Résultats: ‘Déportation’

Retour sur la Déportation des Acadiens

2009 par Sénateur Gerald Comeau

…Rester le plus proche possible de la réalité

des événements et des intentions.

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Les torts aux Acadiens ne sont pas reconnus!

Réaction aux propos de Warren A. Perrin

 

Sénateur Gerald Comeau

Je tiens à apporter quelques précisions quant à un passage de l’intéressant article sur mon ami Warren A. Perrin et Beausoleil (Le Courrier de la Nouvelle-Écosse du 4 septembre 2009).  On peut y lire que “(…) le 9 décembre 2003, le Parlement canadien (reconnaît) les torts causés aux Acadiens lors de la Déportation de 1755.”

Il convient de préciser que ce n’est pas le Parlement canadien qui a émis cette proclamation, mais plutôt la gouverneure générale en conseil du Cabinet.  En tant que sénateur, si tel avait été le cas, j’aurais proposé des amendements dont, entre autres, le fait:

•          que les Acadiens n’avaient fait aucun mal pour mériter cette punition,

•          que l’Ordre de déportation, aujourd’hui, en septembre 2009, n’a toujours pas officiellement pris fin,

•          ou qu’on retire la phrase souhaitant que les Acadiens “tournent la page”.

Il faut ajouter que le retour des Acadiens sur leurs terres après 1763 était soumis à plusieurs conditions: par exemple;

-           interdiction de voter jusqu’à la fin du 18e siècle à peu près,

-           interdiction de propriété jusqu’en 1783 ou interdiction de former de grands regroupements de personnes.

De plus, ils devaient signer une nouvelle assermentation d’allégeance sous de nouvelles conditions.

La question est de savoir si les Acadiens méritaient ou non leur déportation au nom des lois de l’Empire britannique de l’époque.  Lors de recherches antérieures, je n’ai jamais réussi à déterminer ce que l’on reprochait aux Acadiens dans la Proclamation de leur déportation.

Les seuls faits d’être Acadiens-français catholiques et de refuser de signer une nouvelle allégeance à la Couronne britannique justifieraient la volonté de se débarrasser d’eux.

Cependant, en tant que sujets de la Couronne britannique, les autorités et cette même Couronne britannique n’avaient pas le droit juridique de déporter les Acadiens, ni même Lawrence l’autorité d’ordonner cette déportation.

Le travail de Warren A. Perrin a fait et continue à faire avancer la cause des Acadiens.  Grâce à ses investigations, le public et les plus hautes autorités ont put prendre conscience des épreuves et souffrances, “mais pas les torts” que le Grand Dérangement a causés aux Acadiens.

Cependant, l’interprétation du texte de l’Ordre de la déportation, tout comme celle de la proclamation de la gouverneure générale du Canada du 9 décembre 2003, requiert à mon avis des investigations plus poussées et qui n’ont toujours pas été entreprises.  Il ne s’agit pas en effet de prendre pour argent comptant le fait de reconnaître les souffrances infligées aux Acadiens et leur demander “de tourner la page”.

Réécrire l’histoire et oublier ce qui est arrivé ne rendrait en aucun cas justice à nos ancêtres qui ont souffert et qui ont vécu une telle destinée.

En conclusion, mon intention n’est nullement de remettre en cause les travaux de M. Perrin, ni l’article du 4 septembre 2009 ou la proclamation de 2003, mais de lancer des pistes de réflexion afin d’éviter de fausser l’Histoire – en y ajoutant de nouvelles vérités hasardeuses – pour servir la cause des Acadiens au lieu de servir l’Histoire, c’est-à-dire rester le plus proche possible de la réalité des événements et des intentions.

 

Deportation, not Expulsion

2009 par Colonel John Brooks Devoe

We did upon pretenses not worth a farthing, root out this innocent, deserving people, whom our utter inability to govern or reconcile gave us no right to extirpate.” – Edmund Burke (1729-97) British Statesman, Author… on the Deportation.

 

While some might initially perceive the subject of this paper as being purely a matter of semantics, I contend that every person of Acadian descent should eschew the use of the term Expulsion with reference to the tragic events of 1755-63. It is a word designated by the perpetrators of the horrendous act to describe their evil deed and since, unwittingly, adopted by many who profess to be sympathetic to the Acadian view.

I was reminded of this not long ago when discussing with a Scot the tragedy that befell the Highlanders during the Clearances, which were also instigated by the English Crown. He had used the word Expulsion in connection with the Acadians, and when I admonished him, giving my reasons, he agreed with my position adding,  “The victor writes the history and that is the word I learned in the history books of Nova Scotia.” And so it is. The term is preferred because it then likens the Deportation to acts committed by the French with respect to the Huguenots or the eviction of the so-called “Loyalists” by the American patriots (loyal only to their new nation) and fighting for independence from the Crown. Such a comparison is entirely without merit; a person expulsed may choose his destination.

Words have meanings. The Deportation was unique in its intent and cruelty: The homes of the Acadians were burned, much of their cattle slaughtered; families were physically removed (often separated) and driven onto vessels at bayonet point bound for destinations chosen by their captors. They were not expelled, they did not emigrate, they were deported. Not all lexicographers deal with the difference between the words Deportation and Expulsion with precision, often giving them similar meanings. The roots from which they etymologically evolved suggest they are quite unlike in meaning however. The Latin origins of deport are deportare, carry off, carry away: de, away, off + portare, carry and for expel we find expellare, drive out: ex-out + pelier, to drive. Again, the Acadians were not driven, they were taken.

While some sympathetic to the Acadian view of things slip into the use of the victor’s choice of words, those of the British view never fail to choose carefully. The English bias of Mahaffie in his recently published Land of Discord Always is evident in both his index and the text; the word is Expulsion, never Deportation. On the other hand, A. H. Clark (as neutral a writer as I have found) in his Acadia uses Deportation exclusively. There is a “code” here if you will, and a check of the indices of any of the histories of the time is revealing; try it. When writing, make your mark as an Acadian, use DEPORTATION, never Expulsion!

 

NDLR : L’article ci-dessus du colonel Devoe, de Stratham, New Hampshire, est paru en mai 2002 dans Le Réveil Acadien publié par la “Acadian Cultural Society”, à Fitchburg, Ma. Tandis que le colonel préconise l’utilisation du mot “Déportation” contrairement à “Dispersion” (Expulsion), d’autres utilisent sans ambages les mots “nettoyage ethnique” (John Mack Faragher, John Eldon Green), et “génocide” (Roger Paradis (1998), Warren Perrin, Southern University Law Review (1999), Fidèle Thériault, Me Christian Néron, Benoît Aubin, Émery LeBlanc, Pierre-Maurice Hébert, Stephen J. Martin et Gilbert Gendron, The Barnes Review (2002), Dean Jobb (2005), etc. En tout cas, quiconque lit “L’Article II de la Convention contre le génocide,” pourra comprendre que les Acadiens ont bel et bien subi une nettoyage ethnique et un génocide en face du «Berceau même de la Confédération» canadienne tel que l’écrivait dans The Guardian (Charlottetown, 1er novembre 2000) John Eldon Green, consultant en gestion au lieu historique national de Port-la-Joye-Fort Amherst.

 

Le 13 décembre 2008, Jour du Souvenir acadien annuel, commémoration de la déportation de 1758 des Acadiens et des Acadiennes de l’île Saint-Jean

2008 par Contribution anonyme

Beaucoup parmi les Acadiens préfèrent le 13 décembre en tant que «Jour du Souvenir acadien» annuel en commémoration de leurs déportations et en particulier à cause de la pire tragédie en pertes humaines de toutes les déportations acadiennes (1755-1762), celle du naufrage, le 13 décembre 1758, du navire Duke William près des côtes de l’Angleterre avec près de 400 Acadiens et Acadiennes à son bord.

En l’occurrence, le «Jour du Souvenir acadien» en 2008 marque alors le 250e anniversaire (1758-2008) dudit naufrage du Duke William. La Société Saint-Thomas-d’Aquin, porte-parole des Acadiens et Acadiennes de l’Île-du-Prince-Édouard, a voulu commémorer ce triste 250e anniversaire par le dévoilement de son Monument de l’Odyssée acadienne qui s’est produit dans le lieu panoramique du havre de Charlottetown car, après tout, ce fut bien à Port-la-Joye où eut lieu l’embarquement de la ronde de déportations de l’Isle Saint-Jean. Il serait de mise de se remémorer les noms des vaisseaux britanniques qui furent utilisés pour déporter nos aïeux en partance de la mer Rouge (aujourd’hui le détroit de Northumberland) : Briton, Duke William, Violet, Ruby, Mary, Scarborough, Supply, Tamerlane, John and Samuel, Mathias, Yarmouth, Restoration, Parnassus, Neptune, Richard and Mary, Three Sisters et Patience (voir aussi la couverture arrière de cette édition).

 

Jour du Souvenir acadien annuel (Port-la-Joye, le 13 décembre 2008)

 

Présentation du maître de cérémonie : Jean-Paul Arsenault

 Bonjour et bienvenue!

Je m’appelle Jean-Paul Arsenault et il me fait grand plaisir d’agir en tant que votre maître de cérémonie lors des cérémonies de clôture du 250e anniversaire de la Déportation des Acadiens et Acadiennes de l’île Saint-Jean et du dévoilement du monument de l’Odyssée acadienne…

Maisons et fermes brûlées, un peuple emprisonné, déporté, déchiré, et qui a dû se réfugier contre sa volonté; familles séparées, bateaux naufragés … Ce ne sont que quelques défis auxquels ont dû survivre
mes ancêtres, nos ancêtres … mes racines, nos racines.

La Déportation de 1758 constitue le chapitre le plus sombre de l’histoire de la communauté acadienne. Cette Déportation des Acadiens de l’île Saint-Jean constitue la plus grande tragédie humaine documentée dans l’histoire de l’Île.  Elle a entraîné dans la mort plus de 1 700 Acadiens et Acadiennes, cinquante pour cent étant des jeunes âgés de 15 ans et moins.  La plupart de ceux-ci sont décédés en  mer, soit par la maladie, soit par la noyade.  Ceux et celles qui ont pu échapper à l’expulsion ont été obligés d’abandonner leurs villages et de fuir sur la terre ferme.  En somme, une communauté comprenant cinq paroisses fut déracinée et exilée.  Seulement un petit nombre des survivants est revenu s’établir dans l’île.

Homes and farms burned, a people imprisoned, deported, torn and made refugees against their will; families separated, ships and lives lost at sea.  These were the challenges faced by my ancestors, by our ancestors; these are my roots, these are our roots.

The Deportation of 1758 is the greatest documented human tragedy in the Island’s history.  Over 1,700 deportees died at sea, fifty percent of these were children under the age of 15.  Most died from sickness or drowning while being transported overseas.  The population of the Island’s five parishes were uprooted and exiled.  Only a small number of survivors came back to settle on the Island.

En terminant l’année de ce 250e anniversaire, nous voulons d’abord nous rappeler du courage et de la persévérance de nos ancêtres qui ont vécu ces années éprouvantes. Celle-ci a été une année pour célébrer notre survivance comme peuple et pour célébrer la richesse et le dynamisme de notre culture.

Nous aimerions maintenant vous inviter à vous joindre à nous et à nous suivre pour faire le dévoilement officiel du monument de l’Odyssée acadienne.  Nous procéderons au dévoilement avec la prise de photos officielles.  Pour ceux qui désirent demeurer au chaud dans la tente, vous êtes les bienvenus.  Nous serons de retour dans quelques minutes afin de poursuivre avec les discours et la cérémonie de clôture.

 

 

DISCOURS, EXTRAITS DE DISCOURS OU NOTES D’ALLOCUTION PROVENANT DE L’INAUGURATION DU MONUMENT DE L’ODYSSÉE ACADIENNE

 

Discours prononcé par Mme Françoise Enguehard, présidente de la Société Nationale de l’Acadie

 

Madame la Ministre, Messieurs les députés,

Monsieur le Chef de Abegweit Premières Nations,

Mesdames et Messieurs,

Chers amis de l’Acadie,

Ladies and Gentlemen,

Port La Joie, tout comme Grand Pré, est un endroit magnifique où les champs descendent doucement vers la mer, à l’abri des grands vents du large, invitant le promeneur à s’arrêter pour apprécier le paysage et la douceur de vivre. Et, pourtant, ce superbe panorama a été témoin d’une grande détresse puisque c’est ici où l’on réunit il y a si longtemps les prisonniers, hommes, femmes, enfants, forcés à abandonner leurs terres et leurs biens à Étang des Berges, Rivière des Blonds ou Anse à Pinet au nom d’un royaume qu’ils ne connaissaient pas et d’une guerre à laquelle ils avaient tenté désespérément d’échapper.

Le 13 décembre a été choisi pour commémorer chaque année à travers toute l’Acadie, tous ceux qui ont perdu la vie durant la déportation, cet atroce arrachement qui a commencé dans la région de Beaubassin, passant ensuite par Grand Pré pour arriver quatre ans plus tard ici même. La date – vous le savez – est celle du naufrage du Duke William au large des côtes de l’Angleterre. La veille, le navire Violet avait connu le même sort. Des centaines d’Acadiens et d’Acadiennes de l’Île Saint-Jean terminaient ainsi, il y a 250 ans, leur long calvaire.

Les monuments de l’Odyssée acadienne font oeuvre de mémoire. Partout où ils se dressent ils rappellent les milliers de déracinés, de déportés, d’exilés de notre Grand Dérangement. Au détour d’un chemin  à Sainte-Anne du Bocage, entre la grève et l’église  à Miquelon, au coin d’une rue animée de Halifax ou sur les bords de la rivière Petticodiac à Dieppe, ils proclament aussi la fierté de notre peuple, forgé dans la tragédie et dans une victoire éclatante sur l’adversité.

Car aujourd’hui, descendants de ceux qu’on avait voulu anéantir, nous sommes ici debout. Mieux encore, nous sommes ici avec les descendants de ceux qui, à l’époque, avaient voulus nous écarter, superbe exemple qu’il est possible ensemble de tourner une  page déplorable de notre histoire et d’entamer un autre chapitre plus souriant celui-là.

December 13 – date of the fateful sinking of the Duke William off the coast of England – has been chosen as a day where all Acadians wherever they are, commemorate those who lost their lives in what we call the Great Upheaval.

The Acadians never forget. How could they? They were born of the deportation and of an overwhelming will to survive. Monuments such as this one are springing up in various places that saw the arrival of the Acadian deportees 250 years ago. You’ll find one in Halifax, near the harbour front, on the French islands of Saint-Pierre et Miquelon, in New-Brunswick and soon in Newfoundland and Labrador, in England and the United States.

Their objective is to remember but it is also to affirm! To affirm that Acadia is indeed alive and well in the heart of all of us. Ours is a nationhood of genealogy rather than passport, of shared historic grief rather than frontiers. We may be stateless but we know who we are, where we are going and why. That we stand here with all of you to inaugurate this monument today is also proof that we have all turned a painful page of our common history and have started to write a more pleasant one. Together.

La communauté acadienne et francophone de l’Île-du-Prince-Édouard a honoré tout au long de cette année la mémoire de ses ancêtres. Que vous soyez ici, actifs, pleinement engagés dans la vie de l’île, forts de vos institutions et de votre jeunesse, honore ceux qui se sont embarqués ici pensant qu’ils n’y reviendraient jamais. Fort heureusement, ils s’étaient trompés puisque vous êtes là. Le 13 décembre 1758 le site de Port Lajoie était désert… À partir d’aujourd’hui, 13 décembre 2008, grâce à ce monument, l’Acadie y a élu domicile. Just think: on December 13, 1758 Port Lajoie was deserted. Everyone had left. Today, with this monument, Acadie has chosen to live here.

Merci. Thank you.

 

Notes d’allocution de M. Brendan McDonald, directeur général de l’Est du Canada pour Parcs Canada

Je désire vous offrir, à tous et à toutes, mes meilleurs voeux à l’occasion de la commémoration de ce moment déterminant, non seulement de l’histoire de l’Île-du-Prince-Édouard, mais aussi de celle du Canada, et des quatre cultures qui y ont pris part.

