus ardents promoteur et animateur.  En 1921, au moyen d’une lettre de sollicitation, il lançait une campagne financière à l’extérieur de la Province en s’adressant “À nos Frères et Cousins Acadiens et Canadiens-Français des Provinces Maritimes, de Québec et des États-Unis.”  Au cours des années 20 il obtint aussi des bourses d’études dans quelques collèges classiques de la Province de Québec.  Ceux et celles qui ont bénéficié ou qui aujourd’hui jouissent des bienfaits financiers, culturels, sociaux et éducatifs de la Société Saint-Thomas d’Aquin ne peuvent qu’exprimer de vifs sentiments de reconnaissance au “Père Arsenault” et rendre hommage à son initiative, sa clairvoyance, son dévouement et son patriotisme acadien indéfectible.  Il a certes mis en place des balises qui ont servi de guides aux Acadiens de l’Île-du-Prince-Édouard au cours des huit premières décennies du vingtième siècle.

L’abbé Pierre-Paul Arsenault était un agriculteur avisé.  À l’époque où il a vécu et exercé son ministère sacerdotal, la presque totalité des paroisses situées en milieu rural étaient nanties de terre en culture ou de fermes exploitées aux bénéfices des fabriques.  La paroisse de Mont-Carmel possédait donc une ferme dont le curé Pierre-Paul Arsenault était à la fois régisseur et directeur.  Il souhaitait de tout coeur que cette ferme et son exploitation servent de modèle aux cultivateurs de sa paroisse.  C’est pourquoi il y mettait en pratique les meilleures méthodes de culture et d’élevage.  Il y maintenait un cheptel de toute première qualité.  Dans la mesure du possible, il utilisait des géniteurs de race pure et ne manquait jamais l’occasion de vanter la qualité de ses volailles, de ses porcs et de son bétail laitier.  Fervent du rôle bénéfique des organismes agricoles au sein d’une population terrienne il ne manquait jamais d’assister au “Farmers’ Week” et à l’assemblée générale des Instituts des Fermiers (Farmers’ Institutes), organisme qui, à l’époque, jouait un rôle à peu près analogue à celui de la Fédération des Cultivateurs (Federation of Agriculture).  Il participait activement à tous les congrès agricoles et en rapportait des informations et des conseils qu’il se plaisait à transmettre à ses paroissiens.

Il faisait la promotion de l’utilisation de la bonne semence chez les cultivateurs de la région.  Il se chargeait même d’aider à en faire la procuration.  En effet, au moi de mai 1911, L’Impartial rapporte:  “Le père Pierre-Paul Arsenault, curé de Mont-Carmel, vient d’importer une grande quantité de graines de toutes sortes, ainsi que cent plantes de fraises qu’il distribue gratuitement à ses paroissiens pour les encourager et leur donner le goût de la culture de jardins potagers.  Le bon père Arsenault se dévoue d’une manière toute particulière pour l’avancement de ses paroissiens.  Pour voir le succès de ses efforts, il faut aller dans cette belle paroisse pour y voir le progrès qui se montre partout.”  Beau témoignage à un homme qui portait le plus vif intérêt à l’agriculture, à son développement et à son succès dans sa paroisse.  Les qualités de chef qui l’animaient et son entregent lui permettaient de s’attirer la collaboration de tous et d’assurer la réussite de tous ses projets.

La Société historique de l’Î.-P.-É. : rapport annuel

1981 par J.-Edmond Arsenault

 

Rapport annuel du président

Une fois de plus, nous nous rencontrons en assisses annuelles.  Le fait de tenir notre assemblée au Musée acadien nous permet de nous rapprocher de l’une de nos créations.  La conservation et la mise en montre d’outils, de meubles, d’instruments aratoires et d’objets divers utilisés et parfois confectionnés par nos ancêtres fut l’un des premiers soucis des fondateurs de la Société historique acadienne.  Cette visite sert à nous remémorer la vie et les labeurs de nos devanciers, ces valeureux défricheurs des terrains fertiles de l’Île Saint-Jean.

Depuis la dernière assemblée annuelle, votre exécutif a tenu quatre réunions.  Au cours de ces assises, vos représentants ont pris les décisions et ont exécuté des actions aptes d’assurer le fonctionnement progressif de la Société.

Cette année, la campagne de recrutement s’est soldée par l’inscription de 135 membres à nos registres.  L’appel aux cotisations 1981-82 devrait se lancer, encore cette année, au cours du mois d’octobre.  Nous y reviendrons au poste de la promotion pour l’adhérence de nouveaux membres.

La Société s’était proposée d’augmenter, si possible, le nombre des rencontres régionales qu’elle organise au cours de chaque année.  Hélas! faute de disponibilité de temps et de personnel permanent, nous n’avons pu réaliser toutes les rencontres prévues.  Certaines tentatives d’organiser des rencontres se sont soldées par des échecs.  En effet peut-être en avons-nous tenu une dont l’éclat, le caractère d’une première et l’assistance nombreuse étaient compensatoires au manquement d’en convoquer un plus grand nombre.  Rappelons que le 13 mars dernier une rencontre régionale avait lieu à la résidence de son honneur le lieutenant-gouverneur J.-Aubin et Mme Bérénice Doiron alors que, pour la première fois, une association acadienne était invitée à siéger à la résidence du lieutenant-gouverneur de notre province.  Une soixantaine de membres de la Société assistaient à cette réunion au cours de laquelle le conférencier invité, le professeur d’histoire, M. Léon Thériault de l’Université de Moncton, fit une excellente historique des premières conventions nationales acadiennes.  En hommage à sa contribution aux oeuvres acadiennes, un certificat de membre honoraire fut présenté à son honneur le lieutenant-gouverneur J.-Aubin Doiron.  À l’occasion, une gerbe de fleurs était remise à Madame Doiron.

