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L’Oeuvre de J.-Henri Blanchard

1986 par Cécile Gallant

Cécile Gallant

 

Le présent article est le texte d’une conférence présentée à Moncton le 26 octobre 1985 lors du colloque qui soulignait le 25e anniversaire de la Société Historique Acadienne de Moncton.

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La Société Historique acadienne de l’Île-du-Prince-Édouard a entrepris depuis quelques années une recherche sur la vie et l’oeuvre de J.-Henri Blanchard en vue d’une publication. Né à Rustico, le 16 juin 1881, l’année de la première Convention Nationale des Acadiens, et décédé en 1968, J.-Henri Blanchard est l’un de nos plus grands patriotes acadiens.  Professeur, historien et animateur des plus dynamiques pendant plus d’un demi-siècle, Blanchard a contribué de façon significative à la survivance acadienne dans l’Île.  La Société désire, par le biais d’une biographie du genre populaire, faire connaître au grand public l’importance historique de cette contribution.  Cette biographie se vent aussi scientifique que possible tout en était écrit dans un style à portée de tous.

Des projets de recherche subventionnés par le Secrétariat d’État ont permis de recueillir une vaste documentation ayant trait aux multiples aspects de la vie et de l’oeuvre de Blanchard.  L’histoire orale a été l’approche privilégiée dans un premier projet.  Une cinquantaine d’entrevues ont ainsi été réalisées avec des gens qui ont bien connu Blanchard.  Dans un deuxième projet, une bibliographie de ses écrits (ouvrages, articles de revues et de journaux, discours, correspondances) a été établie.  Tous les extraits de ses discours tels que rapportés dans les procès-verbaux de diverses associations acadiennes dans lesquelles il a oeuvré ont aussi été relevés.

Nous connaissions peu de détails de l’enfance et de la jeunesse de J.-Henri Blanchard.  Nous avons alors tenté de cerner ce qui aurait pu marqué cette période de sa vie.  Fils de Jérémie Blanchard et de Domithilde Gallant, Henri est né à Rustico en 1881.  L’année suivante, ses grands-parents paternels, ses parents et lui-même, âgé d’onze mois, quittent Rustico où le surpeuplement et le manque de terres avaient entraîné depuis les années 1860 une émigration importante de familles acadiennes de cet endroit.  La famille Blanchard déménage à Duvar dans la paroisse de Bloomfield où elle achète une ferme de 100 acres.  Les Acadiens constituent la majorité de la paroisse de Bloomfield, mais l’élément anglophone est très fort dans la région de sorte que l’anglicisation des Acadiens est déjà une réalité dans les années 1880.  Toutefois, Jérémie et Domithilde réussissent à transmettre à leurs enfants leur attachement à la langue française.

La maisonnée Blanchard comprend les grands-parents, les parents et onze enfants dont Henri est l’aîné.  La plupart des membres de la famille participent aux travaux de la ferme.  Et pour suppléer au revenu familial, le père et le grand-père, bons charpentiers, s’adonnent parfois à ce métier.

En 1890, alors qu’Henri avait neuf ans, son père se présente candidat aux élections provinciales.  Il est défait. Il réussit cependant à se faire élire membre de l’Assemblée législative de l’Île aux élections de 1893.  Comme politicien, Jérémie Blanchard était très bon orateur.  Ses discours politiques ont été qualifiés de “fantastiques”.  C’était un homme qui n’avait pas été au collège mais qui s’était instruit par la lecture.  Henri a sans doute été influencé dans son enfance par les discussions politiques qu’il entendait chez-lui, et il a probablement appris certaines techniques de l’art oratoire en observant son père.

Ses grands-parents ont aussi joué un rôle important dans sa formation.  Virginie Blanchard, née Doucet, la grand-mère, semble avoir eu une influence particulière sur son petit-fils.  Malgré son peu d’éducation formelle, Mémé Blanchard possédait tout un bagage d’histoires qu’elle aimait raconter le soir à ses petits-enfants, surtout à Henri.  Elle connaissait des histoires de la Bible, des histoires à propos de Napoléon, enfin, semble-t-il, des histoires de toutes sortes.  Elle encouragea Henri, dès son jeune âge, d’étudier et puis de lire tous les livres qu’il pourrait.  De sa grand-mère, il a hérité ainsi ce goût qu’elle avait pour l’histoire, la lecture et pour s’instruire, ce goût qu’il ne cessera de cultiver tout au long de sa vie.

Une relation étroite existait également entre Henri et son grand-père Sylvestre Blanchard, un habile charpentier et charron.  Plus tard, Henri se plaisait de raconter une expérience qui l’avait beaucoup touché.  Une journée, son grand-père fabriquait méticuleusement les roues d’un wagon, un service qu’il rendait à un certain individu qui ne payait pas toujours ses comptes.  Il aurait dit à Henri:  “Je fais ce wagon ici pour un monsieur.  Je ne me ferai jamais payer pour ceci.”  “Ah, mais, lui dit Henri, pourquoi alors êtes-vous si minutieux?”  Son grand-père lui a répondu:  “S’il ne veut pas me payer, ça c’est ses affaires.  Moi, j’ai à faire un wagon et puis je le fais le mieux possible.”

Henri Blanchard a commencé son éducation dans la petite école de Duvar.  À l’âge de douze ans, il se rendait étudier à l’école secondaire de Tignish où il eut Gilbert Buote comme professeur de 1893 à 1894.  C’était l’année de la fondation de L’Impartial, le premier journal de langue française publié dans l’Île.  Gilbert Buote en était le propriétaire et le rédacteur.  C’était un homme qui avait aussi une grande passion pour l’histoire et la généalogie.  Quoique peu méthodique, Buote était, comme l’écrira plus tard Blanchard, “un splendide écrudit,” “un homme très renseigné qui souvent parlait au-dessus de la tête des élèves.”  Cet éminent maître a été pour Blanchard une autre source d’inspiration.  Ses études primaires terminées, le jeune Henri devint élève au Collège Prince de Galles de Charlottetown, où il obtint son brevet d’instituteur à l’âge de 19 ans.  Il enseigna par la suite pendant neuf ans dans les écoles acadiennes de l’Île.

