Résultats: ‘Francis C. Blanchard’

Évangéline – un symbole incarnant à la fois la tragédie et l’espoir du peuple acadien

2009 par Francis C. Blanchard

Parmi les précieux symboles nationaux acadiens, il n’y a pas de plus grand, de plus poignant ni de plus inspirateur que notre chère héroïne Évangéline. Ce nom mélodieux et historique, tout en étant fictif, nous amène à Grand-Pré en Acadie historique, aujourd’hui la Nouvelle-Écosse, où sont commémorés les événements tragiques de notre Déportation, en particulier celle qui eut lieu dès 1755.

C’est grâce au célèbre poète américain Henry Wadsworth Longfellow, né à Portland, Maine, le 27 février 1807  (1), que le nom d’Évangéline est aujourd’hui immortalisé en ce lieu pittoresque mais mélancolique qui est Grand-Pré. Ce poème épique et romantique qui, dans sa version américaine s’intitulait Evangeline A Tale of Acadie, fut publié en 1847 (2) pour rappeler au monde entier l’histoire tragique du peuple acadien puisque la trame de cette épopée raconte l’histoire poignante de deux jeunes amoureux acadiens qui, appelés pour la circonstance  Évangéline Bellefontaine et Gabriel Lajeunesse, auraient réellement été séparés l’un de l’autre (3) au moment du Grand Dérangement. Selon le poème, ce conte de l’Acadie raconte qu’Évangéline a passé  le reste de sa vie à chercher à travers l’Amérique son amant et fiancé, Gabriel.

Un tranquille hameau fièrement encadré, C’était, sous un beau ciel, le hameau de Grand-Pré. (Pamphile LeMay)
(Collection privée : Mickael Houard)

Le lieu de Grand-Pré fut aménagé pour commémorer ces événements fatidiques de 1755. En 1907, John Frederic Herbin, lui-même historien et poète d’origine acadienne, fit l’achat d’une propriété, son intention étant d’y développer un lieu commémoratif incluant une croix en pierre pour identifier l’emplacement même du cimetière de la paroisse Saint-Charles-des-Mines. Dix ans plus tard, la firme Dominion Atlantic Railway fit l’acquisition du lieu avec la stipulation expresse que le lopin de terre sur lequel avait été construite l’ancienne église soit donné aux Acadiens en vue de la construction d’un monument commémoratif. La firme s’est occupée de l’aménagement du terrain et s’est servie de l’épopée acadienne poignante et captivante de Longfellow, pour intéresser, attirer et amener des foules à visiter le lieu.

En 1919, la Société Nationale de l’Assomption (aujourd’hui la Société Nationale de l’Acadie) fit l’achat du terrain où se trouvait autrefois l’église Saint-Charles-des-Mines et y fit bâtir en 1922 l’église-souvenir actuelle. Une statue de l’héroïne du poème de Longfellow fut inaugurée en 1920 sur le terrain faisant face à l’église. Elle est en bronze et mesure sept pieds. Les signatures qui y apparaissent sont celles de Philippe Hébert, inv. (inventavit) et Henri Hébert, sculp.(sculptavit). L’inauguration de la statue devait se faire en même temps que la tenue du 8e Congrès National des Acadiens à Grand-Pré en 1920. Le Congrès a eu lieu en 1921 à la Pointe-de-l’Église dans la Baie-Sainte-Marie (Nouvelle-Écosse) avec une excursion à Grand-Pré durant ses assises.

Citons quelques lignes de l’avant-propos (p. vii) et de l’Appendice «E» (p. 68) du livre «Le Grand Dérangement» publié en 1922 par  l’historien et généalogiste Placide Gaudet :

D’après des arrangements faits en 1919, le dévoilement de la statue d’Évangéline devait se faire en même temps que ce congrès. Le congrès acadien n’ayant pas lieu en 1920, la compagnie du chemin de fer du Dominion Atlantic a profité de la présence des délégués de la Presse Impériale pour faire le dévoilement le 29 juillet 1920.

Les autorités du chemin de fer, ayant appris que feu le célèbre sculpteur Philippe Hébert, de Montréal, avait fait, de sa propre initiative, quelques années auparavant, une maquette d’une statue d’Évangéline, chargèrent au mois de mai 1919, M. J. M. Gibbon, agent général de publicité de la Compagnie du Pacifique Canadien, à Montréal, d’inviter M. Henri Hébert, fils du regretté défunt et aussi excellent sculpteur lui-même, à se rendre avec lui à la Grand-Prée (sic) avec la maquette modelée par son père. Là, il fut convenu que M. Henri Hébert se rendrait à Paris avec la maquette pour la faire couler. C’est M. Hoheviller, Alsacien de naissance, qui coula la statue.

En parlant de la statue, notre historien national Placide Gaudet, poursuit :

L’attitude est inspirée de cette phrase : «Pleurant le pays perdu». Évangéline quitte en pleurant le pays qu’elle ne devra jamais revoir et jette un regard douloureux en arrière. (4)

Évidemment pour nous, Acadiens et Acadiennes, qui avons le coeur tendre et sensible, c’est une oeuvre à voir et à comtempler soigneusement au lieu historique de Grand-Pré. En examinant la figure d’Évangéline d’un certain côté, l’observateur va vite reconnaître la physionomie de la jeune femme heureuse et pleine d’espoir. À quelques pas de l’autre côté de la statue, on peut facilement voir les traits d’une femme âgée, remplie d’angoisse et de tristesse. Il faut se rendre compte de ces traits exceptionnels accordés à Évangéline par l’artiste.(5) Quel joyau significatif constitue cette oeuvre ingénieuse qui est un héritage patrimonial pour nous tous aujourd’hui!

Le poème tragique de Longfellow, Evangeline A Tale of Acadie, a été traduit dans plusieurs langues dont la version française la plus connue est celle de 1865 de la plume du poète de la littérature canadienne-française Pamphile LeMay dont le fils René P. LeMay est l’architecte des églises des paroisses Notre-Dame-du-Mont-Carmel et Saint-Bonaventure (Tracadie) à l’Île-du-Prince-Édouard.  L’arrière-petite-fille de Pamphile LeMay, Céline LeMay, est venue à Mont-Carmel en novembre 1998 à l’occasion du centenaire de l’église paroissiale qui justement avait été construite par son grand-père René P. LeMay. (6)  Celui-ci, on le répète, était le fils du traducteur de notre épopée nationale, Évangéline, le symbole féminin par excellence que le destin a choisi pour incarner à la fois l’histoire tragique et l’espoir du peuple acadien.

 

C’est l’antique forêt !… Noyés dans la pénombre,

Vieux et moussus, drapés dans leur feuillage sombre,

Les pins au long murmure et les cyprès altiers,

Qui bercent aujourd’hui, sur des fauves sentiers,

Les nids harmonieux, sont semblables aux bardes

Qui venaient, chevelus, chanter dans les mansardes,

Aux druides sacrés dont la lugubre voix

S’élevait, prophétique, au fond des vastes bois.

Sauvage et tourmenté, l’océan vert, tout proche,

Se lamente sans cesse en ses antres de roche,

Et la forêt répond, par de profonds sanglots,

Au long gémissement qui monte de ses flots.

(Début d’Évangéline : Pamphile LeMay)

 

(1)       La couverture de notre 21e édition de La Petite Souvenance (décembre 2007)
rendait un hommage à Longfellow à l’occasion du bicentenaire de sa
naissance (1807-2007).

(2)       Le 150e anniversaire (1847-1997) de la publication du poème de Longfellow
(Evangeline A Tale of Acadie) avait été souligné en 1997 par une série
d’articles dans La Voix acadienne entre mars et décembre 1997 par moi-
même et mon collègue David Le Gallant.

(3)       Le poème, bien que romancé, est inspiré de faits historiques : la déportation
des Acadiens de la Nouvelle-Écosse. Quant à un couple d’Acadiens séparés
par la Déportation, il y a lieu de croire que c’est probablement un fait réel
aussi puisque c’est le révérend Horace Connolly qui, invité à manger chez les
Longfellow, aurait, en présence de l’écrivain Nathaniel Hawthorne, répété
que, d’après ce qu’on racontait, cela était arrivé à un couple de jeunes
acadiens lors de la Déportation.

(4)       Placide Gaudet, Le Grand Dérangement, Imprimerie de l’Ottawa Printing
Company Ltd., Ottawa, 1922, p. vii et 68.

(5)       Voir à la page 6 pour entrevoir un peu les traits d’Évangéline.

(6)       David Le Gallant, Premier Centenaire de l’église Notre-Dame-du-Mont-Carmel,
Comité des fêtes du Centenaire de l’église de Mont-Carmel, Williams and
Crue, Summerside, 1998, p.10-13.

 

 

 

 

Nos dix premières conventions nationales acadiennes

2007 par Francis C. Blanchard

 

La diaspora acadienne toute entière doit garder dans sa précieuse souvenance nationale l’importance historique des dix grandes conventions nationales acadiennes. Qu’on retourne en arrière dans nos souvenances d’antan et qu’on se les remémore! Nous avons à nous rappeler de ces événements vécus chez nos devanciers patriotiques de l’empremier. Ces conventions nationales acadiennes, qui se sont succédé entre 1881 et 1937, ont marqué foncièrement l’histoire du peuple acadien.  Les deux premières conventions nationales acadiennes qui eurent lieu à Memramcook (1881) et Miscouche (1884) sont les sujets élaborés des quatre premiers tableaux des Grandes Heures du peuple acadien de Claude Picard, au Musée acadien de l’Î.-P.-É. , à Miscouche.

Memramcook (1881) – La définition du peuple acadien…on y a choisi le 15 Août, c’est-à-dire la fête de Notre-Dame de l’Assomption, comme fête patronale nationale du peuple acadien.

Miscouche (1884) – Un berceau de l’adoption de symboles nationaux acadiens : drapeau, hymne national, insigne et devise.

Pointe-de-l’Église (1890) – La langue d’enseignement dans les collèges, les couvents et les écoles.

Arichat (1900) – L’acadianisation de l’Église.

Caraquet (1905) – Les manuels scolaires en français.

Saint-Basile (1908) – L’acadianisation de l’Église… supplique envoyée au Saint-Siège (Cité du Vatican) pour obtenir un évêque acadien.

Tignish (1913) – Action de grâce pour la nomination d’un évêque acadien en 1912.

Pointe-de-l’Église (1921) – Congrès du souvenir suivi d’un pèlerinage à Grand-Pré.

Moncton (1927) – Un plan d’action pour le peuple acadien… les coopératives, la promotion de la langue française, une société historique.

Memramcook (1937) – Congrès de la reconnaissance… l’Association acadienne d’éducation du N.-B. est officiellement créée.

Une belle et somptueuse cérémonie organisée par Parcs Canada pour le dévoilement d’une plaque commémorant les dix premières conventions nationales acadiennes a eu lieu le 15 août 2000 à Miscouche où avait eu lieu en 1884 la deuxième des dix conventions listées ci-dessus. Ainsi, la Commission des lieux et des monuments historiques du Canada a officiellement reconnu l’importance historique nationale des grandes conventions du peuple acadien. Ce qui suit est le texte intégral en français de ladite plaque commémorative :

De 1881 à 1937, les conventions ont favorisé l’éveil d’un sentiment national et l’affirmation du peuple acadien. Organisées par la Société nationale l’Assomption, elles ont joué un rôle important dans la sauvegarde du français, l’acadianisation de l’Église, le développement de l’éducation, de l’agriculture, de la colonisation et de l’économie. La première convention de Memramcook, en 1881, confirma le choix du 15 Août comme fête nationale. La deuxième, tenue à Miscouche en 1884, dota les Acadiens de leurs deux plus puissants symboles : leur drapeau, le tricolore étoilé, et leur hymne, l’Ave Maris Stella.

Malheureusement, une fâcheuse inexactitude s’était glissée dans le texte de la plaque ci-contre. Or, c’est ainsi que le professeur Pierre Arsenault de l’Université de Moncton nous l’a soulignée : « C’est vrai que la Société nationale l’Assomption (devenue plus tard la Société nationale des Acadiens et ensuite la Société nationale de l’Acadie) a organisé les conventions, mais seulement à partir de la seconde, celle de Miscouche. » La Société nationale l’Assomption n’a pas pu organiser la toute première convention nationale acadienne qui eut lieu à Memramcook parce qu’elle n’existait pas auparavant. C’est seulement lors de cette toute première convention de 1881, à Memramcook même,  qu’elle (la Société nationale l’Assomption) fut fondée.

 

 

 

Des classes en français pour de bon!

2007 par Francis C. Blanchard

À l’occasion d’une conférence de presse tenue à l’hôtel CP Prince Edward à Charlottetown en relation avec l’établissement du Centre scolaire et communautaire francophone, on avait bon nombre de dignitaires, les médias et le public pour entendre une annonce majeure. Tout s’était déroulé comme prévu et, suite à la cérémonie, il y a eu la réception coutumière à laquelle les participants se sont régalés avec des amuse-gueules.

Parmi les invités, on remarquait Mme Anna Duffy, présidente du Conseil scolaire de l’Unité 3. À un moment donné, elle s’est approchée de ma personne et, sachant avec qui elle s’entretenait, m’a fait cette confidence. Elle avait eu le privilège, me dit-elle, d’être présente à la dernière classe de français enseignée par feu J. Henri Blanchard au Collège Prince-de-Galles (présentement le Collège Holland) à Charlottetown à la veille de prendre sa retraite de l’enseignement en 1947.

Le professeur Blanchard avait consacré la classe entière à l’étude et à une discussion de l’œuvre de l’auteur français Alphonse Daudet : « La dernière classe ». C’est le récit d’un jeune Alsacien qui assiste à sa dernière classe de français à l’école de son village.

L’histoire se passe en 1870, lorsque les Allemands (les Prusses) ont envahi l’Alsace et la Lorraine pour annexer ces deux provinces à l’Allemagne – la guerre franco-allemande 1870-1871. Le jeune Frantz est arrivé à l’école cette journée un peu en retard. En entrant, il s’attendait de se faire gronder par le professeur, mais il a vite vu que le climat de la classe n’était pas comme d’habitude. Il fut surpris de voir quelques braves gens du village assis sur des bancs au fond de la salle de classe. Ce fut une scène peu ordinaire. M. Hamel s’adresse aux élèves en ces termes :

« Mes enfants, c’est la dernière fois que je vous fais la classe. L’ordre est venu de Berlin de ne plus enseigner que l’allemand dans les écoles de l’Alsace et de la Lorraine… Le nouveau maître arrive demain. Aujourd’hui, c’est votre dernière leçon de français. Je vous prie d’être bien attentifs. »

M. Blanchard a terminé sa classe en faisant le commentaire à ses étudiants qu’un jour il faudra qu’il y ait une école française dans la région de Charlottetown.

