Résultats: ‘Gilbert Buote’

L’Oeuvre de J.-Henri Blanchard

1986 par Cécile Gallant

Cécile Gallant

 

Le présent article est le texte d’une conférence présentée à Moncton le 26 octobre 1985 lors du colloque qui soulignait le 25e anniversaire de la Société Historique Acadienne de Moncton.

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La Société Historique acadienne de l’Île-du-Prince-Édouard a entrepris depuis quelques années une recherche sur la vie et l’oeuvre de J.-Henri Blanchard en vue d’une publication. Né à Rustico, le 16 juin 1881, l’année de la première Convention Nationale des Acadiens, et décédé en 1968, J.-Henri Blanchard est l’un de nos plus grands patriotes acadiens.  Professeur, historien et animateur des plus dynamiques pendant plus d’un demi-siècle, Blanchard a contribué de façon significative à la survivance acadienne dans l’Île.  La Société désire, par le biais d’une biographie du genre populaire, faire connaître au grand public l’importance historique de cette contribution.  Cette biographie se vent aussi scientifique que possible tout en était écrit dans un style à portée de tous.

Des projets de recherche subventionnés par le Secrétariat d’État ont permis de recueillir une vaste documentation ayant trait aux multiples aspects de la vie et de l’oeuvre de Blanchard.  L’histoire orale a été l’approche privilégiée dans un premier projet.  Une cinquantaine d’entrevues ont ainsi été réalisées avec des gens qui ont bien connu Blanchard.  Dans un deuxième projet, une bibliographie de ses écrits (ouvrages, articles de revues et de journaux, discours, correspondances) a été établie.  Tous les extraits de ses discours tels que rapportés dans les procès-verbaux de diverses associations acadiennes dans lesquelles il a oeuvré ont aussi été relevés.

Nous connaissions peu de détails de l’enfance et de la jeunesse de J.-Henri Blanchard.  Nous avons alors tenté de cerner ce qui aurait pu marqué cette période de sa vie.  Fils de Jérémie Blanchard et de Domithilde Gallant, Henri est né à Rustico en 1881.  L’année suivante, ses grands-parents paternels, ses parents et lui-même, âgé d’onze mois, quittent Rustico où le surpeuplement et le manque de terres avaient entraîné depuis les années 1860 une émigration importante de familles acadiennes de cet endroit.  La famille Blanchard déménage à Duvar dans la paroisse de Bloomfield où elle achète une ferme de 100 acres.  Les Acadiens constituent la majorité de la paroisse de Bloomfield, mais l’élément anglophone est très fort dans la région de sorte que l’anglicisation des Acadiens est déjà une réalité dans les années 1880.  Toutefois, Jérémie et Domithilde réussissent à transmettre à leurs enfants leur attachement à la langue française.

La maisonnée Blanchard comprend les grands-parents, les parents et onze enfants dont Henri est l’aîné.  La plupart des membres de la famille participent aux travaux de la ferme.  Et pour suppléer au revenu familial, le père et le grand-père, bons charpentiers, s’adonnent parfois à ce métier.

En 1890, alors qu’Henri avait neuf ans, son père se présente candidat aux élections provinciales.  Il est défait. Il réussit cependant à se faire élire membre de l’Assemblée législative de l’Île aux élections de 1893.  Comme politicien, Jérémie Blanchard était très bon orateur.  Ses discours politiques ont été qualifiés de “fantastiques”.  C’était un homme qui n’avait pas été au collège mais qui s’était instruit par la lecture.  Henri a sans doute été influencé dans son enfance par les discussions politiques qu’il entendait chez-lui, et il a probablement appris certaines techniques de l’art oratoire en observant son père.

Ses grands-parents ont aussi joué un rôle important dans sa formation.  Virginie Blanchard, née Doucet, la grand-mère, semble avoir eu une influence particulière sur son petit-fils.  Malgré son peu d’éducation formelle, Mémé Blanchard possédait tout un bagage d’histoires qu’elle aimait raconter le soir à ses petits-enfants, surtout à Henri.  Elle connaissait des histoires de la Bible, des histoires à propos de Napoléon, enfin, semble-t-il, des histoires de toutes sortes.  Elle encouragea Henri, dès son jeune âge, d’étudier et puis de lire tous les livres qu’il pourrait.  De sa grand-mère, il a hérité ainsi ce goût qu’elle avait pour l’histoire, la lecture et pour s’instruire, ce goût qu’il ne cessera de cultiver tout au long de sa vie.

Une relation étroite existait également entre Henri et son grand-père Sylvestre Blanchard, un habile charpentier et charron.  Plus tard, Henri se plaisait de raconter une expérience qui l’avait beaucoup touché.  Une journée, son grand-père fabriquait méticuleusement les roues d’un wagon, un service qu’il rendait à un certain individu qui ne payait pas toujours ses comptes.  Il aurait dit à Henri:  “Je fais ce wagon ici pour un monsieur.  Je ne me ferai jamais payer pour ceci.”  “Ah, mais, lui dit Henri, pourquoi alors êtes-vous si minutieux?”  Son grand-père lui a répondu:  “S’il ne veut pas me payer, ça c’est ses affaires.  Moi, j’ai à faire un wagon et puis je le fais le mieux possible.”

Henri Blanchard a commencé son éducation dans la petite école de Duvar.  À l’âge de douze ans, il se rendait étudier à l’école secondaire de Tignish où il eut Gilbert Buote comme professeur de 1893 à 1894.  C’était l’année de la fondation de L’Impartial, le premier journal de langue française publié dans l’Île.  Gilbert Buote en était le propriétaire et le rédacteur.  C’était un homme qui avait aussi une grande passion pour l’histoire et la généalogie.  Quoique peu méthodique, Buote était, comme l’écrira plus tard Blanchard, “un splendide écrudit,” “un homme très renseigné qui souvent parlait au-dessus de la tête des élèves.”  Cet éminent maître a été pour Blanchard une autre source d’inspiration.  Ses études primaires terminées, le jeune Henri devint élève au Collège Prince de Galles de Charlottetown, où il obtint son brevet d’instituteur à l’âge de 19 ans.  Il enseigna par la suite pendant neuf ans dans les écoles acadiennes de l’Île.

Outre son éducation formelle, Blanchard s’est instruit par la lecture.  Jeune adolescent, il préférait de beaucoup la lecture aux travaux de la ferme.  Il lisait à chaque occasion qu’il avait.  Et, plus tard, pendant les longues veillées d’hiver lorsqu’il était professeur de campagne, il lisait souvent jusqu’à une heure avancée de la nuit.  C’est le cas de son séjour à l’école de Saint-Chrysostome à partir de 1903.  Âgé de 22 ans, il pensionnait chez un dénommé Jos Pacifique Gallant.  Ce dernier possédait une assez bonne bibliothèque héritée, semble-t-il, d’un curé de la paroisse.  La famille Gallant servait Henri comme s’il était un grand visiteur, et elle faisait tout dans son possible pour qu’il soit confortable.  Installé dans une grande chambre au deuxième étage avec un poêle à bois, Henri passait ses soirées à lire.  À tous les soirs après le souper, Jos Pacifique montait avec une brassée de bois pour le poêle.  “J’ai passé ici,” Blanchard a-t-il dit plus tard, “les deux plus belles années de ma vie.”  Il aimait particulièrement lire des romans historiques qui lui donnaient le sens de l’histoire.  La poésie était une autre de ses lectures favorites.

À part ses lectures, il étudiait une grammaire française que Jean-O. Arsenault, son confrère à l’école de Saint-Chrysostome, lui avait passée.  Jusque-là, Blanchard comme de nombreux Acadiens de l’Île, n’avait pas eu l’opportunité de suivre aucun véritable cours de français.  Grâce à Jean-O. Arsenault et à sa grammaire française, Henri approfondit alors pour la première fois la langue française.  Dans le cadre de ses fameux concours de français qu’il organisera à partir de 1930 dans les écoles acadiennes de l’Île, Blanchard visera à partager avec ses compatriotes l’importance de l’apprentissage de la grammaire française.

Après neuf années d’enseignement dans les petites écoles de campagne, il redevint élève et obtint son baccalauréat-ès-arts de l’Université St-Dunstan en 1911.  Il poursuivit plus tard des études de perfectionnement professionnel pendant ses vacances d’été à Mount Allison, au Collège d’Agriculture de Guelph et jusqu’à la Sorbonne à Paris.  Dès 1910, et jusqu’à sa retraite en 1948, l’on retrouve Blanchard comme professeur de français au Collège Prince de Galles.  Cinquante années de sa vie ont donc été consacrées à l’enseignement dont trente-huit au Collège Prince de Galles.

En 1912, Henri épousait Ursule Gallant, une institutrice de Duvar.  Installés au 114 rue Upper Prince, à Charlottetown, les Blanchard élèveront une famille de huit enfants.  Ursule assumait autant que possible la responsabilité de la maison et des enfants afin de permettre à son mari l’opportunité de s’impliquer dans la communauté acadienne.  Dans la dédicace de son dernier livre, Henri a rendu un hommage à son épouse pour tout l’appui qu’elle lui avait donné dans la réalisation de ses oeuvres.

