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À Saint-Louis-de-Kent

2009 par David Le Gallant

Saint-Louis-de-Kent revendique l’apanage d’être le «Berceau du drapeau national acadien» puisque Mgr Marcel-François Richard y aurait fait coudre par Marie Babineau le tout premier exemplaire de notre symbole le plus puissant qu’est le tricolore étoilé. Du même coup, Miscouche peut aussi revendiquer ce titre car c’est là où ce même drapeau national a été adopté et, pour la toute première fois dans son histoire, déployé et hissé. Saint-Louis-de-Kent et Miscouche, chacun à leur façon, sont un «Berceau du drapeau national acadien». Mais il ne faut surtout pas oublier que le destin a jeté son dévolu sur Saint-Louis-de-Kent pour l’ultime honneur d’avoir été la patrie à laquelle appartenait Mgr Richard, de par sa naissance le 9 avril 1847(1), et de par son propre destin en tant que véritable «Père du drapeau acadien» et par ricochet «Père de la Renaissance acadienne» (voir page 8) .

L’année 2009 a été l’anniversaire par excellence pour ce qui est de nos symboles nationaux à nous, Acadiens et Acadiennes. Pas seulement du 125e de notre drapeau, mais aussi de l’adoption de l’Ave Maris Stella (en tant qu’hymne national), d’un insigne et d’une devise (L’Union fait la force). L’année 2009 marquait aussi le 15e anniversaire (1994-2009) de l’adoption de paroles françaises à côté des paroles latines d’au moins le 9e siècle sinon avant (voir page 3).

Les Acadiens, en quelque lieu qu’ils se trouvent, (2) célèbrent et hissent très souvent leur symbole identitaire! En ce samedi du 15 Août national de 2009, ils ont fait de même. Peut-être aussi ce dimanche 16 août 2009 parce qu’un dimanche est souvent plus propice qu’un samedi pour fêter. En tout cas, pour ceux qui ont hissé  notre tricolore étoilé le dimanche 16 août 2009, c’était ce jour-là qu’était la date exacte du 125e anniversaire de son tout premier hissement sur terre à Miscouche et sur mer, à quelques encablures (3) du quai de Summerside. D’ailleurs et en pleine connaissance de cette date historique mémorable, c’est cela qui est advenu à Mont-Carmel en cette année de son 125e (voir p. 24).

Bien qu’il y eût le 14 juillet 2009 des célébrations du 125e de notre drapeau au Musée acadien de l’Î.-P.-É. (voir pages 18-20), c’est le 8 novembre 2009 qu’a eu lieu, que l’on sache, l’événement d’un hissement de notre drapeau national le plus gigantesque qui soit, 60 pieds  x 30 pieds. La hauteur au mât fut de 130 pieds. Les deux pages qui suivent, gracieuseté de M. Léo-Paul Frigault, directeur général du  Village de Saint-Louis-de-Kent, démontrent bien la splendeur et la solennité que nous devons à notre symbole le plus puissant, pas seulement à la mémoire vivace de Mgr Richard, mais pour que cela serve aussi de point de repère à nos jeunes pour qu’ils s’identifient, en quelque lieu qu’ils se trouvent, comme étant des Acadiens et des Acadiennes.

Pour reprendre des mots dans l’invocation du père Mazerolle (page 23), il faut être résolu pour s’affirmer et, comme notre drapeau, toujours visible de loin et bien planté. Car sinon, on peut être reconnaissant, fêter et folkloriser à toutes sauces et tant qu’on veut, on n’arrivera jamais à freiner le rouleau compresseur d’une francophonie trop uniformisante. Nos jeunes de souche acadienne, bien fiers de prioriser qu’ils sont des bilingues et des francophones, oublieront de plus en plus, pour prendre les mots du jeune Mitchell Richard (voir page 44), qu’ils sont aussi des Acadiens dans le sang! Félicitations à la communauté de Saint-Louis-de-Kent pour faire valoir, en grand format, ce que doivent être nos priorités en tant qu’Acadiens et Acadiennes.

(1)       Même année que fut publié l’Évangéline de Longfellow.

(2)       Les mots exacts dans le décret du pape Pie XI promulguant Notre-Dame de l’Assomption à titre de patronne des Acadiens.

(3)       Tel qu’on l’a décrit dans les reportages de l’époque.

 

Carte d’invitation pour le lever du drapeau national
le 8 novembre 2009 – Saint-Louis-de-Kent

Fierté nationale solennelle
Les pompiers de Saint-Louis-de-Kent

Fierté nationale estudiantine
École Marée-Montante et École Mgr-Marcel-François-Richard

Ce drapeau qui réveille la nation !

Les Grandes Heures du peuple acadien

2009 par David Le Gallant

C’est le 10 septembre 2005 au Centre Belle-Alliance de Summerside, Île-du-Prince- Édouard, que furent dévoilés au public les six tableaux historiques sur les principaux événements entourant l’adoption des symboles nationaux des Acadiens. Ces tableaux ont été réalisés à l’initiative de l’Association du Musée acadien de l’Île-du-Prince- Édouard et relatent 120 ans d’histoire des symboles nationaux acadiens à partir des deux premières conventions nationales du peuple acadien jusqu’à 2001.

L’œuvre, intitulée «Les Grandes Heures du peuple acadien 1881- 2001», a été réalisée par le peintre de renommée internationale Claude Picard de Saint-Basile, Nouveau-Brunswick. Les six tableaux, mesurant chacun 4 pieds de haut par 5 pieds de large (58 pouces par 70 pouces avec les cadres), sont exposés au Musée acadien de l’Île-du-Prince-Édouard à Miscouche, l’endroit où plusieurs des symboles nationaux acadiens ont été débattus et adoptés.

Le financement du projet a été assuré grâce à l’Agence de promotion économique du Canada atlantique (APÉCA), au gouvernement provincial de l’Île-du-Prince-Édouard ainsi qu’à la générosité de donateurs et donatrices. L’Association Acadienne de la Région de Québec figure parmi ces donateurs.

L’artiste a mis plus de quatre années pour réaliser son chef-d’œuvre. Il a étudié de nombreux documents historiques, des descriptions des événements relatés dans les journaux de l’époque, des centaines de photographies, et même le catalogue Butterick pour sélectionner les bons costumes de l’époque victorienne. Claude Picard a  démontré une fois de plus son souci du détail historique et son immense talent de portraitiste. La ressemblance de ses personnages est frappante même lorsqu’ils sont petits. Il a effectué un travail gigantesque pour agencer et représenter fidèlement toutes les scènes historiques.

Il a même trouvé dans chacun des six tableaux un endroit pour y faire figurer la «petite chouette acadienne», emblème aviaire proposé pour l’Acadie. Son nom commun est la Petite Nyctale et son nom latin Aegolius acadicus (parce qu’identifiée pour la première fois en Acadie). C’est la plus petite chouette de l’Est de l’Amérique du Nord (20 cm de long, elle pèse environ 80 g). Elle a les yeux jaunes, pas d’aigrettes au-dessus des oreilles, un front brun rayé de stries blanches et un bec relativement foncé. Elle est difficile à trouver mais se laisse facilement approcher par l’humain et sa durée de vie est d’au plus 7 ans.
Un résumé de la carrière du peintre Claude Picard se trouve sur le site Web en cliquant Claude Picard ou dans notre édition 21 (p. 6-10).

C’est la première fois que sont transposés sur des tableaux historiques des événements plus réjouissants qui témoignent des efforts du peuple acadien pour son affirmation. Ces tableaux constituent en eux-mêmes une page très importante de l’histoire acadienne; ils la préservent et l’enseignent en même temps.

NDLR : Nous remercions l’Association Acadienne de la Région de Québec en particulier Mme Cormier de la Garde, rédactrice en chef de l’AARQ-EN-CIEL, ainsi que M. Jacques Gaudet (Jacques à Joseph à Robert (Baie-Egmont) à Joseph-S (Miscouche) à Étienne (Miscouche) à François (Malpèque…) qui avait préparé l’original de la description des Grandes Heures du peuple acadien tel que cela est reproduit dans les trois prochaines pages.

Claude Picard

 

 Description des tableaux
(Extraite des plaques explicatives fournies par l’Association du Musée acadien de l’Î.-P.-É.)

 

PREMIER TABLEAU

UNE PATRONNE ET UNE FÊTE NATIONALE POUR L’ACADIE

Suite au rapport d’une commission qui la proposait la veille par un vote de 12 contre 4, le peuple acadien s’est choisi, le 21 juillet 1881, une fête nationale. Ceci eut lieu lors de la plénière de la Première Convention Nationale des Acadiens tenue à Memramcook, N.-B. Ce choix de Notre-Dame de l’Assomption comme patronne et du «15 Août» comme fête nationale fut approuvé le 16 septembre 1881 par l’épiscopat des Provinces Maritimes, décrété le 19 janvier 1938 par Sa Sainteté le pape Pie XI et proclamé à deux reprises par Mgr Arthur Melanson le 25 mars 1938.


 

DEUXIÈME TABLEAU

UN INSIGNE, UNE DEVISE ET UN DRAPEAU NATIONAL POUR L’ACADIE

Lors de la plénière de la Deuxième Convention Nationale des Acadiens, tenue à Miscouche, Î.-P.-É., l’après- midi du 15 août 1884, le peuple acadien a choisi comme devise L’Union fait la force, et comme insigne une bandelette de soie bleue couronnée d’une rosette en ruban rouge et blanc et frappée de ladite devise, d’une étoile et d’un vaisseau arboré d’un pavillon avec le mot Acadie. Comme drapeau national, le peuple acadien a choisi le tricolore étoilé aux couleurs françaises et à l’étoile (Maris Stella) représentant Notre-Dame de l’Assomption, leur patronne, adoptée trois ans auparavant à Memramcook, N.-B. La plupart des motifs dudit insigne seront incorporés dans les armoiries nationales de l’Acadie concédées à Rideau Hall, à Ottawa, en 1995.