Le 5 mai dernier se tenait un atelier en histoire locale.  Il s’agissait de renseigner les participants sur les méthodes de recherches; les sources de renseignement; les démarches à faire pour écrire et publier un manuscrit.  Cet atelier fut fort bien réussi et nous remercions le secrétaire, M. Georges Arsenault, de l’avoir organisé et d’en avoir été l’animateur.

La Société a présenté une demande de financement d’un projet de recherches au Secrétariat d’État.  Elle a reçu un octroi de $2,875.  M. Jérémie Pineau a entrepris une recherche sur la carrière de feu J.-Henri Blanchard; ses oeuvres, son érudition, sa mémoire sans pareille, son éloquence, son sens de l’humour, ses saintes colères, sa simplicité, sa conception du développement du peuple acadien, etc.  Cette recherche consiste d’interviews chez une cinquantaine d’informateurs et se fait en vue de la préparation d’une biographie à dimension intensément humaine, dans le sens essentiel du mot.

Les 2, 3, 4 et 5 juillet dernier, votre président assistait à la 4e rencontre des peuples francophones, à Québec.  Le programme comportait six ateliers dont les thèmes étaient les suivants :

a)  Aînés francophones
b)  Écrivains de langue française
c)  Programmation
d)  Coopération
e)  Généalogie et histoire
f)  Redécouverte des sources françaises

J’ai assisté à l’atelier “Généalogie et histoire” tenu sous l’égide de la Fédération des Sociétés d’histoire du Québec.  Cet atelier groupait des participants venus de la Louisiane, du Midwest, de la Nouvelle-Angleterre, des Maritimes, de l’ouest canadien, de l’Ontario, et du Québec.  Le but principal de cet atelier était de faire l’examen des moyens aptes à créer des liens entre les chercheurs et harmoniser les efforts de chaque région dans la recherche de la diffusion de la généalogie et de l’histoire des francophones.  Les travaux de l’atelier furent très intéressants et s’avèrent une source de renseignements fort utiles.  Des conclusions, sous forme de recommandations précises en quatre chapitres, donnèrent suite à ces ateliers.  Ce document a été déposé aux archives de la Société.

Le président était le délégué officiel de la Société aux assises annuelles de l’A.C.E.L.F. qui se déroulaient à Charlottetown les 20, 21 et 22 août dernier.  Les rapports et la documentation pertinents à ces délibérations ont été consignés aux dossiers de la Société.

La Société continue la publication et la distribution de La Petite Souvenance.  Cette revue est très appréciée du lecteur et nous a valu des commentaires fort élogieux de la part de personnages distingués.  Je saisis l’occasion pour en féliciter le rédacteur, le Comité de rédaction ainsi que ceux qui nous ont fourni les articles qui donnent à notre publication une saveur, un coloris qui lui sont particuliers.

Sans vouloir nous attarder à faire des inventaires, notons que l’étude de l’histoire et la parution de travaux sont en marche chez nous.  La plupart de ces projets sont parrainés par la Société Saint-Thomas d’Aquin qui pourvoit à leur financement au moyen de subventions du Secrétariat d’État.  Nous sommes heureux de constater que la recherche se fait au niveau de l’histoire contemporaine locale.  La publication de ce genre de récits servira à ranimer la fierté des Acadiens en leur exposant les réalisations merveilleuses d’eux mêmes et de leurs ancêtres.  Il semble fort utile de les convaincre que malgré les persécutions, la déportation même, les Acadiens ont su, par leur courage et leurs persévérance, devenir maître de leur propre destinée.  C’est avec empressement que nous félicitons, remercions et encourageons ceux et celles qui s’adonnent à la recherche, à l’étude, à la rédaction et à la publication de l’histoire des Acadiens et de leurs oeuvres.  Notre Société, à buts non-lucratifs, sans moyens financiers, ne peut dans la conjoncture actuelle que seconder vos efforts et vous souhaiter les meilleurs succès.

Cet automne aura lieu à nouveau, l’appel aux cotisations des membres.  Il faudrait, à l’occasion, viser à une augmentation substantielle du nombre de participants au travail de notre organisme.  Il faut y attirer de nouveaux membres.  Il faut préparer la relève.  Pour ce faire il faut y embrigader plus de jeunes.  Il faudra donc établir un comité chargé de dresser la liste des personnes à devenir membres de la Société Historique Acadienne.  Serait-il présomptueux de songer à un objectif de 200 membres, ce qui indique une augmentation de 65 membres.  Forte augmentation, direz-vous, mais elle reste raisonnable et facilement réalisable.