Blanchard s’est d’abord grandement impliqué dans l’Association des Instituteurs et Institutrices Acadiens de l’Île-du-Prince-Édouard.  Membre de l’Association à partir de l’âge de 18 ans, il se distingua très tôt aux Congrès annuels par l’intelligence de ses interventions en ce qui avait trait au domaine de l’enseignement.  Dès 1903, il est élu directeur du regroupement.  À partir de 1906 et jusqu’en 1919, soit une période de 14 années consécutives, il fut secrétaire-trésorier de l’organisation.  On le nomma en 1912 à un comité responsable de formuler un programme d’étude française pour les écoles acadiennes de l’Île.  Il s’agissait surtout de choisir et de faire adopter par le Bureau d’Éducation une série de livres de lectures française et une grammaire française.  La participation de Blanchard au sein de ce comité l’a sans doute sensibilisé davantage à la question de l’enseignement du français dans les écoles acadiennes.

C’est en 1916, au Congrès de l’Association tenu à Baie-Egmont, que Blanchard présente pour la première fois une étude concernant la situation des Acadiens dans l’Île-du-Prince-Édouard.  Il est alors âgé de 35 ans.  Ainsi débute l’engagement extraordinaire de cet homme pour la survivance acadienne dans la province.  Bon orateur, il saura à de nombreuses reprises captiver l’attention d’importants auditoires par des discours traitant de divers aspects de la vie acadienne.  Outre ses nombreuses interventions orales à ce sujet, Blanchard se servira aussi de l’écriture pour transmettre à un plus vaste auditoire ses préoccupations au sujet de son peuple.

En mai 1918, Le Petit Canadien, une revue québécoise, publie un premier article de Blanchard intitulé “Les écoles acadiennes de l’Île-du-Prince-Édouard.” À l’âge de 37 ans, Blanchard entreprend ainsi une carrière d’écrivain, surtout d’historien.  En effet, il se distingue surtout par ses publications historiques dont Les Acadiens de l’Île Saint-Jean (1921), Histoire des Acadiens de l’Île-du-Prince-Édouard (1927), Rustico, une paroisse acadienne (1938), Acadiens de l’Île-du-Prince-Édouard (1956) et enfin The Acadians of Prince Edward Island (1964).  Blanchard a aussi écrit au cours de sa carrière divers articles de revues et de nombreux articles de journaux.

La participation de Blanchard a diverses associations tels la Société Saint Thomas-d’Aquin, la Société Nationale de l’Assomption et le Conseil de la Vie Française est un autre aspect important de sa contribution à la société acadienne.  Un des fondateurs en 1919 de la S.S.T.A., il remplit les fonctions de secrétaire-trésorier de cet organisme pendant dix-neuf ans et celles de président pendant huit ans.  L’objectif immédiat de la Société est de recueillir des fonds destinés à l’éducation de la jeunesse acadienne.  Grâce à des collectes et des soirées récréatives organisées par ses dirigeants, la Société réussit à amasser suffisamment d’argent pour parrainer annuellement quelques boursiers.  Les dirigeants, notamment le professeur Blanchard, étaient conscients cependant que leurs efforts ne réussissaient pas à assurer la formation d’une classe dirigeante acadienne suffisamment nombreuse pour répondre aux besoins de la population.  Un appui de la communauté francophone de l’extérieur de l’Île viendra au moment opportun les aider à atteindre leurs objectifs.

Nous sommes en 1937.  C’est l’année où a lieu, à Québec, le deuxième Congrès de la langue française au Canada.  Cet événement important est destiné à avoir une très grande répercussion sur la Société Saint Thomas-d’Aquin et ses oeuvres.  Le professeur Blanchard est invité à y exposer la situation du français dans sa province.  Dans une conférence très bien détaillée, il décrit de façon réaliste la situation précaire de la vie française et de l’éducation chez les siens.  Voici un extrait de son discours:

“Nous souffrons d’une pénurie extrême de chefs et de dirigeants avec toutes les conséquences qui en découlent.  Si nous avions ces chefs si nécessaires aujourd’hui, il ne serait pas encore trop tard pour endiguer les flots envahisseurs qui menacent de plus en plus de nous engloutir.  Nous avons bien la Société Saint Thomas-d’Aquin qui recueille quelques fonds et qui paie les études secondaires de deux élèves.  Mais c’est si peu en présence des dangers qui nous assaillent de tous côtés.  Si nous voulons préparer ces chefs si nécessaires et sans lesquels nous allons infailliblement disparaître comme groupe de langue française, il nous faudra marcher bien plus rondement et bien plus vite que cela; autrement il sera bientôt trop tard.”

Suite à son exposé, ses auditeurs québécois l’encouragent à aller frapper aux portes des maisons d’enseignement du Québec afin d’y solliciter des bourses d’études pour les Acadiens de son Île.  C’est ce qu’il fait en 1937 et 1939.  Les institutions québécoises accueillent à bras ouverts cet homme plutôt court, au torse solide, qui vient d’avoir 56 ans.  En 1937, Blanchard réussit à obtenir des bourses pour sept jeunes acadiens qui s’expatrient de l’Île pour entreprendre leurs cours classiques au Québec.  En 1939, ils sont au nombre de vingt-deux.  Les quelques collèges acadiens contribuent également leur part.  L’appui généreux de ces maisons d’enseignement de l’extérieur de l’Île se continuera pendant trois décennies.

 
Le professeur Blanchard a été reçu partout avec la plus grande sympathie.  Sa personnalité engageante, son dynamisme irrésistible, l’aident grandement dans ses démarches.  Selon l’abbé Paul Gosselin, du Conseil de la vie française, Blanchard présentait ses demandes “avec tant de chaleur et de désintéressement” que “nous n’avons jamais le courage de lui refuser quoi que ce soit.”  C’est d’ailleurs ce qu’exprimait aussi le Père Clément Cormier, de l’Université Saint-Joseph, de Memramcook, dans une lettre qu’il écrivait à Blanchard le 15 septembre 1944.  En voici un bref extrait:

“Mon cher monsieur Blanchard,

Nous refusions des élèves depuis un mois quand votre télégramme m’est arrivé.  Le R. Père Supérieur était absent, et j’ai pris sur moi de vous faire envoyer une réponse affirmative, me disant: “On ne peut rien refuser à M. Blanchard”.

Vos élèves de l’Île nous sont donc arrivés, quatre anciens et sept nouveaux, et vous pouvez être assuré que nous allons les entourer d’une sollicitude toute particulière.”

Cette initiative de Blanchard, soit de trouver des bourses pour la jeunesse acadienne, est, sans doute, la plus grande contribution qu’il a fait à la survivance acadienne dans l’Île.  En effet, jusque la fin des années 1960, des élèves acadiens de l’Île-du-Prince-Édouard ont pu bénéficier de bourses accordées par des maisons d’enseignement de langue française du Québec et des Provinces Maritimes, la distribution de ces bourses étant coordonnée par la Société Saint Thomas-d’Aquin.  De retour dans l’Île, de nombreux boursiers ont été en mesure de contribuer au développement de la vie acadienne.

La Société historique entreprendra sous peu la rédaction et la publication de la biographie de cet important leader acadien que fut J.-Henri Blanchard.  Ce sera sa façon de mieux faire connaître la vie et l’oeuvre de cet homme dont la contribution à la communauté acadienne se fait toujours sentir.

Le Centre de Recherches acadiennes : rapport

1986 par Contribution anonyme

 

Depuis plusieurs années l’on discutait de mettre sur pied un centre qui se spécialiserait dans les études acadiennes à l’Île-du-Prince-Édouard.  C’est maintenant chose faite, le centre est établi au sein du Musée Acadien et il a été baptisé du nom Centre de recherches acadiennes.  Il a pu être mis sur pied grâce à une subvention du Secrétariat d’État qui a permis l’embauche de Georges Arsenault, professeur à demi-temps à U.P.E.I., comme directeur du centre pour une période de six mois.  C’est effectivement depuis la fin de novembre dernier que Georges Arsenault est à la tâche.

Le Centre de recherches acadiennes se propose les buts suivants:

a)  De regrouper, conserver, identifier et classifier tous les documents manuscrits, imprimés, visuels et sonores qui ont trait à la vie acadienne, en particulier à la vie des Acadiens de l’Île.

b)  De mettre à la disposition des Acadiens les ressources nécessaires à la préparation de matériaux pédagogiques de manière à faciliter l’étude et l’enseignement de l’histoire et de la culture acadiennes.

c)  De voir à la promotion à la diffusion, à l’Î.-P.-É., de l’histoire et de la culture traditionnelle des Acadiens.

d)  D’établir des liens de coopération et d’échange avec les centres provinciaux, nationaux et internationaux publics et privés qui oeuvrent dans les mêmes domaines que le Centre.