 

 

TROISIÈME TABLEAU

PREMIER DÉPLOIEMENT DU «TRICOLORE ÉTOILÉ» ET UN AIR NATIONAL POUR L’ACADIE

À Miscouche, Î.-P.-É., le soir du 15 août 1884, dans une salle du Couvent Saint-Joseph des Soeurs de la Congrégation de Notre-Dame, de Montréal, a lieu le tout premier déploiement public du tout nouveau drapeau de l’Acadie adopté l’après-midi même lors de la plénière de la Deuxième Convention Nationale des Acadiens. Ce premier drapeau acadien était un drapeau tricolore français qui avait été piqué de l’étoile aux couleurs papales, à la demande de l’abbé Marcel-François Richard, curé de Saint-Louis-de-Kent, N.-B. La personne choisie pour confectionner ce drapeau avant la convention acadienne de Miscouche fut Marie-Agathe Babineau née à Saint-Louis-de-Kent. Le premier drapeau mesurait 9 pieds par 6 pieds; il avait donc les proportions 3 : 2. Lors de ce premier déploiement, l’abbé Richard entonna l’Ave Maris Stella après quoi Pascal Poirier, futur premier sénateur acadien, suggéra que l’on ait comme air national l’Ave Maris Stella, cette ancienne hymne religieuse du sixième siècle attribuée en général à saint Venance Fortunat, évêque de Poitiers (France).

 

QUATRIÈME TABLEAU

PREMIER LEVER «SUR TERRE» DU DRAPEAU NATIONAL DE L’ACADIE

Le samedi matin du 16 août 1884 eut lieu à Miscouche, Î.-P.-É., le premier lever officiel sur terre du tout nouveau drapeau national de l’Acadie en face de l’église Saint-Jean-Baptiste de Miscouche. La cérémonie fut présidée par l’hon. Pierre-Amand Landry. Une fois le premier drapeau acadien déployé au vent, le père N. C. A. Boudreault, curé de Miscouche, le fit saluer d’une fusillade au milieu des vivats enthousiastes des habitants de Miscouche et des délégués de la Deuxième Convention Nationale des Acadiens.

 

CINQUIÈME TABLEAU

IRONIE DE L’HISTOIRE : L’ANGLETERRE, PREMIÈRE NATION À SALUER LE DRAPEAU ACADIEN !

Samedi après-midi, le 16 août 1884, grâce à l’obligeance du capitaine Evans du traversier et vapeur St. Lawrence qui ramenait la plupart des excursionnistes de Summerside, Î.-P.-É., à la Pointe-du-Chêne, N.-B., les délégués de la Deuxième Convention Nationale des Acadiens ont eu le bonheur de voir flotter sur le vapeur leur nouveau drapeau national, vieux d’un jour, bien qu’à l’ombre du Union Jack. Cette obligeance déclencha le tout premier salut d’une nation étrangère envers le drapeau acadien alors qu’un navire détaché de la flotte britannique, mouillé à quelques encablures du quai de Summerside, mit ses couleurs au vent, croyant saluer le drapeau de la France. Or ce n’était pas le drapeau de la France que l’Angleterre saluait mais bel et bien le drapeau de ce peuple acadien qu’elle avait déporté 129 ans auparavant. Cette traversée du port de Summerside à Pointe-du-Chêne marqua aussi la première fois que l’on hissa le drapeau national de l’Acadie «sur mer» et que l’on y chanta l’Ave Maris Stella en tant que «air national acadien».

 

SIXIÈME TABLEAU

DRAPEAU DE L’ACADIANA, DES PAROLES FRANÇAISES POUR L’AVE MARIS STELLA

ET DES ARMOIRIES NATIONALES POUR L’ACADIE

1965, en Louisiane, un drapeau incorporant «l’Étoile de l’Acadie» (Maris Stella) pour la région de l’Acadiana a d’abord été dévoilé à la Maison française de l’Université de la Louisiane à Lafayette, ensuite officiellement hissé en 1968 au centre-ville de cette même ville et enfin proclamé en 1974 au capitole de l’État de la Louisiane à Baton Rouge.

1994, à Mont-Carmel, Î.-P.-É., des paroles françaises pour l’Ave Maris Stella furent composées par Jacinthe Laforest et adoptées à Chéticamp, N.-É., par la Société Nationale de l’Acadie. Pour la toute première fois et officiellement, cesdites paroles furent d’abord chantées par Lina Boudreau, lors de la clôture du Premier Congrès Mondial (1994) du peuple acadien tenu à Dieppe, N.-B., ensuite enregistrées en 1999 en l’église Saint-Simon-et-Saint-Jude de Tignish, Î.-P.-É., par la chorale du bicentenaire de cette ville, et enfin dévoilées en 2001 au Musée acadien à Miscouche sur une plaque érigée par l’Association du Musée acadien de l’Î.-P.-É.

1995, à Rideau Hall, à Ottawa, des armoiries nationales incorporant l’insigne adopté lors de la Deuxième Convention Nationale des Acadiens (1884) furent concédées le 15 août 1995 au peuple acadien par l’Autorité héraldique du Canada et officialisées en 1996 au Musée acadien de l’Î.-P.-É. à Miscouche, en présence de Son Excellence le très honorable Roméo LeBlanc, Gouverneur général du Canada, et des représentants du peuple mi’kmaq et de la Société Nationale de l’Acadie.

Pour un symbole aviaire national du peuple acadien, la “Petite Nyctale”

2009 par David Le Gallant

Son vrai nom est la Petite Nyctale ou en latin Aegolius acadicus signifiant «chouette acadienne». Plus petite qu’un merle, elle est de couleur rougeâtre dessus, blanche à raies rougeâtres dessous, le disque facial bordé de brun et le bec foncé. On dit que ses yeux sont jaunes et qu’elle n’a pas d’aigrettes.

Sa voix est une longue série de sifflements courts et monotones émis par le mâle durant la saison de reproduction. Elle se niche généralement dans les trous abandonnés par les pics bois. Elle pond entre quatre et six oeufs.

Essentiellement nocturne, la Petite Nyctale se révèle parfois à l’observateur durant le jour, tapie dans un conifère. Malgré cela, elle est très sociale et s’approche souvent de l’homme. Elle vit en petite communauté. Une année on peut en voir plusieurs dispersées dans un lieu et l’année suivante, on peut ne jamais la voir. Elle est foncièrement migratrice!

Cette petite chouette sympathique que les Anglais nommèrent Acadian Owl, avait été en nomination dès 2003 pour devenir le symbole aviaire de l’Acadie! Selon un article paru dans l’Acadie Nouvelle le 3 janvier 2003, l’on compare la Petite Nyctale au peuple acadien. Tous les deux constituent des minorités : la Petite Nyctale est la plus petite de sa famille (la famille des strigidés) en Amérique du Nord et les Acadiens sont une minorité dans l’ensemble du Canada. Tout comme le peuple acadien, la Petite Nyctale est hardie, tenace, maîtresse chasseuse et une grande survivante.

La première description de la Petite Nyctale, selon l’article précité, est créditée à Johann Gmelin et remonte à 1788. Les Européens ont découvert cette petite chouette dans la colonie qu’ils appelaient ACADIA, qu’est l’Acadie historique. Tout cela veut dire que notre oiseau a des racines acadiennes.

La Petite Nyctale est la chouette acadienne par excellence car elle a été documentée pour la première fois en Acadie. C’est un oiseau tout aussi beau que puissant. Il serait très bien d’en faire le symbole aviaire national de l’Acadie car elle vit à partir de l’est du Canada en descendant jusqu’au milieu est des États-Unis.

La Petite Nyctale a une petite taille qui fait environ la grandeur d’une main. Pour cette raison, on peut la prendre à tort, pour un bébé hibou. Pourtant, cette petite chouette correspond peu à l’image qui se fait la population sur les hiboux. En passant, la Petite Nyctale est une chouette proprement dite et non un hibou qui, lui, à des aigrettes (faisceaux de plumes surmontant la tête).

Ceux et celles qui voudraient appuyer la candidature de la Petite Nyctale pour notre symbole aviaire peuvent le faire en écrivant au conseil d’administration de la Société Nationale de l’Acadie.

 

La Petite Nyctale sera-t-elle le symbole aviaire de l’Acadie?

 

Pour un symbole aviaire de l’Acadie

2009 par David Le Gallant

Lettres au président de la Société Nationale de l’Acadie

Une Petite Nyctale pour toute l’Acadie! ou Les six Petites Nyctales de Claude Picard

2007 par David Le Gallant

 

Une touche bien personnelle dans Les Grandes Heures du peuple acadien de l’artiste-peintre de renommée internationale Claude Picard , témoigne qu’il serait de mise que « La Petite Nyctale » devienne un jour le symbole aviaire national de toute l’Acadie.  Pour commencer, le nom français de la « Petite Nyctale » a été uniformisé par la Commission internationale des noms français des oiseaux de la planète.  Mais ce qui est fort  intéressant, c’est le nom latin scientifique de notre petite chouette qui, contrairement aux autres membres de sa famille des Strigidés, n’a pas ces touffes de plumes au-dessus  et à chaque côté de la tête qu’on appelle des aigrettes. Son nom scientifique est Aegolius acadicus qui se traduit par « chouette acadienne »; même en anglais on l’a communément nommée « Acadian owl » bien que son nom soit devenu « Northern Saw-Whet Owl ». 