The Government of Canada recognizes the importance of the story of the Acadians as part of Canada’s history, and as such, Parks Canada was pleased to sign a memorandum of understanding with la Société Saint-Thomas-d’Aquin this past summer. The agreement allowed the société to erect a monument marking the Deportation of Acadians on this day, the 250th anniversary of the 1758 event, here at the historically important location of Port-La-Joye-Fort Amherst National Historic Site. The Acadian Odyssey Monument has been placed at the end of “the old harbour path” to commemorate the over 3,000 Acadians who were deported from Prince Edward Island as well as those who remained to create the vibrant Acadian culture that exists here today.

Parks Canada strives to facilitate meaningful visitor experiences that connect Canadians and other visitors to the natural and cultural heritage of the region. Working together with la Société Saint-Thomas-d’Aquin to commemorate the Deportation of Acadians from this site is one of the key actions taken to achieve this goal. In addition, Parks Canada is currently working very closely with partners – la Société Saint-Thomas-d’Aquin, the Mi’kmaq Confederacy of Prince Edward Island and the British Commonwealth Society to finalize a plan for the future development of this beautiful and culturally significant site.

Along with the memorandum of understanding that was signed earlier this year, Parks Canada also expanded «the old harbour path» and erected new interpretive panels which explore how four cultures, Mi’kmaq, French, Acadian and British, each played an important role in the history at this site and the area.

Ces panneaux constituent un exemple concret de l’engagement continu de notre gouvernement à fournir aux visiteurs canadiens et étrangers la chance de vivre des expériences mémorables et d’approfondir leur connaissance de l’histoire du Canada.

Parcs Canada est fier de s’associer à des organismes qui désirent commémorer notre histoire commune. Je tiens à souligner la contribution de la Société Saint-Thomas-d’Aquin et de la province de l’Île-du-Prince-Édouard à l’événement d’aujourd’hui. La Société a organisé de nombreuses activités afin de commémorer ce moment très émouvant de l’histoire du Canada.

Ongoing commemorative events on this, the “Acadian Remembrance Day” complemented by this beautiful monument and interpretive trail will ensure that the Deportation of the Acadians 250 years ago is remembered today and well into the future.

Thank you. Merci et bonne journée.

 

Notes d’allocution de l’hon. Carolyn Bertram, ministre responsable des Affaires acadiennes et francophones

Au nom du premier ministre Ghiz et de l’ensemble du gouvernement provincial, c’est avec grand plaisir que je me joins à vous aujourd’hui pour le dévoilement du monument de l’Odyssée acadienne ici à l’Île-du-Prince-Édouard.

Aujourd’hui et au courant de l’année, nous avons souligné le deux cent cinquantième anniversaire de la Déportation des Acadiens et Acadiennes de l’Île.

Mais nous avons également célébré le courage et la persévérance du peuple acadien tout comme nous célébrons la vitalité de la communauté acadienne et francophone.

Nous nous retrouvons donc une fois de plus ici à Port-la-Joye, où se trouvent les vestiges du premier établissement européen à l’Île, pour clore les célébrations entourant ce deux cent cinquantième anniversaire.

While the various deportations that began in 1755 are inextricably linked, they are not one and the same. It is my hope that having the Acadian Odyssey Monument here will promote better knowledge and understanding not only of the Deportation of Island Acadians, but also of our Island’s Acadian roots.

D’ailleurs, je crois que nous allons entendre parler du redéveloppement du site un peu plus tard cet après-midi. Dans cette perspective, je souhaite vivement que jeunes et moins jeunes mettront Port-la-Joye-Fort Amherst sur leur liste de choses à voir et découvrir à l’Île-du-Prince-Édouard.

Nous avons une riche histoire qu’il est important de faire connaître, autant auprès des Insulaires qu’auprès de ceux qui nous rendent visitent par milliers à chaque année. Merci.

 

Sur le plan de redéveloppement du lieu historique national  de Port-la-Joye – Fort Amherst

 

Notes d’allocution de M. Edmond Richard, président de la Société Saint-Thomas-d’Aquin

Les recommandations, telles qu’établies par le Comité de réaménagement de Port-la-Joye – Fort-Amherst au cours du processus de planification,  concernent les priorités du réaménagement du lieu historique national. Ces recommandations s’inspirent de la collaboration soutenue entre les membres du Comité, les intervenants et les consultants et elles traduisent la vision et la mission du Comité de réaménagement.  Les 14 recommandations sont présentées en catégories correspondant aux principaux domaines du réaménagement,

1 •       soit l’accès et la visibilité,

2 •       le terrain et les structures,

3 •       les installations d’accueil et expériences du visiteur

4 •       de même que le processus, les relations et les partenariats.

I invite you to peruse the recommendations presented in summary form on the panels along the wall.

Le Comité reconnaît que le réaménagement à Port-la-Joye – Fort-Amherst ne se fera pas instantanément. Il faut, avant d’apporter toute amélioration au site, une vision claire du réaménagement et de toutes les étapes à venir pour concrétiser les améliorations. Il faut en outre sensibiliser les gens à la vision afin de créer une impulsion et de constituer une base solide de soutien.

Le Comité de réaménagement du Port-la-Joye – Fort-Amherst est conscient d’avoir une importante occasion de donner une orientation future au site et présente ce rapport, convaincu qu’il est temps de redonner vie au lieu historique national du Canada du Port-la-Joye – Fort-Amherst et de restaurer l’intérêt du public à son égard.

Merci/ Thank you / We’lali’oq

 

Notes d’allocution de Mme Judy Clark au nom de la Mi’kmaq Confederacy of Prince Edward Island

The Port la Joye Fort Amherst Redevelopment Committee would like to thank the SSTA for the opportunity to be part of this special day.   —-

Port la Joye – Fort Amherst is a profoundly important place.  It has been the scene of struggle, conflict and cooperation, of great accomplishments and terrible tragedies. The decisions and actions effected here laid the foundations for much of what Prince Edward Island is today. The stories that Port-la-Joye-Fort Amherst has to tell are meaningful and compelling.

Visitors to this National Historic Site are often struck first by its beauty.  Those who are also fortunate to discover and appreciate the richness and scope of what has taken place here are often moved by the experience.  Port -la-Joye – Fort Amherst (PLJFA) is a place to which many people develop a strong attachment.

Much of the Site’s tremendous potential, however, has remained untapped.  That remarkable potential has been recognized and expressed by many individuals and groups over the last decade. Collectively, they voiced a desire to see the site reinvigorated through the development of engaging new visitor experiences and attractive facilities that would increase visitation, revitalize the site’s profile, and create greater relevance to the public (both Islanders and visitors).

The catalyst for redevelopment at Port-la-Joye – Fort Amherst occurred in 2005, when an unfortunate mechanical malfunction caused extensive water damage in the site’s Visitor Reception Centre. Rather than invest financially in repairing a building that had not yet been studied for future site growth, Parks Canada elected to begin a project to cooperatively plan a comprehensive redevelopment that would encompass the entire Port-la-Joye – Fort Amherst site.

 

Notes d’allocution de M. Kinsey Smith au nom de la RoyalCommonwealth Society of Prince Edward Island

The need for greater consultation with, and involvement of, stakeholder and community groups was immediately recognized as essential to the redevelopment planning process for Port-la-Joye – Fort Amherst. Discussions with representatives of key stakeholder groups were thus initiated to begin the first step in the planning process – establishing a vision for redevelopment at the site. Representation from three organizations – The Mi’kmaq Confederacy of PEI (MCPEI), La Société Saint Thomas d’Aquin (SSTA), and The Royal Commonwealth Society Prince Edward Island – reflect the interests of Mi’kmaq, Acadian and Francophone, and British cultural groups respectively at this Site and in this collaborative process.
Our groups possess a deep interest and affinity for Port-la-Joye – Fort Amherst, as a result of deep-rooted cultural and in several cases, family connections to the Site.  The group has come together in a spirit of respect and appreciation for all of the histories present.

A Memorandum of Understanding signed by these parties and the Parks Canada Agency in May of 2007 formalized this partnership and expressed the mission, goals, and objectives of the Port-la-Joye – Fort Amherst Redevelopment Committee.

The basis of the Redevelopment Committee’s work has been:

•          To create a vision for the revitalization of Port-la-Joye – Fort Amherst,
for recommendation to Parks Canada; and

•          make recommendations and oversee (if/where necessary) the
creation of an agreement or entity which may subsequently assist
Parks Canada in the realization of this vision.

Recognizing that there are other interested stakeholders who can also make valuable contributions to the process, the Committee held workshops on July 10, 2007 and June 16, 2008 to discuss the creation of a redevelopment vision for the site and gather additional stakeholder input.  The Port-la-Joye – Fort Amherst Redevelopment Committee wishes to recognize the input of the broad range of stakeholders, from a wide variety of fields, who have made significant contributions to this Vision for Redevelopment.

The report of this committee encompasses four overarching goals:

•          Create an historical and cultural experience unique in Atlantic Canada

•            Increase awareness and appreciation of Port-la-Joye – Fort Amherst
and its history

•          Increase visitation

•          Continue to provide opportunities for community involvement in the
future direction and redevelopment of the site.

COMMÉMORATION À PRINCE-OUEST DE LA DÉPORTATION DES ACADIENS DE 1758

2008 par Contribution anonyme

Trois projets de l’Association du Complexe patrimonial de Prince-Ouest inc.

TIGNISH :  Commémoration sur l’eau et dévoilement d’un monument (le 30 octobre 2008)

Défilé en canots sur la rivière de Tignish avec des  jeunes en costumes
acadiens à l’ancienne. Dévoilement d’une plaque sur un monument en
pierre de 16 tonnes par deux jeunes de 13 ans (Kathlyn Richard et
Travis Gaudet) de l’école Pierre-Chiasson.

ELMSDALEPrésentation dramatique intitulée DÉPORTATION 1758 ! (les 26 oct. et 2 nov. 2008)

Deux présentations publiques française et anglaise à l’école
secondaire Westisle Composite (Elmsdale), écrites, traduites et
dirigées par Mme Eileen Chiasson Pendergast, de St-Louis, avec
presque 70 acteurs et figurants. Une présentation sur demande a aussi
eu lieu le 4 novembre 2008 en présence des élèves des écoles Pierre-
Chiasson et Évangéline ainsi que des élèves de plusieurs écoles
d’immersion.

 

 

Grande commémoration à Tignish

Les dirigeants de l’Association du Complexe patrimonial de Prince-Ouest ont tenu le jeudi 30 octobre une grande cérémonie de commémoration de la Déportation de 1758.

La cérémonie s’est déroulée en plusieurs volets et a pris fin par le dévoilement d’une plaque commémorative apposée sur un rocher pesant 16 tonnes. Le rocher repose sur la terre ancestrale des Chiasson, le site où l’Association a l’intention de construire éventuellement son complexe patrimonial.

Travis Gaudet et Kathlyn Richard, deux élèves à l’école Pierre-Chiasson, ont été choisis pour dévoiler la plaque, en raison de leur âge. À 13 ans, ils ont tous deux l’âge qu’avait le jeune Pierre Chiasson lorsqu’avec sa famille, il a accosté sur les côtes de Tignish en 1799. C’est lui qui aurait abattu le premier arbre devant servir à chauffer et à abriter les huit familles fondatrices qui faisaient partie du convoi ancestral. Et c’est en son honneur que l’école française à DeBlois a été nommée l’école Pierre-Chiasson.

Durant toute la durée de la cérémonie, ces jeunes et tous les autres qui ont participé ont été mis à rude épreuve. Quelque 15 adolescents provenant de deux écoles, Pierre-Chiasson et M.E. Callaghan, ont goûté au froid et au vent de la saison lorsqu’en canots, ils ont dû pagayer contre le vent et le courant pour venir accoster le long de la rive.

«C’était une bonne expérience, mais c’était difficile car on allait contre le courant», confirme Dominic Harper de l’école M.E. Callaghan. «On apprend un peu de l’histoire acadienne à l’école et cela nous a donné une idée de comment les ancêtres sont arrivés ici», a dit le jeune homme.

Comme les huit canots ayant pris part au cortège inaugural de la cérémonie, le canot de Dominic Harper portait symboliquement le nom de bateaux britanniques ayant transporté des Acadiens lors de la Déportation de 1758, le Mary et le Violet.

Ryan Gaudet de l’école Pierre-Chiasson était lui aussi dans un canot. «Il faisait très froid et il ventait. Et on a dû attendre deux canots qui se sont pris dans le sable.»

Deux jours avant la cérémonie, les élèves choisis pour conduire des canots avaient effectué une répétition, afin de se familiariser avec ce mode de transport. Angela Williams, enseignante, les accompagnait. Pour elle, l’expérience a été très enrichissante. «J’ai réalisé que pour conduire des canots, il faut travailler en équipe, sinon, le bateau n’avance pas. Peut-être qu’ils ne s’en sont pas rendu compte, mais moi je pense que c’est une leçon qu’ils vont conserver toute leur vie. Et je crois que j’aimerais éventuellement effectuer une sortie en canots avec tous mes élèves, pour qu’ils fassent l’expérience.»

Angela Williams est aussi mère de famille et ses enfants ont pris part d’une manière ou d’une autre à la cérémonie. Emma était celle qui, pendant plus d’une heure, a tenu le mât de métal du drapeau acadien à mains nues. «Elle a eu froid, et elle n’est pas la seule.

Mais en général, les mères de famille ont encouragé leurs enfants à participer sans tenter de les surprotéger. L’une des mères a dit à sa fille que c’était une bonne façon d’apprécier ce que les ancêtres ont fait avant nous», raconte Angela Williams, qui est la fille de deux
parents aux identités très fortes, Eileen Chiasson Pendergast et feu Reg Pendergast.

Durant la cérémonie officielle, le maître de cérémonie et président de l’Association du Complexe patrimonial de Prince-Ouest, David Le Gallant, a invité tour à tour divers invités à pren- dre la parole. Il y a eu Elmer Arsenault, maire de Tignish, Donald Arsenault de Patrimoine canadien et Ricky Hitchcock du gouvernement provincial.
Trois élèves de l’école Westisle arrivées trop tard pour prendre le départ avec les autres en canots, ont au moins pu participer à une partie de la commémoration. (Jacinthe Laforest)
Gracieuseté : La Voix acadienne, article puisé dans son édition du 5 novembre 2008.

Partenaires
• Patrimoine canadien
• Communautés, Affaires culturelles et Travail (Î.-P.-É.)
• Communauté de Tignish
• Commission scolaire de langue française de l’Î.-P.-É.
• Western School Board of P.E.I.
• Comité régional Rév.-S.-É.-Perrey (SSTA)
• Société canadienne de la Croix-Rouge
• Jack Sark (bienfaiteur de la pierre)

Kathlyn Richard et Travis Gaudet (à droite) conduisent l’un des huit canots qui ont abordé sur les rives de la rivière de Tignish, dans une cérémonie symbolique visant à rappeler la Déportation de l’île Saint-Jean.  Dans le canot du centre, on voit Sarah Arsenault et Alan Graham et dans celui de gauche, on reconnaît Jenna McRae et Dominic Harper, ces deux derniers de l’école M.E. Callaghan, et les quatre premiers de l’école Pierre-Chiasson.

Du lieu de débarquement des canots, les jeunes navigateurs ont transporté leurs canots en procession, suivant le pavillon de leur peuple, tandis que les musiciens chantaient et jouaient Un Acadien errant.

Après l’arrivée en canots, les jeunes navigateurs ont transporté leurs embarcations jusqu’au lieu de la cérémonie.

La pierre de 16 tonnes sur laquelle on a apposé la plaque bilingue commémorant les événements de 1758 est un don de Jack Sark.  La pierre a été extraite du sol à Mount Misery Quarry, tout près de Lennox Island, et Harley Perry a généreusement contribué le transport jusqu’à Tignish pour le monument.  À côté de la plaque qu’elle vient juste de dévoiler avec son collègue Travis Gaudet, Kathlyn Richard monte la garde.  Le directeur de l’école Pierre Chiasson, Ghislain Bernard, fait la lecture au micro de la version française de la plaque.  David Le Gallant (béret rouge) se recueille en attendant de lire la version anglaise de la plaque.  On voit aussi le maire de Tignish, Elmer Arsenault.

Une exposition qui racontait la Déportation de 1758

2008 par Jacinthe Laforest

au Musée acadien de l’Île-du-Prince-Édouard, à Miscouche, du 2 juin 2008 au 4 janvier 2009.