En quoi consiste le Centre?  Présentement, il est situé dans la bibliothèque du Musée Acadien et il contient d’abord une documentation assez abondante accumulée depuis la fondation du Musée Acadien en 1964.  Le directeur s’occupe maintenant d’augmenter cette collection de sorte que bientôt le Centre sera l’institution de la province la mieux documentée dans le domaine des études acadiennes.

À l’heure actuelle, la bibliothèque comprend pratiquement tout ce qui a été publié sous forme de volumes sur le sujet des Acadiens insulaires.  De plus, la bibliothèque a une collection intéressante de livres traitant de l’histoire, de la généalogie et de la culture acadienne des provinces maritimes et d’ailleurs.  On y trouve également des livres provenant des bibliothèques d’individus tels Mgr Jean Chiasson, Père F.- X. Gallant, Gilbert Buote, Mgr Nazaire Poirier, et quelques autres.  On trouve aussi une large sélection de vieux livres religieux (certains remontent à la fin du 18e siècle), d’anciens manuels scolaires, des livres de la bibliothèque du Couvent de Miscouche, etc.

La section généalogique est une partie très importante du Centre.  D’abord, il y a le fichier comprenant quelque 30,000 fiches qui regroupent les actes de baptême/naissance, de mariage et de sépulture tirés des registres paroissiaux des paroisses acadiennes.  C’est un outil de recherche très précieux pour toute personne qui décide d’entreprendre le “défrichage” de sa parenté et de ses ancêtres.  En plus du fichier, il y a des dossiers qui regroupent par nom de famille des notes généalogiques provenant de sources diverses.

Le Centre possède également un grand nombre de dossiers qui portent sur les paroisses et les villages acadiens, sur des institutions et des personnalités acadiennes, sur les traditions acadiennes et sur bien d’autres sujets.  Dans ces dossiers on trouve des coupures de journaux, des articles de revues, des notes manuscrites, etc.

Il y a aussi une collection de documents originaux tels cahiers de procès-verbaux d’organismes, livres de comptes de commerçants et ainsi de suite (voir liste dans la rubrique “À la recherche des documents”).

Du côté des journaux, le Centre possède une collection complète de La Voix Acadienne et une collection incomplète de L’Impartial.  De plus, on y trouve quelques numéros de d’autres journaux (de langue française et anglaise) publiés dans les Maritimes.

La collection de photographies du Musée est impressionnante.  Malheureusement, beaucoup de photos ne sont pas identifiées.  Le Centre tentera d’augmenter cette collection et de mieux la documenter.

Voilà en gros ce que renferme à l’heure actuelle notre Centre de recherches.  Nous espérons agrandir de beaucoup ces collections dans les années à venir.  Nous prenons ici l’occasion d’inviter les lecteurs à y contribuer en déposant pour sauvegarde des documents de famille, d’organismes, de paroisses et d’entreprises qui seraient en leur possession.  En faisant ainsi on fera un pas de l’avant en vue de conserver notre patrimoine et à le rendre accessible aux chercheurs.  Si toutes nos associations déposaient leurs archives au Centre, ça serait beaucoup plus facile d’écrire leur histoire dans 25, 50 et 100 ans d’ici, parce qu’on saurait où trouver les documents.  Rien de plus frustrant lorsqu’on se rend compte que les documents importants ont été brûlés par des gens qui n’en voyaient pas la valeur.  Nous invitons aussi les gens qui ont dressé leur généalogie d’en donner une copie au Centre.  Ceci pourrait beaucoup aider de futurs chercheurs.

Les collections du Centre (livres, documents, photos) ne peuvent pas être empruntées.  Tout doit être consulté sur place.  Le Centre dispose d’une photocopieuse ce qui peut faciliter le travail des chercheurs.

Avant de se présenter au Centre, il serait préférable de faire un rendez-vous par téléphone (436-6237), sauf pendant les mois de juillet et août alors que le Musée est ouvert tous les jours de la semaine.

Elizabeth E. Cran mérite le Prix Gilbert Buote

1985 par Contribution anonyme

 

La Société historique acadienne décernait le Prix Gilbert Buote à Mme Elizabeth E. Cran lors de son assemblée annuelle, le 24 novembre 1985.  Mme Cran s’est vue attribuer le prix pour sa chronique dans La Voix Acadienne intitulée, “Tignish:  le passé, le présent, le futur”.

Commentaires du jury :

Ce projet s’avère aux yeux du jury comme des plus pertinent à l’histoire et à l’héritage acadiens.  C’est d’ailleurs le but premier de cette chronique:  faire connaître des parties cachées de l’histoire, en chercher de nouvelles, rattacher ces parties au présent et impliquer cette mosaïque de faits culturels et historiques dans la détermination du futur du peuple acadien.  Bien que la chronique de Mme Cran soit spécifique à la région de Tignish, elle traite quand même de l’Acadien de l’Île en général et de son passé.  Les articles de Mme Cran sont en eux-mêmes une mise en valeur de l’héritage acadien et une façon de faire connaître les Acadiens aux Acadiens.  Un autre point remarquable quant à ce projet, c’est la vulgarisation de l’histoire, cette façon intéressante qu’a Mme Cran d’écrire de manière simple et de montrer aux Acadiens (surtout ceux de Tignish) qu’ils ont écrit l’histoire et que les pages de leur passé sont aussi importantes que celles de n’importe quel bouquin.  Mme Cran a un style qui rend l’histoire accessible, facile à comprendre et très intéressante.  Le jury considère qu’un tel projet peut non seulement favoriser la connaissance de l’héritage et de l’histoire acadiens, mais aussi sa conservation en créant un intérêt chez les Acadiens pour leur passé.

C’est pourquoi le jury considère ce projet comme très pertinent et contribuant fortement à l’histoire et à l’héritage acadiens.  De plus, le jury a pu constater le genre de recherche exigée pour un tel travail et le nombre d’années que Mme Cran a investi dans la connaissance de cette région acadienne.  Le travail est aussi d’une très grande qualité si on se base sur les critères d’écriture, d’accessibilité, de méthode de travail et de recherche.  De plus, parce que l’auteur sait vous captiver et retenir votre attention, le jury estime qu’elle est largement lue par la plupart de ceux qui achètent le journal (média facilement accessible) dans lequel elle écrit ses chroniques, ce qui ajoute à la visibilité du projet.  Et si on considère que ce journal est même expédié à l’extérieur de l’Île, cela diversifie l’auditoire rejoint.  Cependant, il faut considérer que ces chroniques ne sont pas accessibles aux unilingues anglais.

Mention honorable :

Le juré a donné une mention honorable au Comité Tourisme Acadien Prince Ouest pour son projet “La reproduction du débarquement de Jacques Cartier à l’Île Saint-Jean en 1534″.

Commentaires du jury :

Le jury fut très impressionné par la qualité de réalisation du dossier qui lui a été remis.  De plus, en lisant les découpures de journaux tant francophones qu’anglophones, il réalise que ce projet a rejoint beaucoup de gens de différentes parties de l’Île comme de l’extérieur, de différentes cultures et de différents âges.  Il nous apparaît qu’une très grande somme de personnes-temps-énergie fut dépensée pour la réalisation du projet comme du rapport.  De plus, le projet s’est déplacé sur l’Île, ajoutant à sa visibilité.  Le jury tient aussi à féliciter le Comité T.A.P.O. pour son initiative et sa bonne organisation.  Finalement, les nombreux prix remportés par ce projet et les commentaires relatés dans les journaux nous incitent à croire que le travail réalisé en était un de qualité supérieure.

La deuxième Convention nationale acadienne

1984 par Contribution anonyme

 

 

Miscouche, Île-du-Prince-Édouard
les 14 et 15 août 1884

Au terme de la Convention de Memramcook, en 1881, il fut décidé que la deuxième Convention nationale aurait lieu à l’Île-du-Prince-Édouard.  Un tel choix fut sans doute motivé par la bonne et impressionnante participation des insulaires à l’événement de Memramcook.

La paroisse de Miscouche fut choisie comme site de la Convention surtout parce qu’elle n’était située qu’à une courte distance de Summerside et qu’elle était facilement accessible par train.  Summerside était en ce temps-là reliée à la terre ferme par un bateau à vapeur qui faisait régulièrement la traversée depuis Pointe-du-Chêne, près de Shédiac.  C’est donc en cette ville, sise sur la baie de Bédèque, que débarqueraient la plupart des délégués en provenance de l’extérieur de l’Île.

Miscouche était à l’époque une paroisse acadienne assez prospère.  D’abord connue sous le nom de la Belle-Alliance, cette paroisse avait été fondée en 1817 par un groupe d’Acadiens de la Rivière-Platte, située à peu de distance de Miscouche sur le littoral de la baie de Malpèque.  À cet endroit, ils étaient locataires du Colonel Harry Compton, le propriétaire du Lot 17.  Des relations difficiles se développèrent entre les Acadiens et leur propriétaire, ainsi qu’avec leurs voisins anglais, de sorte que la plupart quittèrent la Rivière-Platte à compter de 1812 pour aller s’établir ailleurs dans le comté de Prince.  Les derniers à quitter l’endroit profitèrent d’une offre du Colonel Compton et achetèrent, en 1816, 6,000 acres de terres non défrichées pour la somme de 625 livres.  Ils nommèrent d’abord ce site Belle-Alliance et ce possiblement afin de souligner l’heureuse entente conclue avec le propriétaire Compton par laquelle ils étaient devenus propriétaires fonciers.