Encore plus intéressant peut-être c’est que des chroniqueurs comme Pierre Duguay au Nouveau-Brunswick trouvent des similarités entre « La Petite Nyctale » et le peuple acadien.  Autant notre petite chouette que notre peuple constitue une minorité : la Petite Nyctale est la plus petite de sa famille en Amérique du Nord; ne considère-t-on pas les Acadiens minoritaires dans les Provinces maritimes? Cette petite chouette est hardie, tenace, maître chasseur et une grande survivante tout comme le peuple acadien.  Sa première description qui  remonte à 1788 est créditée à  Johann Gmelin. Il semble que parce que les Européens l’ont découverte dans un territoire autrefois nommée Acadie, aujourd’hui la Nouvelle-Écosse péninsulaire, cela atteste que cette petite chouette aurait des racines acadiennes…

Devant cet état de choses, le conseil d’administration de l’Association du Musée acadien de l’Île-du-Prince-Édouard  a adopté la résolution suivante le 17 novembre 2003 :

Attendu que l’année 2004 marque le 40e anniversaire de l’existence d’un Musée acadien et d’une Association du Musée acadien, de l’Île-du-Prince-Édouard;

Attendu que l’on suggère le nom de La Petite Nyctale comme symbole aviaire éventuel de l’Acadie;

Attendu que La Petite Nyctale est un des rares oiseaux à porter le mot « acadien » dans son nom en latin (Aegolius acadicus) et en anglais (Acadian Owl);

Attendu que  Monsieur Claude Picard a choisi de mettre comme contribution personnelle une « Petite Nyctale » sur toutes nos fresques historiques pour marquer le 400e de l’Acadie;

Attendu que l’Association du Musée acadien n’a pas de prix de reconnaissance pour la contribution à la cause acadienne;

M. Edwin Gallant propose, appuyé par M. Pierre-Paul Gallant

Que L’Association du Musée acadien offre pour la première fois en 2004, l’année de son 40e anniversaire, un prix annuel pour la contribution à la cause acadienne, prix qui serait nommé le Prix La-Petite-Nyctale.

C’est ainsi que Claude Picard de Saint-Basile, qui a achevé de peindre en 1987 les six tableaux de l’histoire tragique de la Déportation (aujourd’hui à Grand-Pré) et le 20 novembre 2005, les six tableaux de l’histoire heureuse de l’adoption et la reconnaissance des symboles nationaux acadiens (aujourd’hui à Miscouche), a voulu apporter une touche bien personnelle à son œuvre magistrale que sont Les Grandes Heures du peuple acadien.

Voici donc les six Petites Nyctales de Claude Picard, artiste-peintre de Saint-Basile, alors qu’elles parcourent la trame des 120 ans d’histoire heureuse du peuple acadien, périple qui débute à Memramcook en 1881 et qui se termine à Miscouche en 2001 :

Souvenances de débrouillardise de Joseph J. Chiasson (Joe John), de Tignish

2007 par David Le Gallant

Joseph J. Chiasson,* connu du sobriquet « Joe John », a commencé en tant que fermier sur la propriété appartenant aujourd’hui à sa fille, Mme Anita Chiasson. Né à Tignish en 1876, il avait épousé Yvonne Dionne de Lachine, Québec. Nous sommes heureux de présenter un article sur ce Tignishois dont la débrouillardise a été exemplaire pour toute une génération.

Joseph J. et Yvonne Chiasson (parents de Anita Chiasson, de Tignish)

Joe John était un homme économe et un modèle à suivre par sa débrouillardise d’abord comme fermier en récoltant une bonne qualité de pommes de terre et d’avoine. Pendant la Grande Dépression, alors que le coût de l’engrais était prohibitif, il trouva que l’utilisation du varech (kelp) et des abats de boucherie (offals) étaient d’excellents substituts à l’engrais. Il réussit à avoir une bonne récolte de pommes de pré (canneberges). Quand on parlait de pommes de pré dans Prince-Ouest, on associait cela avec Joe John Chiasson. Avec son savoir-faire il cultivait même des bleuets à la façon d’aujourd’hui.

Horticulteur à son heure, Joseph J. Chiasson aimait les arbres et les fleurs. Il est dit qu’il a planté plus de 3 000 arbres sur sa propriété et qu’on pouvait y trouver tous les types d’arbres qui existaient à l’Île. Il étudia à la fois les fleurs sauvages et cultivées. Il connaissait leurs noms et leurs genres.

Yvonne Dionne (1900-1990).

 

Un fervent toute sa vie du Parti conservateur, il entra en politique en 1931 et fut candidat  pour le premier district de Prince à côté de l’avocat Tanton de Alberton. Un orateur ayant la parole facile en anglais comme en français, il influença la construction du chemin Chiasson et surtout son élargissement. Ce chemin fut alors à sens unique pour les wagons. Pendant plusieurs années, Joe John fut contre-maître des chemins, administrateur (trustee) de la Grammar School et président de la Société Mutuelle. C’est encore aujourd’hui sur le chemin du même nom où l’on peut entrevoir le jardin magnifique des fleurs de sa fille, Anita Chiasson. D’ailleurs, l’endroit est idéal pour de nombreux nouveaux mariés qui s’y font poser le jour de leur mariage.

Joe John est surtout connu pour avoir été maître de chapelle à l’église Saint-Simon-et-Saint-Jude. Il avait commencé à chanter sous la direction du père « Mac ». Joseph J. Chiasson chanta dans cette chorale pendant 53 ans et pendant 25 ans marchait chaque matin de la semaine un mille et demi à l’église pour y chanter la messe à 25 cents. Joe John était celui qui chantait toujours Minuit, chrétiens avant la messe de minuit  à Saint-Simon-et-Saint-Jude accompagné à l’orgue  par « Minnie à Bobare  ».

Un homme doux, gentil envers tous, et jamais agité par le dire ou l’action des autres, Joe John fut un homme autodidacte qui lisait beaucoup de livres ayant à faire avec la science et fut un très bon causeur. Suffit de dire qu’un homme de son calibre a beaucoup contribué  au nom de Tignish.

  • La plupart de l’information sur Joseph J. Chiasson est puisée dans  le numéro de décembre 1975 de la revue The Westerner de la Légion royale canadienne de Tignish,  filiale no 6. L’article original en anglais est signé Hector Buote. Henri Perry (voir par après), un des derniers survivants de ladite chorale de Tignish, nous a confirmé plusieurs des détails de la vie de Joe John, père de Mme Anita Chiasson.

Souvenances de l’un des derniers survivants de la chorale de plain-chant de la paroisse de Tignish

2007 par David Le Gallant

Henri Perry, âgé de 78 ans, est l’un des derniers survivants de l’ancienne chorale d’hommes de la paroisse de Tignish qui chantait en plain-chant, une musique vocale rituelle, monodique, qui date des premiers temps de l’Église mais dont le répertoire fut codifié au IV e siècle (chant ambrosien) et appelé plus tard « chant grégorien » d’après saint Grégoire le Grand (pape Grégoire 1er : 590-604).

C’était le père « Mac » (A. J. MacDougall), vicaire à Tignish  vers les années 1900, qui avait fondé une chorale d’hommes de plain-chant, chorale  qui était considérée toujours en première place à l’Île-du-Prince-Édouard. Plus tard durant les années 1950, ce fut un autre vicaire de Tignish, le père Denis Gallant, qui dirigeait la chorale. Mais selon J. Henri Gaudet (2), c’était le premier prêtre acadien de l’Île, le père Sylvain-Éphrem Poirier, qui avait commencé la tradition de plain-chant à Tignish.  D’autres membres de cette chorale furent Jean Gaudet, Adrien Richard, François et Sylvère Buote, Joseph L. Arsenault, Joseph Doucette et, entre autres, Arthur Arsenault, un autre des derniers survivants de cette chorale qui est décédé récemment et qui était le cousin germain (1er cousin) de Henri Perry. Celui-ci, autrefois de Léoville,  habite aujourd’hui avec son épouse Béatrice, née Gaudet, sur la rue Dalton à Tignish.

Henri Perry nous raconte qu’il accompagnait souvent « Minnie à Bobare », celle qui a été organiste à Saint-Simon-et-Saint-Jude à partir de l’année 1894 jusqu’en 1947. Née Marie Macrina Richard, elle épousa Albert (« Bobare ») Chiasson. Henri l’accompagnait en pompant de l’air pour elle à l’orgue parce qu’elle jouait si fort, en tout cas beaucoup plus fort que la normale. Henri Perry a souvent interprété Adeste Fideles, à Noël,  avec sa voix de baryton qui, nous apprenons de lui, était appelée à Montréal, une voix de « ténor lyrique ».

C’est à peu près depuis 1939 que Henri Perry a fait partie de la chorale de Tignish  alors qu’Adrien Richard était le maître de chapelle. C’était à l’époque du père John Archie MacDonald (curé de Tignish de 1931 à 1956).  Monsieur Perry, qui était électricien pour Sylvania Electric, a vécu  36 ans au Québec, particulièrement à Montréal, où il a chanté en l’église St-Charles-Garnier (Montréal-Nord) et à Boucherville où il a été chantre dans les églises Sainte-Famille et Saint-Sébastien.

Henri Perry parle avec enthousiasme de son expérience de chantre dans la chorale d’hommes de Tignish. Ses souvenirs du dimanche des Rameaux  lui sont vivaces alors qu’il entonnait, avec Johnny (à Gus) Chiasson, Israel es tu Rex.  Les Mercredi, Jeudi et Vendredi saints c’était à 8 heures du soir que la chorale chantait le Tenebrae (en français : les « Ténèbres ») après quoi, nous dit Henri, tout le monde se réveillait et quittait l’église sans plus tarder. Il se rappelle très bien aussi des Lamentations de Jérémie, interprétées le Samedi saint.

(1) Quelques souvenirs recueillis lors d’une rencontre de David Le Gallant avec Henri et Béatrice Perry chez eux en décembre 2007, tout près de l’arbre de Noël bien gréé qu’ils s’étaient procuré à Boucherville (Québec), en 1967.

(2) J. Henri Gaudet, Photo Historica 1799-1999, 1999, p. 23.