Ses paroles étaient-elles prophétiques? L’école française est maintenant une réalité dans la région! Elle fait partie du Carrefour de l’Isle-Saint-Jean, un complexe qui comprend un côté scolaire et un côté communautaire. C’est à nous tous et toutes – Acadiens, Acadiennes et francophones – de nous en servir.

*Éditorial intitulé Un rêve se réalise… gracieuseté de La Voix acadienne, Summerside, Î.-P.-É., le 13 novembre 1991

Carrefour de l’Isle-Saint-Jean abritant l’école François-Buote.

Des célébrations qui sortent de l’ordinaire

2007 par Francis C. Blanchard

Nos souvenirs en tant qu’Acadiens et Acadiennes sortent souvent de l’ordinaire. On les trouve même dans nos anciens registres paroissiaux qui d’ailleurs seraient un excellent outil pédagogique pour nos professeur(e)s d’histoire acadienne.

Mariages en triple

Dans La Voix acadienne du 19 juin 1996 sous la rubrique « Un brin d’histoire », David Le Gallant avait fait part d’un triple mariage célébré le 20 juin 1735 de trois enfants de Michel Haché-Gallant et de Anne Cormier en l’église Saint-Jean-L’Évangéliste, à Port-La-Joye à l’Isle Saint-Jean. Il s’agissait des mariages de François, Jacques et Louise, tous enfants desdits Michel Haché-Gallant et Anne Cormier.

Mariages en quintuple

Francis C. Blanchard, sous la même rubrique « Un brin d’histoire » dans La Voix acadienne du 11 décembre 1996, raconte un autre événement tout à fait unique pour l’époque. Ce fut l’occasion de cinq mariages célébrés le 3 novembre 1750 dans la paroisse Sainte-Famille à Malpec (souvent francisé à « Malpèque ») toujours à l’Isle Saint-Jean. Au cas où on l’ignore, cette ancienne paroisse acadienne se trouvait là où se situe de nos jours Gillis Point ou Low Point. La pointe fait face à l’Île Lennox à côté de l’entrée de la baie de Malpec.

Les entrées de registre pour ces cinq mariages qui eurent lieu à Malpec (Low Point) huit ans avant la Déportation de l’Île (1758) se trouvent toutes inscrites dans le registre de la paroisse Saint-Jean-l’Évangéliste (Port-La-Joye). C’est le Récollet Patrice La Grée (sic) qui officia à ces mariages en quintuple. Deux des cinq mariages ci-dessous sont ceux de deux frères (Pierre et Jean Arsenault) mariés avec deux soeurs (Marie et Madeleine Boudrot).

1. François Doucet, fils de François Doucet et Marie Carré de la paroisse de Malpec, et Marguerite Jacquemain, fille de Pierre Jacquemain et de Marguerite Haché de la paroisse de Port-La-Joye.

2. Pierre Arsenault, fils de Charles Arsenault et Cécile Bros de la paroisse de Malpec et Marie Boudrot, fille de Claude Boudrot et de Judic Belliveau de la paroisse de Saint-Pierre.

3. Jean Arsenault, fils de Charles Arsenault et de Cécile Bros de la paroisse de Malpec et Madeleine Boudrot, fille de Claude Boudrot et de Judic Belliveau de la paroisse de Saint-Pierre.

4. Jean Arseneau, fils de Jacques Arseneau et de Marie Poitvin de la paroisse de Malpec et Magdelaine Boudrot, fille de François Boudrot et de Jeanne Landry de la paroisse de Saint-Pierre.

5. Jean Oudy, fils de Jacques Oudy et de Marguerite Poirier de la paroisse Saint-Pierre et Marie Blanchard, fille de François Blanchard et de Marguerite Carré de la paroisse de Malpec.

Noces d’or en septuple

Une autre célébration qui sort de l’ordinaire eut lieu le 7 juin 1893 à Rustico d’après l’historien et patriote J. Henri Blanchard (Rustico, une paroisse acadienne, 1938) et reprise dans La Voix acadienne le 23 octobre 1996. Cette célébration tout à fait unique était les noces d’or de sept couples :

Isidore Pitre et Madeleine Doiron / Ignace Gallant et Domithilde Buote  Hubert Gallant et Barbe Buote / Gilbert Pitre et Marguerite Buote Sylvestre Doiron et Sophie Gallant / Fidèle Doucet et Gertrude Gallant Joseph Doiron et Clothilde Arsenault

Il est à remarquer que Isidore Pitre et Madeleine Doiron étaient alors mariés depuis 55 ans et qu’ils vont même célébrer leur 66e aniversaire de leur mariage. Deux des hommes, Ignace Gallant et Hubert Gallant étaient frères; trois des femmes étaient sœurs : Domithilde Buote, Barbe Buote et Marguerite Buote. Ces sept couples ont eu 76 enfants; il y avait une famille de seize, deux de douze, une de onze et une de dix enfants. Les petits-enfants de ces sept familles sont au nombre de plus de cinq cents. À l’occasion de cette célébration unique, il y eut la grand-messe à l’église paroissiale de Saint-Augustin (Rustico). L’évêque James Charles MacDonald y assistait avec un nombreux clergé. Le sermon de circonstance fut prononcé par l’abbé F.-X. Gallant alors curé de Bloomfield et le premier enfant acadien de la paroisse élevé à la prêtrise. Nombreux sont les héritiers de ces belles familles d’antan qui ont de quoi se souvenir. Vive nos belles souvenances! Faisons nôtres, les souvenirs de nos devanciers!

Drôleries cléricales

2007 par Pie Édouard Blanchard et Francis C. Blanchard

Parmi nos curés français et acadiens  de la paroisse Saint-Augustin de Rustico, on signale la cure (1888-1891) de l’abbé Gérard de Finance de Valcourt  et de celle (1902-1937) de l’abbé Jean Chiasson. L’abbé de Finance est né en France en 1856 et arriva à l’Île-du-Prince-Édouard en 1882.  Il fut d’abord attaché à la cathédrale Saint-Dunstan pour un an puis transféré aux Îles-de-la-Madeleine.  En 1888, il est nommé  curé de la paroisse Saint-Augustin de Rustico.  L’abbé de Finance cherchait toujours la perfection dans son travail et dans ses activités paroissiales. On raconte qu’un jour, il se promenait dans le cimetière près de l’église avec son bedeau. Arrivant près d’une pierre tombale, il s’écria « Qu’est-ce que c’est, cette saleté? » Le bedeau dit « Je pense que c’est une crotte de chien » et l’abbé de Finance s’exclame  « Pour moi, ce n’est pas une crotte de chien mais plutôt une crotte de chrétien ».

L’abbé de Finance était aussi un grand amateur de chevaux de course. Peu après son arrivée à Rustico, il fit construire en arrière de l’église une grange spacieuse comprenant huit étables. On dit qu’il aurait aussi participé à la construction d’un circuit dans un champ avoisinant l’église. Ceci attirait les amateurs de course de la région se divertissant dans des rencontres tapageuses et enivrantes. Ces activités ont été portées à l’attention de l’évêque du diocèse, Mgr Peter McIntyre. L’évêque demande des explications de l’abbé de Finance tout en lui conseillant de mettre fin à ses activités considérées scandaleuses. Peu après cette rencontre, l’abbé  de Finance quitta Rustico et retourna en France. Plus tard, il fut élevé au rang de « monseigneur ». L’abbé Gérard de Finance est décédé  en 1927. En 2004, quelques membres de la famille de Finance* en voyage au Canada ont visité la Banque des fermiers de Rustico.

L’abbé Jean Chiasson est né à St-Félix, près de Tignish et, à la suite de plusieurs cures dans d’autres paroisses, il est nommé curé de la paroisse Saint-Augustin de Rustico en 1902 et y demeure pendant 35 ans. L’abbé  Chiasson était un excellent musicien et linguiste, parlant couramment le français, l’anglais et le latin. Très sévère de caractère, il cherchait aussi la perfection dans son travail. À cette époque,  plusieurs  paroissiens de même nom, étaient connus seulement par leur sobriquet comme on peut constater par un incident tel que raconté comme suit.  Un paroissien arrive au presbytère et lui dit : «Venez vite, Père Chiasson, parce que Sling est à la veille de mourir. »  « Qui est ce monsieur Sling ? »  « Sling  est le frère de Snasse. » « Seigneur, et qui est ce monsieur Snasse? » « Snasse est le frère de Poussie. » « Holà! Je ne confère pas l’onction sur les animaux. » « Mais, mon père, Poussie est la femme de Charlie Codfish. Je pense que son nom de famille pourrait être Gauthier. » On ignore toujours si Sling aurait bien reçu les derniers sacrements avant son décès.

L’abbé Chiasson a rendu de grands services à la paroisse Saint-Augustin et il a été élevé au rang de prélat domestique avec titre de « monseigneur » en 1927 lors de la célébration du cinquantième anniversaire de son ordination. Mgr Jean Chiasson est décédé  en 1946 et ses restes sont inhumés dans le cimetière près de l’église Saint-Augustin.  Ce natif de St-Félix était celui qui avait proposé à Memramcook en 1881, lors de la première convention nationale acadienne, que le 15 Août soit la fête nationale des Acadiens!

À partir de la gauche, devant l’église historique de Rustico, le baron Alain de Finance et son épouse, Francis C. Blanchard, Pie Édouard Blanchard et Éliane Oswald.

 

En souvenance d’un hommage au troisième lieutenant-gouverneur acadien de l’Île-du-Prince-Édouard et président d’honneur de l’Association du Musée acadien de l’Î.-P.-É.

2007 par Francis C. Blanchard

 Discours du président de l’Association du Musée acadien de l’Î.-P.-É. à l’occasion de la huitième visite officielle de leurs honneurs au Musée acadien, le dimanche 23 avril 2006 et de leur départ de Fanninkbang.

 

Vos Honneurs,
Monsieur Wilfred Arsenault, député,
Monsieur Edmond Gallant, vice-président du Comité historique Soeur-Antoinette-DesRoches,

Monsieur le président d’honneur, peut-être aura-t-on joué une dernière fois le salut royal dans ce musée en votre honneur en tant que lieutenant-gouverneur de cette province, en particulier à titre du 3e lieutenant-gouverneur acadien de l’Î.-P.-É.

En tout cas, à notre mémoire, c’est aujourd’hui un des plus petits rassemblements auxquels vous avez assisté, du moins pour ce qui est de son auditoire restreint, et depuis votre entrée en fonction le 28 mai 2001 alors que moi-même, on me choisissait ici comme président.

Pour Vos Honneurs, comme pour nous en votre présence, notre plus grand rassemblement commun fut le 19 août de la première année de votre mandat  alors que vous apposiez votre signature pour marquer votre présence une toute 1re fois dans notre « livre d’or ». Mesdames et Messieurs, vous pourrez compter dans votre programme les sept premières visites de Leurs Honneurs chez nous alors qu’ils avaient signé à chaque occasion le « livre d’or » de notre Association. Cette toute première fois marquait le premier dévoilement mondial des paroles françaises de notre hymne national, l’Ave Maris Stella. Ce jour-là du 19 août 2001 était aussi l’anniversaire de naissance de J. Henri Gaudet qui transférait pour cinq ans au Musée et la Fondation du patrimoine de l’Î.-P.-É. le titre légal des oeuvres d’art de la Collection Alma-Buote. C’est aussi ce 19 août 2001 qu’on a pour la première fois mentionné publiquement le don des quelque 30 arpents de terre de Anita Chiasson. Cela avait été mentionné au conseil d’administration de notre Association avant que j’en devienne président. C’est ainsi, Vos Honneurs, que votre première visite officielle coïncidait alors avec ces considérations. Pour la toute première fois, le ministre Murphy annonçait ce jour-là que la Division des Affaires francophones serait désormais appelée la Division des Affaires acadiennes et francophones. Nous avions tressailli de joie ensemble à cette nouvelle!

Six mois plus tard, le 17 février 2002, Vous et Madame présidiez au dévoilement d’une surprise — malheureusement pour certains, ce n’était pas la cloche de Malpèque — mais peut-être plus significativement, c’était une superbe sculpture des membres d’une famille en exil, de Louis-Philippe Hébert, un don de monsieur Camille Brière de Saint-Léonard, près de Montréal. Encore une coïncidence bien intéressante : cette sculpture date de 1908, l’année du 150e anniversaire de notre Déportation à l’Île Saint-Jean! C’est comme si cette sculpture avait été destinée à trouver son ultime demeure chez nous, à notre Musée acadien de l’Î.-P.-É.

Presqu’un an et demi plus tard, précisément le 15 juin 2003, Vous et Madame étiez là pour le dévoilement de notre numéro spécial de La Petite Souvenance alors que notre Association vous nommait président d’honneur à vie. Sept mois plus tard, vous revoilà en plein hiver, le 7 janvier 2004, pour le lancement de la série « L’Acadie sans frontières », en présence de toute l’équipe de Radio-Canada. Sept mois plus tard, avec le plus beau décor jamais vu dans cette salle nommée Dr J. Aubin Doiron, ce fut le Banquet des fondateurs à l’occasion du 40e anniversaire de notre Association et de notre Musée! C’était le 25 août 2004 et vous plantiez un frêne pour marquer votre passage chez nous en ce jour faste des festivités de notre 40e (voir photo page 32).

Un an plus tard, le 11 juillet 2005, notre « livre d’or » indique une visite privée de Leurs Honneurs. Pour nous, il n’y a pas de visite privée de notre lieutenant-gouverneur!

Votre septième visite parmi nous, c’était pour le dévoilement des six tableaux historiques des Grandes Heures du peuple acadien de Claude Picard. Cela eut lieu l’année dernière, le 10 septembre 2005. « Parmi nous » voulait alors dire au Centre Belle-Alliance à Summerside puisque notre Musée acadien à Miscouche était beaucoup trop petit pour un événement d’une telle envergure. C’est ainsi que se sont déroulées vos sept visites officielles avant aujourd’hui. Vos Honneurs, vous venez d’apposer votre signature une huitième fois dans notre « livre d’or » pour marquer votre dernière visite en tant que lieutenant-gouverneur de l’Î.-P.-É.

Nous voulons marquer doublement notre reconnaissance envers vous aujourd’hui pour avoir participé si proactivement à l’essor de notre Association, de notre sous-comité historique et de notre Musée ces cinq dernières années en tant que lieutenant-gouverneur aux côtés de Florence, une superbe « Première Dame » s’il y en a une pour cette province.