En 1823, les pionniers de l’endroit construisent une église qu’ils dédient à Saint-Jean Baptiste.  Ils construisent aussi une école.  L’éducation s’améliora beaucoup lorsque l’abbé Joseph Quevillon fit bâtir, en 1864, un couvent qu’il plaça sous la direction des religieuses enseignantes de la Congrégation Notre-Dame de Montréal.  Cette maison d’éducation bilingue contribua grandement à l’avancement et à la prospérité de la région.  Cette institution devint en quelque sorte un symbole du réveil acadien qui commençait à se faire sentir au cours des années 1860.  Enfin, l’ouverture d’une gare de chemin de fer, vers 1872, signala une ère nouvelle pour la localité.

En se basant sur le recensement du diocèse de Charlottetown pour l’année 1890, il est possible d’établir, dans une certaine mesure, ce que pouvait être la population de cette paroisse six ans auparavant.  En 1890, la population catholique de la paroisse comprenait 820 habitants dont 83% étaient d’origine acadienne et 17% d’origine britannique.  Parmi les familles acadiennes, il y avait 43 Gaudet, 32 DesRoches, 26 Poirier, 10 Arsenault, 6 Gallant, 4 LeClerc, 2 Richard, 1 Doucette, 1 LeBlanc, 1 Bourque et 1 Boudreault.  Chez les familles anglophones, la plupart d’origine écossaise, il y avait les MacNeill, Gillis, Steele, Cunningham, Woods, Beairsto et Heckman.

Les Acadiens de Miscouche s’adonnaient surtout à l’agriculture.  Le recensement dénombrait 82 fermiers.  On trouvait également chez la population acadienne toute une variété d’occupations à savoir:  30 ouvriers, 5 marchands, 4 servantes, 4 commis, 3 enseignants, 3 mécaniciens, 2 enseignants de musique, 2 couturières, 2 cordonniers, 1 meunier, 1 tailleur, 1 plâtrier, 1 maître de gare, 1 garde-malade, 1 fabriquant de cure-dents, 1 connétable, 1 locataire et 1 cuisinière.

Cette communauté acadienne semble avoir été assez dynamique à l’époque selon un article intitulé “Le progrès de Miscouche” paru dans le Moniteur Acadien, le 1er juin 1876.  Entre autres, on y mentionne une société de discussion mise sur pied par le Père Ronald McDonald, curé de la paroisse.  Composés presqu’exclusivement de cultivateurs, les membres de cette société se rencontraient régulièrement afin de discuter de l’avancement de l’agriculture et “des moyens les plus propres à relever le niveau de cette noble profession.”  Cette association avait aussi à sa disposition une salle spacieuse, une bibliothèque, une chambre de lecture où ses membres pouvaient aller tous les jours lire les journaux de l’Île, les meilleurs journaux du Canada et des États-Unis, etc.  De temps à autre, on y tenait des séances où on discutait de sujets d’actualité.

En 1884, année de la Convention nationale acadienne, les principaux chefs de file acadiens de l’endroit étaient Gilbert Desroches, H.-V. Desroches, Jean-S. Gaudet et Joseph Poirier (“Joe Bellone”), tous marchands et exportateurs d’huîtres; Prosper Desroches, tailleur; et l’abbé Nazaire Boudreault, curé de la paroisse.  Ce dernier était originaire des îles de la Madeleine.

À l’époque de la Convention, selon plusieurs témoignages, l’anglais se parlait déjà dans certaines familles acadiennes de Miscouche.  La minorité anglophone dans la paroisse avait beaucoup d’influence car les activités publiques se déroulaient surtout en anglais.  Ce courant d’anglicisation se faisait aussi sentir à l’époque dans plusieurs autres communautés acadiennes de l’Île et des Provinces Maritimes.  Réunis à Miscouche, une paroisse acadienne si visiblement menacée par l’assimilation, les chefs acadiens d’alors adoptèrent diverses résolutions visant à enrayer cette marée anglicisante et à assurer ainsi la survie culturelle de leur peuple.

Voici comment le Summerside Journal décrivait le village de Miscouche en 1884: “Ce beau village de campagne est présentement dans un état prospère et florissant.  Nos marchands ont été excessivement occupés au cours de l’automne.  Quelques-uns ont été impliqués dans le commerce des produits agricoles, payant comptant les plus hauts prix pour les pommes de terre, l’avoine, etc.  D’autres marchands ont fait le commerce des huîtres, et certains autres le commerce des oeufs.  À part des commerçants, nous avons toute une gamme de mécaniciens, de carrossiers, de forgerons, de tailleurs, de cordonniers, de charpentiers, de menuisiers, de tonneliers, de bouchers, etc.”

 

 

Manifeste du Président

Messieurs,-

Tout indique notre 2me convention nationale, convoquée à Miscouche pour le 15 du présent mois, doit être couronnée de succès.  Nos compatriotes partout s’empressent de répondre à l’appel qui leur est fait.

Nous espérons qu’à cette réunion de famille nous pourrons resserrer les liens qui nous unissent, aviser aux moyens à prendre pour avancer avec plus de succès encore dans la voie du progrès, apprendre à nous mieux connaître et à mieux apprécier la mission à laquelle nous a destinés la Providence.

Nous avons à coeur, en convoquant cette réunion, de travailler à l’amélioration de notre condition sociale et politique et à tout ce qui peut rendre meilleur notre état comme peuple.  Les questions d’éducation, de colonisation, de commerce, etc., y seront traitées.

Nous vous invitons donc à vous rendre à Miscouche pour le 15 en aussi grand nombre que possible.

Efforçons-nous, surtout, par notre bonne conduite, notre assiduité au travail qui nous y attend, notre déférence pour les opinions d’autrui, et par notre union patriotique, de mériter l’approbation de nos supérieurs ecclésiastiques, l’estime de nos semblables, le respect de nos concitoyens d’origine différente, et la bénédiction du ciel.

Que nous nous amuserons, j’en suis certain, que nos labeurs auront pour résultat l’avancement de notre intérêt général, j’ose l’espérer et offrir des voeux pour la réalisation de cette attente et pour notre plus grand bien.
Veuillez me croire votre serviteur dévoué,

5 août 1884                                                                                                                                                                           P.A. Landry, Président.

(Le Moniteur Acadien, le 7 août 1884)

 

 

Programme

Les officiers de la seconde convention générale, choisis à Memramcook à la Convention générale de 1881, sont :

Hon. P.A. Landry, Président, G.A. Girouard, Secrétaire, Hon. Jos. O. Arsenault, Hon. S.F. Poirier, Urbain Johnson, Pascal Poirier, J.C. Doiron, J.J. Arsenault, M. Robichaud, Urbain Doucet, M. Benoit, F.X. Vautour, Dr E.T. Gaudet, Dr J.A. Léger, N.A. Landry, A.D. Richard, Dr L.N. Bourque, Dr F. Gaudet, Dr A.P. Landry, Onés. Turgeon, Evariste LeBlanc, Dr Gallant, Ferdinand Robidoux, Gilbert Buote.

La convention sera tenue à Miscouche, Île-du-Prince-Édouard, le 15 août 1884.  Tous les Acadiens et descendants d’Acadiens, nommément ceux de l’Île-du-Prince-Édouard, de la Nouvelle-Écosse et du Cap Breton, du Nouveau-Brunswick, des Îles de la Madeleine, de la province de Québec et de l’État du Maine, sont de droit membres de la convention.

Les travaux préparatoires sont confiés à cinq commissions, lesquelles feront rapport à la convention générale.

Sont de droit membres de ces commissions, tous les prêtes acadiens et canadiens des provinces maritimes et des Îles de la Madeleine, tout prêtre, à quelque nationalité qu’il appartienne, desservant dans les provinces maritimes, l’État du Maine, et la province de Québec, une paroisse composée en tout ou en partie d’Acadiens; tout sénateur et conseiller législatif acadien; tout député et ex-député acadien aux Chambres des Communes ou à la législature de sa province; cinq délégués nommés à cette fin par chaque paroisse acadienne des provinces maritimes, des îles de la Madeleine, de l’État du Maine, de la province de Québec, et toute personne spécialement invitée par le conseil des officiers généraux.

Les commissions, sous la présidence de leurs rapporteurs, se réuniront à Miscouche mercredi après-midi et jeudi, les 13 et 14 d’août, afin d’être prêtes à faire leur rapport le 15.