M. et Mme Henri et Béatrice Perry, alors à  Léoville

Un phénix issu de la renaissance acadienne

2006 par David Le Gallant

David Le Gallant

 

Un phénix issu de la renaissance acadienne1
Né trente-cinq jours avant l’adoption à Memramcook, en juillet 1881, du 15 Août comme fête nationale acadienne, J. Henri Blanchard, plus que nul autre sur son île, aura été formé par cette première vague de renaissance qui voulait à tout prix une vie meilleure pour les Acadiens. On a dit de lui qu’il était un patriote à tous crins (2) et l’un des principaux traits d’union entre deux générations, ou deux époques. (3) En tout cas, pour plusieurs générations d’Acadiens et d’Acadiennes à l’Île-du-Prince-Édouard, le professeur Blanchard demeure le véritable phénix dont l’énigme issue des cendres de la Déportation ne pouvait être résolue, selon le dicton, que par ceux les plus occupés à qui il faut demander d’abattre le plus de besogne. Le professeur J. Henri Blanchard était ce phénix qui, vite en besogne, allait s’occuper de son petit peuple battu mais non abattu car dès le premier quart du 20e siècle, le peuple acadien à l’Île risquait de s’enfouir à tout jamais avec sa langue, sa foi et
ses valeurs particulières. (4)

Si la vie de J. Henri Blanchard est un modèle d’inspiration pour tous (5) c’est parce que lui-même avait été inspiré en adolescence. Il avait été inspiré à l’école supérieure de Tignish par le journaliste et professeur Gilbert Buote, celui à qui on attribue le premier roman acadien écrit par un Acadien, ainsi que par Charles Gavin Duffy, plus tard avocat et juge. Liée à son goût passionné pour la lecture, l’inspiration obtenue fit en sorte qu’il fut aussi considéré comme probablement l’homme qui a le plus fait pour la cause acadienne de son temps. (6) Il a ainsi ancré sa vie sur ce qu’il savait donner puisqu’il l’avait lui-même obtenue dans sa jeunesse, l’inspiration de ces deux grands modèles. (7)

Plus que quiconque, il est le premier historien acadien de l’Île à avoir parlé autant des détails sordides de la Déportation de 1758. Le professeur Blanchard était un grand admirateur et s’est inspiré de l’abbé Henri-Raymond Casgrain, celui qui a réalisé que la transcription de la fameuse collection du révérend Andrew Brown
avait été «tronquée», c’est-à-dire retranchée de ses passages les plus incriminants.(8)

Selon Tanton E. Landry, dont le manuscrit, désormais plus jamais inédit, honore les pages de cette Petite Souvenance, J. Henri Blanchard s’est mis vite à besogne pour mieux faire connaître à ses compatriotes leur véritable identité acadienne et le dépôt riche et attrayant que le passé contenait… (Il a fait) renaître chez ses concitoyens francophones une reconnaissance plus généralisée de l’existence d’un héritage propre à eux…(9) C’est en cela avant tout que J. Henri Blanchard (1881-1968) est un véritable phénix de la renaissance acadienne à l’Île, parce qu’il a osé faire renaître, des cendres du passé, l’héritage de la nation acadienne qui risquait, et qui risque toujours, comme il nous le disait si bien, d’être endigué pas ces flots envahisseurs menaçants… À moins que l’on ait marché, et que l’on marche toujours bien plus rondement et bien plus vite (10), comme lui, il avait marché pour abattre le plus de besogne pour la cause acadienne. Le professeur Blanchard était bien pour l’Île- du-Prince-Édouard ce principal trait d’union entre deux époques dont parlait le père Clément Cormier. Un historien anglophone de l’Île-du-Prince-Édouard, le père Francis W. P. Bolger disait de lui qu’il était «véritablement un homme de la renaissance», et de la renaissance acadienne avant tout! Le deuxième lieutenant-gouverneur acadien de l’Île, le Dr J. Aubin Doiron, à son tour, parlait de lui comme catalyseur de «renaissance prometteuse» :

Lorsque le docteur J.-Henri Blanchard apparut sur la scène de l’éducation acadienne de notre province, alors sonne le réveil acadien annonçant une renaissance prometteuse. Déjà, sur l’immense clavier de l’histoire universelle, s’étaient joués les premières notes et les premiers accords de l’épopée d’une petite entité humaine qui voulait survivre. (11)

1. Quant aux notes infrapaginales eu égard au manuscrit jusqu’alors inédit de Tanton E. Landry, elles se réf rent d’abord la page de la version originale (v.o.) dudit manuscrit au Centre de recherche acadien de l’Î.-P.-É. (Miscouche) et ensuite sa transcription (supra) dans cette présente édition de La Petite Souvenance

2. Robert Rumilly, Histoire de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, L’Aurore, Montréal, 1975, p. 534.

3. Extrait de la troisième page d’une lettre envoyée par le p re Clément Cormier, c.s.c. Jérémie Pineau, en date du 29 septembre 1981.

4. Tanton E. Landry, La vie et l’oeuvre de Joseph-Henri Blanchard, v.o. p.1, supra p. 17.

5. Tel que le disait si bien le diacre Cyrus J. Gallant dans sa lettre au rédacteur de L’Évangéline, le 26 mars 1968.

6. Emery LeBlanc, rédacteur en chef de L’Évangéline, cité dans Tanton E. Landry, La vie et l’oeuvre de Joseph-Henri Blanchard, v.o. p. 63, supra p. 36.

7. Sir Winston Churchill : «On vit de ce que l’on obtient; on construit sa vie sur ce que l’on donne».

8. John Mack Farragher, A Great and Noble Scheme :The Tragedy of the Expulsion of the French Acadians from their American Homeland, W.W. Norton, New York, 2005, p. 464.

9. Tanton E. Landry, La vie et l’oeuvre de Joseph-Henri Blanchard, v.o. p. 38, supra p. 29.

10. Extrait du discours du professeur J. Henri Blanchard au deuxième «Congrès de la langue française», Québec, 1937.

11. Parole du Dr J. Aubin Doiron, l’occasion de la présentation au professeur Blanchardde la médaille d’or de l’Ordre la Fidélité acadienne de la Société Nationale des Acadiens, 1961.

 

Un chef acadien à l’extérieur de son royaume insulaire

2006 par David Le Gallant

David Le Gallant

 

Entamons avec un extrait de lettre qu’a envoyée le père Clément Cormier à Jérémie Pineau, le 29 septembre 1981, treize ans après la mort de J. Henri Blanchard :

 Il y aurait beaucoup à écrire au sujet de cet homme remarquable. Je me suis limité à ce qui me paraît l’aspect probablement le plus productif de sa carrière : ses rapports avec l’extérieur. C’est typique de l’homme. Il n’hésitait pas à sortir, à maintenir des contacts avec les grandes associations nationales. Il naviguait à l’aise dans les grands centres : Québec, Montréal, Ottawa. Là, il prenait des idées d’où allaient germer des initiatives bénéfiques aux Acadiens de l’Île; là, il établissait des liaisons sympathiques dont il saurait tirer profit pour les siens. Il fut le meilleur ambassadeur des Acadiens de l’Île. (39)

 Son tout premier article à l’extérieur de sa province natale semble avoir été « Les écoles acadiennes de l’Î.-P.-É. » publié en mai 1918 dans la revue québécoise Le Petit Canadien. On reconnaît son influence indubitable et ses «liaisons sympathiques» à l’extérieur à partir du discours qu’il a fait au deuxième Congrès de la langue française à Québec en 1937 dont voici un extrait des plus saillants qu’il faut reproduire in extenso malgré la répétition de certains passages ailleurs dans cette édition :

 Nous souffrons d’une pénurie extrême de chefs et de dirigeants avec toutes les conséquences qui en découlent. Si nous avions ces chefs si nécessaires aujourd’hui, il ne serait pas encore trop tard pour endiguer les flots envahisseurs qui menacent de plus en plus de nous engloutir. Nous avons bien la Société Saint-Thomas-d’Aquin qui recueille quelques fonds et qui paie les études secondaires de deux élèves. Mais c’est si peu en présence des dangers qui nous assaillent de tous côtés. Si nous voulons préparer ces chefs si nécessaires et sans lesquels nous allons infailliblement disparaître comme groupe de langue française, il nous faudra marcher bien plus rondement et bien plus vite que cela; autrement il sera bientôt trop tard.

C’est peut-être à partir de ce moment-là que le nom du professeur J. Henri Blanchard devient synonyme avec l’octroi de bourses dites acadiennes provenant du Québec pour endiguer les dangers qui assaillent de partout. L’auteur de cette rubrique est un des récipiendaires de la «bourse acadienne» offerte par le Collège Sainte-Anne-de-La-Pocatière. Le professeur Blanchard a marché bien rondement et s’est dépensé corps et âme pour que nos jeunes Acadiens à l’Île-du-Prince-Édouard puissent faire en sorte que nous ne disparaissions pas comme groupe de langue française, comme il l’exprimait devant les congressistes de Québec et c’était seulement une des
facettes du travail acharné qu’il prodiguait à l’extérieur pour les siens. Voici ce que le président du Comité permanent de la Survivance en Amérique disait en 1951 :

Les nombreuses bourses qu’il a doucereusement décrochées du Québec, les professeurs qu’il a obtenus pour vos cours d’été, les volumes et faveurs qu’il a sollicités toujours avec succès, disent avec quelle sincérité indéfectible il s’est dépensé à votre service. (40)

Sa sincérité indéfectible pas seulement lui a attiré de nombreuses accolades mais des résultats fort prisés. Ayant frappé aux portes des maisons d’enseignement du Québec grâce à l’encouragement de ses auditeurs, il réussit en 1937 à décrocher des bourses pour sept jeunes et en 1939, au nombre de 22. Partout, les institutions québécoises accueillent à bras ouverts cet homme plutôt court, au torse solide, qui vient d’avoir 56 ans. … Sa personnalité engageante, son dynamisme irrésistible, l’aident grandement dans ses démarches. (41) On disait que le professeur Blanchard avait opéré des merveilles à l’extérieur au profit de la gent acadienne de sa province.

