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Pierre Douville : un illustre fils de l’île Saint-Jean

2008 par Georges Arsenault

Parmi les quelque 3 000 habitants de l’île Saint-Jean déportés en France en 1758, Pierre Douville est sans doute celui qui s’est le plus illustré dans les années qui ont suivi le Grand Dérangement. Devenu homme d’affaires et capitaine de navire, il offre ses services de navigateur expérimenté pour combattre les Britanniques, d’abord auprès des Américains et ensuite auprès des Français 1.

Pierre Douville a vu le jour le 7 août 1745 à Havre-Saint-Pierre, île Saint-Jean. Il était le dixième enfant et le plus jeune fils de François Douville et de Marie Roger. La famille Douville était l’une des familles pionnières de l’île Saint-Jean et l’une des plus prospères. Le père, François Douville, s’établit à l’île en 1719 2.

Portrait de Pierre Douville.
Source : Military Collection, John Hay Library, Brown University, Providence, Rhode Island

À l’automne de 1758, alors qu’il n’a que 13 ans, Pierre Douville se voit déporté en France. Après environ trois mois en mer, il débarque à Saint- Malo, en Bretagne, le 29 janvier 1757 en même temps que sa mère, deux frères, cinq soeurs, deux beaux-frères, une belle-soeur ainsi que plusieurs neveux et nièces. Malgré la grande épreuve à laquelle elle a dû faire face, la famille Douville se compte chanceuse d’avoir survécu contrairement aux 24 familles de la région du Havre-Saint-Pierre qui sont complètement disparues pendant la Déportation. De toute évidence, elles ont été englouties par la mer quand le bateau qui les transportait, probablement le Violet, a coulé près des côtes de l’Angleterre pendant une tempête le 12 décembre 17583. Cependant, la famille Douville n’a pas été complètement épargnée. Dans les quelques mois qui suivent son arrivée en France, Pierre Douville perd trois soeurs, un beau-frère et sept neveux et nièces 4 qui sont emportés par la maladie.

Exilée en France, la famille Douville s’installe temporairement à Saint-Servan, en banlieue de Saint-Malo. Aussitôt la paix revenue entre la France et la Grande-Bretagne, et le traité de Paris signé en 1763, les Douville passent aux îles Saint- Pierre et Miquelon à l’instar de nombreuses autres familles qui avaient été déportées de l’Isle Royale, de l’île Saint-Jean et de l’Acadie. Ils quittent les côtes de la Bretagne dès le mois de juin à bord de La Marie-Charlotte, navire affrété par le roi. À leur arrivée aux îles, le gouvernement leur attribue deux concessions, avec graves donnant sur la mer, et situées sur l’Île-aux-Chiens, dans l’entrée de la rade de Saint-Pierre. La première concession est au nom de la veuve Douville et de ses enfants (y inclus Pierre), la seconde au fils aîné, Jacques Douville, époux de Judith Quémine. La pêche à la morue et son commerce deviennent le principal gagne-pain de la famille 5.

Pierre est alors un jeune navigateur de 17 ans. L’année suivante, il quitte sa famille et retourne en France où on le retrouve comme matelot sur La Nourrice, une flûte du Roi qui transporte des familles acadiennes à Cayenne, en Guyane française6. En 1765, à titre de second lieutenant, Pierre fait partie de l’équipage des Deux Amis qui amène en France 45 Acadiens récemment arrivés aux îles Saint-Pierre et Miquelon. Ces derniers sont forcés par les autorités françaises à quitter les îles parce qu’on juge qu’il y a un surcroît de population.

 
Le jeune navigateur revient bientôt auprès des siens et il navigue sur des navires de commerce entre Saint-Pierre et Miquelon et les ports de la Nouvelle-Angleterre. Vers 1770, Pierre Douville s’établit au Rhode Island où il est d’abord maître de navire et travaille pour le compte de riches négogiants. Il s’installe d’abord à Pawtucket puis à Providence.

 

La guerre de l’Indépendance américaine déclarée le 18 avril 1775, Douville ne tarde pas à s’enrôler dans la marine américaine et mène une carrière militaire navale pendant huit ans et sept mois. Il est d’abord nommé second lieutenant. Ses connaissances approfondies de la navigation le long des côtes de l’Atlantique font de lui un guide précieux pour les opérations militaires. Il joue notamment un rôle important comme pilote pour la flotte française, commandée par le comte d’Estaing, venue prêter main-forte aux Américains contre les Britanniques. Sa performance est récompensée par une promotion au rang de lieutenant de marine. Entre 1780 et 1782, on le trouve au service de l’escadre du comte de Barras, lieutenant général des armées navales françaises, à bord du Duc de Bourgogne. La lettre d’appréciation écrite par Monsieur de Barras témoigne de la qualité de ses services :

Nous Lieutenant général des Armées navales, Commandant de l’Ordre royal et militaire de Saint-Louis, certifions que M. Douville, lieutenant dans la Marine des États-Unis de l’Amérique, a servi pendant près de deux ans en qualité de Lieutenant de Vaisseau et de pratique des côtes de la Nouvelle Angleterre, à bord du vaisseau du Roi le Duc de Bourgogne, sous nos ordres immédiats, et sous ceux des Généraux qui nous ont précédé dans le commandement de l’escadre stationnée sur les côtes de l’Amérique septentrionale, et nous déclarons avoir toujours été parfaitement satisfait de ses services, comme officier de mer, comme homme de guerre, et comme pratique des côtes du nord de l’Amérique. – A bord du Duc de Bourgogne, dans la Baye du fort Royal de la Martinique, le 24 mars 1782. Signé : Barras 7

 Les excellents services rendus aux fondateurs de la nation américaine par ce natif de l’île Saint- Jean ne sont pas oubliés. Le 5 octobre 1784, Pierre Douville est nommé membre fondateur de la Society of the Cincinnati, ordre destiné à récompenser ceux qui s’étaient illustrés au cours de la guerre de l’Indépendance. Le président-fondateur de cette société était nul autre que le général George Washington, premier président des États-Unis d’Amérique.

 
Pendant la guerre, Pierre Douville se marie à Providence, le 26 juillet 1778, avec Cynthia Aborn, fille du colonel Samuel Aborn de Warwick, Rhode Island. Ce dernier avait été député de l’Assemblée générale provinciale en mai 1772 et avait commandé un régiment de milice à Pawtucket en 1776-1777. Le couple Douville a eu cinq enfants.

Revenu à la vie civile à la fin décembre 1784, Pierre Douville reprend son commerce maritime. Il se construit une corvette et fait plusieurs voyages aux Antilles, région avec laquelle s’intensifiait le commerce de la jeune nation américaine. En 1787, il amène sa famille à Saint-Pierre et Miquelon où elle demeure jusqu’en 1789.

Pierre Douville se rend en France au mois de décembre 1792 et s’enrôle dans la marine de la République française en janvier 1793, voulant « se rendre utile à sa patrie » dans ces années turbulentes de la Révolution française. Il est d’abord affecté en tant que lieutenant de vaisseau sur L’Achille à surveiller les côtes de la Loire Inférieure et du Morbihan.

 
Le 25 février 1794, Douville reçoit le commandement de L’Impétueux, bâtiment de 74 canons. Ce navire fait partie d’une escadre de 26 bâtiments qui a pour mission de protéger le convoi de blé des États-Unis à destination de Brest qui devait servir à apaiser un peu la famine qui sévissait à la fois dans les villes et les campagnes de France. Il participe à la bataille navale de Prairial de l’an II (28 mai-1er juin 1794) qui se déroule à 400 milles de Brest contre l’escadre de l’amiral anglais Howe. Dès le début de l’affrontement, Pierre Douville est atteint de 18 projectiles de mitraille. Il est fait prisonnier et retenu prisonnier en Angleterre où il meurt le 17 juin 1794 à la prison de Forton, à Gosport, près de Portsmouth.

 
Il y a confusion sur le lieu où se trouve aujourd’hui la sépulture de Pierre Douville. Raymond Douville (qui n’a aucun lien de parenté avec lui), dans son article intitulé « L’Odyssée d’un Acadien dans les marines américaine et française », publié en 1954, affirme que la dépouille a été transportée de l’Angleterre aux États-Unis par les soins de la Société des Cincinnati. Il dit également qu’elle a été inhumée dans le West Burial Grounds à Providence, Rhode Island, puis déplacée non loin au cimetière Swan Point en 1871 où un élégant monument a été élevé sur sa tombe. L’auteur avoue cependant qu’il n’avait pu découvrir où précisément Douville avait été enterré en Angleterre. Il ne donne pas non plus de date pour le transport de la dépouille aux États-Unis et ne précise pas la source de son information. Quant aux archives de la Rhode Island Society of the Cincinnati, elles ne contiennent rien indiquant que la translation des restes de Douville aurait eu lieu 8.