 

Ce fut le lundi 2 juin 2008, que l’hon. Robert Ghiz, premier ministre de l’Île-du- Prince-Édouard, a procédé à l’inauguration d’une exposition majeure au Musée acadien de l’Î.-P.-É. intitulée “La Déportation des Acadiens de l’île Saint-Jean : une remarquable histoire de courage et de détermination”. Présentée dans le cadre du 250e anniversaire de la déportation de 1758, l’exposition a mis en évidence la dimension humaine de ce tragique événement lequel a déraciné environ 4 700 Acadiens et Acadiennes de l’île Saint-Jean (Île-du-Prince-Édouard depuis 1799). Ce tragique événement a aussi entraîné dans la mort plus de 2 000 personnes, dont la moitié était des enfants de moins de 16 ans.

 

Jacinthe Laforest

Depuis le 2 juin, le Musée acadien de l’Î.-P.-É. est habité par l’esprit des Acadiens et Acadiennes déportés en 1758. L’exposition inaugurée par le premier ministre Robert Ghiz devant une foule nombreuse s’intitule « La Déportation des Acadiens de l’île Saint-Jean : une remarquable histoire de courage et de détermination ».
De fait, le courage et la détermination sont au coeur de cette exposition, conçue pour faire cheminer le public dans un sentier habité d’émotions, de faits historiques, de joies, de peines, de malheur et d’espoir.

Le sentiment de rencontrer l’âme de ces personnes ayant véritablement existé est omniprésent, au fur et à mesure qu’on circule et qu’on prend le temps de lire les textes. Parmi ces exilés, il y a Madeleine Doiron, déportée en France. Après plusieurs années, elle est revenue s’établir à l’Île avec sa grande famille. De sa maison à Rustico, elle contemple son incroyable vie. «Je remercie le Bon Dieu de m’avoir conservé la vie

malgré toutes les grandes misères que nous avons connues. J’ai mis au monde 15 enfants : deux à la Grande-Anse, un sur l’océan, trois à Saint-Énogat, cinq à Belle-Île-en-Mer et quatre à Trois- Rivières», dit-elle.

L’histoire de cette dame a beaucoup impressionné le premier ministre Robert Ghiz, qui a admis en entrevue, avoir été frappé par le courage de cette femme. «J’aime comment on a fait une démonstration facile à comprendre. C’est bon pour nos jeunes car ils pourront établir une relation avec ces gens, autant avec la petite fille qu’avec la vieille dame de 81 ans qui a eu 15 enfants.»

Le premier ministre s’est dit très heureux d’avoir participé à ce vernissage qui est pour lui une continuité de son engagement envers l’Acadie de l’Île. «Plus tôt en mai, j’ai eu le privilège de présenter une motion sur le 250e. Pour moi, c’était plus qu’un geste symbolique. C’était important que tous les députés prennent connaissance de cette partie de notre histoire. La Déportation, c’est quelque chose que nous ne voulions pas, mais c’est arrivé. J’espère que tous les Insulaires en apprendront plus en visitant cette exposition, et en rencontrant des gens qui ont été de véritables témoins et victimes de la Déportation», a indiqué le premier ministre dans son allocution d’ouverture.

Que tout le monde visite cette exposition, c’est évidemment le souhait des dirigeants du Musée. Oui, ils ont investi de l’argent, mais ils ont surtout investi leur confiance dans ce projet ambitieux, ainsi que de bonnes doses de courage et de détermination.

«Nous avons déjà des réservations pour plusieurs classes d’école et nous espérons qu’il y aura beaucoup de monde», assure Cécile Gallant qui poussait un immense soupir de soulagement lorsque le vernissage a pris fin et que les invités s’en allaient. «Ma priorité jus- qu’à ce soir, a été de m’assurer que tout serait prêt, que nous aurions une exposition digne de nos ancêtres. Maintenant, je peux me consacrer à autre chose. Je respire un peu mieux», a-t-elle avoué.

 
Comment ont-il fait?
À voir l’exposition, d’une qualité égale à celles qu’on trouverait dans de grands musées, on ne peut retenir son étonnement. Comment ont-ils fait?

Le grand maître d’oeuvre, directeur historique et concepteur de l’exposition, Georges Arsenault, explique que curieusement, le concept s’est comme imposé de lui-même. «Faire une exposition sur la Déportation, oui, mai avec quoi? Il reste très peu d’artefacts. L’idée de donner vie à des personnages a donc pris naissance. Certains de ces personnages habitaient avec moi depuis longtemps grâce aux recherches que j’avais accumulées, pour d’autres, il a fallu chercher un peu plus. Nous avons opté pour présenter des âges variés, des hommes des femmes.»

Même s’il a écrit les textes, même s’il connaît l’histoire sur le bout de ses doigts, même si la Déportation n’a rien de nouveau pour lui, Georges Arsenault reste sensible à cette page d’histoire et aux émotions vécues par les ancêtres. « C’est peut-être parce que mon ancêtre (Charles-Olivier Barriault) a vécu la Déportation, mais j’ai peine à retenir mes larmes quand je relis ces textes. Tout à l’heure au micro (il était maître de cérémonie) je n’ai pas voulu lire des extraits car je n’aurais pas pu continuer », a-t-il avoué candidement, lorsque la foule a commencé à se disperser.

Il était ravi de voir la variété des personnes présentes, des Acadiens mais aussi, bien des gens de la communauté artistique et historique.

Le président de l’association Musée et patrimoine Î.-P.-É. était présent. Monsieur Satadal Dasgupta, a dit toute son admiration pour ce qu’il avait vu. «Sans aucune exagération, avec beaucoup d’élégance et de sobriété, vous réussissez à faire vivre aux visiteurs les émotions que les déportés doivent avoir ressenties.»

Du travail d’artistes
Pour donner vie au concept imaginé par Georges Arsenault, le Musée acadien a eu l’intelligence de faire appel à une artiste locale de grand talent, Lucie B. Bellemare d’Abram-Village. De ses propres mains, puisant dans ses connaissances d’artiste et son intuition, elle a pour ainsi dire donné naissance à neuf personnes au cours des quelque trois derniers mois.

«Travailler à ce projet a été un honneur et un défi. Je remercie le Musée d’avoir fait confiance à des artistes locaux. Au cours des derniers mois, j’ai fait des rencontres qui m’ont marquée, j’ai établi des liens avec des personnes du passé. Elles m’ont appris beaucoup de choses. Pour leur donner une substance au présent, j’ai fait appel à des personnes bien vivantes, qui m’ont prêté leurs bras, leurs pieds et leurs visages», a expliqué l’artiste.

Au départ, il y avait l’idée des personnages. Il y avait aussi des habits d’époque prêtés par le lieu historique national du Canada de la Forteresse-de-Louisbourg. Les personnages devaient être conçus pour porter les vêtements. C’était une première contrainte. Le temps disponible était aussi une contrainte incontournable.

« Mes premiers personnages, j’ai créé leur visage de toute pièce, mais j’ai trouvé que cela prenait trop de temps. J’ai alors invité des personnes chez moi, des amis… mes enfants ont aussi prêté leurs mains et leurs pieds et leurs visages pour me permettre de les mouler dans du plâtre. Pour l’armature de métal, j’ai fait appel à un autre artiste, Carl Phillis, qui est surtout un potier mais qui a des connaissances en soudure. Il a conçu des squelettes de métal spécialement pour mes personnages, certains assis, d’autres debout. J’ai alors pu mettre de la chair sur les os.»

Cette explication ne suffit certes pas à visualiser le travail accompli. Il faut aller voir cette exposition. En plus des personnages, Lucie Bellemare a aussi conçu pour chaque scène une toile de fond, représentant un décor relié directement au texte et au personnage. Certains sont sur la mer, d’autres en Guyane française, d’autres dans un port. «J’ai fait beaucoup de recherche pour trouver assez d’information. Moi, je travaille surtout à partir de mes émotions mais pour ce projet, j’ai vraiment dû rester fidèle à l’histoire.»

À cette équipe d’historiens et d’artistes, on a conjugué le travail de précision du graphiste Alexandre Roy de Kensington, qui a créé pour les textes de l’exposition, des supports visuels imitant le parchemin, qui a créé des panneaux d’interprétation, qui a assemblé les différents éléments des cartes géographiques afin que le public puisse tout consulter à sa guise, et tout saisir de façon claire et précise.

L’exposition est en montre au Musée acadien de l’Île-du-Prince-Édouard, à Miscouche, jusqu’au mois de décembre. Les heures d’ouverture sont du lundi au vendredi, de 9 h 30 à 17 h, et les dimanches, de 13 h à 16 h. Pendant les mois de juillet et août, le Musée acadien est ouvert tous les jours de 9 h 30 à 19 h.

Gracieuseté : La Voix acadienne (texte et photos puisés dans son édition du 11 juin 2008). Musée acadien de l’Île-du-Prince-Édouard.

Pour concevoir les personnages, Lucie  Bellemare a utilisé des personnes bien vivantes.  Julien Arsenault de Wellington a servi de modèle pour François Blanchard, 81 ans, revenu à Rustico où sa femme avait été enterrée 20 ans plus tôt.


Un aperçu de la disposition de l’exposition.  À gauche se trouve Madeleine Doiron, dame qui a eu 15 enfants.  En arrière-plan on trouve Marie-Josephe Morel (née Chênet), morte de la fièvre en Guyane française.  Au premier plan on retrouve Jean-Baptiste Robichaud.

 


À l’entrée, on trouve ce bateau construit par Lionel DesRoches de Miscouche.  Les voiles servent de support aux informations sur l’exposition.


Marie-Anne Oudy, 8 ans, à bord du Violet, l’un des bateaux qui a sombré en causant la mort de centaines de personnes, le 12 décembre 1758 dans la Manche.  Dans ce naufrage tous les Oudy acadiens ont disparu.


L’historien Georges Arsenault et l’artiste Lucie Bellemare en compagnie de Joe league-and-a-half, l’un des personnages de l’exposition, et du premier ministre Robert Ghiz. Le jeune Jean-Baptiste Robichaud, qui deviendra plus tard fondateur de Shippagan est également présent.

 

En souvenir d’un grand homme et d’une grande cause!

2007 par Contribution anonyme

In Memoriam

 

Kenneth Emery 1935-2007

Cet Écossais de Wood Islands, Î.-P.-É., qui était Ken Emery, a marqué beaucoup d’entregent et de compassion vis-à-vis du sort et de l’essor du peuple acadien, particulièrement pour ce qui concerne la saga acadienne de sa région natale. Il a été, en tant que président de la Belfast Historical Society, le fer de lance de tout un mouvement chez les Écossais de la région de Belfast pour que justice et reconnaissance adviennent aux Acadiens. Plus récemment, il a travaillé d’arrache-pied pour la sauvegarde dans son milieu du patrimoine tant acadien qu’écossais.

Principalement, sa contribution fut pour la préservation du cimetière  acadien datant d’avant la Déportation qui, après 1803, accueillit également les dépouilles des colons écossais. Ce cimetière est situé à Eldon. La Belfast Historical Society a fait une étude d’évaluation et d’identité scientifique de ce cimetière acadien-écossais ainsi qu’une interprétation  de l’histoire acadienne  de la région de la Pointe-Prime. Grâce à l’impulsion de feu Ken Emery, cette société historique continue à faire des efforts pour que le site soit reconnu comme lieu historique national. Voilà quelques raisons, entre autres, pour lesquelles Ken Emery, en tant que président de ladite société, a reçu le 28 juin 2006, le prestigieux prix La-Petite-Nyctale de l’Association du Musée acadien de l’Î.-P.-É.

Le monument acadien-écossais à Eldon qui commémore l’épuration ethnique du peuple acadien et du peuple écossais, relève bien du domaine qui appartient au mystère. La pierre prend la forme de la proue d’un bateau pour nous rappeler que les Acadiens de l’isle Saint-Jean avaient été déportés sur des bateaux (Duke William, Violet, Mary, Ruby, etc.) en partance de la Mer Rouge (plus tard le détroit de Northumberland). L’origine de la pierre provient d’une carrière près de l’île Lennox, Î.-P.-É.,  dénommée « Mount Misery », évocateur de la misère et de l’adversité qu’ont subies les Acadiens et les Écossais. Le poids de la pierre fait six tonnes. Un mécène dans la personne de Vernon Gaudette de St-Félix  a fait en sorte que cette pierre puisse être transportée et installée à ses frais. Tout dans le dossier du monument acadien-écossais relève du miracle. Dans son témoignage par après, Ken Emery parlera de « l’occurrence magique » qui eut lieu à partir du moment que la décision fut prise pour avoir une pierre provenant de l’Île. C’est Ken Emery qui reçut et organisa l’installation du monument en pierre.  En guise de remerciements pour son dévouement à cette grande cause, le président de l’Association du Musée acadien  de l’Î.-P.-É. lui souffla mot qu’il faudrait peut-être aussi reconnaître la misère du peuple écossais face au même bourreau. C’est alors qu’aujourd’hui il y a un monument à l’Île-du-Prince-Édouard, et peut-être le seul en Amérique du Nord, en mémoire du martyre de William Wallace (« Cœur Vaillant »). Ce projet biculturel entre Acadiens et Écossais érigeant un monument commun est une inspiration pour d’autres peuples.  Du côté des Écossais, Ken Emery en a été le fer de lance.  David Le Gallant, ancien président de l’Association du Musée acadien de l’Î.-P.-É., et Francis C. Blanchard, membre du Comité historique Soeur-Antoinette-DesRoches, étaient porteurs honoraires aux obsèques de ce grand ami des Acadiens que fut Ken Emery, de Wood Islands.

Il y eut également un homme mystérieux qui fit son apparition sur le site du monument acadien-écossais. Ce qui suit est un témoignage en anglais de Ken Emery transcrit par sa fille Jayne à propos d’une occurrence particulière le jour avant le dévoilement officiel du 26 juin 2005. Nous vous invitons à le lire et peut-être y verrez-vous comme nous, la main de la Providence.


 

Recollection of a very peculiar occurrence

2007 par Ken Emery

 

Salut et bonjour! Je m’appelle Jayne Emery. Je suis la fille de Ken Emery, le président de la Belfast Historical Society.

This is a true story that took place on June 25th, 2005 at the Lord Selkirk Provincial Park in Eldon, Prince Edward Island, site of an ancient Acadian bural ground followed later by Scottish interments and now the site of the Acadian-Scot Memorial Cairn.

 

It was around 10:00 in the morning, on a sunny at the cäirn, finishing up the molding around the plaque bright day of June, that occurred the peculiar event   when he saw the shadow. He looked up to see a very polite, that is about to unfold. The event took place at well-mannered gentleman with a thick Scots burl. Ken Lord Selkirk Park on the day that preceded the dedication of the memorial cäirn with its two plaques remembering the trials and injustices suffered by the Acadian and Scottish people, in particular the Acadian Deportation of 1755-1762 and the martyrdom in 1305 of William Wallace, the chief champion of Scotland’s independence.

The occasion for the dedication was therefore the observance of two anniversaries, the first being the 250th anniversary (1755-2005) of the beginning of the Acadian Deportation which took place in Acadie (peninsular Nova Scotia) and continued in 1758 on Isle Saint-Jean (now P.E.I.), especially as regards the Pointe-Prime area, and the second being the 700th anniversary (1305-2005) of the martyrdom of William Wallace.

The text of the much bigger plaque was composed by three members of the Sister Antoinette DesRoches Historical Committee (Francis Blanchard, David Le Gallant, Georges Arsenault) while the text of the bottom smaller plaque was composed by David Le Gallant on behalf of the Association du Musée acadien de l’Î.-P.-É. and Ken Emery on behalf of our Belfast Historical Society.

The date of the said peculiar occurrence was June 25th, 2005, the morning before the official dedication of the cäirn which was to take place at 2 o’clock the next day.

Ken Emery, the president of the Belfast Historical Society at the time, was on the site checking for last minute details before the dedication, when he happened across an extremely tall, strong elderly Scotsman who stood about 6 feet, 6 inches at least.
This very rugged-looking, upright gentleman had long, long arms and large strong bony knuckles and was wearing a tweed cap and a tweed jacket. In his hand he carried a large gnarled wooden walking stick. Ken was working introduced himself, and the Scots gentleman told him his name was Mr. Brown and that he was from Ottawa.

The mysterious gentleman stood by the cäirn looking at the inscription, reading it very slowly. Down at the bottom of the plaque was a short description of William Wallace.

