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Nos dix premières conventions nationales acadiennes

2007 par Francis C. Blanchard

 

La diaspora acadienne toute entière doit garder dans sa précieuse souvenance nationale l’importance historique des dix grandes conventions nationales acadiennes. Qu’on retourne en arrière dans nos souvenances d’antan et qu’on se les remémore! Nous avons à nous rappeler de ces événements vécus chez nos devanciers patriotiques de l’empremier. Ces conventions nationales acadiennes, qui se sont succédé entre 1881 et 1937, ont marqué foncièrement l’histoire du peuple acadien.  Les deux premières conventions nationales acadiennes qui eurent lieu à Memramcook (1881) et Miscouche (1884) sont les sujets élaborés des quatre premiers tableaux des Grandes Heures du peuple acadien de Claude Picard, au Musée acadien de l’Î.-P.-É. , à Miscouche.

Memramcook (1881) – La définition du peuple acadien…on y a choisi le 15 Août, c’est-à-dire la fête de Notre-Dame de l’Assomption, comme fête patronale nationale du peuple acadien.

Miscouche (1884) – Un berceau de l’adoption de symboles nationaux acadiens : drapeau, hymne national, insigne et devise.

Pointe-de-l’Église (1890) – La langue d’enseignement dans les collèges, les couvents et les écoles.

Arichat (1900) – L’acadianisation de l’Église.

Caraquet (1905) – Les manuels scolaires en français.

Saint-Basile (1908) – L’acadianisation de l’Église… supplique envoyée au Saint-Siège (Cité du Vatican) pour obtenir un évêque acadien.

Tignish (1913) – Action de grâce pour la nomination d’un évêque acadien en 1912.

Pointe-de-l’Église (1921) – Congrès du souvenir suivi d’un pèlerinage à Grand-Pré.

Moncton (1927) – Un plan d’action pour le peuple acadien… les coopératives, la promotion de la langue française, une société historique.

Memramcook (1937) – Congrès de la reconnaissance… l’Association acadienne d’éducation du N.-B. est officiellement créée.

Une belle et somptueuse cérémonie organisée par Parcs Canada pour le dévoilement d’une plaque commémorant les dix premières conventions nationales acadiennes a eu lieu le 15 août 2000 à Miscouche où avait eu lieu en 1884 la deuxième des dix conventions listées ci-dessus. Ainsi, la Commission des lieux et des monuments historiques du Canada a officiellement reconnu l’importance historique nationale des grandes conventions du peuple acadien. Ce qui suit est le texte intégral en français de ladite plaque commémorative :

De 1881 à 1937, les conventions ont favorisé l’éveil d’un sentiment national et l’affirmation du peuple acadien. Organisées par la Société nationale l’Assomption, elles ont joué un rôle important dans la sauvegarde du français, l’acadianisation de l’Église, le développement de l’éducation, de l’agriculture, de la colonisation et de l’économie. La première convention de Memramcook, en 1881, confirma le choix du 15 Août comme fête nationale. La deuxième, tenue à Miscouche en 1884, dota les Acadiens de leurs deux plus puissants symboles : leur drapeau, le tricolore étoilé, et leur hymne, l’Ave Maris Stella.

Malheureusement, une fâcheuse inexactitude s’était glissée dans le texte de la plaque ci-contre. Or, c’est ainsi que le professeur Pierre Arsenault de l’Université de Moncton nous l’a soulignée : « C’est vrai que la Société nationale l’Assomption (devenue plus tard la Société nationale des Acadiens et ensuite la Société nationale de l’Acadie) a organisé les conventions, mais seulement à partir de la seconde, celle de Miscouche. » La Société nationale l’Assomption n’a pas pu organiser la toute première convention nationale acadienne qui eut lieu à Memramcook parce qu’elle n’existait pas auparavant. C’est seulement lors de cette toute première convention de 1881, à Memramcook même,  qu’elle (la Société nationale l’Assomption) fut fondée.

 

 

 

Les Conventions nationales acadiennes

1984 par Contribution anonyme

 

“Une convention nationale, c’est le peuple qui se réunit par ses délégués pour délibérer sur les questions et choses qui intéressent la nation, pour étudier sa situation, pour aviser aux moyens de l’améliorer en écartant les obstacles qui peuvent entraver son avancement dans la voie du progrès matériel, social et politique.”

Pierre Amand Landry

 

Les premières Conventions nationales acadiennes ont lieu au début des années 1880, en plein milieu de la période que les historiens appellent la “renaissance acadienne”.  Ces conventions sont une indication du réveil acadien qui se manifeste surtout à compter des années 1860.  Cette décennie marque en effet la fin d’un siècle d’isolement pendant lequel les Acadiens avaient tranquillement repris racine en Acadie, après en avoir été chassés au moment du “grand dérangement”.  Désormais ils rejettent leur état d’infériorité dans tous les domaines; ils cherchent donc à prendre leur place au soleil et à se considérer les égaux des anglophones qui les entourent.

La prise de conscience collective acadienne de la seconde moitié du XIXe siècle doit beaucoup à l’avènement de l’enseignement supérieur en Acadie.  En effet, l’ouverture du Collège Saint-Joseph de Memramcook, en 1864, a grandement contribué à la formation d’une élite nationaliste acadienne.  La fondation en 1867 du Moniteur Acadien, le premier journal de langue française aux Provinces Maritimes, est un autre élément important qui a favorisé ce réveil.  Pour la première fois, les Acadiens peuvent se rencontrer par la voix d’un journal et échanger des idées.

Les leaders Acadiens, de plus en plus sensibilisés à la situation déplorable des leurs, organisent en 1881 la première Convention nationale acadienne.  Ils sont influencés dans leur démarche par des intervenants provenant de l’extérieur, notamment de la France et du Québec.  Dans sa publication La France aux colonies, Acadiens et Canadiens, publiée en 1859 à Paris, l’historien français Edmé Rameau de Saint-Père, qu’on a appelé le “grand ami des Acadiens”, y trace tout un programme de ce que les Acadiens auraient besoin pour s’affirmer comme peuple.  Il entretient aussi une abondante correspondance avec plusieurs hommes influents qui oeuvrent auprès des Acadiens.  Il leur transmet sa conception des démarches à suivre pour assurer la survivance et le développement de leur peuple.  Les idées lancées par cet historien français sont bien reçues par le jeune leadership acadien qui s’efforce de les appliquer.  Enfin, c’est à Québec que les chefs de file acadiens reçoivent une importante impulsion qui les motive à organiser la première Convention nationale.

En 1880, la Société Saint-Jean Baptiste de la ville de Québec organise, lors de la Saint-Jean-Baptiste, une grande manifestation à laquelle elle invite tous les francophones de l’Amérique du Nord à venir discuter de la vie française sur leur continent, et à fêter et à affirmer leur culture.  Dans son manifeste elle lance un vibrant appel aux Acadiens :

Vous viendrez aussi, Acadiens courageux et fidèles, race indomptable que ni la guerre, ni la proscription n’ont pu courber ni détruire, rameau plein de sève, violemment arraché d’un grand arbre, mais qui renaît et reparaît au soleil de liberté.

Plus de cent Acadiens répondent à cet appel et se rendent à Québec.  C’est ici qu’ils décident, en tant que membres de la “Commission des Acadiens”, de convoquer une convention nationale à Memramcook, en 1881, “pour s’occuper des intérêts généraux des Acadiens.”

Environ 5,000 personnes assistent à cette première grande rencontre qui a lieu au Collège Saint-Joseph les 20 et 21 juillet 1881.  De ce nombre, quelques centaines seulement participent, en tant que délégués, aux délibérations; les autres assistent à la messe et au grand pique-nique qui font partie des activités de cette convention, comme des autres qui vont suivre.

Dans les diverses commissions qui se réunissent à Memramcook, l’on étudie l’agriculture, la colonisation, l’éducation, le journalisme.  Mais ce qui retient le plus l’attention, c’est le choix d’une fête nationale.

Les discours patriotiques abondent à ce premier rassemblement.  Le thème qui revient le plus souvent chez les orateurs se rapporte à la définition de l’Acadien, thème qui, à lui seul, représente 30 pour cent des interventions; puis suivent l’éducation avec 20 pour cent des thèmes, la survivance, avec 14 pour cent.  Les sept autres thèmes abordés recueillent tous moins de 10% chacun; il s’agit du passé, de la religion, de la colonisation, de l’agriculture, de l’émigration, de la presse et de la politique.

Les mêmes thèmes continueront à être débattus aux conventions subséquentes:  à Miscouche (1884), à Pointe-de-l’Église (1890), à Arichat (1900), à Caraquet (1905), à Saint-Basile (1908) et à Tignish (1913).  Notons que le problème de l’éducation et celui de l’acadianisation de l’Église en Acadie monopolisent à eux seuls les énergies des nationalistes jusque dans les années 1950.

Le succès des conventions nationales exigeait un grand travail d’organisation.  D’abord, quelques mois avant la convention, le comité exécutif invitait chacune des paroisses acadiennes à élire des délégués pour les représenter aux délibérations.  À ce sujet, Le Moniteur Acadien faisait les remarques qui suivent lors du choix des délégués pour la Convention de Miscouche :

Dans l’intérêt de la nationalité acadienne, il faut que le choix de chacune des localités tombe sur cinq hommes les mieux autorisés et les plus capables.

De grandes et d’importantes questions seront soulevées à cette convention qui touchent de près les plus précieux intérêts de l’Acadie.  Pour les résoudre avantageusement, il faut des délégués éclairés et patriotiques, des hommes honorables dont le caractère ne souffre pas le soupçon.

À la prière du comité exécutif, messieurs les membres du clergé voudront bien prendre l’initiative du mouvement et éclairer leurs paroissiens sur la conduite qu’ils doivent tenir.