Il est donc probable que les cendres de Douville soient toujours en Angleterre. D’ailleurs l’inscription sur le monument, situé dans la concession familiale au cimetière Swan Point, ne dit pas que sa dépouille a été rapatriée aux États-Unis ni qu’elle repose sous le monument :

PIERRE DOUVILLE
was born in Canada, a subject of the King of France. He settled in Providence as a merchant, and served as a Lieutenant in the American Navy during the War of Independence; after which he was recalled by his King [sic], and appointed to the command of the French ship-of-the-line L’Impétueux, which he defended in the desperate battle between the French and English fleets off Ushant, on the first of June, A.D. 1794, until his last spar was shot away, and until he had received eighteen wounds, of which he died; thus closing an unspotted life which had been bravely and consistently spent in the service of his adopted and of his native country.

 

Ce monument semble donc être un monument commémoratif et non funéraire. En 1877, deux petites-filles de Pierre Douville ont présenté un portrait de leur grand-père à la Brown University de Providence. Dans une lettre accompagnant le don, et signée J. W. P. Jenks, il est question du monument qui avait été déplacé quelques années auparavant. Il y a aucune suggestion qu’il repose sur la sépulture du disparu : « The Cincinnatus Society, aided by his heirs, erected a monument to his memory in the West Burying Ground, which has been lately removed to Swan Point Cemetery 9. »

Le portrait en question est une peinture qui aurait été exécutée en France en 1794. Elle a été présentée à la Brown University par Cynthia Douville Willis et Sarah A. Tinkham. Leur mère, Cynthia (Mme John Willis, Jr.) était la fille de Pierre Douville. Le portrait de Pierre Douville constitue le seul portrait qui existe d’un individu né à l’île Saint-Jean avant la Déportation. En 2008, à l’occasion du 250e anniversaire de la Déportation de 1758, le Musée d’art du Centre des arts de la Confédération a emprunté cette peinture historique et l’a exposée pendant tout l’été, ramenant ainsi Pierre Douville dans son île natale après deux siècles et demi d’absence.

Parmi les descendants de l’illustre Pierre Douville l’on compte l’acteur de cinéma américain, Charles-Douville Coburn (1877-1961). En 1943, il a gagné l’Oscar du meilleur second rôle masculin pour sa performance dans le film The More the Merrier. Il a notamment joué à côté de Marilyn Monroe dans le film Gentlemen Prefer Blondes produit en 1953 10.

L’histoire étonnante et admirable de Pierre Douville est peu connue à l’Île-du-Prince-Édouard. Avant la parution du livre de Earle Lockerby, The Deportation of the Prince Edward Island Acadians (Nimbus, 2008), cet ancien Insulaire ne figurait dans aucun livre d’histoire de l’Île-du-Prince- Édouard et même de l’Acadie. Mais il y a espoir que l’odyssée de cet intrépide « Acadien11 » sorte de plus en plus de l’obscurité. Son portrait figure depuis quelques années dans l’exposition permanente du Musée acadien de l’Université de Moncton. Nous souhaitons que la publication du présent article contribue à donner à ce célèbre Insulaire d’origine sa place dans l’histoire de notre Île.

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1. Les renseignements sur la vie de Pierre Douville sont tirés principalement des articles suivants : Raymond Douville, « L’Odyssée d’un Acadien dans les marines américaine et française », Les Éditions des Dix, Montréal, 1954, p. 1-30 ; Gérard Scavennec, « Pierre Douville, un Acadien à la recherche de son identité », dans Racines et Rameaux français d’Acadie, bulletin no 11 (juin 1994), p. 2-8 ; Gérard Scavennec, « Pierre Douville, 1745-1794 ou Le destin hors du commun d’un marin acadien », Racines et Rameaux français d’Acadie, numéro hors série, 2005, 35 p. : Florian Bernard (with additional notes by Michael Talbot & Dennis Boudreau), « François Douville and his Family, Forgotten Acadians », Le Réveil Acadien, Fitchburg, Mass., vol. XIV, no. 1 (February 1998), p. 20-22 ; Michel Poirier, « Pierre Douville, fils de Normands de Coutances, héros de la guerre d’Indépendance américaine et peut-être de Jules Verne », Annales de Normandie, Congrès des Sociétés historiques et archéologiques de Normandie, vol. 6, 2001, p. 314-328.

2. Georges Arsenault, « Le premier insulaire d’origine européenne enterré à St. Peters Harbour. », La Petite Souvenance, numéro 16, p. 9-11.

3. Information donnée par le généalogiste Stephen White dans une conférence à St. Peters lors du colloque « Discovering the History and People of Saint-Pierre-du Nord », le 12 mai 2001. Voir La Voix acadienne, 23 mai 2001, p. 5.

4. Gérard Scavennec, « Pierre Douville, 1745-1794 ou Le destin hors du commun d’un marin acadien », p. 6.

5. Michel Poirier, loc. cit.

6. Gérard Scavennec, op. cit., p. 6.

7. Cité dans Scavennec, « Pierre Douville ; un Acadien à la recherche de son identité »,  loc. cit., p. 4.

8. Lettre de Henry L. P. Beckwith, secrétaire de la Rhode Island Society of the Cincinnati, à Georges Arsenault, 6 décembre 2003, incluant quelques documents relatifs à la peinture de Pierre Douville, qui se trouve à la Brown University, et à son monument. Courriels de Lauren Fish, de la Library of the Society of the Cincinnati, 18 et 19 novembre 2003.

9.         Ibid.

10.       Ibid.

11.       Strictement parlant, Pierre Douville n’était pas Acadien et ne s’identifiait pas ainsi. Né à l’île Saint-Jean, son père était originaire de la Normandie et sa mère, Marie Roger, de La Rochelle. Les Douville ont vécu à l’île Saint-Jean de 1719 à 1758, colonie qui, à cette époque, n’était pas considérée comme faisant partie de l’Acadie.

 

La première route sur l’Île – Le chemin de Havre-Saint-Pierre

2004 par Jean-Paul Arsenault

Jean-Paul Arsenault

 

Peut-être s’agit-il du plus ancien chemin à l’Île-du-Prince-Édouard comme on le prétend sur une enseigne routière mais le Covehead Road n’est pas la première route utilisée par les colons européens pour transporter personnes et marchandises d’un endroit à l’autre.  En effet, cette distinction appartient au sentier qui liait le haut de la rivière Hillsborough, ou rivière du Nord-Est, à l’établissement français de Havre-Saint-Pierre, village principal de la paroisse de Saint-Pierre-du-Nord.  Dans l’atlas Meacham de 1880, on aperçoit une courte section de chemin entre le lac St. Peters et la baie St. Peters nommée «Old St. Peters Highway».1 Celle-ci représente l’extrémité est du lien entre Port-La-Joye, les emplacements acadiens le long de la rivière Hillsborough et ses tributaires, et le centre commercial de l’Île Saint-Jean, Havre-Saint-Pierre, pendant le régime français de 1720 à 1758.

Cet article présente une analyse des documents historiques et des cartes géographiques datant du régime français et des premières années de l’administration britannique, et met en évidence le récit de la visite à l’Île Saint-Jean de l’ingénieur militaire Louis Franquet qui a parcouru la route pendant l’été 1751.  L’article décrit d’abord brièvement les portages utilisés sur l’Île dont l’un est le précurseur du chemin de Havre-Saint-Pierre, ainsi que ce premier établissement commercial d’envergure.

Les anciens portages

Avant l’arrivée des colons européens, les autochtones voyageaient abondamment sur l’île qu’ils nommaient Epekwitk, et ils utilisaient des portages entre les côtes nord et sud à certains endroits où les distances et la topographie permettaient le transport par voie de terre.  Plusieurs de ces portages seraient utilisés plus tard par les Européens, et leurs emplacements ont été préservés par le biais de noms modernes de chemins et de villages.  Portage, par exemple, est situé sur une section étroite du comté de Prince, entre les rivières Percival et Portage, une distance de trois kilomètres et demi.  Le chemin Portage dans le comté de Queens marque le lieu probable d’un portage entre la rivière Hillsborough et la baie de Tracadie, une distance de trois kilomètres.  Le village d’Urbainville dans le région Évangéline est connu sous le nom de Portage, appellation qui indique probablement la route par voie de terre entre la baie Egmont et la rivière Ellis, une distance de huit kilomètres.  Un autre portage est celui entre le ruisseau Read sur la baie de Bédèque et le ruisseau Rayner sur la baie de Malpèque, une distance de trois kilomètres et demi.2

Quelques portages sont indiqués sur les anciennes cartes françaises, par exemple, celle de 1730 qui énumère les familles établies le long de la rivière Hillsborough3.  Celui qui nous intéresse a son origine près du village contemporain de St. Andrews et est indiqué sur la carte comme allant vers Havre-à-l’Anguille, connu aujourd’hui sous le nom de Havre-aux-Sauvages.  Les Mi’kmaq habitaient le haut de la rivière Hillsborough et, sans doute, auraient utilisé ce portage pour traverser de la rivière à la baie et se rendre dans le golfe Saint-Laurent.  Quittant la rivière sans doute à l’embouchure du ruisseau Bambrick, le voyageur marchait environ deux kilomètres portant canot et provisions, pour ensuite reprendre la navigation dans la partie sud-est du Havre-aux-Sauvages à l’endroit le plus proche, le ruisseau MacIntyre.  Pagayant vers le nord, ils quittaient le havre pour ensuite longer la côte vers l’est pour atteindre Havre-Saint-Pierre, une distance d’environ treize kilomètres.  Les documents de la période française n’indiquent pas quand le portage a été remplacé par une route; le premier récit écrit est celui de l’ingénieur Louis Franquet qui emprunta cette route en 1751.  Il serait raisonnable de présumer qu’une fois la circulation de personnes et de marchandises ayant atteint un certain volume, le pouvoir humain et la capacité des canots n’auraient plus fourni à la demande.  La tradition orale dans la communauté locale prétend que ce portage aurait été utilisé comme sentier de transport et que, à certains endroits, des traces de roues de charrettes seraient encore visibles de nos jours.