Aujourd’hui on n’oublie pas votre souhait que le drapeau acadien flotte « en permanence » à Province House à Charlottetown comme il a flotté durant votre mandat à Fanningbank. En terminant, nous nous rappelons que vous avez choisi comme devise lors de la concession de vos armoiries, la devise « Entraide » (ci-dessous), et bien, nous avons aujourd’hui comment vous avez toujours été au service des autres particulièrement dans le mouvement coopératif. Nous réalisons de plus en plus que vous vivez bien votre devise aussi au service des vôtres, les Acadiens. Au nom des membres du conseil d’administration de l’Association du Musée acadien de l’Î.-P.-É. et des membres du Comité historique Soeur-Antoinette-DesRoches, un gros merci à vous, Vos Honneurs! Nous mesurons l’honneur qui nous est fait que vous continuiez d’être là à titre de président d’honneur de notre Association. Nous vous souhaitons longue vie et bonne retraite!

David Le Gallant, président (2000-2007)

Très belles armoiries avec la devise « ENTRAIDE » concédées le 12 juin 2002 par l’Autorité héraldique du Canada.

Présentation vice-royale des armoiries personnelles à l’hon. J. Léonce Bernard (Fanningbank, le 14 décembre 2002).

 Leurs Honneurs, à l’arrière du Musée acadien de l’Î.-P.-É. avec des membres du Conseil d’administration de l’Association, du Comité historique Soeur-Antoinette-DesRoches et du personnel du Musée.

Ce 23 avril 2006, dévoilement par Leurs Honneurs d’une plaque marquant la plantation d’un frêne le 25 août 2004 lors du 40e anniversaire du Musée acadien de l’Î.-P.-É. (1964-2004) et d’un deuxième dévoilement également par Leurs Honneurs d’un portrait de Son Honneur J. Léonce Bernard à titre de Président d’Honneur, depuis le 15 juin 2003, de l’Association du Musée acadien de l’Î.-P.-É.

 

J. Henri Blanchard se confesse à l’abbé Henri-Raymond Casgrain

2007 par Francis C. Blanchard

Je feuilletais récemment un livre de la bibliothèque de mon père intitulé Les Sulpuciens et les Prêtres des Missions Etrangères en Acadie [1676-1762], écrit par l’éminent écrivain et historien canadien-français, l’abbé Henri-Raymond Casgrain.* Ce volume fut publié en 1897.

Sur la page 300 de ce beau travail, j’ai remarqué une note écrite au crayon dans la marge et signée par J.H.B., à côté d’une annotation de celui-ci. L’annotation de l’abbé Casgrain débutait comme suit : « Au cours de l’été 1894, me trouvant à l’Île-du-Prince-Édouard j’allai visiter la mission de Malpec, établie aujourd’hui dans l’Île de Lennox. L’évêque de diocèse, Mgr James Charles MacDonald, y faisait ce jour-là sa visite épiscopale… »

Et la note écrite au crayon de J.H.B. se lisait ainsi : « Lorsque l’évêque MacDonald nous confirma à Bloomfield pendant cette tournée de confirmation, l’abbé Casgrain était l’hôte de l’abbé Gallant [l’abbé F.X. Gallant à Bloomfield], et c’est à lui que je fis ma confession. Il me demanda mon nom et quand je lui dis Henri Blanchard, il me dit : Sois bon garçon, moi aussi je m’appelle Henri. Il portait de grosses lunettes noires. J.H.B. »

On sait que l’abbé Henri-Raymond Casgrain se rendit à l’Île-du-Prince-Édouard pendant l’été de 1894 pour lancer son histoire des Acadiens de l’Île intitulée « Une Seconde Acadie »…

Souvenir, gracieuseté de La Voix acadienne, Summerside, Î.-P.-É., le 11 janvier 1978.

  • NDLR : Chercheur de haute distinction, l’abbé Henri-Raymond Casgrain était celui qui avait trouvé au Public Record Office à Londres des preuves que les Archives publiques de la Nouvelle-Écosse, pour justifier la Déportation des Acadiens, n’avaient pas incorporé dans leurs archives des documents clés compromettant les Britanniques dans la Déportation des Acadiens (John Mack Faragher, A Great and Noble Scheme, 2005, p. 463-465). L’abbé Casgrain a écrit une histoire de l’Île-du-Prince-Édouard en 419 pages (édition 1894) intitulée Une Seconde Acadie, certes une œuvre majeure sur l’histoire des Acadiens de l’Île-du-Prince-Édouard. Le professeur Blanchard s’est naturellement inspiré de l’abbé Casgrain.


L’abbé Henri-Raymond Casgrain (1831-1904) natif de Rivière-Ouelle (Québec), auteur de Pèlerinage au pays d’Évangéline et Une Seconde Acadie, c’est-à-dire l’Île-du-Prince-Édouard.

 

Ce que J. Henri Blanchard a obtenu pour ancrer sa vie

2006 par Francis C. Blanchard

Francis C. Blanchard

 

J. Henri Blanchard est un descendant direct de la toute première famille acadienne du patronyme «Blanchard » à venir s’établir à l’Île Saint-Jean ( Î.-P.-É. ). Le patriarche fut François dit Gentilhomme Blanchard, originaire de Saint- Marc-le-Blanc en Bretagne, France. Cet endroit se situe tout près de la ville de Rennes. Semble-t-il, il serait né tout probablement vers 1687.

Joseph Henri Blanchard naquit le 16 juin 1881 à «La Batture», aujourd’hui Oyster Bed Bridge, Î.-P.-É., dans la belle paroisse historique et acadienne de Saint-Augustin, à Rustico. Il était le fils premier-né dans la famille de Jérémie Blanchard et de Domitilde Gallant.

Son ascendance patrilinéaire et matrilinéaire se présente comme suit :

Lorsque Joseph Henri n’avait qu’un an, la famille, ses parents et grands-parents, déménagea à Duvar dans la paroisse Saint-Antoine-de-Padoue à Bloomfield, Î.-P.-É. Ils se sont installés sur une ferme de cent acres achetée du propriétaire anglais, Martin Lynch. Les messieurs Blanchard vivaient comme fermiers sur ces nouvelles belles terres arables et ils augmentaient leurs revenus en travaillant à la charpenterie. Le grand-père, Sylvestre Blanchard était, semble-t-il, un artisan jouissant d’une grande renommée dans sa communauté environnante. Un exemple frappant, et qui dit tout au sujet de son travail comme charpentier et fin menuisier, peut être vu et examiné à l’auberge Barachois à Rustico. L’immeuble est, sans aucune exagération, un véritable bijou. La construction de la maison fut à la demande de M. Joseph (Dandy Joe) Gallant vers 1880.

Quand J. Henri était adolescent et vivait sous le toit paternel, il avait appris le métier de ses aînés. Une journée, raconte-t-il, son grand-père, Sylvestre Blanchard lui aurait enseigné une grande et belle leçon. Le grand-père lui dit : Le travail bien fait vaut les heures passées et repassées à le réaliser. (12) Pour l’artisan, ce qui importait le plus, c’était toujours de faire un travail de    qualité. Il le faisait pour d’abord se faire plaisir à lui-même autant qu’à son client.

Ursule Blanchard, née Gallant, de Duvar

Un jour, J. Henri avait fait le commentaire suivant lorsqu’il aidait à son grand-père dans la fabrication d’une charrette pour son voisin : Vous êtes, lui dit-il, beaucoup trop particulier, trop aux petits soins et attentionné en ce qui a trait à l’alignement des rayons de la roue pour ce monsieur que vous dites ne vous payera probablement pas ou ça ira à plus tard. Pourquoi tant de soucis? (13)    En réplique, le fabricant de carrosserie, le grand- père Sylvestre lui dit : Ces roues confectionnées avec grand soin dureront bien plus longtemps, et ainsi le client n’aura pas à revenir d’aussitôt pour la (sic) faire réparer. (14) Ce fut là une bien bonne leçon pour le petit-fils qui se préparait à naviguer entre les écueils de la vie.

J. Henri a grandi à côté de ses six frères et quatre soeurs puinés : Ignace, André, Félix, Pierre, Jérôme, Urbain, Angéline, Alvina, Émilie et Domitilde. La mère de cette belle famille, Domitilde Gallant est décédée assez jeune. Elle n’était qu’en sa soixante-troisième année. Par la suite, le veuf Jérémie Blanchard s’est remarié en secondes noces avec la veuve, Léonie DesRoches Gomeau de Miscouche, Î.-P.-É., en 1921.

J. Henri Blanchard se sentait aussi attiré à la charpenterie dans l’atelier de travail avec ces deux hommes qu’il a tant admirés, son père et son grand-père. Même tout au long de sa vie, J. Henri a montré un certain talent pour ce genre de travail. Henri avait aussi une soif exceptionnelle, un goût vif, et même on pourrait dire qu’il était passionné de la lecture jusqu’à passer des nuits blanches assez souvent plongé dans un livre. Durant sa vie entière, il sentait le besoin d’approfondir et d’en connaître davantage. Il fonçait. Pendant de longues heures, il lisait et il faisait de la recherche à l’aide d’une loupe, assis dans une chaise confortable.

Étant l’aîné de la famille, J. Henri adorait cela d’avoir la permission de rester débout plus tard que ses jeunes frères et sœurs après le repas du soir. Une fois, il était en train de lire le journal que son père, Jérémie, recevait à la maison. Et le père, en observant son fils qui semblait très absorbé par sa lecture du journal lui dit à l’instant : Henri, si tu peux comprendre ce que tu lis dans ce journal, tu pourras rester en bas pour un moment de plus afin d’en finir la lecture. (15) Henri, bien sûr, s’est mis avec application pour comprendre sa lecture, car le père allait vérifier si le jeune avait en effet compris le message de ce qu’il venait de lire. Rien ne pouvait davantage plaire au jeune homme que de rester débout après les autres plus jeunes. Il adorait cela de pouvoir se jeter dans une lecture. Voilà le beau commencement du futur éducateur, historien-recherchiste, auteur, chef de file, bienfaiteur et père de famille. Au dire du père Francis W. P. Bolger, éminent professeur d’histoire et auteur : Henri Blanchard était véritablement un homme de la renaissance.(16) Et le père Charles Gallant dans le volume «Histoire de la Société Saint-Thomas-d’Aquin»  a écrit :
M. J. Henri Blanchard fut sans aucun doute l’une des plus imposantes figures acadiennes de l’Île. (17)

L’éducation formelle de J. Henri Blanchard débuta à la petite école de Duvar, et plus tard, il s’est rendu à la «Grammar School» de Tignish. Sa dixième année scolaire fut terminée à l’école Queen Square à Charlottetown. En 1897, il s’est inscrit au Collège Prince-de-Galles et à l’école Normale de nouveau à Charlottetown, d’où il a obtenu son brevet d’enseignement en 1898.

Les premières années de J. Henri Blanchard dans l’enseignement débutèrent avec neuf ans dans les petites écoles du comté de Prince dans l’Île-du-Prince-Édouard :  Harper, Léoville, St-Chrysostome, St-Nicholas et Miscouche. À cette époque dans les écoles dites acadiennes, toutes les matières du programme d’études étaient enseignées dans la langue anglaise sauf la grammaire et la lecture françaises.

J. Henri se sentait peu qualifié pour transmettre aux élèves ces deux dernières matières, étant donné que toute sa formation professionnelle n’était qu’en la langue de Shakespeare. Toute son éducation jusqu’alors était foncièrement en anglais. Toutefois, lorsqu’il se trouvait à l’école de St-Chrysostome dans la paroisse de Baie-Egmont, le directeur de l’école, nul autre que Jean O. Arsenault, l’encouragea d’entreprendre personnellement l’étude de la grammaire française. Il lui a mis entre les mains une copie d’une bonne grammaire française. À maintes fois, J. Henri Blanchard a confirmé que ce fut là, sa toute première expérience à faire un apprentissage sérieux de sa langue maternelle, ce qu’il continua durant sa vie entière.

En 1907, J. Henri retourna à des études au Collège Saint-Dunstan à Charlottetown, lequel était affilié à l’Université Laval à Québec. Pendant ce stage à Saint-Dunstan, il enseigna à temps partiel, le français et le grec, tout en poursuivant ses études collégiales. Au mois de septembre 1910, encore à temps partiel, il fut nommé professeur de français au Collège Prince-de-Galles à Charlottetown. De l’Université Laval, il décrocha son baccalauréat ès arts au mois de septembre 1911 à la collation des grades à Saint-Dunstan, et continua à y enseigner jusqu’en 1912. C’est en 1911 qu’il est nommé professeur dans un poste permanent au Collège Prince- de-Galles, et il y demeurera jusqu’en 1948, l’année de sa retraite. De 1937 à 1948, il assumera le poste d’adjoint au directeur de
ce collège et pour une période d’un an et demi il occupera le poste de directeur par intérim, durant l’incapacité du docteur G. Douglas Steel à cause d’une maladie (1941 à 1942).

En plus de son poste au collège, J. Henri a suivi des cours d’été à l’Université Mount Allison à Sackville au Nouveau-Brunswick, à l’Université Guelph en Ontario et en 1929 à la Sorbonne, à Paris, en France. Selon monsieur Blanchard, ce fut à la Sorbonne qu’il aurait eu, à l’âge de 48 ans, sa première éducation «formelle» dans la langue de Molière.

Sa carrière d’éducateur amena le petit professeur, car il était un homme de petite taille, à enseigner surtout le français, les sciences naturelles et autres matières au Collège Prince-de-Galles et aussi à Saint-Dunstan. Il est devenu directeur des cours d’été et professeur de français à l’Université Mount Allison. Il s’est retiré de l’enseignement en 1948, après une carrière de cinquante années, passées dans les écoles publiques de la province et au niveau collégial. Avant de prendre sa retraite, J. Henri Blanchard a été nommé le représentant de l’Î.-P.-É. à la Commission du district fédéral d’Ottawa de 1946 à 1958, en guise de récompense pour sa contribution à l’éducation.

Jérémie, le père de J. Henri, pratiquait le métier de charpentier et il était à la suite de son père, également un artisan à toutes les épreuves. Un exemple frappant de son talent peut être vu et examiné à l’ancienne résidence de la famille Blanchard au 114, rue Upper Prince à Charlottetown. Là, on découvre de très belles armoires stationnaires qui longent le mur d’un côté de la grande cuisine. C’est un meuble dont la famille tire une juste fierté.

Vitrail Ave Maris Stella
en l’église de Bloomfield
à la mémoire de J. Henri
et Ursule Blanchard,
conçu par le père
Laurent Gallant, franciscain,
de Piusville, Î.-P.-É., et confectionné par son frêre,
à Toronto.