Lors de la dernière assemblée annuelle, nous avions rapporté qu’une requête invitant les paroissiens de l’Église Unie de Princeton (Malpeque) à remettre aux Acadiens la cloche de l’ancienne église acadienne de Malpeque, était en voie de préparation.  Cette requête fut expédiée le 24 décembre 1980 et présentée à l’assemblée annuelle des paroissiens le 25 janvier 1981.  L’assemblée résolut de soumettre la demande à un comité d’étude chargé de soumettre un rapport à une réunion spéciale de paroissiens.  Le rapport a été présenté le 26 juillet 1981.  Enfin, le 2 septembre 1981 nous avons reçu la réponse catégorique suivante:  “Lecture de la lettre”.  Pour toute réponse, nous n’avons donné qu’un simple accusé de réception, succint et poli.

Il nous reste à décider des prochaines démarches à entreprendre.  Allons-nous lâcher la partie ou continuer la lutte.  Allons-nous entreprendre quelques recherches qui pourraient nous apporter des preuves “irréfutables” de la véracité de notre réclamation?  Verbalement, un paroissien, qui se dit favorable à notre requête, m’a laissé entendre que nous aurions à établir les faits suivants:

a)  Approbation de la demande de Prévost par le roi de France ou son représentant.

b)  i) Preuve de l’achat de la cloche.
     ii) Date de l’expédition de la cloche.
    iii) Date de réception de la cloche.

c)  Toute information pertinente qui pourrait être appuyée par un document “irréfutable” serait utile.

Les renseignements que nous avons obtenus du Centre d’Études Acadiennes nous indiquent les sources possibles:

a)  Les Archives de France.

b)  Les Archives Publiques du Canada.

c)  Documents des Archives des Colonies.

d)  Les fichiers du Centre d’études acadiennes.

Les recherches suggérées peuvent être longues, pénibles et dispendieuses, mais il ne faut peut-être pas abandonner la partie et nous avouer vaincus!  Les vainqueurs n’ont rendu, aux pionniers Acadiens revenus de l’exil, ni leur cheptel, ni leurs maison, ni leurs anciennes terres; leur rendront-ils un jour la cloche baptisée de leur ancienne église?

Il serait trop long et oiseaux de donner à ce rapport tous les détails des dernières négociations mais tous sont disponibles et pourront  vous être communiqués en atelier ou en réponse à vos questions.

En terminant, nous remercions les membres de notre exécutif, La Société Saint-Thomas d’Aquin et tous ceux et celles qui ont, au cours de l’année, collaboré aux oeuvres de notre société historique.

 J.-Edmond Arsenault, président

 

 

Nouvelles de la Société

1980 par Contribution anonyme

 

Au cours de l’année, le Comité exécutif a tenu trois réunions.  Après examen, il a décidé des actions à prendre et a posé les gestes conséquents aptes d’assurer le bon fonctionnement de la Société.

La campagne de recrutement et de sollicitation de l’automne 1979 s’est soldée par une augmentation du nombre de membres inscrits.  Le nombre de membres passait de 97 à 136 ce qui indique une hausse de 40 membres ou de 41.6%.  C’est là un résultat réconfortant qu’il indique un intérêt grandissant aux oeuvres de la Société et à l’histoire acadienne.

Le 15 octobre dernier, nous lancions l’appel aux cotisations 1980-1981.  À l’occasion, des lettres et des formules d’inscription furent envoyées à tous les membres et à plusieurs autres personnes jugées susceptibles à s’inscrire.  Au 28 octobre, nous avions acquis l’adhérence de 65 membres.

La Société s’était proposée de tenir deux ou trois assemblées régionales au cours de l’année.  Il ne lui a pas été possible de réaliser, au complet, ce projet.  Une réunion régionale avait lieu à Tignish le 30 mars dernier.  L’assistance était assez nombreuse et le programme très intéressant.  Des tentatives d’organiser d’autres rencontres régionales se sont soldées par des échecs.  L’arrivée du printemps semble donner naissance à un grand nombre de réunions:  les dates libres et convenables deviennent quasi-impossible à trouver.  Il semble qu’il serait sage de tenir les réunions régionales au cours de l’automne et de l’hiver.

À l’automne de 1979, la Société organise, pour la première fois, un atelier généalogique.  Une quinzaine de personnes étaient inscrites à cette journée d’étude fort intéressante et très bien réussie.  Ce mode de rencontre s’avère des plus utiles et mérite de figurer parmi les projets de la Société.  Il y a plusieurs thèmes qui se prêteraient fort bien à l’étude en groupe.  Notons la recherche en histoire, la rédaction et la publication de travaux historiques; l’enseignement de l’histoire et quoi encore?

Le projet “Inventaire des sources documentaires sur les Acadiens de l’Île-du-Prince-Édouard” n’est pas encore terminé.  À l’origine, un projet communautaire étudiant nous avait permis d’ébaucher le travail et de recueillir des données dans cinq paroisses.  Faute de personnes disponibles, il est resté dormant au cours de l’année.  Toutefois, le travail vient de recommencer dans la paroisse de Bloomfield.  Il faudra tenter de l’exécuter dans les autres paroisses acadiennes.

Participation:  Nous étions invité, le 14 juillet, à participer à l’ouverture d’une exposition d’objet historiques, organisée par la Société Historique de Malpeque.  Votre président traita de l’histoire des Acadiens qui fondèrent les premiers établissements à l’Île Saint-Jean, et plus particulièrement de ceux qui allèrent s’établir à Malpeque et dont les noms des premiers venus sont inscrits au recensement de 1728.  Une artiste acadienne, Mlle Antoinette Perry exécuta quelques chants de son répertoire qui furent très appréciés si l’on en juge par les applaudissements de la foule.  La Société Historique de Malpeque est à rédiger une histoire de la région dont un chapitre traitera des pionniers acadiens qui furent les premiers habitants de cette partie de la province.