Outre son éducation formelle, Blanchard s’est instruit par la lecture.  Jeune adolescent, il préférait de beaucoup la lecture aux travaux de la ferme.  Il lisait à chaque occasion qu’il avait.  Et, plus tard, pendant les longues veillées d’hiver lorsqu’il était professeur de campagne, il lisait souvent jusqu’à une heure avancée de la nuit.  C’est le cas de son séjour à l’école de Saint-Chrysostome à partir de 1903.  Âgé de 22 ans, il pensionnait chez un dénommé Jos Pacifique Gallant.  Ce dernier possédait une assez bonne bibliothèque héritée, semble-t-il, d’un curé de la paroisse.  La famille Gallant servait Henri comme s’il était un grand visiteur, et elle faisait tout dans son possible pour qu’il soit confortable.  Installé dans une grande chambre au deuxième étage avec un poêle à bois, Henri passait ses soirées à lire.  À tous les soirs après le souper, Jos Pacifique montait avec une brassée de bois pour le poêle.  “J’ai passé ici,” Blanchard a-t-il dit plus tard, “les deux plus belles années de ma vie.”  Il aimait particulièrement lire des romans historiques qui lui donnaient le sens de l’histoire.  La poésie était une autre de ses lectures favorites.

À part ses lectures, il étudiait une grammaire française que Jean-O. Arsenault, son confrère à l’école de Saint-Chrysostome, lui avait passée.  Jusque-là, Blanchard comme de nombreux Acadiens de l’Île, n’avait pas eu l’opportunité de suivre aucun véritable cours de français.  Grâce à Jean-O. Arsenault et à sa grammaire française, Henri approfondit alors pour la première fois la langue française.  Dans le cadre de ses fameux concours de français qu’il organisera à partir de 1930 dans les écoles acadiennes de l’Île, Blanchard visera à partager avec ses compatriotes l’importance de l’apprentissage de la grammaire française.

Après neuf années d’enseignement dans les petites écoles de campagne, il redevint élève et obtint son baccalauréat-ès-arts de l’Université St-Dunstan en 1911.  Il poursuivit plus tard des études de perfectionnement professionnel pendant ses vacances d’été à Mount Allison, au Collège d’Agriculture de Guelph et jusqu’à la Sorbonne à Paris.  Dès 1910, et jusqu’à sa retraite en 1948, l’on retrouve Blanchard comme professeur de français au Collège Prince de Galles.  Cinquante années de sa vie ont donc été consacrées à l’enseignement dont trente-huit au Collège Prince de Galles.

En 1912, Henri épousait Ursule Gallant, une institutrice de Duvar.  Installés au 114 rue Upper Prince, à Charlottetown, les Blanchard élèveront une famille de huit enfants.  Ursule assumait autant que possible la responsabilité de la maison et des enfants afin de permettre à son mari l’opportunité de s’impliquer dans la communauté acadienne.  Dans la dédicace de son dernier livre, Henri a rendu un hommage à son épouse pour tout l’appui qu’elle lui avait donné dans la réalisation de ses oeuvres.

Blanchard s’est d’abord grandement impliqué dans l’Association des Instituteurs et Institutrices Acadiens de l’Île-du-Prince-Édouard.  Membre de l’Association à partir de l’âge de 18 ans, il se distingua très tôt aux Congrès annuels par l’intelligence de ses interventions en ce qui avait trait au domaine de l’enseignement.  Dès 1903, il est élu directeur du regroupement.  À partir de 1906 et jusqu’en 1919, soit une période de 14 années consécutives, il fut secrétaire-trésorier de l’organisation.  On le nomma en 1912 à un comité responsable de formuler un programme d’étude française pour les écoles acadiennes de l’Île.  Il s’agissait surtout de choisir et de faire adopter par le Bureau d’Éducation une série de livres de lectures française et une grammaire française.  La participation de Blanchard au sein de ce comité l’a sans doute sensibilisé davantage à la question de l’enseignement du français dans les écoles acadiennes.

C’est en 1916, au Congrès de l’Association tenu à Baie-Egmont, que Blanchard présente pour la première fois une étude concernant la situation des Acadiens dans l’Île-du-Prince-Édouard.  Il est alors âgé de 35 ans.  Ainsi débute l’engagement extraordinaire de cet homme pour la survivance acadienne dans la province.  Bon orateur, il saura à de nombreuses reprises captiver l’attention d’importants auditoires par des discours traitant de divers aspects de la vie acadienne.  Outre ses nombreuses interventions orales à ce sujet, Blanchard se servira aussi de l’écriture pour transmettre à un plus vaste auditoire ses préoccupations au sujet de son peuple.

En mai 1918, Le Petit Canadien, une revue québécoise, publie un premier article de Blanchard intitulé “Les écoles acadiennes de l’Île-du-Prince-Édouard.” À l’âge de 37 ans, Blanchard entreprend ainsi une carrière d’écrivain, surtout d’historien.  En effet, il se distingue surtout par ses publications historiques dont Les Acadiens de l’Île Saint-Jean (1921), Histoire des Acadiens de l’Île-du-Prince-Édouard (1927), Rustico, une paroisse acadienne (1938), Acadiens de l’Île-du-Prince-Édouard (1956) et enfin The Acadians of Prince Edward Island (1964).  Blanchard a aussi écrit au cours de sa carrière divers articles de revues et de nombreux articles de journaux.