Ledit honorable Jérémie «Jeremiah» Blanchard fut candidat conservateur aux élections générales provinciales au mois de janvier 1890 et il fut défait. Il fut encore candidat conservateur aux élections du Conseil législatif au mois d’août suivant et fut défait. Élu à l’Assemblée législative comme conservateur le 13 décembre 1893, il y siégea jusqu’en 1897, date à laquelle il se retira de la vie publique. En 1919, il fut candidat libéral contre le premier ministre d’alors, l’honorable Aubin-Edmond Arsenault, dans le troisième district du comté de Prince et fut défait. Il fut encore élu comme libéral à une élection complémentaire au mois d’août 1922, et réélu aux élections générales en 1923 et en 1927 pour le 1er district du comté de Prince. Il fit partie des ministères libéraux de Bell et de Saunders comme ministre sans portefeuille.

Son aïeule paternelle, Virginie Doucet, a beaucoup influencé le jeune J. Henri Blanchard dont voici un vibrant témoignage qu’il importe de faire savoir :  Si l’enfant Henri se sentait impressionné par la présence de ces deux hommes de la famille, il était encore plus marqué par celle de sa grand-mère, Virginie Doucet. Cette femme maladive n’avait profité sans aucun doute que de peu d’instruction formelle, mais elle savait au moins lire. Et surtout, elle savait conter à son petit-fils des histoires merveilleuses de tous les genres. Avec le passage des années, elle ferait autant pour les autres enfants de Jérémie, car Domitilde verrait naître dix autres après Henri. La culture personnelle que possédait cette dame, ce bagage d’histoire et de contes qu’elle avait ramassé au fil des années, servit à piquer la curiosité du jeune garçon. Au moyen de ses récits captivants, Virginie se permettait de lui parler et de lui faire connaître les grands personnages de la Bible et ceux de l’histoire du monde. C’est bien évident que ce fut là que Henri a commencé à développer ce goût exceptionnel pour la recherche qu’il a poursuivie tout au long de sa vie et cette nécessité et ce besoin qu’il ressentait de lire constamment, à approfondir et à en savoir plus long sur tout et à propos de tout. (18)

Au sujet de sa mère, Domitilde Gallant Blanchard, nous en savons très peu. Fille de Ignace Gallant et de Domitilde Buote de Rustico, elle est née le 17 septembre 1855 dans une famille de treize enfants qui ont tous atteint un âge fort avancé sauf Domitilde, elle-même, décédée à l’âge de 62 ans à Duvar, le 9 janvier 1918. Épuisée par la maladie et par les travaux onéreux de la vie en cette période, elle fut une bien bonne mère, comme l’a été la grande majorité des mères acadiennes de l’époque. Elle était très habile en tout, généreuse, s’occupant durant de longues heures chaque jour du bien-être et du bonheur des siens. Plusieurs de ses frères étaient des tailleurs par profession et un autre frère, Isidore, est devenu le premier médecin acadien de l’Île-du-Prince-Édouard.

Ainsi se dresse à vol d’oiseau la toile de fond à partir de laquelle J. Henri Blanchard a tant obtenu pour ancrer sa vie. Cette vie lançait constamment un plaidoyer, un véritable cri d’alarme qui était en somme le poids de ses soucis et de ses préoccupations pour son peuple :

Il nous faut aujourd’hui, à nous Acadiens français de l’Île-du-Prince-Édouard, des hommes instruits, très instruits même, des hommes qui mettent leur nationalité au-dessus de l’or et des honneurs, des hommes qui peuvent combattre dans les parlements, plaider devant les tribunaux, conduire le peuple, guider ses efforts, grouper ses énergies; des hommes, en un mot qui sont ce que le cerveau est au corps. (19)

C’était en somme ce que J. Henri Blanchard a obtenu pour ancrer sa vie et contribuer à l’essor du peuple acadien de son île.

La famille de Francis et Berthe Blanchard rend hommage à celui qui a tant donné à son peuple.

_________________________________________________________________

12. Francis C. Blanchard, L’oeuvre de Joseph-Henri Blanchard (1881-1968), manuscrit
inédit, collection privée, 1998, p. 15.

13. Ibid., p. 15

14. Ibid., p.15

15. Ibid., p. 17

16. Ibid., p. 53 (Commentaire fait Francis Blanchard, fils de J. Henri Blanchard, de la
part du père Francis W. P. Bolger, éminent professeur d’histoire et auteur
l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard)

17. Histoire de la Société Saint-Thomas d’Aquin de l’Île-du-Princre-Édouard, 60e, 1919-
1979, p. 21 (Propos du père Charles Gallant)

18. Tanton E. Landry, «La vie et l’oeuvre de Joseph Henri Blanchard », v.o. p. 3-4, supra p.
18.

19. H. Blanchard, Histoire des Acadiens de l’Ile du Prince-Édouard, Imprimerie de
l’Évangéline, Moncton, N.B., 1927, p. 66

 

Le destin tragique du père Girard et ses ouailles de la Pointe-Prime

2005 par Francis C. Blanchard

Francis C. Blanchard

 

Les habitants de l’ancienne paroisse Saint-Paul de la Pointe-Prime à l’Isle Saint-Jean (auj. Î.-P.-É.) provenaient pour la plupart de la paroisse Saint-Pierre de Cobequid (Truro, N.-É.). Ces courageux Acadiens et Acadiennes se sont évadés de leurs oppresseurs britanniques en se rendant jusqu’à Tatamagouche (N.-É.), d’où ils se sont dirigés vers le territoire encore français de l’Isle Saint-Jean. Rendus à l’Isle Saint-Jean, ils ont fait le choix de s’établir principalement aux alentours de la Pointe-Prime : Le Marais, la Grande-Anse, la Grande–Ascension et l’Anse-à-Pinet.

À leur bien grande joie, ces valeureux et braves gens étaient accompagnés de leur ancien curé, l’abbé Jacques Girard. La carrière apostolique missionnaire de l’abbé Girard offre beaucoup d’intérêt dans l’histoire religeuse de l’Isle Saint-Jean et particulièrement de toute celle de l’ancienne Acadie.

John Winslow exécutant les ordres de la Déportation (interprété par Gary
Nelson, le crieur public de Summerside), lors d’une commémoration de la Déportation au Musée acadien de l’Î.-P.-É., le 13 mars 2005. (Photo : La Voix acadienne, le 16 mars 2005)

Avant l’arrivée de celui-ci à l’Isle Saint-Jean, il fut curé à Beaubassin (Amherst, N.-É.), à Cobequid (Truro, N.-É) et au Bassin-des-Mines (Grand-Pré, N.-É.) en l’ancienne Acadie. C’est lorsqu’il était dans la paroisse de Cobequid que les Britanniques l’avaient incarcéré à Halifax. Peu de temps après, il en est sorti pour assumer les fonctions curiales au Bassin-des-Mines.  Au mois d’août 1751, l’indomptable pasteur fut enlevé, cette fois par les Mi’kmaq et fut conduit secrètement à travers la forêt jusqu’à la baie de Tatamagouche. D’ici, il a réussi à s’évader vers l’Isle Saint-Jean.

Les deux paragraphes qui suivent au sujet de ce vaillant missionnaire sont tirés du volume Le clergé français dans l’Ile-du-Prince-Édouard 1721-1821 par l’abbé J. Wilfrid Pineau :

Arrivé en 1733, l’abbé Girard desservit pendant quelques années la paroisse de Beaubassin. En 1742, nous le voyons curé de Cobéquid (Truro,  N.-É.). Alors qu’il remplissait les fonctions de curé dans cette paroisse, il  fut incarcéré à Halifax avec quatre de ses paroissiens pour avoir conseillé à ses paroissiens de ne pas prêter le serment de fidélité sans réserve que l’on exigeait d’eux. Les cinq prisonniers furent jetés au fond d’un cachot et traités avec une telle inhumanité, qu’un des habitants en mourut au sortir de la prison. Enfin, à la demande réitérée des habitants du Bassin des Mines, qui étaient privés de pasteur comme ceux de Cobéquid, le gouverneur Cornwallis, craignant de les exaspérer, finit par leur accorder l’abbé Girard à condition expresse qu’il ne s’éloignerait pas du centre des Mines, sans une autorisation écrite à la main des autorités.

Au mois d’août 1751, l’abbé Girard, encore curé aux Mines, on ne sait pas pourquoi et comment, par un parti de Micmacs (sic) et conduit à la baie de Tatamagouche, comté de Cumberland, où il erra dans la forêt jusqu’au printemps suivant, la crainte de tomber de nouveau entre les mains de Cornwallis. Au printemps, il réussit à s’échapper et à passer dans l’Ile Saint-Jean. (p. 27-28)

Le père Girard prit charge de la paroisse Saint-Paul de la Pointe-Prime. Dans une lettre adressée au commissaire-ordonnateur Prévost à Louisbourg, en date du 24 octobre 1753, voici sa description de la situation chez ses ouailles de la Pointe-Prime :

… Nos réfugiés en général ne perdent pas de courage, et en espèrent, en travaillant, pouvoir vivre :  mais la nudité qui est presque générale et au suprême dégré les afflige infiniment, et je puis vous assurer que plusieurs, cet hiver, seront hors d’état de travailler. Ils manquent d’outils: ils ne peuvent se mettre  à couvert de la rigueur du froid, le jour et la  nuit. La plus grande partie des enfants sont si nus qu’ils ne peuvent se cacher : et quand j’entre dans les maisons, ils sont tous dans les cendres contre le feu : ils se cachent en prenant la fuite, sans  soulier, sans bas, sans chemises, etc. Tous ne sont pas réduits à cette extrémité, mais presque tous sont dans le besoin. (p. 28)

Embarqué avec un groupe de ses paroissiens à bord du vaisseau le Duke William qui fit naufrage à l’approche de la côte anglaise, l’abbé Girard réussit à s’échapper de la  noyade en embarquant dans une chaloupe avec le capitaine Nicholls et son équipage, et quatre de ses paroissiens acadiens. À l’exception de ces quelques personnes, tous les autres passagers du Duke William furent engloutis dans les eaux de La Manche en date du 13 décembre 1758. – Quelle scène déchirante!

Angèle Arsenault interprète « Grand-Pré » (Photo : Journal-Pioneer, le 15 mars 2005)

Les rescapés du sinistre ont réussi à gagner la terre ferme à Penzance (Angleterre). Après avoir passé quelques mois en prison, l’abbé Girard s’est finalement rendu en France, terre de ses origines. Là, il a occupé plusieurs postes d’importance au service de l’Église. Finalement en 1760, il fut nommé prieur à l’ab- baye de Jouarre, dans l’évêché de Meaux.

Le périple vécu par l’abbé Jacques Girard, une fois rendu à la terre ferme, a dû être des plus mésaventureux, des plus pernicieux et des plus risqués. Des 400 proscrits acadiens, hommes, femmes et enfants, embarqués à bord du Duke William avec son capitaine Nicholls, quelque 396 ont péri en mer.

Le Comité provincial Soeur-Antoinette-DesRoches a voulu en 2005, à l’occasion du 250e anniversaire  du début de la Déportation, ériger un monument à la mémoire du père Girard et ses ouailles. De concert  avec la Belfast Historical Society, ce monument a été inauguré dans la région de l’ancienne paroisse de  Saint-Paul de la Pointe-Prime, ce 26 juin dernier. Le monument immortalise donc le destin tragique de l’embarquement, le 20 octobre 1758,  du père Girard et ses ouailles sur le transport britannique, le Duke William, et le naufrage de celui-ci au large des côtes anglaises, en cette date fatidique du 13 décembre  1758. 

 

 

 

Le buste de Napoléon III, empereur des Français

2004 par Francis C. Blanchard

Francis C. Blanchard

 

Buste de Napoléon III en l’église Saint-Augustin. (archives privées: David Le Gallant)

Les Amis de la Banque des fermiers de Rustico et les Amis de Napoléon III, avec la participation de la Fondation Napoléon et le Consulat Général de France à Moncton et à Halifax, se sont mis de la partie pour apporter au Musée de la Banque des fermiers de Rustico un magnifique buste en bronze de Napoléon III, sculpté par l’artiste Jean-Auguste Barre. La Banque des fermiers de Rustico avait été fondée en 1864 grâce aux dons personnels de Sa Majesté Impériale. 

Cet événement international a été organisé en reconnaissance de la très grande générosité de Napoléon III à l’égard des Acadiens de l’Île-du-Prince-Édouard. Le dévoilement du buste a eu lieu solennellement en l’église Saint-Augustin à Rustico, le 3 avril 2004, en présence d’un détachement de l’équipage du porte-hélicoptère Jeanne d’Arc de la marine française et de nombreuses personnalités acadiennes, françaises et gouvernementales; une foule imposante, de gens de langue française et de langue anglaise, participait aussi à la célébration.

À l’occasion  du récent dévoilement, au dire de M. Robert Pichette, auteur du volume Napoléon III, l’Acadie et le Canada français :

«La cérémonie qui nous rassemble aujourd’hui dans ce vénérable édifice marque un temps fort de l’amitié séculaire France-Acadie en ce quadricentenaire de l’Acadie. Elle illustre à merveille la pérennité du lien qui unit encore à la mère patrie des Français qui n’en sont plus politiquement depuis des     siècles1

Oui, le dévoilement du buste s’est fait en souvenir de l’établissement de la Banque des fermiers dont la construction fut commencée en 1861 et l’ouverture eut lieu en 1864. Le tout fut dirigé sous la direction de l’intrépide et le très sympathique curé, l’abbé Georges-Antoine Belcourt. L’abbé Belcourt fut à la cure de la paroisse Saint-Augustin de Rustico de 1859 à 1869, une période de 10 ans. Sa marque à Rustico fut de grande conséquence.

Lors du dévoilement: capitaine du Briançon, Michel Freymuth (consul général de France), Judy MacDonald et Francis Blanchard (présidente et vice-président des Amis de la Banque des fermiers de Rustico), Baron Gilbert Ameil, l’hon. Wayne Easter (député fédéral) et Robert Pichette (auteur de Napoléon III, l’Acadie et le Canada français). (Archives : DLG)

Ce fut par l’intermédiaire de l’historien français François Edme Rameau de Saint-Père (1820-1899) et grand correspondant de l’abbé Belcourt lequel a réussi à obtenir de l’aide financière de l’empereur lui-même. C’est ce qui a permis au père Belcourt d’entreprendre tant de projets dans sa paroisse.

Il y a lieu de ne pas confondre Napoléon III avec son oncle, le grand Napoléon Bonaparte. Qui donc était Napoléon III ? Né au château des Tuileries à Paris en 1808, Charles-Louis-Napoléon Bonaparte était le fils de Louis Bonaparte, le frère de Napoléon Ier et de Hortense de Beauharnais.  Élu président de la République en 1848, il donne une grande poussée à l’expansion commerciale de la France en créant un réseau de consulats et d’agences à travers le monde. Des agences furent créées au Québec, au Nouveau-Brunswick, en Nouvelle-Écosse et à Terre-Neuve durant les années 1850. Une agence fut ouverte à Charlottetown en 1865, suite à la demande expresse de la part des marchands de l’Île.