Au cours de l’année, la Société a présenté quelques requêtes et à surtout appuyé les requêtes de la Société Saint-Thomas d’Aquin aux instances gouvernementales et à d’autres organismes tel le C.R.T.C. en vue de défendre les droits des Acadiens et d’exiger les services qui leur sont dûs.

Parutions:  travaux historiques publiés au cours de l’année par divers groupes ou individus.

1.  A History of Cacsumpec – Fortune Cove 1779-1979
2.  History of Saint Anthony Parish 1803-1980
3.  Complaintes acadiennes de l’Île-du-Prince-Édouard
4.  Bibliographie acadienne
5.  Histoire de l’émigration chez les Acadiens de l’Île-du-Prince-Édouard
6.  Histoire de la pêche chez les Acadiens de l’Île-du-Prince-Édouard
7.  En préparation: Histoire de Wellington / Histoire de Malpeque
8. Le bulletin de la Société Historique “La Petite Souvenance”

La cloche de Malpeque :  Nous avons obtenu des renseignements additionnels au cours de l’année.  Une requête est en préparation et sera transmise au Conseil de l’Église Unie de Malpeque avant l’assemblée annuelle de la paroisse qui doit avoir lieu au début de l’année 1981.

Merci aux membres de l’exécutif et de la Société de leur bienveillante collaboration.

Le 30 octobre 1980                        J.-Edmond Arsenault, président

************************

Membres du Conseil d’administration – 1980-1981

Président – M. J.-Edmond Arsenault
Vice-président – Mme Avéline Peters
Secrétaire - M. Georges Arsenault
Trésorière - Mme Hélène Cheverie
Conseillers – Mlle Sylvia Arsenault
                          M. Jean Paul Arsenault
                          M. Henri Gaudet
                          M. Michel Belliveau

Hommages au Docteur Aubin Doiron

1979 par J.-Edmond Arsenault

 

Les Acadiens de l’Île-du-Prince-Édouard, en général, et les membres de la Société Historique Acadienne, en particulier, ont appris avec un vif plaisir, une fierté légitime et une quelconque émotion la nomination, par le premier ministre du Canada, d’un éminent professionnel acadien, au poste de lieutenant-gouverneur de leur province, l’ancienne Isle-St-Jean.

Nous, les membres de la Société Historique Acadienne nous flattons avec orgueil d’avoir été témoins d’une première!  Une première pour nous et peut-être pour l’Acadie toute entière.  Car c’est la première fois, à notre su, qu’une association acadienne se fait enlever l’un des plus dignes et plus ardents membres de son conseil exécutif pour en faire un lieutenant-gouverneur.

Notons que le docteur Doiron a oeuvré au sein de plusieurs organismes acadiens, laïques, civiques, régionaux et paroissiaux.  Tous lui en sont reconnaissants!

A l’instar de tous ses compatriotes acadiens, les membres et les officiers de la Société Historique Acadienne s’empressent d’offrir au docteur Doiron leurs félicitations les plus vives, cordiales et sincères à l’occasion de son accession au plus haut poste d’autorité civile en sa province natale.

Ces sentiments et nos hommages nous les présentons en même temps à sa famille et à son épouse digne, dévouée et généreuse qui saura avec toute l’adresse qu’on lui connaît collaborer à l’exécution des tâches qui leur impose cette haute fonction publique.

Convaincus que vous saurez vous acquitter fidèlement, dignement et gracieusement des besognes officielles que comporte votre mandat de lieutenant-gouverneur, nous réitérons nos félicitations et formulons le voeu que vos années au service de votre province seront heureuses, comblées de succès et enrichissantes.

Notre amitié et nos sentiments les plus distingués vous accompagnent.

J.-Edmond Arsenault,
président

Nouvelles de la Société

1979 par Contribution anonyme

L’exécutif a tenu trois réunions au cours de l’année.  Il a pris les décisions et posé les gestes conséquents au bon fonctionnement de l’organisme; fait le suivi des projets en exécution.

La campagne de recrutement de l’automne dernier nous a valu l’inscription de 97 membres à notre registre.  Nous avons donc obtenu à ce poste un très réconfortant succès.  Nous vous en félicitons et vous en remercions.  Cette belle réussite démontre un intérêt marquant à l’histoire acadienne.

Au cours de l’année, la Société a organisé deux rencontres régionales, la première à Bloomfield, la seconde au Centre d’Éducation Évangéline.  Ces deux rencontres furent fort intéressantes et profitables.  Elles ont servi à susciter l’intérêt à l’histoire acadienne et à inciter les participants à la recherche, à l’étude et à l’appréciation des événements et des choses du passé.