(Le Moniteur Acadien, le 12 juin 1884)

Les organisateurs des Conventions obtenaient pour les congressistes une réduction du coût des billets de transport par le chemin de fer et, dans le cas de la Convention de Miscouche, des prix réduits sur le traversier entre la terre ferme et l’Île-du-Prince-Édouard.  Il fallait ensuite envisager le problème du logement des délégués et des nombreux observateurs.  Ceux-ci étaient souvent hébergés dans les familles de la paroisse où avait lieu la convention.  La préparation des repas était un autre défi à relever.  Cette tâche revenait à la paroisse où l’événement se déroulait.  À Pointe-de-l’Église (Nouvelle-Écosse), en 1890, on dressa en plein air quatre tables d’une longueur de 200 pieds chacune, et on estima qu’en deux heures on servit plus de 4000 personnes.  Le Moniteur Acadien nous a laissé le témoignage suivant de ce magnifique repas :

La messe terminée, la foule se dirige sur le terrain du pique-nique, où nous attendent un excellent dîner et une grande diversité d’amusements.  Il y a quatre tables à manger, longues d’environ deux cents pieds chacune.  Elles menaçaient de s’écraser sous le poids des viandes, légumes, pâtisseries apportées par les paroissiens et servies par les dames préposées au service.  Ce sont des anges de patience, car elles conservent la plus grande sérénité et le plus gracieux des sourires au milieu des milliers de réquisitions qui se croisent en tous sens.  L’organisation des tables est parfaite, les aliments abondants et bien préparés.  Le dîner dure bien deux heures, et on calcule que plus de quatre mille personnes ont pris part à ces agapes fraternelles en plein air.

(Le Moniteur Acadien, le 19 août 1890)

La célébration d’une grand-messe solennelle, chantée en plein air lorsque la température le permettait, constituait toujours une partie importante du programme des conventions acadiennes.  Le comité exécutif se chargeait d’inviter l’un des meilleurs prédicateurs acadiens à y prononcer le sermon de circonstance.  La paroisse veillait à l’organisation d’un genre de pique-nique paroissial qui comprenait une grande diversité d’amusements.  C’était une façon de divertir la foule et en même temps de recueillir des fonds à l’intention d’une oeuvre paroissiale quelconque.  À la Convention de Miscouche, on appelle cette fête populaire, ce grand rassemblement, un “tea party”.  Le phénomène des “tea parties” était en fait très répandu dans l’Île à cette époque.  C’était un événement populaire qui, en plus de divertir, servait à recueillir des fonds.  Selon le Summerside Journal, du 21 août 1884, le “tea party” qui eut lieu lors de la Convention de Miscouche fut “l’événement de la saison” et la somme importante réalisée au cours de ce pique-nique fut déposée dans un fonds pour la construction d’une nouvelle église.

 

Sources :

Ferdinand-J. Robidoux, Conventions Nationales des Acadiens, Imprimerie du Moniteur Acadien, Shériac, 1907, 281 pages.

Léon Thériault, “La première Convention nationale des Acadiens, Saint-Joseph-de-Memramcook, les 20 et 21 juillet 1881,” Les Cahiers de la Société Historique Acadienne, vol. 12, no 1, mars 1981, pp. 5-11.

Camille Antoine-Richard, L’Idéologie de la première Convention nationale acadienne.  Thèse de maîtrise présentée au Département de sociologie, Université Laval, Québec, 1960.

Tableau des Conventions

1984 par Contribution anonyme

 

I – 1881 – Memramcook

Le choix d’une fête nationale domine les débats; la fête Notre-Dame-de-l’Assomption est choisie.  Les grandes questions suivantes sont débattues:  l’éducation, le problème de l’émigration, la colonisation et la presse.  Ces mêmes questions sont reprises aux Conventions ultérieures.

 

II – 1884 – Miscouche

Les délégués complètent le choix des symboles nationaux, soit un drapeau, un air national, un insigne et une devise.  Les principales résolutions visent à enrayer l’émigration vers les États-Unis, à encourager la colonisation, à freiner l’anglicisation et à donner aux Acadiens de l’Île un meilleur système d’éducation en français.

 

III – 1890 – Pointe-de-l’Église

La question prédominante a trait à la langue d’enseignement dans le nouveau collège Sainte-Anne et dans les écoles et les couvents acadiens de la Nouvelle-Écosse.  On demande que le français soit la langue d’enseignement mais que l’anglais soit enseigné concurremment.

 

IV – 1900 – Arichat

L’acadianisation de l’Église, en particulier la nomination d’un évêque acadien, retient grandement l’attention des délégués de la quatrième Convention nationale.  On s’entend aussi pour que tous les journaux acadiens se donnent la main afin de défendre et réclamer justice lorsqu’il s’agira de protéger les intérêts du peuple acadien.  Le premier ministre canadien, Wilfred Laurier, est présent.

 

V – 1905 – Caraquet

“L’Union fait la force”

La nomination d’un évêque acadien est encore chaudement délibérée.  On demande que le gouvernement vienne à l’aide des cultivateurs acadiens.  On encourage aussi les Acadiens à s’intéresser davantage au commerce et à l’industrie.  L’adoption de manuels français pour les écoles acadiennes est une autre importante recommandation du Congrès.  On demande aussi que le français soit enseigné dans les écoles normales des Provinces Maritimes.

 

VI – 1908 – Saint-Basile

“L’Union fait la force”

Les congressistes décident de faire parvenir une supplique à Rome priant le Pape d’accorder aux Acadiens un évêque de leur nationalité.  On recommande que les journaux acadiens publient chaque semaine un article de fond et qu’ils reproduisent moins d’articles de journaux étrangers.  On demande que les écrivains de l’Acadie collaborent aux journaux.

 

VII – 1913 – Tignish

“Congrès d’action de grâces”

Le Congrès de Tignish prend l’allure d’une fête d’action de grâces suite à la nomination, l’année précédente, d’un évêque acadien.  On met sur pied le Comité de rapatriement, de colonisation et d’agriculture dont le but est de tenter de ramener des États-Unis les Acadiens exilés et de les aider à se rétablir en terre acadienne.

 

VIII – 1921 – Pointe-de-l’Église et Grand-Pré

“Le Congrès du Souvenir”

Les assises à Pointe-de-l’Église sont suivies d’un pèlerinage à Grand-Pré où la Société Nationale l’Assomption avait récemment fait l’acquisition d’un terrain.  Une campagne de souscriptions est lancée pour la construction d’une chapelle commémorative à cet endroit.  On demande que les erreurs contenues dans les textes d’histoire du Canada, relativement à l’histoire acadienne, soient corrigées.  On recommande avec instance aux Acadiens de s’abonner à leurs journaux.

 

IX – 1927 – Moncton

La Convention trace un grand programme d’action pour le peuple acadien.  Elle propose que les Commissions d’étude se réunissent dorénavant une fois par année.  Des recommandations sont faites afin d’augmenter la représentativité des Acadiens au gouvernement provincial du Nouveau-Brunswick.  On encourage les Acadiens à s’organiser coopérativement pour l’achat et la vente des produits de la ferme, de la forêt, de la pêche et de l’industrie.  On exprime le voeu que les Acadiens ne manque jamais de se servir de la langue française dans leurs correspondances avec les divers ministères fédéraux et provinciaux et qu’ils s’adressent en français dans les magasins et chez toute compagnie d’utilité publique.

 

X – 1937 – Memramcook

“Le Congrès de la Reconnaissance”

Les deux principales questions discutées traitent des droits scolaires et de la colonisation.  On cherche aussi à encourager l’agriculture, l’enseignement des arts ménagers, l’établissement d’écoles d’agriculture, la célébration de la fête nationale et la publication et la diffusion de l’histoire acadienne.  On adopte diverses recommandations en ce qui a trait à l’amélioration de l’industrie de la pêche et aux problèmes que rencontre la presse acadienne.

 

XI – 1955 – Les Fêtes de 1955

En 1955, après une vingtaine d’années d’inactivité, la Société Nationale l’Assomption confie à un comité spécial l’organisation de grandes manifestations pour souligner le bicentenaire de la Dispersion.  Les Fêtes de 1955 prennent une envergure considérable; elles se déroulent dans de nombreux centres acadiens.  Tout en n’ayant pas précisément le caractère d’un congrès, elles sont cependant considérées comme le onzième grand ralliement des Acadiens.

 

XII – 1957 – Memramcook

Le but principal du Congrès est de déterminer l’avenir de la Société Nationale l’Assomption.  On lui donne alors une nouvelle constitution.  Parmi les nombreuses modifications, les trois plus importantes sont les suivantes:  l’établissement d’un secrétariat permanent, la création d’un Conseil d’administration et le changement du nom de l’organisme à “La Société Nationale des Acadiens”.

 

XIII – 1960 – Pointe-de-l’Église

“Les Acadiens en 1960″

On précise les besoins des Acadiens et on examine les perspectives d’avenir.  Les séances d’études se font au sein de quatre commissions:  dans une première, on soumet la Société Nationale à un examen critique afin d’évaluer son efficacité depuis la réorganisation; la seconde s’applique à définir ce que devrait être le patriotisme des Acadiens; la troisième s’applique à définir les conditions d’avancement économique; et la dernière, les conditions d’avancement culturel.

 

XIV – 1965 – Caraquet

“Nos forces vives face à l’avenir”

L’accent est mis sur le développement des forces vives des Acadiens, en particulier le dynamisme de la jeunesse.  On s’attarde moins sur l’analyse des lacunes ou des points faibles.  La préoccupation dominante du congrès est de faire un effort de projection vers l’avenir.  On tente de faire une étude positive des problèmes d’actualité et des besoins de la population.

 

XV – 1972 – Fredericton

“Congrès des francophones du Nouveau-Brunswick”

Plus de mille Acadiens du Nouveau-Brunswick assistent au Congrès.  On vote au total 264 résolutions en ce qui a trait aux thèmes suivants:  la politique, le bilinguisme, les médias d’information, l’Union des Provinces Maritimes, la fonction publique, l’éducation, l’économie et la culture.  La Société des Acadiens du Nouveau-Brunswick est fondée.  La Société Nationale des Acadiens, qui depuis un certain temps agissait avant tout comme l’organisme des Acadiens du Nouveau-Brunswick, redevint le porte-parole des intérêts généraux des Acadiens des Maritimes.

La deuxième Convention nationale acadienne

1984 par Contribution anonyme

 

 

Miscouche, Île-du-Prince-Édouard
les 14 et 15 août 1884

Au terme de la Convention de Memramcook, en 1881, il fut décidé que la deuxième Convention nationale aurait lieu à l’Île-du-Prince-Édouard.  Un tel choix fut sans doute motivé par la bonne et impressionnante participation des insulaires à l’événement de Memramcook.