1e COMMISSION
LA COLONISATION

M. l’abbé Joseph Ouellet, Saint-Marie, N.B., rapporteur; l’Hon. S.F. Perry, Tignish, Î.P.É., secrétaire.

2e COMMISSION
LANGUE ET ÉDUCATION FRANÇAISE

M. Palcal Poirier, Ottawa, rapporteur; M. Blanchard, avocat, Î.P.É., secrétaire.

3e COMMISSION
DRAPEAU ET CHANT NATIONAL

M. l’abbé S. Doucet, Tracadie, N.B., rapporteur; le Révd. Père André Cormier, Memramcook, N.B., secrétaire.

4e COMMISSION
AGRICULTURE

M. l’abbé M.F. Richard, N.B., rapporteur; l’hon. J.O. Arsenault, Î.P.É., secrétaire.
5e COMMISSION
COMMERCE ET INDUSTRIE

M. Robicheau, M.P.P., N.E., rapporteur; M. Gilbert Desroches, Î.P.É., secrétaire.

Toute paroisse ou mission acadienne des provinces maritimes, de l’État du Maine et des îles de la Madeleine, devra élire cinq délégués, lesquels sont priés de se réunir à l’Île du Prince-Édouard le 13 du mois d’août dans l’après-midi.  Cette élection des cinq délégués se fera, s’il est possible, le troisième dimanche du mois de juin, à l’issue de l’office divin – messe ou vêpres.  M. le curé, ou, à son défaut, messieurs les marguilliers et syndics, sont priés de prendre l’initiative de l’élection des délégués de leur paroisse ou mission.

Les délégués devront sans retard faire un rapport écrit de leur élection signé par M. le curé ou par trois syndics ou marguilliers, adressé à M.G.A. Girouard, Bouctouche, Kent, secrétaire général de la convention.

(Le Moniteur acadien, le 31 juillet 1884)

 

 

Les préparatifs

“De Miscouche nous apprenons de source autorisée que la paroisse se prépare avec un élan magnifique et une harmonie parfaite à faire les frais de la cérémonie et de la réception.

Il y aura tea party le 14 et et 15 et comme les dames de Miscouche et leurs maris ont déjà fait leurs preuves en pareilles occasions, les visiteurs assisteront à un pique-nique digne du nom.

M. le curé Boudreau préside aux préparatifs, c’est dire que tout sera fait à point.

M. le curé a bien voulu se charger aussi d’organiser la cérémonie religieuse par laquelle s’ouvrira la Convention dans la matinée du 15 août.  Il y aura messe solennelle et sermon de circonstance.  La religion occupe toujours la première place dans nos jours de fête, aujourd’hui comme aux premiers temps de l’Acadie.”

(Le Moniteur Acadien, le 31 juillet 1884)

 

Le transport des participants

“L’endroit choisi pour tenir la convention (Miscouche) est l’un des plus pittoresques et des plus agréablement situés de l’Île Saint-Jean; il n’est qu’à cinq milles à l’ouest de Summerside et l’on s’y rend en chemin de fer, des deux extrémités de l’Île.  De Shédiac la traversée à Summerside dure à peine trois heures.

Enfin les conditions avantageuses obtenues, par l’honorable M. Landry, président de la convention, des voies ferrées et des bateaux traversiers pour le passage de ceux qui assisteront à la convention, mettent le voyage à la portée de toutes les bourses, et nous serons bien déçus si nos nationaux de la grand’terre ne vont en grand nombre rendre à leurs frères insulaires la visite qu’ils en ont reçue en 1881.”

(Le Moniteur Acadien, le 31 juillet 1884)

 

“Tous ceux qui peuvent le faire doivent se rendre à Miscouche pour le 15 août.  C’est un devoir sacré que tout Acadien se doit à lui même et à sa patrie.  Grâce aux favorables conditions de passage obtenues par le président de la convention en faveur de ceux qui s’y rendront, on n’a pas d’excuse pour rester en arrière.

Des rives du comté de Kent, des paroisses du Barachois et du Cap Pelé, et du Petit Cap, on peut facilement se rendre à Miscouche dans les embarcations que presque chacun de nos habitants possède. Un grand nombre s’y rendront sans doute par ce moyen.”

(Le Moniteur Acadien, le 7 août 1884)

 

Excursion à bon marché

“Ainsi que nous l’avons dit la semaine dernière, il y a, à l’occasion de la convention de Miscouche, excursion sur le chemin de fer de l’Île, l’Intercolonial et les bateaux à vapeur.

L’Intercolonial et le chemin de fer de l’Île émettront à toutes leurs stations des billets d’excursion à bon marché à partir du 13 août, lesquels seront bons pour le retour jusqu’au 18.

La compagnie des vapeurs de l’Île donnera pour $1.00 des billets de retour à tous ceux qui iront à la convention, et qui seront munis d’un certificat constatant la chose.  Ce certificat sera donné à bord du bateau soit par M. le président de la convention soit par son délégué, pendant la traversée, le 13 et le 14.

Les excursionnistes qui s’embarqueront aux stations de l’Intercolonial devront demander à l’agent des billets d’excursion en spécifiant qu’ils se rendent à la convention de Miscouche.  Ces billets toutefois ne comprendront que le passage de la station de départ à la station de la Pointe-du-Chêne, attendu qu’il faudra acheter ses billets de traversée à bord des bateaux à vapeur qui nous transportent à Summerside.”

(Le Moniteur Acadien, le 7 août 1884)

 

Fanfare

“Ainsi que nous l’anticipions, un bon nombre de délégués et autres se sont rendus ou vont se rendre à Miscouche en goëlette.  Il en est parti quarante de Richibouctou, mardi, par cette voie, et de Bouctouche on s’est organisé pareillement.

Hier, un bon nombre de nos compatriotes ont traversé par le vapeur.

Grâce à l’énergie de M. Sylvère Arsenault, qui a pu rassembler une dizaine de membres du corps de musique du Collège Saint-Joseph, on aura le plaisir d’entendre cette fanfare à la convention.  Les musiciens, ayant à leur tête le R.P. Bourque, leur directeur, se sont embarqués hier.”

(Le Moniteur Acadien, le 14 août 1884)

 

L’arrivée des délégués

“Les délégués à la Convention des Acadiens-français qui débute à Miscouche aujourd’hui et qui se termine demain sont arrivés à Summerside hier soir accompagnés d’une fanfare.  Le surintendant Coleman qui se trouvait à ce moment-là à Summerside a mis un train spécial à leur disposition et ils furent ainsi capables de se rendre à Miscouche dans la soirée.  Les délégués viennent de toutes les régions du Nouveau-Brunswick, de la Nouvelle-Écosse et du Cap-Breton.”

(The Examiner, le 14 août 1884, Traduction)

 

 

Compte rendu des activités

“Plus de la moitié des délégués s’étaient rendus à Miscouche pour le 14 afin de prendre part aux travaux des commissions, lesquelles, toutefois, n’ont pu, excepté celle de la langue et de l’éducation françaises, accomplir leur oeuvre que dans la soirée.  Les commissions ont siégé dans les salles du couvent de Miscouche, généreusement mises à la disposition de la convention par les Religieuses de la Congrégation de Notre-Dame.

Disons de suite que les mesures prises par M. le curé de Miscouche et ses paroissiens pour recevoir les gens ne laissaient rien à désirer.  Franche hospitalité, accueil cordial, prévenance empressée, on se sentait à l’aise partout.

À l’arrivée du vapeur à Summerside mercredi et jeudi, des convois spéciaux transportaient les passagers à Miscouche, où l’on arrivait à temps pour prendre le souper sous les tentes érigées à peu près à mi-chemin entre la gare et l’église; le service des tables était très bien organisé, et les dames méritent des éloges pour le succès avec lequel elles ont rempli leur tâche.

De fréquentes averses ont interrompu le pique-nique qui a eu lieu le 14, et l’on avait lieu de craindre pour le succès du lendemain.  Ces craintes ne se réalisèrent point, car jamais soleil plus radieux n’a lui sur un jour de fête.

Aussi, dès sept heures du matin, les abords de l’église étaient-ils déjà remplis d’une foule immense, en habits de fête, le sourire sur les lèvres, la figure rayonnante, le regard animé.  Le temple de la paroisse allait être trop petit pour contenir la dixième partie de la multitude.  Un autel fut érigé à la porte de l’église sous un dais de verdure, et les Religieuses du couvent se chargèrent d’exécuter les décors.

Un espace suffisant fut réservé en face de l’autel pour les membres du clergé présents, les membres du comité exécutif et les délégués, les membres du corps de musique et le choeur paroissial.

(…)

De quatre à cinq mille personnes se pressaient sur le carré de l’église lorsque commença, à neuf heures et demi, le Saint Sacrifice de la messe, offert par le doyen des prêtres acadiens, M. l’abbé Charles Boudreault, des Îles Madeleine…
Le choeur de Miscouche, composé d’environ vingt voix – hommes et femmes – exécuta à perfection une messe en musique celle de Peters – sous la direction d’une Religieuse du couvent, aidée de Mlle Léonore Bourque, qui présidait à l’orgue.  À l’offertoire, le choeur chanta l’Ave Marie de Lambillotte.  Le corps de musique du collège St-Joseph fit entendre plusieurs morceaux appropriés à la circonstance.