Projet communautaire étudiant – La Société a élaboré un projet de recherches qui, soumis au Secrétariat d’État, lui a valu un octroi de $4,295.  Deux étudiantes ont travaillé treize semaines à faire l’inventaire des sources documentaires dans deux régions acadiennes; soit les paroisses de Tignish et Palmer Road à l’ouest, et les paroisses de Baie-Egmont, Mont-Carmel et Wellington.   C’est un début.  Il reste à poursuivre ce travail dans les autres régions acadiennes de l’Île.  Il faudra aussi faire la classification et l’indexation des données recueillies.  Il est à souhaiter que nous puissions, un jour, publier un inventaire assez complet des documents, livres et autres objets qui sont disponibles et accessibles aux recherchistes et aux fervents de l’étude de l’histoire des Acadiens insulaires.

Colloque – Le 24 mars dernier, le président assistait à une rencontre des Sociétés historiques francophones des Maritimes.  Le but principal de ces assises était d’étudier la possibilité de réunir ces sociétés en une fédération.  Les avantages, les inconvénients, les options alimentèrent des discussions fort intéressantes et assez prolongées.  Plusieurs des participants y percevaient de grands avantages au domaine de la collaboration, du financement, des échanges de méthodes de travail et de coordination.  Hélas, le consensus ne s’est pas réalisé.  Toutefois, sept différentes options de partage entre les sociétés historiques seront discutées par les conseils d’administration de chacune qui choisiront celle qui leur convient le mieux dans le but de la présenter lors d’une réunion convoquée par la Société Historique Nicolas-Denys en automne où il deviendra peut-être possible de prendre une orientation commune.

Requêtes à:

1 – L’honorable J-Hugh Faulkner, ministre des Affaires Indiennes et du Nord.
“Directeur francophone – Parc de Grand-Pré”.

2 – L’honorable John Maloney, ministre de l’Éducation.
“Appui à la requête des Acadiens de l’Île – droit d’avoir des écoles – français langue d’enseignement et d’administration”.

3 – L’honorable Joe Clark, premier ministre.
“Requête pour sénateur et lieutenant-gouverneur acadien”.

En mai dernier, la Société publiait un premier bulletin.  Celui-ci fut très bien reçu et fort bien apprécié par ses membres et un grand nombre de personnes qui ont eu l’occasion de le lire.

Enfin, nous pouvons affirmer que notre société historique accompli une oeuvre assez marquante et fructueuse au cours de l’année.  Merci sincères à nos membres, aux membres de l’exécutif et à nos amis pour leur travail, leur soutien et leur aimable collaboration.

J.-Edmond Arsenault,
président

*********************

Membres du Comité exécutif pour 1979-1980

Président :        J.-Edmond Arsenault
Vice Présidente :    Avéline Peters
Secrétaire :        Georges Arsenault
Trésorier :        Edmond Gallant
Conseillers :        Wilmer Blanchard
Sylvia Arsenault
Donald Arsenault
Albin Arsenault

Journal d’une famille d’Urbainville : 1914-1918

1979 par Contribution anonyme

 

Les journaux personnels sont de précieux et intéressants documents capables de nous renseigner d’une façon remarquable sur les activités, la mentalité, les préoccupations et les coutumes des gens d’une autre époque.  Ce sont des documents qui peuvent nous fournir une foule de renseignements que nous ne pourrions probablement pas trouver ailleurs.

Un journal est d’autant plus intéressant lorsqu’il est écrit par quelqu’un du peuple, c’est-à-dire par des gens ordinaires.  Ce genre de documentation est malheureusement très rare comparativement au matériel que nous ont conservé l’élite d’antan, soit les hommes publics, les prêtres, les journalistes, les instituteurs, etc.  Ceci constitue un problème pour l’historien qui souvent doit interpréter l’histoire en se basant presque uniquement sur les écrits de ces gens bien placés qui ne voyaient pas toujours les choses d’un même oeil que le commun des mortels.

Je vous présente ici des extraits du journal de la famille de Benoît Arsenault.  Celle-ci vivait sur une ferme à Urbainville, aussi appelé le Portage par les gens de la région, dans la paroisse de Baie-Egmont.  La mère de Benoît, Mme François Arsenault, née Marie Gaudet, semble avoir été l’instigatrice de ce journal.  De toute évidence, elle l’aurait commencé dans les années 1880-90.

Marie ne savait pas écrire.  C’est donc ses enfants et ses petites-enfants qui inscrivaient les notes dans son cahier.  À part cela, elle tenait un “cahier des morts” (parfois intégré dans le journal) dans lequel elle inscrivait le nom et la date des décédés de la paroisse et d’autres gens qu’elle connaissait.  Sa bru, Mme Benoît Arsenault, née Céline Poirier, continua cette liste.  La tradition est toujours vivante dans la famille car la petite-fille de Mme François Arsenault, Mme Anita Maddix de Wellington, tient toujours un “cahier des morts”.

Je publie ici le contenu du journal pour les années 1914 à 1918.  Malheureusement, le cahier est passablement délabré au point que plusieurs pages sont déchirées en partie ou manquent complètement.  Cependant, celles contenant les inscriptions pour les années ci-dessus mentionnées sont presque intactes.

On remarque que le journal contient surtout des notes pour les activités qui se déroulaient entre le mois de décembre et le mois d’avril de chaque année.  Il y a en effet très peu dans le journal au sujet de ce qui se passait pendant la saison des semences et au temps des moissons.  Les inscriptions les plus communes traitent de la période des fêtes, des jours gras, de la semaine sainte et des tempêtes.  Comme on peut s’attendre, la température préoccupait beaucoup ces gens.  La grand’mère Marie voyait à ce que soit notée dans le journal la température de chaque jour, de Noël à l’Épiphanie.  La croyance voulait que la température de ces douze jours annoncent la météo pour chaque mois de la nouvelle année.