Havre-Saint-Pierre

Le régime français à l’Île Saint-Jean a connu ses débuts avec l’arrivée en 1720 d’un groupe de soldats et de colons envoyés par le comte de Saint-Pierre.  Ce dernier avait reçu une concession du roi Louis XV lui permettant d’exploiter la pêche et les autres ressources naturelles se trouvant dans les îles Saint-Jean et Miscou, ainsi que dans les îles avoisinantes du golfe Saint-Laurent.  Deux tiers des habitants de la nouvelle colonie se sont rendus à Havre-Saint-Pierre où ils ont établis ce qui deviendrait le centre commercial, tandis que Port-La-Joye serait le centre militaire et administratif.4 Bien que l’entreprise du comte de Saint-Pierre ait connu la faillite en 1724, la communauté qui porte son nom a continué de grandir en étendue et en importance.

 En soustrayant les 104 pêcheurs du recensement de 1735, cela nous donne un meilleur portrait du nombre de résidants permanents à cette époque.  Donc, la population de Havre-Saint-Pierre aurait augmenté de façon importante entre 1735 et 1752.  Le recensement de 1752 démontre qu’une partie de l’augmentation est due aux naissances; le reste est attribué à l’arrivée de nouvelles familles.5 Cette augmentation a eu lieu malgré quelques sinistres tels qu’une épidémie de souris dévastatrice en 1738, et des incendies de forêt en 1736 et 1742.  Ceux-ci ont détruit forêts, maisons et cultures à Havre-Saint-Pierre et le long de la rivière Hillsborough.  Plusieurs administrateurs militaires à Port-La-Joye ont recommandé que le quartier général de la colonie soit déménagé à Havre-Saint-Pierre puisque cet endroit s’avérerait plus convenable comme avant-poste principal du roi.  Pour appuyer leurs arguments, ils se référaient à la supériorité de la pêche, de l’agriculture et du commerce ainsi qu’une population plus élevée.  Toutefois, le ministre responsable a refusé leur proposition en raison de l’incapacité du havre d’accommoder les vaisseaux du roi.6 En 1744, le statut de l’avant-poste militaire de Port-La-Joye a été rétrogradé et, pendant l’hiver, les troupes ont été mises en garnison à Havre-Saint-Pierre.  Renforcées de leurs alliés mi’kmaq et acadiens, les troupes se sont engagées dans une action militaire contre les Anglais de la Nouvelle-Angleterre à la rivière Hillsborough en juin 1745.  Nous croyons qu’au cours de la bataille, ils auraient tué quelques soldats anglais et en capturé vingt-huit ainsi qu’un vaisseau anglais, avant de regagner Havre-Saint-Pierre et d’embarquer pour Québec an août 1745.7

L’administration française fut de retour en 1748, année qui marqua la restitution de l’Île Saint-Jean à la France grâce au traité d’Aix-la-Chapelle.  Encore une fois, Port-La-Joye est devenu le port principal et le siège du gouvernement.  Marin, pêcheur et marchand, François Douville a fait construire un moulin à farine à Havre-Saint-Pierre pour prendre avantage de la croissance économique.  Malgré les tensions militaires entre les Anglais et les Français en Amérique du Nord, les habitants de l’Île Saint-Jean ont pu poursuivre leur vie tranquille de culture et d’élevage.

À sa plus belle époque pendant les années 1750, Havre-Saint-Pierre était une communauté très prospère.  Des fouilles récentes entreprises par Parcs Canada sur la côte nord de la baie de Saint-Pierre à Greenwich ont permis de découvrir la propriété d’un forgeron.  L’archéologue Rob Ferguson a déclaré que des morceaux de porcelaine ont été trouvés ainsi que des verres de vin et de la vaisselle allemande, anglaise et française.  Il a rapporté que : «Ces gens n’étaient pas que de simples paysans; ils étaient des entrepreneurs, ils avaient des surplus et de l’argent pour acheter des articles de luxe» (traduction de l’auteur).8 Le village comptait une belle église et un presbytère ainsi qu’un curé. De toute évidence, il s’agissait d’une communauté complète, prospère et indépendante.  Afin de fournir un moyen de transport plus efficace entre Port-La-Joye et Havre-Saint-Pierre, une route fut construite afin de lier le haut de la rivière Hillsborough à ce qui était devenu le centre commercial le plus important de l’Île Saint-Jean.

La visite de Louis Franquet en août 1751

La meilleure description du chemin allant à Havre-Saint-Pierre est celle de l’ingénieur français Louis Franquet qui, dans sa capacité d’inspecteur général des fortifications, a préparé un compte-rendu détaillé de son voyage d’inspection à l’Île en 1751.  Ordonné par le roi à dessiner des fortifications pour protéger l’Île Royale et l’Île Saint-Jean contre les Anglais, suite au traité d’Aix-la-Chapelle de 1748, Franquet soumet un rapport qui est considéré par la plupart des historiens comme un portrait réaliste de ce qu’il a vu et vécu.  Contrairement à d’autres voyageurs, il n’avait pas l’intention de publier un récit de voyage. Tel que noté dans le Rapport de l’archiviste de la province du Québec : «Le voyageur qui n’écrit pas pour le public est plus vrai, plus sincère.  Il n’a aucun intérêt à ménager et écrit ce qu’il pense».9

Louis Franquet est arrivé à Port-La-Joye le 2 août 1751 et il passa les prochains six jours à inspecter l’emplacement, prenant note du port lui-même,  des fortifications et des fermes acadiennes, tout en dressant les plans d’un nouveau fort.  Le 9 août, il monta la rivière du Nord-Est dans sa gabare avec l’aide de six rameurs et remorqué par un voilier (esquif).  Après avoir passé la nuit à Belair, aujourd’hui Scotchfort, chez les sieurs Bujeau et Gauthier, il commenta avec enthousiasme la grande richesse des terres qu’il dit aussi bonnes que dans les meilleurs cantons de France.  Ensuite, il monta la rivière une distance de deux lieues, à peu près huit kilomètres, ce qui l’aurait placé entre St. Andrews et le AS@ dans le haut de la rivière du Nord-Est, un peu en aval de l’embouchure du ruisseau Tannery. Son compte-rendu est le suivant :

Après avoir fait environ deux lieues, l’on découvrit, de loin, une maison de face au cours de la rivière; l’on nous dit que son origine était à un quart de lieue au-dessus, et qu’il était à propos, crainte de manquer d’eau plus avant, de mettre à terre à la rive droite [nord] vis-à-vis l’habitation de la veuve Gentil, nous y vîmes de près des grains de la plus grande beauté, et le chemin de là au havre St-Pierre étant frayé, large de 6 à 7 pieds et propre à des charrettes attelées de deux boeufs, on le suivit à pied, il traverse des bois brûlés dans lesquels est une grande quantité de bleuets qu’on mange en rafraîchissement, il va aboutir au ruisseau à Comeau où la mer forme une espèce de barachois qu’on traverse à sec, à marée basse, et à haute mer sur deux pieds et demi d’eau; cet endroit est réputé le point milieu du chemin d’entre la dite veuve Gentil et le havre St-Pierre.

À la sortie de ce barachois, le chemin rentre dans le bois jusqu’à l’endroit nommé la Queue-des-Étangs où un autre petit ruisseau forme semblable barachois, toujours couvert d’eau, et dont le fond vaseux et mol en rend le passage difficile.