Pensait un jour ce professeur de Pennsylvanie qui observait J. Henri Blanchard plaider sa cause pour l’obtention d’une bourse acadienne devant un recteur plutôt impassible du Collège Jean-de-Brébeuf : Que de pauvres diables peuvent tenter pour sauver un petit peuple, sa foi, sa langue. Jusqu’au bout, Blanchard ferait son possible. Il se tut, résigné à un refus. La réponse du recteur fut lapidaire :«Très bien, nous en prendrons deux.» (42)

Ce «grand quêteux», comme on appelait alors le professeur Blanchard, n’a pas resté sur ses lauriers. Son influence à l’extérieur continue à démontrer sa «sincérité indéfectible» pour la cause acadienne dans une francophonie plus large. À l’extérieur de sa province, il fut l’un des fondateurs en 1937 du Conseil de la Vie française dont il demeura membre jusqu’à son décès. Il a été le vice-président général de la Société nationale des Acadiens. En 1948, le premier ministre du Canada le nomme membre de la Commission du district fédéral à Ottawa.

On oublie parfois l’oeuvre du professeur Blanchard auprès de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal (43) qui avait adopté le «petit peuple de l’Île-du-Prince- Édouard» comme un fils de prédilection. À l’époque de la fin de la guerre, c’est le professeur J. Henri Blanchard et le juge Aubin-Edmond Arsenault qui sont les chefs acadiens à l’Île-du-Prince-Édouard. D’une part, l’évêque James Boyle ne favorise pas la formation de séminaristes de langue française et d’autre part, les Acadiens de l’Île ont grand besoin de prêtres, d’instituteurs et d’institutrices de leur langue.

C’est au conseil général de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal que la conversation à ce sujet débute avec le juge Arsenault dès le 26 septembre 1944 tandis que le professeur Blanchard arrive le 10 octobre avec un petit groupe d’Acadiens, entre autres, Calixte Savoie, de la Société mutuelle de l’Assomption et le frère Antoine Bernard, connu pour son livre Le Drame Acadien (1936). D’après Robert Rumilly, J. Henri Blanchard est plus optimiste que le juge Arsenault car il se fonde sur la forte «natalité acadienne» bien que la plupart des Acadiens soient assimilés. Franc, le professeur annonce que depuis 65 ans, les jeunes Acadiens aspirant au sacerdoce sont refusés dans le diocèse de Charlottetown. Il faut des bourses pour les faire admettre au séminaire ainsi que pour des jeunes filles qui veulent aller dans des couvents pour revenir à l’Île comme institutrices. Il y a le problème aigu des Irlandais et des Acadiens, deux peuples «fils de martyrs contre fils de martyrs». Et Calixte Savoie expose la situation des Acadiens du Nouveau-Brunswick. Enfin grâce au petit groupe accompagnant J. Henri Blanchard, les directeurs généraux élaborent un programme de bourses. En partant, J. Henri Blanchard, tout ému, ne sait quoi dire sauf : Vous êtes magnifiques… (44)
J. Henri Blanchard arrivera à la Saint-Thomas-d’Aquin pour leur dire : Nous ne sommes plu seuls ! (45)

On commença à réaliser que même si la situation était très sérieuse, grâce à des «pauvres diables» comme l’optimiste J. Henri Blanchard, elle n’était plus désespérée. Il y avait une possibilité de renaissance. Et voilà pourquoi de partout on a appelé J. Henri Blanchard «un homme de la renaissance», et avant tout, de la renaissance acadienne à l’Île- du-Prince-Édouard! Voilà aussi pourquoi le père Clément Cormier disait que J. Henri Blanchard fut le meilleur ambassadeur des Acadiens de l’Île (46). Souvent on s’aperçoit que le premier déclic de la réalisation de notre mission sur terre trouve sa source chez les autres. Dans un sens, ce fut l’énigme que ce phénix Blanchard allait divulguer pour lui-même.

 

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39. Père Clément Cormier, Lettre Jérémie Pineau, le 29 septembre 1981.

40. Extrait du discours de l’abbé Adrien Verrette, président du Comité permanent de la Survivance en Amérique, Compte rendu de la Convention Nationale Acadienne de l’Île-du-Prince-Édouard tenue Baie-Egmont (Î.-P.-É.), le 1er août 1951, p. 10.

41.Cécile Gallant, «L’oeuvre de J.-Henri Blanchard», dans La Petite Souvenance, no. 14, juin 1986, p. 16 et 17. (Article issu d’une conférence présentée à Moncton le 26 octobre 1985 lors du colloque qui soulignait le 25e anniversaire de la Société Historique Acadienne de Moncton).

42. Extrait de l’article de Ubalde Baudry titré « J.-Henri Blanchard de l’île du Prince-Édouard» et sous-titré «Quelques souvenirs» dans Vie Française, vol. 22, nos 9-10,mai-juin 1968, p. 228.

43. L’information qui suit provient de Robert Rumilly, Histoire de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, L’Aurore, Montréal, 1975, p. 533-536.

44. Ibid., p. 535.

45. Ibid., p. 535.

46. Père Clément Cormier, Lettre Jérémie Pineau, le 29 septembre 1981 (voir note 39)

Au crépuscule d’une éminente carrière

2006 par David Le Gallant

David Le Gallant

 

Ne pourrons-nous jamais sur l’océan des âges jeter l’ancre un seul jour?(55)

– Alphonse de Lamartine


Au moment de son décès, le 14 janvier 1968, des éloges pullulaient de partout au pays. Les obsèques furent quasi nationales avec un lieutenant-gouverneur, trois premiers ministres, presque tous les membres du cabinet provincial, l’évêque du diocèse, un représentant de la Société nationale des Acadiens, le recteur de l’Université Saint-Dunstan, le président du Collège Prince-de-Galles, députés et maires, pour n’en mentionner que quelques-uns. La Vie Française parlait de lui comme un héros de l’intelligence humaine!
On pouvait y lire :


C’est à sa multiple personne que nous rendons hommage : au savant, à l’historien, au professeur, à l’homme de lettres, au patriote, parce qu’il est tout cela, et Dieu sait que tant de vertus, en une seule personne, cela tient, de nos jours, presque du miracle. (56)


Un hommage de mise à cet Acadien émérite dont la contribution à la survivance acadienne dans sa province a
été aussi grande que généreuse.


Treize ans avant sont décès, les gens de l’extérieur de son île natale lui exprimaient leur reconnaissance en ces termes
sous la rubrique «Nos Grandes Figures» :


Pour un Acadien, choisir la carrière de l’enseignement, c’est prendre les armes pour la défense de sa langue et le maintien de sa religion. … Élargissant encore son champ de bataille, il fonde ou s’associe à diverses sociétés dont il devient le chef énergique, qui voit dans l’entrave le stimulant qui suscite les forces ou les renouvelle. … Considérant que la presse était aussi au front dont il fallait faire l’assaut. il ajoute à la parole qu’il maîtrise si bien, la plume qui lui servira aussi fidèlement à écrire et récrire les légitimes aspirations d’un peuple opprimé. Il complétera cette lutte à tout vent, par des oeuvres écrites qui restent des documentaires précieux… Les sociétés pré-dominantes du Canada Français ont apprécié l’héroïsme de ces combats et lui ont exprimé leur reconnaissance par des distinctions honorifiques dont elles sont les dépositaires. (57)

Toutes les causes nationales au sens de «nationales acadiennes» l’ont connu comme un ardent apôtre. (58) Les gens de chez lui ont aussi exprimé leur reconnaissance et leur admiration. En anglais, un éditorial du lendemain de son décès nous rappelle son influence remarquable :


A descendant of one of the oldest Acadian families in the province, he was an enthusiastic researcher into their history and genealogy… he was regarded as an authority on French history as well as on that of the Acadians in which he specialized. … He was, indeed, a well-rounded man, a «gentleman of the old school» in the very best sense, and one whose passing leaves many rich memories — not only to his devoted family and personal friends, but to all who fell under his influence during his long and fruitful life. (59)


Tout est dit en français dans le texte de la plaque ci-dessous que les gens de son «royaume insulaire» lui ont décernée en 2003 à la bibliothèque acadienne-française de Summerside.


Malgré les paroles de Lamartine sur son épitaphe, J. Henri Blanchard a pu, à lui seul. jeter une ancre qui, dans l’océan de la survivance acadienne, a fait une grande différence pour la petite entité humaine qui voulait survivre sur son Île!

 

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55. Extrait de l’épitaphe du professeur Blanchard, inspirée du poète français, Alphonse de Lamartine.

56. Extrait d’un hommage au professeur Blanchard paru dans Vie française, vol. 19, nos 11-12, juillet-ao t 1965, p. 356.

57. Extrait de l’hommage intitulé Nos Grandes Figures de Marcelle-G. Gingras dans Vie Française, vol. 10, nos 3-4, novembre-décembre. 1955.

58. Emery LeBlanc, L’Évangéline, le 17 juin 1948.

59. Frank Walker, extrait de l’éditorial du journal The Guardian, Charlottetown, Î.-P.-É., le 15 janvier 1968. p. 4

 

Lettre à Sa Majesté la Reine pour des excuses et non une simple reconnaissance des torts

2005 par David Le Gallant

 

le 15 août 2003

Votre Majesté,

À l’occasion de notre fête nationale des Acadiens, le 15 Août, il m’appert de vous écrire pour vous demander si  vous vous rappelez bien la fois que vous et le duc d’Édimbourg embarquiez dans l’avion à l’aéroport d’Uplands  à Ottawa et que vous, à cause d’un contretemps, portiez  toujours votre tiare. C’était la conclusion de votre voyage officiel au Canada en guise des célébrations du centenaire de notre pays (1867-1967). Si je vous en parle, c’est parce que je n’ai jamais oublié votre sourire radiant. Les médias  avaient fait grand cas du fait que vous apparaissiez au hublot en tiare, presque en larmes, comme pour dire que  le Canada vous avait apprivoisée pour de bon. Ce fut  un moment magique pour ce jeune que j’étais au coeur sensible. Que pensiez-vous au juste, Votre Majesté, à ce moment précis de votre départ du Canada en fêtes?