La participation de Blanchard a diverses associations tels la Société Saint Thomas-d’Aquin, la Société Nationale de l’Assomption et le Conseil de la Vie Française est un autre aspect important de sa contribution à la société acadienne.  Un des fondateurs en 1919 de la S.S.T.A., il remplit les fonctions de secrétaire-trésorier de cet organisme pendant dix-neuf ans et celles de président pendant huit ans.  L’objectif immédiat de la Société est de recueillir des fonds destinés à l’éducation de la jeunesse acadienne.  Grâce à des collectes et des soirées récréatives organisées par ses dirigeants, la Société réussit à amasser suffisamment d’argent pour parrainer annuellement quelques boursiers.  Les dirigeants, notamment le professeur Blanchard, étaient conscients cependant que leurs efforts ne réussissaient pas à assurer la formation d’une classe dirigeante acadienne suffisamment nombreuse pour répondre aux besoins de la population.  Un appui de la communauté francophone de l’extérieur de l’Île viendra au moment opportun les aider à atteindre leurs objectifs.

Nous sommes en 1937.  C’est l’année où a lieu, à Québec, le deuxième Congrès de la langue française au Canada.  Cet événement important est destiné à avoir une très grande répercussion sur la Société Saint Thomas-d’Aquin et ses oeuvres.  Le professeur Blanchard est invité à y exposer la situation du français dans sa province.  Dans une conférence très bien détaillée, il décrit de façon réaliste la situation précaire de la vie française et de l’éducation chez les siens.  Voici un extrait de son discours:

“Nous souffrons d’une pénurie extrême de chefs et de dirigeants avec toutes les conséquences qui en découlent.  Si nous avions ces chefs si nécessaires aujourd’hui, il ne serait pas encore trop tard pour endiguer les flots envahisseurs qui menacent de plus en plus de nous engloutir.  Nous avons bien la Société Saint Thomas-d’Aquin qui recueille quelques fonds et qui paie les études secondaires de deux élèves.  Mais c’est si peu en présence des dangers qui nous assaillent de tous côtés.  Si nous voulons préparer ces chefs si nécessaires et sans lesquels nous allons infailliblement disparaître comme groupe de langue française, il nous faudra marcher bien plus rondement et bien plus vite que cela; autrement il sera bientôt trop tard.”

Suite à son exposé, ses auditeurs québécois l’encouragent à aller frapper aux portes des maisons d’enseignement du Québec afin d’y solliciter des bourses d’études pour les Acadiens de son Île.  C’est ce qu’il fait en 1937 et 1939.  Les institutions québécoises accueillent à bras ouverts cet homme plutôt court, au torse solide, qui vient d’avoir 56 ans.  En 1937, Blanchard réussit à obtenir des bourses pour sept jeunes acadiens qui s’expatrient de l’Île pour entreprendre leurs cours classiques au Québec.  En 1939, ils sont au nombre de vingt-deux.  Les quelques collèges acadiens contribuent également leur part.  L’appui généreux de ces maisons d’enseignement de l’extérieur de l’Île se continuera pendant trois décennies.

 
Le professeur Blanchard a été reçu partout avec la plus grande sympathie.  Sa personnalité engageante, son dynamisme irrésistible, l’aident grandement dans ses démarches.  Selon l’abbé Paul Gosselin, du Conseil de la vie française, Blanchard présentait ses demandes “avec tant de chaleur et de désintéressement” que “nous n’avons jamais le courage de lui refuser quoi que ce soit.”  C’est d’ailleurs ce qu’exprimait aussi le Père Clément Cormier, de l’Université Saint-Joseph, de Memramcook, dans une lettre qu’il écrivait à Blanchard le 15 septembre 1944.  En voici un bref extrait:

“Mon cher monsieur Blanchard,

Nous refusions des élèves depuis un mois quand votre télégramme m’est arrivé.  Le R. Père Supérieur était absent, et j’ai pris sur moi de vous faire envoyer une réponse affirmative, me disant: “On ne peut rien refuser à M. Blanchard”.

Vos élèves de l’Île nous sont donc arrivés, quatre anciens et sept nouveaux, et vous pouvez être assuré que nous allons les entourer d’une sollicitude toute particulière.”

Cette initiative de Blanchard, soit de trouver des bourses pour la jeunesse acadienne, est, sans doute, la plus grande contribution qu’il a fait à la survivance acadienne dans l’Île.  En effet, jusque la fin des années 1960, des élèves acadiens de l’Île-du-Prince-Édouard ont pu bénéficier de bourses accordées par des maisons d’enseignement de langue française du Québec et des Provinces Maritimes, la distribution de ces bourses étant coordonnée par la Société Saint Thomas-d’Aquin.  De retour dans l’Île, de nombreux boursiers ont été en mesure de contribuer au développement de la vie acadienne.

La Société historique entreprendra sous peu la rédaction et la publication de la biographie de cet important leader acadien que fut J.-Henri Blanchard.  Ce sera sa façon de mieux faire connaître la vie et l’oeuvre de cet homme dont la contribution à la communauté acadienne se fait toujours sentir.

Sages-femmes et guérisseuses

1985 par Cécile Gallant

par Cécile Gallant

 

Cet article est un extrait d’un manuscrit préparé par Cécile Gallant pour l’Association des femmes acadiennes de l’Île-du-Prince-Édouard. Il s’agit d’un ouvrage qui traite de la contribution et de la situation de la femme acadienne dans la société insulaire.  Nous remercions l’Association de nous avoir accordé la permission de publier cet extrait.

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Les sages-femmes

Jusque dans les années 1950, la majorité des femmes acadiennes accouchent dans l’intimité de leur foyer.  La naissance d’un bébé, événement bien important dans la vie de la femme, se passe presque toujours à la maison.  C’est une pratique traditionnelle qui est seulement abandonnée graduellement à partir du moment où les hôpitaux deviennent accessibles à la majorité des gens grâce aux plans d’hospitalisation du gouvernement.

