Résultats: ‘Carrefour de l’Isle-Saint-Jean’

Des classes en français pour de bon!

2007 par Francis C. Blanchard

À l’occasion d’une conférence de presse tenue à l’hôtel CP Prince Edward à Charlottetown en relation avec l’établissement du Centre scolaire et communautaire francophone, on avait bon nombre de dignitaires, les médias et le public pour entendre une annonce majeure. Tout s’était déroulé comme prévu et, suite à la cérémonie, il y a eu la réception coutumière à laquelle les participants se sont régalés avec des amuse-gueules.

Parmi les invités, on remarquait Mme Anna Duffy, présidente du Conseil scolaire de l’Unité 3. À un moment donné, elle s’est approchée de ma personne et, sachant avec qui elle s’entretenait, m’a fait cette confidence. Elle avait eu le privilège, me dit-elle, d’être présente à la dernière classe de français enseignée par feu J. Henri Blanchard au Collège Prince-de-Galles (présentement le Collège Holland) à Charlottetown à la veille de prendre sa retraite de l’enseignement en 1947.

Le professeur Blanchard avait consacré la classe entière à l’étude et à une discussion de l’œuvre de l’auteur français Alphonse Daudet : « La dernière classe ». C’est le récit d’un jeune Alsacien qui assiste à sa dernière classe de français à l’école de son village.

L’histoire se passe en 1870, lorsque les Allemands (les Prusses) ont envahi l’Alsace et la Lorraine pour annexer ces deux provinces à l’Allemagne – la guerre franco-allemande 1870-1871. Le jeune Frantz est arrivé à l’école cette journée un peu en retard. En entrant, il s’attendait de se faire gronder par le professeur, mais il a vite vu que le climat de la classe n’était pas comme d’habitude. Il fut surpris de voir quelques braves gens du village assis sur des bancs au fond de la salle de classe. Ce fut une scène peu ordinaire. M. Hamel s’adresse aux élèves en ces termes :

« Mes enfants, c’est la dernière fois que je vous fais la classe. L’ordre est venu de Berlin de ne plus enseigner que l’allemand dans les écoles de l’Alsace et de la Lorraine… Le nouveau maître arrive demain. Aujourd’hui, c’est votre dernière leçon de français. Je vous prie d’être bien attentifs. »

M. Blanchard a terminé sa classe en faisant le commentaire à ses étudiants qu’un jour il faudra qu’il y ait une école française dans la région de Charlottetown.

Ses paroles étaient-elles prophétiques? L’école française est maintenant une réalité dans la région! Elle fait partie du Carrefour de l’Isle-Saint-Jean, un complexe qui comprend un côté scolaire et un côté communautaire. C’est à nous tous et toutes – Acadiens, Acadiennes et francophones – de nous en servir.

*Éditorial intitulé Un rêve se réalise… gracieuseté de La Voix acadienne, Summerside, Î.-P.-É., le 13 novembre 1991

Carrefour de l’Isle-Saint-Jean abritant l’école François-Buote.

L’éducation en français – Un nouveau millénaire – un nouvel essor

2002 par Tilmon Gallant

Tilmon Gallant

 

Depuis la disparition des quelque deux cent petits districts scolaires locaux et l’arrivée des cinq unités scolaires régionales en 1972, la communauté francophone et acadienne de l’Île déplorait le fait que cet événement était responsable, plus que d’autre chose, de la fermeture des écoles acadiennes dans la province (autre que l’école Évangéline).  Les régions de Prince-Ouest, Summerside et Rustico ont été englobées par les nouveaux districts régionaux anglophones qui ont été établis sur ces territoires et conséquemment, les Acadiens et francophones vivant dans ces régions ont perdu le contrôle de leurs petites écoles.

Pendant les prochains vingt ans, l’éducation en français fut limitée au programme offert au Centre d’éducation Évangéline avec une tentative de programmation offerte au premier cycle de l’élémentaire à Summerside, tentative qui a eu lieu au moment de la fermeture de la base militaire et des classes installées dans le sous-sol d’une église à Charlottetown.  Ce fut le début de l’école François-Buote.

Quelques faits saillants ont marqué le tournant des décisions qui ont, depuis ces dernières années, permis un regain de vie scolaire dans plusieurs régions de la province.

L’arrivée du ministère fédéral des Anciens combattants à Charlottetown pendant les années 1980 a influencé en grande mesure l’établissement du Carrefour de l’Isle Saint-Jean et l’école François-Buote qui a ouvert ses portes en 1991, offrant ainsi un enseignement aux niveaux élémentaire et secondaire en français dans la région de Charlottetown et des environs.

En 1990, la commission scolaire régionale Évangéline (Unité scolaire no 5) a relevé le défi d’élargir son mandat et son territoire en devenant une commission scolaire provinciale avec représentation de toutes les régions de la province.  Le leadership exercé par cet organisme mérite d’être noté puisqu’elle a travaillé d’arrache-pied afin de gagner la confiance d’un grand nombre d’ayants droit à l’éducation en français.  Elle récolte aujourd’hui les fruits de son travail en ouvrant les portes d’une nouvelle école à Summerside en plus de celles de Prince-Ouest et Rustico.

Suite au rapatriement de la Constitution canadienne et de l’adoption de la Charte canadienne des droits et libertés, la province a amendé la loi scolaire afin qu’elle respecte et reflète les clauses de l’article 23 de la Charte donnant ainsi droit aux citoyens ayant le droit de recevoir leur éducation en français là où le nombre le justifie et ce, financé par les fonds publics.  Appuyé par la Charte et la loi scolaire, un groupe de parents de la région de Summerside, après plusieurs refus de la commission scolaire de l’Unité no 2 (Summerside et ses environs) et du ministère de l’Éducation, a mené une lutte jusqu’à la Cour suprême du Canada afin de finalement recevoir une décision favorable en janvier 2000, permettant ainsi aux Acadiens et francophones de la région de Summerside de recevoir l’éducation en français dans leur région.

La province entérine la décision de la Cour suprême et a immédiatement mis en marche le processus de planification menant à la construction de cette nouvelle école qui ouvre ses portes au début du mois de février 2002.

La Commission scolaire de langue française en collaboration avec le ministère de l’Éducation a, du même coup, ouvert des écoles à Prince-Ouest et à Rustico avec l’appui financier du ministère de l’Éducation et du ministère fédéral du Patrimoine canadien.

Ce nouvel élan en éducation en français est dû à un ensemble de facteurs qui comprend les éléments mentionnés ci-dessus ainsi qu’un éveil dans la communauté acadienne et francophone créé par les nombreux organismes locaux, régionaux et provinciaux qui n’ont jamais abandonné l’espoir qu’un jour on aurait accès à des écoles françaises partout où il y a une demande justifiée dans la province.

Les prochains défis à relever surtout en situation minoritaire telle la nôtre seront de pouvoir offrir une programmation et un enseignement de qualité équivalente à celle offerte en anglais dans les écoles voisines et de promouvoir continuellement les avantages d’une formation en français auprès des ayants droit.  Ceux-ci devront fournir une clientèle étudiante suffisante afin d’assurer que les portes qui viennent d’ouvrir sur un réseau d’écoles françaises dans les régions acadiennes restent ouvertes pour les générations à venir.

Ces deux défis sont étroitement liés l’un à l’autre, mais l’infrastructure tant regrettée et absente par les années passées est maintenant en place afin de permettre que les progrès de ces quelques dernières années continuent et augmentent d’année en année.

Plan architectural du nouveau centre scolaire-communautaire de Summerside.