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L’Abbé Pierre-Paul Arsenault : un prêtre dynamique

1981 par J.-Edmond Arsenault

par J.-Edmond Arsenault

Originaire de Tignish où il naquit le 8 mai 1866, Pierre-Paul Arsenault était le fils de Sylvain Arsenault et de Tharsile Bernard.  Ses ascendants se situaient parmi les Acadiens pionniers de la Rivière Platte, qui, en 1799, vinrent s’établir dans la région de Tignish.

Jeune encore, Pierre-Paul fréquenta l’école de son village pour ensuite s’inscrire au Collège Saint-Joseph de Memramcook où il entreprit ses études classiques et acquit son degré de bachelier en arts.  Répondant, après mûre réflexion, à l’appel divin de la vocation sacerdotale, il décide de poursuivre les études théologiques qui le conduiront à son but ultime, l’ordination à la prêtrise.  À la fin de ses études au Grand Séminaire de l’endroit, il reçut l’onction sacerdotale à Québec, le 5 novembre 1893.

Le dimanche 25 novembre de la même année, le jeune abbé Pierre-Paul Arsenault célébrait sa première grande messe en l’église de sa paroisse natale dont l’autel était, pour l’occasion, orné de ses plus belles parures.  Un grand nombre de parents et d’amis étaient privilégiés d’assister à cette messe célébrée par le troisième prêtre acadien natif de la paroisse de Tignish.

La première tâche du nouvel ordonné fut celle de vicaire auprès du curé de Tignish qui était alors le Père Dougald MacDonald.  L’abbé Arsenault occupa ce poste jusqu’au début du mois d’octobre 1894.  À l’occasion de son départ, les paroissiens lui présentèrent deux compliments, l’un en français de la part des Acadiens, l’autre en anglais de la part des anglophones.  En cette occasion, ses ouailles faisaient l’éloge de son zèle, de son dévouement, de son assiduité; elles notaient son véritable amitié pour le pauvre, sa sagesse, sa douceur, sa franchise et son amabilité.  Elles ne manquaient pas de noter sa parole éloquente et son grand intérêt à l’éducation de la jeunesse.

À l’automne de 1894 il devenait vicaire auprès du curé de la Cathédrale Saint-Dunstan à Charlottetown et, au mois d’octobre 1896, son évêque le nommait curé de la paroisse de Notre-Dame de Mont-Carmel.  Au cours de son bref séjour dans la ville capitale il s’occupait d’une façon toute particulière des jeunes gens qui participa activement à la fondation de l’Association de la Jeunesse Catholique.  Traitons alors de l’abbé Pierre-Paul Arsenault, conférencier, animateur, promoteur, éducateur, bâtisseur.

Des témoignages inédits, des rapportages dans les journaux de son époque, des compliments de la part des paroissiens de Tignish et de Mont-Carmel, nous indiquent que l’abbé Pierre-Paul Arsenault était conférencier, animateur, promoteur, éducateur et bâtisseur.  L’Impartial du 21 mai 1896 rapporte que le Père Pierre-Paul Arsenault, alors vicaire à Charlottetown, prononçait une conférence sur la tempérance à Mont-Carmel.  Selon ce même journal:  “c’était une lecture très éloquente dictée dans un style ferme et énergique et très propre à toucher les coeurs”.  Le 15 février 1900, il prononce une conférence en la salle Ste-Marie, à Tignish, sous les auspices de la Ligue de la Croix.  L’Impartial du 1er mars rapporte:  “Le Révérend conférencier avait pris pour sujet:  Pie IX, et la manière habile dont il le traita, le beau langage dont il fit usage, du commencement à la fin de sa lecture, lui gagnèrent l’attention soutenue de l’auditoire, qui ne fut interrompue que par les fréquents applaudissements qui dénotaient les vrais mouvements du coeur.”  Ces témoignages sont la preuve évidente de ses qualités d’orateur et de conférencier.

L’une des premières manifestations concrètes de son intérêt à l’éducation et, en l’occurrence, peut-être à l’éducation adulte, se reporte au mois de février 1900 alors que “le zélé et énergique curé de Mont-Carmel” dotait sa paroisse d’une bibliothèque comptant quelques cents volumes de littérature française.