La paroisse de Miscouche fut choisie comme site de la Convention surtout parce qu’elle n’était située qu’à une courte distance de Summerside et qu’elle était facilement accessible par train.  Summerside était en ce temps-là reliée à la terre ferme par un bateau à vapeur qui faisait régulièrement la traversée depuis Pointe-du-Chêne, près de Shédiac.  C’est donc en cette ville, sise sur la baie de Bédèque, que débarqueraient la plupart des délégués en provenance de l’extérieur de l’Île.

Miscouche était à l’époque une paroisse acadienne assez prospère.  D’abord connue sous le nom de la Belle-Alliance, cette paroisse avait été fondée en 1817 par un groupe d’Acadiens de la Rivière-Platte, située à peu de distance de Miscouche sur le littoral de la baie de Malpèque.  À cet endroit, ils étaient locataires du Colonel Harry Compton, le propriétaire du Lot 17.  Des relations difficiles se développèrent entre les Acadiens et leur propriétaire, ainsi qu’avec leurs voisins anglais, de sorte que la plupart quittèrent la Rivière-Platte à compter de 1812 pour aller s’établir ailleurs dans le comté de Prince.  Les derniers à quitter l’endroit profitèrent d’une offre du Colonel Compton et achetèrent, en 1816, 6,000 acres de terres non défrichées pour la somme de 625 livres.  Ils nommèrent d’abord ce site Belle-Alliance et ce possiblement afin de souligner l’heureuse entente conclue avec le propriétaire Compton par laquelle ils étaient devenus propriétaires fonciers.

En 1823, les pionniers de l’endroit construisent une église qu’ils dédient à Saint-Jean Baptiste.  Ils construisent aussi une école.  L’éducation s’améliora beaucoup lorsque l’abbé Joseph Quevillon fit bâtir, en 1864, un couvent qu’il plaça sous la direction des religieuses enseignantes de la Congrégation Notre-Dame de Montréal.  Cette maison d’éducation bilingue contribua grandement à l’avancement et à la prospérité de la région.  Cette institution devint en quelque sorte un symbole du réveil acadien qui commençait à se faire sentir au cours des années 1860.  Enfin, l’ouverture d’une gare de chemin de fer, vers 1872, signala une ère nouvelle pour la localité.

En se basant sur le recensement du diocèse de Charlottetown pour l’année 1890, il est possible d’établir, dans une certaine mesure, ce que pouvait être la population de cette paroisse six ans auparavant.  En 1890, la population catholique de la paroisse comprenait 820 habitants dont 83% étaient d’origine acadienne et 17% d’origine britannique.  Parmi les familles acadiennes, il y avait 43 Gaudet, 32 DesRoches, 26 Poirier, 10 Arsenault, 6 Gallant, 4 LeClerc, 2 Richard, 1 Doucette, 1 LeBlanc, 1 Bourque et 1 Boudreault.  Chez les familles anglophones, la plupart d’origine écossaise, il y avait les MacNeill, Gillis, Steele, Cunningham, Woods, Beairsto et Heckman.

Les Acadiens de Miscouche s’adonnaient surtout à l’agriculture.  Le recensement dénombrait 82 fermiers.  On trouvait également chez la population acadienne toute une variété d’occupations à savoir:  30 ouvriers, 5 marchands, 4 servantes, 4 commis, 3 enseignants, 3 mécaniciens, 2 enseignants de musique, 2 couturières, 2 cordonniers, 1 meunier, 1 tailleur, 1 plâtrier, 1 maître de gare, 1 garde-malade, 1 fabriquant de cure-dents, 1 connétable, 1 locataire et 1 cuisinière.

Cette communauté acadienne semble avoir été assez dynamique à l’époque selon un article intitulé “Le progrès de Miscouche” paru dans le Moniteur Acadien, le 1er juin 1876.  Entre autres, on y mentionne une société de discussion mise sur pied par le Père Ronald McDonald, curé de la paroisse.  Composés presqu’exclusivement de cultivateurs, les membres de cette société se rencontraient régulièrement afin de discuter de l’avancement de l’agriculture et “des moyens les plus propres à relever le niveau de cette noble profession.”  Cette association avait aussi à sa disposition une salle spacieuse, une bibliothèque, une chambre de lecture où ses membres pouvaient aller tous les jours lire les journaux de l’Île, les meilleurs journaux du Canada et des États-Unis, etc.  De temps à autre, on y tenait des séances où on discutait de sujets d’actualité.

En 1884, année de la Convention nationale acadienne, les principaux chefs de file acadiens de l’endroit étaient Gilbert Desroches, H.-V. Desroches, Jean-S. Gaudet et Joseph Poirier (“Joe Bellone”), tous marchands et exportateurs d’huîtres; Prosper Desroches, tailleur; et l’abbé Nazaire Boudreault, curé de la paroisse.  Ce dernier était originaire des îles de la Madeleine.

À l’époque de la Convention, selon plusieurs témoignages, l’anglais se parlait déjà dans certaines familles acadiennes de Miscouche.  La minorité anglophone dans la paroisse avait beaucoup d’influence car les activités publiques se déroulaient surtout en anglais.  Ce courant d’anglicisation se faisait aussi sentir à l’époque dans plusieurs autres communautés acadiennes de l’Île et des Provinces Maritimes.  Réunis à Miscouche, une paroisse acadienne si visiblement menacée par l’assimilation, les chefs acadiens d’alors adoptèrent diverses résolutions visant à enrayer cette marée anglicisante et à assurer ainsi la survie culturelle de leur peuple.

Voici comment le Summerside Journal décrivait le village de Miscouche en 1884: “Ce beau village de campagne est présentement dans un état prospère et florissant.  Nos marchands ont été excessivement occupés au cours de l’automne.  Quelques-uns ont été impliqués dans le commerce des produits agricoles, payant comptant les plus hauts prix pour les pommes de terre, l’avoine, etc.  D’autres marchands ont fait le commerce des huîtres, et certains autres le commerce des oeufs.  À part des commerçants, nous avons toute une gamme de mécaniciens, de carrossiers, de forgerons, de tailleurs, de cordonniers, de charpentiers, de menuisiers, de tonneliers, de bouchers, etc.”

 

 

Manifeste du Président

Messieurs,-

Tout indique notre 2me convention nationale, convoquée à Miscouche pour le 15 du présent mois, doit être couronnée de succès.  Nos compatriotes partout s’empressent de répondre à l’appel qui leur est fait.

Nous espérons qu’à cette réunion de famille nous pourrons resserrer les liens qui nous unissent, aviser aux moyens à prendre pour avancer avec plus de succès encore dans la voie du progrès, apprendre à nous mieux connaître et à mieux apprécier la mission à laquelle nous a destinés la Providence.

Nous avons à coeur, en convoquant cette réunion, de travailler à l’amélioration de notre condition sociale et politique et à tout ce qui peut rendre meilleur notre état comme peuple.  Les questions d’éducation, de colonisation, de commerce, etc., y seront traitées.

Nous vous invitons donc à vous rendre à Miscouche pour le 15 en aussi grand nombre que possible.

Efforçons-nous, surtout, par notre bonne conduite, notre assiduité au travail qui nous y attend, notre déférence pour les opinions d’autrui, et par notre union patriotique, de mériter l’approbation de nos supérieurs ecclésiastiques, l’estime de nos semblables, le respect de nos concitoyens d’origine différente, et la bénédiction du ciel.

Que nous nous amuserons, j’en suis certain, que nos labeurs auront pour résultat l’avancement de notre intérêt général, j’ose l’espérer et offrir des voeux pour la réalisation de cette attente et pour notre plus grand bien.
Veuillez me croire votre serviteur dévoué,

5 août 1884                                                                                                                                                                           P.A. Landry, Président.

(Le Moniteur Acadien, le 7 août 1884)

 

 

Programme

Les officiers de la seconde convention générale, choisis à Memramcook à la Convention générale de 1881, sont :

Hon. P.A. Landry, Président, G.A. Girouard, Secrétaire, Hon. Jos. O. Arsenault, Hon. S.F. Poirier, Urbain Johnson, Pascal Poirier, J.C. Doiron, J.J. Arsenault, M. Robichaud, Urbain Doucet, M. Benoit, F.X. Vautour, Dr E.T. Gaudet, Dr J.A. Léger, N.A. Landry, A.D. Richard, Dr L.N. Bourque, Dr F. Gaudet, Dr A.P. Landry, Onés. Turgeon, Evariste LeBlanc, Dr Gallant, Ferdinand Robidoux, Gilbert Buote.

La convention sera tenue à Miscouche, Île-du-Prince-Édouard, le 15 août 1884.  Tous les Acadiens et descendants d’Acadiens, nommément ceux de l’Île-du-Prince-Édouard, de la Nouvelle-Écosse et du Cap Breton, du Nouveau-Brunswick, des Îles de la Madeleine, de la province de Québec et de l’État du Maine, sont de droit membres de la convention.

Les travaux préparatoires sont confiés à cinq commissions, lesquelles feront rapport à la convention générale.

Sont de droit membres de ces commissions, tous les prêtes acadiens et canadiens des provinces maritimes et des Îles de la Madeleine, tout prêtre, à quelque nationalité qu’il appartienne, desservant dans les provinces maritimes, l’État du Maine, et la province de Québec, une paroisse composée en tout ou en partie d’Acadiens; tout sénateur et conseiller législatif acadien; tout député et ex-député acadien aux Chambres des Communes ou à la législature de sa province; cinq délégués nommés à cette fin par chaque paroisse acadienne des provinces maritimes, des îles de la Madeleine, de l’État du Maine, de la province de Québec, et toute personne spécialement invitée par le conseil des officiers généraux.

Les commissions, sous la présidence de leurs rapporteurs, se réuniront à Miscouche mercredi après-midi et jeudi, les 13 et 14 d’août, afin d’être prêtes à faire leur rapport le 15.