En 1914, la maisonnée Arsenault était composée de trois générations.  On y trouvait les grands-parents, François Arsenault (74 ans) et son épouse Marie Gaudet (69 ans), leur fils Benoît et son épouse Céline Poirier, tous les deux âgés de 42 ans.  Ils avaient une famille de huit enfants:  Eric, 17 ans; Léah, 15 ans; Elmire, 14 ans; Hermina, 11 ans; Anita, 9 ans; Eléonore, 8 ans; Irène, 6 ans; Aldona, 3 ans.

Georges Arsenault

 
- 1914 -

Le 2 d’avril c’était une grosse tempêtre et le 4 la jument a eut son poulin.  Le lendemain qui était le dimanche des rameaux on a été a l’Église en pleine grande traîne, les chemins étaient beaux et il faisait très beau.  François et Marie et Eric et Céline et Elmire et Ermina.  Benoit avait resté soigné la jument qui avait son poulin.  Le temps a été beau pour les offices de la Semaine sainte.  Mercredi il n’y avait presque personne d’Urbainville excepté chez François Avit.  Jeudi matin il y avait Mon père, mon grand père, Eric, ma mère, Anita et Eléonore, moi Léah j’y était avec mon oncle Pierre.  Vendredi il y avait Mon grand père, mon père, Eric, Elmire, et moi.  Samedi, il y avait mon père, ma grand mère, Eric, Elmire, Anita et moi avec Clément.  À Pâques il y avait Mon grand père, mon père, ma mère, Eric et Ermina.  Vendredi Saint après midi Eric a été à Wellington s’acheter des culottes et un raincoat pour Pâques car il avait peur des corneilles1.  Le 28 avril la light2 a été allumer pour la première fois et le 29 la steem3 a passer.

- 1915 -

Le 15 janvier grand’mère baliait tout le devant de la porte pas de neige encore.  Morile4 et sa femme ont venu se promener ici le 15.

Du 18 Jan. au 21 temps vâseux – ensuite un petit peu de neige, le 24 on a été à l’église en traîne pour la première fois.

23 Jan.  temps mouaseux et neigeux

24  beau temps

25  temps neigeux

26  beau, c’était les noces a la veuve Céline5

27  beau aussi

31 Jan. il y avait presque pas de monde à l’église – personne de nous.  C’était un storm pour deux ou trois jours.

2 fév. il y avait pas de chemin personne de par ici était a l’église on a acheter des chandelles le dimanche.

Ensuite temps moue.  Emma à Léon marié le 2 Fév.6

Beau temps tous les jours gras jusqu’au Lundi matin – temps couvert et neigeux.  Chez mon oncle Magloire on tous venue Lundi après-midi et le soir chez mon oncle Jos on venue on était en tout 44 personnes.  Chez Jos s’en on été le soir et Magloire s’en ont été Mardi après midi.  Mardi temps mouillasseux jusqu’à l’après midi le soir on a tous été chez oncle Calixte.  Les Miscouche7 avait venus la semaine d’avant Mardi gras.  Ils ont été presque une semaine.

le mercredi des cendre beau temps mais la neige fondait toujours, on a été a l’Église en deux traine.

À la saint Patrique très beau temps.  Le dimanche des rameaux on a été a l’église en deux traînes, ceux qui ont rester son grand’mère, Nonore, Irène et Aldona.  Eric a été chez mon oncle Jos Cormier de la messe avec la jument jaune.

Edmond à Placide8 c’est cassé une jambe le 9 avril, au moulin chez MicNally, il a été mener a l’aupitale, Summerside, tout de suite il a eu une opération a la jambe et il est mort le 13 au matin.  Son corps a été amener le lendemain soir.  C’était un sérieux coup pour sa pauvre mère.

Philibert à Jos Arsenault, Abrams Village, sait fait tuer le 22 avril a Oldtown, sur la drive.  Son corps est arrivé ici 30 avril, il avait les deux bras et une jambe de couper et un oeil arracher.

Le 19 Mai, 1915 on a eu de la neige l’avant midi.  Le 27 mai un storm de neige toute la journée et de pluie.  C’était sérieux.

- 1916 -

Le dernier dimanche de Janvier le 30 c’était la première fois qu’on allaient en traine.  Le 1 Février avant-midi il mouillait l’après-midi il faisait beau.  Le 2 Feb. la chandeleur beau temps.  Le soleil paraissait l’avant-midi mais l’après-midi le soleil paraissait pas mais il faisait beau.  Benoit et Marie était à l’église en wagon.  Le 19 Février François et Marie ont été a Miscouche dans le train et il s’en ont revenue le 25 Fév.  Le 27 Fév. était le Dimanche et tous le monde était a l’église en wagon.  Le 28 Feb. beau temps clair.  Le 29 Feb. beau temps mais froid.  Cette journé Elie9 était ici tout la journé avec François il jouait aux cartes.  Le 4 Mars grosse tempête de neige tout l’après midi et tout la nuit le lendemain.  Dimanche Gras beau temps.  François, Benoit, Céline, Léa, Eric, Elmire était a l’église.  Le 16 Mars un gros storm de neige et toute la nuit.  Le 17 Mars beau temps claire (second storm).  Tout la semaine Sainte, le 19, 20, 21, 22 d’avril il faisait laid il mouillaient par élant.  Le 23 Avril (Pâque) y faisait très beau.  Grand’mère et moi, Anita, Eléonore et Aldona avont rester et tout les autres ont été a l’église.  Le feu a Summerside a eu lieu le 13 dec. Y a été brûlé 15 batices.