In a few moments he finished reading the inscription and he said the French were very fine people, and then he went on to talk about William Wallace, and Ken felt from the way he talked that Ken himself should have known William Wallace.
The gentleman asked Ken if he had ever seen Wallace’s sword. Ken said he hadn’t, but would like to see it, but he had never been to Scotland, though would like to go if he ever got the chance.

The strange gentleman then went on, with very descriptive and detailed directions as to where to go in Scotland, and that Wallace’s sword was on display at an abbey in Scotland, describing the sword almost as if it were his own. The handle was about a foot long and there was a chunk missing from the tip of the blade, but there was still at least five- and-a-half feet of blade remaining well above the handle.

After a few more moments he mentioned to Ken that he understood there was a Free Church of Scotland in the area and he would like to see it, so Ken took him up to the location.

As they were walking, he referred back to the French. He said ‘‘I like to spend my summers where the gold is’’. And Ken asked him where that might be, and he said it was in Val d’Or in Québec, and that he often stayed there in the summer months – very much appreciated the hospitality and the friendship he found among the very fine people of the region.

Ken told him about the dedication ceremonies to be held the next day, that he was welcome to attend, but the gentleman said he had only a very short time to be here and that he had to be on his way, but he enjoyed very much meeting Ken and seeing the dedication cäirn for the French people and the fitting remembrance of William Wallace, and that this had been the most interesting thing of all to him, in his journeys through eastern Canada.

He shook Ken’s hand (and Ken has a very large hand) and the stranger’s hand was so large, it completely covered Ken’s entire hand. Then the mysterious visitor, who was driving alone, got in his dark-colored van and drove away.

That was the last Ken saw of him, and he hasn’t seen or heard of him since.

The unusual aspect of the story is that, upon his first encounter with this exceedingly tall, rugged elderly gentleman, Ken sensed something almost unnatural, even strange – that seemed to emanate from this man. His very first impression when he first laid eyes on this very tall, strong gentleman, before they even began their conversation was ‘‘Well, if I didn’t know better, I’d swear it was Wallace himself, dropping by to check on the memorial cäirn, and that he most certainly approved of it, giving his blessing’’.

And that was the mysterious encounter Ken had experienced at the memorial cäirn.

And now, a personal note to you, David Le Gallant, and your Association, from Ken himself:

I felt that you might like to have this letter in remembrance of all the events that seemed to occur in an almost magical way – how everything came about; the cäirn that exceeded 12,000 lbs., and the unique shape of it, like the prow of a ship, and the people that turned out from all denominations and cultures.

I would like to thank you for the great unrelenting effort and dedication that you gave to myself and our society, to further the history of the Acadian people who once lived in our area. They will always be remembered due to you and your Acadian Museum Association’s wonderful contribution.

On behalf of the Belfast Historical Society and myself, we wish you the blessings of God and thank you for the great work you have done in keeping the knowledge that you have, to continue the furthering of the causes of you and your people. You and all the members of the Acadian community will always be welcome in the community of the Scots of Belfast, Prince Edward Island. Thank you and God Bless.

Sincerely,
Ken Emery, President,
Belfast Historical Society

[Submitted to David Le Gallant, past president of both the Acadian Museum Association of P.E.I. and the Sister Antoinette DesRoches Historical Committee, by Jayne K. Emery, on behalf of her father, Ken Emery, and all the members of the Belfast Historical Society].

Our heartfelt sympathy to the Emery Family and to members of the Belfast Historical Society.

Mrs. Saundra Emery and her daughter Jayne
(Wood Islands, November 21st, 2007)

 

Illégalité de la déportation des Acadiens

2005 par Hon. Michel Bastarache

L’honorable Michel Bastarache

 

Photo: Philippe Landreville

L’Acadie a été cédée définitivement à l’Angleterre en 1713. Normalement, au plan juridique, il s’agissait d’une conquête, ce qui signifie que le droit privé existant aurait dû être préservé jusqu’à ce qu’il soit changé de façon régulière par les nouvelles institutions disposant du pouvoir législatif. Mais ce ne fut pas le cas. L’Angleterre va en fait considérer l’Acadie comme un territoire inhabité pour y introduire le droit anglais dans son ensemble dès 1719. En ce temps-là, et à toutes fins pratiques, la Nouvelle-Écosse était un régime militaire; en principe et en vertu de la prérogative royale, le Gouverneur et son Conseil légiféraient et exécutaient les lois. Ceci aurait pour effet d’exclure les Acadiens au plan social et politique, eux qui forment la grande majorité de la population, parce que le droit anglais introduit dans la colonie comprend toute une série de lois anti-catholiques qui créent des incapacités juridiques pour eux. Parmi ces lois, vous reconnaîtrez le Parliamentary Test Act de 1678 ainsi que le Conventicle Act de 1664. C’est dire que le droit privé français est évacué et que la population catholique est sans statut juridique et sans connaissance du nouveau droit en vigueur.

Le traité d’Utrecht ne protégera pas les Acadiens. Le régime seigneurial français relatif à la propriété foncière est toléré pour un temps mais les habitants sont invités à partir au Cap-Breton. Une lettre de la reine Anne va préserver la propriété des terres et permettre la pratique de la religion catholique. Mais le gouverneur Cornwallis ajoute bientôt que le droit de partir est limité à un an et que le droit de propriété est dorénavant sujet à la prestation du serment d’allégeance. Les biens de ceux qui partent sont d’ailleurs confisqués. Beaucoup d’auteurs modernes affirment que les décisions de Cornwallis et Murray étaient inconstitutionnelles.

De fait l’on va d’abord tolérer le refus de prêter le serment d’allégeance pour préserver la paix sociale. En 1730, le gouverneur Philipps obtient cependant l’allégeance en garantissant le statut de neutralité aux Acadiens. En 1749, tout bascule à nouveau. Dorénavant, on applique le droit anglais strictement. Les Acadiens ne peuvent pas être fonctionnaires. Un ordre de mobilisation annule le statut de neutralité. La religion d’État est imposée. Les ecclésiastiques ne peuvent pas tenir de charges publiques, même dans les écoles. Tout ceci est illégal parce que c’était contraire aux promesses de la reine Anne. Aucun tribunal n’est disponible pour assurer la règle de droit. Les bateaux des Acadiens sont confisqués, comme leurs armes. L’ordre de prêter le serment de fidélité est réimposé en 1755. Ceci aussi est illégal. L’ordre de déportation est aussi illégal notamment parce qu’il fut passé sans l’assentiment d’une assemblée législative.

Après la Déportation et le retour amorcé en 1758, et ceci jusqu’en 1784, la législation sera très répressive. La commission royale de Cornwallis va étendre l’application des lois anti-papistes anglaises à la colonie. Ceci veut dire que les déportés n’ont pas de droit de retour ou de récupération de terres et de biens, que ceux qui se sont réfugiés au Nouveau-Brunswick s’y trouvent illégalement. De nouvelles lois créant des incapacités juridiques pour les catholiques sont adoptées : ils ne peuvent pas tenir de terres et leurs biens seront confisqués. La résidence sera sujette au serment d’allégeance. Le clergé papiste est expulsé. Une loi de 1759 éteint tous les titres de propriété des Acadiens qui auraient pu encore exister.

Le régime commencera à s’estomper à partir de 1783. Et en 1784, le Nouveau-Brunswick sera créé, adoptant ses propres lois à partir de 1786. En 1791 le Nouveau-Brunswick éteint les lois de la Nouvelle-Écosse en vigueur sur son territoire, mais continue d’appliquer les lois reçues directement de l’Angleterre, y compris les lois anti-papistes. En 1769, l’Île-du-Prince-Édouard est créé. Son gouvernement n’opère qu’à partir de 1773. Elle continue d’appliquer les lois adoptées par la Nouvelle-Écosse jusqu’à ce qu’elles soient modifiées.

Les catholiques doivent donc encore prêter serment pour tenir des terres, se faire élire, etc. En plus, ils ne peuvent pas se marier parce que seule la religion anglicane est reconnue. En 1791 on commence à relaxer ces privations pour le mariage, puis en 1810 pour le vote, puis en 1829 pour le droit de tenir des charges publiques. En 1834 les prêtres catholiques peuvent à nouveau marier. bastaram@scc-csc.gc.ca

 

Déporter les Acadiens pour «protestantiser» l’Acadie

2005 par Fidèle Thériault

Fidèle Thériault

 

Les autorités britanniques acceptèrent très mal que leur colonie de la Nouvelle-Écosse soit peuplée de catholiques, et qui en surcroît, étaient de langue française. Mais, entre les deux, ce qui les dérangeait c’était surtout le fait que ces Néo-Écossais étaient en grande majorité de religion catholique. Dès la prise de Port-Royal en 1710, on proposa de déporter les Acadiens de cette ville et de les remplacer par des habitants de religion protestante.1Au milieu du XVIIIe siècle, le gouvernement britannique se mit sérieusement à la tâche pour changer le fait religieux de la Nouvelle-Écosse. Rappelons que le roi d’Angleterre était le chef religieux d’une religion protestante. Après avoir réglé le sort des Écossais catholiques en 1746 par le massacre de Culloden, il est fort à parier que le duc de Cumberland2 allait régler celui des Acadiens néo-écossais, même si cette petite Écosse se trouvait de l’autre côté de l’Atlantique. Pour lui, le problème de l’Acadie était simple : ses habitants étaient catholiques!

Le serment d’allégeance, que les autorités britanniques demandèrent à répétition, n’était qu’une tracasserie pour forcer les Acadiens à quitter la Nouvelle-Écosse ou à renier leur foi. Les Acadiens qui demeurèrent en Nouvelle-Écosse après le traité d’Utrecht en 1713 étaient devenus de jure des sujets de Sa Majesté britannique, sans obligation de prêter un serment d’allégeance. Rien dans le traité de paix ne mentionnait que les Acadiens devaient prêter un serment d’allégeance à la couronne britannique pour devenir sujet du roi. Les Acadiens qui naquirent sur le territoire de la Nouvelle-Écosse après 1713 étaient, de par leur naissance, des sujets naturels britanniques et n’avaient pas non plus à prêter un serment d’allégeance à la Couronne britannique pour le devenir.

La question de faire prêter un serment d’allégeance aux Acadiens en 1755 n’était qu’une pure propagande pour insinuer que les Acadiens n’étaient pas des sujets britanniques. Cela ne changeait cependant en rien la réalité des faits, car ils possédaient non seulement tous les droits légaux de sujets britanniques, mais également le roi de Grande-Bretagne se devait de les protéger. Si les Acadiens avaient contrevenu à une loi, ils avaient droit à un procès pour se défendre. Aucune accusation légale ne fut portée contre eux. Le fait qu’ils furent dépouillés de leurs biens au nom de « Sa Majesté » et déportés, sans qu’ils eurent à subir un procès en bonne et due forme, rend le gouvernement britannique, encore de nos jours, responsable d’un crime et d’une injustice flagrante. Les descendants des Acadiens de la diaspora ont donc droit en toute légalité à une réparation pour les torts et les préjudices qui ont été causés à leurs ancêtres par cette injustice. Un crime reste toujours un crime, et un crime n’est pas limité dans le temps.

Fait hors de tout doute, la question du sort des Acadiens était à l’ordre du jour du gouvernement britannique et du roi en 1746. Le sort des catholiques écossais venait d’être réglé, mais la guerre avec la France était en cours. Elle se termina en 1748 par le traité d’Aix-la-Chapelle. Il faut aussi tenir compte du fait qu’il y avait dans les Maritimes à cette époque, deux Acadies : l’une française (île Royale, île Saint-Jean et le territoire actuel du Nouveau-Brunswick), et l’autre anglaise (la Nouvelle-Écosse péninsulaire).

L’un des principaux conseillers du roi pour les affaires de la colonie néo-écossaise était sans contredit le gouverneur du Massachusetts, William Shirley. Avocat, né en Angleterre, il influencera énormément la politique coloniale britannique. Le 15 août 1746, il proposait au roi un plan pour assimiler les Acadiens à la religion protestante et à la langue anglaise. Il suggérait de bannir les prêtres catholiques et de les remplacer par des ministres protestants français, d’établir des écoles protestantes anglaises pour les jeunes Acadiens, et de récompenser les renégats acadiens qui enverraient leurs enfants à l’école anglaise. Selon Shirley, le succès de ce plan ferait que la majorité des Acadiens deviendraient, au cours de la génération suivante, « de vrais sujets protestants ».3 Voilà toute la question. Les Acadiens, étant de religion catholique, ne pouvaient pas être de vrais sujets britanniques. C’était une question de religion.

Shirley réitéra au roi sa proposition le 21 novembre suivant, et encore de concert avec le gouverneur de Louisbourg, Charles Knowles, le 28 avril 1747. Le 8 juillet 1747, Shirley ajouta à son plan de déporter en Nouvelle-Angleterre les Acadiens de Beaubassin et de les remplacer par des habitants protestants. Les Acadiens de la grande région des Mines et d’Annapolis Royal seraient ainsi coincés entre la garnison militaire de Port-Royal d’un côté et d’un établissement anglo-protestant de l’autre. Avec les mariages qui se feraient entre les deux groupes, la plupart des Acadiens deviendraient des Anglo-protestants au bout de deux ou trois générations.4 Ce plan fut accepté par le roi et son secrétaire en fit part à Shirley dans une lettre en date du 3 octobre 1747. Cependant, on lui proposa de planifier une stratégie pour réaliser ce plan en temps opportun. Le 18 février 1748, Shirley avisa le roi que celui-ci avait trois choix : (1) assimiler les Acadiens; (2) les laisser tels qu’ils étaient; (3) les déporter. Cependant, il avertit que cette dernière option aurait des conséquences très dangereuses et devrait, si possible, être évitée.5

Le gouverneur Mascarène était du même avis. Malgré ces mises en garde, Londres choisit d’aller avec les plans 1 et 3, même si Shirley déconseillait fortement le dernier. On déporta les Acadiens en les dispersant en petits groupes parmi les populations anglo-protestantes de la Nouvelle-Angleterre pour qu’ils soient assimilés et qu’ainsi le peuple acadien et sa culture disparaissent à tout jamais de l’Amérique du Nord. Selon l’ONU et les lois actuelles du Canada, il ne s’agissait pas seulement d’un « nettoyage ethnique », mais d’un génocide.6

En 1748, Lord Halifax accéda à la présidence des « Lords of Trade », organisme responsable de la colonie de la Nouvelle-Écosse auprès du gouvernement britannique. Très près du duc de Cumberland et de Fox, ce trio était très puissant à Londres. Le premier acte sérieux de la « protestantisation » de la Nouvelle-Écosse fut la fondation de Halifax en 1749 avec l’arrivée de milliers de colons protestants, surtout étrangers, qui venaient en grande partie de l’Allemagne et de la Suisse. À ceux-ci s’ajouteront les protestants français de Montbéliard. Aucun catholique, et encore moins Acadien, ne fut invité à s’établir dans ce nouvel établissement. Le duc de Cumberland enverra en Nouvelle-Écosse des personnes qu’il connaissait personnellement et sur qui il pouvait compter pour arriver à ses fins. Nommons entre autres : Edward Cornwallis, Charles Lawrence, Robert Monckton et Richard Bulkeley.

En 1752, Lunenburg sera également fondé par des protestants. Ces protestants étrangers n’auront pas à prêter un serment d’allégeance pour devenir des sujets britanniques7 et aussi de jouir de tous les droits légaux réservés à ces derniers. Ils se révolteront au mois de décembre 1753 et les leaders de cette rébellion eurent droit à un procès. Ils ne seront pas déportés, et leurs biens ne seront pas saisis au profit de la couronne pour leur acte de sédition.8 On avait bien là une justice de deux poids deux mesures.