C’est à cet endroit que les dunes commencent à se former, elles garantissent le pays des inondations de la mer, le chemin les laisse à gauche et à droite il borde des étangs que l’on traverse de distance à autre, il s’y trouve ordinairement deux pieds à deux pieds et demi de hauteur d’eau et dans les grandes crues toute l’assiette du chemin en est couverte; néanmoins comme elle est dure, il n’y a aucun risque d’y passer, mais seulement beaucoup d’incommodités aux gens de pied qui sont obligés de se mouiller; à la sortie de ces étangs se trouvent les clôtures des terrains concédés, on les côtoie pour arriver devant l’entrée du havre du Petit-St-Pierre.10

Le plan de Franquet pour une route supérieure

Franquet passa la journée du 11 août à Havre-Saint-Pierre décrivant dans son journal les environs du village, la condition du havre et les difficultés encourues par les pêcheurs forcés d’échanger avec Louisbourg.  Il dressa aussi les plans d’un fort carré à quatre bastions sur le sommet de la colline où était située l’église.  Le lendemain, il quitta Havre-Saint-Pierre :

L’on suivit le chemin qu’on avait tenu en venant, il parut également mauvais aux voitures et incommode aux gens de pieds; parvenus chez la dite veuve Gentil, l’on fut visiter une fontaine nommée communément la Grande-Source, éloignée d’un petit quart de lieue de la maison de la dite veuve, et d’une demie de l’endroit où la rivière du Nord-Est prend son origine; les habitants prétendent que dans le canal de la décharge de ses eaux dans la dite rivière, il y en a suffisamment à demi-marée pour le remonter en canots, et même en chaloupes, que c’est l’endroit le plus propre au mouillage des bâtiments, et au dépôt des marchandises à transporter du dit havre St-Pierre au port LaJoie; leur sentiment à cet égard se trouve soutenu du mauvais état du chemin qui conduit à St-Pierre, de la facilité qu’il y en aurait d’en tracer un nouveau, A, B, depuis la dite Grande-Source, droit sur l’église du dit havre; ce projet nous ayant paru avantageux aux habitants, l’on fut reconnaître le local et après avoir examiné les terrains que son alignement parcourra l’on est convenu qu’il pourrait s’exécuter sans la moindre difficulté, qu’il ne saurait que concourir au commerce et à établir une relation prompte d’un endroit à l’autre; l’on a rapporté l’ancien chemin et le nouveau projeté à la carte de cette île.11

La carte identifiée dans le compte-rendu de Franquet est celle qui est dessiné à l’envers, c’est-à-dire avec le sud vers le haut.12 Chose étrange, elle démontre la maison de la veuve Gentil et le début du chemin à Havre-Saint-Pierre comme étant situés sur la rivière du Nord-Est au sud de la baie de Tracadie à Belair.  Pourtant, si Franquet avait séjourné à Belair, au sud de la baie de Tracadie et, le lendemain, avait monté la rivière une distance de deux lieues avant d’arriver chez la veuve Gentil, la carte ne peut pas être correcte.  Toutes les cartes subséquentes, incluant celle de Samuel Holland, indiquent que le chemin de Havre-Saint-Pierre quittait la rivière Hillsborough (Nord-Est) au sud du Havre-aux-Sauvages, non pas de la baie de Tracadie.13 Toutefois, la carte de Franquet illustre bien son plan pour une route plus directe, A, B, de la rivière allant jusqu’au village.

De là, alors, la question se pose : la nouvelle route, a-t-elle été construite? Il n’existe aucune preuve que ce chemin et les autres recommandés par Franquet ont été construits.  Nous savons qu’il existait un sentier entre Havre-Saint-Pierre et l’établissement de Jean-Pierre Roma à Trois-Rivières, et un autre entre Trois-Rivières et Port-La-Joye, bien que ceux-ci ne semblent pas avoir été convenables aux charrettes, seulement aux personnes à cheval.

Extrait de la Carte de Lisle St. Jean dessinée après la visite de Franquet.

 Toutefois, il existe quelques indices intéressants dans les documents et revues historiques, et dans la tradition orale des personnes qui connaissent l’histoire des communautés de Cherry Hill, Head of Hillsborough et le Cameron Settlement.  Par exemple, dans le Prince Edward Island Magazine de 1900, J. Bambrick écrit (traduction de l’auteur) : « Un autre sentier liant la rivière Hillsborough et St. Peters passait à travers d’une forêt épaisse au sud de la voie ferrée.  Bien qu’utilisée seulement les mois d’hiver, des colons s’étaient établis le long du chemin.  Comme preuve, on a trouvé des vieilles caves au nord du Cameron settlement».  Plus tôt, dans le même article, Bambrick dit (traduction de l’auteur) : «Les os d’une paire de boeufs, comprenant aussi une grosse chaîne par laquelle ils étaient amarrés contre un arbre et, à côté, les restes de métal de la charrue ont été trouvés, il y a quelques années, au fond des bois, au nord du Cameron Settlement ».14 Bambrick a présumé que ces artefactes fournissaient la preuve que les Français s’y étaient établis auparavant.  Un autre indice intéressant de l’existence du chemin se trouve dans le recensement de 1752 du Sieur de la Roque.  Il décrit Mathurin Thenière comme étant établi sur une terre «…située à l’intérieur à un demi-lieue du chemin du Roi qui mène à la Grande-Source».  On dit que d’autres colons énumérés au même recensement, et qui se trouvaient le long de la rivière du Nord-Est, vivaient près de la grande Source.15

En se servant d’une carte géographique et un peu de raisonnement déductif, on pourrait s’imaginer que le trajet proposé par Franquet aurait rejoint la rivière du Nord-Est près du ruisseau Tannery, le premier cours d’eau en aval de la source de la rivière principale à pouvoir flotter un bateau d’une grandeur commerciale.  De là, le chemin aurait parcouru les terrains plus élevés au sud du ruisseau Tannery, évitant ainsi les terres marécageuses entre le ruisseau et la voie ferrée et aurait traversé le ruisseau Berrigan à l’est du chemin MacEwen, se dirigeant au sud de l’Étang-de-Saint-Pierre pour arriver enfin au village de Havre-Saint-Pierre.  Au lieu de faire douze kilomètres sur le premier chemin, celui-ci aurait fait à peu près neuf kilomètres et ce, sur un meilleur parcours.  Toutefois, sans preuves supplémentaires, nous ne pouvons pas connaître le trajet exact de ce que de la Roque appelle le «chemin du Roi qui mène à la Grande Source».

Traçant le parcours du premier chemin à l’Île-Saint-Jean

La carte de Samuel Holland démontre un chemin qui commence à la rivière Hillsborough où elle croise la ligne entre les comtés de Queens et Kings, allant en direction nord-est vers Havre-aux-Sauvages, pour traverser le ruisseau MacEwen.16 Ensuite, le chemin tourne vers l’est, traversant le ruisseau MacDougall et, de là, va en direction de St. Peters Harbour, traversant St. Peters Lake au mitan de celui-ci.  De l’autre côté du ruisseau MacDougall, la carte de Holland indique une branche du chemin s’en allant vers le nord-est pour atteindre la côte.  Cette route pourrait être le parcours décrit par Franquet lorsqu’il dit avoir d’abord traversé deux ruisseaux, probablement MacEwen et MacDougall.  Ensuite, l’on présume que le sentier aurait mené au nord de la série d’étangs puisque Franquet décrit les dunes à sa gauche et les étangs à sa droite.

Carte de Samuel Holland indiquant « Road to St. Peters ».

Le Meacham’s Atlas démontre un chemin nommé le Canovey [Canavoy] Road qui mène ves le nord-est à partir du St. Peters Road près de St. Andrews.17

Extrait de Meacham’s Atlas indiquant le Canovey Road.

Plusieurs cartes dont nous ne connaissons pas les dates dénomment ce chemin «Road to Savage Harbour» ou «Road to Stukeley».18 Dans le Provincial Road Atlas, ce bout de chemin de deux kilomètres est indiqué par le numéro 23747, et l’on dit qu’il est impraticable.19 Vraisemblablement, il s’agit du dernier vestige de la première route sur notre Île.  Malheureusement, elle existe seulement comme un droit de passage abandonné, une section qui a récemment été transféré à un particulier qui possède de la terre des deux côtés.

Extrait du Provincial Road Atlas indiquant le chemin no 23747.

À l’autre extrémité se trouve le village abandonné de Havre-Saint-Pierre.  Au sommet des terres avoisinantes, on retrouve aujourd’hui une maison construite en 1883 par un dénommé John Sinnott.  En parlant de sa construction, le Weekly Examiner & Island Argus écrivait que le propriétaire (traduction de l’auteur) «… posait la fondation … sur le présumé site de l’ancienne église française… L’endroit est dominant; l’emplacement environ un quart de mille de la côte.  Les inégalités étranges du terrain à côté sont suggestifs.  Une cloche d’église a été trouvée à une distance de quarante verges, en direction du nord B entre la maison et la côte … le premier enfant né à Havre-Saint-Pierre (ou dans l’Île-du-Prince-Édouard) a été baptisé dans l’église de Saint-Pierre…».20 Plus tard, en 1901, John Caven écrivait dans le Prince Edward Island Magazine (traduction de l’auteur) : «Au sud, où la terre monte à partir de la côte, à mi-chemin sur une inclinaison graduelle, se trouvaient les maisons des pêcheurs.  Deux rangés de caves, chacune d’une longueur de cent verges, et séparées d’une rue, marquent encore l’endroit… Au sommet de l’éminence, à quelques verges près de l’habitation de M. Sinnott, se trouvait l’église».21

Conclusion

Eh bien, peu de traces ont survécu du premier chemin de l’Île, le chemin à Havre-Saint-Pierre.  Grâce à l’intérêt démontré par les gens de la place et les historiens acadiens ainsi qu’aux fouilles archéologiques impressionnantes présentement en cours par Parcs Canada à Greenwich, nous commençons à découvrir la vraie histoire du premier centre commercial de l’Île.  Espérons que la sagesse et le respect pour le passé triompheront sur les intérêts commerciaux de notre monde moderne, et que nous pourrons un jour commémorer l’importance de ce lieu historique d’une manière appropriée.  Il est dommage que les résidants locaux et le gouvernement provincial n’ont pas reconnu l’importance historique de ce qui reste de ce premier chemin.  Peut-être n’est-il pas trop tard pour désigner et protéger certaines sections de cette route patrimoniale en utilisant un instrument législatif approprié.

