Résultats: ‘Bloomfield’

Nouvelles de l’empremier

1986 par Contribution anonyme

 

1868 – Baie-Egmont :  “A petition of Thomas Mowbray and others, inhabitants of Egmont Bay Settlement and its vicinity, was presented to the House by Mr. Arsenault, and the same was received and read, praying for the establishment of a Small Debt Court at some convenient part of the said Settlement of Egmont Bay.”  (Journal of the House of Assembly of P.E.I., 1868, p. 34.)

 

1888 – Miscouche :  “In North Miscouche there are three sugar factories at work this spring.  The flow of sap has been small owing to the continuance of stormy weather and lack of frost and sunshine.  The production of maple sugar is consequently much below the average.  The manufacturers find no difficulty in disposing of the quantity on hand at very good prices, most of it never leaving the factories where it is produced.  (…)  It is worthy of note that the majority of those taffy-seekers were not ladies but belonged to the male portion of the community.”  (The Prince Edward Island Agriculturist, April 30, 1888)

 

1892 – Bloomfield :  “Les habitants de Bloomfield apprennent avec joie que la station de Mill River doit être transférée de Haywood, où elle profitait au petit nombre et incommodait le grand nombre, et localisée à la traverse de Howlan Road, le centre de la région, où se trouvent nos marchands locaux, MM. F. Pitre et Joseph Gaudet.  Comme le chemin que nous devons à son énergie lorsqu’il était dans le gouvernement local, la nouvelle gare, qui sera ouverte le 1er juillet, portera le nom “Howland Station”, en l’honneur du sénateur dont le nom est sur les lèvres de tout le monde de l’Île.”  (L’Évangéline, le 19 mai 1892).

 

1894 – Palmer Road:  “Jeudi et vendredi de la semaine dernière le Revd. Père Chiasson, Pasteur de la paroisse de Palmer Road, a établi la société du Sacré Coeur dans sa paroisse.  Les cérémonies ont été très imposantes et faites avec solennité.  Les Revd. D. MacDonald curé de Tignish, A.E. Burke, curé d’Alberton et F.X. Gallant, curé de St. Antoine de Bloomfield assistaient pour les confessions.”  (L’Impartial, le 14 juin 1894)

Un Acadien de l’Île dans l’Ouest canadien

1986 par Avéline Peters

Avéline Peters         Traduction de Rita Schyle

 

Stanislas Pitre (1879-1949) est un Acadien de la région de Prince-Ouest qui a laissé sa marque dans l’Ouest du Canada.  Né à Bloomfield, il était le fils de Fabien Pitre et de Marie Priscille Pineau de Bloomfield.

Stanislas a reçu une formation en enseignement à l’École normale du Collège Prince de Galles.  De 1902 à 1905, Joseph-Octave Arsenault était inspecteur des écoles acadiennes de l’Île et celui-ci exigeait que les enseignants acadiens se perfectionnent dans les langues anglaise et française.  Stanislas Pitre a été un des instituteurs qui est devenu couramment bilingue par suite de son influence.

En 1903, Stanislas Pitre s’est marié avec Ursule Martin, fille d’Hippolyte et de Marguerite Pineau, à l’église Saint-Antoine de Bloomfield lors d’une cérémonie célébrée par le Père François-Xavier Gallant.  Peu après, Stanislas et Ursule ont déménagé dans l’Ouest canadien car les salaires aux enseignants y étaient plus élevés.  Au cours des années suivantes, Stanislas a enseigné dans diverses localités du Manitoba, soit au Lac du Bonnet, à Makinak, à McCreary et à Laurier.

En 1920, le malheur a frappé leur famille.  Un cyclone s’est abattu sur le village de Laurier et a détruit, entre autres, l’école et la demeure familiale des Pitre.  La mère, Ursule, a été la plus grièvement blessée: sa colonne vertébrale était endommagée.  Stanislas a alors déménagé sa famille à Winnipeg où Ursule allait recevoir des soins médicaux.  Entre temps, toute la famille priait pour sa guérison.  Stanislas a continué à enseigner à Winnipeg puis il a été nommé directeur de l’école Glenwood.

Par la suite, Ursule s’est complètement remise de sa blessure et a repris son rôle de ménagère et de maîtresse de maison.  Lorsqu’elle était jeune, Ursule avait aidé sa mère, Marguerite, qui avait été sage-femme dans les villages de Prince-Ouest.  Comme on avait aussi besoin de sages-femmes dans les provinces de l’Ouest, Ursule a mis son expérience en pratique:  à son tour, elle a exercé ce métier dans les différentes localités où la famille demeurait, et ce, jusqu’en 1932.

Lorsque la famille de Stanislas comptait 12 personnes, on a effectué un autre déménagement; cette fois, c’était vers l’Alberta, province où les salaires étaient les plus élevés.

En 1933, Stanislas enseignait dans la région de Saint-Paul dans une école administrée par les Frères Oblats.  La famille s’est acheté un morceau de terre que les fils aînés, Emmanuel et Wilfred, ont cultivé.

En 1941, alors qu’il prenait sa retraite de l’enseignement, Stanislas a accepté le poste de premier magistrat pour les régions de Cold Lake* et de Saint-Paul.

Sa persévérance face à l’adversité l’a toujours aidé à se trouver un emploi; son honnêteté et son impartialité lui ont valu d’être en demande chaque fois qu’on recherchait un bon administrateur.  Il a été directeur du Conseil de l’hôpital Sainte-Thérèse, des Chevaliers de Colomb ainsi qu’un chef du mouvement scout et de groupes culturels qui encourageaient le développement de la musique et du théâtre.

Ursule, pour sa part, encourageait ses enfants à utiliser leur éducation bilingue et à participer à la vie communautaire et paroissiale, partout où ils ont demeuré dans les quatre provinces de l’Ouest.

*Cold Lake, en Alberta, est la région où l’on retrouve, en 1985, le projet d’exploitation des sables bitumineux (Tar Sands Oil Project).

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Conseil d’administration de la Société Historique Acadienne 1985-1986.

Président -        M. Francis Blanchard
Président sortant -    M. Georges Arsenault
Vice-président -    Père Charles Gallant
Secrétaire -        M. Réal Gagnon
Trésorière -        Mad. Céline Lapointe

Conseillers(ères) -    

Mad. Avéline Peters
Père Albin Arsenault
M. Gary Robichaud
M. Robert Maddix

L’Oeuvre de J.-Henri Blanchard

1986 par Cécile Gallant

Cécile Gallant

 

Le présent article est le texte d’une conférence présentée à Moncton le 26 octobre 1985 lors du colloque qui soulignait le 25e anniversaire de la Société Historique Acadienne de Moncton.