Il y a trente-six ans de cela, et pendant ce temps un  homme peut en apprendre beaucoup sur la vérité historique  de son pays, de ces gens du pays d’Acadie que vous aviez  aussi apprivoisés en 1967 par votre visage radiant. Au crépuscule de ce soir de votre départ en tiare, une larme à l’oeil, ne vous serait-ce jamais venu à l’idée que le peuple  acadien, pour qui vous êtes restée coite lors de votre dernière  visite récente, que ce peuple était toujours selon la loi anglaise, un peuple criminel, du seul fait qu’il ne voulait  pas acquiescer au subterfuge d’un tout nouveau serment d’allégeance à votre ancêtre allemand, le roi George II. Tout nouveau parce que cette fois ce serment était inconditionnel et ferait en sorte que nous, nous qui avions accepté d’être assermentés sujets britanniques pendant 45 ans (1710-1755) avant d’être déportés, nous allions soudainement être imposés de porter des armes contre nos frères, les Français. Votre Majesté, auriez-vous pensé à tout cela avec une larme à l’oeil ?

Quelque chose avait radicalement changé avant l’été de  1755. Le pouvoir à Halifax avec son afflux d’arrivants anglophones et protestants, n’avait plus besoin de ces Acadiens de la vallée de l’Annapolis pour l’approvisionner  en agriculture avec ses aboiteaux. Les terres des Acadiens étaient bien belles pour qui de ces nouveaux arrivants voudraient s’y installer. Pour se justifier aux yeux de l’Eu- rope, votre ancêtre George II et son conseil privé décidèrent qu’il fallait un alibi pour le nettoyage ethnique  éventuel de cette « vermine française » (selon William Shirley,  gouverneur du Massachusetts) qu’on allait vouloir déloger pour que l’empire britannique puisse prendre son envolée. L’alibi opportun fut un tout nouveau serment d’allégeance inconditionnel qui fut en réalité le plus grand subterfuge du 18e siècle. Les Acadiens en furent la victime perpétuelle.

Votre Majesté, votre famille a violé la Grande Charte et vos propres lois anglaises, en déportant de force ces  fidèles et loyaux sujets britanniques que nous étions, en  nous expulsant en période de paix officielle longtemps  avant l’ouverture des hostilités en mai 1756. Pendant l’été 1755, le Conseil de Halifax fut porté à prendre de graves décisions. Le 8 juillet 1755, le vice-amiral Boscawen  arrive en Nouvelle-Écosse avec des « instructions secrètes »  portant la signature de votre ancêtre royal, George II. Informé des plans du gouvernement anglais, Lawrence convoque Boscawen au Conseil de la Nova Scotia pour le consulter eu égard aux Acadiens et à la question du moment le plus favorable pour « obliger lesdits habitants à prêter ledit serment ou à quitter le pays ». Le sort fut jeté. Au moins six mille Acadiens de la Nova Scotia furent déportés en neuf colonies britanniques en Amérique  dès l’automne de 1755, mille cinq cents Acadiens furent déportés de la Virginie dans la gueule du lion en Angleterre en 1756 et plus de trois mille Acadiens de l’Isle Saint- Jean (Île-du-Prince-Édouard) furent déportés en France dès l’automne 1758. On relate bien l’histoire du Duke William et du Violet qui coulèrent en décembre 1758 avec presque 600 déportés à bord suite aux quelque 190 déportés déjà morts de la maladie.

Votre Majesté, la contrainte du besoin utilitaire ayant disparu, les pires esprits de la nature anglaise ont pris le des- sus, et nous, les Acadiens, ne fûmes plus qu’un obstacle parmi d’autres à la domination coloniale anglaise sur  l’Amérique du Nord. Ainsi, avec une cruelle efficacité, votre famille et votre gouvernement c’est-à-dire le conseil privé de l’époque, exilèrent les Acadiens de force, les chassant des terres qu’ils avaient possédées pendant 150 ans. Je dis bien le Conseil privé parce qu’en matière de politique étrangère, c’était la Cour de St. James qui prenait les décisions finales.

Votre Majesté, on vous a demandé de reconnaître les  torts que votre famille royale a infligés à tout un peuple.  Je vous demande plutôt, en tant que Reine du Royaume-Uni, de faire des excuses officielles au nom de votre famille et de votre gouvernement parce que ce sont les deux  seules institutions restantes à qui on peut imputer la responsabilité ultime du génocide acadien. Votre Majesté  est certes au courant de ce qu’on appelle la « phénoménologie de la souillure » alors que les atrocités du passé sont constamment ravivées dans l’esprit de ces peuples qu’on a souillés. Or, vous-même avez demandé vos excuses aux  Maoris pour avoir confisqué leurs terres et votre gouvernement l’a fait aux Irlandais pour avoir délibérément empiré la « famine de la pomme de terre », deux événements qui  eurent lieu 150 ans passés, pour ne mentionner que ceux- ci.

Votre Majesté, votre parole tire sa force de l’ancienne notion selon laquelle le monarque est « roi par la grâce de  Dieu ». Pourquoi jusqu’alors avez-vous toujours refusé d’accorder une audience au peuple acadien au sujet de la Déportation? N’avez-vous pas lors de votre couronnement, le 2 juin 1953, promis de défendre la loi et la justice ainsi que de faire preuve d’indulgence dans tous vos jugements ?

Votre famille a foulé au pied les principes de la Grande Charte (Magna Carta) en ordonnant la Déportation, car le gouvernement militaire de la Nova Scotia a arrêté systématiquement tous les Acadiens, sans se soucier de savoir lesquels auraient pu tremper dans le crime et lesquels étaient innocents. Ce même gouvernement britannique a par la suite emprisonné tous les Acadiens de sexe  masculin qu’il ait pu trouver, a interné femmes et enfants, puis les a exilés en confisquant tout ce qu’ils avaient accumulé en 150 ans, afin de payer les frais que la Couronne avait subis pour nous déporter.

Votre Majesté, vous et votre gouvernement risquez de vous voir imputer une responsabilité vérifiable en refusant pour quelque raison que ce soit, de faire face officiellement à la situation. En refusant, la monarchie et le gouvernement britanniques violent le paragraphe III (e) de la Convention contre le génocide en sanctionnant implicitement la brutalité du passé.

Votre Majesté, les faits au sujet des Acadiens ont été faussés et déformés souvent par des historiens britanniques  ou anglo-canadiens. On nous a fait croire que l’Angleterre donnait carte blanche aux colonies eu égard à la fonction exécutive. Il en est tout à fait le contraire car au 18e siècle le roi était personnellement responsable de l’exécutif et pouvait déléguer son autorité aux membres du Conseil privé. Le Board of Trade pouvait seulement donner son avis mais n’avait ni l’autorité d’appointer des officiers coloniaux ni le pouvoir exécutoire de faire respecter les ordonnances. Tout le pouvoir exécutif résidait dans le Roi et son Conseil privé.

On nous a fait longtemps croire que l’Angleterre n’avait pas pris la décision de déporter les Acadiens. Faux : les journaux privés de John Winslow au Massachusetts Historical Society, de Boscawen aux Archives nationales à Ottawa nous disent le contraire. Winslow nous parle à maintes reprises des « ordres du roi » et Boscawen admet qu’il a reçu des « instructions secrètes » du souverain pour le Conseil de Halifax. Il y a aussi les papiers de Braddock qui ont été confisqués par les Français où c’est écrit que « l’Angleterre en avait assez et planifiait l’asservissement des Acadiens ».

On nous a fait croire, Votre Majesté, que la confiscation des terres des Acadiens était « légale ». Faux : les arguments du juge en chef de la Nova Scotia, Jonathan Belcher, lui-même membre du Conseil de Halifax avec Lawrence, ne sont pas des arguments juridiques mais des convictions politiques. La vérité c’est que les terres des Acadiens furent confisquées en dépit des traités et décrets et autres conventions qui avaient été consentis aux Acadiens. Et William Shirley avait laissé entendre à Lord Halifax « qu’on pourrait amener de l’Angleterre, en cette région, un nombre considérable de colons, vous feriez bien de le (Belcher) consulter à ce sujet ».

On nous a fait croire, Votre Majesté, que les Acadiens ont été déportés par mesure de guerre et par nécessité militaire. Faux : en 1755, l’Angleterre et la France étaient en paix; les Acadiens avaient déposé leurs armes et leurs bateaux avaient été confisqués. Fort Beauséjour avait été pris par les Anglais le 16 juin 1755. Les Acadiens  qui y avaient été conscrits par la France furent amnistiés  et la France n’avait plus de fortifications en Nouvelle- Écosse tandis que l’Angleterre en possédait encore sept  avec 3 000 soldats. En temps de paix, les lois civiles s’appliquent, donc la Grande-Bretagne a aussi violé ses  propres lois civiles, avant tout, parce que les Acadiens étaient sujets britanniques. La Guerre de Sept Ans commença seulement en mai 1756 alors que la Déportation  avait débuté en septembre 1755. Votre Majesté, où était la nécessité militaire dans tout cela?

On nous a encore fait croire que la Déportation était  une série d’incidents isolés, ce qui est faux car elle s’est poursuivie activement jusqu’en 1762 et fut un acte délibéré et systématique de la part de l’Angleterre pour une épuration ethnique sinon un génocide, des Acadiens. Même après la capitulation du Canada en septembre 1760, l’Angleterre continua à nous déporter.