En cette même année, 1900, alors qu’il participait au congrès pédagogique de l’Association des instituteurs et institutrices acadiens de l’Île-du-Prince-Édouard, il incitait les instituteurs et institutrices à donner beaucoup d’emphase à l’art oratoire et à la composition littéraire.  À titre de récompense, il offrait un prix de $10.00 à l’instituteur ou à l’institutrice qui prononcerait le meilleur discours lors du prochain congrès.  En la même occasion, M. Placide Gaudet offrait $5.00 pour la meilleure étude en histoire canadienne.  M. l’abbé Pierre-Célestin Gauthier, professeur de français et de philosophie au Collège Saint-Dunstan offrait un prix de $5.00 à l’élève qui se placerait au premier rang dans un tournoi de déclamation.  C’était une première!  Peut-être le premier concours organisé chez les enseignants et les élèves acadiens.  Dans une lettre en date du six novembre, l’abbé Arsenault rappelait le concours aux instituteurs et institutrices et proposait les sujets ou les thèmes qui pourraient être ou bien “L’Avenir du Canada” ou un discours pour ou contre “La Confédération”.  Pour l’écrit sur un chapitre de l’histoire du Canada, le sujet est le suivant: “Le Canada depuis la Confédération jusqu’à nos jours sous ses aspects matériels, intellectuels et religieux.”  Le travail sera jugé en tenant compte du fond et de la forme.  Pour le discours 50 points seront accordés pour le fond et la forme et 50 points pour le débit.

Il appert que l’éducation supérieure de la jeunesse acadienne était un problème que l’abbé Pierre-Paul Arsenault tenait toujours en esprit; un problème qui peut-être le hantait.  En général, les Acadiens n’avaient pas les moyens de pourvoir à l’éducation postscolaire de leurs enfants.  Voilà donc qu’en 1906 l’abbé Arsenault lance une grande loterie dans le but de fournir de l’aide financière à la jeunesse acadienne désireuse de poursuivre des études post-scolaires.  Le tirage aura lieu en janvier 1907.  Le but visé est de fonder une bourse écolière destinée à des étudiants acadiens choisis dans les différentes paroisses de l’Île.  Les prix offerts en loterie sont onze pièces d’or.  On pourrait dire une loterie dorée!  Il est évident que les efforts de l’abbé Arsenault sont secondés par les curés des autres paroisses acadiennes.  C’est peut-être alors que germait chez ce vaillant patriote, apôtre des causes acadiennes et francophones, le concept d’une société d’aide financière aux étudiants, organisme qui grâce à son instigation fut fondé en 1919.  Il est fort bien reconnu que l’abbé Pierre-Paul Arsenault fut le maître instigateur de la création de Société Saint-Thomas d’Aquin dont il fut l’un des fondateurs.  Il en fut le premier vice-président (1919-1920) et le deuxième président (1920-1925).  Il en fut d’ailleurs l’un des plus ardents promoteur et animateur.  En 1921, au moyen d’une lettre de sollicitation, il lançait une campagne financière à l’extérieur de la Province en s’adressant “À nos Frères et Cousins Acadiens et Canadiens-Français des Provinces Maritimes, de Québec et des États-Unis.”  Au cours des années 20 il obtint aussi des bourses d’études dans quelques collèges classiques de la Province de Québec.  Ceux et celles qui ont bénéficié ou qui aujourd’hui jouissent des bienfaits financiers, culturels, sociaux et éducatifs de la Société Saint-Thomas d’Aquin ne peuvent qu’exprimer de vifs sentiments de reconnaissance au “Père Arsenault” et rendre hommage à son initiative, sa clairvoyance, son dévouement et son patriotisme acadien indéfectible.  Il a certes mis en place des balises qui ont servi de guides aux Acadiens de l’Île-du-Prince-Édouard au cours des huit premières décennies du vingtième siècle.

L’abbé Pierre-Paul Arsenault était un agriculteur avisé.  À l’époque où il a vécu et exercé son ministère sacerdotal, la presque totalité des paroisses situées en milieu rural étaient nanties de terre en culture ou de fermes exploitées aux bénéfices des fabriques.  La paroisse de Mont-Carmel possédait donc une ferme dont le curé Pierre-Paul Arsenault était à la fois régisseur et directeur.  Il souhaitait de tout coeur que cette ferme et son exploitation servent de modèle aux cultivateurs de sa paroisse.  C’est pourquoi il y mettait en pratique les meilleures méthodes de culture et d’élevage.  Il y maintenait un cheptel de toute première qualité.  Dans la mesure du possible, il utilisait des géniteurs de race pure et ne manquait jamais l’occasion de vanter la qualité de ses volailles, de ses porcs et de son bétail laitier.  Fervent du rôle bénéfique des organismes agricoles au sein d’une population terrienne il ne manquait jamais d’assister au “Farmers’ Week” et à l’assemblée générale des Instituts des Fermiers (Farmers’ Institutes), organisme qui, à l’époque, jouait un rôle à peu près analogue à celui de la Fédération des Cultivateurs (Federation of Agriculture).  Il participait activement à tous les congrès agricoles et en rapportait des informations et des conseils qu’il se plaisait à transmettre à ses paroissiens.