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La Société Historique acadienne de l’Île-du-Prince-Édouard a entrepris depuis quelques années une recherche sur la vie et l’oeuvre de J.-Henri Blanchard en vue d’une publication. Né à Rustico, le 16 juin 1881, l’année de la première Convention Nationale des Acadiens, et décédé en 1968, J.-Henri Blanchard est l’un de nos plus grands patriotes acadiens.  Professeur, historien et animateur des plus dynamiques pendant plus d’un demi-siècle, Blanchard a contribué de façon significative à la survivance acadienne dans l’Île.  La Société désire, par le biais d’une biographie du genre populaire, faire connaître au grand public l’importance historique de cette contribution.  Cette biographie se vent aussi scientifique que possible tout en était écrit dans un style à portée de tous.

Des projets de recherche subventionnés par le Secrétariat d’État ont permis de recueillir une vaste documentation ayant trait aux multiples aspects de la vie et de l’oeuvre de Blanchard.  L’histoire orale a été l’approche privilégiée dans un premier projet.  Une cinquantaine d’entrevues ont ainsi été réalisées avec des gens qui ont bien connu Blanchard.  Dans un deuxième projet, une bibliographie de ses écrits (ouvrages, articles de revues et de journaux, discours, correspondances) a été établie.  Tous les extraits de ses discours tels que rapportés dans les procès-verbaux de diverses associations acadiennes dans lesquelles il a oeuvré ont aussi été relevés.

Nous connaissions peu de détails de l’enfance et de la jeunesse de J.-Henri Blanchard.  Nous avons alors tenté de cerner ce qui aurait pu marqué cette période de sa vie.  Fils de Jérémie Blanchard et de Domithilde Gallant, Henri est né à Rustico en 1881.  L’année suivante, ses grands-parents paternels, ses parents et lui-même, âgé d’onze mois, quittent Rustico où le surpeuplement et le manque de terres avaient entraîné depuis les années 1860 une émigration importante de familles acadiennes de cet endroit.  La famille Blanchard déménage à Duvar dans la paroisse de Bloomfield où elle achète une ferme de 100 acres.  Les Acadiens constituent la majorité de la paroisse de Bloomfield, mais l’élément anglophone est très fort dans la région de sorte que l’anglicisation des Acadiens est déjà une réalité dans les années 1880.  Toutefois, Jérémie et Domithilde réussissent à transmettre à leurs enfants leur attachement à la langue française.

La maisonnée Blanchard comprend les grands-parents, les parents et onze enfants dont Henri est l’aîné.  La plupart des membres de la famille participent aux travaux de la ferme.  Et pour suppléer au revenu familial, le père et le grand-père, bons charpentiers, s’adonnent parfois à ce métier.

En 1890, alors qu’Henri avait neuf ans, son père se présente candidat aux élections provinciales.  Il est défait. Il réussit cependant à se faire élire membre de l’Assemblée législative de l’Île aux élections de 1893.  Comme politicien, Jérémie Blanchard était très bon orateur.  Ses discours politiques ont été qualifiés de “fantastiques”.  C’était un homme qui n’avait pas été au collège mais qui s’était instruit par la lecture.  Henri a sans doute été influencé dans son enfance par les discussions politiques qu’il entendait chez-lui, et il a probablement appris certaines techniques de l’art oratoire en observant son père.

Ses grands-parents ont aussi joué un rôle important dans sa formation.  Virginie Blanchard, née Doucet, la grand-mère, semble avoir eu une influence particulière sur son petit-fils.  Malgré son peu d’éducation formelle, Mémé Blanchard possédait tout un bagage d’histoires qu’elle aimait raconter le soir à ses petits-enfants, surtout à Henri.  Elle connaissait des histoires de la Bible, des histoires à propos de Napoléon, enfin, semble-t-il, des histoires de toutes sortes.  Elle encouragea Henri, dès son jeune âge, d’étudier et puis de lire tous les livres qu’il pourrait.  De sa grand-mère, il a hérité ainsi ce goût qu’elle avait pour l’histoire, la lecture et pour s’instruire, ce goût qu’il ne cessera de cultiver tout au long de sa vie.

Une relation étroite existait également entre Henri et son grand-père Sylvestre Blanchard, un habile charpentier et charron.  Plus tard, Henri se plaisait de raconter une expérience qui l’avait beaucoup touché.  Une journée, son grand-père fabriquait méticuleusement les roues d’un wagon, un service qu’il rendait à un certain individu qui ne payait pas toujours ses comptes.  Il aurait dit à Henri:  “Je fais ce wagon ici pour un monsieur.  Je ne me ferai jamais payer pour ceci.”  “Ah, mais, lui dit Henri, pourquoi alors êtes-vous si minutieux?”  Son grand-père lui a répondu:  “S’il ne veut pas me payer, ça c’est ses affaires.  Moi, j’ai à faire un wagon et puis je le fais le mieux possible.”

Henri Blanchard a commencé son éducation dans la petite école de Duvar.  À l’âge de douze ans, il se rendait étudier à l’école secondaire de Tignish où il eut Gilbert Buote comme professeur de 1893 à 1894.  C’était l’année de la fondation de L’Impartial, le premier journal de langue française publié dans l’Île.  Gilbert Buote en était le propriétaire et le rédacteur.  C’était un homme qui avait aussi une grande passion pour l’histoire et la généalogie.  Quoique peu méthodique, Buote était, comme l’écrira plus tard Blanchard, “un splendide écrudit,” “un homme très renseigné qui souvent parlait au-dessus de la tête des élèves.”  Cet éminent maître a été pour Blanchard une autre source d’inspiration.  Ses études primaires terminées, le jeune Henri devint élève au Collège Prince de Galles de Charlottetown, où il obtint son brevet d’instituteur à l’âge de 19 ans.  Il enseigna par la suite pendant neuf ans dans les écoles acadiennes de l’Île.

Outre son éducation formelle, Blanchard s’est instruit par la lecture.  Jeune adolescent, il préférait de beaucoup la lecture aux travaux de la ferme.  Il lisait à chaque occasion qu’il avait.  Et, plus tard, pendant les longues veillées d’hiver lorsqu’il était professeur de campagne, il lisait souvent jusqu’à une heure avancée de la nuit.  C’est le cas de son séjour à l’école de Saint-Chrysostome à partir de 1903.  Âgé de 22 ans, il pensionnait chez un dénommé Jos Pacifique Gallant.  Ce dernier possédait une assez bonne bibliothèque héritée, semble-t-il, d’un curé de la paroisse.  La famille Gallant servait Henri comme s’il était un grand visiteur, et elle faisait tout dans son possible pour qu’il soit confortable.  Installé dans une grande chambre au deuxième étage avec un poêle à bois, Henri passait ses soirées à lire.  À tous les soirs après le souper, Jos Pacifique montait avec une brassée de bois pour le poêle.  “J’ai passé ici,” Blanchard a-t-il dit plus tard, “les deux plus belles années de ma vie.”  Il aimait particulièrement lire des romans historiques qui lui donnaient le sens de l’histoire.  La poésie était une autre de ses lectures favorites.