Détachement de l’équipage du porte-hélicoptère Jeanne d’Arc. (Archives : DLG)

Empereur des Français de 1852 à 1870, Napoléon III sera le premier chef de son pays à travailler à faire comme l’ambition de son règne une réussite de son programme économique et social. Le mot d’ordre «L’Empire, c’est la paix» deviendra le souci principal de son administration et ce souci va se marier merveilleusement bien avec son idée et son concept de la grandeur et de la gloire de la patrie, la France, comme le viendront démontrer les grandes expositions universelles de 1855 et de 1867.

Georges-Antoine Belcourt, ancien curé de Rustico (Centre de recherche acadien de l’Î.-P.-É.)

François Edme Rameau de Saint-Père, correspondant du père Belcourt. (Centre d’études acadiennes, Université de Moncton)

La France s’est fait bien connaître outre-mer par les influences de Napoléon III.  Ses actions dirigées vers l’Acadie ont été de nature humanitaire.  Et, plutôt qu’on conçoive ses générosités comme de l’interférence politique, il a voulu et il a fait en sorte qu’elles proviennent de lui personnellement et non des deniers publics.  

Deux curés des Provinces maritimes, l’abbé Georges-Antoine Belcourt de Rustico, Î.-P.-É., et l’abbé Hubert Girroir de Arichat au Cap-Breton en Nouvelle-Écosse se sont adressés à l’empereur par l’intermédiaire de l’historien français, François Edme Rameau de Saint-Père, afin d’obtenir  l’aide impériale dans leurs projets concernant les Acadiens. Et comme  Robert Pichette le disait si bien dans son plus récent volume Napoléon III, l’Acadie et le Canada français :

«…en dotant généreusement la bibliothèque de Rustico, en aidant à défrayer le salaire d’un instituteur, en facilitant la migration de familles acadiennes de l’Île-du-Prince-Édouard vers le Québec et le Nouveau-Brunswick voisins, et en amorçant une véritable politique culturelle par des dons importants de livres et d’instruments scientifiques, tant au Québec qu’en Acadie, Napoléon III agissait par altruisme naturel plutôt que par calcul politique2

Napoléon III possédait un désir de justice et de paix qui ont fortement influencé sa grande générosité sans amour-propre et sans intérêt politique du côté de l’État français pour les Canadiens français et pour les Acadiens. Ainsi conclut Robert Pichette :

Incontestablement, Napoléon III a été le rénovateur des liens traditionnels qui unissent l’Acadie et le Canada français à la mère patrie, tous régimes confondus au creuset d’une histoire commune. 3

Napoléon III déclara imprudemment la guerre à la Prusse et y perdit sa liberté et sa couronne. Fait prisonnier à Sedan, dans les Ardennes françaises détrôné par la révolution du 4-Septembre, puis par un vote de l’Assemblée nationale (mars 1871) et interné pendant la guerre à Wilhelmshoehe (Prusse). Après la paix, il alla rejoindre l’impératrice Eugénie à Chislehurst en Angleterre où il mourut le 9 janvier 1873 d’une maladie de la vessie.

Cérémonie de foin d’odeur 4 : Adolphe Leschevin d’Ere, père Éloi Arsenault et Keptin John
Joe Sark du Grand Conseil Mi’kmaq de Epekwitk. (Archives privées : Michelle Blanchard)

 

1          Tiré du discours prononcé par Robert Pichette à l’occasion du dévoilement
du buste de Napoléon III, empereur des Français, en l’église Saint-Augustin à
Rustico, le 3 avril 2004.

2          Robert Pichette, Napoléon III, l’Acadie et le Canada français, Moncton,
Éditions d’Acadie, 1998, p.198.

3          Robert Pichette, Napoléon III, l’Acadie et le Canada français, Moncton,
Éditions d’Acadie, 1998, p. 200

4          Le cercle qui apparaît sur la photo est d’origine mystérieuse, ne serait-ce
qu’un reflet!

Ancien cimetière de la paroisse Saint-Paul à la Pointe-Prime

2003 par Francis C. Blanchard

Francis C. Blanchard

 

Au parc provincial Lord Selkirk à Eldon, près de Point Prim (en français : Pointe-Prime) sur la baie Orwell, Î.-P.-É., se trouve l’ancien cimetière acadien de la paroisse Saint-Paul à la Pointe-Prime d’avant la désastreuse Déportation de 1758 à l’Isle Saint-Jean.  Ce cimetière était en usage par les Acadiens de la Grande-Anse (Orwell Bay) de 1752 à 1758.  Abandonné jusqu’au début du 19e siècle, cette terre sacrée a servi par la suite de lieu de sépultures des pionniers écossais, arrivés dans la région en 1803 sous le patronage de Lord Thomas Douglas (1717-1820), 5e comte de Selkirk.  C’est ce même Lord Selkirk qui a dirigé l’oeuvre de colonisation à la Rivière-Rouge au Manitoba, dans l’Ouest canadien.

 

Bravo!  À la vaillante Société historique écossaise de Belfast, qui a organisé samedi le 26 août 2000, une célébration marquant la fin des travaux de la restauration et de l’embellissement du cimetière.  C’est Son Excellence Mgr Vernon Fougère, D.D., évêque du diocèse de Charlottetown, qui a été invité à présider à la bénédiction et à la dédicace du terrain.  Il s’est servi de la formule latine prescrite autrefois par l’Église catholique romaine à l’occasion de cette liturgie.  C’est également Son Excellence qui a inauguré la plaque commémorative placée à la droite de l’entrée du cimetière et sur laquelle se trouvait une inscription appropriée en français, en gaélique et en anglais.  Voici le texte trilingue de l’inscription :

Saint-Paul à la Pointe-Prime

1752-1758

  Ce monument commémore la Paroisse

Saint-Paul d’autrefois et les habitants

Acadiens et Écossais dont les restes

furent inhumés en ce lieu.

Tha’n carn so air a thogal mar chui

mhneachan air seann sgire,

d’am b’ainm Naomh Pol, agus Luchd –

aiteachaidh Acadianach

agus Albannach, a tha nis fo’n uir ann

an cladh so.

This monument commemorates the

former Parish of Saint-Paul, and the

Acadian and Scottish inhabitants whose

remains were laid to rest in this ancient

burial ground.

The Belfast Historical Society

August 26, 2000

Selon madame Hesta MacDonald, alors présidente de la Société historique de Belfast, « ce cimetière restauré et embelli se revêt présentement d’une valeur historique, culturelle, éducative et touristique.  Il nous procure aussi un sentiment de fierté par rapport à nos origines ».  Ce projet de restauration fut rendu possible grâce au concours de quelques partenaires : le Fonds du millénaire, le Gouvernement de l’Î.-P.-É. et Développement des ressources humaines Canada.

À la grande satisfaction de l’assistance en cette occasion, la chorale de la paroisse Saint-Augustin de Rustico a exécuté en français quelques numéros de leur répertoire.  Des jeunes filles de Rustico-Nord ont présenté des pas de danse, accompagnées de la musique au violon et quelques personnes ont diverti l’auditoire avec des chants et de la musique folklorique du répertoire gaélique.  Monsieur Francis C. Blanchard a fait part d’un bref historique de la période 1752-1758 à la Grande-Anse (Orwell Bay).  Le programme de l’après-midi s’est déroulé en la présence d’un nombre imposant de dignitaires dont Son Excellence Mgr Vernon Fougère, D.D., l’honorable Gilbert Clements, lieutenant-gouverneur de l’Î.-P.-É., et M. Wilbur MacDonald, député.  En cette même occasion, on a aussi fait l’ouverture officielle de l’ancienne église de l’Église d’Écosse, laquelle servira de musée, où sera raconté l’histoire fascinante de cette région acadienne pour commencer et écossaise plus tard.

La Société historique de Belfast a créé un comité spécial avec mission de s’occuper des détails du projet de restauration et d’embellissement de ce lieu sacré.  Le comité était composé de feu Ernest MacLeod, président, madame Isabelle MacDonald, secrétaire, madame Mary Ross, madame Hesta MacDonald, monsieur Donald Garnham et monsieur Francis Blanchard, conseillers.

 Lors de la Déportation des Acadiens de l’Isle Saint-Jean (Î.-P.-É.) en 1758, l’abbé Jacques Girard, curé de la paroisse Saint-Paul de la Pointe-Prime, s’est embarqué avec un groupe de paroissiens à bord du vaisseau « Duke William » qui a fait naufrage au cours de la traversée.  Cependant, il a réussi à s’échapper dans une chaloupe avec le capitaine et son équipage, et quatre de ses paroissiens acadiens.  Ce qui suit est une lettre de l’abbé Girard adressée à l’abbé de L’Isle-Dieu, vicaire général des colonies de la Nouvelle-France à Paris en date du 24 janvier 1759 à bord du navire « Le Canadien » ancré dans le port de Brest en France.  Le texte que voici est cité textuellement avec l’orthographe de l’époque aux pages 31 et 33 du volume Le clergé français dans l’Île du Prince-Édouard 1721-1821 par J. Wilfrid Pineau, prêtre :

Me Voicy.  Monsieur, de relache à Brest après avoir été préservé et sauvé d’un naufrage ou je devais périr, et ou 300 hommes ont perdu la vie sur un vaisseau anglais, qui nous passait de l’Isle Saint-Jean à St-Malo, suivant la capitulation de Louisbourg.  Je me suis embarqué le 20.8bre avec bon nombre d’habitans de ma paroisse… Je suis party du port la joye, ou les anglais ont bati un petit fort et ou ils ont laissé 150 hommes de garnison, dès le 4.9bre nous avons manqués de périr; mais le 13.xbre le vaisseau coulant bas d’eau qu’on n’a pu étancher ni épuiser avec 4 pompes et 3 puits … L’équipage s’est sauvé et ma sauve moy même avec quatre des mes habitans et paroissiens, passagers acadiens, dont deux mariés et deux garçons.

Tous les autres ont été engloutis dans la mer et cela dans la manche à 20 ou 30 lieues de terre.  Nous avons gagné heureusement, et comme par miracle les cotes D’Angleterre ou nous avons été sans aucuns secours, ni du côté du Roy dangleterre ni du Roy de france pendant un mois et quelques jours (n’étant pas prisonniers)…  Enfin nous avons été embarqués pour La Rochelle dans un paquetbot.  Nous sommes cependant de relache à Brest, ou nous avons débarqués pour attendre lhonneur de votre reponse et vos avis : mais etant sans ressource nous sommes obligés de rester à Bord pour vivre, car nous n’avons rien sauvé que notre corps bien mal vêtu (Livres, papiers et autres effets perdus).  Nous voilà presentement hors dEtat de travailler si la cour ne fait attention a une aussi triste situation, depuis plus de 20 ans de service tant à l’acadie, sous le gouvernement anglais, qu’à L’Isle St-Jean.  Il a péri dans ce naufrage, ce qu’il y avait de plus notable dans ma paroisse, après trois mois de Prison a Halifax.

Vos voyez mon Etat, Monsieur et ma triste position.  je ne prendray aucun parti que je n’aye l’honneur de votre reponse pour me déterminer à suivre en tout la vocation que Dieu m’a donnée et qui me paraitra toujours suffisamment manifestée par les vues que mes Superieurs auront de moy.  persuadé d’ailleurs que Dien ne m’a sauvé la vie pour lui consacrer ce qui m’en reste, partout ou mes Superieurs me destineront.

Je ne puis entrer dans un grand detail pour le moment present, Monsieur, parce que je doit partir d’icy au premier bon vent pour La Rochelle, ou je compte trouver plus de ressources, mais je ne scay quand les vents nous seront favorables; car ils sont icy tres souvent contraires.

M. Maillard ma mandé avant le siege de Louisbourg, que vous aviez été tres mal (vous voyez par là que je n’ay pas recu vos d.res lettres).  Je prens beaucoup de part à votre santé, que je souhaite retablie… nous avons grand besoin de vos prières et de votre protection aupres de la cour et du ministre afin de n’en etre pas abbandonnés, J’ay L’honneur detre avec une très parfaite soumission et très Respectueusement

Monsieur

Votre tres humble et

tres obeissant serviteur

Girard

missionnaire de L’isle St-Jean.

[SIC]  (Archives publiques, Ottawa)

Une fois arrivé en France, il fut nommé en 1760 aumônier en titre de l’Abbaye de Jouarre dans l’évêché de Meaux à l’est de Paris.  Nous ignorons la date précise de son décès, mais il continua à signer dans les registres de l’Abbaye jusqu’au 14 septembre 1780.

 

 

 

 

La maison Doucet… une « relique » du passé

2002 par Francis C. Blanchard

Francis C. Blanchard

 

La maison Doucet est parmi les plus historiques de l’Île-du-Prince-Édouard.  Elle est certainement la plus ancienne de Rustico et de ses environs et, fort probablement de toute la province.

La maison était à l’origine située à la Pointe-à-Grand-Père, route 242, Lot 24 à Cymbria dans le comté Queens, Î.-P.-É.  Le terrain, sur lequel la maison fut sise, faisait face à la rivière Wheatley; ce cours d’eau se jette dans la baie de Rustico.  La propriété appartenait à M. John Langdale et servait comme sa résidence d’été

En 1999, ce dernier a pris possession d’une nouvelle maison moderne adjacente à la maison historique.  Le dit propriétaire, maintenant, avait à prendre une décision, soi-disant un peu difficile, si personne ne venait la réclamer, soit démolir l’immeuble ou bien l’offrir à des intéressés qui seraient demandés à la déménager sur un autre site.

Sachant la valeur patrimoniale de la maison, M. Langdale s’est mis immédiatement en contact avec l’ancien curé de Rustico, M. L’abbé Lyndon Hogan, qui à son tour en a parlé avec Mme Judy MacDonald, présidente du Conseil des Amis de la Banque des fermiers inc. et M. Arthur Buote, agent communautaire du Conseil acadien de Rustico.

Par la suite, le Conseil des Amis crée un sous-comité pour s’occuper des détails de ce nouveau projet d’envergure.  Le comité et le Conseil des Amis avec l’appui indispensable de Parcs Canada ont entrepris le travail nécessaire pour transporter la bâtisse sur le terrain accolé au lieu historique de la Banque des fermiers, tout près de l’église paroissiale Saint-Augustin de Rustico.

 

La conservation et la restauration de ce bijou historique et patrimonial sont d’un intérêt tout à fait particulier pour plusieurs raisons.  La maison Doucet n’est pas uniquement un exemple important de l’architecture vernaculaire acadienne de l’an premier, mais aussi une source précieuse d’information sur les Acadiens et sur des faits relatifs à l’évolution de leur réhabilitation après la Déportation.