Votre Majesté, on nous a aussi fait croire que la Déportation s’est annulée après la Guerre de Sept Ans,  ce qui est faux parce qu’elle est toujours en vigueur et on attend vos excuses royales pour la terminer de jure.  Nous sommes toujours des criminels et des parias aux yeux de la loi anglaise. Tant que vous et votre gouvernement n’agirez pas au nom de la primauté du droit pour faire vos excuses aux Acadiens, vous risquez d’être  des parias, à votre tour, de la communauté internationale.

Votre Majesté, le 5 septembre 2005 marque le 250e anniversaire du début officiel de notre Déportation à  Grand-Pré. L’heure est venue aujourd’hui de mettre fin officiellement à l’exil des Acadiens. Il n’y a jamais eu  en temps de paix une tragédie porteuse de plus de souffrances humaines inutiles que la Déportation de mon  peuple.

Au nom de tous ceux et celles du monde entier qui se targuent de la nationalité acadienne, j’implore Votre  Majesté au sourire radiant, en ce jour de notre fête nationale du 15 Août, de bien vouloir nous accorder des  excuses officielles pour la tragédie que fut l’événement déterminant de notre Déportation fomentée par la Grande-Bretagne, c’est-à-dire par son gouvernement en collusion  avec la famille royale de l’époque.

Je vous prie d’agréer, Votre Majesté, l’assurance de ma considération distinguée.

David Le Gallant

 

 

Dix ans de chandeleur acadienne 1995-2004

2004 par David Le Gallant

David Le Gallant

 

La chandeleur est le nom populaire de la fête catholique romaine et anglicane de la Purification de la Vierge* et de la Présentation de Jésus au Temple** observée annuellement le 2 février. D’origine esotérique (réservé aux initiés des mystères chrétiens), l’observance de la Purification, en particulier, annonçait une triple purification pour l’initié chrétien, d’abord la purification de son corps physique en assimilant la plus pure des nourritures, la purification de son corps de désir en faisant de bonnes actions et la purification de son corps mental par des pensées chastes et véridiques.

Le concept d’une purification de la femme accouchée remonte à la Bible dans le livre de Lévitique et la purification de la Vierge est décrite dans Luc 2 : 22-24.  La pratique d’observer la purification de la Vierge et la présentation de Jésus au Temple 40 jours après sa naissance, débuta dans l’Église chrétienne au Proche-Orient en particulier dans l’Église de Jérusalem. Or à l’époque des débuts du christianisme, on célébrait à Jérusalem la nativité de Jésus à l’Épiphanie (le 6 janvier) donc l’observance de la Purification et la Présentation avait lieu quarante jours plus tard soit le 14 février. Mais pendant le dernier quart du 4e siècle, alors qu’on avait adopté plutôt le 25 décembre pour la nativité de Jésus, le rituel de l’observance de la Purification et de la Présentation fut reculé au 2 février, quarante jours après le 25 décembre. C’est alors que des pèlerins de l’Ouest en furent témoins et une fois que la romanisation du christianisme par l’empire romain (Constantin) fut un fait accompli, le rituel de cette observance fut transposé dans l’Ouest et le pape Sergius I (687-701) institua officiellement la fête de la «Purification de la Vierge». La fête s’appelait pareillement en Angleterre avant la rupture avec Rome en 1534.

C’est encore le pape Sergius I qui y introduit une procession. Il semble que l’introduction de cierges à la procession, sans doute pour symboliser l’entrée du Christ en tant que «Lumière du monde» dans le Temple, n’a pas eu lieu avant le onzième siècle. C’est peut-être pour cette raison que dès lors, la fête prit le nom de Festa Candelarum, la fête des cierges (chandelles) d’où le nom populaire en français de la «chandeleur» et en anglais «Candlemas». La chandeleur marquait la fin du cycle de la Nativité. Une fois les chandelles bénites le 2 février, on se servait de celles-ci pour la bénédiction des gorges le lendemain, à la Saint-Blaise (le 3 février).

Quelles que soient les origines de cette observance ésotérique et chrétienne, il existe un folklore très riche au sujet de la chandeleur. Une tradition était que le cierge de la chandeleur devait être rapporté de l’église jusqu’à chez soi, en restant allumé. On prête à la chandelle de la chandeleur certains pouvoirs, si l’on en croit ce dicton suivant :

Celui qui la rapporte chez lui allumée

Pour sûr ne mourra pas dans l’année.

Des siècles durant, les paysans ont pensé que s’ils ne faisaient pas de crêpes le jour de la chandeleur, leur blé risquait d’être gâté :

Si point ne veut de blé charbonneux

Mange des crêpes à la Chandeleur.

Une très vieille croyance en de nombreux pays, veut qu’un ours sorte de sa tanière le jour de la chandeleur. Si la température est douce et s’il voit le soleil, il retourne vite reprendre son hibernage, car il sait que le beau temps ne durera pas :

Soleil de la Chandeleur

Annonce hiver en malheur.

En Angleterre, une chanson à propos de la chandeleur est devenue à la mode :

If Candlemas be fair and bright

Come, Winter, have another flight.

If Candlemas bring cloud and rain,

Go, winter, and come not again.

Un proverbe français  dit :

Si le deuxième de février

Le soleil apparaît entier

L’ours étonné de sa lumière

Se va mettre en sa tanière

Et l’homme ménager prend soin

De faire resserrer son foin

Car l’hiver tout ainsi que l’ours

Séjourne encore quarante jours.

Cette légende est à rapprocher de celle du «ground-hog day», jour de la marmotte : si la petite marmotte voit son ombre en sortant de chez elle, cela signifie qu’il va faire froid encore six semaines. Aux États-Unis, la marmotte est appelée Punxsutawney Phil et est considérée la marmotte nationale.

À l’Île-du-Prince-Édouard, presque tout sur l’histoire de la chandeleur a été capté par Georges Arsenault dans son livre Courir la chandeleur publié en 1982 aux Éditions d’Acadie et imprimé par l’Imprimerie Lescarbot ltée à Yarmouth en Nouvelle-Écosse :

Le tableau (page 35) de la couverture de Courir la Chandeleur est de Bernard LeBlanc d’après une photo de madame Marguerite Richard de Mont-Carmel. D’après Marguerite Richard, les «coureux» sur cette photo sont de g. à d. : Emmanuel Richard, Alfred Richard, Théophile à Jo Victor, Sylvain à Nicéphore (en capot blanc), Jack Charlo avec le coq, ensuite, Gérard à Dan et devant le traîneau, Augustin à Jo Tanis. Cette photo date des années 1930.

La chandeleur a longtemps été célébrée à Tignish conjointement avec la fête des Rois tel qu’on peut l’entrevoir sur la 1re photo (p. 33) de 1960 appartenant à feu Mme Anne-Marie Perry et tirée de Courir la chandeleur (p. 94) : (de g. à d.) Clarence Wedge, Aubin Gallant, Irène Gallant, Russell Perry, Anne-Marie Perry (reine), Émile Gallant (avec le coq), Eugène Perry (roi), et Arthur DesRoches.

Tel que le démontre la 4e photo de cet article (p. 33), la chandeleur fut aussi courue en 1981 et 1982 par dix quêteux de la paroisse de Mont-Carmel. Les voici chez José à Joe Antoine à St-Chrysostome : (centre droite) Benoît Aucoin, chef des coureux avec le coq, accompagné de ses coureux : (arrière de g. à d.) Eddie Aucoin, Doria Richard et Éric Richard, (milieu de g. à d.) Théophile Arsenault, Rita Aucoin, Hélène Gallant, le chef lui-même, et (devant de g. à  d.) Hilda Arsenault,  Cécile Aucoin et Alice Arsenault.

(Gracieuseté de La Voix acadienne, 10 février 1982)

Dix ans de chandeleur ininterrompue :  1995-2004

L’idée de renouer avec la quête de la Chandeleur dès février 1995 est née à Mont-Carmel alors que l’auteur de cet article en fit la proposition à monsieur Dismas LeBlanc, chef à l’Institut culinaire de l’Acadie au complexe alors appelé Le Village au site historique du Grand-Ruisseau à Mont-Carmel. L’année 2004 marque la 10e année consécutive que la chandeleur acadienne a lieu de façon continue à l’Île-du-Prince-Édouard. De partout dans la région Évangéline, des paroisses de Tignish et Palmer Road en passant par Summerside et Rustico, la chandeleur acadienne a de profondes racines dans le pays de l’Acadie de l’Île. Les photos qui parsèment ces pages en sont un témoignage vivant!

Plus particulièrement, et en 2004 à l’occasion du 400e de l’Acadie, la quête de la chandeleur a eu lieu à Summerside à l’École-sur-Mer et à Rustico avec les jeunes de l’école Saint-Augustin qui ont couru dans le Rustico historique constitué par l’église Saint-Augustin, la Banque des fermiers et la Maison Doucet. Les cinq maisons que nos intrépides coureux pionniers ont parcourues étaient celles de Alice Doucet, de Camilla et Cécile Arsenault, d’Alyre et Marion Pineau, d’Arthur et Anne-Marie Buote et de Judy et Gary MacDonald (propriétaires de l’auberge Barachois Inn). La chandeleur reprend ses droits presque partout en Acadie de l’Île!

*          Cette observance commémorait la purification de la Vierge Marie
quarante jours après la naissance de Jésus.

**         Cette fête de la Présentation commémore la première présentation
officielle du Christ dans le Temple c’est-à-dire dans la «Maison de Dieu».