 

 1          Illustrated Historical Atlas of Province of Prince Edward Island, J. H. Meacham  & Co. 1880. Edited by Mika Publishing Company, Belleville, Ontario, 1977, p. 92.

2          « Voyage d’inspection du Sieur de la Roque. Recensement 1752. » Rapport concernant les Archives canadiennes pour l’année 1905. Ottawa: Imprimeur du Roi. p. 156.

3          Plan de la rivière du Nord-est en Lisle St. Jean en 1730. Archives nationales du Canada, contact no. c49768.

4          Barbara Schmeisser, Building a Colonial Outpost on Île-Saint-Jean, Port LaJoye 1720-1758, Parks Canada Agency, 1999, p. 3.

5          «Voyage d’inspection du Sieur de la Roque. Recensement 1752.», Rapport
concernant les Archives canadiennes pour l’année 1905
, Ottawa : Imprimeur du Roi,  pp. 128-143.

6          Barbara Schmeisser, op,cit., pp. 20-31.

7          A. W. Warburton, A History of Prince Edward Island, Barnes and Co., Saint John, N.B., Section C., pp. 1-2.

8          Mary MacKay, «Buried Treasures», The Guardian, Charlottetown, P.E.I., July 26, 2003, Section C., pp. 1-2.

9          Rapport de l’archiviste de la province du Québec pour 1923-1924, pp. 111-139.

10        op. cit., p. 118.

11        op. cit., p. 121.

12        Carte de Lisle St. Jean dans le Golfe de St. Laurent au Canada, Provincial Archives and Records Office no. 0545.

13        Carte de Samuel Holland, Provincial Archives and Records Office no. 0617.

14        J. Bambrick. «Traditions of the Early Acadians – Occupation of East River and
St. Peter’s», Prince Edward Island Magazine, Vol. III, October 1900, No. 8.
pp. 361-363.

15        «Voyage d’inspection du Sieur de la Roque. Recensement 1752.», Rapport

concernant les Archives canadiennes pour l’année 1905, Ottawa : Imprimeur
du Roi, p. 131 et p. 89.

16        Carte de Samuel Holland, Provincial Archives and Records Office no. 0617.

17        Illustrated Historical Atlas of Province of Prince Edward Island, J. H. Meacham
& Co., 1880, Edited by Mika Publishing Company, Belleville, Ontario. 1977. p.
92.
18        Provincial Archives and Records Office, cartes numéros 1089A, 0515B et
0690C.

19        Prince Edward Island Provincial Road Atlas : 2000 edition, Prince Edward
Island Department of Transportation and Public Works, Charlottetown. p. 29.

20        “Ye Olden Time”, The Weekly Examiner & Island Argus, November 23, 1883.
p. 21. (En dépit de ce qui se trouve dans cet article, la réclamation voulant que la
première personne née à Havre-Saint-Pierre, ou à l’Île, aurait été baptisée
dans l’église de Havre-Saint-Pierre est vraisemblablement fausse. Nous
savons qu’un enfant acadien a été né à l’Île-Saint-Jean vers  1716, et que cet
enfant a été baptisé à Beaubassin.  Aussi, puisqu’il est probable que l’église
de Port-La-Joye fut construite un an ou deux avant celle de Havre-Saint-
Pierre, il est probable que les nouveaux-nés de Havre-Saint-Pierre auraient
été baptisés d’abord à Port-La-Joye.)

21        John Caven, «Settlement at St. Peter’s Harbour», Prince Edward Island
Magazine
, Vol. III, October 1901, No. 8. p. 276.
Extrait de la Carte de Lisle St. Jean dessinée après la visite de Franquet
Carte de Samuel Holland indiquant «Road to St. Peters»
Extrait de Meacham’s Atlas indiquant le Canovey Road
Extrait du Provincial Road Atlas indiquant le chemin no 23747

 

Discovering Local History Through Church Records of Saint-Pierre-du-Nord (1724-1758)

2003 par Earle Lockerby

Earle Lockerby

 

Saint-Pierre-du-Nord (centered at Havre Saint-Pierre) is one of five parishes which existed on Île Saint-Jean during the French regime, the others being Port-LaJoye (Saint-Jean-l’Évangéliste), Malpec (La Sainte-Famille), Saint-Louis-du-Nord-Est and Pointe-Prime (Saint-Paul).  Only the parish registers of Saint-Pierre-du-Nord and Port-LaJoye have survived.  The parish register of Saint-Pierre-du-Nord
travelled to France with a shipload of deportees, aboard a British transport in the autumn of 1758, following the capture of Louisbourg by the British that year.

Island historians have long been aware of the parish register for Port-LaJoye, but such appears not to have been the case for that of Saint-Pierre-du-Nord, the original of which resides today in an archives at St-Malo, France.1 Books, or chapters of books, dealing with Island Acadian history have referred to the register of Port-LaJoye without mentioning that of Saint-Pierre-du-Nord.  A relatively recent example of this is the book The Catholic Church in Prince Edward Island 1720-1979 which was published in 1979.

The first entry in the register of Saint-Pierre-du-Nord is dated July 19, 1724 and records the baptism of Magdelene Briand, daughter of Bernard Briand and Isabelle Saunier, both of whom were Mi’kmaq.  The priest administering these rites was Claude-François de Brevant who described himself as “prestre approuvé desservant dans la paroisse de St-Pierre en l’isle St Jean au déffaut d’un curé”.  Entries by Brevant span the period July 19 to September 16, 1724.

Of the first six entries, no less that five involve Mi’kmaq people.  Such entries may be found sprinkled throughout the register.  These confirm what is well known from other sources, namely that the French expended considerable efforts to have the native people embrace the Roman Catholic faith.  These entries not infrequently list French inhabitants as witnesses to church rites involving native people and as godparents in the case of baptisms.  This confirms the considerable degree of social intercourse which existed between the French settlers and the Mi’kmaq people.

What the first entry and other early entries also tell us is that in 1724 Saint-Pierre-du-Nord was a parish in its own right, not an adjunct to the parish of Port-LaJoye.  Moreover, a church existed in the settlement at this time.  A burial entry of August 24, 1724 reads “inhumés dans l’église”.  Several marriage entries subsequently state that the people were “assemblés dans l’église”.  The church may have been built in 1724 or possibly a year or two earlier.  We know that the church had a bell, the bell having been unearthed in 1870 near the known site of the church.2 The date 1723 was inscribed on the bell, suggesting that the church had this bell from about the time that the church was established.

The register of Saint-Pierre-du-Nord shows that until the beginning of 1732 Saint-Pierre-du-Nord only occasionally had a priest.  The situation of Port-LaJoye from 1724-1732 was not a great deal better.  With the collapse of the fishery initiative of the Comte de Saint-Pierre, Île Saint-Jean became less important in the eyes of officials in Louisbourg and Paris, and had already lost in 1723 the two resident priests who had been at Port-LaJoye since 1721.  From time to time during the 1724-1732 period, priests came to Île Saint-Jean from Île Royale, i.e. Cape Breton, or from Acadia, staying for several days, a few weeks, or perhaps two or three months.

In early 1723 Father Mathieu François Le Paige was installed as the resident parish priest and he remained here almost continuously for seven and one half years.  Le Paige not only ministered to his flock at Saint-Pierre-du-Nord, but also to people from outlying areas considered a part of the parish, including Tracadie, Havre-aux-Sauvages, Malpec and Pointe-de-l’Est.  In subsequent years, Baie-de-Fortune was added.  Occasionally the priest journeyed to these places.  The register provides us with the first known date when a priest ministered in the French settlement of Malpec, noted by Father Le Paige as being 15 leagues distant from Saint-Pierre-du-Nord.  On May 1, 1735 at Malpec he married Marie Magdeleine Arsenault and Jean de Launay, and conducted two baptisms.  This had not been his first visit to Malpec.  He had been there at least one time prior to September 1734.

In 1739 Le Paige was succeeded by Father Gabriel Le Moign who had already been at Port-LaJoye a couple of years and who remained at Saint-Pierre-du-Nord for five years.  It is evident from a comparison of the registers for Port-LaJoye and Saint-Pierre-du-Nord that during the 1732-1744 period, Saint-Pierre-du-Nord enjoyed more stability in terms of priests than did Port-LaJoye.  Together, Le Paige and Le Moign served 12 years continuously at Saint-Pierre-du-Nord, while during this period, no less than six different priests rotated through Port-LaJoye.  Perhaps that was a reflection of a broader social stability at Saint-Pierre-du-Nord where fishing was the major part of the economy, providing for trade and a small merchant class.  Saint-Pierre-du-Nord always had a greater population than Port-LaJoye – indeed, much greater for much of the existence of these two settlements.  Port-LaJoye was an administrative and military centre – those on administrative postings came and went and the troops garrisoned at Port-LaJoye were rotated yearly.  While the important officials lived at Port-LaJoye, Saint-Pierre-du-Nord was the wealthier community.