Après la messe, le Révd Père A.-D. Cormier, du Collège Saint-Joseph, prononça le sermon de circonstance.  Prenant pour texte ces paroles:  Beatus populus cujus Dominus Deus ejus, le prédicateur – invité à la dernière heure – n’eut qu’à laisser parler son coeur pour être éloquent.

(…)

Après la messe on se sépara pour le dîner.  À une heure, du haut d’une estrade préparée spécialement à cette fin, le président ouvrit les travaux de la convention dans un admirable discours qui frappa tous les esprits par la justesse de ses observations.

La convention à dû siéger le soir, dans la salle du couvent, pour élire les officiers du prochain congrès, qu’il a été décidé de tenir à la Nouvelle-Écosse.  L’hon. M. Landry a été réélu président à l’unanimité; l’hon. Isidore LeBlanc, d’Arichat, et M. Urbain Doucet, de la Rivière Météghan, ont été choisis pour vice-présidents, et M. Pascal Poirier pour secrétaire.”

(Le Moniteur Acadien, le 21 août 1884)

 

 

Les résolutions de la Convention

Les délégués réunis en sessions d’études à Miscouche, en 1884, ont tenté de trouver des solutions aux nombreux obstacles qui entravaient la survie et le développement de leur peuple en tant qu’entité culturelle.  Ils se sont d’abord rencontrés en divers ateliers pendant la soirée du 13 août et au cours de la journée et de la soirée du 14.  Leurs résolutions furent ensuite présentées en plénière au cours de l’après-midi du 15 où elles furent adoptées par l’ensemble des membres de la Convention.

Les premières résolutions étudiées et adoptées concernaient la colonisation et le problème de l’émigration des Acadiens vers les centres urbains et industriels des États-Unis.  Résoudre cette question était la principale préoccupation des chefs acadiens.  En effet, ceux-ci considéraient cette migration comme une menace sérieuse à la survivance de leur peuple.  Elle mettait en cause le maintien de la langue française, des traditions acadiennes et même, croyait-on, de leur foi catholique.  Des résolutions furent donc formulées afin d’enrayer le mouvement d’émigration vers les États-Unis en encourageant les jeunes Acadiens à aller s’établir du côté des terres vacantes du Nouveau-Brunswick.  Ainsi, on donna un nouvel élan à la Société de Colonisation, fondée lors de la première Convention, en élisant le dynamique Père Marcel-François Richard à la présidence.

 
Le second groupe de résolution se rattachaient à la langue et à l’éducation française.  Celles-ci concernaient surtout les Acadiens de l’Île.  On adopta en effet des recommandations adressées au gouvernement insulaire.  Elles demandaient que l’enseignement de la langue française, dans les districts scolaires acadiens, soit mis sur le même pied que l’enseignement de la langue anglaise; que les professeurs reçoivent pour l’enseignement du français les mêmes rémunérations pécuniaires et les mêmes chances d’avancements que pour l’enseignement de l’anglais; et que l’inspection des écoles se fasse en français comme en anglais dans les localités françaises.  Afin d’aider à promouvoir la langue, l’éducation et la culture française chez les Acadiens, La Ligue française fut mise sur pied.  On formula le voeu que celle-ci soit affiliée à une société du même nom, récemment formée en France, et dont le but était la promotion de la langue et de la civilisation françaises dans le monde.

La Convention de Miscouche est surtout connue comme celle où les Acadiens se sont choisis un drapeau et un hymne national.  Le choix de ces symboles fut effectivement l’objet des délibérations de la troisième commission.  En plénière, toute l’assemblée ratifia sa principale résolution voulant que le tricolore français, avec une étoile jaune dans la partie bleue, soit adopté  comme drapeau acadien.  Les délégués ont aussi adopté l’air de l’Ave Maris Stella comme hymne national.  Ils se sont également choisis à Miscouche un insigne et une devise, “l’Union fait la force.”

Les délégués ont accordé une grande importance à l’agriculture.  Ils s’entendaient sur le fait que l’agriculture avait été et continuerait d’être la sauvegarde de la culture acadienne.  Des résolutions demandaient donc aux Acadiens de porter une plus grande attention à améliorer leur mode de culture et d’éviter de diviser et de subdiviser leurs petites fermes.  On conseillait aussi fortement à ceux obligés d’abandonner leurs terres, par la force des circonstances, de vendre à leurs compatriotes.  Enfin, on proposait que des sociétés agricoles soient établies dans chaque paroisse acadienne.

Des résolutions qui visaient le commerce et l’industrie ont aussi été adoptées par les délégués.  Nous ne connaissons toutefois pas la nature de ces dernières car elles n’ont pas été rapportées par la presse et tous les documents officiels de la Convention ont été perdus.

Le Prix Gilbert Buote

1983 par Contribution anonyme

 

1.  Introduction

Le Prix Gilbert Buote a été créé en 1982 par la Société Historique Acadienne de l’Île-du-Prince-Édouard dans le but de couronner et de signaler les projets méritants réalisés dans le domaine de l’histoire et de l’héritage acadiens de l’Île.  En décernant ce prix, la Société veut, d’une part, récompenser les auteurs de ces projets et les encourager à poursuivre leurs efforts en ce sens.  D’autre part, elle souhaite éveiller l’intérêt de la population au travail qui se fait dans ce domaine et susciter son appui.

En dédiant ce prix à la mémoire de Gilbert Buote (1833-1904), de Tignish, la Société désire souligner la grande contribution de ce patriote acadien à la cause de son peuple.  Éducateur, journaliste, historien et généalogiste, il fut un farouche défenseur des droits des Acadiens.  En 1893, avec l’aide de son fils François-Joseph, il fonda L’Impartial, premier journal de langue française publié dans l’Île.  Il y publia de nombreuses notes généalogiques et historique, fruit de ses propres recherches.  À l’occasion du centenaire de la paroisse de Tignish, en 1899, il rédigea et imprima L’Impartial Illustré, livret souvenir contenant l’histoire de la paroisse et la généalogie des familles.

 

2.  Les projets:  critères d’admissibilité

a)  Tout projet qui, d’une façon ou d’une autre, contribue à mieux faire connaître et/ou à conserver quelque aspect de l’histoire et de l’héritage acadiens, est admissible au concours.

Exemples :
- une publication
- un projet d’interprétation de l’histoire et/ou de l’héritage acadien par divers moyens d’expression
- un projet réalisé dans le but de faire reconnaître et/ou conserver un lieu ou un édifice historique

b)  Est admissible au concours:  tout projet réalisé par un individu (ou un groupe d’individus) résident de l’Île, ou encore par une association, une entreprise privée, une école (ou une classe), un village, une paroisse ou une ville insulaire.

c)  Le projet devra avoir été complété entre le 1er juin de l’année précédant l’attribution du prix, et le 31 mai de l’année de l’attribution.  Les projets devront être inscrits au concours au plus tard le 30 juin de chaque année.

 

3.  Inscription des projets au concours

Toute personne intéressée est libre d’inscrire un projet au concours, qu’elle en soit l’auteur ou non, mais le prix ne pourra être décerné qu’à l’auteur.  De même, une organisation ou un comité quelconque peut soumettre des projets.

Le Comité exécutif de la Société historique acadienne verra à publiciser le concours.

 

4.  Critères d’évaluation

Chaque projet sera évalué selon les critères suivants :

a)  sa pertinence à l’histoire et à l’héritage acadien;
b)  sa contribution à la connaissance et à la conservation de l’histoire et de l’héritage acadien de l’Île-du-Prince-Édouard;
c)  la somme de travail exigée dans sa réalisation;
d)  la qualité du travail effectué;
e)  sa visibilité.

 

5.  Mode d’évaluation des projets

a)  Jury:  Le jury est composé de trois membres nommés par le Comité exécutif de la Société historique acadienne de l’Î.-P.-É.  Les membres du Comité exécutif ne pourront faire partie du jury.

b)  Le jury fera l’évaluation, pendant les mois de juillet et août de chaque année, de tous les projets reçus conformes aux critères d’admissibilité.

En règle générale, un seul prix sera décerné annuellement.  Cependant, dans le cas de deux projets remarquables, de qualité jugée égale, deux prix pourront être attribués.  Il n’y a cependant aucune obligation à ce que le prix soit décerné si le jury juge qu’aucun projet ne rencontre d’une façon satisfaisante les critères de sélection.  Le jury devra, en effet, veiller à conserver le prestige du prix en l’attribuant qu’à des projets de qualité.

c)  Des mentions pourront être décernées.

d)  La décision du jury sera finale.

e)  Le prix sera présenté lors de l’assemblée annuelle de la Société ou à une autre occasion jugée appropriée par le Comité exécutif de la Société.

 

6.  Le Prix

Le prix consiste en un parchemin encadré sur lequel est imprimé un fac-similé d’une première page d’un numéro du journal L’Impartial, une photo de Gilbert Buote et une inscription appropriée où apparaît le nom de la personne (ou de l’institution) méritante, le titre de son projet et la signature du président(e) de la Société.

Les Vieillards

1983 par La Petite Souvenance

 

Un correspondant de Wellington nous écrit ce qui suit, et demande aux autres journaux de faire connaître, s’ils le peuvent, un cas semblable dans aucune autre partie de l’Île, soit parmi les Français, les Anglais, les Irlandais ou les Écossais.