Ne pouvant pas attendre une ou deux générations, comme le proposait Shirley pour assimiler et se débarrasser des Acadiens, Londres opta pour le court terme et passa à la troisième partie du plan en 1755, la déportation des Acadiens. Shirley, ne voulant pas être impliqué directement dans ce crime d’État, alla se cacher avec son régiment et ne revient au Massachusetts qu’une fois la première vague de la Déportation terminée. N’oublions pas que Shirley était un avocat et connaissait bien la loi et les droits des Acadiens en tant que sujets britanniques. Londres envoya le vice-amiral Boscawen et le contre-amiral Mostyn organiser la Déportation. La lettre de Lawrence à Winslow du 30 septembre 1755 le prouve très bien. Boscawen avait préséance sur Lawrence. Les Acadiens devant être déportés en Caroline du Nord sous la garde du navire de guerre du capitaine Diggs, iront à Philadelphie. Boscawen en a décidé ainsi. C’est lui qui avait le dernier mot. Aussi, lorsqu’il arriva en Angleterre au mois de novembre 1755, Boscawen fut accueilli en héros, comme le « Sauveur de l’Amérique ».9 Il apportait au roi et aux « Lords of Trade » la nouvelle que la déportation des Acadiens était organisée et bien enclenchée en Nouvelle-Écosse. Il fut à même de témoigner que Charles Lawrence et Robert Monckton y avaient tous deux grandement contribué. On s’empressa alors de récompenser ces deux derniers en les nommant respectivement au poste de gouverneur et de lieutenant gouverneur de la colonie. Il est fort à parier que ces deux promotions leur avaient été promises, si ceux-ci réussissaient à vider la Nouvelle-Écosse de sa population acadienne.

Ce sera ensuite au plus haut représentant du roi en Amérique du Nord, le général Jeffrey Amherst, de superviser la déportation des Acadiens jusqu’en 1763. C’est sous sa responsabilité que se fera la déportation des Acadiens du Cap-Breton et de l’île Saint-Jean (Île-du-PrinceÉdouard) en 1758 et le massacre du village de la Pointe-Sainte-Anne (Fredericton) en 1759. Lors de la signature de la capitulation de Montréal en 1760, Amherst s’objecta officiellement à l’arrêt de la déportation des Acadiens.

En 1758, le gouvernement de la Nouvelle-Écosse interdit, par une législation, à tous catholiques le droit d’être propriétaire foncier et interdisait sous peine d’emprisonnement à tout prêtre catholique le droit de séjour sur tout le territoire des provinces Maritimes. Seuls les protestants avaient droit à leur religion et à des concessions de terre ou à l’achat de propriétés fonci res.10

La déportation des Acadiens de l’Acadie fut l’oeuvre des autorités britanniques de la plus haute instance. En conséquence de la déportation de 1755, les Acadiens passèrent de l’état de majoritaire à celui de minoritaire dans les provinces Maritimes. Si la déportation des Acadiens n’avait pas eu lieu, la population des provinces Maritimes serait aujourd’hui majoritairement française, et les Acadiens n’auraient pas à dépenser autant d’énergie pour revendiquer leurs droits et les faire reconnaître légalement.

 

1          « It will be necessary to transport all the french from the country (save such will come over to the protestant religion) so it would be for the advantage of  the Crown… and in their places familys sent over from Great Britain or Ireland (if protestants) ». Mémoire du Conseil de guerre de Port-Royal, le 14 octobre 1710, Le Canada-Français,1888, p. 150.

2          William Augustus, deuxième fils du roi George II, et chef des armées britanniques. Il fut désigné le «Boucher de Culloden» après le massacre du 16 avril 1746, où hommes, femmes et enfants d’Écossais catholiques furent tués sans merci. N’oublions pas que le colonel Monckton rebaptisa le fort Beauséjour «Fort Cumberland» après la capitulation du 16 juin 1755, signe avant-coureur de la déportation des Acadiens.

3          Shirley au duc de Newcastle, le 15 août 1746, « true protestant subjects »;  Francis Parkman, A Half Century of Conflict, vol. II. p. 322-323.

4          Archives de la Nouvelle-Écosse, vol. 13 A, No 27, transcription. Shirley au duc de Newcastle, le 8 juillet 1747.  « The greatest of it (Acadiens), might in two or three generations become English protestants ».

5          Ibid. vol. 13, No. 45, transcription. Shirley au duc de Bedford  «…or else to remove them which would be attended with very hazardous consequences, and should be avoided, if possible ».

6          ONU : «Aux fins du présent Statut, on entend par crime de génocide l’un quelconque des actes ci-après commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux». Lois du Canada: «Génocide, Fait – acte ou omission – commis dans l’intention de détruire , en tout ou en partie, un groupe identifiable de personnes».

7          Ils le seront légalement seulement après avoir demeuré sept années consécutives en Nouvelle-Écosse.

8          À ce sujet, voir Winthrop P. Bell, The « Foreign Protestants » and the Settlement of Nova Scotia.

9          W. A. B. Douglas, Edward Boscawen, Dictionnaire biographique du Canada, vol. III, p. 75.

10        Michel Bastarache, «Droits linguistiques et culturels des Acadiens de 1713 à nos jours», dans Les Acadiens des Maritimes, 1980, p. 380.


St. Paul’s Church (Halifax), érigée en 1750, la plus vieille église protestante du Canada. Charles Lawrence y est inhumé depuis le 23 octobre 1760.   (Photo : Archives de St. Paul’s Church)

L’île Saint-Jean et la Déportation de 1755

2005 par Georges Arsenault

Georges Arsenault

 

La déportation des Acadiens, entreprise par les Britanniques1au cours de l’été de 1755, a eu un impact considérable sur la colonie de l’île Saint-Jean. Elle a dû accueillir en catastrophe quelque deux mille Acadiens qui ont réussi à échapper aux militaires britanniques1.Rappelons-nous que l’îleSaint-Jean, comme l’île Royale, était toujours une colonie française en 1755,alors que l’Acadie continentale (la Nouvelle-Écosse péninsulaire) vivait sous le drapeau britannique depuis1710. Quant au territoire qui constitue aujourd’hui le Nouveau-Brunswick, la France et l’Angleterre s’en disputaient l’appartenance depuis le traité d’Utrecht de 1713.

Les réfugiés qui arrivent à l’île Saint-Jean en raison de la Déportation de1755 retrouvent des centaines de leurs compatriotes qui avaient abandonné leurs terres en Acadie anglaise à la suite de la guerre de 1744-48. D’ailleurs, en raison de cette première migration importante, la population de l’île avait quadruplé en six ans, passant de 735 à 2 969 habitants entre1748 et 1755. Un grand nombre de ces nouveaux arrivants se présentaient avec leurs biens et leurs animaux, alors que d’autres étaient grandement démunis manquant de quoi se vêtir et se nourrir et nécessitaient l’aide du gouvernement pour recommencer à neuf.

Malgré de mauvaises récoltes pendant plusieurs années et des temps de misère, les colons réussissent tranquillement à améliorer leur sort à tel point qu’au printemps de 1755, les administrateurs de l’île Saint-Jean prévoient même que la colonie pourra désormais se passer des rations fournies par Louisbourg et Québec2. Ils pensent donc avoir surmonté la période critique dans laquelle la colonie se trouvait depuis six ans.

Cependant, l’arrivée d’un très grand nombre de réfugiés acadiens, à compter de l’automne 1755, jette à nouveau la petite colonie insulaire dans un état de crise. Celle-ci s’avère bien pire que l’exode précédent (1748-1754), car beaucoup de ces nouveaux réfugiés arrivent presque complètement démunis. Ils fuient à la hâte leurs villages pour éviter d’être pris par les militaires britanniques qui s’amènent et incendient leurs maisons, leurs granges et leurs récoltes. On estime qu’environ deux mille de ces réfugiés acadiens auraient traversé à l’île en 1755-56. Mais les ressources pour les ravitailler manquent de sorte qu’un grand nombre retourne à la terre ferme et se rend à Miramichi. De plus, le commandant de l’île Saint-Jean, Gabriel Rousseau de Villejouin, envoie à Québec beaucoup de personnes malades et inaptes. Dans une lettre au ministre de la Marine, le 26 novembre 1756, le commissaire ordonnateur à Louisbourg, Jacques Prévost, écrit : 

La situation générale de la colonie [...] ne m’a pas permis de faire passer a l’isle St jean tous les secours que m’a demandé M. de Villejouin, et dont il a reellement besoin pour faire vivre et pour couvrir cette multitude de refugiés qu’il a recu depuis un an. Il luy en reste encore quatorze cents independament de tous ceux qui ont retournés a miramichi, et de ceux que ce commandant a fait exporter en Canada.3

Ces réfugiés viennent d’abord des régions de Beaubassin et de Cobequit. Parmi les malheureux qui arrivent à l’île à la fin octobre, il y a un groupe d’une centaine de femmes de Beaubassin dont les maris avaient été pris par les soldats et déportés en Géorgie. De leur cachette, l’abbé François Le Guerne conduit les femmes et leurs enfants à l’île avec plusieurs autres réfugiés :  Par bonheur pour l’accomplissement de ce projet écrit-il, il se trouvait parmi elles plusieurs jeunes gens, des vieillards et cinq ou six hommes échappés de Beaubassin.4  L’été suivant, il y a même seize personnes revenus de la Caroline du Sud, où ils avaient été déportés l’automne précédent, qui traversent à l’île en passant par Cocagne5. Parmi ces gens se trouve la famille de Félix LeBlanc et de Marie-Josèphe Thériot (voir article de Earle Lockerby dans la présente édition 2005). D’autres réfugiés arrivent de Halifax où ils avaient été fait prisonniers.

Tous ces réfugiés réussissent à s’esquiver à l’île grâce à plus de trente  bateaux que le commandant Villejouin nolise et envoie à Cocagne et à Tatamagouche. Ils appartiennent principalement à des Acadiens de l’île Saint-Jean. Parmi les capitaines qui font plusieurs voyages, mentionnons Abraham Dugas, Joseph Dugas, Amant Bujeau, Pierre Gautier, Pierre Gravois, Charles Gallant, Joseph Richard et Jean-Baptiste Le Marquis.Dans ces voyages sur « la Mer Rouge », ils transportent non seulement des passagers mais aussi une grande quantité de bétail et des provisions alimentaires qu’ils réussissent à sauver avant que l’ennemi n’en prenne possession6 Le commandant emploie aussi de nombreux Mi’kmaq pour obtenir et transporter des provisions pour la colonie en crise7 . Les traversées ne se font pas sans danger dans le détroit qui est patrouillé par des navires anglais.

Au cours de l’hiver de 1756-57, les provisions disponibles pour ravitailler les quelque 1 400 exilés sont minces.  Les récoltes ont été mauvaises et afin de prévenir une plus grande crise dans l’avenir, les autorités interdisent aux habitants de tuer le bétail et les moutons pour se nourrir. Villejouin doit alors limiter la ration mensuelle à 20 livres de farine, 10 de légumes, 12 de boeuf et une livre de beurre ou un pot de mélasse par famille8 . [Correction : « par famille « ] Selon sa propre évaluation de la manière dont il avait géré la crise, aucun réfugié ne serait mort de faim et de froid. Voici ce qu’il écrit au ministre responsable des colonies le 8 septembre 1758 :

 … il y a trois ans, Monseigneur, que les derniers réfugiés sont sur l’Isle, il leurs a fallu essuyer bien des pertes et bien des fatigues pour s’y rendre, et rendu ils se sont trouvés pour ainsy dire, dénués de tout secours, la disette de vivres et de vêtements les a accompagné sur l’Isle, je n’avais que très peu de chose à leurs distribuer, mes distributions n’ont été que minces et ce n’est qu’en les rendant fréquentes que je suis parvenu à ne voir mourir personne de touttes ses misères9.

En fondant la colonie de l’île Saint-Jean en 1720, la France souhaitait y attirer les cultivateurs acadiens pour que l’île deviennent le « grenier » de Louisbourg. Ce n’est que 29 ans plus tard que les Acadiens, se sentant de plus en plus en danger en Nouvelle-Écosse et pressés par les autorités françaises, ont commencé à émigrer dans l’île en grand nombre. Avec le déclenchement de la Déportation en 1755, leur nombre augmente de beaucoup et malgré qu’ils arrivent dans des circonstances très difficiles, il y a espoir que les choses vont bientôt s’améliorer et que la colonie pourra prospérer pour enfin remplir le rôle qu’on lui avait souhaité vis-à-vis de la ville forteresse de Louisbourg. C’est du moins ce que laisse entendre le gouverneur de la Nouvelle-France, Pierre de Rigaud de Cavagnial, marquis de Vaudreuil, dans une lettre qu’il écrit au ministre, au mois d’août 1756, où il parle du commandant Villejouin qui s’emploie à amener sur l’île des Acadiens qui se trouvent encore en Nouvelle-Écosse :

Il a du monde en campagne sur les terres de l’accadie qui travaillent aussy à en ramasser. Il espère tirer encore des bons habitants du côté de Cobéquit, des Mines et de péjéguit qui sont aises en bestiaux et en argent, lesquels joints à ceux qu’il a, seront suffisans pour former de bons établissements sur l’isle St. Jean10.

Malheureusement, l’île Saint-Jean n’aura pas la chance de se remettre de sa crise et de connaître la prospérité. Avec la prise de Louisbourg, le 26 juillet 1758, le sort des quelque 4 600 habitants de l’île Saint-Jean est décidé. Ils doivent être expropriés de leurs terres et déportés vers la France. Environ 3 000 sont effectivement exilés parmi lesquels se trouve un grand nombre de ceux qui avaient réussi à éviter la Déportation de 1755. D’autres réussissent encore à s’évincer des soldats britanniques(11). Ils seront de ceux qui se retrousseront les manches dans les années qui suivront pour rebâtir l’Acadie sur les côtes du golfe Saint-Laurent.

 

1          Je désire remercier Sally Ross et Earle Lockerby qui ont aimablement lu et commenté cet article. Leurs suggestions m’ont été très utiles.

2          Barbara M. Schmeisser, Building a Colonial Outpost on Ile St. Jean Port La Joye, 1720-1758, Halifax, Parcs Canada, 2000, p. 58.

3          Lettre du 26 novembre 1756 de Jacques Prévost au ministre de la Marine, Archives des colonies (France), C11B, vol. 36, p. 158-164.

4          Letttre citée par H.-R. Casgrain dans Une Seconde Acadie, Québec, 1894, p. 317-318.

5          Lettre du 7 août 1756 de Vaudreuil au ministre de la Marine, Archives des colonies, C11A, vol. 101, p. 84-87v.

6          Schmeisser, op. cit., p. 61, 145-148.

7          Schmeisser, op. cit., p. 64.

8          D. C. Harvey, The French Régime in Prince Edward Island, New Haven, 1926 (AMS Edition, New York 1970), p. 183.

9          Lettre du 8 septembre 1758 de Gabriel Rousseau de Villejouin, commandant de l’île Saint-Jean au ministre de la Marine, Archives des colonies, C11B,
vol. 38, p. 165-167.

10        Lettre du 7 août 1756 de Vaudreuil au ministre de la Marine, loc.cit.

11        Earle Lockerby, « The Deportation of the Acadians from Ile St.-Jean, 1758 », Acadiensis, vol. XXVII, no 2 (printemps 1998), pp. 45-94.


 

 

George II, Lawrence et la « résolution finale » pour le génocide du peuple acadien

2005 par Roger Paradis

Roger Paradis

 

Il est impossible de savoir à quel moment exactement « l’affaire » des Acadiens a été portée devant le roi pour obtenir son avis. Les autorités britanniques ont commencé à dresser des plans secrets pour la conquête du Canada vers la fin de 1754, probablement en novembre. La stratégie prévoyait six campagnes en 1755, et englobait la capture de la flotte française censée prendre la route de l’Amérique au printemps, un blocus naval à Louisbourg et des attaques contre les forts Duquesne, Carillon (Crown Point), Niagara et Beauséjour. Ce dernier serait investi par les troupes de la Nouvelle-Angleterre, mais sous le commandement du colonel Robert Monckton et d’autres officiers britanniques. Les troupes ne  devaient pas être libérées avant la capitulation, comme cela aurait dû normalement se faire pour épargner d’inutiles dépenses au Trésor public. Au lieu de cela, elles resteraient en garnison dans la province tandis que, comme l’a exprimé plus tard le colonel Winslow, « le noble et grand projet » d’expulsion prendrait forme.

La résolution définitive de déporter le peuple acadien est venue de Sa Majesté. La Déportation a été entamée en 1755 et s’est poursuivie pendant huit ans, jusqu’à la signature du traité de Paris. La première année de déportation à elle seule, avec le siège de Beauséjour, a coûté plus de 100 000 livres, soit plus de deux fois le budget administratif attribué à la province cette année-là. La Nouvelle-Écosse était la plus pauvre des provinces nord-américaines de Sa Majesté, plus pauvre même que la Géorgie. Seul John Bull (l’Angleterre) était assez riche pour permettre à la province de réaliser un projet d’une telle envergure. De fait, un « fonds spécial de déportation » a été créé pour couvrir les frais de « l’expédition de la Baie de Fundy » et de l’expulsion des habitants français, et pour effectuer les travaux à Fort Cumberland.  Les dépenses ont plus tard été l’objet d’une enquête parlementaire spéciale. Après la première année, il est inutile de dire que toute velléité de prétendre que la province assumait le financement de la Déportation a été abondonnée.