During the time that Louisbourg was occupied by the British from 1745 until 1749, one finds no entries in the register of Port-LaJoye.  However, there are a few entries in the register of Saint-Pierre-du-Nord.  In mid-August of 1745 Father Samuel Riou visited Saint-Pierre-du-Nord and performed a marriage and a baptism.  It is of some significance that he signed himself as a Récollet priest, “faisant les fonctions curiales de la paroisse de Malpec”.

These entries indicate two things:

1. That Malpec was established as a separate parish on Île Saint-Jean sometime before mid-1745, not in the early 1750s, as has been popularly believed.

2. That Malpec had a priest, probably resident in the community, some years before Father Dosque settled there in 1753.

The marriage which Father Riou of Malpec performed at Saint-Pierre-du-Nord on August 15, 1745 united Simon Billard and Marie Charpentier.  Though there is no hint of it in the register, there is an interesting story behind this marriage.  Simon Billard ws born in France and was a soldier in the garrison which in 1744 and 1745 was stationed at Saint-Pierre-du-Nord rather than at Port-LaJoye.  He was also a gunsmith and had some skills as a blacksmith.  While at Saint-Pierre-du-Nord he obviously fell in love with the local Acadian girl, Marie Charpentier.  Rather than evacuate to Quebec with his troop, following the fall of Louisbourg to the British in the summer of 1745, Billard chose to become a deserter and 2½ weeks later wedding bells were ringing at the church of Saint-Pierre-du-Nord.  A few years later when French administrative and military officials returned to the Island, Simon Billard as a deserter was in trouble.  However, a petition by the local inhabitants, emphasizing the valuable services that Billard had performed as a blacksmith, appears to have successfully extricated him.3 He and Marie raised a family at Saint-Pierre-du-Nord and in late 1758 found themselves in France, among the deportees from Île Saint-Jean.

Several other entries of interest took place during the period when Britain and France were at war.  On November 11, 1747 there is recorded an adult baptism of Dorothée, “négresse domestique” of Monsieur de la Borde.  This is confirmation that there were blacks on the Island under the French regime, a fact we know from other documents.  Jean Pierre Roma at Trois-Rivières had black slaves and a black “domestique” of Commandant Villejouin was deported with him from Port LaJoye in 1758.

After the war the first priest at Saint-Pierre-du-Nord was Charles de la Goudalie, who came here in 1751 at the age of 72, having had many years experience in Quebec and Acadia.  The outpost of Saint-Pierre-du-Nord must have been a challenging assignment for a man of his age and he left within a couple of months.  The next priest to practise at Saint-Pierre-du-Nord was Father Jacques Girard, who up until now has been associated only with the parish of Pointe-Prime.  He came from the parish of Cobequid (now Truro), and was at Saint-Pierre-du-Nord for four months in the summer of 1752.

Girard was succeeded at Saint-Pierre-du-Nord by Father Jean Marc Perronnel whose first entry was on Christmas day in 1752.  In an entry two weeks later he signed himself “curé missionnaire de St Louis du Nord Est et de St Pierre du Nord”.  The parish of Saint-Louis-du-Nord-Est had been established along the Rivière-du-Nord-Est (Hillsborough River) a year or two earlier – its church being in the present Scotchfort.  Father Perronnel had a presbytère, for in several instances he mentions conducting ceremonies there.  In this regard he was probably more comfortable than the priests or chaplains at Port-LaJoye who often had to make do with quarters in the area of the soldiers’ barracks.

In 1755 Father Perronnel performed two baptisms involving families from Pointe-de-l’Est.  From census records it is known that there were a few fishing families living near Pointe de l’Est from about 1720 to 1752, more specifically at North Lake which the French called Tranche Montagne.  The register of Saint-Pierre-du-Nord indicates that they were still there in 1755 and there is no reason to believe that they were not there right up to 1758.  Thus Tranche Montagne presumably shares with Port-LaJoye and Saint-Pierre-du-Nord the distinction of being places on the Island which had French residents during the whole of the French regime from 1720 to 1758.

Father Perronnel kept Saint-Louis-du-Nord-Est under his wing until the arrival of Father Pierre Cassiet at that parish in 1753.  However, Perronnel was forced to return to France in 1755 on account of ill health – both physical and mental.4 He was replaced by Jean Biscarret who served until the British takeover, Father Biscarret’s last entry being on August 21, 1758 four days after Port-LaJoye capitulated to British forces.  At Port LaJoye, on the other hand, it appears that the priest left that parish in May of 1758 and entries in the register of that parish cease at that time.

This is not however the last entry in the register of Saint-Pierre-du-Nord.  On September 3 and 4, 1758 a burial and two marriages were conducted by Father Girard.  Curiously, these took place, not at Saint-Pierre-du-Nord, but at Trois-Rivières, suggesting that by the close of the French regime this former French settlement again had a few settlers.  It has been said that the priests hurriedly married people that fall, as their embarkment into British transports was imminent.  Perhaps this was intended to prevent the separation of unmarried couples among different transports or somehow conferred other advantages which would be beneficial during the trip or upon arrival in France.  In any event, these two marriage entries of Girard would suggest that there may be some truth to this legend.  There may have been more such marriages, but under the chaotic conditions prevailing, it would not be surprising that they did not get recorded in the register.

One of the things which is evident from the register is that cross-parish marriages were not uncommon, suggesting a fair degree of movement of people and social intercourse between parishes.  The people of Saint-Pierre-du-Nord appear to have had a significant degree of communication with the parishioners of Malpec, despite the distance separating these two parishes.  A considerable number of baptisms and marriages involving settlers of Malpec may be found in the register of Saint-Pierre-du-Nord.

Some names stand out as frequent witnesses or godparents at baptisms, marriages and funerals, suggesting that these individuals occupied a certain position of respect, distinction or leadership.  Marie Roger’s name stands out as does that of her husband, François Douville, and others in the Douville family.  Jean Baptist Veco, Jacques Veco, Jacques Oudy, Louis Aubin LeBuff, the community doctor, Dominique DuClos, and Louis Talbot are a few others.  Talbot conducted a number of burials at times when no priest was available.

The register of Saint-Pierre-du-Nord reveals a number of place names, some of which are familiar, others less so.  Havre-à-l’Anguille was used interchangeably with Havre-aux-Sauvages, particularly during the first half of the French regime, but during the second half the name Havre-à-l’Anguille apparently fell into disuse.  Tracadie, which was initially within the parish of Saint-Pierre-du-Nord, by 1753 became part of the parish of Saint-Louis-du-Nord-Est, following the establishment of that parish.

The village of Portage is referred to on a few occasions.  It was at the head of the Hillsborough River.  Marie Gentil and her husband, Jean-Baptiste Haché, described as residents of Portage, had a child baptized in 1736.  Madame Gentil’s name became better known in Island French history through Louis Franquet’s writing of her in 1751 while travelling between Port-LaJoye and Saint-Pierre-du-Nord.  Though by now widowed, she still lived, according to Franquet, by the portage, though he does not refer to a village by that name.5 Havre-de-Bonne-Fortune is mentioned.  Presumably, this is the same as Havre-de-Fortune or Baie-de-Fortune, the “Bonne” having gotten dropped.  There was also Havre-de-Bonne-Espérance, being dependent on the parish of Saint-Pierre-du-Nord – its location is unknown.

François Douville’s burial entry in 1757 is interesting in that it claims that Douville was the first resident of Île Saint-Jean.  Another interesting entry occurred in February 1758 when Father Biscarret married Paul Devaux and Marguerite Potier.  Both are described as refugees in the parish.  The groom’s parents, from Beaubassin, were said to be prisoners of the British.  The bride’s mother, formerly from Beaubassin, was living at Havre-aux-Sauvages, but the bride’s father was also a prisoner of the British.  Quite probably, the three parents were being held at Fort Cumberland, formerly Fort Beauséjour.

Though the last register entry made on Île Saint-Jean occurred in September 1758, there is one subsequent entry.  Made on April 18, 1759 at St-Malo, it gives a fleeting glimpse into the register’s journey to France.  On that date Marie Roger, Louis Talbot, Louis Aubin LeBuff and our friend, Simon Billard, ex-soldier, lover and blacksmith, and several others appeared before two notaries at St-Malo.  Charles de la Borde, formerly of Saint-Pierre-du-Nord and quite likely the man who owned the black slave, Dorothée, needed a baptismal extract concerning his son who had been baptized in Île Saint-Jean in 1750.  Marie Roger and Louis Talbot had been the godparents.

In testimony given before the notaries, it was stated that following the fall of Île Saint-Jean to the British, the register had come to St-Malo aboard one of the transports and had been given to a St‑Malo church official.  It was retrieved from the official in order to have a baptismal extract prepared, but the relevant baptism could not be found in the register.  It was stated that during the crossing from Ile Saint-Jean the transport was frequently buffeted by heavy seas and as a result the register had become wet, and unfortunately several pages within the 1750 section had gotten torn and mouldy or rotten.  Those appearing before the notaries remembered that the baptism was in October, who the officiating priest was, and who the witnesses and godparents had been.  This was good enough to produce a baptismal extract, even though the date in October was unknown.  Ironically, it turns out that the baptism probably never had been recorded in the register of Saint-Pierre-du-Nord.  The officiating priest was based at Port-LaJoye and it was in the register of Port-LaJoye where he chose to record it.  The record of the baptism, which occurred on October 5, is quite intact to this day!