Reprenons l’usage du nom de « LA MER ROUGE »

2002 par David Le Gallant

David Le Gallant

Pour ceux qui ne le sauraient pas, l’ancien nom du détroit de Northumberland était bel et bien en français « Mer Rouge » et en anglais « Red Sea ».  Ce beau nom descriptif aurait vraisemblablement été donné par les Acadiens d’un côté et de l’autre du détroit pour désigner la couleur que prend cette mer lorsqu’elle est agitée.  On semble ignorer quel était le nom mi’kmaq du détroit.  En tout cas, des cartes géographiques que l’on possède à l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard et que l’on reproduit en appendice, démontrent bien que l’usage courant au 18e siècle dénommait ce détroit la « Mer Rouge » ou « Red Sea ».

Une recherche fort convaincante sur cet ancien nom par Ronnie Gilles LeBlanc du Centre d’études acadiennes de l’Université de Moncton a été publiée dans la Gazette de la Société historique de la Mer Rouge.  Nous reproduisons cette recherche in extenso en appendice.  Cette société historique, fondée en janvier 1980, a géré à ses débuts trois projets de restauration : l’église historique Saint-Henri-de-Barachois, la vieille école de Cormier-Village et la maison Pascal-Poirier, présumée être la plus vieille maison de la ville de Shédiac.  Pascal Poirier était le premier sénateur acadien et un ardent patriote.  Cette société historique est toujours active et publie annuellement sa « Gazette ».

Alan Rayburn, dans son livre Geographical Names of New Brunswick (1975), mentionne que c’est l’amiral Alexander Lord Colville de Culross qui aurait donné au détroit le nom de son propre bateau vers 1777, le HMS Northumberland.  D’après nos recherches, Alexander, 7e Lord Colville de Culross serait mort en 1770.  Il avait été créé « Rear Admiral of the White » en 1760.  D’ailleurs, il y a une baie, une rivière et une gare de train qui sont nommées d’après lui dans le lot 44 à l’Île-du-Prince-Édouard.

Cependant, dans son livre Geographical Names of Prince Edward Island (1973), le même Alan Rayburn mentionne cette fois que c’est J.F.W. DesBarres, descendant de Huguenot, ancien commandant en chef du Cap-Breton dès 1784 et ancien lieutenant-gouverneur de l’Île-du-Prince-Édouard dès l’âge de 82 ans (1804-1813), qui aurait changé le nom de la Mer Rouge au détroit de Northumberland en honneur du « Northumberland » nom du bateau de son ami, l’amiral Lord Colville de Culross.  Robert Douglas, dans son livre Place-Names of Prince Edward Island (1925), dit la même chose.

William F. Ganong dans son excellent article « Additions and corrections to Monographs on the Place Nomenclature, Cartography, Historic Sites, Boundaries and Settlement – Origins of the province of New Brunswick » dans Tr

ansactions of the Royal Society of Canada (1906) mentionne comme source le voyageur Owen (1767) et dit clairement, comme Robert Douglas le fait d’ailleurs sous la rubrique « Red » en citant Samuel Holland, que l’ancien nom était :

« La Mer Rouge or Red Sea probably because of the colour given by the soil of St. John’s Island to the water ». (p. 38)

Rayburn, dans son livre ci-dessus sur l’Île-du-Prince-Édouard, ainsi que Ronnie Gilles LeBlanc en appendice mentionne tous comme source, datée 1749, un dénommé Morris.  Selon A.B. Warburton, ancien premier ministre de l’Île, dans son livre A History of Prince Edward Island (pp. 145-146), ce Charles Morris aurait été l’arpenteur en chef de la Nouvelle-Écosse avant de venir faire les plans pour la construction des villes de Charlottetown et Georgetown.

En terminant, puisque lors de l’arrivée à l’Île de quelque 2 000 réfugiés acadiens fuyant les Anglais lors de la Déportation de la Nouvelle-Écosse en 1755 et aussi puisque lors de notre Déportation de l’Isle Saint-Jean en 1758, le nom de notre détroit était bel et bien « La Mer Rouge », on ne peut que penser au peuple hébreu de l’Ancien Testament qui, semblablement bafoué par un peuple oppresseur, a dû traverser, lui aussi, une Mer Rouge à la recherche d’une « Terre Promise ».

Reprenons donc l’usage du beau nom de La Mer Rouge, du moins pour nous remémorer ces deux exodes de notre peuple qui a été cruellement chassé à deux reprises de l’Acadie, sa « Terre Promise », il y a de cela bientôt 250 ans.

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La Mer Rouge

(Tiré avec permission de la Gazette de la Société historique de la Mer Rouge, vol. 1, no 2)

Avant l’arrivée de l’Européen en Acadie, le Micmac qui se déplaçait l’été, dans les villages échelonnés le long de la côte entre Pointe Escouminac et le Cap-Tourmentin, avait sûrement un nom pour cette étendue d’eau qui sépare la terre ferme de l’Île-du-Prince-Édouard.  Ce nom toutefois nous reste inconnu et c’est avec regret que nous constatons que ni la tradition orale, ni la littérature ne semblent l’avoir préservé.

Chez les Acadiens par contre, il n’en est pas de même pour le nom qu’ils accordèrent à cette nappe d’eau, car celui-là, nous le connaissons.  La tradition nous l’a transmis et la littérature écrite en témoigne encore.

Effectivement, ce nom était encore connu de certains « vieux », au début des années 1960.  Ils apprenaient à un enquêteur historique, que leurs ancêtres appelaient « Mer rouge », ce bras de mer qui bordait leurs villages.  De nos jours cependant, il semble être tombé dans l’oubli.  Jamais nous ne l’entendons sortir de la bouche du pêcheur ou d’aucun résident de cette région.

Or notre recherche ne s’arrête pas là.  C’est dans les anciens documents, source précieuse de renseignements, que nous trouvons davantage sur ce toponyme.  Plusieurs documents contemporains et postérieurs au régime français en font mention.  Contrairement à ce que l’on pourrait penser cependant, ce sont les Anglais et non les Français, qui nous ont laissé le plus de renseignements.

Nicholas Denys avait dès le milieu du XVIIe siècle, des postes de pêche et de traite des fourrures à différents endroits dans son immense concession qui comprenait « toutes les terres des Isles qui sont depuis le Cap de Campseaux jusque au Cap des Roziers » en Gaspésie.  On naviguait sûrement en « Mer rouge » mais est-ce qu’on la désignait déjà par ce nom?  Denys lui-même reste muet sur ce point dans son livre « Description géographique et historique des costes de l’Amérique septentrionale » écrit pendant les années 1660.  Il semble même que les cartes françaises des XVIIe et XVIIIe siècles l’ignorent tandis qu’il figure sur des cartes anglaises.  Enfin, nous pouvons en dire autant des documents français.

Dès 1733, un nommé Southack en fait mention et Charles Morris fait de même en 1749.  Mais c’est un voyageur qui jette le plus de lumière sur l’origine du nom « Mer rouge ».

Après la chute de Louisbourg, en l’été 1758, les Anglais sont maîtres en Acadie.  Le traité de Paris, signé un peu moins de cinq ans plus tard, leur cède définitivement le Cap-Breton (l’ancienne Île Royale), Île St-Jean, enfin toute l’Acadie ainsi que le Canada ou Québec.  Ces conquérants se sentent alors capables d’explorer davantage ce pays qui jusque-là leur était resté presqu’inaccessible et donc inconnu.  Un de ces curieux, le capitaine William Owen, passe, en juin 1767, devant l’Île St-Jean pendant une croisière en Amérique du Nord.  Voici ce qu’il en dit ainsi que de la mer qui la borde :

The soil is rich, loamy red earth, which may have probably given the arm of the sea between the Island and Nova Scotia, a reddish-tinge when much agitated, and thereby induced the French to call it la Mer Rouge or Red Sea. (p. 18)

Si sous le régime français, la toponymie de l’Acadie était d’origine indigène ou française, c’est parce qu’à cette époque ses principaux habitants avaient été soit amérindiens, soit français.  Avec l’arrivée des Britanniques cette toponymie acadienne doit nécessairement subir les choques de la conquête.  Les Anglophones, comme leurs prédécesseurs, ajoutent à la liste et même dans certains cas, ils substituent les anciens noms de lieux amérindiens ou français par de beaux patronymes anglo-saxons.  « Nipisiquit » par exemple, deviendra « Bathurst », tandis que le Coude cédera sa place à « Moncton ».  La « Mer rouge » subira le même sort.

Une dizaine d’années après le passage du capitaine Owen, un autre marin, cette fois un amiral, sera de passage à l’Île du « Prince Édouard ».  Cet homme, un dénommé Colville, contrairement à ce qu’avait fait Owen, méprise tout à fait le toponyme français et rebaptise ce bras de mer vers 1777.  Il le nomme « Northumberland », nom que porte son vaisseau.  Ce baptême devait être officiel, puisqu’une couple d’années plus tard, Guillaume Fréderic DesBarres publie

« Northumberland Streights » dans son « Atlantic Neptune ».  La cartographie moderne s’est beaucoup inspirée de cet ouvrage de DesBarres et son équipe.  C’est en partie ce qui explique l’emploi du terme Détroit de Northumberland au lieu de Mer rouge sur nos cartes modernes.

Jusqu’à vers les années 1780, la « Mer rouge » était connue et utilisée par tous, Acadiens, Français et Anglais.  Les Acadiens, suivant l’exemple de leurs prédécesseurs, les Amérindiens, donnaient souvent à tel lieu, un nom qui lui était caractéristique.  Tintamarre par exemple s’appliquait au vacarme que menaient les gibiers de toutes sortes qui abondaient à proximité de ce village.  La « Mer rouge » !  Qu’y a-t-il de plus descriptif?  Allez vous-mêmes, dans la région du Trois-Ruisseaux et du Petit-Cap après une tempête l’été, regardez la mer et vous conviendrez avec les anciens Acadiens, que c’est un nom qui lui va bien.  Pourquoi ne pourrions-nous pas aujourd’hui en reprendre l’usage?

Ronnie Gilles LeBlanc