À part ses lectures, il étudiait une grammaire française que Jean-O. Arsenault, son confrère à l’école de Saint-Chrysostome, lui avait passée.  Jusque-là, Blanchard comme de nombreux Acadiens de l’Île, n’avait pas eu l’opportunité de suivre aucun véritable cours de français.  Grâce à Jean-O. Arsenault et à sa grammaire française, Henri approfondit alors pour la première fois la langue française.  Dans le cadre de ses fameux concours de français qu’il organisera à partir de 1930 dans les écoles acadiennes de l’Île, Blanchard visera à partager avec ses compatriotes l’importance de l’apprentissage de la grammaire française.

Après neuf années d’enseignement dans les petites écoles de campagne, il redevint élève et obtint son baccalauréat-ès-arts de l’Université St-Dunstan en 1911.  Il poursuivit plus tard des études de perfectionnement professionnel pendant ses vacances d’été à Mount Allison, au Collège d’Agriculture de Guelph et jusqu’à la Sorbonne à Paris.  Dès 1910, et jusqu’à sa retraite en 1948, l’on retrouve Blanchard comme professeur de français au Collège Prince de Galles.  Cinquante années de sa vie ont donc été consacrées à l’enseignement dont trente-huit au Collège Prince de Galles.

En 1912, Henri épousait Ursule Gallant, une institutrice de Duvar.  Installés au 114 rue Upper Prince, à Charlottetown, les Blanchard élèveront une famille de huit enfants.  Ursule assumait autant que possible la responsabilité de la maison et des enfants afin de permettre à son mari l’opportunité de s’impliquer dans la communauté acadienne.  Dans la dédicace de son dernier livre, Henri a rendu un hommage à son épouse pour tout l’appui qu’elle lui avait donné dans la réalisation de ses oeuvres.

Blanchard s’est d’abord grandement impliqué dans l’Association des Instituteurs et Institutrices Acadiens de l’Île-du-Prince-Édouard.  Membre de l’Association à partir de l’âge de 18 ans, il se distingua très tôt aux Congrès annuels par l’intelligence de ses interventions en ce qui avait trait au domaine de l’enseignement.  Dès 1903, il est élu directeur du regroupement.  À partir de 1906 et jusqu’en 1919, soit une période de 14 années consécutives, il fut secrétaire-trésorier de l’organisation.  On le nomma en 1912 à un comité responsable de formuler un programme d’étude française pour les écoles acadiennes de l’Île.  Il s’agissait surtout de choisir et de faire adopter par le Bureau d’Éducation une série de livres de lectures française et une grammaire française.  La participation de Blanchard au sein de ce comité l’a sans doute sensibilisé davantage à la question de l’enseignement du français dans les écoles acadiennes.

C’est en 1916, au Congrès de l’Association tenu à Baie-Egmont, que Blanchard présente pour la première fois une étude concernant la situation des Acadiens dans l’Île-du-Prince-Édouard.  Il est alors âgé de 35 ans.  Ainsi débute l’engagement extraordinaire de cet homme pour la survivance acadienne dans la province.  Bon orateur, il saura à de nombreuses reprises captiver l’attention d’importants auditoires par des discours traitant de divers aspects de la vie acadienne.  Outre ses nombreuses interventions orales à ce sujet, Blanchard se servira aussi de l’écriture pour transmettre à un plus vaste auditoire ses préoccupations au sujet de son peuple.

En mai 1918, Le Petit Canadien, une revue québécoise, publie un premier article de Blanchard intitulé “Les écoles acadiennes de l’Île-du-Prince-Édouard.” À l’âge de 37 ans, Blanchard entreprend ainsi une carrière d’écrivain, surtout d’historien.  En effet, il se distingue surtout par ses publications historiques dont Les Acadiens de l’Île Saint-Jean (1921), Histoire des Acadiens de l’Île-du-Prince-Édouard (1927), Rustico, une paroisse acadienne (1938), Acadiens de l’Île-du-Prince-Édouard (1956) et enfin The Acadians of Prince Edward Island (1964).  Blanchard a aussi écrit au cours de sa carrière divers articles de revues et de nombreux articles de journaux.

La participation de Blanchard a diverses associations tels la Société Saint Thomas-d’Aquin, la Société Nationale de l’Assomption et le Conseil de la Vie Française est un autre aspect important de sa contribution à la société acadienne.  Un des fondateurs en 1919 de la S.S.T.A., il remplit les fonctions de secrétaire-trésorier de cet organisme pendant dix-neuf ans et celles de président pendant huit ans.  L’objectif immédiat de la Société est de recueillir des fonds destinés à l’éducation de la jeunesse acadienne.  Grâce à des collectes et des soirées récréatives organisées par ses dirigeants, la Société réussit à amasser suffisamment d’argent pour parrainer annuellement quelques boursiers.  Les dirigeants, notamment le professeur Blanchard, étaient conscients cependant que leurs efforts ne réussissaient pas à assurer la formation d’une classe dirigeante acadienne suffisamment nombreuse pour répondre aux besoins de la population.  Un appui de la communauté francophone de l’extérieur de l’Île viendra au moment opportun les aider à atteindre leurs objectifs.

Nous sommes en 1937.  C’est l’année où a lieu, à Québec, le deuxième Congrès de la langue française au Canada.  Cet événement important est destiné à avoir une très grande répercussion sur la Société Saint Thomas-d’Aquin et ses oeuvres.  Le professeur Blanchard est invité à y exposer la situation du français dans sa province.  Dans une conférence très bien détaillée, il décrit de façon réaliste la situation précaire de la vie française et de l’éducation chez les siens.  Voici un extrait de son discours:

“Nous souffrons d’une pénurie extrême de chefs et de dirigeants avec toutes les conséquences qui en découlent.  Si nous avions ces chefs si nécessaires aujourd’hui, il ne serait pas encore trop tard pour endiguer les flots envahisseurs qui menacent de plus en plus de nous engloutir.  Nous avons bien la Société Saint Thomas-d’Aquin qui recueille quelques fonds et qui paie les études secondaires de deux élèves.  Mais c’est si peu en présence des dangers qui nous assaillent de tous côtés.  Si nous voulons préparer ces chefs si nécessaires et sans lesquels nous allons infailliblement disparaître comme groupe de langue française, il nous faudra marcher bien plus rondement et bien plus vite que cela; autrement il sera bientôt trop tard.”