À l’époque où les services de médecins étaient totalement absents, il y a toujours eu dans les communautés acadiennes des sages-femmes qui assistaient les femmes enceintes lors de l’accouchement.  À la fois une science et un art, la profession de sage-femme était transmise de génération en génération entre femmes.  Et même après l’arrivée des premiers médecins, les sages-femmes ont continué à jouer un rôle important dans leur milieu.  En effet, malgré le fait qu’elles pouvaient désormais obtenir les services d’un médecin, un grand nombre de femmes ont continué à donner naissance à la maison avec l’aide de la sage-femme de l’endroit.  Pourquoi?  C’était d’abord une tradition, une habitude de vie.  Les femmes se sentaient à l’aise avec la sage-femme et elles se trouvaient bien de ses services.  De plus, dans les communautés rurales acadiennes d’avant les années 1960, les moyens de transport et les conditions des routes, surtout en hiver, ne favorisaient pas toujours une visite du médecin à la maison au moment des accouchements.  Il n’y avait souvent qu’un seul médecin appelé à desservir toute une population dispersée dans un immense territoire.  Le médecin n’était donc pas toujours disponible pour tous les accouchements dans une région donnée.  Enfin, la population appauvrie avait plutôt recours aux sages-femmes qui demandaient peu, et même parfois rien du tout, pour leurs services tandis que les honoraire des médecins constituaient une somme assez élevée pour bien des gens.

Les sages-femmes acadiennes ont ainsi comblé les lacunes qui existaient dans les services de santé disponibles aux femmes enceintes dans leur communauté.  Appelées le jour ou la nuit, elles se faisaient un devoir de se rendre auprès d’une femme enceinte par toutes sortes de moyens de transport, peu importe la température et la condition des routes.  Même si la plupart du temps elles ne demandaient aucune paye pour leurs services, les gens leur donnaient ce qu’ils pouvaient soit $5, soit $10, selon leurs moyens financiers.  Cependant, la plupart du temps, ils donnaient une rémunération en nature telle du hareng, des patates, de la farine et autres produits.  Une femme de Tignish nous renseigne à ce sujet :

Ces femmes icitte ne chargeaient pas trop.  Souvent elles n’étiont pas payées.  Elles étiont peut-être données un panier de patates ou une douzaine d’épis de blé d’Inde ou quelque chose comme ça.  Elles n’étiont pas payées.  Le docteur, faudrait qu’il aurait été payé, mais je crois bien que le monde n’avait pas l’argent.

En plus d’assister la maman lors de l’accouchement, les sages-femmes prêtaient souvent main-forte dans les travaux ménagers.  En effet, il n’était pas rare que ces femmes restent avec la mère et l’enfant pendant plusieurs jours et même jusqu’à une semaine afin de leur donner tous les soins post-nataux nécessaires.  Et, dans bien des cas, elles s’occupaient aussi des repas et du ménage de la maison pour toute la famille.

Qui étaient ces sages-femmes qui ont fourni un service si indispensable dans les communautés acadiennes jusqu’aux années 1960?  Il serait impossible de toutes les nommer ici.  Qu’il suffise de donner les noms de quelques-unes en guise de témoignage de leur grande contribution.

 

TIGNISH

Lucie Martin (née LeClair)

“Ça c’était une maître, tellement merveilleuse, elle était recherchée”, de dire une informatrice de Tignish.

Isabelle Poirier (née Gaudet)

Cette femme était surnommée la “Grêle” à cause de son tempérament.  C’était une femme qui fumait la pipe et aimait beaucoup jouer aux cartes.  Elle était reconnue comme composeuse de chansons.  En tant que sage-femme, elle a mis au monde plus de cent bébés.  La tradition orale rapporte que le Père Dougall MacDonald, curé de Tignish, lui avait béni la main droite afin d’assurer que tout aille bien aux accouchements.

Il y a eu aussi, à Tignish, les sages-femmes suivantes:  Catherine Gallant, Marguerite Martin, Marie-Rose Poirier et Marie-Rose Richard.

 

BLOOMFIELD

Zella Gaudet

Cette garde-malade retirée, “une bonne femme”, s’est dévouée au service de la communauté en tant que sage-femme.

 
RÉGION ÉVANGÉLINE

Jane (Geneviève) Barriault

“C’était une bonne personne, elle était pas mal capable,” de dire nos informatrices qui l’ont bien connue.  Elle avait appris son métier en assistant le Dr. Delaney à des accouchements.  Une de nos informatrices qui a souvent eu besoin de ses services la décrit ainsi :

Elle était très gentille et bonne dans des cas difficiles.  Mes filles ont eu des cas comme ça avec leurs enfants dans les hôpitaux et ils n’ont pas sauvé leurs enfants.  Mais elle, à la maison, elle a tourné les enfants et puis elle les a sauvés.  Je crois qu’elle était très très capable.  Elle rassurait, mais ce que je n’aimais pas dans ça, c’est que parfois elle y mêlait la religion.  Quand elle allumait la chandelle, je croyais que j’étais en danger, là j’avais peur.

Elle restait toujours huit jours avec moi après (l’accouchement), avec la servante.  J’ai été bien soignée.  Elle prenait soin de la mère et du bébé.  Elle était bien charitable.

Sophique Arsenault

“La vieille Sophique” de Saint-Hubert est une autre de ces sages-femmes.  Elle était veuve et très pauvre.  Pour son travail, elle recevait parfois qu’une pelote de laine :

Mes quinze enfants sont tous venus au monde à la maison.  Les premiers je n’avais pas de docteur, c’était Mme Sophique Arsenault qui venait m’aider.  Elle ne demandait pas de paye pour ses services, on lui donnait ce qu’on pouvait.  J’ai entendu dire qu’une famille lui avait donné une douzaine de harengs pour sa paye.