Voici ce dont il s’agit :

Les quatre personnes dont les noms suivent, tous frères et soeurs, sont encore vivantes et pleines de santé:

Mme Barbe Poirier, 96 ans
Mme Céleste Poirier, 94 ans
M. Cola Poirier, 92 ans
M. Thadée Poirier, 88 ans

L’Impartial,
le 4 novembre 1897

Qui était Paul? auteur de “Placide, l’homme mystérieux”

1982 par Marguerite Maillet

par Marguerite Maillet

 

L’article ci-dessous est un extrait d’une étude, à paraître, sur le développement de la littérature écrite en Acadie.  Son auteur, Marguerite Maillet, est professeur de français à l’Université de Moncton.  Elle vient de terminer une thèse de doctorat sur la littérature acadienne.  Dans les quelques pages qui suivent, Mad. Maillet discute du contenu d’un roman publié dans L’Impartial en 1904 et 1906, et de son auteur insulaire dont nous connaissons le nom de plume, “Paul”.

****************

Nous savons peu de choses au sujet de PAUL, sinon qu’il est un Acadien de l’Île-du-Prince-Édouard, collaborateur à L’Impartial et intéressé au développement culturel de sa province1. En 1906, il fut l’un des trois braves patriotes à souscrire chacun une somme de 50,00 $ pour la fondation d’un collège acadien sur l’île, qu’il dénomme encore l’île Saint-Jean.  Mais, c’est à titre d’auteur des aventures de Placide, que Paul mérite une place dans une histoire de la littérature acadienne.  En effet, selon toute vraisemblance, il fut le premier Acadien à publier un roman, et qui plus est, un roman d’aventures.

Il faut dire, néanmoins, que seule fut tirée à part la première de deux grandes aventures de Placide données en feuilleton, dans L’Impartial, en 1904 et en 19062. Une troisième fut annoncée qui aurait dû conduire le héros à San Francisco alors que son champ d’action avait été, précédemment, New York et Londres.  Signalons aussi que la deuxième aventure de Placide est nettement inférieure à la première sur le plan de la langue et du style, et, à un degré moindre, de l’intrigue.  Ces changements, joints à l’emploi des guillemets pour les dialogues (que nous remarquons à partir de la dernière tranche de la première avenue), nous portent à croire que le pseudonyme Paul recouvre le nom de deux auteurs dont le premier serait Gilbert Buote.  Enseignant avant de fonder L’Impartial, il est mort le 16 juillet 1904 à la suite d’une maladie de quatre mois.  Or, nous remarquons que le feuilleton fut discontinué à partir du 5 mai et que la “suite et fin”, donnée le 18 août, en plus d’accuser une assez nette différence avec les tranches antérieures, ressemble à la deuxième aventure annoncée dans la conclusion, mais qui paraîtra deux ans plus tard seulement.  Quoi qu’il en soit de son auteur, le tiré à part, Placide, l’homme mystérieux3 , demeure un roman policier d’une étonnante vivacité qui retient l’intérêt malgré des faiblesses évidentes.

Le héros Placide, un Acadien de l’île Saint-Jean, est un jeune limier hors pair que le chef de la police new-yorkaise a fait venir pour faire la chasse aux escrocs qui sèment la terreur dans sa ville.  Passant d’un déguisement à l’autre, d’une aventure à l’autre, “l’homme mystérieux”, doué d’une force herculéenne, d’une présence d’esprit et d’un sang-froid remarquables, s’attire l’admiration et le respect des personnes qu’il protège comme de celles qu’il poursuit.  En peu de temps, il capture le chef de la bande, Pierre Quavillon, celui dont le nom seul fait trembler les plus braves, celui que n’ont pu réussir à dépister les meilleurs limiers de New York et du monde.

Sans prétention, Placide se défend d’être un héros, un Acadien exceptionnel:  il est d’une race d’hommes qui se croient “aussi nobles que les plus grands hommes de la terre4« .  L’Acadien, dans ce roman, vient d’un territoire bien défini; il a ses caractéristiques propres; fier de sa nationalité qu’il affiche, il est connu et respecté comme Acadien.  Le terrible Quavillon demande à son adjoint qui a été fort impressionné par Placide:

- Est-il un Américain?
- Non.
- De quelle nationalité, donc?
- Je ne puis le dire, répondit Thomas, mais il est bien rusé, brave et capable.  Il pourrait être un Acadien5.

Le message de l’auteur Paul est clair.  Les Acadiens n’ont pas peur de se battre, ils ne sont pas des lâches, au contraire; et quand ils savent rester eux-mêmes et se faire reconnaître comme Acadiens, ils forcent non seulement tout le monde à les respecter, mais, les coupables, à reculer.  L’exil des jeunes aux États-Unis et le bilinguisme comme élément de supériorité sont notés.  Mais rien n’est appuyé par le narrateur.  Dans ce roman, écrit presque entièrement sous la forme de dialogues, c’est l’action qui demeure au premier plan.  Voilà qui diffère grandement des romans à thèse parus dans les années 30 et 60.

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1.  “Nos feuilletons”, dans L’Impartial, 21 janvier 1904, p. 4, col. 1.

2.  Paul, “Placide, l’homme mystérieux”, en treize tranches, du 21 janvier au 18 août 1904; “Deuxième aventure de Placide”, en dix-sept tranches, du 18 janvier au 21 juin 1906.

3.  Paul, Placide, l’homme mystérieux, Tignish, Bureau de “l’Impartial”, (s.d.), 61 p.  Notre copie provient de Public Archives of P.E.I., Charlottetown.

4.  Paul, Placide, l’homme mystérieux, p. 42.

5.  Ibid., p. 47.

Nouveau chant national des Acadiens

1980 par Contribution anonyme

Sur l’air du Petit Mousse Noir.

Présenté à la Société Acadienne de Tignish, par G. Buote, et chanté pour la première fois en Acadie, à Tignish, 15 août 1901, jour de la célébration de la Fête Nationale des Acadiens.

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Lève ton front, ô ma patrie!
Contemple le ciel radieux!
Luit sur ta bannière chérie,
Le soleil d’un jour glorieux.
Débris d’une héroïque histoire,
Peuple déroule tes drapeaux!
Souviens-toi des vieux jours de gloire
Et des combats de tes héros!

Qu’ils sont beaux sur ton oriflamme.
Ces lys teints du sang de nos preux!
Braver la mitraille et la flamme,
Je crois les voir encore poudreux.
Débris d’une héroïque histoire,
Peuple déroule tes drapeaux;
Souviens-toi des vieux jours de gloire )
Et des combats de tes héros!                    ) bis

Et que la bise sur son aile,
Porte à l’ancien monde étonné
L’hymne, de sa voix solennelle,
Que chante un peuple nouveau-né.
Nous avons notre vieille histoire,
Peuple déroulons nos drapeaux;
Il est encore des jours de gloire )
Nous pouvons être des héros?   ) bis
________________________

INVOCATION

Reine des cieux, Notre Patronne,
Entends la voix de tes enfants
En ce beau jour, Sainte Madone,
Nous renouvelons nos serments.
Comm’jadis au temps de nos pères,
Dans nos chants nous t’invoquons tous;
Accepte nos humbles prières, )
À ton fils porte les pour nous.  ) bis

________________________

Publié dans L’Impartial, le 21 mars 1907, p. 4.

Un chapitre des troubles à Tignish : l’année des “Constables”

1979 par Gilbert Buote

par Gilbert Buote

présenté par Georges Arsenault

Cet article, tiré de L’Impartial, premier journal français à être publié dans l’Île, est de la plume de Gilbert Buote, fondateur de cet hebdomadaire.  Beaucoup intéressé par l’histoire, il fit paraître assez régulièrement dans ses colonnes des articles ayant trait à l’histoire et à la généalogie acadienne.

L’année des “Constables” raconte dans un style plutôt romancé une épisode de l’histoire des Acadiens de Tignish à l’époque qu’ils étaient locataires.  Rappelons-nous que pendant une bonne partie du XIXe siècle, ces Acadiens, tout comme bon nombre de résidents à travers la province, n’étaient pas propriétaires des terres qu’ils occupaient.  Ils devaient payer des rentes à des propriétaires anglais.  Les locataires de Tignish n’avaient pas toujours les moyens de payer leurs redevances.  Si pour une raison ou une autre il leur était impossible d’honorer leur bail, ils risquaient de se faire saisir leurs biens ou encore de se faire emprisonner.

En 1844, selon Gilbert Buote, les Acadiens de Tignish décidèrent de faire front commun et de ne plus payer leurs rentes.  Ceci entraîna la visite des officiers de la loi.  Voilà ce que raconte Gilbert Buote dans cette page d’histoire tout à fait colorée.