Suite à son exposé, ses auditeurs québécois l’encouragent à aller frapper aux portes des maisons d’enseignement du Québec afin d’y solliciter des bourses d’études pour les Acadiens de son Île.  C’est ce qu’il fait en 1937 et 1939.  Les institutions québécoises accueillent à bras ouverts cet homme plutôt court, au torse solide, qui vient d’avoir 56 ans.  En 1937, Blanchard réussit à obtenir des bourses pour sept jeunes acadiens qui s’expatrient de l’Île pour entreprendre leurs cours classiques au Québec.  En 1939, ils sont au nombre de vingt-deux.  Les quelques collèges acadiens contribuent également leur part.  L’appui généreux de ces maisons d’enseignement de l’extérieur de l’Île se continuera pendant trois décennies.

 
Le professeur Blanchard a été reçu partout avec la plus grande sympathie.  Sa personnalité engageante, son dynamisme irrésistible, l’aident grandement dans ses démarches.  Selon l’abbé Paul Gosselin, du Conseil de la vie française, Blanchard présentait ses demandes “avec tant de chaleur et de désintéressement” que “nous n’avons jamais le courage de lui refuser quoi que ce soit.”  C’est d’ailleurs ce qu’exprimait aussi le Père Clément Cormier, de l’Université Saint-Joseph, de Memramcook, dans une lettre qu’il écrivait à Blanchard le 15 septembre 1944.  En voici un bref extrait:

“Mon cher monsieur Blanchard,

Nous refusions des élèves depuis un mois quand votre télégramme m’est arrivé.  Le R. Père Supérieur était absent, et j’ai pris sur moi de vous faire envoyer une réponse affirmative, me disant: “On ne peut rien refuser à M. Blanchard”.

Vos élèves de l’Île nous sont donc arrivés, quatre anciens et sept nouveaux, et vous pouvez être assuré que nous allons les entourer d’une sollicitude toute particulière.”

Cette initiative de Blanchard, soit de trouver des bourses pour la jeunesse acadienne, est, sans doute, la plus grande contribution qu’il a fait à la survivance acadienne dans l’Île.  En effet, jusque la fin des années 1960, des élèves acadiens de l’Île-du-Prince-Édouard ont pu bénéficier de bourses accordées par des maisons d’enseignement de langue française du Québec et des Provinces Maritimes, la distribution de ces bourses étant coordonnée par la Société Saint Thomas-d’Aquin.  De retour dans l’Île, de nombreux boursiers ont été en mesure de contribuer au développement de la vie acadienne.

La Société historique entreprendra sous peu la rédaction et la publication de la biographie de cet important leader acadien que fut J.-Henri Blanchard.  Ce sera sa façon de mieux faire connaître la vie et l’oeuvre de cet homme dont la contribution à la communauté acadienne se fait toujours sentir.

Nouvelles de l’empremier

1985 par Contribution anonyme

 

1874 – Wellington :  “Le Pique-Nique des catholiques de Wellington, Île-du-Prince-Édouard qui avait lieu mardi de la semaine dernière pour venir en aide à la Nouvelle-Église actuellement en voie d’érection, a rapporté la jolie somme de $300.  L’Hon. Jos. O. Arsenau et M. John A. McDonald, M.P.P., y assistaient et au moment de la séparation, trois hourrahs furent poussés pour l’Église, le curé et la Reine.”  (Le Moniteur Acadien, le 1er octobre 1874)

 

1884 – Rustico :  “L’honorable M. Ross, premier ministre de la province de Québec, est actuellement en villégiature à Rustico.  On sait que Rustico, village acadien-français, situé sur la côte nord de l’Île-du-Prince-Édouard, c’est-à-dire, en plein golfe, est depuis plusieurs années une station balnéaire recherchée.”  (La Minerve, le 4 août 1884)

 

1885 – Abram-Village :  “M. Sylvain-E. Gallant d’Abram-Village, Î.-P.-É., a récolté une patate qui, par sa grosseur et sa pesanteur peut, avec raison être appelée la plus grosse.  Elle pèse deux livres et douze onces, elle est de l’espèce Early Rose et peut être vue au magasin de l’hon. Jos. O. Arsenault, Egmont Bay.  Qui pourra battre cela?”  (Le Moniteur Acadien, le 15 octobre 1885.)

 

1888 – Miscouche :  “Mr. John S. Gaudet, Miscouche, one of our most prominent exporters of produce, advertises for 1,000,000 eggs during the coming season, for which he will pay the highest cash price.  His team will begin to travel through the country as soon as the roads permit.   This great amount of eggs will require considerable industry on the part of the egg gatherers, and will leave a good deal of money among them.”  (The P.E.I. Agriculturist, March 26, 1888.)

 

1894 – Bloomfield :  “Les instituteurs de l’arrondissement de Bloomfield se sont réunis, sous la présidence de M. Moise Doucet, le ler septembre à la salle de Bloomfield.  Ils étaient tous présents sans exception.

Il y eut une discussion sur le sujet des livres d’école.  Ils en vinrent d’accord que la lecture anglaise doit être enseignée aux enfants français aussitôt qu’ils peuvent lire assez couramment le syllabaire en français.”  (L’Impartial, le 25 octobre 1894.)

Sages-femmes et guérisseuses

1985 par Cécile Gallant

par Cécile Gallant

 

Cet article est un extrait d’un manuscrit préparé par Cécile Gallant pour l’Association des femmes acadiennes de l’Île-du-Prince-Édouard. Il s’agit d’un ouvrage qui traite de la contribution et de la situation de la femme acadienne dans la société insulaire.  Nous remercions l’Association de nous avoir accordé la permission de publier cet extrait.

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Les sages-femmes

Jusque dans les années 1950, la majorité des femmes acadiennes accouchent dans l’intimité de leur foyer.  La naissance d’un bébé, événement bien important dans la vie de la femme, se passe presque toujours à la maison.  C’est une pratique traditionnelle qui est seulement abandonnée graduellement à partir du moment où les hôpitaux deviennent accessibles à la majorité des gens grâce aux plans d’hospitalisation du gouvernement.

À l’époque où les services de médecins étaient totalement absents, il y a toujours eu dans les communautés acadiennes des sages-femmes qui assistaient les femmes enceintes lors de l’accouchement.  À la fois une science et un art, la profession de sage-femme était transmise de génération en génération entre femmes.  Et même après l’arrivée des premiers médecins, les sages-femmes ont continué à jouer un rôle important dans leur milieu.  En effet, malgré le fait qu’elles pouvaient désormais obtenir les services d’un médecin, un grand nombre de femmes ont continué à donner naissance à la maison avec l’aide de la sage-femme de l’endroit.  Pourquoi?  C’était d’abord une tradition, une habitude de vie.  Les femmes se sentaient à l’aise avec la sage-femme et elles se trouvaient bien de ses services.  De plus, dans les communautés rurales acadiennes d’avant les années 1960, les moyens de transport et les conditions des routes, surtout en hiver, ne favorisaient pas toujours une visite du médecin à la maison au moment des accouchements.  Il n’y avait souvent qu’un seul médecin appelé à desservir toute une population dispersée dans un immense territoire.  Le médecin n’était donc pas toujours disponible pour tous les accouchements dans une région donnée.  Enfin, la population appauvrie avait plutôt recours aux sages-femmes qui demandaient peu, et même parfois rien du tout, pour leurs services tandis que les honoraire des médecins constituaient une somme assez élevée pour bien des gens.