Knowledge of who the priests were on Île Saint-Jean during the French regime and where and when they served, has been developed over the past 100 years or so without the benefit of information from the register of Saint-Pierre-du-Nord.  Indeed it has been the register of Port La‑Joye which has been the main source of information.  The compilation by D.C. Harvey is quite accurate in relation to the priests serving Port-LaJoye, but is somewhat less accurate regarding the other four parishes, including Saint-Pierre-du-Nord, for which only the period after 1752 is addressed.6 By taking into account the information provided by the register of Saint-Pierre-du-Nord, a greatly expanded and more accurate picture for that parish can be developed (Table 1).

Similarly, by using information from both parish registers, as well as certain other data, it is possible to present a more accurate and comprehensive compilation showing the service of priests at each of the three smaller parishes (Table 1).  It is unfortunate that the registers of Saint‑Louis-du-Nord-Est, Pointe-Prime and Malpec have not survived, for like the register of Saint-Pierre-du-Nord, they, too, could no doubt shed light on local history during the French regime.

 

Table 1

Service by priests at five parishes during the French regime on Île Saint-Jean7

 

Port-LaJoye

René -Charles de Breslay : April 17, 1721 – April 29, 1723

Louis de Metivier : July 25, 1721 – July 14, 1723

Louis Barbet Dudonjon : August 19, 1723 – June 11, 1724

Félix Pain : July 1 – July 3, 1725

Leonard Patin : July 26, 1725

Félix Pain : November 27, 1725 ; March 6, 1726; June 5, 1726 ; September 8 – September 21, 1726 ; Pierre-Joseph de Kergariou8 ; January 18 – January 24, 1726

Ignace Joseph Flamant : June 27 – June 29, 1727 ; December 24, 1727

Juan Despirac : December 13, 1727

Félix Pain : November 26 – December 4, 1727 ; February 2, 1728 : September 9 – November 7, 1728 ; April 21 – May 21, 1729 ; October 24 – October 31, 1729 ; May 14 – May 22, 1730 ; October 17 – November 3, 1730 ; May 9 – July 10, 1731 ; November 3, 1730 ; May 9 – July 10, 1731

Mathieu François Le Paige : December 3 – December 8, 1731 : February 23, 1732; April 23, 1732 : October 17 – October 31, 1732 ; January 31, 1733 ; April 7 – May 3, 1733 ; October 25, 1733

L.G. Bienne : October 10, 1733

Athanase Guégot : November 26, 1733 – June 20, 1735

Mathieu François Le Paige : October 20 – October 23, 1735

Anathase Guégot : December 12, 1735 – August 20, 1736

Angélique Collin : October 11, 1736 – July 21, 1737

Gabriel LeMoign : September 24 – October 27, 1737

Mathieu François le Paige : November 13, 1737

Gabriel Le Moign : December 17, 1737 – January 3, 1739

Ambroise Aubré : January 28, 1739

Gabriel Le Moign : March 12 – July 28, 1739

Ambroise Aubré : August 11, 1739 – June 30, 1741

Elie Kerviche : August 16, 1741 – May 11, 1744

Patrice LaGrée : September 15, 1749 – January 22, 1751

Alexis de Buron : January 15 – January 24, 1751

Patrice La Grée : January 26, 1751 – September 25, 1752

Isidore Caulet : August 16, 1752

Ambroise Aubré : October 9, 1752 – July 16, 1754

Pierre Cassiet : August 7, 1754

Père Orast (?) : August 25, 1754

Gratien Raoul : September 15, 1754 – July 30, 1755

Père Laforce : August 16, 1755

Gratien Raoul : August 17, 1755 – May 30, 1758

 

Saint-Pierre-du-Nord

Claude-François de Brevant : July 19 – September 17, 1724

Leonard Pain : August 4 – August 15, 1725

Pierre-Joseph de Kergariou : February 4 – February 5, 1726

Félix Pain : May 18 – May 26, 1728 ; August 22 – August 28, 1728 ; October 10 – October 19, 1728 ; July 6 – July 22, 1729 ; September 9, 1729 ; September 8 – September 19, 1730

Mathieu François Le Paige : January 6 – February 4, 1732 ; May 21 – June 2, 1732 ; September 8 – September 27, 1732 ; February 11 – February 25, 1733 ; May 14 – October 6, 1733 ; October 14, 1733 ; November 26, 1733 – October 17, 1735 ; November 16, 1735 – September 27, 1737 ; January 14, 1738 – June 21, 1739

Gabriel Le Moign : August 4, 1739 – September 3, 1740

Elie Kerviche : September 4, 1739 ; September 10, 1740

Gabriel Le Moign : September 11, 1740 – October 11, 1744

Elie Kerviche : October 18, 1744 – August 15, 1745

Samuel Riou : August 15 – August 16, 1745

Pierre Maillard : November 7 – November 12, 1747

François Marganne de Chapt de Lavaltrie9 : Date unknown, but included some time leading up to September/October 1748

Ambroise Audré : November 11, 1749

Charles de la Goudalie : May 26 – July 7, 1751

Alexis de Buron : March 18, 1751

Jacques Girard : July 13 – November 6, 1752

Jean Marc Perronnel : December 25, 1752 – August 18, 1755

Pierre Cassiet : August 29, 1755

Jean Biscarret : September 18, 1755 – August 21, 1758

 

Saint-Louis-du-Nord-Est

Jean Marc Perronnel : December 1752 – 1753

Pierre Cassiet : 1753 – September 1758

 

Malpec

Pierre-Joseph de Kergariou : March 26, 1725 (Mi’kmaq mission)

Mathieu François Le Paige : Prior to September 1734 ; May 1, 1735 ; November 3, 1738

Père Duguay10 : Date unknown, but before 1753

Samuel Riou11 : Date unknown, but included a period of time leading up to August 1, 1745

Bernard Sylvestre Dosque : 1753 – August or September 1758

 

Pointe-Prime

Jacques Girard : 1752 – September 1758

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1 Transcripts of the parish regiser of Saint-Pierre-du-Nord are available at the Prince Edward Island Archives and Records Office, at the Centre d’études acadiennes (CEA), Université de Moncton, and at the National Archives of Canada (NAC), Ottawa.  Microfilm copies of the original register are held by the CEA and NAC.

2 John C. MacMillan, The History of the Catholic Church in Prince Edward Island from 1835 till 1891 (Québec, 1913), pp. 295-296; The Weekly Examiner and Island Argus, Charlottetown, 23 November 1883, p. 1.

3 Archives Nationales (Paris), Archives des Colonies, Série C11C, Vol. 8, pp. 191-192, “Inhabitants’ [of Saint-Pierre-du-Nord] petition to Monsieur Benoit”.  The document is undated, but from its context can be determined to have been written in September or October 1748.

4 L’Abbé L’Isle-Dieu au Président du Conseil de Marine, 23 déc. 1755, Rapport de l’Archiviste de la Province de Québec, 1937/38, p. 173.

5 Louis Franquet, Voyage de Franquet aux Iles Royale et Saint-Jean, Rapport de l’Archiviste de la Province de Québec, 1923/24, pp. 118 et 121.

6 See D.C. Harvey, The French Régime on Prince Edward Island (New Haven, 1926), pp. 240-243.  Harvey’s compilations are echoed in Henri Blanchard’s two books, Histoire des Acadiens de l’Ile du Prince-Edouard (1927), pp. 75-76 and The Acadians of Prince Edward Island (1964), pp. 53-55.  However, in the case of Saint-Pierre-du-Nord, Harvey’s errors have been compounded in Blanchard’s second book.

7 With a few exceptions, dates are those on which baptism, marriage or internment rites were conducted.  The dates on which priests began and finished their service in any given parish may be somewhat earlier or later, respectively, than the dates indicated, since rites would not necessarily be performed on the first and last days of service.  Prior to 1749 some rites which are recorded in the register of Port-LaJoye involved residents of Saint-Pierre-du-Nord, and some of these rites were no doubt conducted at Saint-Pierre-du-Nord.  Thus, the extent to which Saint-Pierre-du-Nord was visited by priests based at Port-LaJoye is probably greater than indicated in this compilation.  This appears to be particularly true during the tenure of Father Patrice LaGrée, 1749-1751.  The information upon which this compilation is based is drawn largely from the registers of the parishes of Port-LaJoye and Saint-Pierre-du-Nord.  For Port-LaJoye the compilation largely reproduces that first published in D.C. Harvey, The French Regime in Prince Edward Island, New Haven, 1926, pp. 240-242.  Copies and transcripts of the registers are available in Canada at the Prince Edward Island Record Office, Charlottetown, the Centre d’études acadiennes, Université de Moncton, and the National Archives, Ottawa.  At the later repository the citations for these registers are:

Port-LaJoye:  MG1, G1, Vol. 411, Microfilm reel no. F-595 (original) and C-1472 (transcript)

Saint-Pierre-du-Nord:  MG6, A4, Ser. E, Microfilm reel no. F-817 (original) and C-2970 (transcript)

8 Information concerning Father Kergariou is from a small register kept by him and now residing in the Fonds Casgrain, Archives du Séminaire de Québec.