Il faisait la promotion de l’utilisation de la bonne semence chez les cultivateurs de la région.  Il se chargeait même d’aider à en faire la procuration.  En effet, au moi de mai 1911, L’Impartial rapporte:  “Le père Pierre-Paul Arsenault, curé de Mont-Carmel, vient d’importer une grande quantité de graines de toutes sortes, ainsi que cent plantes de fraises qu’il distribue gratuitement à ses paroissiens pour les encourager et leur donner le goût de la culture de jardins potagers.  Le bon père Arsenault se dévoue d’une manière toute particulière pour l’avancement de ses paroissiens.  Pour voir le succès de ses efforts, il faut aller dans cette belle paroisse pour y voir le progrès qui se montre partout.”  Beau témoignage à un homme qui portait le plus vif intérêt à l’agriculture, à son développement et à son succès dans sa paroisse.  Les qualités de chef qui l’animaient et son entregent lui permettaient de s’attirer la collaboration de tous et d’assurer la réussite de tous ses projets.

Douces souvenirs du beau pays de mon enfance

1981 par Sœur Bella Arsenault

par Soeur Bella Arsenault

Marlboro, Mass.

 

La Voix Acadienne de la fin août 1980 me mit au courant des activités en préparation au festival, le dixième de la région acadienne de notre Île.  Cette lecture me rappela les origines des pique-niques de jadis si bien décrites par Monsieur Magloire Gallant en page 9 de La Petite Souvenance (Vol. 2, No. 1).

J’avais à peine six ans, et déjà mon imagination enfantine attendait ce jour qui ne semblait jamais arriver.  C’était, en effet, une fête de famille que ce pique-nique paroissial où tous se considéraient frères et soeurs sous la houlette paternelle de notre bon et vénéré Père Boudreau.  Pas une seule famille restait indifférente à cet événement familial que l’on nomme si bien aujourd’hui :  Festival.

Pour sa part, maman faisait un “pound-cake” de trois ou quatre étages, véritable château tel que grand’maman Pélagie décrivait dans ses contes de fées.  Tout en surveillant petite Maman au coin de la table de cuisine, ma petite tête pensait; mais, quel château magique! sans porte ni fenêtre!…  Le sucre blanc si brun n’était pas épargné, et je suis sûre que Monsieur Yeo devait le considérer comme l’un des plus beaux.

Papa, lui, choisissait son plus réussi petit veau, et Maggie lui attachait au cou un joli ruban pour le présenter, en triomphe, à l’Exposition Agricole.  Habituellement, son jeune maître, François, le ramenait avec prix, comme l’un des plus beaux de la région.

Monsieur Magloire me fit souvenir d’un mot oublié depuis longtemps, mais bien cher à mon coeur d’enfant, en ce jour de pique-nique:  les galances!  Maman n’oubliait jamais de procurer ce tour de plaisir à ses trois ou quatre plus jeunes, et lorsqu’on descendait de cette chère galance, la tête nous tournait comme toupis.

À la veillée, mes soeurs aînées avaient tout droit aux danses carrées, cette fois sans être munies de permission spéciale.  Et tard dans la soirée, toute la famille, y compris grand’mère Pélagie, s’entassait, ivre de joie et de grand air dans le “truck-wagon” en route vers la Petite allée, Higgins Road.

N’étant âgée que de dix ans quand il a fallu m’expatrier, mes souvenances sont limitées, mais je compléterai ce stage de mon existence heureuse en payant tribut à la mémoire de mes admirables parents.  Je ne saurais guère en faire assez d’éloges, mais vous parler de leur foi, et de leur piété  chrétienne est sûrement le couronnement de leur belle existence.

Quand, par exemple, approchait le temps de la Semaine Sainte, et que papa, membre de la chorale, ne pouvait se rendre aux répétitions, vue la distance, il invitait ses voisins, également de la chorale, à exercer chants et psaumes qu’on devait exécuter pendant les cérémonies du triduum pascal. Après la prière du soir, les plus jeunes devaient se retirer pour faire place à ces messieurs, et surtout à cause du silence respectueux qui devait accompagner ces pieux exercices.  L’on commençait par quelques exercices de solfège, puis suivaient les Lamentations et les autres chants liturgiques.