La maison est typique des méthodes employées par les Acadiens des Provinces maritimes dans la construction d’immeubles pièces-sur-pièces.  Les techniques utilisées furent celles amenées de la vieille France.

Une autre raison importante et qu’on pourrait qualifier d’être pleine de signification, et qui pousse les intéressés à vouloir conserver et rénover la demeure, découle d’une tradition, un endroit pour le culte.  La Dre Marguerite Michaud, professeure et historienne du Nouveau-Brunswick a publié en 1967, dans son volume Guide historique et touristique, l’anecdote qui suit  :

Àprès la mort de l’abbé James MacDonald (1758), Jean Doucet célèbre la messe blanche dans la maison paternelle.  Les frères Doucet, Adrien et Adolphe, qui demeurent près de Rustico, ont conservé au foyer l’ancienne armoire dont se servait le missionnaire d’autrefois pour dire la Messe…

Je vous fais part d’un autre passage du livre « St. Augustine’s Church – Église St-Augustin, Rustico, Î.-P.-É. 1838-1988 » et, je cite :

Au cours des années 1772 à 1792, il n’y avait à Rustico ni église ni édifice convenable où l’on pouvait célébrer le saint sacrifice de la Messe.  On raconte que lors de l’une de ses visites, l’abbé MacDonald célébra la messe au domicile de feu Rodolphe Doucette de Cymbria (Pointe-à-Grand-Père).  Cette maison construite pièces-sur-pièces sert encore de logis et, est probablement l’une des plus anciennes de Rustico, si non de toute l’Île.  L’abbé MacDonald est décédé en 1758 à l’âge de quarante-neuf ans.

Peu après la mort de l’abbé MacDonald, l’évêque Desglis (sic) de Québec autorisa Jean Doucet (le vieux Jean), un acadien de Rustico à recevoir des consentements de mariage et à administrer le baptême dans toute la colonie, jusqu’à ce qu’un prêtre soit disponible pour desservir la population catholique de l’Île.  On peut dire qu’il fut le premier diacre laïque nommé à l’Île-du-Prince-Édouard.

Le Comité de la maison Doucet se compose de plusieurs individus intéressés à la réussite du projet de restauration, sous l’habile présidence de M. Arthur Buote de Rustico.  Une fois la restauration terminée, cet artefact du passé s’ajoutera merveilleusement à l’histoire de Rustico et de la Banque des fermiers.

À date, le comité et le Conseil de la Banque ont engagé la firme Unlimited Drafting Inc. / P.E.I. Heritage Designs de Hunter River, Î.-P..-É.  La firme a produit un rapport (Conservation Report) comme point de départ à ce projet.

En préparant le rapport de conservation, la firme, ci-dessus mentionnée, a toutefois identifié un problème et a réalisé l’existence d’informations contradictoires.  À l’heure actuelle, ils ne peuvent pas déterminer avec certitude la date exacte de la construction de la maison qu’on croyait aux environs de 1775.  Le rapport recommande donc que le processus nommé « dendrochronologie » soit utilisé pour en connaître la date exacte.

Le processus sera mis en exécution par un spécialiste, Dr André Robichaud du Département d’histoire et de géographie à l’Université de Moncton.  Ainsi, nous connaîtrons la date spécifique quand la maison Doucet a été construite.  Avec patience, nous serons tous bien contents!

 

 

Rapport annuel du président de la Société historique acadienne

1986 par Francis C. Blanchard

 

J’ai le grand plaisir de vous présenter le bilan des activités de la Société Historique Acadienne de l’Île-du-Prince-Édouard pour l’année fiscale 1985-86.  Ce fut, à mon point de vue, une année assez active et productive.  Certains projets n’ont pas abouti à leurs réalisations complètes, mais votre Société continue ses démarches jusqu’au bout de leur finition.

Nous nous sommes proposés d’aller chercher des octrois pour mener à terme le projet de la biographie de feu J.-Henri Blanchard – Nous voulons d’abord en faire une première rédaction et ensuite, passer à la publication.  D’une part, notre demande de subvention au Conseil des Arts du Canada, programmes d’explorations fut refusée, et de l’autre part, celle du Secrétariat d’État fut mise à l’écart pour la dernière année fiscale.

L’exécutif vient de préparer de nouvelles demandes pour l’année en cours.  Nous attendons anxieusement cette fois, des réponses positives à la réalisation de ce projet d’envergure.

J’espère pendant ces assises annuelles que vous trouverez nos délibérations des plus stimulantes.  Je vous invite, donc, à participer pleinement dans les discussions.  Nous voulons que les décisions prises ici soient les vôtres – C’est votre société.

Nous nous réjouissons de nous trouver à Tignish, dans cette paroisse très historique pour nos assises annuelles de 1986.  Je veux remercier au nom de tous nos sociétaires le Club Ti-Pa pour l’usage de son local, ainsi qu’à ces gens qui ont accepté de nous préparer le goûter qui sera servi à la fin de la réunion.

Puisque nous sommes dans la belle et grande paroisse de Tignish, je voudrais signaler que l’an prochain au 3 août 1987, il y aura 100 ans depuis le décès de l’abbé Sylvain-Ephrem Poirier.  Ce prêtre fut le premier acadien de l’Île-du-Prince-Édouard à gravir les marches de l’autel, et fut né à l’Étang-des-Clous dans cette paroisse.  Il fut enterré à Baie-Egmont où une pierre tombale porte l’inscription suivante:

“Ce monument a été érigé à la mémoire du révérend Sylvain-E. Poirier par les paroissiens de Tignish, Bloomfield, Mont-Carmel et Saint-Jacques d’Egmont-Bay.
Il a vécu en vertu
Il vit dans la mémoire
Il vivra dans la gloire”.

D’une manière ou d’une autre il faudrait que cet anniversaire serait marqué adéquatement.  L’influence exercée par cet homme de Dieu fut grande dans la réhabilitation des Acadiens de cette Île.

L’exécutif de la Société Historique s’est réuni à 3 reprises pendant l’année – deux fois au Musée Acadien de Miscouche, et une fois au Centre J.-Henri Blanchard à Summerside.

 
La Société a organisé une seule réunion régionale pendant l’année.  Elle a eu lieu au Centre d’interprétation au Parc National Fort Amherst/Port LaJoye à Rocky Point, à la fin du mois de juin.  À cette rencontre, les participants, bien que très peu nombreux, ont pu visionner la présentation audio-visuelle sur le régime français de 1720 à 1758 à Port LaJoye.  Ils ont pu également visiter le centre accompagnés de guides.  Je pense qu’il serait bon d’organiser une nouvelle rencontre à ce lieu historique au printemps prochain.  Et afin d’assurer sa réussite, il faudra s’y prendre d’avance à son organisation.

À l’heure actuelle, nous avons réalisé un recrutement de 150 membres – une diminution de 15 individus sur l’an dernier.  Ce n’est certainement pas tous les gens qui sont intéressés à l’histoire.  Il faut se contenter du nombre restreint de sociétaires, et se dire, c’est avant tout la qualité de nos membres qui compte.

Pendant l’année l’exécutif a vu à la révision des modalités du Concours “Le Prix Gilbert Buote”.  J’ai quelques copies de ces règlements, et s’il y a quelques personnes qui seraient intéressées à en avoir, vous pouvez les procurer de moi-même aujourd’hui.  Pour l’année en cours les projets devront être inscrits au concours au plus tard le 10 novembre.

Le Prix Gilbert Buote fut créé en 1982 par la Société dans le but de couronner, et de signaler les projets méritants réalisés dans le domaine de l’histoire et de l’héritage acadiens de notre province.

En dédiant le prix à la mémoire de feu Gilbert Buote (1833-1904) de Tignish, la Société désire souligner la très grande contribution à la vie acadienne faite par ce patriote acadien.  Éducateur, journaliste, historien et généalogiste, il fut l’âme ouvrière de la renaissance du peuple acadien à l’Île.  Il fonda en 1893, avec l’aide de son fils François-Joseph, L’Impartial, premier journal hebdomadaire de langue française dans cette province insulaire.  Recherchiste lui-même, il publia de nombreux écrits généalogiques et historiques.

Je désire souligner ces quelques détails à son sujet, afin de lui rendre un hommage à l’occasion de nos assises annuelles dans sa paroisse natale de Saint-Simon et de Saint-Jude.  Gilbert Buote repose dans le cimetière de cette paroisse.  Sa tombe se trouve à l’intérieur de la clôture en face de l’église actuelle.

Le Prix Gilbert Buote consiste en un parchemin encadré sur lequel est imprimé un fac-similé d’une première page d’un numéro de journal L’Impartial, une photographie de Gilbert Buote et une inscription appropriée dans laquelle figure le nom de la personne ou l’organisme méritant, le sujet du projet et la signature du/de la président(e) de la Société.

À partir de cette année, le prix sera attribué au récipiendaire lors d’une rencontre spéciale afin de donner un plus grand éclat à cet événement.

La Société s’est occupée de la publication de sa revue La Petite Souvenance.  Le numéro 14 est apparu au printemps dernier.  Le matériel de l’édition numéro 15 est maintenant prêt et sera publié d’ici le début de la nouvelle année.

Vous êtes, sans doute, au courant de la démission de notre rédacteur en chef de La Petite Souvenance.  Georges Arsenault est maintenant à l’emploi de Radio-Canada à Moncton.  Il occupe le poste d’animateur à l’émission “Bonjour Atlantique” du poste C.B.A.F.  Il suffit à dire que notre perte est un gain précieux pour Radio-Canada.  Je m’empresse à lui exprimer notre vive et entière gratitude pour sa contribution à l’avancement des intérêts historiques de notre Société et particulièrement pour sa part précise au succès de La Petite Souvenance.

Je lui souhaite, au nom de vous tous, beaucoup de succès à son nouveau poste.  Je sais qu’il serait très encouragé à savoir que nous sommes à l’écoute de son émission qui est radio-diffusée sur les ondes de 6 h 00 à 9 h 00 chaque matin du lundi au vendredi.  Cette émission nous touche de près, car nombreux sont les items d’histoire pendant le programme – Soyons à l’écoute.

Présentement, donc, nous sommes à la recherche d’un(une) remplaçant(e) à Georges.  La personne une fois embauchée aura à travailler avec le comité de rédaction dans la préparation de chaque édition de notre revue.

Je suis très reconnaissant à Mme Cécile Gallant qui s’est offerte de s’occuper du prochain numéro, maintenant que le matériel a été reçu de Georges Arsenault.

En terminant ce rapport, je désire remercier tous les membres de notre exécutif.  L’exécutif pour l’année écoulée se composait de:  Georges Arsenault, président sortant de charge; M. l’abbé Charles Gallant, vice-président; M Réal Gagnon, secrétaire; Mme Céline Lapointe, trésorière; Mme Avéline Peters, M. l’abbé Albin Arsenault, M. Gary Robichaud et M. Robert Maddix, conseillers, et moi-même, Francis Blanchard, président.  L’appui que j’ai reçu de tous ces gens est inestimable.  Je vous en suis redevable.  Vous avez consacré beaucoup de votre temps aux intérêts de la Société.  Je remercie également tous ceux qui ont rendu ma tâche très agréable.  Je souhaite au nouveau président et au nouvel exécutif une aussi agréable expérience.

Francis C. Blanchard
le 2 novembre 1986

****************

Conseil d’administration de la Société historique acadienne de l’.-P.-É. pour l’année 1986-1987 :

Président -        M. Réal Gagnon
Président sortant -    M. Francis C. Blanchard
Vice-président -    Père Charles Gallant
Secrétaire –         Mad. Marie-Anne Arsenault
Trésorière -        Mad. Céline Lapointe
Conseillers(ères) -    

Mad. Jeanne-Mance Arsenault
Mad. Avéline Peters
Mad. Florina Gallant
Père Albin Arsenault

Registre de Port-La-Joie en l’Isle Saint-Jean (1721-1758) – 4e partie

1986 par Francis C. Blanchard

Francis C. Blanchard

 

Le 3 novembre 1750 on trouve cinq actes de mariage, tous signés par le Frère Patrice LaGrée.  Deux des mariages voyaient deux frères Arsenault se marier à deux soeurs Boudrot.  Sans doutes, ce fut une occasion de grandes fêtes dans la communauté de Malpec.

A.  Il y avait le mariage entre françois doucet fils de françois Doucet et de Marie Caré, de la paroisse de Malpec et Marguerite Jacquemain fille de Pierre Jacquemain et de Marguerite Haché de la paroisse de Port LaJoye.

B.  Il y avait le mariage entre pierre Arsenault fils de Charles Arsenault et Cécille Bros, de la paroisse de Malpec et Marie Boudrot fille de Claude Boudrot et de Judic Belliveau de la paroisse de St.-Pierre.

C.  Il y avait le mariage entre Jean Arseneau fils de Charles Arseneau et de Cécille Bros, de la paroisse de Malpec et Madelaine Boudrot fille de Claude Boudrot et de Judic Belliveau de la paroisse de St.-Pierre.

D.  Il y avait le mariage entre Jean Arsenault fils de Jacques Arseneau et de Marie Poitvin de la paroisse de Malpec et macdelaine Boudrot fille de françois Boudrot et de Jeanne Landry de la paroisse de St. Pierre.

E.  Il y avait également le mariage entre Jean Oudy fils de Jacques Oudy et de Marguerite Poirier de la paroisse de St.-Pierre à marie Blanchard fille de françois Blanchard et de Marguerite Caré, de la paroisse de Malpec.

François, gentilhomme, Blanchard est né en 1686, donc 200 ans passés, à St.-Marc LeBlanc en Bretagne, France.  Avant son arrivée à l’Isle Saint-Jean il est d’abord passé en Acadie.  François Blanchard et Marguerite Caré ont eu 7 enfants:  5 filles dont Marie et 2 garçons, Jean et François.  Les deux garçons sont les ancêtres de tous les Blanchard de l’Île-du-Prince-Édouard selon Rustico, une paroisse acadienne.

Un personnage très important fut inhumé à Port LaJoye le 6 janvier 1752.  Ce qui suit est la transcription de l’acte de sépulture :

“Ce Sixième janvier 1752, a esté par moy soussigné inhumé le cimetière au Port LaJoye le Sr. françois Marie Degoutin Doyen du Conseil Supérieur, subdélégué de Monsieur l’intendent de la Nouvelle France et Guarde de Magasin pour le Roy au port LaJoye, décédé de hier après avoir reçue tous ses sacrements, âgé d’environ soixante cinq ans,

En foy de quoy, j’ay signé
fre patrice LaGrée.”