Léah Maddix

Âgée de 83 ans, elle raconte ses souvenirs de sage-femme :

J’étais une mid-wife et j’ai mis passé 30 bébés dans le monde; 4 toute seule, le reste avec le docteur…  Je m’ai appris moi-même avec les docteurs et puis après ça j’en ai délivré 4 moi-même que le docteur n’était pas là…  Ça ne m’a jamais énervée, moi, de quoi de même…  C’était plus une charité, j’aimais ça.

Annie Dérasp (née Arsenault)

Née le premier juillet 1897 à Saint-Raphaël (Mont-Carmel), elle a suivi un cours de garde-malade à la Prince County Hospital de Summerside.  Elle accepte une position de garde-malade avec la Croix Rouge aux îles de la Madeleine au début des années 1930.  Elle est la seule garde-malade aux îles à une époque où il n’y a ni médecins ni hôpitaux.  Suite à son mariage en 1934, elle retourne dans sa paroisse natale de Mont-Carmel.  Étant devenue mère de famille, elle ne travaillera plus comme garde-malade à salaire.  Cependant, elle sera toujours prête à desservir les femmes enceintes et les malades de sa paroisse.  Pendant de nombreuses années, elle assiste souvent aux accouchements avec ou sans le médecin.  Elle reçoit $10, même $5, ou rien du tout lorsqu’il s’agit d’une famille pauvre.

 
MISCOUCHE

Balthilde Desroches

Quand on voyait ma tante Balthilde venir avec le grand tablier blanc, on savait qu’on aurait un bébé le lendemain matin.  On croyait que c’était ma tante Balthilde qui nous apportait le bébé…  Elle était âgée et elle venait pour délivrer le bébé.

Elle était vaillante. Ça prend une femme avec du courage pour faire de quoi de même.  Elle encourageait les femmes.

 

Cette liste est loin d’être exhaustive.  Elle sert seulement à illustrer la grande contribution des sages-femmes acadiennes dans leur milieu.

Outre les sages-femmes, il y a eu un nombre incalculable de femmes qui ont assisté le médecin aux accouchements à domicile.  En aidant au médecin, ces personnes remplissaient en quelque sort le rôle de garde-malade.  En particulier, elles rassuraient et encourageaient les futures mamans et les préparaient pour le docteur.  Après l’accouchement, elles lavaient et habillaient le nouveau-né. “On était là pour servir le docteur,” de dire une informatrice de Mont-Carmel, qui a souvent aidé ses voisines lors de leurs accouchements.  La plupart du temps, ces femmes ne demandaient aucun paiement pour leurs services; elles recevaient parfois une somme minime d’un dollar.  Une femme de Tignish explique ainsi son rôle aux accouchements.

Je ne chargeais rien, j’allais justement là pour leur aider.  Tout ce que je faisais moi c’est laver l’enfant et l’habiller, parler à la femme pour lui donner un petit brin de courage quand je voyais qu’elle pâtissait trop… lui dire de prendre courage, et puis quand ses mals veniont fallit qu’elle forcit pour lui aider…  J’y parlais, je les encourageais.

Dans toutes les communautés acadiennes, nombreuses sont celles qui étaient toujours prêtes à offrir ce service.  À Rustico, à titre d’exemple, il y avait entre autres Eugénie Gallant, Eulalie Gallant et Marie Martin.  Le témoignage suivant reflète le grand dévouement de ces femmes:

Ma belle-mère en était une.  Elle s’appelait Marie Martin (née Doiron).  Elle aimait ça.  Tous les enfants qu’ont été nés que je me rappelle, moi, c’était elle qui était là. Ah! oui, elle était bonne avec ces femmes-là.  Elle était aussi bonne comme le docteur.  Il y en a que je connais bien moi qui l’ont eue et, après qu’elle est morte, elles l’ont manquée beaucoup.  Elle faisait bien son ouvrage.  Elle en a beaucoup délivré avec le docteur.  Elle aidait au docteur.  Elle chargeait une piastre par jour dans ce temps-là.  Il y a des temps qu’elle n’était pas payée du tout.  Le monde n’était pas capable de payer.  Elle faisait ça par charité.

 

Les guérisseuses

Dans les communautés acadiennes d’autrefois, on trouvait toujours des femmes-guérisseuses au service des malades de leur milieu.  Ce service bénévole était bien apprécié par les gens car dans le temps les soins de santé étaient peu organisés.  Ces femmes étaient les riches héritières d’une médecine populaire transmise de génération en génération.

“La mère à ma mère, ça c’était une vraie docteure; je me souviens qu’elle m’a sauvé la vie.  J’avais 14 ans et j’étais malade depuis deux mois, j’étais assez faible je ne pouvais pas me lever.   Alors ma grand-mère est venue chez nous et elle allait dans les champs chercher du tansie; elle le mettait dans une cuve et vidait de l’eau bouillante dessus.  Quand c’était un peu refroidi elle me mettait les pieds à tremper dans ça et ensuite elle me couchait sur un lit de plumes et me couvrait avec des couvertes de laine, pour me faire suer.  Elle a fait cela pour neuf jours de suite, après cela j’étais guérie.”      (Baie-Egmont)

“J’ai soigné beaucoup de malades.  J’allais parmi les maisons ici et là…  Je mettais des portesses avec de la moutarde et du saindoux (pour guérir des inflammations)”.       (Baie-Egmont)

“(En plus d’assister souvent le médecin lors des accouchements,) Eugénie Gallant (née Blanchard) soignait des malades aussi.  Du monde qui était malade à la maison parce qu’on courait pas à l’hôpital tout le temps.  Ça coûterait à l’hôpital, c’était pas Medicare.  Je crois que c’était une piastre par jour qu’on lui donnait.  Elle savait quoi faire.  Elle ne refusait jamais d’aller.  Elle aimait ça.  On aurait dit que c’était sa vocation.    (Rustico)

“On faisait ça nous autres mêmes, des portesses de moutarde pour une grosse toux.  On n’allait pas au docteur, jamais!  Du thé sauvage, c’était pour les reins.  Des portesses de gomme, pour des mals dans le dos.  Pour du mal, c’était des feuilles de plantain.  Pour de quoi qui était infecté, c’était des feuilles de plantain.