1e COMMISSION
LA COLONISATION

M. l’abbé Joseph Ouellet, Saint-Marie, N.B., rapporteur; l’Hon. S.F. Perry, Tignish, Î.P.É., secrétaire.

2e COMMISSION
LANGUE ET ÉDUCATION FRANÇAISE

M. Palcal Poirier, Ottawa, rapporteur; M. Blanchard, avocat, Î.P.É., secrétaire.

3e COMMISSION
DRAPEAU ET CHANT NATIONAL

M. l’abbé S. Doucet, Tracadie, N.B., rapporteur; le Révd. Père André Cormier, Memramcook, N.B., secrétaire.

4e COMMISSION
AGRICULTURE

M. l’abbé M.F. Richard, N.B., rapporteur; l’hon. J.O. Arsenault, Î.P.É., secrétaire.
5e COMMISSION
COMMERCE ET INDUSTRIE

M. Robicheau, M.P.P., N.E., rapporteur; M. Gilbert Desroches, Î.P.É., secrétaire.

Toute paroisse ou mission acadienne des provinces maritimes, de l’État du Maine et des îles de la Madeleine, devra élire cinq délégués, lesquels sont priés de se réunir à l’Île du Prince-Édouard le 13 du mois d’août dans l’après-midi.  Cette élection des cinq délégués se fera, s’il est possible, le troisième dimanche du mois de juin, à l’issue de l’office divin – messe ou vêpres.  M. le curé, ou, à son défaut, messieurs les marguilliers et syndics, sont priés de prendre l’initiative de l’élection des délégués de leur paroisse ou mission.

Les délégués devront sans retard faire un rapport écrit de leur élection signé par M. le curé ou par trois syndics ou marguilliers, adressé à M.G.A. Girouard, Bouctouche, Kent, secrétaire général de la convention.

(Le Moniteur acadien, le 31 juillet 1884)

 

 

Les préparatifs

“De Miscouche nous apprenons de source autorisée que la paroisse se prépare avec un élan magnifique et une harmonie parfaite à faire les frais de la cérémonie et de la réception.

Il y aura tea party le 14 et et 15 et comme les dames de Miscouche et leurs maris ont déjà fait leurs preuves en pareilles occasions, les visiteurs assisteront à un pique-nique digne du nom.

M. le curé Boudreau préside aux préparatifs, c’est dire que tout sera fait à point.

M. le curé a bien voulu se charger aussi d’organiser la cérémonie religieuse par laquelle s’ouvrira la Convention dans la matinée du 15 août.  Il y aura messe solennelle et sermon de circonstance.  La religion occupe toujours la première place dans nos jours de fête, aujourd’hui comme aux premiers temps de l’Acadie.”

(Le Moniteur Acadien, le 31 juillet 1884)

 

Le transport des participants

“L’endroit choisi pour tenir la convention (Miscouche) est l’un des plus pittoresques et des plus agréablement situés de l’Île Saint-Jean; il n’est qu’à cinq milles à l’ouest de Summerside et l’on s’y rend en chemin de fer, des deux extrémités de l’Île.  De Shédiac la traversée à Summerside dure à peine trois heures.

Enfin les conditions avantageuses obtenues, par l’honorable M. Landry, président de la convention, des voies ferrées et des bateaux traversiers pour le passage de ceux qui assisteront à la convention, mettent le voyage à la portée de toutes les bourses, et nous serons bien déçus si nos nationaux de la grand’terre ne vont en grand nombre rendre à leurs frères insulaires la visite qu’ils en ont reçue en 1881.”

(Le Moniteur Acadien, le 31 juillet 1884)

 

“Tous ceux qui peuvent le faire doivent se rendre à Miscouche pour le 15 août.  C’est un devoir sacré que tout Acadien se doit à lui même et à sa patrie.  Grâce aux favorables conditions de passage obtenues par le président de la convention en faveur de ceux qui s’y rendront, on n’a pas d’excuse pour rester en arrière.

Des rives du comté de Kent, des paroisses du Barachois et du Cap Pelé, et du Petit Cap, on peut facilement se rendre à Miscouche dans les embarcations que presque chacun de nos habitants possède. Un grand nombre s’y rendront sans doute par ce moyen.”

(Le Moniteur Acadien, le 7 août 1884)

 

Excursion à bon marché

“Ainsi que nous l’avons dit la semaine dernière, il y a, à l’occasion de la convention de Miscouche, excursion sur le chemin de fer de l’Île, l’Intercolonial et les bateaux à vapeur.

L’Intercolonial et le chemin de fer de l’Île émettront à toutes leurs stations des billets d’excursion à bon marché à partir du 13 août, lesquels seront bons pour le retour jusqu’au 18.

La compagnie des vapeurs de l’Île donnera pour $1.00 des billets de retour à tous ceux qui iront à la convention, et qui seront munis d’un certificat constatant la chose.  Ce certificat sera donné à bord du bateau soit par M. le président de la convention soit par son délégué, pendant la traversée, le 13 et le 14.

Les excursionnistes qui s’embarqueront aux stations de l’Intercolonial devront demander à l’agent des billets d’excursion en spécifiant qu’ils se rendent à la convention de Miscouche.  Ces billets toutefois ne comprendront que le passage de la station de départ à la station de la Pointe-du-Chêne, attendu qu’il faudra acheter ses billets de traversée à bord des bateaux à vapeur qui nous transportent à Summerside.”

(Le Moniteur Acadien, le 7 août 1884)

 

Fanfare

“Ainsi que nous l’anticipions, un bon nombre de délégués et autres se sont rendus ou vont se rendre à Miscouche en goëlette.  Il en est parti quarante de Richibouctou, mardi, par cette voie, et de Bouctouche on s’est organisé pareillement.

Hier, un bon nombre de nos compatriotes ont traversé par le vapeur.

Grâce à l’énergie de M. Sylvère Arsenault, qui a pu rassembler une dizaine de membres du corps de musique du Collège Saint-Joseph, on aura le plaisir d’entendre cette fanfare à la convention.  Les musiciens, ayant à leur tête le R.P. Bourque, leur directeur, se sont embarqués hier.”

(Le Moniteur Acadien, le 14 août 1884)

 

L’arrivée des délégués

“Les délégués à la Convention des Acadiens-français qui débute à Miscouche aujourd’hui et qui se termine demain sont arrivés à Summerside hier soir accompagnés d’une fanfare.  Le surintendant Coleman qui se trouvait à ce moment-là à Summerside a mis un train spécial à leur disposition et ils furent ainsi capables de se rendre à Miscouche dans la soirée.  Les délégués viennent de toutes les régions du Nouveau-Brunswick, de la Nouvelle-Écosse et du Cap-Breton.”

(The Examiner, le 14 août 1884, Traduction)

 

 

Compte rendu des activités

“Plus de la moitié des délégués s’étaient rendus à Miscouche pour le 14 afin de prendre part aux travaux des commissions, lesquelles, toutefois, n’ont pu, excepté celle de la langue et de l’éducation françaises, accomplir leur oeuvre que dans la soirée.  Les commissions ont siégé dans les salles du couvent de Miscouche, généreusement mises à la disposition de la convention par les Religieuses de la Congrégation de Notre-Dame.

Disons de suite que les mesures prises par M. le curé de Miscouche et ses paroissiens pour recevoir les gens ne laissaient rien à désirer.  Franche hospitalité, accueil cordial, prévenance empressée, on se sentait à l’aise partout.

À l’arrivée du vapeur à Summerside mercredi et jeudi, des convois spéciaux transportaient les passagers à Miscouche, où l’on arrivait à temps pour prendre le souper sous les tentes érigées à peu près à mi-chemin entre la gare et l’église; le service des tables était très bien organisé, et les dames méritent des éloges pour le succès avec lequel elles ont rempli leur tâche.

De fréquentes averses ont interrompu le pique-nique qui a eu lieu le 14, et l’on avait lieu de craindre pour le succès du lendemain.  Ces craintes ne se réalisèrent point, car jamais soleil plus radieux n’a lui sur un jour de fête.

Aussi, dès sept heures du matin, les abords de l’église étaient-ils déjà remplis d’une foule immense, en habits de fête, le sourire sur les lèvres, la figure rayonnante, le regard animé.  Le temple de la paroisse allait être trop petit pour contenir la dixième partie de la multitude.  Un autel fut érigé à la porte de l’église sous un dais de verdure, et les Religieuses du couvent se chargèrent d’exécuter les décors.

Un espace suffisant fut réservé en face de l’autel pour les membres du clergé présents, les membres du comité exécutif et les délégués, les membres du corps de musique et le choeur paroissial.

(…)

De quatre à cinq mille personnes se pressaient sur le carré de l’église lorsque commença, à neuf heures et demi, le Saint Sacrifice de la messe, offert par le doyen des prêtres acadiens, M. l’abbé Charles Boudreault, des Îles Madeleine…
Le choeur de Miscouche, composé d’environ vingt voix – hommes et femmes – exécuta à perfection une messe en musique celle de Peters – sous la direction d’une Religieuse du couvent, aidée de Mlle Léonore Bourque, qui présidait à l’orgue.  À l’offertoire, le choeur chanta l’Ave Marie de Lambillotte.  Le corps de musique du collège St-Joseph fit entendre plusieurs morceaux appropriés à la circonstance.

Après la messe, le Révd Père A.-D. Cormier, du Collège Saint-Joseph, prononça le sermon de circonstance.  Prenant pour texte ces paroles:  Beatus populus cujus Dominus Deus ejus, le prédicateur – invité à la dernière heure – n’eut qu’à laisser parler son coeur pour être éloquent.

(…)

Après la messe on se sépara pour le dîner.  À une heure, du haut d’une estrade préparée spécialement à cette fin, le président ouvrit les travaux de la convention dans un admirable discours qui frappa tous les esprits par la justesse de ses observations.

La convention à dû siéger le soir, dans la salle du couvent, pour élire les officiers du prochain congrès, qu’il a été décidé de tenir à la Nouvelle-Écosse.  L’hon. M. Landry a été réélu président à l’unanimité; l’hon. Isidore LeBlanc, d’Arichat, et M. Urbain Doucet, de la Rivière Météghan, ont été choisis pour vice-présidents, et M. Pascal Poirier pour secrétaire.”

(Le Moniteur Acadien, le 21 août 1884)

 

 

Les résolutions de la Convention

Les délégués réunis en sessions d’études à Miscouche, en 1884, ont tenté de trouver des solutions aux nombreux obstacles qui entravaient la survie et le développement de leur peuple en tant qu’entité culturelle.  Ils se sont d’abord rencontrés en divers ateliers pendant la soirée du 13 août et au cours de la journée et de la soirée du 14.  Leurs résolutions furent ensuite présentées en plénière au cours de l’après-midi du 15 où elles furent adoptées par l’ensemble des membres de la Convention.