Noel.  beau temps, il poudrait par élan.

26 Dec.  il ventait fort.  Le soleil paraissait par élan.

27 Dec.  beau temps clair.

28 Dec.  beau temps aussi.

29 Dec.  gros vent et gros froid.

30 Dec.  plus calm mais froid.

1 Jan.  beau temps

2 Jan.  beau temps

3 Jan.  beau temps

4 Jan.  beau temps

5 Jan.  beau temps

Le Jour de pâque 1916.  Le car ferry est venu rencontrer la goêlette.  Le boat à arrêter de  traverser le 22 dec. (pour la première fois).

- 1917 -

Le 17 Jan. 1917 il y a passer deux automobile.  Dimanche le 2 et 3 décembre il faisait un gros storm. … décembre un gros storm plus gros que le premier.  Le 8 décembre samedi c’était une fête et il ont pas put passer pour aller à l’église (en 1917).  Le 6 décembre 1917 la ville de Halifax a été brulé par la demnimite.  Deux bâtiments s’ont rencontrer et dans un il y avait de la demnimite et s’a exploder.

Le 4 de Jan. 1917 il a passer une automobile.  Oncle Silvin10 est venue ici le 25 Janvier.  Il a pris malade le 8 feb. il a été administrer le 11 feb. il a venue mieux le 18 feb. il a parler et jouer aux carte tous la soirer, et le 19 il a pris paraliser, le prête a revenue le voir le 23, il lui a accorder l’absolution.  On a connu qu’il affaiblissait.

Jeudi Saint.  Le temps couvert.  Grand-père, Ben, Céline, Eric et Léa ont été a l’église.  Vendredi Saint.  Grand-père, Ben, Eric et Eléonore ont été à l’église.  Samedi Saint.  Eric a été à l’église.

Halifax a été brûlé par la demnimite et il ont attendue le train que cela avait fait à Charlottetown (1917).

Le jour de Noel 1917 il faisait beau.  Mon grand-père, mon père, ma mère, Eric, Elmire, Léa, Anita, Irène ont été à l’église.  Aldona et Ma grandmère elle étaient malade et Ermina et moi Eléonore ont rester.  Noel 25 dec. beau temps, Céline est aller chez Pierre Gallant soignez Eléonore.

26  beau temps mais gros froid.

27  encore gros froid.

28  beau temps mais froid.

29  gros froids temps couvert.

- 1918 -

Les jours saint ont été bien beau cette année 1918 et les chemins sont beaux aussi.  Mercredi après midi Eric, Anita et moi ont été a confesse et aux offices il faisait très beau jeudi matin on a été a l’église en deux traines pépé a resté chez mon oncle Gelace Gaudet et s’en a venu vendredi matin.  Elmire, Eléonore et Aldona avaient restés jeudi matin.  Jeudi après midi Elmire, Eric et moi ont retourné aux offices.  Vendredi matin maman, Anita, Irène et moi ont resté il faisait très beau encore et l’église était pleine de monde.  On a pas été aux offices l’après midi.  Samedi matin très beau aussi.  Elmire, Anita, Eléonore et Aldona ont restés.  Dimanche (Pâque) très beau temps.  Maman, Irène et Aldona ont restés.  Chez John Frank11 on venu dîner ici de la messe.

Dec. 25  il mouillait presque toute la journée et il neigeait.

Dec. 26  beaux temps assez.

Dec. 27  beaux temps assez.

Dec. 28  encore beau temps.

Dec. 29  Gros storm seulement Papa et Eric ont été à l’église.

Soldat mort en l’année 1918.

Théophile Arsenault
Hercule Arsenault
Jos Arsenault (Vaillant)
Antonet Gallant
Théodore Arsenault
Emanuel Gallant (Jérome)
Etienne Arsenault (Tanise M.)
Emanuel Geneau
Jerrald Darby
Paul (Léan) Arsenault

________________________

1.  Selon la tradition, les corneilles chient (excusez l’expression) sur les gens qui ne portent pas un morceau de linge neuf le jour de Pâques.

2.  De toute évidence, il s’agit du phare de MacCallum’s Point dans le havre de Summerside.

3.  Le bateau à vapeur qui faisait le trajet entre Summeside et Shédiac.

4.  Morile Arsenault de Saint-Louis.

5.  Elle épousait Jimmy Luke.

6.  Emma Arsenault.

7.  Il s’agissait des frères de Mme François Arsenault, Fidèle et Juste Gaudet.

8.  Edmond Arsenault d’Abram-Village.

9.  Elie Arsenault, surnommé “Tuyau”, d’Urbainville.

10.  Sylvain Arsenault de St-Chrysostôme, frère de François.

11.  Jean-François Arsenault.

La Société historique acadienne de l’Île-du-Prince-Édouard

1979 par J.-Edmond Arsenault

 

La Société Historique Acadienne de l’Île-du-Prince-Édouard tient ses origines d’un comité historique, généalogique et littéraire créé par l’Association des Instituteurs et Institutrices Acadiens de l’Île-du-Prince-Édouard lors de son congrès annuel de 1955 qui avait lieu en la salle paroissiale de Miscouche.  Cette association en était alors à sa deuxième création.  Lors de son congrès de Bloomfield, en 1919, elle enfantait la Société Saint-Thomas d’Aquin.