Il y en avait (une) qui faisait des portesses de gomme (de bois).  Elle est morte asteur.  C’était une Madame Ben Poirier;.  Elle s’appelait Léonore.  Il y avait un homme, il avait été là, il avait un gros mal sur sa jambe.  Elle lui a fait une portesse avec de la gomme.  Il a mis ça et puis ça l’a guéri.” (Miscouche)

Il y a aussi eu des garde-malades qui ont appliqué leurs connaissances scientifiques de la médecine en soignant bénévolement les malades dans leur milieu.  Une fois mariées, ces femmes abandonnaient leur carrière de garde-malade mais pas pour autant leur vocation d’infirmière.  Annie Dérasp (née Arsenault), de Mont-Carmel, était une de ces femmes.  Comme nous l’avons déjà vu, elle assistait souvent aux accouchements dans sa paroisse.  Elle opère aussi bénévolement un poste de Croix-Rouge à Mont-Carmel entre 1948 et 1975.  Elle est ainsi souvent appelée à administrer les premiers soins ou à visiter des malades.

Les services de guérisseuses communautaires ont graduellement diminué.  En effet, à partir de 1970, grâce au plan d’assurance-santé du gouvernement provincial, les gens ont commencé à se rendre de plus en plus voir des médecins.  Ces femmes ont donc fait leur plus grande contribution avant l’organisation des soins de santé alors que les gens étaient encore trop pauvres pour se payer les services d’un médecin.  Elles ont ainsi comblé un besoin social dans leur communauté à une époque où les gouvernements ne pouvaient pas y répondre.

Nouvelles de partout

1983 par Contribution anonyme

 

Lors de son assemblée annuelle, la “Prince Edward Island Heritage Foundation” a accordé un prix d’honneur à la Société Saint-Thomas d’Aquin pour toutes les publications qu’elle a faites au cours des dernières années dans le but de faire connaître l’histoire et la culture acadiennes de l’Île.  À la même occasion, le Conseil Coopératif de l’Île-du-Prince-Édouard recevait un prix de mérite pour sa publication Le Mouvement coopératif chez les Acadiens de la région Évangéline – 1862-1982, livre écrit par Cécile Gallant.  D’autre part, notre ami Henri Gaudet, de Tignish, méritait le “Heritage Awareness Award” en reconnaissance du travail qu’il a fait pour souligner le centenaire de l’orgue de Tignish et celui de la naissance de l’organiste Benoît Poirier.

L’histoire acadienne vit dans quelques beaux noms que certaines de nos institutions acadiennes se sont donnés au cours des dernières quelques années :  École François Buote (école française de Charlottetown), le Théâtre la Grand’Couette (troupe théâtrale du Club Ti-Pa), le Comité régional S.E. Perrey (comité régional de la S.S.T.A. dans Prince-Ouest), le Comité régional Belle Alliance (comité régional de la S.S.T.A. pour la région Miscouche – Summerside).  Continuons ainsi à faire connaître notre histoire.

Cécile Gallant est en train d’écrire un nouveau livre.  Il s’agit d’un ouvrage qui porte sur la contribution de la femme acadienne de l’Île-du-Prince-Édouard à la société d’hier et d’aujourd’hui.  C’est un livre qui promet d’être fort intéressant.  Il comblera un vide qui se fait beaucoup sentir dans la littérature qui traite de l’histoire acadienne de l’Île.  Ce projet est une initiative de l’Association de la femme acadienne de l’Î.-P.-É.

George Arsenault est aussi à l’oeuvre.  Il a fait paraître 3 livres pour le compte de la S.S.T.A. depuis le début de l’année.  Il s’agit de:  La Religion et les Acadiens à l’Île-du-Prince-Édouard 1720-1980, La Chanson du pays et Le Conte et la légende du pays.  Ces deux derniers livres sont accompagnés de cassettes.  Georges prépare présentement une introduction à l’histoire acadienne de l’Île.  Ce livre sera publié par la S.S.T.A. en 1984.

Publications

1982 par Contribution anonyme

 

1.  Cécile Gallant.  Le Mouvement coopératif chez les Acadiens de la région Évangéline (1862-1982). Wellington, le Conseil Coopératif de l’Î.-P.-É., 1982-283 pages.

Dans l’avant-propos de ce livre lancé en 1982, l’auteur se dit “fort impressionnée par la ténacité des efforts des pionniers du mouvement coopératif” dans sa région natale.  En effet, à l’exemple de ses ancêtres, Mlle Gallant n’a point ménagé ses propres énergies, car, dans ce volume de quelque 280 pages, se déroule une histoire de coopération entre citoyens qui se lit comme un roman.

Afin d’aider le lecteur à mieux saisir l’évolution très intéressante du mouvement régional, l’introduction comprend un court résumé de l’histoire des Acadiens de l’Île à partir des débuts du Régime français ainsi qu’un exposé des origines et des principes généraux de la “Coopération”.

En première partie, l’auteur discute de l’établissement des premières associations coopératives dans la région (entre 1862 et 1936) y compris les banques de grain de semence, la fromagerie, les coopératives agricoles, les cercles des oeufs, les unions des pêcheurs, les cercles d’éleveurs, etc.