Les premières résolutions étudiées et adoptées concernaient la colonisation et le problème de l’émigration des Acadiens vers les centres urbains et industriels des États-Unis.  Résoudre cette question était la principale préoccupation des chefs acadiens.  En effet, ceux-ci considéraient cette migration comme une menace sérieuse à la survivance de leur peuple.  Elle mettait en cause le maintien de la langue française, des traditions acadiennes et même, croyait-on, de leur foi catholique.  Des résolutions furent donc formulées afin d’enrayer le mouvement d’émigration vers les États-Unis en encourageant les jeunes Acadiens à aller s’établir du côté des terres vacantes du Nouveau-Brunswick.  Ainsi, on donna un nouvel élan à la Société de Colonisation, fondée lors de la première Convention, en élisant le dynamique Père Marcel-François Richard à la présidence.

 
Le second groupe de résolution se rattachaient à la langue et à l’éducation française.  Celles-ci concernaient surtout les Acadiens de l’Île.  On adopta en effet des recommandations adressées au gouvernement insulaire.  Elles demandaient que l’enseignement de la langue française, dans les districts scolaires acadiens, soit mis sur le même pied que l’enseignement de la langue anglaise; que les professeurs reçoivent pour l’enseignement du français les mêmes rémunérations pécuniaires et les mêmes chances d’avancements que pour l’enseignement de l’anglais; et que l’inspection des écoles se fasse en français comme en anglais dans les localités françaises.  Afin d’aider à promouvoir la langue, l’éducation et la culture française chez les Acadiens, La Ligue française fut mise sur pied.  On formula le voeu que celle-ci soit affiliée à une société du même nom, récemment formée en France, et dont le but était la promotion de la langue et de la civilisation françaises dans le monde.

La Convention de Miscouche est surtout connue comme celle où les Acadiens se sont choisis un drapeau et un hymne national.  Le choix de ces symboles fut effectivement l’objet des délibérations de la troisième commission.  En plénière, toute l’assemblée ratifia sa principale résolution voulant que le tricolore français, avec une étoile jaune dans la partie bleue, soit adopté  comme drapeau acadien.  Les délégués ont aussi adopté l’air de l’Ave Maris Stella comme hymne national.  Ils se sont également choisis à Miscouche un insigne et une devise, “l’Union fait la force.”

Les délégués ont accordé une grande importance à l’agriculture.  Ils s’entendaient sur le fait que l’agriculture avait été et continuerait d’être la sauvegarde de la culture acadienne.  Des résolutions demandaient donc aux Acadiens de porter une plus grande attention à améliorer leur mode de culture et d’éviter de diviser et de subdiviser leurs petites fermes.  On conseillait aussi fortement à ceux obligés d’abandonner leurs terres, par la force des circonstances, de vendre à leurs compatriotes.  Enfin, on proposait que des sociétés agricoles soient établies dans chaque paroisse acadienne.

Des résolutions qui visaient le commerce et l’industrie ont aussi été adoptées par les délégués.  Nous ne connaissons toutefois pas la nature de ces dernières car elles n’ont pas été rapportées par la presse et tous les documents officiels de la Convention ont été perdus.

Notes biographiques

1984 par Contribution anonyme

 

Pierre-Amand Landry

Dessin de Bernard LeBlanc

 

Né en 1846 à Memramcook, Pierre-Amand Landry a été l’un des chefs les plus importants de la Renaissance acadienne de la fin du 19e siècle.  Son Père, Amand Landry, le premier Acadien à siéger à l’Assemblée législative du Nouveau-Brunswick, tenait à ce que son fils apprenne à apprécier la valeur des deux peuples fondateurs de la société canadienne.  Il l’envoya d’abord dans une école secondaire de langue anglaise et l’encouragea ensuite à étudier dans un collège classique bilingue.

Premier Acadien à être nommé ministre au sein de la Législature du Nouveau-Brunswick, Pierre-Amand Landry fut aussi l’un des premiers Acadiens membres du Parlement canadien, le premier Acadien à remplir la fonction de juge à la Cour suprême du Nouveau-Brunswick et le seul de son peuple à être reçu chevalier.  Il contribua de façon considérable à l’organisation des premières Conventions nationales acadiennes et en assuma la présidence à trois reprises.  Il contribua également à faire nommer le premier sénateur acadien en 1885.

De concert avec Pascal Poirier, le juge Landry mena une lutte des plus acharnées auprès de l’hiérarchie catholique des Provinces Maritimes et du Vatican afin d’obtenir la nomination d’un évêque acadien.  Landry et les autres leaders acadiens reconnaissaient l’importance du fait français au niveau de l’épiscopat.  Ils étaient conscients que l’Église pouvait jouer un rôle de premier plan dans le développement du peuple acadien, notamment au niveau de l’éducation et du maintien de la langue française.

Pierre-Amand Landry a été l’un des grands défenseurs des droits des Acadiens, notamment du droit à l’éducation en français.  Dans son discours d’ouverture à la Convention de Pointe-de-l’Église en 1890, il affirmait la nécessité de faire tous les efforts possibles pour établir et maintenir des écoles où la langue française serait enseignée.  “Insistons sur ce point sans relâche, sans fléchir,” disait-il alors à ses compatriotes.

Toute la carrière de cet homme fut axée sur sa conviction profonde que les Canadiens de langue anglaise et de langue française pouvaient vivre ensemble en toute égalité.  Apprendre à s’accepter mutuellement et à tolérer les points de vue de chacun, c’était là, selon Pierre Landry, le moyen qui permettrait aux peuples du Canada de vivre dans l’harmonie.  L’unité s’obtiendrait au prix de la tolérance.

Source:

Della M. Stanley, Pierre-Amand Landry, Au service de deux peuples, Moncton, Éditions d’Acadie, 1977, 260 pages.

 

Pascal Poirier

Dessin de Bernard LeBlanc

 

Pascal Poirier, l’un des plus grands chefs de file de la Renaissance acadienne, est né à Shédiac le 15 février 1852.  Il était le douzième et dernier enfant de Simon Poirier, l’un des pionniers de l’endroit.

Ses études primaires terminées, le jeune Pascal s’inscrit au Collège Saint-Joseph de Memramcook, lequel venait tout juste d’ouvrir ses portes.  Le Père Camille Lefebvre, fondateur de ce premier collège acadien, a eu une grande influence sur ce jeune acadien.  Il lui aida surtout à prendre conscience de la situation dans laquelle se trouvaient ses compatriotes.

À l’âge de vingt ans, grâce aux excellentes recommandations du Père Lefebvre, Pascal Poirier fut nommé maître de Poste à la Chambre des Communes, à Ottawa.  À ce poste, il se vit confier la direction d’un bureau qui comptait une douzaine d’employés et dont il ignorait tout du fonctionnement.  Mais il réussit très tôt à s’affirmer comme un fonctionnaire compétent dans la capitale fédérale.  Dans ses moments libres il étudia le droit.  Il accéda au Barreau de la province de Québec puis à celui du Nouveau-Brunswick

À partir de 1875, il entreprit plusieurs voyages de reconnaissance dans toutes les régions acadiennes des Provinces Maritimes.  Il passa ainsi plusieurs de ses étés à prendre connaissance de l’histoire et de la situation de ses compatriotes; il devint en quelque sorte le porte-parole reconnu des Acadiens.  En 1885, à l’âge de 33 ans, il fut nommé au Sénat pour représenter la circonscription sénatoriale de l’Acadie créée à cette occasion.

Pascal Poirier a été un des grands défenseurs des intérêts des siens.  Un des principaux organisateurs des premières Conventions nationales acadiennes, il a été aussi secrétaire puis président de la Société Nationale l’Assomption.  Il s’est surtout distingué dans la lutte pour l’obtention d’un évêque acadien, lutte qui a monopolisé les énergies des nationalistes entre 1890 et 1912.

Pascal Poirier consacra aussi une grande partie de son temps à la recherche historique et linguistique.  Parmi ses principales oeuvres mentionnons:  Origine des Acadiens (1874), Le Père Lefebvre et l’Acadie (1898) et le Parler franco-acadien et ses origines (1928).

À sa mort, le 25 septembre 1933, les principaux journaux anglais et français du Canada ont tous salué en lui “le champion infatigable de la cause acadienne.”

Source:

Gérard Beaulieu, “Pascal Poirier: notes biographiques”, dans “Mémoires de Pascal Poirier”, Numéro spécial, La Société Historique Acadienne, 33ième Cahier, Vol. IV, No 3, octobre, novembre, décembre 1971, pp. 92-93.

 

Marcel-François Richard, ptre

Dessin de Bernard LeBlanc

 

L’abbé Marcel-François Richard, nationaliste acadien par excellence, est né à Saint-Louis-de-Kent (Nouveau Brunswick) le 9 avril 1847.  Il fréquenta d’abord la petite école de sa paroisse et ensuite le Collège Saint-Dunstan, à Charlottetown.  Il n’y avait pas encore, à cette époque, de collège français dans les Provinces Maritimes.  Six ans plus tard, il fut admis au Grand Séminaire de Montréal.  Après son ordination en 1870, il fut nommé curé dans sa paroisse natale; il y demeura jusqu’en 1886.  Ensuite il fut curé de la paroisse de Rogersville jusqu’à sa mort en 1915.

Dès le début de son ministère, l’abbé Richard s’intéressa grandement à la question de l’éducation chez les siens. Entre autres, en 1874, il fonda le Collège Saint-Louis.  En effet, il trouvait que le Collège Saint-Joseph était trop bilingue et pas assez acadien et que, de toutes façons, dans une société rurale dépourvue de bons moyens de communications, il y avait de la place pour d’autres collèges acadiens.  Toutefois, Mgr Rogers, l’évêque irlandais de Chatham, trouvait que le collège acadien de Saint-Louis ne comblait pas les besoins de la jeunesse irlandaise de la région et il provoqua donc la fermeture du Collège en 1882.  L’abbé Richard a été aussi fondateur d’un couvent qu’il fit construire, en 1881, et dont il confia la direction aux religieuses enseignantes de la Congrégation Notre-Dame de Montréal.