Dès 1956, le comité se transforme en une société et se donne une constitution et des règlements.  Toutefois, elle prend difficilement son élan.  Elle ne tient pas de réunions régulières.  Elle fait un travail intermittent.  Elle n’a ni argent dans sa trésorerie, ni membres réguliers.  Quelques personnes font cependant des recherches historiques et généalogiques, récupèrent et colligent des documents.  Parmi celles-ci, notons Soeur Antoinette DesRoches, feu le juge Sylvère DesRoches et feu le docteur J.-Henri Blanchard.  La société éveille et anime l’intérêt des Acadiens à leur histoire et à la conservation de l’héritage et au souvenir des luttes tenaces et héroïques de leurs ancêtres.  Elle désire rassembler et conserver les objets antiques, meubles, outils, instruments aratoires dont se servaient nos ancêtres.  Dans le but d’atteindre cet objectif, elle fonde, en 1964, le Musée Acadien.  Elle en fait un organisme indépendant.  L’Association du Musée Acadien loge un édifice à Miscouche.  Ce musée est aujourd’hui rempli d’objets fort intéressants.  Les visiteurs nombreux qui le fréquentent goûtent à sa saveur historique et folklorique.

Enfin, en 1970, la Société Historique Acadienne se donne une nouvelle constitution.  Elle recrute des membres.  Elle décide de concrétiser ses actions en entreprenant des projets.  Une occasion surgit.  La tombe des anciens Acadiens de la Rivière Platte inhumés dans le cimetière de Miscouche en 1859 n’est pas ornée d’une simple croix où d’un monument.  Il conviendrait que ces aïeux soient comblés d’un plus digne hommage.  La Société Historique Acadienne juge donc opportun d’ériger un monument à leur mémoire.  Dans ce but, elle lance une campagne financière.  Les Acadiens sont généreux!  Le monument est érigé.  Le dévoilement a lieu le 13 août 1978, jour où à l’occasion de la fête de Notre-Dame de l’Assomption, le saint sacrifice de la messe est célébré au cimetière sur la tombe de ces vaillants pionniers, les ancêtres d’un très grand nombre d’Acadiens du comté de Prince et d’autres régions canadiennes et américaines.

Bien que très jeune encore, la Société Historique Acadienne ne compte déjà un membre honoraire.  Lors de ses assises annuelles de 1978, elle discernait ce titre à Soeur Antoinette DesRoches, une de ses fondatrices et une vaillante et inlassable ouvrière au domaine de la recherche en histoire et en généalogie.  Elle a oeuvré tant au sein de cet organisme qu’à l’aménagement et la direction du Musée Acadien et à l’éducation de la jeunesse acadienne.

En terminant, il semble utile de rappeler brièvement les objectifs et les priorités établis par la Société.  Ses buts sont, dans un premier temps, de regrouper les individus qui s’intéressent à l’histoire et plus particulièrement à l’histoire acadienne.  S’étant acquis l’adhésion de disciples ardents, convaincus que l’histoire d’un peuple influe sur sa survivance et ses réalisations futures, elle veut, dans un deuxième temps, leur permettre de participer à une action bien ordonnée et apte à assurer le bon fonctionnement et le succès de leur organisme.  La Société fera donc appel à leur collaboration dans ses projets de découverte, de rassemblement, d’inventaires de faits et de documents historiques se rapportant à la vie d’un petit peuple dont les ancêtres furent les découvreurs et les premiers Européens à prendre racine sur le continent nord américain.  En un troisième temps, la Société trouvera les moyens de conserver les documents et les données qu’elle aura colligés et verra à ce qu’ils deviennent accessibles à ceux qui désireraient les consulter.  Enfin, aux moyens d’études, de publications, d’ateliers et de colloques la Société s’évertuera à faire connaître et aimer l’histoire acadienne.

Lors de ses assises annuelles de 1978, la Société établissait les priorités suivantes:

1.  Convoquer, au cours de l’année, trois assemblées régionales dans les régions acadiennes de l’Île.

2.  Étudier la possibilité d’établir un centre de recherche, de récupération et de conservation de documents relatifs à l’histoire acadienne.

3.  Animer et sensibiliser la population à l’étude de son histoire; faire l’inventaire de sites et de documents historiques; publier des articles et rédiger un bulletin.

La Société Historique Acadienne compte 82 membres.  Nous remercions ceux et celles qui ont répondu à notre appel.  C’est un fait de bon augure!  Le Comité exécutif 1978-79 se compose de:

M. J.-Edmond Arsenault, président
M. l’abbé Jean-F. Buote, vice-président
M. J.-Edmond Gallant, trésorier
M. Francis Blanchard, secrétaire
M. Antoine Richard, directeur
Mme Avéline Peters, directrice
M. Georges Arsenault, directeur
M. le docteur J.-Aubin Doiron, directeur