L’ère moderne de la “Coopération” dans la région fait le sujet de la seconde partie du texte.  Ainsi, l’adoption du principe de la “Coopération” se traduit éventuellement en l’établissement de caisses populaires, de coopératives de consommation, de coopératives de pêcheurs, en coopérative de fermiers, en coopérative d’habitation et autres, en plus du Conseil Coopératif de l’Î.-P.-É.

En guide de conclusion, l’auteur se permet de croire, et, à juste raison, que cet esprit de persévérance chez nos ancêtres acadiens dans le phénomène complexe de la coopération contribuera à stimuler d’autres chercheurs à s’y intéresser au moins autant.

Le lecteur pourra se délecter pendant des heures à lire ce texte qui se lit très facilement et auquel viennent s’ajouter d’innombrables extraits de documents historiques et de photographies bien choisies qui lui permettront de s’identifier non seulement avec le passé et le présent, mais aussi avec les possibilités d’avenir que peut offrir le véritable esprit de coopération.

Il va sans dire que le Conseil Coopératif de l’Î.-P.-É. se vante de cette publication qu’il a bien voulu parrainer.

 

2.  Paul Surette, Benoît Poirier.  La vie d’un musicien acadien 1882 à 1965. Tignish, La Société culturelle Ti-Pa, 1982, 70 pages.

En cette circonstance, Surette porte le chapeau du biographe, mais son texte fait tellement l’effet d’un roman que l’on est porté à le lire d’un seul coup.

L’auteur nous décrit la carrière de ce musicien Poirier qui débute lorsque, dès un bas âge, il est profondément impressionné par le rendement du grand orgue de l’église de son village natal de Tignish à l’Île-du-Prince-Édouard.

De là, et le long du volume, l’auteur nous fait vivre les expériences d’un jeune homme qui, en dépit de très nombreux obstacles, deviendra organiste de renom à l’église Notre-Dame de Montréal et composera des oeuvres musicales dignes des éloges des gens bien informés, tels un Frédéric Pelletier, un John Philip Sousa.

Ainsi, Surette permet au lecteur de suivre chaque étape d’acheminement de la carrière de son héro vers les plus grandes orgues du Canada et de se rendre vivement compte des multiples problèmes que Poirier devait envisager.  D’autre part, il nous rend conscients de cet esprit de persévérance muni d’une forte dose de courage que l’artiste a su démontrer au cours de sa carrière.  De plus, selon l’auteur, Benoît Poirier a toujours su conserver son esprit d’humilité profonde – que ce soit à la suite de l’interprétation de sa composition “Rhapsodie” par la fameuse fanfare de Sousa (The March King), des succès réalisés lors de ses récitals à Westmount, “ce bastion du privilège anglais”, ou encore, au lendemain de sa nomination au Conservatoire de Musique.

Peut-être, la citation que Surette a placé en page 45 explique le mieux le caractère de cet éminent Acadien :

“L’Acadien prend nettement la vedette dans les journaux francophones.  La critique du “Bulletin” servira d’exemple” :

L’un des numéros du programme les plus goûtés fut celui de M.B.-F. Poirier, organiste à Notre-Dame, qui joua sa composition “Au Pays d’Évangéline”, une pièce très délicate, pleine de fraîcheur et d’une superbe inspiration.  Disons en passant que M. Poirier est né au pays d’Évangéline, ce qui explique un peu l’atmosphère spéciale dont il a su envelopper sa composition”.

Ce volume de 70 pages se lit très facilement et le choix de photos se veut très à propos.  Les quelque 250 notes de référence démontrent bien que Surette écrit en connaissance de cause.

Même s’il ne faut guère s’appuyer sur notre autorité en matière de musique (entre autres), nous n’hésitons pas de recommander fortement cette biographie aux lecteurs.  Elle ne peut que piquer l’intérêt de tous les Acadiens, surtout ceux et celles de l’Île, car elle fait honneur à l’un des nôtres maintenant passé à l’histoire.  Quant aux plus jeunes lecteurs, y trouveront-ils, peut-être, un modèle d’esprit idéal à poursuivre?

 

3.  J.-Henri Gaudet.  The Tignish Pipe Organ in Musical Retrospect 1882-1982. Tignish, The Tignish Historical Society, 1982, 29 pages.
Au mois d’août dernier, la paroisse de St-Simon et St-Jude de Tignish a célébré le centenaire de l’installation du grand orgue Mitchell dans l’église en 1882.  À cette occasion, la Société Historique de Tignish a organisé le lancement de l’histoire de cet orgue, histoire écrite par l’organiste actuel, M. J.-Henri Gaudet.

Gaudet traite en détail des événements où l’orgue a joué un rôle de grande importance pendant les 100 dernières années de vie paroissiale.  Mais aussi, l’auteur ajoute des informations intéressantes au sujet des chorales, maîtres de chapelle, organistes, clergé et d’autres personnalités, ce qui ajoute à l’agrément de la lecture.  Par exemple, il fait mention considérable de Benoît Poirier, ce natif de Tignish devenu organiste à Note-Dame de Montréal.  Poirier fait l’objet d’une biographie complète également lancée à l’occasion de ce centenaire.

Sans aucun doute, la partie la plus importante du texte décrit la période des années 50 et 60 lorsque, en raison de problèmes techniques apparemment incessants, l’on songeait à faire disparaître l’orgue pour le remplacer par un instrument électronique, et ceci, pour éviter les coûts élevés de réparation.  Cependant, Gaudet était convaincu que “le fait de détruire l’orgue de Tignish serait commettre un délit contre un trésor historique irremplaçable”.

L’organiste et ses amis ont remporté le coup décisif car on procéda à la restauration de l’instrument et cet orgue historique Mitchel continue toujours d’embellir de façon extraordinaire les services religieux à St-Simon et St-Jude.

Ce livret de quelque 30 pages est très bien documenté et contient de nombreuses photographies qui ajoutent un cachet spécial à sa valeur historique.