« D’argent à la croix écotée de gueules », description de l’écusson funéraire du gouverneur Charles Lawrence dans l’enceinte de St. Paul’s Church, lieu de sa sépulture à Halifax.
Photo : Archives de St. Paul’s Church

 Une fois la « résolution définitive » adoptée par le conseil privé de Sa Majesté, il n’est resté à Lawrence qu’à « réfléchir aux moyens »  de procéder à la Déportation et à donner « les ordres et instructions nécessaires à la mise en oeuvre de ce qui a déjà été solennellement déterminé ». Ce- pendant, il devenait ainsi complice du crime, mais aussi Morris, qui planifiait l’évacuation, Hancock, qui fournissait les navires, Jonathan Belcher, qui rédigeait les faux documents juridiques pour la confiscation des biens des Acadiens, Monckton, qui commandait les troupes qui procédaient à l’embarquement et le gouverneur Shirley qui avalisait et appuyait tout le projet. Lawrence n’a jamais été qu’un instrument de bonne volonté dans cette affaire déplorable, la « bête noire » de la Déportation. Il est tout simplement absurde de supposer que le lieutenant-gouverneur d’une province, un simple colonel d’armée, prendrait sur lui de déporter quelque 8 000 sujets du roi de sa propre initiative. Lawrence était  un soldat, pas un politicien, et il connaissait parfaitement  la rigidité de la chaîne de commandement. De lui-même, il n’avait rien à gagner de cette entreprise abominable parce que même s’il réussissait, et c’était loin d’être certain, il lui aurait encore fallu affronter la cour martiale pour avoir usurpé la prérogative royale. Cela aurait été un acte politique criminel impardonnable entraînant automatiquement la peine de mort. Lawrence n’a pas reçu la moindre réprimande : au lieu de cela, lui et ses acolytes ont été promus. C’était la récompense de l’exécution soumise et efficace des ordres de Sa Majesté. La loyauté aveugle et fidèle porte ses fruits. Normalement, Lawrence était un administrateur circonspect et qui n’aurait même pas osé réparer de son propre chef  le fortin de Grand-Pré. De même, il n’aurait pas fait la moindre réparation aux installations militaires de Pisiquid, Beaubassin et rivière St-Jean sans avoir reçu des directives de ses supérieurs. Lawrence n’était peut-être qu’un valet, mais il n’était pas bête. Il n’est que trop évident qu’il était bien disposé à servir. En outre, il  était manifeste qu’il était ambitieux et désireux de s’insinuer dans les bonnes grâces de ses supérieurs. Quoi que l’on puisse dire de Lawrence, cependant, il n’était pas un usurpateur et il savait que les officiers britanniques n’invoquaient jamais leur roi en vain. Lawrence, à l’instar d’autres officiers coloniaux, n’a été qu’un pion dans une gigantesque  lutte géopolitique entamée et achevée devant le tribunal de St. James.

Le peuple acadien a été la victime innocente d’un complot sinistre conçu à la cour et sanctionné par elle. Les  preuves sont concluantes. Dans cette macabre tragédie, Lawrence a joué le rôle principal. Morris en a écrit le scénario, tandis que les autres membres de la distribution, de Halifax et de Boston, n’ont tenu que de seconds rôles. À l’origine, Shirley s’était opposé à une expulsion générale, prétendant qu’il s’agissait d’une mesure trop sévère. Avant l’arrivée des instructions secrètes du roi, les personnalités coloniales, y compris Lawrence, avaient envisagé un déplacement limité vers le territoire français, et non pas une déportation générale vers quelque terre étrangère et éloignée. C’est ce qui explique que Winslow ait changé d’avis, passant d’un enthousiasme pour le grand projet du bannissement des Acadiens à une véritable répugnance face à l’éventualité d’une déportation générale vers les colonies anglo-américaines. Winslow n’a pas été mis au courant des détails de la Déportation avant la fin de l’été. Le 3 juillet, cinq jours avant l’arrivée des instructions secrètes de Sa Majesté, Winslow s’est plaint auprès de Lawrence que les troupes étaient agitées et qu’il ne fallait pas les laisser sombrer dans l’indolence. Une autre lettre adressée à Lawrence, datée du 23 juillet, indique que Winslow continuait d’envisager une expulsion limitée d’une partie de la province seulement. “« Il semble probable », écrit-il, « que nous allons continuer quelque temps à Chignectou – au cas où il serait  jugé commode d’établir des gens de Nouvelle-Angleterre dans une partie de cette province, comme ils s’y attendent. »  Ce n’est pas avant le 11 août que Lawrence a informé Winslow de la réunion du conseil tenue dans le but d’envisager les moyens voulus pour mettre la Déportation à exécution. Winslow a été obligé d’obéir à ses ordres, alors qu’ils ne convenaient ni à sa nature ni à son tempérament.

Les Acadiens étaient pacifiques, fidèles à leur serment et sont restés neutres jusqu’au bout. Ils ont été déportés pour  des raisons d’État et ont été les victimes innocentes d’une politique d’impérialisme réclamant une Amérique du Nord britannique. Ne pouvant être assimilés, il fallait les éliminer. On a espéré que dans les 13 colonies, ils seraient absorbés par la population générale et cesseraient d’exister en tant que peuple. Il s’agit, à mon sens, de génocide.

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Un historien a estimé que, dans le seul territoire de la Nouvelle-Écosse continentale,excluant le Cap-Breton, le butin saisi se répartissait comme suit :  43 500 bêtes à cornes, 48 500 moutons, 23 500 cochons et 2 800 chevaux.

- Robert Pichette
Pour l’honneur de mon prince, 1989,  p. 83-84

 

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The hypocritical nature of Great Britain’s recent pious claims of concern over “ethnic cleansing” (genocide) is readily apparent when one examines the past actions of the British     Empire.  From the Scottish Highlands, to India, to Australia to the New World, history is replete with examples of ethnic cleansing of all those peoples who resisted the “improvement” (an imperial term for total acculturation) that the British sought to bring to the “less civilized” peoples on the fringes of the empire.  Perhaps it is guilt among Anglo-American elitist circles which is now driving the current demand for fostering cultural diversity.  But more likely, it is the ongoing push for global governance that is the force behind  the fad-like reversal of elitist sentiment toward variant cultures.

-         Stephen J. Martin, political activist, “Charles Lawrence: Canadian Perpetrator of Genocide“,  The Barnes Review, May / June 2002, pp. 75-78  (Martin also speaks on the attempted genocide of the Scottish Highland Clans)

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Un aperçu sur les expériences des Acadiens déportés en Angleterre

2005 par Naomi Griffiths

Naomi Griffiths

 

En 1755, les Britanniques déportèrent la majorité des habitants francophones, connus, comme Acadiens, de la Nouvelle-Écosse, une colonie qui avait été cédée à la Grande-Bretagne par le traité d’Utrecht en 1713.  « Acadie » ou la « Nouvelle-Écosse », nom que l’on donnait alors à la colonie dans le traité, constituait une frontière cruciale entre les empires français et anglais dans l’Amérique du Nord à ce temps. La Déportation a brisé un peuple dont  les racines avaient fait souche au début du dix-septième siècle.

Les plans de la Déportation prévoyaient le rassemblement des Acadiens en petits groupes qui seraient dispersés dans les autres colonies britanniques de l’Amérique. Les gouverneurs des colonies où les Acadiens étaient expédiés, apprenaient la nouvelle de leur arrivée seulement lorsque les Acadiens y  apparaissaient. Pendant l’été 1755, près des trois quarts des habitants furent embarqués et envoyés vers les autres colonies britanniques, le long du littoral nord-américain, depuis Boston jusqu’à Savannah en Géorgie. Sur les  bateaux, le taux de mortalité des déportés fut considérable. Les conditions de vie n’étaient pourtant pas pires que celles en vigueur pendant les longs voyages en mer, au dix-huitième siècle. On sait que, pendant la guerre de Sept Ans, 133 708 marins anglais moururent de faim ou d’épidémie, contre seulement 1 512 à la guerre.(2) Néanmoins, pendant le voyage, la mortalité des Acadiens oscilla entre 20 et 30 pour cent et plus de la moitié des passagers de l’Edward Cornwallis, à destination  de la Caroline du Sud, périrent.(3)

L’arrivée des exilés à destination ne marquait souvent que le commencement des nouveaux malheurs. Premièrement, une fois à terre, les exilés attrapaient des maladies inconnues chez eux. La variole sur- tout fit des ravages. Deuxièmement, nulle part les conditions d’exil ne furent stables parce que tous les lieux d’exil se trouvaient, eux aussi, mêlés à la lutte anglo-française pour la domination de l’Amérique du Nord.  Et finalement, les autorités en ces colonies, n’ayant pas eu les moindres idées que les Acadiens seraient envoyés chez eux, n’ont rien prévu pour la réception des exilés. Le gouverneur de la Virginie, Dinwiddie, réagit particulièrement mal à l’arrivée de ces Acadiens, francophones et catholiques, alors que la guerre entre la France et l’Angleterre battait son plein.(4)  Dinwiddie a décidé de régler son problème et d’envoyer les « French Neutrals », les Français neutres,  en Grande-Bretagne.(5)  Le résultat était que le 23 juin 1756, le Bobby débarqua  296 Acadiens à Portsmouth, le 22 juin, le Fanny Bovey arriva à Falmouth avec 220 passagers, le 26 juin, le Virginian Packet en débarqua 300 à Bristol et enfin, juste avant la fin du mois, 243 « Neutrals » arrivèrent à Liverpool.  Le coût pour ces voyages était environ cinq mille livres.(6)

Ces Acadiens devaient, sept ans durant, rester en Angleterre.  Le pire pour eux fut l’été 1756, au cours duquel la variole emporta plus d’une personne sur quatre, au point que la cour de Louis XV en fut informée.  Le 10 septembre 1756, Henry Fox, le ministre le plus important du gouvernement anglais, écrivit aux Lords de l’Amirauté que plusieurs protestations, qu’il espérait sans fondement, avait été faites par la France et aussi par quelques particuliers, selon lesquelles les  prisonniers français au- raient été malmenés , et qu’ils n’auraient pas été traités avec le soin et l’humanité appropriés. « J’ai », ajouta-t-il,  « ordre du roi que vous accordiez à cette question la plus grande attention. »(7) Ceux qui avaient les Acadiens sous leur responsabilité repoussèrent vivement de telles accusations.  D’après eux, cette moralité n’avait rien de surprenant, du fait que les Acadiens avaient subi un long voyage et un changement de climat. Ils affirmèrent que non seulement les  lois des nations et les principes de la justice avait été strictement respectés, mais même le moindre droit humanitaire avait été scrupuleusement observé.  Ils écrivirent de  plus que telles plaintes de la part des Français étaient tout à fait déshonorantes pour la Nation et que, si elles se révélaient non fondées, la chose devait être révélée à la face du monde, de façon à dissiper autant que possible le préjudice causé par  sa propagation.(8)

Il est hors de doute que la Déportation fut une tragique épreuve. Si les chiffres restent discutables, le résultat est clair : la plus grande partie de la population acadienne dut prendre les chemins de l’exil et au minimum un tiers de cette population y trouva la mort. Cependant, la disparition des individus n’a pas signifié la fin de leur identité collective. La réception des exilés, par les autorités en Amérique du Nord, en Angleterre et, plus tard, en France, était de les mettre sous une autorité désignée spécialement pour leurs soins. Les déportés étaient gardés ensemble et séparés de la population des habitants qui les entouraient.  En Angleterre, c’était le « Sick and Hurt Board of the Admiralty ». Par les ordres de  celui-ci, les Acadiens étaient établis en groupes à Southampton, Penryn, Bristol et Liverpool.  À Liverpool  une partie de la ville était désignée pour eux. À Bristol on a organisé des entrepôts, les anciens magasins aux alentours des quais, pour les recevoir.  Dans tous ces endroits, les Acadiens étaient établis en groupes d’entre 150 et 250 personnes, communautés assez grandes pour donner aux individus un sens de n’être pas totalement abandonnés parmi des étrangers. La sensation d’être un groupe séparé était renforcée par le  fait que les autorités avaient défendu aux Acadiens de travailler, de peur d’une réaction hostile des gens de l’endroit. Cet arrêt n’était pas toujours suivi, surtout aux alentours de Southampton et Penryn.(9)

Mais ce qui a marqué le plus la ligne entre exilé et habitant, c’était la pension payée chaque jour aux Acadiens : homme, femme et enfant. Les adultes recevaient 6 sous par jour, jusqu’à neuf livres, 2 shillings et 6 sous par an. Les enfants en bas de sept ans recevaient 3 sous par jour; cela équivalait à 4 livres, 4 shillings et 4 sous par an.  Une famille de six, la moyenne pour les communautés acadiennes en Angleterre, recevait en 1763, 36 livres par an, une somme comparable au salaire d’une famille de la classe travailleuse contemporaine.(10) En plus, cette subvention était pure subsistance : logements, vêtements et d’autres nécessités étant fournis en plus.(11) Le niveau de vie était plus bas qu’en  Acadie, mais ça ne nuisait pas à la natalité des familles.  Un recensement fait en novembre 1762 révélait une population avec vingt-cinq pour cent du nombre en bas de l’âge de sept ans, c’est-à-dire, nés après l’arrivée de leurs parents en Angleterre.(12)  Mais quand on considère le nombre d’Acadiens qui furent envoyés en France pendant l’été 1763,  866, soit moins que les 1 044 arrivés de Virginie huit ans plus tôt on se rend compte des ravages que la variole a fait en été 1756.(13)  Cependant il faut souligner une chose : leurs expériences n’ont pas intimidé les Acadiens ni rendu faible leurs sens d’identité. Pendant les sept ans qu’ils passèrent en Angleterre, ils n’hésitèrent pas à contester les mesures qui étaient prises à leur endroit. À la fin des hostilités en 1763, invités à exprimer leurs souhaits quant à leur destination ultérieure, les Acadiens exigèrent le retour en Acadie : « Nous souhaitons être rapatriés et que nos biens, dont nous avons été dépouillés (malgré la stricte neutralité que nous avons toujours maintenue), nous soient restaurés ». (14)  Ces revendications n’eurent pas de suite; cependant, elles montrent avec quelle  force les Acadiens envisageaient leur avenir.

Quand on considère les réactions des Acadiens et Acadiennes à la Déportation, avec la connaissance qu’on a des effets de déportations et exils du vingtième siècle sur les gens, on ne peut qu’être étonné par la détermination et la volonté des Acadiens de garder la cohérence de leur communauté.  Même quand les Acadiens ont eu un choix, comme disait un fonctionnaire de la Géorgie : « leur sectarisme et leur entêtement sont tels qu’ils ont préféré vivre ensemble dans la misère que de se séparer pour s’assurer une  vie plus aisée ».(15) Comme en témoignent les registres établis pour Belle-Isle-en-Mer (France), les mariages entre membres de familles différentes reliaient des individus venus de divers établissements comme ceux d’un même village. L’impact de l’exil, de la mort et de la maladie fut atténué par la présence de la parenté. Mais peut-être un facteur  même plus important était que l’expérience politique précédant l’exil avait créé des structures d’autorité et formé un peuple convaincu de sa position de force et de supériorité morale dans toutes négociations. En somme, les Acadiens ont survécu la Déportation parce qu’ils avaient une identité sûre et certaine avant ce triste événement. 

 

1.         Les idées qui suivent ont été présentées en plus grands détails dans mon livre L’Acadie de 1686 à 1784 Contexte d’une histoire, traduction Kathryn Hamer, (Moncton, éditions d’Acadie, 1997) et dans un article : « Acadians in Exile: the Experiences of the Acadians in the British Seaports » Acadiensis, Autumn, 1974, vol. IV, no.1, pp. 67-84.