L’abbé Richard a été l’un des grands promoteurs du mouvement de colonisation en Acadie.  Comme d’autres chefs acadien de l’époque, il encouragea très fortement le défrichement de nouvelles terres.  Il était convaincu que c’était la meilleure solution au problème de la rareté des terres dans les anciens villages acadiens et à celui de l’émigration des Acadiens vers les villes des États-Unis.  Alors, il se chargera de l’établissement de deux nouvelles colonies, Acadieville et Rogersville, dont il fut vraiment le fondateur.  Élu président d’une société de colonisation à la Convention acadienne de 1884, il dépensa énormément d’énergie à promouvoir les intérêts de la colonisation.

Les contemporains de Marcel-François Richard lui ont donné le titre de Père de l’Acadie nouvelle.  Il a été en effet un des plus importants chefs de file de la Renaissance acadienne.  À la Convention de Memramcook, en 1881, il se fit le champion de l’Assomption de préférence à la Saint-Jean-Baptiste à titre de fête nationale des Acadiens.  Grâce à ses efforts et à son éloquence, l’Assomption fut adoptée par les délégués.  Lors du deuxième congrès national tenu à Miscouche en 1884, l’abbé Richard joua encore un rôle déterminant dans le choix du drapeau acadien et de l’air national.

Il travailla aussi intimement avec Pascal Poirier et Pierre-Amand Landry dans les revendications qui furent présentées au Saint-Siège concernant la question de la nomination d’un évêque acadien.  Dans ce but il fit deux voyages à Rome, en 1907 et en 1910, où il reçut enfin du Pape Pie X la promesse que l’Acadie aurait bientôt un évêque.  En 1912, le Saint-Siège nommait un évêque acadien.  En somme, les démarches de l’abbé Richard auprès des autorités romaines ont beaucoup contribué à résoudre cette importante question.
En 1905, en reconnaissance du grand dévouement de l’abbé Richard au service de l’Église, le Saint-Siège l’honora en le faisant Prélat Domestique de Sa Sainteté le pape Pie X.  À partir de cette date, on l’appellera Monseigneur Richard.

Il est décédé en 1915.  Sa dépouille mortelle repose à Rogersville au monument de Notre-Dame de l’Assomption qu’il avait lui-même fait construire en 1912.

Membres du Comité exécutif de la deuxième Convention nationale acadiennes présents à Miscouche

1984 par Contribution anonyme

 

L’honorable Olivier-J. LeBlanc
(1830-1919)

L’honorable Olivier-J. LeBlanc est né à Memramcook en 1803.  Il fréquenta l’école de son village.  Cultivateur de profession, il alla dans sa jeunesse s’établir à Sainte-Marie où il s’engagea aussi dans les affaires du commerce.

En 1882, il se porta candidat aux élections provinciales du Nouveau-Brunswick et fut élu.  Réélu à chaque élection, il siégea au gouvernement jusqu’en février 1891.  À partir de 1889, il fut ministre sans portefeuille dans le Conseil exécutif provincial.  En avril 1891, il fut élevé au Conseil législatif.

 

Narcisse-A. Landry
(1856-1941)

Narcisse-A. Landry est né à Memramcook le 14 avril 1856.  Il était le plus jeune fils d’Amand Landry, le premier Acadien élu à l’Assemblée législative du Nouveau-Brunswick, et frère du juge Pierre-Amand Landry.  Après avoir terminé ses études au Collège Saint-Joseph, il étudia le droit au bureau de son frère et à l’École de droit de Boston.  Il fut admis au Barreau en juin 1879.  Il pratiqua d’abord trois ans à Shédiac et ensuite il se fixa de façon définitive à Bathurst.  Il fut candidat aux élections fédérales de 1887 et de 1891.

 

Rémi Benoît
(1842-1919)

Rémi Benoît est né à D’Escousse, Île-Madame (Cap-Breton), en 1842.  D’abord enseignant et puis inspecteur d’écoles, M. Benoît fut aussi percepteur des douanes du port d’Arichat (Cap-Breton).

En 1896, il émigra, comme tant d’autres de ses contemporains, aux États-Unis.  Dans ce pays, il continua à se dévouer à l’avancement des siens.  Il fut, en effet, le premier président de la Société l’Assomption, fondée à Waltham en 1903.  Il revint en Acadie en 1913 pour occuper un poste à la rédaction de l’Évangéline, à Moncton.

 

Édouard Girouard
(1856-1949)

Né à Sainte-Marie, comté de Kent (Nouveau-Brunswick), le 25 novembre 1856, Édouard Girouard fréquenta l’école de son village, l’école graduée de Bouctouche, l’école grammaire de Richibouctou et le collège Saint-Michel de Chatham.  Après avoir enseigné pendant un an dans sa paroisse, et avoir été commis au bureau de poste de Richibouctou pendant dix-huit mois, il étudia le droit et fut admis au Barreau en 1883.  Il s’établit la même année à Moncton.  Il fut le vérificateur des comptes de la ville de Moncton de 1884 à 1886.

 

Dr Lucien-J. Belliveau
(1861-1911)

Le Dr Lucien-J. Belliveau était natif de Memramcook.  Diplômé du collège Saint-Joseph, il obtint en 1884 son diplôme en médecine de l’Université Victoria de Montréal.  Il se fixa ensuite à Shédiac.  Lorsque Shédiac fut constituée en ville, il en devint le premier maire.

Grand patriote acadien et bon orateur, il lança l’idée de la Caisse écolière de la Société l’Assomption dans un discours qu’il prononçait lors de la fondation de cette association à Waltham, en 1903.

 

Dr Fidèle Gaudet
(1850-1927)

Le docteur Fidèle Gaudet, de Météghan, Nouvelle-Écosse, est né au Village-de-l’Église, dans la paroisse de Memramcook, le 15 juin 1850.

Après avoir terminé un cours d’études classique au collège Saint-Joseph, il étudia la médecine et obtint son diplôme en 1875 de l’École de médecine de l’Université Victoria, à Montréal.  Il se fixa immédiatement à Memramcook, sa paroisse natale, où il demeura jusqu’en septembre 1881, alors qu’il alla s’établir à Météghan, Nouvelle-Écosse.

 

Dr Alexandre-P. Landry
(1834-1905)

Le Dr Alexandre-P. Landry est né à Sainte-Marie, comté de Kent, Nouveau-Brunswick, le 12 juin 1834.  Il fit un cours d’études au collège Sainte-Anne de la Pocatière et décrocha son diplôme d’instituteur de l’École normale du Nouveau-Brunswick.  Il consacra une douzaine d’années à l’enseignement dans les écoles publiques.

En novembre 1867, il entra au Collège médical de l’Université Harvard, à Boston, où il décrocha son diplôme en médecine en 1870.  Il fut alors proclamé le premier médecin acadien des Provinces Maritimes.  Il était donc, en 1884, le doyen des médecins acadiens.  Il établit sa pratique d’abord dans le district de Clare, en Nouvelle-Écosse.  Cette même année (1870), il fut nommé inspecteur d’école pour le même district.  En 1877, il alla s’établir à Bouctouche.  Il exerça sa profession dans le comté de Kent durant près de neuf ans. Il retourna s’établir dans la région de Clare en 1886.

 

Auguste Renaud
(1826-1897)

On ne possède aucun renseignement précis sur Auguste Renaud avant son arrivée à Bouctouche vers 1860.  Il existe diverses versions concernant son arrivée mystérieuse en Acadie.  Entre autres, l’histoire orale rapport qu’il était un matelot français abord d’un vaisseau marchand lorsqu’il se décida, au large de Bouctouche, de sauter à l’eau et de gagner la rive à la nage.  Il serait né à Bordeaux, France, en 1826.

Possédant un peu d’instruction, il se fit instituteur à la demande des habitants de Bouctouche.  Il s’engagea aussi dans le commerce du bois et du poisson.

À la première élection fédérale, en septembre 1867, il fut élu membre du Parlement canadien pour le comté de Kent.  Auguste Renaud fut dont le premier député français du Nouveau-Brunswick à siéger à la Chambre des communes.

Défait aux élections de 1872 et de 1874, il se retira de l’arène politique.  En 1885, il fut nommé sous-percepteur des douanes à Bouctouche.

 

L’honorable Joseph-Octave Arsenault
(1828-1897)

Joseph-Octave Arsenault est né à Cascumpèque (Île-du-Prince-Édouard) le 5 août 1828 et déménagea à Baie-Egmont avec ses parents en 1831.  Il reçut son instruction aux écoles paroissiales de Baie-Egmont et de Miscouche ainsi qu’à l’Académie centrale de Charlottetown.  De 1847 à 1865, il se livra à l’enseignement.

En 1865, il abandonna l’enseignement et établit un commerce à Abram-Village et, plus tard, à Wellington.  Il s’établit à Abram-Village où il s’adonna aussi à l’agriculture.  Il devint également propriétaire d’une usine de mise en conserve du homard.  En 1867, il fut élu à l’Assemblée législative de l’Île où il siégea pendant 28 ans.  Il fit partie de plusieurs administrations à titre de membre du Conseil exécutif de la province.

En 1895, Joseph-Octave Arsenault fut nommé Sénateur.  Il ne siégea au Sénat que pendant deux ans car il décéda le 14 décembre 1897.  Il a l’honneur d’avoir été le seul Acadien de l’Île-du-Prince-Édouard qui ait siégé au Sénat canadien.

 

Antoine Girouard
(1836-1904)

Antoine Girouard est né à Sainte-Marie, comté de Kent (Nouveau-Brunswick), en 1836.  Après avoir fréquenté l’école de son village, il s’établit à Bouctouche où il s’engagea dans le commerce.

De 1870 à 1874, il siégea à l’Assemblée législative du Nouveau-Brunswick.  En 1874, il fut nommé shérif du comté de Kent.  Il occupa ce poste jusqu’en 1888.

 

Stanislas Blanchard
(1854-1916)

Né à Rustico (Île-du-Prince-Édouard) le 25 mars 1854, Stanislas Blanchard fit ses études primaires à l’école de sa paroisse.  Il termina ses études secondaires au Collège Saint-Dunstan, Charlottetown, où il obtint un brevet d’instituteur et enseigna pendant deux ans.  En 1876, il commença ses études en droit et il fut admis au Barreau de l’Île en 1881.  Il fut le premier Acadien de l’Île à devenir avocat.  Il fixa sa résidence à Charlottetown.

En 1905, il est nommé juge du Comté de Kings, poste qu’il remplit jusqu’à sa mort en 1916.  Il fut le premier Acadien de l’Île à être nommé juge.