Les sages-femmes acadiennes ont ainsi comblé les lacunes qui existaient dans les services de santé disponibles aux femmes enceintes dans leur communauté.  Appelées le jour ou la nuit, elles se faisaient un devoir de se rendre auprès d’une femme enceinte par toutes sortes de moyens de transport, peu importe la température et la condition des routes.  Même si la plupart du temps elles ne demandaient aucune paye pour leurs services, les gens leur donnaient ce qu’ils pouvaient soit $5, soit $10, selon leurs moyens financiers.  Cependant, la plupart du temps, ils donnaient une rémunération en nature telle du hareng, des patates, de la farine et autres produits.  Une femme de Tignish nous renseigne à ce sujet :

Ces femmes icitte ne chargeaient pas trop.  Souvent elles n’étiont pas payées.  Elles étiont peut-être données un panier de patates ou une douzaine d’épis de blé d’Inde ou quelque chose comme ça.  Elles n’étiont pas payées.  Le docteur, faudrait qu’il aurait été payé, mais je crois bien que le monde n’avait pas l’argent.

En plus d’assister la maman lors de l’accouchement, les sages-femmes prêtaient souvent main-forte dans les travaux ménagers.  En effet, il n’était pas rare que ces femmes restent avec la mère et l’enfant pendant plusieurs jours et même jusqu’à une semaine afin de leur donner tous les soins post-nataux nécessaires.  Et, dans bien des cas, elles s’occupaient aussi des repas et du ménage de la maison pour toute la famille.

Qui étaient ces sages-femmes qui ont fourni un service si indispensable dans les communautés acadiennes jusqu’aux années 1960?  Il serait impossible de toutes les nommer ici.  Qu’il suffise de donner les noms de quelques-unes en guise de témoignage de leur grande contribution.

 

TIGNISH

Lucie Martin (née LeClair)

“Ça c’était une maître, tellement merveilleuse, elle était recherchée”, de dire une informatrice de Tignish.

Isabelle Poirier (née Gaudet)

Cette femme était surnommée la “Grêle” à cause de son tempérament.  C’était une femme qui fumait la pipe et aimait beaucoup jouer aux cartes.  Elle était reconnue comme composeuse de chansons.  En tant que sage-femme, elle a mis au monde plus de cent bébés.  La tradition orale rapporte que le Père Dougall MacDonald, curé de Tignish, lui avait béni la main droite afin d’assurer que tout aille bien aux accouchements.

Il y a eu aussi, à Tignish, les sages-femmes suivantes:  Catherine Gallant, Marguerite Martin, Marie-Rose Poirier et Marie-Rose Richard.

 

BLOOMFIELD

Zella Gaudet

Cette garde-malade retirée, “une bonne femme”, s’est dévouée au service de la communauté en tant que sage-femme.

 
RÉGION ÉVANGÉLINE

Jane (Geneviève) Barriault

“C’était une bonne personne, elle était pas mal capable,” de dire nos informatrices qui l’ont bien connue.  Elle avait appris son métier en assistant le Dr. Delaney à des accouchements.  Une de nos informatrices qui a souvent eu besoin de ses services la décrit ainsi :

Elle était très gentille et bonne dans des cas difficiles.  Mes filles ont eu des cas comme ça avec leurs enfants dans les hôpitaux et ils n’ont pas sauvé leurs enfants.  Mais elle, à la maison, elle a tourné les enfants et puis elle les a sauvés.  Je crois qu’elle était très très capable.  Elle rassurait, mais ce que je n’aimais pas dans ça, c’est que parfois elle y mêlait la religion.  Quand elle allumait la chandelle, je croyais que j’étais en danger, là j’avais peur.

Elle restait toujours huit jours avec moi après (l’accouchement), avec la servante.  J’ai été bien soignée.  Elle prenait soin de la mère et du bébé.  Elle était bien charitable.

Sophique Arsenault

“La vieille Sophique” de Saint-Hubert est une autre de ces sages-femmes.  Elle était veuve et très pauvre.  Pour son travail, elle recevait parfois qu’une pelote de laine :

Mes quinze enfants sont tous venus au monde à la maison.  Les premiers je n’avais pas de docteur, c’était Mme Sophique Arsenault qui venait m’aider.  Elle ne demandait pas de paye pour ses services, on lui donnait ce qu’on pouvait.  J’ai entendu dire qu’une famille lui avait donné une douzaine de harengs pour sa paye.

Léah Maddix

Âgée de 83 ans, elle raconte ses souvenirs de sage-femme :

J’étais une mid-wife et j’ai mis passé 30 bébés dans le monde; 4 toute seule, le reste avec le docteur…  Je m’ai appris moi-même avec les docteurs et puis après ça j’en ai délivré 4 moi-même que le docteur n’était pas là…  Ça ne m’a jamais énervée, moi, de quoi de même…  C’était plus une charité, j’aimais ça.

Annie Dérasp (née Arsenault)

Née le premier juillet 1897 à Saint-Raphaël (Mont-Carmel), elle a suivi un cours de garde-malade à la Prince County Hospital de Summerside.  Elle accepte une position de garde-malade avec la Croix Rouge aux îles de la Madeleine au début des années 1930.  Elle est la seule garde-malade aux îles à une époque où il n’y a ni médecins ni hôpitaux.  Suite à son mariage en 1934, elle retourne dans sa paroisse natale de Mont-Carmel.  Étant devenue mère de famille, elle ne travaillera plus comme garde-malade à salaire.  Cependant, elle sera toujours prête à desservir les femmes enceintes et les malades de sa paroisse.  Pendant de nombreuses années, elle assiste souvent aux accouchements avec ou sans le médecin.  Elle reçoit $10, même $5, ou rien du tout lorsqu’il s’agit d’une famille pauvre.

 
MISCOUCHE

Balthilde Desroches

Quand on voyait ma tante Balthilde venir avec le grand tablier blanc, on savait qu’on aurait un bébé le lendemain matin.  On croyait que c’était ma tante Balthilde qui nous apportait le bébé…  Elle était âgée et elle venait pour délivrer le bébé.

Elle était vaillante. Ça prend une femme avec du courage pour faire de quoi de même.  Elle encourageait les femmes.