Le prochain acte est de la sépulture d’une personnalité qui a fait fort belle figure en Acadie avant son arrivée à l’Isle Saint-Jean.  Le Sieur Joseph Nicolas Gautier s’est établi à St.-Louis-du-Nord-est où il donna le nom Belair à sa nouvelle habitation – le même nom qu’il avait appelé son habitation à Port-Royal qu’il a quittée par nécessité.  En 1751 Nicolas Gautier a fourni une large part de ce qu’il fallait en bois pour la construction de la nouvelle église.

“Ce 2 avril 1752, a esté inhumé au dessus de la Source à Belair dans la rivière du Nord-Est le Sieur Joseph Nicolas Gautier agé d’environ 63 ans, après avoir reçu ses sacrements, décédé hier environ les dix heures du soir, espoux de dame Marie Alain, native de Port Royal en l’Accadie et le dit Sieur Joseph Nicolas Gautier originaire de Rochefort.

Signé:  fre patrice LaGrée.”

La paroisse de St.-Louis-du-Nord-est se trouvait à Scotchfort, à côté de l’actuel Mount Stewart.  On y voit encore le cimetière qui fut utilisé aussi par les Écossais catholiques à partir de leur arrivée à l’Isle Saint-Jean, en 1772.  À côté du cimetière le chercheur peut s’apercevoir d’une dépression au sol.  D’après feu mon père, J.-Henri Blanchard, c’était probablement là l’emplacement de l’église St.-Louis-du-Nord-est.

M. l’abbé Jean Perronet, curé de la paroisse St.-Louis-du-Nord-est fait l’entrée d’un baptême le 16 juillet 1753.  Il fut curé à St.-Louis de 1752 à 1753.  Il est ensuite envoyé dans la paroisse St.-Pierre-du-Nord où il est assistant au curé de 1753 à 1758.

Le 7 août 1754, on trouve l’acte du baptême de Pierre Marin Pitre inscrit par l’abbé Pierre Cassiet, curé de St-Louis-du-Nord-est.  L’abbé Cassiet fut tout d’abord curé dans la paroisse de la Sainte-Famille de Malpec (Low Point près de Port Hill) de 1752-1753; et ensuite, il fut curé de 1753 à 1758 de la paroisse de St-Louis-du-Nord-est.

L’abbé Cassiet fut une figure de grande marque d’abord en Acadie et ensuite à l’Isle Saint-Jean.  Lors de la Déportation de 1758, l’abbé Cassiet fut choisi avec l’abbé Biscaret, curé de la paroisse St-Pierre-du-Nord, pour aller porter la pétition des habitants acadiens de l’Isle Saint-Jean aux autorités anglaises à Louisbourg.  La pétition demandait qu’on accepte la soumission des habitants acadiens et qu’on leur permette de demeurer sur leurs terres.

L’effort des curés fut en vain.  Le Général Jeffrey Amherst et l’Amiral Boscawen ont demeuré insensible et inflexible devant les porte-paroles.  Ils ont ordonné l’évacuation complète des Acadiens de l’Île.

L’abbé Pierre Cassiet fut déporté avec les habitants de l’Île, et on le retrouve plus tard en France, où finalement, il est devenu le supérieur du Calvaire à Betharram près de Lourdes.  D’après la tradition de la famille Cassiet, l’abbé fut traité avec beaucoup d’inhumanité par les gardes au cours de la traversée.  Et lorsque la Révolution française a éclaté, l’abbé Cassiet a du encore confesser sa foi une deuxième fois et a dû se réfugier en Espagne.

 
Nous trouvons également dans ce registre une entrée signée par l’abbé Jacques Gérard curé de la paroisse St-Paul à la Pointe Prime.

“Ce 6 février 1755, je soussigné, certifie que M. Gérard curé de la pointe prime a baptisé à la Rivière du Nord, anne madeleine née le 16 7 bre 1754, de légitime mariage de François Landry et de marie Joseph Babin parain et maraine ont été Joseph Landry et Anne Madeleine Landry.

Signé à la minute:  Girard
Signé:  fre Gratien Raoul”

L’abbé Girard fut un des grands prêtres célèbres de l’Acadie.  Sa vie apostolique en est une de grand héroïsme.  Il est arrivé en Acadie en 1733 et est envoyé desservir la paroisse de Beaubassin.  En 1742 il est nommé curé à Cobequid (Truro).

Pendant ses fonctions à la cure de Cobequid il fut emprisonné à Halifax avec quatre de ses paroissiens pour avoir conseillé à ses paroissiens de ne pas prêter le serment de fidélité sans réserves que l’on exigeait du peuple.

On lui permit plus tard de sortir de prison pour desservir les habitants du Bassin des Mines.  Il fut enlevé par un groupe de Micmacs, et il se cacha dans la forêt jusqu’au printemps de crainte de tomber à nouveau entre les mains des autorités.  Il réussit à passer à l’Île St-Jean où il s’occupera de la cure de St-Paul à la Pointe Prime.

Lors de la Déportation il embarqua à bord du “Duke William” avec ses paroissiens.  Ce bateau fera naufrage à l’ouest de l’Angleterre, mais l’abbé Girard réussit à s’échapper dans une chaloupe.   Finalement, il arriva en France et fut nommé aumônier à l’Abbaye de Jouarre.

Le 26 mai 1755 l’abbé Joseph-Sylvestre Dosque curé de la Sainte-Famille à Malpec signe l’acte de baptême de Marie Joseph Bourg :

“Ce jour 26 may 1755, je soussigné, certifie que M. Dosque, curé de la paroisse de Malpeck a baptisé marie joseph, le 22 may de 1754, née le 2 x bre 1753, de légitime mariage de Jean Bourg et de Françoise Douaron, habitants de la rivière des Crappeaux.  Parrain et maraine ont estée Louis Bourg et marie Rose Douaron.

Signé sur l’extrait délivré:  Dosque et
fr: Gratien Raoul.”

Lors de la Dispersion, l’abbé Dosque a pu s’esquiver au Québec.  Plus tard il devint le curé de la cathédrale Notre-Dame à Québec.

La prochaine entrée est l’acte de sépulture de Jean Le Prince agé de 28 ans dans le cimetière de St-Paul la Grande-Ance (Orwell Bay près d’Eldon).

 “Ce 21 février 1751, a esté par moy, soussigné faisant les fonctions curiales, inhumé dans le cimetière de St-Paul, à la Grande ance Jean LePrince âgé d’environ 36 ans, mort en enfance sans sacrement, n’ayant jamais eu aucune connaissance.

Signé:  fr. Patrice LaGrée.”

De temps à autres on trouve les noms d’Anglais ou d’Irlandais dans le registre :

“Ce 29 juillet 1755, je soussigné, ay baptisé un fils nommé Jean Baptiste, de nation anglaise, agé de 19 ans, son père appellé nicolas Samson, sa mère Elisabeth, habitans du port Royal.  Parain et maraine Jean baptiste perial, Ursule Robicho.

Signé:  Mezzin LeRoy, Laviolette et fre Gratien Raoul.”

On sait qu’il y a eu un cimetière à Tryon.  L’entrée ensuite semble le confirmer.  Pendant le Régime français la rivière Tryon se nommait la rivière des Blonds.

“Ce 7 mars 1746, a été inhumé dans le cimetière des Blonds, un fils agé de 14 mois nommé Raphael, née de légitime mariage d’Eustache Bourg et de Marguerite Daigre.

Signé:  fre Gratien Raoul.”

Même si les Acadiens de l’Acadie avaient à endurer de tracas insupportables pendant les années 1750, cela n’a pas empêcher à certains de vivre à un âge très avancé, ce que témoigne l’acte suivant :

“Le 4 aoust 1750, a esté inhumé dans la paroisse isle de St-Jean, au port LaJoye Germain Teriot agé de 87 ans fils de Germain Teriot et d’André Bernard, de la paroisse du Port Royal lequel après avoir reçu tous ses sacrements a esté inhumé par moy soussigné dans le cimetière du port LaJoye.

Signé:  fre Patrice LaGrée.”

Des noms de lieux qui figurent dans ce registre pour lesquels nous avons les noms d’aujourd’hui sont :

Rivière des Blancs -            Johnson’s River
Rivière de l’ouest -            West River
Rivière du Nord -            North River
Rivière du Nord-Est -            East ou Hillsboro River
Rivière des Crapeaux -        Crapaud River
Le Petit Maret -            Pownal Bay
L’ance aux Morts -            Mermaid Cove
La Grande Ascension -        Vernon River
La Petite Ascension -            Fullerton’s Creek
L’ance aux Sauvages -        Cove à Rocky Point
L’ance à Pinet -            Pinette Bay
Le Havre aux Sauvages -        Savage Harbour
St-Pierre du Nord -            St. Peter’s Harbour
L’ance aux Pirogues -        Stewart Cove
L’ance aux Sangliers -        Holland Cove
Tracadie -                Tracadie
L’ance à Dubuisson -            Walker’s Cove
La Pointe Prime -            Point Prim
L’Ance à la Pointe du Nord-ouest -    Nine Mile Creek
Des Estangs -                St. Peter’s Lake
L’Ance aux Matelots -        Alexandra
Rivière des Blonds -            Tryon River

Des noms de lieux pour lesquels nous n’avons pas les noms aujourd’hui, entre autres, sont :

La Terre Rouge, L’Ance du Nord-est, Ruisseau Vincent, Ruisseau la France, L’Ance aux Landry, L’Ance Compte St.-Pierre, Ruisseau des Mats.

Ce qui suit est l’acte de sépulture d’un noble homme et personnage important de la colonie.

“L’an 1744, le 26 mars, j’ay soussigné inhumé environ les 11 heures du matin dans le cimetière de ce havre, le corps de nobel homme Ecurier Robert potier du Buisson, mort du jour précédent environ une heure après midy natif… subdélégué de M. l’intendent de la nouvelle france.

Signé:  fre Elie Kvielze.”

L’acte suivant enregistre le baptême d’un enfant illigitime.  Au bas de l’acte il y a un ajout intéressant :

“Le 26 juin 1754, j’ai baptisé pierre, né le même jour, de marie Vincent qui n’a pas voulu en déclarer le père.  Parain et maraine ont été pierre Herbert et marie Michel.

Signé:  fre Ambroise Aubré

(Le lendemain le père s’est déclaré avec promesse d’épouser la fille)”

L’acte suivant signé par le frère Elie Kvielze porte un intérêt spécial :

“Le 25 9 bre de l’année 1743, moy, fre Elie K. recolet, je soussigné ay donné la bénédiction nuptialle à Etienne Charles philippe fils de pierre philippe, et de catherine Géraud, soldat au détachement marine et à marie Mazeromme et de genevieve fovel, natif du port Royalle, évêché de Québec, lesquels m’aïant aporté un graçon d’environ 18 jours provenu d’eux, pour le faire legitimer, l’ay mis sous le voille et légitimé selon le rit de la Ste Église et ordonnance de Monseigneur de Québec en recevant leur mutuel consentement et foy de mariage, après quoy, nous avons supplée aux cérémonies de son baptême en présence des témoins qui ont signé avec nous.
Signé:  Etienne Chelle philippe -
Le chlr Duvivier
Le chavalier Duchambon – De la
Brejonnière – Potier
Dubuisson – Duchambon Decoux -
Dentremont decoux – Anne henriette
Duchambon et fre Elie Kvielze aumônier”

Une petite île qui est située dans la rivière Hillsboro juste en face de Fort Augustus s’appelle l’île Glenfinnan.  Pendant le Régime français, selon mes recherches, cette île se nommait l’Île au foin.

Les deux extraits suivants sont des sépultures qui ont eu lieu à l’Île au foin.  L’époux et l’épouse sont décédés un après l’autre et sont enterrés sur deux jours consécutifs :

“Ce 29 mars 1751, a esté inhumé à l’isle au foin à cause des mauvais temps, Pierre Douaron agé d’environ 45 ans après avoir esté confessé, époux de Marguerite Bro.

Signé:  fre Patrice LaGrée.”

“Ce 28 mars 1751, a esté inhumée à cause des mauvais temps, à l’isle au foin, Marguerite Bro agée de 26 ans, épouse de Pierre Douaron, après avoir été confessée.

Signée:  fre Patrice LaGrée.”

Nous trouvons dans les entrées du registre de nombreux soubriquets :

“Le 12 avril 1752, a esté inhumé dans le cimetière du port Lajoye du costé du couchant au bas du cimetière René… dit pret à rire, soldat de marine de la compagnie de M. Lavillière, agé d’environ 25 ans, ayant été trouvé mort dans les glaces et ayant sur luy des marques de chrétien, je luy ay donné la sépulture écclésiastique avec les cérémonies ordinaires.

Signé:  fre patrice LaGrée.”

Ce fut une mort tragique pour cet homme qui semblait toujours rayonner le bonheur.

Selon un dénombrement rapide fait de ma part, il y a eu à Port-LaJoie quelque 143 sépultures.  Sans doute, il y avait des sépultures faites à cet endroit en absence d’un prêtre et ainsi n’auraient pas été enregistrées de la façon coutumière.  Où est l’emplacement de ce cimetière?  Personne à l’heure actuelle semble le savoir.  Peut-être, dans un avenir pas si lointain, Parcs Canada fera les fouilles nécessaires à sa redécouverte…

Plus de 50 pour cent des entrées du registre sont de 1749 à 1758.  C’est à partir de 1749 qu’on a vu la grande émigration acadienne se diriger vers l’Isle Saint Jean suite à la construction du fort à Halifax et que les autorités britanniques ont commencé à parler de Déportation.  Présentement à l’Île-du-Prince-Édouard, nous avons le nom de famille Longaphie.  Ce nom selon ce registre était Longuepée, Longueépée, Longue espée ou Longeépée.  Nous avons également les familles Deagle à l’Île qui sont d’origine acadienne.  Ce nom de famille était D’aigre ou Daigre selon le registre.  Au Nouveau-Brunswick le nom est Daigle.  Le nom de famille Doiron était parfois épellé Doiron, Douäron, Douaron, Douaïron et Doeron.

En conclusion je cite du registre une des trois conversions faites à Port-LaJoye.