2.         Christopher Lloyd, «The British Seamen, 12-1860 : A Social Survey », Palidin, 1968, 234.

3.         Soit 215 décès sur 425 passagers :. « Report of the Edward Cornwallis » Andrew Sinclair, Master, 17 November, Council Records, State Archives, Columbia South Carolina, p. 480

4.         Dinwiddie to Sir Thomas Robinson : « It is very disagreeable to the People to have imported to rest among us a No. of French People, w’n many of y’y Nat’n joined with Ind’s are now murd’g and scalp’g Your Frontier Settlers » , R. Brooks ed/: Dinwiddie Papers (Richmond, Virginia), Virginia Historical Collections, 1899, t. ii, p.268

5.         Minutes of the Medical Board, July 1756, Admiralty 99/30, Public Records Office, London, U.K.

6.         Governor Dinwiddie to Dobbs, June 11th, 1756 dans Dinwiddie, The Official Records 2, p. 442-443

7.         Henry Fox to the Lords of Admiralty, Whitehall, 10th Sept. 1756. Public Records Office, Kew: SP44/299:xc 516 c/1.

8.         J.B. and H.H. to John Cleveland, 17 September, 1756, Admiralty 98/5, Public Record Office, London, U.K.

9.         Les références se trouvent dans les Archives des Affaires Étrangères, Correspondance d’Angleterre, 449, f.345: Archives Nationales, Paris et dans les documents de l’Admiralty, 98/5 to 99/30 [June 1756- July,1758].

10.       Asa Briggs, How they lived, Oxford, 1969, III: 143

11.       L.G., J.M. and H.T. to John Cleveland, 8 February, 1757, Admiralty 98/6: P.R.O, London, UK

12.       L.G. and J.B. to John Cleveland, 23 November, 1762, Admiralty 98/9: P.R.O, London, U.K.

13.       Report of the Public Archives of Canada, 1905, II, 3: App. G, p.150

14.       L.G. and J.B. to John Cleveland, 4th January, 1763, Admiralty Records 98/9: London, UK

15.       Report of the Committee, 12 July, 1760,  Journals of the House of Assembly, State Archives, South Carolina, South Carolina Records.

 

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Article 39


None of the Canadians, Acadians, or French, who are now in Canada, and on the frontiers  of the colony,… shall be carried or transported  into the British colonies, or to Great Britain… – “Granted, except with regard to the Acadians.”

-         Acts of Surrender of Montreal,  Sept. 8th, 186

 

La Croix de la Déportation

2005 par Claude DeGrâce

Claude DeGrâce

 

Historique

La Croix de la Déportation, située à environ 1,5 kilomètres du lieu historique national du Canada de  Grand-Pré, a été érigée en 1924 par le comité chargé de faire construire l’église-souvenir de Grand-Pré.  La croix représente un des symboles les plus marquants du Grand Dé- rangement et de la tragique histoire des Acadiens. La Commission pour la commémoration internationale de l’Odyssée acadienne et du Grand Dérangement décrit le symbolisme de la croix en ces mots : « la Croix de la Déportation est à l’Acadie et à l’événement du Grand Dérangement ce que la Croix irlandaise représente  à l’Irlande et à l’événement de la Grande Famine. » 

Bénédiction de la Croix (Horton Landing)
Photo : Société Nationale de l’Acadie

Le projet d’aménager une croix pour marquer l’endroit où furent embarqués les exilés de Grand-Pré  remonte à au moins 1923, alors qu’avait lieu le 23 août, à l’église-souvenir, le dévoilement et la bénédiction de la statue de Notre-Dame de l’Assomption, don de la Société Mutuelle de l’Assomption. Un article paru le 29 août 1923 dans L’Action catholique décrit l’événement ainsi :

La cérémonie de l’après-midi terminée, tous les Acadiens présents à Grand-Pré, ceux de la Baie Ste-Marie et ceux de Halifax, comme ceux  du Nouveau-Brunswick, de l’Île-du-Prince-Édouard, du Cap-Breton et d’ailleurs se rendirent à un endroit  situé à environ un mille du terrain de Grand-Pré. Ils descendirent tous à un endroit où une plate-forme de 12 pieds carrés avait été érigée. Cet endroit est celui d’où les Acadiens de 1755 embarques (sic) sur les navires anglais. Le terrain (12 pieds carrés) appartient à la compagnie du Chemin de fer Dominion Atlantic. Cette compagnie cède ce lopin de terre aux Acadiens à condition que d’ici le 3 septembre 1924 ils l’entourent d’une clôture et y érigent une croix de fer. L’Abbé A. Cormier, de Shédiac, après avoir lu l’acte de cession du terrain donna quelques explications. Ce terrain est situé à 50 pieds de l’endroit exact d’où les Acadiens de Grand-Pré en 1755 s’embarquèrent sur des chaloupes qui étaient venues dans le ruisseau, à sec maintenant, pour ensuite aller conduire les malheureux à bord des navires anglais à l’ancre dans le Bassin  des Mines à l’embouchure de la rivière Gaspareaux.

Les Acadiens s’étaient donc rendus à cet endroit pour la prise de possession de ce lopin de terre où ils érigeront un monument qui sera connu sous le nom de croix de l’embarquement.

L’honorable M. Véniot, Premier ministre acadien du Nouveau- Brunswick, prononça le discours de  circonstance. Nous sommes ici, dit- il, à l’endroit d’où partirent nos pères. En partant, ils durent jeter un  regard du côté de leur église et se dirent au fond du coeur : « Nous  reviendrons. » Ils y sont revenus puisque le berceau de leur race est de nouveau la propriété des leurs.

Conformément aux voeux exprimés l’été précédent, en juillet 1924 les travaux étaient en cours afin d’ériger une croix pour commémorer la dispersion des Acadiens :

Grâce à l’activité du comité de l’église-souvenir de Grand-Pré, et surtout de son énergétique président, le révérend A.D. Cormier, il s’érige actuellement près du terrain de Grand-Pré, une croix destinée à  perpétuer le souvenir de la dispersion des Acadiens en 1755.

C’est à Horton Siding (sic), à un mille et demi de distance du parc où  a été construite l’église-souvenir, que cette croix est érigée, tout près de la  ligne de chemin de fer. La croix est construite en fer malléable et a vingt pieds de hauteur. Elle est de style gothique et est sise sur une base en  ciment armé, faisant face à l’église-souvenir. Le tout est entouré d’une balustrade en fer d’à peu près quinze pieds carrés.

La croix porte deux inscriptions, l’une en français et l’autre en anglais. Cette inscription est comme suit :  « Le lit desséché du crique que l’on aperçoit dans le pré à quelques pas d’ici est l’endroit où furent embarqués sur les chaloupes, les victimes du Grand Dérangement de 1755 pour être transbordées sur les transports ancrés dans le Bassin des Mines. »

C’est la maison Abrams and Son de Moncton qui a construit la croix et elle est érigée par M. Thaddée Léger de Lewisville qui eut charge des travaux lors de la construction de l’église-souvenir.

Les plans ont été préparés par M.R.A. Fréchet. En cette occasion.  M. Fréchet a fait preuve d’un dévouement sans bornes à l’endroit des oeuvres de Grand-Pré. De fait, on ne saurait apprécier tout le temps que l’architecte Fréchet a dépensé à la préparation des plans et à la surveillance des travaux qui ont été accomplis à Grand-Pré depuis quelques années. Le Tout, son travail, sa surveillance des travaux qui ont  été accomplis à Grand-Pré ont été donnés généreusement comme contribution à l’oeuvre ayant refusé en toute circonstance d’accepter un sou de rémunération.

Comme le président du comité de l’église-souvenir, l’architecte Fréchet a fait preuve d’un dévouement dont  les Acadiens sauront lui tenir compte.

(L’Acadien, le 15 juillet 1924.)

Au cours de l’été 1924, Henri Bourassa et son journal Le Devoir organisent un pèlerinage « au pays d’Évangéline ». Les 280 délégués prennent leur départ de Montréal le dimanche 17 août 1924 à bord de  trains spéciaux du chemin de fer Canadien National. Le train fait son arrivée à Grand-Pré à 7 heures le  matin du mardi 19 août. Un article du 21 août du journal The Acadian, témoigne que les pèlerins voyageaient dans deux beaux trains de fer accompagnés par monsieur  G. Comeau, représentant du Dominion Atlantic Railway. Selon l’article, une cérémonie eut lieu à l’église-souvenir de Grand-Pré lors de laquelle le révérend A. D. Cormier et monsieur J. V. Landry de Shédiac ont pris la parole. Une messe fut ensuite célébrée par Mgr Richard de Verdun, Québec.

Croix de la Déportation (Croix de Grand-Pré), symbole très évoquant du Grand Dérangement.
Société Nationale de l’Acadie (sna@nbnet.nb.ca)

Après la messe, la foule s’est déplacée vers l’emplacement de la Croix de la Déportation pour une cérémonie de bénédiction présidée par Mgr Richard. Suite à la bénédiction de la croix, monsieur Henri Bourassa a prononcé une allocution qui fit la une de plusieurs journaux. Selon The Halifax Herald, et The Evening Mail, monsieur Bourassa aurait fait appel « à l’unité des deux races ». Le Devoir indique que les pèlerins ont été accueillis avec enthousiasme, que monsieur Bourassa a parlé à la bénédiction et « a eu un très grand succès ».

La croix, d’une hauteur d’environ 12 pieds (quatre mètres), a été érigée à quelques mètres seulement de la voie ferrée à l’époque durant laquelle des milliers de visiteurs se rendaient à Grand-Pré en train à chaque année. Dans un article sur le « Symbolisme de la Croix de  la Déportation », Maurice A. Léger écrit :

La croix dans la chrétienté est le gibet formé de deux pièces de bois placées en traverse l’une de l’autre sur laquelle fut supplicié Jésus-Christ. Par extension « faire  une croix » indique un événement extraordinaire; tandis que « faire une croix sur/ou dessus » signifie faire son deuil de quelque chose. La croix a toujours eut la connotation d’une certaine synergie antagoniste.

Tous ces caractères se retrouvent dans la « Croix de la Déportation » de Grand-Pré. La croix marque le site même de l’embarquement des Acadiens des Mines dans les chaloupes les transportant jusqu’aux navi- res qui les ont menés à leur destination d’exil en 1755. La croix est de forme latine, tréflée ou trilobée, la pièce verticale étant plus longue que la traverse horizontale. Les trois  extrémités supérieures se terminent par des trèfles ou tri lobes, symboles d’espérance et de la connaissance acquise ardemment de l’essence du Dieu trinitaire.

La simple croix latine est devenue le symbole par excellence du  christianisme et le signe de la rédemption. Les lobes aux extrémités représentent les points cardinaux de l’univers. La « Croix de la Déportation » se distingue particulièrement par les pièces décoratives à la réunion du pal et de la fasce (les deux pièces horizontale et verticale). Il  s’agit d’un cercle que traversent en sautoir quatre lances de fer. Le cercle symbolise l’univers et les lances rappellent à la fois le corps transpercé du Christ et la violence du  sort infligé aux exilés. Des éléments décoratifs fusent les lances à la jonction du bras horizontal de la croix ainsi que d’accent en forme de X au fer pointu qui expriment  la virulence de l’acte de dispersion. 

Le long du Bayou Tèche, Louisiane
(Société Nationale de l’Acadie : sna@nbnet.nb.ca)

Immédiatement sous la traverse se trouve un écusson sur lequel est inscrit : « À l’endroit où furent embarqués sur des chaloupes les victimes du Grand Dérangement de 1755 ». D’aucuns aimeraient nommer celle-ci la « Croix de l’embarquement »,  mais sa nomenclature actuelle lui donne une signification plus générique de toutes les péripéties qu’ont occasionnées ce Grand Dérangement.

Le contexte actuel

Le plan de gestion du lieu historique national de Grand-Pré, préparé en 2001, indique que la Croix de la Déportation est étroitement liée à l’objectif de commémoration de  Grand-Pré. Dans le passé, il avait  été question de déménager la croix au lieu historique national de Grand-Pré, mais puisque l’on pensait que la croix était située tout près du lieu d’embarquement des  Acadiens, cette option avait été rejetée. Pour conserver son importance historique et symbolique on était d’accord que la croix devrait être située à l’endroit de l’embarquement.

Des recherches plus récentes, surtout celles effectuées par Sherman Bleakney, démontrent toutefois que l’embarquement des exilés a eu lieu à environ 0,5 kilomètre de l’endroit actuel de la croix, soit à Horton Landing, sur les rives de la rivière Gaspareaux, où Parcs Canada commémore l’arrivée des Planters. Ce lieu avait jadis été nommé « Vieux Logis » par les Acadiens qui se sont établis  dans la région du Bassin-des-Mines vers la fin du dix-septième siècle. Depuis les dernières années, l’intérêt des visiteurs de se rendre à la Croix de la Déportation ne cesse de croître. Des centaines de visiteurs, sinon des milliers, se rendent à la croix à chaque année en empruntant les routes des marais ou en marchant  sur la voie ferrée. Cette situation inquiète les propriétaires des terrains  ainsi que la Windsor & Hantsport Railway Company, propriétaire actuel du chemin de fer, qui, en 2004, a formellement demandé à Parcs Canada de déplacer la croix afin de prévenir des accidents.

Des démarches ont été entamées auprès des autorités qui gèrent les marais (Marsh Body) afin de trouver un moyen d’aménager un sentier sécuritaire menant à la croix, mais aucune solution n’a été trouvée.

Intérêt international

En plus de jouir d’une promotion internationale et d’inspiration pour plusieurs artistes de renom, une  réplique grandeur nature de la croix  a été érigée à Saint-Martinville en Louisiane en 2003. La réplique a été aménagée dans le jardin de méditation du Monument acadien le long du Bayou Tèche, à l’endroit où la première communauté acadienne s’établit en 1765.

La Commission pour la commémoration internationale de l’Odyssée acadienne et du Grand Dérangement, créée par la Société Nationale de l’Acadie pour se pencher sur un projet concret de commémoration du 250e anniversaire de la Déportation, vient de proposer un projet d’envergure qui propose l’aménagement de monuments à plusieurs endroits dans le monde associés aux événements du Grand Dérangement. Le monument se compose de plusieurs plaques ainsi que d’une réplique de la Croix de la Déportation (voir couverture arrière de cette édition).

Proposition  de déplacement

Au cours de la dernière année, des consultations auprès de la Société Nationale de l‘Acadie, de la Société Promotion Grand-Pré ainsi que de la communauté locale ont révélé que la solution privilégiée serait de déménager la croix à un endroit accessible et sécuritaire. Puisque nous savons maintenant  que l’embarquement des Acadiens a eu lieu à Horton Landing, il y a consensus que la Croix de la Déportation aurait une plus grande valeur historique et commémorative si elle était située à l’endroit  précis où les Acadiens ont dû s’embarquer pour l’exil.

Au cours des derniers mois, la Société Nationale de l’Acadie et la Société Promotion Grand-Pré ont entre- pris des démarches auprès de Parcs Canada afin d’effectuer le déplacement. La communauté locale a été consultée et a donné son appui au déplacement. Parcs Canada prépare actuellement les plans et devis portant sur l’aménagement du terrain où sera déplacée la croix. La Société Nationale de l’Acadie se propose d’inaugurer le nouvel emplacement de la  croix le 28 juillet 2005, lors d’une cérémonie marquant le 250e anniversaire de la Déportation.

 

Remerciements :

Jocelyne Marchand
rapport sur la Croix de la Déportation.

Père Maurice Léger
Le Symbolisme de la « Croix  de la Déportation » de Grand-Pré

 

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L’église-souvenir de Grand-Pré, Lieu historique national acadien de Grand-Pré
Photo : Société Nationale de l’Acadie

 

 

The sense of being Acadian cannot be separated from the sense of being Canadian or American, English or French, because these identities form both the boundaries and the interstices of the Acadian story…  Acadie is the disappearance of a people from the geography of nations.  It has disappeared at gunpoint…  The Acadian deportation marks the beginning of the British Empire…  The Acadian exile marks the beginning of geopolitics -  politics based on the attempt  to enforce a planetary agenda…

         Clive Doucet,  Notes from Exile / On being Acadian,  1999, pp.3-4, 6, 42, 44.