 

Cette liste est loin d’être exhaustive.  Elle sert seulement à illustrer la grande contribution des sages-femmes acadiennes dans leur milieu.

Outre les sages-femmes, il y a eu un nombre incalculable de femmes qui ont assisté le médecin aux accouchements à domicile.  En aidant au médecin, ces personnes remplissaient en quelque sort le rôle de garde-malade.  En particulier, elles rassuraient et encourageaient les futures mamans et les préparaient pour le docteur.  Après l’accouchement, elles lavaient et habillaient le nouveau-né. “On était là pour servir le docteur,” de dire une informatrice de Mont-Carmel, qui a souvent aidé ses voisines lors de leurs accouchements.  La plupart du temps, ces femmes ne demandaient aucun paiement pour leurs services; elles recevaient parfois une somme minime d’un dollar.  Une femme de Tignish explique ainsi son rôle aux accouchements.

Je ne chargeais rien, j’allais justement là pour leur aider.  Tout ce que je faisais moi c’est laver l’enfant et l’habiller, parler à la femme pour lui donner un petit brin de courage quand je voyais qu’elle pâtissait trop… lui dire de prendre courage, et puis quand ses mals veniont fallit qu’elle forcit pour lui aider…  J’y parlais, je les encourageais.

Dans toutes les communautés acadiennes, nombreuses sont celles qui étaient toujours prêtes à offrir ce service.  À Rustico, à titre d’exemple, il y avait entre autres Eugénie Gallant, Eulalie Gallant et Marie Martin.  Le témoignage suivant reflète le grand dévouement de ces femmes:

Ma belle-mère en était une.  Elle s’appelait Marie Martin (née Doiron).  Elle aimait ça.  Tous les enfants qu’ont été nés que je me rappelle, moi, c’était elle qui était là. Ah! oui, elle était bonne avec ces femmes-là.  Elle était aussi bonne comme le docteur.  Il y en a que je connais bien moi qui l’ont eue et, après qu’elle est morte, elles l’ont manquée beaucoup.  Elle faisait bien son ouvrage.  Elle en a beaucoup délivré avec le docteur.  Elle aidait au docteur.  Elle chargeait une piastre par jour dans ce temps-là.  Il y a des temps qu’elle n’était pas payée du tout.  Le monde n’était pas capable de payer.  Elle faisait ça par charité.

 

Les guérisseuses

Dans les communautés acadiennes d’autrefois, on trouvait toujours des femmes-guérisseuses au service des malades de leur milieu.  Ce service bénévole était bien apprécié par les gens car dans le temps les soins de santé étaient peu organisés.  Ces femmes étaient les riches héritières d’une médecine populaire transmise de génération en génération.

“La mère à ma mère, ça c’était une vraie docteure; je me souviens qu’elle m’a sauvé la vie.  J’avais 14 ans et j’étais malade depuis deux mois, j’étais assez faible je ne pouvais pas me lever.   Alors ma grand-mère est venue chez nous et elle allait dans les champs chercher du tansie; elle le mettait dans une cuve et vidait de l’eau bouillante dessus.  Quand c’était un peu refroidi elle me mettait les pieds à tremper dans ça et ensuite elle me couchait sur un lit de plumes et me couvrait avec des couvertes de laine, pour me faire suer.  Elle a fait cela pour neuf jours de suite, après cela j’étais guérie.”      (Baie-Egmont)

“J’ai soigné beaucoup de malades.  J’allais parmi les maisons ici et là…  Je mettais des portesses avec de la moutarde et du saindoux (pour guérir des inflammations)”.       (Baie-Egmont)

“(En plus d’assister souvent le médecin lors des accouchements,) Eugénie Gallant (née Blanchard) soignait des malades aussi.  Du monde qui était malade à la maison parce qu’on courait pas à l’hôpital tout le temps.  Ça coûterait à l’hôpital, c’était pas Medicare.  Je crois que c’était une piastre par jour qu’on lui donnait.  Elle savait quoi faire.  Elle ne refusait jamais d’aller.  Elle aimait ça.  On aurait dit que c’était sa vocation.    (Rustico)

“On faisait ça nous autres mêmes, des portesses de moutarde pour une grosse toux.  On n’allait pas au docteur, jamais!  Du thé sauvage, c’était pour les reins.  Des portesses de gomme, pour des mals dans le dos.  Pour du mal, c’était des feuilles de plantain.  Pour de quoi qui était infecté, c’était des feuilles de plantain.

Il y en avait (une) qui faisait des portesses de gomme (de bois).  Elle est morte asteur.  C’était une Madame Ben Poirier;.  Elle s’appelait Léonore.  Il y avait un homme, il avait été là, il avait un gros mal sur sa jambe.  Elle lui a fait une portesse avec de la gomme.  Il a mis ça et puis ça l’a guéri.” (Miscouche)

Il y a aussi eu des garde-malades qui ont appliqué leurs connaissances scientifiques de la médecine en soignant bénévolement les malades dans leur milieu.  Une fois mariées, ces femmes abandonnaient leur carrière de garde-malade mais pas pour autant leur vocation d’infirmière.  Annie Dérasp (née Arsenault), de Mont-Carmel, était une de ces femmes.  Comme nous l’avons déjà vu, elle assistait souvent aux accouchements dans sa paroisse.  Elle opère aussi bénévolement un poste de Croix-Rouge à Mont-Carmel entre 1948 et 1975.  Elle est ainsi souvent appelée à administrer les premiers soins ou à visiter des malades.

Les services de guérisseuses communautaires ont graduellement diminué.  En effet, à partir de 1970, grâce au plan d’assurance-santé du gouvernement provincial, les gens ont commencé à se rendre de plus en plus voir des médecins.  Ces femmes ont donc fait leur plus grande contribution avant l’organisation des soins de santé alors que les gens étaient encore trop pauvres pour se payer les services d’un médecin.  Elles ont ainsi comblé un besoin social dans leur communauté à une époque où les gouvernements ne pouvaient pas y répondre.

La Société de Tempérance à Bloomfield 1878-1879

1983 par Avéline Peters

par Avéline Peters

 

Une succursale de la Société catholique de tempérance fut organisée à la paroisse St-Antoine le 7 janvier 1878; elle est sous l’administration de l’abbé Stanislaus Boudreault qui était le premier curé résidant de la paroisse de Bloomfield.

Au Conseil d’administration de la Société figuraient un directeur spirituel, un président et deux vice-présidents, un secrétaire, un trésorier et un comité de vigilance de dix personnes.

Pour être reçu membre il fallait qu’on récit chaque jour un Pater et trois Ave pour demander la grâce et la persévérance; une autre exigence était celle du voeux de tempérance.