“Ce 11ème jour de janvier 1755, je soussigné et certifie Aumonier du Roy, curé de la paroisse du port LaJoye et supérieur de l’isle St Jean qu’Abraham Louis predreman, actuellement de cette paroisse, fils de feu Jean predreman et de marguerite Clotre, natifs de Canton de Berne dans l’allemagne suisse, a de ferme foy confessé entre mes main en face d’église et en présence de Gabriel Rousseau ecuyer, Sieur Villejouin chevalier de l’ordre militaire de St Louis, major et commandant pour le Roy à l’isle St Jean, de Michel Rousseau, écuyer Sr de Dorfontaine, capitaine d’infanterie et de Louis melchior Vareille, sieur de la Bregeonnière, capitaine et aide major de l’isle St Jean et autre témoins qui ont icy signés avec moy, tant en général qu’en particulier les articles contenus au Symbole de le foy dont se sert la Ste Eglise Catholique, apostolique et romaine, a reçu sans aucun doute toutes les autres choses qui ont été données, définies et déclarées par les sacrés canons et principalement par le saint concile de trente.  En même temps a condamné, rejetté anathematisé, renoncé à toutes les hérésies que l’église Catholique, apostolique et Romaine a condammées Rejettées, anathematisées, a enfin promis, vouée juré sur les saints évangiles de Dieu, tenir et confesser sans aucune contrainte cette vraye foy catholique sans laquelle personne ne peut être sauvé et a promis de la garder constamment moyennant la grâce de Dieu, jusqu’au dernier soupir de sa vie et tant qu’il luy sera possible la faire tenir, garder et observer par touts ceux desquels il aura charge en sa maison et en son état et au cas qu’il luy avienne de faire le contraire à l’avenir il se soumet à toutes les peines portées par les Sts decrets et constitutions canoniques, en conséquence je l’ay absous de l’excommunication par luy encourru en vertu du pouvoir qui m’en a été donné par l’ordinaire suivant l’ordonnance au port Lajoye les dits jours et an que dessus.

Rousseau de Villejouin, L. Vareille de Brejeonnière
Rousseau de Dorfontaine, Chatton, Yvoanry
Maillardet et fr: Gratien Raoul, Recollet.”

Registre de Port-La-Joie en l’Isle Saint-Jean (1721-1758) – 3e partie

1985 par Francis C. Blanchard

Francis C. Blanchard

 

… et je cite d’autres entrées d’intérêt historique et généalogique.  Ce qui suit est l’acte de la sépulture de Pierre Devaust, victime d’une noyade.  Des noyades étaient fréquentes à cette époque.

Le 22 novembre 1723, je soussigné, ait inhumé le nommé Pierre Devaust dit Dauphiné engagé de la compagnie noyé à deux lieues dans l’isle St-Jean fait au port Lajoye 22 9bre 1723 signé: fr. Louis Barbet Dudonjon.

Quelques entrées ont comme objet le baptême d’un enfant micmac.  Il est intéressant à noter que les Micmacs portaient des prénoms seulement.  Les noms de famille n’existaient pas chez eux à cette date.  Et on sait que la plupart des Micmacs étaient des convertis au catholicisme par les vénérables missionnaires du XVIIe siècle en Acadie.  Or il ne faut pas s’étonner que ces braves gens portaient des prénoms chrétiens.

Le 27 juin 1723, je soussigné… ay baptizé Elizabeth fille de François et de Therese sa femme sauvages née environ la Toussaint 1722.  Parrein Glaude haenrion commis des magazins de la compagnie de l’isle St-Jean et la mareine:  Elizabeth Cheneau, femme de hilaire Cheneau maître canonier.
signé:  Henrion L. de métivier, missionaire

Je cite ensuite une entrée de l’enterrement d’un enfant baptisé par le médecin en l’absence du prêtre.

Le 2 7bre 1722 – inhumé le corps d’un enfant de Paul Gemel engagé et de Marguerite Hurel né et ondoié à la maison par le Sr Grandpré chirurgien major ce cette isle le 1er jour desd. mois et an, mort le même jour. témoins:  Le d.paul Gemel et Jacques Migon engagé lesquels ont déclaré ne savoir signer                              signé:  de Breslay, gd. vre.

L’entrée qui suit fait mention d’un personnage important chez les Micmacs de l’île St-Jean :

Le 29 may 1722 baptizé marguerite fille de Jean Baptiste Armetcheck sauvage Mikmack et fille d’Agnes Nabdevit agée de 5 mois.  Le parein mathurin Renaud habitant du havre St-Pierre, la mareine Marguerite Armetcheck femme d’Antoine Arghimo capitaine des sauvages Mikmaques, lesquels ont déclaré ne sçavoir signer          de Breslay – gd. vre.

Ce qui est intéressant avec l’oeuvre de M. Pierre Margry c’est sa fidélité à l’original.  Lorsqu’il s’agit d’une page déchirée, le copiste l’indique dans son recueil.  La partie déchirée est malheureusement perdue.  Là où l’original porte une tache d’encre, Pierre Margry la signale dans sa copie.  Parfois on voit une feuille dont le bas est déchiqueté excepté pour une pointe sur laqauelle il écrit ce qu’il trouve dans l’original.

Pour ce qui est du premier mariage enregistré par l’église à Port LaJoye de personnes de race blanche, il est daté du 17 avril 1721.  Il s’agit du mariage de François du Roché et d’Elizabeth Bruneau, originaires de Bretagne, France.  Il est tout probable que le nom du Roché ait été changé à DesRoches, dans le cours du temps.

Je cite ensuite la noyade d’un jeune garçon dans les ports (probablement à St-Pierre-du-Nord) dont le corps n’a point été retrouvé.

Le 3 juillet 1721… j’ai soussigné et certifie qu’Etienne Poitevin agé de 8 ans fils d’Etienne Poitevin et d’Anne Daigle a été perdu le 6 juin de la présente année dans les ports et qu’il n’a point été retrouvé.
Témoins:  Louis LeBouve et François Boisseau pêcheurs
signé de Breslay curé.

Port-LaJoye ou Port LaJoie :  Nous trouvons dans ce registre surtout la première orthographe.  “La Joie” s’épelle aujourd’hui avec “i”.  Anciennement on trouve un “y” à la place d’un “i” dans l’épellation des mots.  L’ “y” à la place du “i” est une forme de stylisation qu’on employait autrefois.  Souvent dans le registre on trouve l’épellation may pour le mois de mai – aujourd’huy pour aujourd’hui.  Parfois on voit aussi l’orthographe Port LaJoie.  L’abbé de Breslay l’emploie.  Dans le cas où l’orthographe d’un mot donne un double “s”, on voit la première lettre “s” en forme stylisée.  L’ “s” prend la forme d’un “f” – (exemple paroifse).

L’instruction chez les Acadiens à cette époque était presque nulle.  Cela se voit lorsqu’on lit entrée après entrée et que c’est écrit que les témoins des cérémonies ne savent signer.

“La mareine a fait sa croix ainsi
que le père de l’enfant”
ou
“…lesquels ont déclaré ne sçavoir signer”

Un père récollet qui a beaucoup oeuvré en Acadie, et un des plus célèbres missionnaires, est le Frère Félix Pain.  Il est passé à l’Isle St-Jean à trois différentes reprises faisant sa fonction curiale :

a)  du 1er juillet 1725 au 8 septembre 1726;
b)  du 26 novembre 1726 au 10 juillet 1731; et
c)  le 27 septembre 1736.  Un seule acte.

D’après les historiens, le poète américain Henry Wadsworth Longfellow se serait inspiré de l’oeuvre du Frère Félix Pain parmi les Acadiens avant la Déportation, et se serait servi de ce personnage comme prototype du Père Félicien dans son épopée Évangéline, publiée en 1847.

De dire les historiens, Rustico-sud et Rustico-nord tiennent leurs noms de René Rassicot qui était marié à Marie Haché, fille de Michel Haché dit Gallant et Anne Cormier.  Ce René Rassicot, dit-on, aurait été propriétaire d’un terrain là où se situe aujourd’hui Rustico.  Voici l’acte de mariage de René Rassicot et de Marie Haché, veuve de feu François Poirier:

Ce trente unième d’octobre de la présente année 1729, moi, soussigné missionnaire recollet faisant les fonctions curiales dans cette paroisse, après la publication de 2 bans aux prones des messes paroissiales et ayant dispensé du troisième, sans qu’il se soit trouvé aucun empeschement, ai donné la bénédiction nuptiale à René Rassicot, fils de feu Jean Rassicot et de Marguerite Crossier de la paroisse de St Ursin diocèse de Coutance d’une part, et Marie Haché veuve de feu françois Poirier de cette paroisse d’autre part, après avoir reçu leur mutuel consentement en présence de leurs parents et amis soussignés, l’époux et l’épouze ont déclaré ne sçavoir signer de ce enquis selon l’ordonnance et ont fait leur marque ordinaire
Signé:  Joseph haché, Depensens, Michel haché et fr. felix Pain, recollet missionnaire.

D’après certains actes dans le registre de la paroisse de Port LaJoye, il y avait un endroit qui s’appelait Rasico.

Ce 30 juillet 1750, a esté baptisé sous condition françois agé d’environ un mois, fils de Joseph sauvage et d’Elisabethe, aussi sauvage, de Rasico.  Le parrain: le Sr françois de Mezilla, officier d’infanterie, la maraine, Magdeleine, sauvagesse
Signé:  Mezillac et fr. patrice LaGrée.

Souvent, lorsque le prêtre était absent il fallait que quelqu’un s’occupe de la sépulture des morts.  Voici donc, l’acte d’un enterrement sans qu’il y ait de prêtre:

Ce 28 7bre 1750, a esté inhumée, dans le cimetière du port LaJoye, Angélique Vincent agée de 33 ans fille de deffunt pierre Vincent et de Jeanne Trahan, de la paroisse de l’Assomption, laquelle a esté inhumée par un soldat faute de prêtre. En foy de quoy, j’ay signé:
Signé:  Fr. Patrice LaGrée.

D’autres cimetières français et acadiens existaient à l’Isle Saint-Jean à part de celui à Port LaJoye avant la Déportation de 1758.  On sait que vers 1750-52 quatre nouvelles paroisses avec curés résidents furent érigées dans la colonie:  St-Paul à la pointe Prime (près d’Eldon); St-Louis du Nord-est (à Scotchfort); La Sainte-Famille à Malpec (Low Point près de Port Hill); et St-Pierre du Nord (St. Peter’s Harbour).  Je vous en citerai au long de ce travail.  Voici un acte de sépulture du corps d’une jeune fille dans le cimetière de St-Pierre-du-Nord.

Ce 24 8bre 1750, a été inhumé par moy dans le cimetière de St-Pierre au pied de la croix du costé du nord Anastasie agée d’onze mois fille d’André Renaud et de Marie Roget
Signé patrice LaGrée.

L’acte suivant porte le nom d’un médecin Georges Barbudeau qui était chirurgien-major à Louisbourg avant d’être appelé à l’Île Saint-Jean où la population n’avait pas les services médicaux qu’il leur fallait.  Il a habité à Port LaJoye d’où il fut déporté en 1758.  Rendu plus tard en France, il s’est trouvé parmi les locataires de la ligne acadienne du Marquis de Pérusse des Cars à Archigny, en Poitou.  Aujourd’hui on peut visiter le terrain qu’il occupait.  L’auteur de cette série est allé voir la terre occupée par le médecin Barbudeau.

Le Vingt septième de novembre de la présente année mil sept cent vingt cinq, moi soussigné missionnaire, faisant les fonctions curialles dans cette paroisse, ai baptisé son condition Jean Baptiste né le 17 octobre de la susdite année fils du Sr. George Barbudeau, chirurgien major de ce lieu et de Marguerite françoise Vigneau légitimement conjoints.  Il a eu pour Parein Jean Baptiste Péré et pour maraine Marie Françoise Gugot, en foy de quoy j’ai signé avec le parrein et le père de l’enfant, ces jours et an que dessus.
Signé:  Jean Péré, Berbudeau et fr. félix pain recollet missionnaire.

Le prêtre était à l’occasion demandé à défaut de notaire, à témoigner un contrat entre différentes parties.  L’extrait suivant du registre est l’entrée d’obligation de pension annuelle promise de la part des enfants de Michel Haché Gallant et Anne Cormier à l’endroit de leurs parents.  Cette entrée est probablement le premier contrat légal à l’Île Saint-Jean.

Obligation de pension annuelle de 10tt pour chacun des desnommés:  Ce jour, dix septième novembre mil sept cent trente six, en présence du père Angélique Collin Recollet de la province de Bretagne, missionnaire et aumonier du Roy au port Lajoye, dans l’isle St-Jean évêché de Québec, faisant les fonctions curiales audit lieu au défaut de Notaire pour passer le présent acte, entre les soussignés Michel haché et Anne Cormier sa femme d’une part et ses enfants de l’autre part, cy nommés, Michel Haché, Joseph haché, Marie haché épouse de René Rassicot lui consentant, Baptiste haché, Charles haché, pierre Haché, marguerite haché épouse de pierre jacmin lui consentant, françois haché, Jaque haché, Louise haché épouse de Louis belliveau, Marie Madeleine Haché épouse de pierre Duval, lui consentant, lesquels sont convenus de ce qui suit.  Sçavoir que tous les dits enfants ci dessus mentionnés s’obligent de donner chacun à leur père et mère leur vie durante la somme de dix livres tournois chaque année à commencer aujourd’huy de plus renoncent les dits enfants à la succession de leurs père et mère après leur mort.  Leur père et mère étant libres par le présent de donner leur bien à perpétuité à celui de leurs enfants qu’ils jugeront à propos.  En foy de quoy, ceux desdits enfants qui scavent écrire ont signé avec nous, les autres qui ne scavent écrire ont mis leur marque ordinaire en présence de Philippe, le neuf Eguyer Sieur de Beaubassin, enseigne d’une compagnie détachée de la marine et de Charles Boudrot, capitaine du bateau du Sieur de Beaubassin qui ont aussi sicné comme témoins.
Signé:  Michel Haché – Joseph Haché

Derechef, sont encore convenus les dits michel haché et anne cormier sa femme, avec leurs enfants que l’un diceux venant à mourir, les dits enfants ne payeront plus que la moitié de la susdite somme de dix livres.

En foy de quoy ils ont signé comme dessus
Signé Michel haché – Joseph Haché
marque de René Rassicot 0 marque de Pierre Hachez X marque de Baptiste Haché X marque de marguerite Haché X marque de Jacques hachez X Sr. Laurant.

Ce qui se lit ensuite est l’entrée de la mort tragique de l’ancêtre des Haché-Gallant :

Le 17 juillet 1737, je soussigné, ay inhumé dans le cimetière de ce hâvre, le corps de Michel Haché dit Galant, habitant dudit port, lequel s’était enfoncé dans les fons à l’embouchure de la rivière du Nord le dixième d’avril de la présente année et n’a pu être trouvé jusqu’à ce jour.
Signé: Frère Angélique Collin.

Un très beau monument a été érigé à Port LaJoie en face du Parc National Fort Amherst – Port LaJoye à la mémoire des ancêtres Michel – Haché – Gallant et Anne Cormier en 1965 par leurs descendants.

(à suivre)