ROBERT MONCKTON : le député de la Chambre des communes en Angleterre qui vint déporter les Acadiens en 1755

2005 par Contribution anonyme

 

En 1755, le lieutenant-colonel Robert Monckton reçut du lieutenant-gouverneur Charles Lawrence le mandat d’organiser la déportation des Acadiens. Il s’en acquitta avec un cynique sang-froid et même  une certaine allégresse. Reconnaissant, le gouvernement anglais lui conféra le titre de lieutenant- gouverneur de la Nouvelle-Écosse.

Robert Monckton est né le 24 juin 1726, en plein solstice d’été, dans le Yorkshire anglais. Il était le se- cond fils de John Monckton de Cavil-Holyrod, qui fut créé vicomte de Galway, en 1727, et de Lady Elizabeth, fille de John Manners, deuxième duc de Rutland. De sa jeunesse on ne sait à peu près rien, sinon qu’il fut élevé dans toute la rigueur de la gentry anglaise et qu’il reçut une éducation rigoureuse et une formation militaire précoce.

Il n’avait que quinze ans, en 1741, lorsqu’il reçut une commission d’enseigne (porte-drapeau) dans le 3e régiment des gardes de Sa Majesté. L’année suivante, le jeune adolescent rejoignit l’armée anglaise dans les Flandres. Nommé lieutenant, il se battit en 1743 à Dettingen et il fut promu capitaine le 24 juin 1744, le jour de son 18e anniversaire de naissance. L’année suivante, Robert Monckton prit part à la bataille de Fontenoy, en qualité d’aide de camp de Lord Dunmore. Le 15 février 1747, il est nommé major. À 21 ans, c’est le plus jeune major de toute l’armée anglaise. Mais  sa fulgurante ascension ne faisait que commencer.  Robert Monckton est promu lieutenant-colonel le 28 février 1751. Puis, le 21 novembre suivant, à la mort de son père, il est élu aux Communes comme député de Pontefract.

En 1752, il fut envoyé à Halifax où il devint membre du conseil, le 28 août 1753. Le 21 août de l’année sui- vante, on le transféra à Annapolis comme lieutenant-gouverneur. En 1755, Robert Monckton amena de Boston environ 1 500 hommes de troupes provinciales, à la tête desquels il s’empare des forts Beauséjour et Gaspareau. Heureux de tels résultats et entièrement conquis par son efficacité, le lieutenant-gouverneur Lawrence lui confia le mandat d’exécuter des hautes oeuvres contre les Acadiens, c’est-à-dire la Déportation. Robert Monckton s’en acquitta, nous dit Lejeune, « avec un cynique sang-froid et avec une allégresse sauvage dont il ne se départait jamais ». Il donna ses instructions à ses sous-officiers, Winslow, Murray, Handfield et autres officiers. Comme salaire, on lui accorda, en décembre 1755, le titre et la charge de lieutenant-gouverneur de la Nouvelle-Écosse.

En 1758, nous dit Bona Arsenault, plusieurs familles de fugitifs acadiens vivaient cachées dans les bois de la rivière Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick actuel. Robert Monckton reçut l’ordre d’aller les déloger de leur retraite. L’expédition de 1 200 miliciens, commencée le  16 septembre 1758, dura deux mois et fut poursuivie, au mois de janvier 1759, par Moses Hazen, l’un de ses officiers, d’origine hébraïque. Toutes les maisons furent incendiées sur une distance de 35 milles. Plusieurs Acadiens furent tués et vingt-trois faits prisonniers. Les autres, fuyant à travers les bois, purent atteindre les rives du fleuve Saint-Laurent.

En 1759, Monckton est commandant en second, sous les ordres du général Wolfe, des troupes de terre dans l’expédition dirigée contre Québec, avec titre de brigadier-général. Il prit une part prépondérante aux opérations, en s’emparant d’abord des hauteurs de Lévis. Mais tous ses efforts, combinés avec ceux de  Wolfe et de Townshend, vinrent se briser contre les troupes françaises à la bataille de Montmorency.

Les deux brigadiers avisèrent alors le général Wolfe que, s’il voulait en finir avec les assiégés avant la  venue de l’hiver, il était urgent de lever le camp et de tenter une descente au-dessus de Québec, par l’Anse- au-Foulon. On sait que la combinaison réussit à merveille.

Le 13 septembre 1759, les troupes de Monckton se trouvèrent rangées en bataille sur les Plaines d’Abraham. Le 15, il écrivit à W. Pitt, du camp de la Pointe-Lévis, pour lui rendre compte de l’état du siège : 

J’ai le plaisir de vous annoncer que, le 13 courant, les troupes de Sa Majesté ont remporté une victoire  signalée sur les Français, un peu au-dessus de Québec.  Pendant qu’il exerçait tous ses efforts sur la droite de notre armée, le général Wolfe reçut, presque au commencement de la bataille, une blessure dont il mourut peu après.  Moi-même j’ai eu le grand malheur de recevoir à la poitrine, du côté gauche, une balle qui a percé une partie du poumon et qui a été extraite sous l’omoplate de l’épaule. J’ai été frappé juste au moment où les Français reculaient et j’ai dû quitter le champ de bataille. J’ai alors exprimé le désir que le général Townshend, qui commande maintenant les troupes devant la ville, dont il sera bientôt en possession, je l’espère, vous fasse le rapport des événements de la journée de nos opérations. Les troupes de Sa Majesté ont montré la plus grande fermeté et la plus  grande bravoure. Comme les chirurgiens me disent que ma blessure n’offre aucun danger, j’espère que je sera bientôt capable de rejoindre l’armée devant la ville.

Le 24 septembre 1759, promu colonel, Monckton se rendit à New York et reçut le commandement des troupes à Philadelphie. Le 20 février 1760, on lui accorda le grade de major-général et, le 20 mars 1761, le titre de gouverneur de New York et de commandant en chef des forces de la Province. Mais, la même année, il fut mis à la tête des troupes de terre dirigées sur les Antilles, tandis que l’amiral Rodney commandait les forces navales. Tous deux s’emparèrent non seulement de la Martinique, mais encore des îles de Grenade, de Sainte-Lucie et de Saint-Vincent. Ils furent félicités en commun par un vote unanime des députés à la Chambre des communes.

Le 28 juin 1763, le général Monckton, couvert de gloire, rentra en Angleterre, à peine âgé de 37 ans. Le 14 juin 1765, lorsque Sir Henry Moore fut investi de son gouvernement de New York, on le nomma gouverneur de Berwick-on-Tweed et Holy Island. Le 30 avril 1770, il recevait la commission de lieutenant-général et, huit ans plus tard, la charge de gouverneur de Plymouth. Il représenta ce comté comme député  au Parlement de Londres durant trois ans.

Robert Monckton est mort le 3 mai 1782 à l’âge de 56 ans. La ville de Moncton, au Nouveau-Brunswick, qui portait autrefois le nom de Le Coude, perpétue  sa mémoire, bien que l’orthographe ait été modifiée.

 

(Retitré et tiré de Héritage Acadien, revue d’histoire et de généalogie dirigée par Florian Bernard, no 8,  juillet 1995)

 

A Cajun’s Perspective on the Acadian Deportation: Beausoleil Broussard’s Resistance, Redemption and Legacy

2005 par Warren A. Perrin

Warren A. Perrin

 

In 2004, Acadians the world over celebrated the 400th anniversary of the genesis of our people and culture in North America. Our Acadian roots are in France, but it was only after 1604 that a people known as “les Acadiens” (and later as “Cadiens” or “Cajuns” in Louisiana) emerged. There can be no better time than the 250th anniversary of the Acadian Deportation in 2005 to revisit the role played by Joseph dit Beausoleil Broussard (b. 1702-d. 1765) in the diaspora.

It is said that extraordinary times produce extraordinary people. That was certainly the case with Beausoleil.  But to say that “Le Grand Dérangement” was an extraordinary time is a gross understatement. It is one of the darkest chapters in North American history in that it represents the first -  and perhaps the only – example of ethnic cleansing of Neo-Europeans in the history of the continent. Beginning in 1755 and ending in 1763, British and New England militia cleared Acadia of Acadians. It is impossible to capture in words the agony, pain, suffering and humiliation of the Acadians during the years of expulsion. Thousands of Acadians died of disease and malnutrition on overcrowded and under-rationed British ships. Thousands more were imprisoned in England and Nova Scotia. Yet, despite insurmountable odds, the Acadians fought back with Beausoleil Broussard as the leader of their insurgency.

Centuries later, modernity would call Beausoleil’s tactics, “guerilla warfare”. Beausoleil simply called it “la guerre”. He was a brave man, but the fighters  – farmers, fishermen and trappers – armed with agricultural implements, homemade knives, swords,  and an occasional rifle – were no match for the British Empire. Unlike many other Acadians who chose to accept their fate, that of forcible exile by the British, Beausoleil, who had learned much about aboriginal warfare tactics from his good friends the Mi’kmaq, decided to fight. As a result, he and his family suffered greatly and spent the last years of “Le Grand Dérangement” under heavy guard in Halifax’s Georges Island prison. When the French and Indian War (American designation for the “Seven Years War”) ended, and he and his family were released from prison, he led his people to a “New Acadia”. We do not know that  the result of his efforts allowed the Acadian culture to continue developing in a new environment. Beausoleil led many of his people to Louisiana’s bayou country, allowing those Acadians to live in peace and community once again and to maintain their cultural identity. This identity continued to evolve as a vibrant part of  the American mosaic.

For two centuries, the collective consciousness of the exiles pined for a grand hero, someone of their own cultural identification with the charismatic stature of a Napoleon. In the beginning they had many heroes and knew them quite personally, but the distances of time and geography, continuous ethnic persecution by humiliation and fragmented isolation had eroded their history. There was also, apparently, a reluctance to remember. Perhaps the past was just too painful, each successive present too tense with difficulty and the only goal for the future, one of simple survival. Whatever the cause, in Louisiana, where a large number of the émigrés settled, the paucity of written or oral history or even folksongs pertaining to the aftermath of the Deportation  was astounding.

The beautiful depiction of Beausoleil by the Acadian Antonine Maillet in her excellent novel Pélagie-la-Charette (Pélagie of the cart), about the journey of a motley group of Acadian exiles  and others picked up along the way from Georgia back to Canada overland in the first years after the mid-eighteenth century deportations, is fictional. The famous Acadian freedom fighter makes a cameo appearance  in the narrative and Maillet blithely knocks at least twenty years off his age, ignores the man’s wife and numerous children, restores his sexual virility and remakes him into the lover of the protagonist. This is the way legends have been born across the ages.

The real Beausoleil appears to have been a colourful, enigmatic and charismatic man, a revolutionary whom the British characterized as a rogue and an outlaw.  To the Acadians, Beausoleil was revered as a patriot. His true character was somewhere in-between; that is, he was not necessarily always a righteous, upstanding pillar of the Acadian community, but neither was he the murderous blackguard the British made him out to be. Although forbidden by British law to do so, as a young man Beausoleil consorted with the Mi’kmaq of the area, with whom he was on good terms. In his early twenties, he was found to have fathered a child out of wedlock and was involved in various other civil and physical disputes with neighbours.

In Louisiana, we say “Lâche pas la patate” (Don’t drop the potato). Life may be a hot potato, but Cajuns feel they cannot drop it because it may turn out to be all they have to eat! Beausoleil had every opportunity to learn this. He was – and continues to be in the cultural consciousness – an example of a man who lost a war, a homeland and much of his extended family to death. Beausoleil was literally destroyed by exile in a physical way. He was forced into an environment where a disease (yellow fever) which was nonexistent in his homeland, provided him no natural resistance and periodically sliced through the countryside with the sickle of death. It was a horrid death, too.  Victims often vomited black, congealed blood and bled from their eyes. And yet, after all the suffering and numerous defeats, somehow through his progeny he eventually won.

In 1763, after the majority of the  Acadians had already been deported, Governor Wilmot offered the Acadians still remaining in Nova Scotia, including Beausoleil, and his troublesome rag-tag band of guerrilla fighters, the opportunity to stay and become “good British subjects”, provided they took the oath of allegiance to the British Crown. Many accepted the offer, however, Beausoleil refused to do so. Why? Perhaps it was due to his obstreperous personality, his love of liberty, his unquenchable desire to escape British rule, or to his training with the Mi’kmaq. More likely, it was due to his intense passion for his Acadian heritage. Beausoleil was a descendant of the first Neo-Europeans who had left feudalism and oppression behind to forge a new found freedom and identity in this place called “Acadie”. That identity, inherited from his ancestors, represented the years of struggle that they had experienced in order to give Beausoleil and his children the opportunity to live in a land free of servitude to tyrannical governments where they could live in peace and practise their own religion.

Although we know that Beausoleil was extremely anti-British and had a contentious, militant character, one must conclude by the sheer number of Acadian descendants in Louisiana today that his life’s ultimate struggle did, in the end, merit him the distinction of being the foremost champion of the Acadian culture. Like many other significant historical icons, he set out to accomplish one thing and ended up accomplishing something far more positive. From our vantage point in the twenty-first century, what did Beausoleil actually accomplish?  At what cost? And how and why did he become such a folk hero?

In the beginning, it appears that revenge was his motivation for leading the resistance against the British. Revenge may, at times, be a natural human response to certain situations, but it is not a positive motivation. Because of his tenacity, many of his decisions resulted in the tragic loss of the lives of family members and fellow insurgents. Toward the end of his military efforts against the British, when he must have finally realized the fruitlessness of continuing his resistance – after even France gave up  the fight – only then did he set out about uniting Acadian families and preparing to depart from his beloved homeland to what he hoped would be a better life in a “New Acadia”.

According to Louisiana historian Dr. Shane K. Bernard in his book The Cajuns: Americanization of a People, the Cajun people have evolved dramatically since Beausoleil’s lifetime. Would he recognize today’s Cajuns as his descendants? The Cajuns of the early twentieth century differed relatively little from their Acadian ancestors. Like the exiles, Cajuns before the mid-twentieth century worked as subsistence farmers; if not farmers, they held other folk occupations, such as trapping, fishing, moss-picking, logging and boat-building.

Around 1940 however, the Cajuns’ world began to change with increasing rapidity: the engine of change was World War II. Unlike previous historical events, this global conflict and its aftermath served as major Americanization agents in south Louisiana, resulting, for instance, in the near demise of Cajun French by the end of the century: in 1990, only  about 30 per cent of Cajuns spoke the dialect as their first language, and most of these were middle-aged or elderly.

The unifying thread of recent Cajun history is Americanization  – the process of becoming like the Anglo-American establishment that has traditionally dominated the nation’s mainstream culture. Americanization meant embracing the work ethic, materialism and patriotism of Anglo-America, all of which were foreign to the majority of Cajuns before World War II. It also meant speaking English, despite the fact that the Cajuns and their forebears had spoken French as their primary language since coming to America three centuries earlier. Americanization thus ranks as one of the most important events in the entire Cajun experience, along with the expulsion of the ancestors from Nova Scotia, and south Louisiana’s devastation during the Civil War. These events resulted in fundamental changes that forever altered the nature of the ethnic group.

Beginning in the 1960s however, the Cajuns, swept up in the national trend of ethnic pride and empowerment, mobilized to save their culture. The rise of a grassroots Cajun pride movement and a parallel, more organized movement led by CODOFIL (the Council for Development of French in Louisiana), signalled the Cajuns’ efforts to reclaim their heritage through a variety of measures: from protecting the French language in the state constitution of 1974, to demanding in the Petition of 1990 that the  British Crown acknowledge its mistreatment of the Acadians during the Deportation.

The Petition alleged that the Acadian expulsion had not only been illegal according to international law of the period, but the expulsion order, an overt act of “ethnic cleansing” had never been repealed. On September 14th, 2004 on the occasion of the opening of the new session of the Canadian Court of Appeal in Fredericton, New Brunswick, Justice Michel Bastarache of the Canadian Supreme Court in Ottawa stated:

Then came the Deportation order which itself was illegal because it was contrary to British public law and also because it was passed without the vote of the assembly. The event which primarily inspired the Petition was passage of the Civil Liberties Act of 1998, which apologized for America’s internment of about 120,000 U.S. citizens and resident aliens of Japanese ancestry during World War II.

The Petition of 1990 may successfully have been resolved on December 9th, 2003 with Queen Elizabeth’s Canadian Royal Proclamation. Beausoleil Broussard undoubtedly would have looked upon this act approvingly as a form of redemption. Nevertheless, after the passage of 250 years, the legacy of the Acadian Deportation continues to define both the Cajun people in general and Beausoleil in particular.