 

Ferdinand Robidoux
(1989-1921)

Ferdinand Robidoux est né à Saint-Rémi, dans la province de Québec, le 14 juin 1849.  Il devint propriétaire du Moniteur Acadien lorsque son fondateur, le Montréalais Israël-D. Landry, en abandonna la direction vers la fin de 1867.  Il en partagea d’abord la possession avec Norbert Lussier, originaire lui aussi du Québec.  Cependant, à partir de 1873, Robidoux en devint l’unique propriétaire; la famille Robidoux devait administrer le journal jusqu’à sa dissolution en 1926.

En tant que propriétaire et rédacteur-en-chef du premier journal de langue française dans les Provinces Maritimes, Ferdinand Robidoux joua un rôle important dans le développement du nationalisme acadien de la fin du 19e siècle.

La langue française sur l’Île-du-Prince-Édouard

1983 par Contribution anonyme

 

Le document que nous reproduisons ci-dessous est une lettre au rédacteur publiée dans Le Moniteur Acadien (Shédiac) le 20 novembre 1884.  L’auteur est un Acadien de l’Île-du-Prince-Édouard.  Il se plaint amèrement de l’état de la langue française dans sa province.  Il parle, entre autres, du problème de l’anglicisation des Acadiens pour lequel il jette en partie le blâme sur le manque d’enseignement français dans les écoles acadiennes et à l’École normale.  Fortement préoccupé par le problème, il se demande ce que sera la vie française, à l’Île, dans cinquante ou cent ans.

L’an prochain, il y aura exactement cent ans depuis la publication de cette lettre.  Nous sommes donc en mesure de répondre à son auteur.  La Petite Souvenance invite ses lecteurs à le faire.

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Monsieur le rédacteur — Permettez que je sollicite un court espace dans les colonnes de votre aimable journal, afin d’y insérer quelques lignes, que je désire adresser à mes compatriotes sur un sujet bien important, je veux dire la langue française.  Chaque jour je suis attristé de voir la manière dont on déteste la langue française sur l’Île Saint-Jean.  Si vous rencontrez un ami, il se donnera garde de vous adresser la parole en français, mais au contraire, il fera usage du jargon britannique, en vous disant: “How do you do, sir?” ou bien “Good morning”.

Cette coutume, mes amis, est exécrable et ne peut avoir aucune excuse.  Nous français, et avoir honte de notre langue?  Si vous leur dites:  “Mais n’es-tu pas français, parle-donc ta langue?”  Et plusieurs vous répondent:  “What’s the good of French?”  Je ne sais si c’est seulement pour contrarier que ces gens parlent ainsi; mais toujours ce sont des discours bas et dégoûtant, et qui ne devraient jamais être prononcés par des gens d’origine française.

Si vous êtes descendants de l’Acadie, si le sang français coule encore dans vos veines, conservez le français, ainsi que votre langue.  N’ayez pas honte d’une langue que des génies n’ont pas eu honte de parler avant vous.

Une grand défaut, que je remarque sur l’Isle du Prince-Édouard, c’est le manque d’enseignement français, dans nos écoles.  Est-ce la faute du gouvernement ou celle des instituteurs?  La faute des deux, je pense; car si notre gouvernement apportait plus de soin à l’instruction de nos jeunes hommes, tant dans la langue française que dans la langue anglaise, de meilleurs citoyens habiteraient nos villes et nos campagnes.  Ils en feraient des hommes loyaux et intelligents.  La grande faute des instituteurs français, dans mon opinion, est leur manque d’activité à agiter cette grande et noble question, en faisant application au gouvernement afin d’obtenir un département français à l’École Normale.  Est-ce leur manque de courage ou leur manque de patriotisme qui les empêche de faire quelques efforts?  Pensez-vous que dans cent ans, s’il n’y a pas d’amendement, au train que nous allons, toute trace de notre belle langue française sera effacée dans nos générations futures!  De nos jours déjà, à peine pouvez-vous arracher une parole française, tant des instituteurs que des élèves.  Qu’en sera-t-il donc dans cinquante ou cent ans?  Le jargon britannique sera la langue dominatrice ou adoptée par notre race; et les accents de la langue française ne seront plus entendus sur notre belle Isle St-Jean.  Anglais, partout l’Anglais!  Plus d’Acadiens! plus de langue française!  Et pourquoi? pour faire place à une langue étrangère.

Oh! mes amis, un tel état de choses est déplorable à constater. Si les cendres de nos ancêtres pouvaient se rassembler et sortir de la tombe qui les tient prisonniers!  Oh! qu’ils rougiraient de nous, en nous entendant parler une autre langue que la langue française, à laquelle ils attachaient un si grand prix.  Il me semble les entendre, s’adressant à nous, en ces termes:  “Eh quoi, vous n’êtes donc plus français?  vous n’êtes donc plus des descendants de la vieille et belle Acadie!”  Ou bien:  “Eh quoi, vous n’avez pas honte de renier votre nation, votre langue, votre origine, et je pourrais même dire votre honneur?”

Tâchons donc, mes amis, et surtout la classe instruite, d’attacher plus de prix à notre langue, et de la parler toujours.  C’est un noble héritage que nous devons conserver à juste titre, et de plus le conserver intact.  S’il nous est absolument nécessaire d’avoir une connaissance de la langue anglaise, du moins ne faisons pas mépris de notre langue maternelle.  Parlons-la dans nos familles, parlons-la entre nous, enfin parlons-la en société.  Elle est toujours la plus belle et la plus riche.  Dans tous les cercles de la société aux États-Unis, comme en Angleterre, la langue française n’est pas méprisée, mais au contraire elle est parlée en société, préférablement à l’anglais, comme étant la plus claire, la plus douce et la plus belle, et ils ne se trompent pas dans cette assertion.  Lors de la convention de 1884, je l’avoue avec franchise, j’avais honte de mes compatriotes de l’Isle, de voir la manière dont ils s’entretenaient entre eux.  Il me semble que cela devait être très contrariant pour les étrangers de voir que dans une assemblée acadienne, ou pour mieux dire dans une Convention acadienne, de voir leurs frères de l’Isle toujours parler anglais.  Tout anglais:   billets pour dîner, programme, motos, etc.

Un certain monsieur, qui aime la langue française, me disait “qu’il était étonné de voir comme le français était négligé sur l’Isle.  Pourquoi ne parlez vous pas votre langue française?” me demandait-il.  “Depuis que je suis parmi vous, je vous ai nullement entendus parler français.”  C’est honteux disait-il, de voir que des Acadiens oublient ainsi leur origine.  Or donc, mes amis, tâchons de faire mieux à l’avenir.  Pratiquons notre belle langue, faisons-la pratiquer à nos enfants; parlons la en famille, en société et dans nos assemblées, et nous aurons bientôt gagné ce que nous avons perdu.

Un bon moyen de pratiquer notre langue, serait d’organiser des sociétés de débat; ainsi que des salles de lectures, dans chaque paroisse acadienne, où chaque semaine on pourrait s’assembler, et s’instruire.  Par exemple, pendant les longues soirées d’hiver, pourrions-nous avoir un plus bel amusement, et tout en s’amusant, puiser à la source de l’instruction et des sciences?  Un autre bon moyen, de rendre nos enfants parfaits, dans notre langue, est que tout père de famille qui le peut devrait envoyer ses enfants au Collège de Memramcook, où ils recevraient une bonne éducation française.  Si aujourd’hui le Nouveau-Brunswick a des prêtres acadiens, des docteurs, des avocats, des instituteurs et des hommes d’État ils peuvent remercier le Collège St-Joseph.  Eh pourquoi cette sainte maison n’en ferait-elle pas autant pour nous si nous la patronisions?  Ne sommes-nous pas aussi intelligents que nos frères du N.B.?  N’avons nous pas comme eux nos talents?  Oui certes.  Donc tâchons de faire instruire nos enfants, et nous en ferons aussi des hommes intelligents, capables d’élever la voix, et de défendre notre cause.

Une bonne chose pour nos enfants serait d’introduire la grammaire française dans nos écoles; mais pour l’introduire, il nous faut des instituteurs capables de l’enseigner, preuve qu’il est absolument nécessaire pour nous d’avoir un département français à l’École Normale; où nos jeunes hommes qui se dédient pour la carrière de l’enseignement, pourraient recevoir une bonne éducation française.  Nos hommes publics devraient avoir depuis longtemps compris cela et auraient dû se faire un devoir d’agiter cette importante question.  Voyez au N.B., ils ont un département français à l’École Normale, ils ont leurs professeurs, leurs inspecteurs, leurs instituteurs et leurs écoles tout français.  Pourquoi n’aurions-nous pas les mêmes avantages que nos frères?  Ne sommes-nous pas des sujets aussi loyaux qu’eux?  Ne payons-nous pas nos taxes ponctuellement?  N’avons-nous pas aussi un droit à l’argent qui chaque année est déboursé pour l’instruction publique?  Oui certainement.  Nos hommes publics, j’espère y songeront, et tâcheront de mettre cette question en agitation.  C’est leur devoir, et pourquoi reculeraient-ils devant un oeuvre juste et loyale.  Avant de terminer il me semble qu’il est de mon devoir de dire un mot en passant sur la question de la colonisation.

Notre petite isle, qui, aujourd’hui est remplie comme un oeuf, ne peut plus offrir, à nos jeunes gens, les moyens de s’établir.  Que vont-ils faire?  Vont-ils s’entasser les uns contre les autres, sur un petit coin de terre amaigrie, pour languir dans la misère le reste de leur vie?  Assurément non.

Mes amis, voici le seul moyen.  Allez coloniser au Nouveau-Brunswick ou au Canada.  Là vous trouverez des milliers d’acres de terre, qui n’attendent que des bras forts et vigoureux, pour se transformer en magnifiques champs de blé.  Aujourd’hui, nous avons toutes les chances d’aller coloniser, et de nous acquérir chacun une propriété.

Nous avons des sociétés de colonisation qui sont prêtes à secourir les colons qui se trouveraient en détresse.  Nous avons des voies ferrées pour nous transporter; nous avons les frères qui nous attendent, pour aller les joindre, dans l’oeuvre de la colonisation.  Nous avons partout des débouchés et des marchés, qui sont prêts à acheter vos produits.  N’est-ce pas de grands avantages pour nous?