Les suivants étaient les premiers officiers :  L’abbé S.A. Boudreault – directeur spirituel, Hippolite Martin – président, Amédée Gallant – vice-président, Dominique Arsenault – deuxième vice-président, Fabien Pitre – secrétaire, Gélasse Peters – trésorier.  Le premier Comité de Vigilance: Alphée Gallant – Howlan Road, Joseph Pineau – Martin Road, Jérome Arsenault – Lot 10, Alphie Aucoin – Lot 4, Simon Martin – Fortune Cove, André Doucette – Martin Road, Urbain Gallant – Mill Road, Félix Aucoin – Bloomfield, Théophile Pineau – Western Road, André Blanchard – Lot 6.

Quand un membre du Comité de vigilance faisait la découverte d’un membre qui consommait la boisson alcoolique il réclamait de ce membre 20 cents comme amende.  Si un membre enfreignait le code plusieurs fois, le Comité soumettait un rapport sur sa conduite à l’assemblée plénière de la Société et la Société décidait si le membre devait être expulsé.

Le Comité a dû trouver sa tâche difficile et désagréable, car dès la deuxième année, le Comité se compose presque en entier de nouveaux membres.

Dans l’ordre du jour des assemblées le quatrième point était “les affaires nouvelles”.  Le procès-verbal de mai 1878 contient ce paragraphe :  “Résolu que tous les membre payent la somme de 50 cents pour monter une bibliothèque pour l’usage de la Société”.  L’argent était rare; seulement sept personnes ont payé sur-le-champ; cinq ou six personnes ont payé le 50 cents en deux ou trois paiements; les premiers à payer étaient :  Joseph Pineau, Antoine Poirier (instituteur), Fabien Pitre, Joseph Arsenault, Jean Doiron, François Gallant.

Les officiers de la deuxième année étaient :  directeur-spirituel – l’abbé S.A. Boudreault, président – Antoine Poirier, premier vice-président – Amédée Gallant, deuxième vice-président – Jérôme-L. Arsenault, trésorier – Pierre Gaudet, secrétaire – Fabien Pitre.

En 1878, il y avait 114 membres et en 1879 seulement 56 membre; à côté de la moitié des noms de la première liste paraît un gros X; nous nous demandons si ces membres ont été exclus pour abus de la boisson forte ou s’ils ne voulaient pas payer la cotisation annuelle.  Les assemblées avaient lieu dans la nouvelle église; la chapelle de Cascumpèque ne fut transportée qu’en 1880 au centre de la paroisse à Bloomfield où elle servit de salle paroissiale; l’abbé Boudreault fut remplacé par l’abbé Von Blerk en septembre 1879, et la succursale de la Société catholique de tempérance de Bloomfield n’a pas été réorganisée.

Nouvelles de l’empremier

1982 par Contribution anonyme

 

1887 – Abram-Village :  “Les gens, comprenant qu’il leur importait d’avoir une bonne école à Abram-Village, vu le grand nombre d’enfants en état de fréquenter les classes, ont fait agrandir leur école au point qu’elle peut rivaliser avec celles des autres Districts.  Deux instituteurs ouvriront les cours, dans cette école, vers le commencement de janvier.”  (L’Évangéline, le 23 novembre 1887.)

 

1888 – Miscouche :  “L’assemblée des débats a eu lieu jeudi dernier, 15 de ce mois.  Le secrétaire, Mr. Patrick Cullen, a lu un magnifique travail sur l’agriculture et l’amélioration du bétail.  Le jeune conférencier a été maintes et maintes fois chaleureusement applaudi de l’auditoire.  Tous ont apprécié les talents de Mr. Cullen et ses connaissances agricoles.

Nous venons d’organiser une classe de chant sous la direction de Mr. Juste DesRoches, notre professeur de plain-chant.  Cette classe promet du succès. (L’Évangéline, le 28 mars 1888.)

 

1894 – Bloomfield :  “Notre nouveau représentant M. Jérémie Blanchard est actuellement occupé des travaux concernant sa ferme, en attendant l’appel de se rendre à la chambre des délibérations du pays.  M. Blanchard est cultivateur et est, par conséquent, en mesure de bien connaître les besoins de la cause agricole.  Espérons qu’à l’avenir, nos fermiers qui forment la majeure partie des électeurs, choisiront des hommes dans leurs rangs pour les représenter à la législature locale et fédérale.  À quoi bon cette armée d’avocats qui vont figurer dans notre nouvelle chambre locale?  Que savent-ils des besoins de la cause agricole?  Très peu, ou peut-être mieux, rien du tout.  – Agricole.  (L’Impartial, le 8 février 1894.)

 

1903 – Palmer Road :  “Après les jours austères du carême, il est bien légitime qu’on s’amuse un peu.  Aussi notre vénéré pasteur a-t-il voulu se charger d’organiser un concert gratis pour le soir du lundi de Pâques, (chose assez rare), auquel il a lui-même pris une part très active. (…)  Mais la palme revient, sans contradiction au Rev. P.C. Gauthier qui a profondément remué l’auditoire par sa chanson:  “Le Breton exilé”, exécutée d’une voix pure…”  (L’Impartial, le 23 avril 1903.)

Nouvelles de l’empremier

1982 par Contribution anonyme

 

1888 – Bloomfield :  “A few neighbors were agreeably surprised the other evening to hear the delightful music from the organ by a four years and five months old little miss of Mr. Joachim Gaudet of this place, who played four pieces on the organ with great accuracy, viz.  “Pleasure Dream”, “Les anges dans nos campagnes” and two others.  We believe this precacious maiden is the Mozart of the present day.  Mr. Gallant and his family of six children can all perform on the organ, and four of them are good violinists.”  (The Prince Edward Island Agriculturist, May 7, 1888.)

1888 – “Mr. Jos. Arsenault, Egmont Bay, familiarly known as “Joe the Post,” was in town one day last week, looking hale and hearty for his years.  He was for many years a mail carrier, and was always noted for his promptness, good nature and strict integrity.  “Split the track for Joe the Post”, will continue to be a bye-word long after its author – one of the few survivors of a generation that is rapidly passing away – undertakes his final journey.”  (The Prince Edward Island Agriculturist, November 12, 1888.)

1889 -  “La pêche à l’éperlan sur l’Île est une nouvelle industrie qui, (paraît-il) se développe assez rapidement, et promet assez bien.  Qui aurait dit, il y a un quart de siècle, que le homard, les huîtres et les éperlans seraient pour une grande partie de nos ressources financières?  (Le Moniteur Acadien, le 27 décembre 1889.)