Mais quand, au Vendredi Saint, l’on pouvait contempler ces braves paysans en soutanes et surplis, rangés dans le sanctuaire, lire, en parties, la Passion du Seigneur, ces admirables pêcheurs et cultivateurs rivalisaient en ferveur les moines des cloîtres de jadis.

Comme chaque dimanche, les Vêpres se chantaient dans l’après-midi, papa avait l’habitude, en été, de retourner, malgré la distance, pour prendre part à la liturgie vespérale.  C’est alors que l’on se servait du “buggie” et de la petite jument brune.  Papa et Maman prenaient avec eux celui des jeunes qui avait été le plus sage pendant la semaine.  Enfin! une fois arriva mon tour!  C’est vous dire que j’étais loin d’être un petit ange.  Notre banc de famille étant alors au jubé, et de là, l’on pouvait apercevoir les membre du choeur de chant.  J’avais alors neuf ans, et le chant et la musique me charmaient. Vers la fin des Vêpres, une voix entonna le Magnificat, et cette voix, je la reconnus.  Maman se pencha vers moi et me murmura:  “C’est ton père qui chante.”  Alors, ce fut pour sa fillette un moment ravissant, même si elle n’y comprenait rien!

Quand, le matin, maman, très occupée, ne pouvait voir à la prière de chacun des plus jeunes, les quatre coins de la cuisine devenaient leurs prie-Dieu, et les plus âgés devenaient moniteurs: D’abord, le signe de la croix bien tracé, le Bonjour mon bon ange, suivi du Notre Père et du Je vous salue Marie étaient de rigueur.  Le bonjour aux parents était suivi du déjeuner, frugal mais substantiel.  C’était ensuite la préparation pour l’école en compagnie de nos petits voisins de la famille Cormier.

Cette belle famille Cormier dont la maman était parente de la nôtre, était aussi notre refuge quand le bon Dieu ajoutait à notre famille un membre de plus.  Nous voyions arriver alors grand-tante Sophique sans trop savoir la raison de cette visite mystérieuse.  Papa prenait alors les quatre ou cinq plus jeunes de sa nichée, avec robes de nuit et couvertures, puis, en procession, nous nous rendions chez nos aimables voisins, et la maman toujours si accueillante, nous préparait un petit lit sur le plancher.  La prière du soir terminée, nous passions la nuit, heureux comme des anges, mais anxieux de retourner au foyer pour découvrir le mystère.  En effet, un ange avait passé et avait déposé un petit frère ou une petite soeur de plus!

Une autre de mes souvenances les plus belles, est bien la bénédiction des bateaux de pêche.  À ce dimanche spécial de mai, personne ne s’absentait.  À cette occasion, unique pour moi, marraine Jacqueline me fit ma première robe neuve et y avait mis tout le beau talent de fine couturière:  un joli tissu rose, entrelacé au corsage d’un gracieux petit ruban de velours noir piqué d’une rose blanche.  C’est alors que la petite vaniteuse que j’étais, devint en ce jour, la petite reine du foyer.  Comme toute la famille devait être présente, il fallut ajouter deux planches au “truck-wagon” attelé de deux vigoureux chevaux.  Après la messe, très solennelle, tous se rendirent, en procession, sur la grève, suivis de Monsieur le Curé en chape, surplis et étole, précédé de la croix, des acolytes en soutanes et surplis de fête.  La chorale suivait, entonnant des chants d’occasion.  Lorsque chaque bateau reçut l’eau sainte et la bénédiction du ministre du Seigneur, les pêcheurs s’installèrent dans leurs barques, puis au chant de l’Avé Maris Stella par la foule, les bateaux quittèrent le port lentement, pour ensuite revenir vers la rive où chaque pêcheur rejoignait sa famille.  La Vierge, du haut de son trône de gloire, devait sourire à ses enfants d’Acadie, et bénir ces braves navigueurs confiés à sa maternelle protection.

Et voici ma troisième petite souvenance terminée.  En vous quittant, chers frères et soeurs de mon beau pays natal, laissez-moi vous chanter, sur l’air du Petite Mousse, quelques fragments de notre nouveau chant national trouvé en première page de La Petite Souvenance :

Reine des cieux, notre Patronne,
Entends la voix de tes enfants.
Accepte nos humbles prières,
À ton Fils, porte-les pour nous.

Le 4 septembre 1980