M. Gaudet nous a fourni un travail précieux et il va sans dire que ce dernier devrait être traduit en français pour la postérité.

Wilmer Blanchard

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Membres du Comité exécutif de la Société Historique acadienne de  l’Î.-P.-É. 1982-1983

Président -        M. Georges Arsenault
Président sortant -    M. J.-Edmond Arsenault
Vice-président -    M. Jean-Paul Arsenault
Secrétaire -        Mlle Cécile Gallant
Trésorière -        Mme Hélène Cheverie
Conseillers(ères) -    Soeur Marguerite Richard
                               Mme Avéline Peters
                               Père Albin Arsenault
                              M. Jean-Louis Beauregard

Des nouvelles de partout

1982 par Contribution anonyme

 

Tignish – Au courant de l’hiver, le Club Ti-Pa a parrainé un projet de généalogie.  Il s’agissait de tracer les descendants des principales familles fondatrices de la paroisse de Tignish.  On veut dresser un tableau généalogique qui fera partie du décor du centre du Club.

Le même organisme organise pour l’été des activités qui souligneront le centenaire de la naissance de l’organiste Benoit Poirier et le centenaire de l’installation des grandes orgues dans l’Église St-Simon et St-Jude.

L’Association historique de Tignish s’est procurée l’ancienne école Dalton dans laquelle on veut y aménager, entre autres, un musée et une salle d’exposition.  On se propose d’y tenir une exposition de photos historiques au cours de l’été.

 

Wellington – Le Club d’Âge d’Or de Wellington s’affaire depuis quelques années à rechercher l’histoire de la région de Wellington.  Le projet avance bien et on espère pouvoir publier le fruit des recherches dans un avenir pas trop éloigné.

 

Mont-Carmel – La Coopérative du Village Pionnier Acadien a embauché cet hiver les services d’un historien, en la personne de Kenneth Breau, pour faire une recherche sérieuse sur l’histoire de Mont-Carmel, de sa fondation (1812) à 1860.  La Coopérative vise à améliorer l’interprétation de l’histoire locale dans son village historique.

 

Région Évangéline – Une publication d’une grande importance sur l’histoire du mouvement coopératif dans la région Évangéline (1862-1982) est à la veille de paraître.  C’est le résultat d’un projet mis sur pied par le Conseil coopératif de l’Î.-P.-É., en 1980.  Cécile Gallant était la responsable du projet et c’est elle qui a écrit le livre, une brique d’environ 300 pages!  C’est à lire.

 

Miscouche – Le Musée Acadien de l’Île, situé à Miscouche, est bien actif.  L’automne dernier il a mené une campagne de financement et de recrutement de membres, laquelle a bien réussi.  Le Musée a aussi profité d’un octroi du Secrétariat d’État, ce qui lui a permis de mettre de l’ordre dans sa collection de photos et de documents.  Le 12 mai, Mad. Deborah Robichaud, directrice du Musée Acadien de l’Université de Moncton, donnait une intéressante conférence aux amis du Musée Acadien de l’Île.  Elle traita, grosso modo, du rôle d’un musée et de sa place dans une communauté.

 

Rustico – Le Musée de la Banque de Rustico a obtenu lui aussi, printemps dernier, un octroi du Secrétariat d’État.  Cette subvention a permis l’embauche de deux personnes qui travaillent à améliorer l’interprétation de l’histoire de la Banque et de l’époque du Père Belcourt à Rustico.

 

Rollo Bay – La succursale de Souris – Rollo Bay de la S.S.T.A. a obtenu un projet d’emploi d’été pour étudiants par lequel on tentera de mettre plus en évidence la cloche historique de l’Église de Rollo Bay (laquelle date du Régime français) et le monument, érigé en 1929, qui marque l’emplacement du cimetière des pionniers acadiens de l’endroit.

 

La Société Saint-Thomas d’Aquin – Le Projet d’histoire et de culture acadiennes de la S.S.T.A. est très productif.  L’été dernier on lançait le livre L’Agriculture chez les Acadiens de l’Î.-P.-É. 1720-1980 (69 pages) et tout récemment on a fait paraître L’Éducation chez les Acadiens de l’Î.-P.-É. 1720-1980, ou La survivance acadienne à l’Î.-P.-É. (85 pages).  Ces deux livres de Georges Arsenault sont abondamment illustrés de cartes, de dessins et de photos.

On a aussi produit, dans le cadre du Projet, deux montages audio-visuels intitulés Les Acadiens de l’Île-du-Prince-Édouard et La pêche et les Acadiens.  Ces montages sont disponibles en français et en anglais.  On peut les emprunter en s’adressant au bureau-chef de la Société.

La S.S.T.A. mène présentement une étude afin de déterminer si les ressources financières et physiques sont disponibles pour l’établissement d’un centre d’études acadiennes.  Le Père Pierre Arsenault a été chargé de faire cette étude qui sera complétée vers la fin de l’été.  On attend impatiemment les résultats.

 

P.E.I. Heritage Foundation – Au mois de janvier, le Heritage Foundation se procurait les services de Reggie Porter à titre de directeur de la programmation.  Monsieur Porter est un Acadien originaire de Tignish.  Enfin, on peut avoir du service en français de notre organisme provincial chargé de la protection du patrimoine.  Profitons-en!

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Membres du Conseil d’administration de la Société Historique Acadienne de l’Î.-P.-É. 1981-1982

Président -        M. J.-Edmond Arsenault
Vice-président -    M. Jean-Paul Arsenault
Secrétaire -        M. Georges Arsenault
Trésorière -        Mme Hélène Cheverie
Conseillers -        Soeur Marguerite Richard
                                 Père Albin Arsenault
                                M. Jean-Louis Beauregard
                                M. Michel Belliveau