********

L’Année des “Constables”

C’était vers la mi-février 1844.  Il était neuf heures du soir.  Un manteau de neige de deux pieds d’épaisseur couvrait la terre.  Il n’y avait pas une haleine de vent.  Le temps était fin et clair comme une vitre.  On entendait les arbres craquer sous l’effet de la gelée.  La lune était à son plein, et dans sa course majestueuse inondait la terre de ses rayons argentins.  Aussi loin que l’oeil pouvait s’étendre, on distinguait, ça et là, aux fenêtres des maisonnettes, la pâle lueur de la lampe accrochée au manteau de la cheminée et nourrie au moyen d’huile de morue – la paraffine n’étant pas encore en usage dans ces temps-là.

Toute la famille était à la maison.  Le père, dans le grand fauteuil qu’il avait confectionné de ses propres mains, était assis près de l’âtre au fond duquel pétillait un grand feu alimenté par du bois d’érable, et fumait une pipe du tabac qu’il avait récolté dans son jardin.  Assise près de lui, dans sa petite berceuse sortie du même atelier que le grand fauteuil, était la mère qui tricotait.  Le vieux et la vieille s’entretenaient des temps sombres par lesquels on passait et des misères auxquelles on était en proie à cause des persécutions incessantes des propriétaires.  Les enfants, au nombre de sept, moins soucieux des inquiétudes qui dévorent la vie, occupaient le reste de la maison qui était toute d’une pièce.  Les plus jeunes s’amusaient à des jeux d’enfants.  Les deux plus grands garçons, forts et robustes, aiguisaient leurs haches sur la meule et racontaient leurs vaillantises à couper du bois ou à battre le grain au fléau.  Les deux grandes filles, la plus vieille devant se marier après le carême avec un garçon du village, étaient toutes deux occupées à filer de la filasse pour une pièce de toile de trente verges que la mère devait ourdir dans quelques jours.  Tout en faisant jouer la marchette, les deux jeunes filles chantaient ensemble, tantôt une chanson à fouler, tantôt une chanson d’amourette.

Soudain le cri perçant du borgo (porte-voix) se fait entendre de la cabane des sentinelles postées dans le portage à McNeill.  Depuis le commencement des troubles deux hommes, à tour de rôle, occupaient cette cabane, le jour et la nuit, et chaque fois que quelque étranger arrivait, ces sentinelles donnaient l’alarme en faisant retenir l’air de l’écho de leur porte-voix, et ces étrangers, quels qu’ils fussent, étaient arrêtés sur la route et obligés de rendre compte de leur mission.  En moins d’un quart-d’heure les porte-voix se faisaient entendre dans toutes les parties de la paroisse et tout le monde, hommes, femmes et enfants, était sur pied, les uns armés de bâtons, d’autres de fourches de fer ou de haches.  Tous, au nombre de près de trois cents se rendirent à la croisée des chemins devant la porte à Firmin Julien.  Presqu’en même temps arrivèrent les officiers de la loi qui venaient déterminer de faire main basse sur les propriétés de plusieurs habitants contre lesquels ils avaient des mandats de saisie et de faire prisonniers plusieurs autres personnes contre lesquelles ils avaient des warrants – entre autres, le grand Hubert, le grand Jos. Corny, le petit Mik., etc.  Ces émissaires étaient au nombre de seize:  le grand shérif Bearsto, le député shérif Warburton, et quatorze constables, en traîne; deux hommes chaque traîne.

Arrivés à la croisée des chemins, la foule qui était déjà arrivée là, les attendait et leur barra le chemin.  Le député shérif venait le premier.  Arrêté par la foule, il commanda, au nom de la loi, qu’on les laissa passer.  Personne ne fit cas de ses paroles.  Alors se tournant vers le grand shérif qui venait après lui il cria:  pass me your pistol.  À peine avait-il prononcé ces paroles que son cheval tomba comme un corps mort.  La grand’ Nannette à Bélone, une des femmes qui était venue avec les autres pour défendre ses foyers s’était armée d’un rondin sur le bûcher à Firmin, et d’un coup porté entre les deux oreilles du cheval du député shérif, abattit l’animal qui, les yeux hors de leurs orbites, resta étendu comme un corps mort sur le chemin.

Le député shérif et ceux qui l’accompagnaient, voyant qu’ils étaient déjà si mal menés par une femme, et prévoyant ce qui leur arriverait si les hommes se mettaient de la partie, entreprirent de jouer au plus fin, et demandèrent piteusement qu’on les laissat passer; qu’ils s’en allaient chez un ami de leur connaissances à l’autre bout du village, et qu’ils ne porteraient noise à personne.

La foule sans se fier à ces promesses forcées et avec le dessein bien arrêté et les suivres de près, se rangea de chaque côté du chemin; et ces lâches qui, il n’y avait qu’un instant, menaçaient de mettre tout à feu et à sang, furent permis de passer, pour ainsi dire, sous ces fourches caudines, tel que jadis les Samnites firent passer les Romains vaincus.

Tandis que ceci se passait à la croisée des chemins à Firmin, Bruno à Moïse Béjin et trois autres jeunes hommes avaient quitté la foule sans rien dire aux autres et étaient allés défaire le pont sur la rivière à Pierrette.  Après avoir fait une ouverture d’une dizaine de pieds de large, ils allèrent se blottir à l’ombre des sapins sur le bord de la rivière en attendant le plongeon du cheval qui viendrait le premier.  Mais en arrivant à l’ouverture l’animal arrêta tout à coup et se cabra.  Les constables s’aperçurent vite du tour qu’on leur avait joué.  Ils raccommodèrent tant bien que mal, à la hâte, ce casse-cou où on leur avait préparé un bain de février, et passèrent le pont, la foule étant toujours à leurs trousses.

Parmi ceux que les propriétaires persécutaient avec le plus d’acharnement était Jos. Buote de la Violonière.  Plusieurs fois déjà, la loi était allée se casser le nez à la porte de cette habitation, et Jos. était toujours sorti sain et sauf, avec l’assistance de ses amis.  Or, comme on n’ajoutait aucune foi à la promesse que venait de faire les constables – et on avait mille fois raison de ne pas les croire – une quarantaine des plus jeunes, arrivés au pont, descendirent la rivière sur la glace et se rendirent chez Jos. où tout fut mis en ordre, et préparé pour recevoir les constables d’une manière digne de leur mission, s’ils venaient.  Ils vinrent en effet.

Le shérif, ayant un warrant pour prendre Hubert Gaudet considéré comme un des chefs du peuple, se servit du constable Archy McNeill qui connaissait bien le voisinage, pour lui désigner la demeure de Hubert.  Mais celui-ci avait tout prévu.  Il avait quitté sa maison; avait envoyé sa famille à la maison voisine et s’était lui-même rendu chez son beau-frère, le petit Français, où il riait du plus bel en voyant passer ceux qui le cherchaient et qui étaient loin de s’imaginer que leur homme fut si près d’eux.  Parvenus à la maison de Hubert, les officiers de la loi trouvèrent visage de bois.  Ivres de colère de se voir ainsi jouer sur tous les points, ils décidèrent de faire un dernier effort, et à grand train, prirent le chemin de la Violonière.  Mais quelle ne fut pas leur surprise en arrivant près de la résidence de Joe Buote, de rencontrer une cinquantaine de jeunes hommes, bien armés, qui leur barrèrent le chemin, avec défense d’avancer plus loin.  Les constables s’appuyant de leur autorité firent semblant de résister, mais le grand Louis qui ne savait pas ce que c’était que la peur, s’avança comme général à la tête de ses hommes, tous armés.  Il traça sur la neige une ligne avec un bâton et signifia aux constables que s’ils outre-passaient cette ligne ils feraient aussi bien de se préparer au grand voyage.

Les constables constatant que ceux qui étaient devant eux n’y allaient pas de main morte, rebroussèrent chemin; mais avant de se rendre chez leur ami ils firent voir la lâcheté des sentiments qui les animaient dans leur entreprise néfaste.  Près d’arriver au lieu où ils devaient se mettre à l’abri, ils rencontrèrent un pêcheur de Caraquet – Paul Landry – qui était resté à Tignish pour y passer l’hiver en attendant son équipage qui devait venir le rencontrer au printemps.  Paul s’en retournait bien tranquillement de faire la veillée chez un voisin.  Ces officiers barbares se voyant seuls – ceux qui les avaient poursuivis étant retournés à leurs domiciles respectifs – profitèrent de l’occasion pour se venger de la honte de leur défaite.  Quatre d’entre eux saisirent Paul qui en vain protesta qu’il était innocent, le garrottèrent et le tinrent prisonnier jusqu’au lendemain matin, quand ils s’échappèrent avant l’aube du jour, emmenant avec eux le pauvre Paul qu’ils logèrent dans la prison de St. Eleanors, où il demeura jusqu’au printemps sans avoir pu réussir à faire entendre sa cause.  Vers la fin de mai des personnes d’influence qui n’avaient cessé d’intercéder pour Paul depuis le jour de son incarcération réussirent à le faire mettre en liberté après qu’il eut passé l’hiver dans un état de souffrance qu’il n’avait pas mérité.

À tantôt pour un autre chapitre.

(L’Impartial, le 3 mars 1904.)