Dix, quinze ou vingt ans passés lorsque nos devanciers ont été coloniser, tant au N.B. qu’au Canada; je vous le demande, avaient-ils les mêmes avantages.  Non loin de là.  Ils se sont enfoncés dans ces noires forêts, sans chemin, sans appui, sans même une pauvre cabane pour se mettre à couvert des intempéries.  Toutes les contrariétés ne les ont pas découragés; et aujourd’hui ils sont à l’aise, sinon indépendants.  Le seule obstacle, que je remarque, sont les hauts prix de passage. Lorsqu’un père de famille s’en va coloniser, il vend sa petite propriété, et la plus grande partie du résultat est employé à payer son passage.  Pourquoi le gouvernement du N.B. n’aurait-il pas des prix de passage spéciaux pour les colonisateurs comme ils ont au Canada?  Je pense que cela pourrait être obtenu si cette question était agitée par les hommes influents du N.B.  Je m’arrête, monsieur le rédacteur, de crainte d’ennuyer vos intelligents lecteurs, espérant que les quelques suggestions, dont j’ai fait mention auront de bons résultats.  J’ai, monsieur le rédacteur, l’honneur d’être votre tout dévoué, etc.

UN ACADIEN

La Première Convention Nationale Acadienne : les Acadiens y étaient

1981 par Georges Arsenault

par Georges Arsenault

 

Cette année marque le centenaire de la première Convention Nationale Acadienne, tenue à Memramcook les 20 et 21 juillet 1881.  C’est à ce grand rassemblement, où pour la première fois autant d’Acadiens de tous les coins des provinces Maritimes se réunissaient pour discuter de leur situation, que l’on s’est choisi une fête nationale, Notre Dame de l’Assomption, célébrée le 15 août.

Cette convention fut un très grand événement.  Environ 5,000 délégués et visiteurs se sont rendus à Memramcook pour y fêter les retrouvailles de la grande famille acadienne, mais surtout pour y discuter sérieusement les problèmes qui entravaient le développement du peuple acadien.  En sessions d’études on se pencha sur les questions de l’éducation, de l’agriculture, de la colonisation et de l’émigration, de la presse et du choix d’une fête nationale.

La participation de l’Île à ce congrès fut remarquable.  Environ deux cents délégués et autres participants traversaient le détroit Northumberland pour assister à cette rencontre.  Ce groupe insulaire avait à sa tête deux membres de l’assemblée législative provinciale, les honorables Joseph-Octave Arsenault et Stanislaus Perry (Poirier), qui faisaient partie, notons le, du Comité organisateur du congrès.  Les délégués de l’Île firent bonne impression auprès de leurs compatriotes.  Voici ce qu’en disait Le Moniteur Acadien dans sa livraison du 28 juillet 1881:

L’Île Saint-Jean a fourni près de 200 délégués et autre, et, comme on nous le faisait remarquer, on a jamais vu un groupe de personnes plus intelligentes.  On comptait deux prêtres, deux députés, des marchands, des instituteurs et des cultivateurs, et ces derniers de la classe la plus prospère que l’on puisse trouver à l’Île.

Le plus grand débat du congrès se fit autour du choix d’une fête nationale.  Deux propositions furent sérieusement considérées et longuement débattues:  les uns voulaient la Saint-Jean Baptiste, les autres Notre-Dame de l’Assomption.  Pour connaître l’opinion chez deux principaux chefs acadiens de l’Île au sujet de cette question et du congrès en général, voici le texte des discours qu’ils y ont prononcés.

 

Discours de l’honorable Joseph-Octave Arsenault

Messieurs,

Je ne puis laisser la question débattue en arriver à une solution sans faire quelques observations qui me sont dictées par le désir de contribuer, dans la mesure de mes forces, à son règlement et à l’adoption d’une fête nationale qui puisse répondre aux besoins du peuple acadien et être chômée le plus facilement et le plus généralement possible dans tous les centres acadiens.  J’ai toujours vivement désiré l’adoption d’une fête nationale commune, à laquelle les Acadiens des trois provinces maritimes pûssent participer, un jour de fête où ils pûssent se réunir et retremper leur patriotisme, évoquer le souvenir de leur passé, étudier le présent, prendre des résolutions pour l’avenir, et je souhaite ardemment que l’un des premiers résultats de cette convention soit l’adoption d’une telle fête.

L’Assomption de la Sainte Vierge serait très convenable mais il me semble qu’elle arrive à l’une des époques les plus défavorables de l’année et je crains que pour cette raison elle ne pourrait être célébrée avec cet élan, avec cet éclat, avec cette unanimité que tout le monde s’accorde à désirer.  À peu près tous les Acadiens appartiennent à la classe agricole, et pour la classe agricole le mois d’août n’a guère de loisirs.  C’est le temps des foins, et vers le 15 août surtout les cultivateurs redoublent d’ardeur pour moissonner en temps opportun ce fourrage qui contribue si largement à l’entretien de nos troupeaux.  Juillet est le mois des fêtes et des pique-niques; nous nous y livrons aux déclassements qu’ils nous apportent; on y épuise pour ainsi dire son fonds de gaieté.  Après avoir pique-niqué, après s’être promené en juillet, puis après s’être mis à la fenaison et travaillé dur et fort pour sauver le fourrage, le peuple n’est pas bien disposé à fêter, et il est à craindre que l’enthousiasme ne soit pas aussi ardent qu’on doit le désirer pour chômer dignement la fête nationale.

Sur l’Île-du-Prince-Édouard, ma province, on ne pourra célébrer la fête nationale dans chaque paroisse; il faudra que les habitants de plusieurs paroisses se réunissent dans le centre le plus favorable, où devront se porter les orateurs et les musiciens; or la chose sera fort difficile, sinon impossible, à la mi-août.  Prenons cette convention pour exemple:  je n’hésite pas à dire que si elle eut lieu à l’époque de l’année à laquelle on propose de chômer la fête nationale, le nombre des assistants n’eut pas atteint un chiffre égal à la moitié du nombre des personnes présentes aujourd’hui.  Et, dans mon opinion, c’est un point important à considérer.

Quelques orateurs ont insisté sur la nécessité de se séparer, de se distinguer Les Canadiens-Français, et ont soutenu que si nous adoptions la Saint-Jean-Baptiste pour fête patronale, nous nous trouverions à jamais perdus, confondus dans la nationalité canadienne-française, résultat qui, à leurs yeux, serait un malheur irréparable.  Je ne partage pas ces craintes et, pour ma part, je serais heureux de voir les liens qui nous unissent aux Canadiens-Français se resserrer davantage.  Il faut se rappeler que l’Acadie compte un grand nombre de ses enfants dans la province de Québec, où, tout en conservant fièrement et fidèlement leur titre d’Acadiens, ils chôment avec enthousiasme la Saint-Jean-Baptiste, qu’ils regardent à bon droit comme la fête par excellence de la famille française dans l’Amérique du Nord.  En adoptant une autre fête, nous les répudions purement et simplement, et en outre nous imposons aux centres acadiens de l’Acadie qui ont jusqu’ici et depuis bon nombre d’années chômé la Saint-Jean-Baptiste – comme cela se pratique sur l’Île-du-Prince-Édouard – la nécessité de changer de fête, ce qui n’est pas toujours agréable et ce qui surtout pourrait bien être un grand obstacle à l’adoption générale de l’Assomption pour fête patronale.

 
Discours de l’honorable Stanislas-F. Poirier

Monsieur le président, Messieurs,

J’étais loin de m’attendre que la question qui nous occupe créerait un aussi long et vif débat.  Pour ma part, messieurs, je regrette profondément la tournure acrimonieuse qu’elle a prise.  Personne ne doit craindre, personne n’a raison de craindre le progrès, l’avancement des Acadiens, dont tout le pays en général et toutes les classes de la société devront en définitive retirer des avantages.

En 1755, on a vu disperser les Acadiens aux quatre vents du ciel, aujourd’hui nous voyons cette famille éprouvée, dont les malheurs inouïs arrachent des larmes au coeur le plus endurci, se réunir, se donner la main, délibérer en convention sur les moyens les plus propres à asseoir son existence sur des bases solides.  Ce fait est bien de nature à réjouir tout coeur français.  On a beaucoup parlé de notre manque d’éducation; mais nous pouvons nous glorifier, même sous ce rapport.  Les Acadiens sont demeurés, malgré leurs inénarrables infortunes, instruits dans la grande, la principale chose, la religion, à laquelle ils sont restés fidèles et soumis.

On objecte contre l’Assomption pour fête nationale, qu’il fait trop chaud à l’époque où elle tombe.  Ne pourrait-on pas choisir un jour d’hiver, afin de donner à ceux qui n’aiment pas la chaleur l’occasion de manifester leur ardent patriotisme à la faveur du froid!

Je regretterais de voir la politique s’insinuer dans cette convention et en amoindrir les résultats.  J’aurais beau à répondre aux insinuations qui ont été faites hier du haut de la tribune, à propos de l’anglification.  Je suis Acadien, et je ne crains pas de le proclamer.  On nous a fait reproche de traduire nos noms.  Vous le savez, messieurs, il fut un temps où tout ce qui sentait le français dans nos provinces était le point de mire, l’objet de haines et de malveillances auxquelles il n’était pas facile de se soustraire.  Au sujet des alliances, auxquelles il a été fait allusion, je suis plus libéral qu’on ne s’est déclaré, je suis d’opinion que le jeune Acadien doit être libre de prendre sa femme là où il l’entend.

J’espère que la prochaine convention aura lieu sur l’Île Saint-Jean et qu’il nous sera donné à nous, insulaires, de vous rendre l’hospitalité toute fraternelle que Memramcook accorde à nos délégués, qui en remporteront le plus précieux des souvenirs.

Faits intéressants

1979 par Contribution anonyme

 

“La Société Acadienne et Mutuelle de Bénéfice en Maladie” fut fondée en 1905 à Tignish.  Son but était d’unir tous ses membres par des liens de confraternité et de protection mutuelle.

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Joseph Blanchard, né à Rustico le 26 décembre 1872, fut le premier secrétaire de l’Association des Instituteurs et Institutrices Acadiens de l’Île-du-Prince-Édouard fondée en 1893.

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Le drapeau acadien fut adopté à Miscouche le 15 août 1884 lors de la deuxième Convention Nationale des Acadiens.