1899 - Baie-Egmont :  “M. Édilbert Poirier d’Egmont-Bay qui habite Klondyke depuis une couple d’années et qui n’avait pas écrit depuis six mois, vient de donner de ses nouvelles.  Sa femme vient de recevoir de lui une lettre qui portait un chèque de $500.  M. Poirier a écrit de Dawson City et dit qu’il est en bonne santé et réussit bien.  (L’Impartial, le 17 août, 1899.)

1901 – Rustico-Nord :  “Les contribuables du district de St. André se sont assemblés, mercredi soir, le 23 janvier, dans leur maison d’école, pour se consulter au sujet de bâtir un appartement à leur école déjà graduée.  Tous se déclarèrent favorables à ce projet.  On espère que le nouvel appartement sera prêt à l’ouverture des classes de la prochaine année scolaire.  (L’Impartial, le 7 février, 1901.)

Le clocher de l’église St-Antoine de Bloomfield

1982 par Avéline Peters

par Avéline Peters

Depuis 1873 les laïques de la paroisse St-Antoine avaient fourni les jours de travail et les finances pour la construction de l’église et du presbytère.  En 1890, les affaires de la paroisse étaient en ordre; on n’avait aucune dette et on avait $180 en main.  Mais la période de bien-être ne serait pas de longue durée.

Par un après-midi de juillet, le ciel s’obscurcit et tout à coup il y avait du tonnerre et de la foudre menaçante.  L’abbé Félix Von Blerk observait la tempête quand il s’aperçut qu’un coup de foudre avait mis le feu à la flèche de l’église.  Aussitôt que possible il avertit les trois voisins, William Carroll, William Craswell et Pierre Gaudet.  Rendus sur les lieux, ils étudièrent toutes les possibilités; ils décidèrent d’essayer de monter vers la flèche par l’intérieur de la tour, de s’arrêter au-dessous de la partie en feu et d’essayer de la couper et de la scier pour la faire tomber à terre.

Comment accomplir ce fait?  Les équipes de construction avaient laissé des cordes suspendues aux murs à une certaine distance du clocher et ces cordes descendaient jusqu’au deuxième étage.  À l’aide de ces cordes et des entretoises ils grimpèrent vers le haut de la flèche.  La première étape franchie, ils se hâtèrent de couper et de scier; avec beaucoup d’efforts ils poussèrent la partie brûlante au large; tout de suite, les autres personnes qui étaient arrivées sur les lieux, éteignirent le feu avec de l’eau et de la terre.  Les paroissiens, surveillant la flèche étendue sur le sol, se rendaient compte que l’abbé Von Blerk, William Craswell, William Carroll et Pierre Gaudet avaient agi avec calme, qu’ils avaient pris de grands risques sans mesures de précaution, tout pour éviter le catastrophe de la destruction totale de l’église.

Suivent les écritures dans le registre qui se rapportent à cet événement :

14 juillet, 1980, après le feu, charpenterie à la flèche à Jeremiah Blanchard…………………………………………………………………………………$2.15
18 juillet, 1890, pour le nettoyage, après le feu……………………..$1.00
25 juillet, 1890, reçu de la compagnie assurance-feu………….$287.00
21 septembre, 1890, payé à Mark Wright, ferblantier, pour avoir
posé le comble de la flèche et pour les réparations à la croix…$60.44

Le compte rendu du 31 décembre se termine comme suit :

Agent en main, décembre, 1890……………………. ……………….$184.02

Le père Félix Von Blerk avait travaillé fort.

 

La tour de l’église

De 1879 à 1891, l’abbé Félix Von Blerk s’était dévoué sans réserve à l’avancement spirituel et temporel des paroissiens de St-Antoine.  Tout le travail et les casse-tête l’avaient fatigué; en avril de 1891 il prit sa retraite et il retourna à son pays natal, la Belgique.

C’est le Père F. X. Gallant qui fit remplacer la flèche par une autre moins haute de 5 pieds; le feu de 1890 n’était pas le seul à endommager la tour; encore en 1912 elle prit feu.  Les écritures dans le registre tenu par l’abbé F. X. Gallant sont comme suit (1912) :

Dépenses pour réparation du comble de la tour………………………………..$25.76
Reçu assurance-feu…………………………………………………………………….$723.50

En 1912, on fit bâtir un clocher carré de moindre hauteur, celui que l’église supporte à ce jour.  En appendice à cette écriture, il y a une liste de charpentiers qui reçurent des gages:  Maxime Richard, Arsène Arsenault, François Gallant, Hubert Pineau.  On peut croire qu’ils ont travaillé à remplacer la tour.

Nouvelles de l’empremier

1980 par Contribution anonyme

 

1880 – Rustico :  “Il nous fait plaisir d’apprendre que la banque acadienne de Rustico prospère et que ses billets sont en grande circulation.  M. Joseph Gallant en est le digne président.  Ce monsieur vient de se construire un superbe édifice dont les étages supérieurs lui serviront de résidence, et l’étage inférieur de magasin.  Il a aussi actuellement en construction sur les chantiers une jolie goélette de 80 tonneaux; elle sera prête la semaine prochaine à recevoir sa cargaison, consistant principalement en poisson, et fera voile pour Boston, sous la direction du capitaine Leblanc, d’Arichat.”  (Le Moniteur Acadien, le 12 août 1880)

1880 – Miscouche :  “M. Prospère Desroches vient d’ouvrir ici un établissement de marchand-tailleur, tel qu’on en voit peu sur l’Île.  Nos jeunes gens à 50 milles à la ronde ne manqueront pas de venir s’y faire élégants, et M. Desroches est homme à garder sa pratique, une fois celle-ci acquise.”  (Le Moniteur Acadien, le 12 août 1880)

1893 – Bloomfield :  “Le patriotisme se réveille rapidement dans nos parages.  Toutes nos écoles sont dirigées par des instituteurs acadiens.  M. Doucet à la direction de l’école de Howlan Road.  Celle de Duvar Road est sous la direction de M. Gallant, et celle de Bloomfield est tenue par M. R. Gallant.  Toutes trois sont dirigées avec habileté.”  (L’Evangéline, le 16 mars 1893)

1896 – Egmont Bay :  “La fanfare d’Egmont Bay, sous la direction du Prof. Théodore Gallant, a fait entendre pour la première fois ses sons harmonieux en donnant deux morceaux choisis de son répertoire – un avant la messe (de minuit), l’autre immédiatement après les vêpres.  (L’Impartial, le 11 février 1897)

1902 – Mont-Carmel :  “Il y aura vers le 15 juin prochain, un grand bazar et tirage de prix dans cette paroisse au profit du nouveau presbytère en voie de construction, sous les soins dévoués et paternels de notre digne curé, le Rév. M.P.P. Arsenault.  Des livres de billets sont en circulation dans la province et chez nos voisins, et nous avons confiance que nos amis nous donneront main forte, dans notre entreprise religieuse.” (L’Évangéline, 13 février 1902)