9 Inhabitants’ [of Saint-Pierre-du-Nord] petition to Monsieur Benoît, Archives Nationales (Paris), Archives des Colonies, C11C, Vol 8, pp. 191-192.  The document is undated, but from its context can be determined to have been written in September or October 1748.

10 Letter of Abbé L’Isle-Dieu to Mgr H.-M. de Pontbriand, 20 June 1754, Rapport de l’Archiviste de la Province de Québec 1936/1937, Québec, 1937, p. 377.

11 See register of Saint-Pierre-du-Nord.

 

Le premier insulaire d’origine européenne enterré à St. Peters Harbour

2002 par Georges Arsenault

Georges Arsenault

 

Le 30 janvier 1757, la communauté de Havre-Saint-Pierre, sur la côte nord de l’Île Saint-Jean, se réunissait dans l’église paroissiale pour faire ses adieux à un notable de la paroisse, Sieur François Douville, décédé la veille à l’âge de 72 ans, « Le premier habitant de la dite Isle », comme le curé de Biscarret prenait soin de noter dans l’acte de sépulture1.

Lors de son décès, François Douville était l’habitant le plus prospère des environs.  Selon le recensement effectué cinq ans plus tôt2 , il était à la fois pêcheur, navigateur et fermier.  Il était propriétaire de trois terrains.  En 1752, il demeurait avec sa famille « au lieu du Nigeagant3 » (probablement près de l’église) où il avait fait un défriché et semé 60 boisseaux de blé.  Le deuxième terrain se trouvait « au fond des Étangs » (aujourd’hui Bristol) où Douville y avait un moulin à farine.  Son autre propriété était située à « la pointe au havre Saint-Pierre-du-Nord ».  Là, il avait défriché suffisamment de terre pour cultiver un jardin, le restant du terrain servant de grave pour faire sécher la morue.  C’est en ce lieu qu’il tenait son bateau et ses deux chaloupes.  Le recenseur, Joseph de la Roque, rapporte qu’un incendie avait détruit la maison qui se trouvait sur ce terrain.   François Douville possédait aussi les plus gros troupeaux de la paroisse, soit 8 boeufs, 8 vaches, 4 génisses, 8 veaux, 1 cheval, 22 brebis, 9 cochons, 4 oies, 50 poules et poulets et 20 dindes et dindonneaux.

Nous ne connaissons rien des circonstances qui ont amené Douville à l’île Saint-Jean où il est arrivé en 17194 , un an avant l’établissement officiel de la colonie par les colons recrutés en France et en Acadie par la Compagnie de l’Isle Saint-Jean.  Né le 27 juillet 1684 à Saint-Denis-le-Gatz en Normandie, fils de Mathieu Douville et de Marie Marquier5, il est possible, à l’instar de nombreux jeunes pêcheurs normands, qu’il ait fréquenté les bancs de pêche du Golfe Saint-Laurent et de la côte atlantique pendant quelques saisons avant de s’établir dans l’Île.  On peut s’imaginer qu’il connaissait les gens de la Compagnie de l’Isle Saint-Jean et qu’il leur ait même servi d’éclaireur.  D’ailleurs, le principal actionnaire de la Compagnie, le comte de Saint-Pierre, Louis-Hyacinthe de Castel, était lui aussi de Normandie.  Il se trouve que la Compagnie a choisi le Havre-Saint-Pierre pour y établir son comptoir de pêche.

Extrait d’une carte intitulée « A Sketch of the Island of St. John’s » faite par les Britanniques quelques années après la Déportation. On y aperçoit la baie Saint-Pierre avec, à l’ouest, le village de Havre-Saint-Pierre (St. Peters Village) et son église. Le pointillé représente les terres défrichées par les colons pendant le Régime français. (Archives publiques du Canada)

Vers 1722, âgé alors d’environ 38 ans, François Douville épouse une jeune fille de 13 ans, Marie-Élisabeth Roger, née le 25 septembre 1709 à La Rochelle, fille du commerçant Gabriel Roger de Havre-Saint-Pierre et d’Élisabeth Gautron6.

Le couple a eu onze enfants, mais aucun de leurs descendants n’habite aujourd’hui l’Île.  Lors de la Déportation de 1758, la veuve de François Douville et ses enfants ont été transportés en France à bord d’un navire britannique où les survivants ont débarqué à Saint-Malo le 23 janvier 1759.  Plusieurs membres de cette famille ont plus tard retraversé l’océan pour s’établir aux Îles-Saint-Pierre-et-Miquelon.  C’est d’ailleurs à Saint-Pierre qu’est décédée Marie-Élisabeth le 6 juin 1758 à l’âge de 75 ans.  L’un des fils Douville, Pierre, a émigré en Nouvelle-Angleterre où il a été lieutenant dans la marine américaine pendant la guerre d’Indépendance.  Ses restes reposent au Rhode Island7. Parmi ses descendants on compte l’acteur de cinéma américain, Charles-Douville Coburn (1877-1961) qui a joué à côté de Marilyn Munroe dans le film Gentlemen Prefer Blondes (1953).

La pierre tombale de François Douville, pionnier de l’Île Saint-Jean, a depuis très longtemps disparu de St. Peters Harbour.  Cependant, des gens de la région savent encore où se trouve l’ancien cimetière de la paroisse Saint-Pierre-du-Nord.  Il y a cent ans, l’historien John Caven a visité l’emplacement de cet ancien cimetière, situé sur la ferme d’un dénommé John Sinnott et en a publié une description dans le Prince Edward Island Magazine8.  D’après l’historien, il s’agissait d’un « lopin de terre carré, soigneusement clôturé, qui est épargné du nivellement de la charrue par le propriétaire respectueux, car, selon la tradition orale, les restes de nombreux vaillants colons y reposent.  Un bosquet de sapins projette une ombre triste sur cette terre consacrée ».

Havre Saint-Pierre, aujourd’hui St. Peters Harbour, constitue un lieu historique de grande valeur pour la province.  Établissement le plus peuplé entre 1720 et 1758, il a été le premier et le plus grand centre commercial de l’Île pendant le Régime français.

La plupart de ses habitants ont connu le malheureux sort de la Déportation, un grand nombre d’entre eux ayant comme tombeau l’océan Atlantique9 .  Cependant, les restes des tout premiers habitants de Havre-Saint-Pierre, y compris ceux de François Douville, reposent toujours près de la rive de la baie St. Peters.  Il serait juste que leur mémoire soit rappelée par un geste tangible.  C’est pour cette raison que le Comité historique Havre-Saint-Pierre vient d’être formé, sous la présidence de l’historienne Juanita Rossiter.  La mise sur pied de ce comité découle du colloque organisé à St. Peters, Î.-P.-É., au mois de mai dernier, par le Comité historique Soeur-Antoinette-DesRoches et Parcs Canada.

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1 Registre Saint-Pierre-du-Nord, copie manuscrite consultée sur microfilm aux Archives provinciales de l’Île.  Je dois préciser que Douville aurait été le premier insulaire d’origine européenne à demeurer « en permanence » dans l’Île.  De toute évidence, il y aurait eu des familles acadiennes qui se seraient installées temporairement dans l’Île avant 1719.  Notons le cas de Louis LaBauve et d’Anne La Vache qui faisaient baptiser à Beaubassin le 21 juin 1717 un fils, Jean LaBauve.  Selon le baptistaire inscrit dans le registre paroissiale de Beaubassin, cet enfant était né le 1er juillet 1716 sur l’île Saint-Jean.  Je tiens à remercier Earle Lockerby de m’avoir signalé cette information.

2 « Voyage d’inspection du Sieur de la Roque.  Recensement.  1752 ».  Publié dans le Rapport concernant les Archives canadiennes pour l’année 1905, Ottawa, Imprimerie du Roi, Volume II, pp. 137-138.

3 Nigeagan : Bourdigue, enceinte de claies aménagée au bord de la mer ou sur un cours d’eau pour prendre du poisson, notamment le hareng et le maquereau.  (Yves Cormier, Dictionnaire du français acadien, Montréal, Fides, 1999.)

4 Selon le recensement de 1728.

5 Merci à Gérard Scavennec, descendant de François Douville qui demeure à Lanester (France), de m’avoir fourni une copie du baptistaire de son ancêtre.

6 Stephen A. White, Dictionnaire généalogique des familles acadiennes, volume II, Moncton, Centre d’études acadiennes, 1999, pp. 1418-1419.

7 Gérard Scavennec, « Pierre Douville : un Acadien à la recherche de son identité », Racines et Rameaux d’Acadie, Bulletin No 11, pp. 2-8.

8 John Caven, « Settlement at St. Peter’s Harbor », The Prince Edward Island Magazine, Vol. III No. 8 (October 1901), p. 276.

9 Information donnée par le généalogiste Stephen A. White lors d’une conférence prononcée lors du minicolloque « Découvrir l’histoire et les gens de Saint-Pierre-du-Nord » à St. Peters le 12 mai 2001.