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Un Acadien de l’Île dans l’Ouest canadien

1986 par Avéline Peters

Avéline Peters         Traduction de Rita Schyle

 

Stanislas Pitre (1879-1949) est un Acadien de la région de Prince-Ouest qui a laissé sa marque dans l’Ouest du Canada.  Né à Bloomfield, il était le fils de Fabien Pitre et de Marie Priscille Pineau de Bloomfield.

Stanislas a reçu une formation en enseignement à l’École normale du Collège Prince de Galles.  De 1902 à 1905, Joseph-Octave Arsenault était inspecteur des écoles acadiennes de l’Île et celui-ci exigeait que les enseignants acadiens se perfectionnent dans les langues anglaise et française.  Stanislas Pitre a été un des instituteurs qui est devenu couramment bilingue par suite de son influence.

En 1903, Stanislas Pitre s’est marié avec Ursule Martin, fille d’Hippolyte et de Marguerite Pineau, à l’église Saint-Antoine de Bloomfield lors d’une cérémonie célébrée par le Père François-Xavier Gallant.  Peu après, Stanislas et Ursule ont déménagé dans l’Ouest canadien car les salaires aux enseignants y étaient plus élevés.  Au cours des années suivantes, Stanislas a enseigné dans diverses localités du Manitoba, soit au Lac du Bonnet, à Makinak, à McCreary et à Laurier.

En 1920, le malheur a frappé leur famille.  Un cyclone s’est abattu sur le village de Laurier et a détruit, entre autres, l’école et la demeure familiale des Pitre.  La mère, Ursule, a été la plus grièvement blessée: sa colonne vertébrale était endommagée.  Stanislas a alors déménagé sa famille à Winnipeg où Ursule allait recevoir des soins médicaux.  Entre temps, toute la famille priait pour sa guérison.  Stanislas a continué à enseigner à Winnipeg puis il a été nommé directeur de l’école Glenwood.

Par la suite, Ursule s’est complètement remise de sa blessure et a repris son rôle de ménagère et de maîtresse de maison.  Lorsqu’elle était jeune, Ursule avait aidé sa mère, Marguerite, qui avait été sage-femme dans les villages de Prince-Ouest.  Comme on avait aussi besoin de sages-femmes dans les provinces de l’Ouest, Ursule a mis son expérience en pratique:  à son tour, elle a exercé ce métier dans les différentes localités où la famille demeurait, et ce, jusqu’en 1932.

Lorsque la famille de Stanislas comptait 12 personnes, on a effectué un autre déménagement; cette fois, c’était vers l’Alberta, province où les salaires étaient les plus élevés.

En 1933, Stanislas enseignait dans la région de Saint-Paul dans une école administrée par les Frères Oblats.  La famille s’est acheté un morceau de terre que les fils aînés, Emmanuel et Wilfred, ont cultivé.

En 1941, alors qu’il prenait sa retraite de l’enseignement, Stanislas a accepté le poste de premier magistrat pour les régions de Cold Lake* et de Saint-Paul.

Sa persévérance face à l’adversité l’a toujours aidé à se trouver un emploi; son honnêteté et son impartialité lui ont valu d’être en demande chaque fois qu’on recherchait un bon administrateur.  Il a été directeur du Conseil de l’hôpital Sainte-Thérèse, des Chevaliers de Colomb ainsi qu’un chef du mouvement scout et de groupes culturels qui encourageaient le développement de la musique et du théâtre.

Ursule, pour sa part, encourageait ses enfants à utiliser leur éducation bilingue et à participer à la vie communautaire et paroissiale, partout où ils ont demeuré dans les quatre provinces de l’Ouest.

*Cold Lake, en Alberta, est la région où l’on retrouve, en 1985, le projet d’exploitation des sables bitumineux (Tar Sands Oil Project).

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Conseil d’administration de la Société Historique Acadienne 1985-1986.

Président -        M. Francis Blanchard
Président sortant -    M. Georges Arsenault
Vice-président -    Père Charles Gallant
Secrétaire -        M. Réal Gagnon
Trésorière -        Mad. Céline Lapointe

Conseillers(ères) -    

Mad. Avéline Peters
Père Albin Arsenault
M. Gary Robichaud
M. Robert Maddix

La Société de Tempérance à Bloomfield 1878-1879

1983 par Avéline Peters

par Avéline Peters

 

Une succursale de la Société catholique de tempérance fut organisée à la paroisse St-Antoine le 7 janvier 1878; elle est sous l’administration de l’abbé Stanislaus Boudreault qui était le premier curé résidant de la paroisse de Bloomfield.

Au Conseil d’administration de la Société figuraient un directeur spirituel, un président et deux vice-présidents, un secrétaire, un trésorier et un comité de vigilance de dix personnes.

Pour être reçu membre il fallait qu’on récit chaque jour un Pater et trois Ave pour demander la grâce et la persévérance; une autre exigence était celle du voeux de tempérance.

Les suivants étaient les premiers officiers :  L’abbé S.A. Boudreault – directeur spirituel, Hippolite Martin – président, Amédée Gallant – vice-président, Dominique Arsenault – deuxième vice-président, Fabien Pitre – secrétaire, Gélasse Peters – trésorier.  Le premier Comité de Vigilance: Alphée Gallant – Howlan Road, Joseph Pineau – Martin Road, Jérome Arsenault – Lot 10, Alphie Aucoin – Lot 4, Simon Martin – Fortune Cove, André Doucette – Martin Road, Urbain Gallant – Mill Road, Félix Aucoin – Bloomfield, Théophile Pineau – Western Road, André Blanchard – Lot 6.

Quand un membre du Comité de vigilance faisait la découverte d’un membre qui consommait la boisson alcoolique il réclamait de ce membre 20 cents comme amende.  Si un membre enfreignait le code plusieurs fois, le Comité soumettait un rapport sur sa conduite à l’assemblée plénière de la Société et la Société décidait si le membre devait être expulsé.

Le Comité a dû trouver sa tâche difficile et désagréable, car dès la deuxième année, le Comité se compose presque en entier de nouveaux membres.

Dans l’ordre du jour des assemblées le quatrième point était “les affaires nouvelles”.  Le procès-verbal de mai 1878 contient ce paragraphe :  “Résolu que tous les membre payent la somme de 50 cents pour monter une bibliothèque pour l’usage de la Société”.  L’argent était rare; seulement sept personnes ont payé sur-le-champ; cinq ou six personnes ont payé le 50 cents en deux ou trois paiements; les premiers à payer étaient :  Joseph Pineau, Antoine Poirier (instituteur), Fabien Pitre, Joseph Arsenault, Jean Doiron, François Gallant.

Les officiers de la deuxième année étaient :  directeur-spirituel – l’abbé S.A. Boudreault, président – Antoine Poirier, premier vice-président – Amédée Gallant, deuxième vice-président – Jérôme-L. Arsenault, trésorier – Pierre Gaudet, secrétaire – Fabien Pitre.

En 1878, il y avait 114 membres et en 1879 seulement 56 membre; à côté de la moitié des noms de la première liste paraît un gros X; nous nous demandons si ces membres ont été exclus pour abus de la boisson forte ou s’ils ne voulaient pas payer la cotisation annuelle.  Les assemblées avaient lieu dans la nouvelle église; la chapelle de Cascumpèque ne fut transportée qu’en 1880 au centre de la paroisse à Bloomfield où elle servit de salle paroissiale; l’abbé Boudreault fut remplacé par l’abbé Von Blerk en septembre 1879, et la succursale de la Société catholique de tempérance de Bloomfield n’a pas été réorganisée.

Publications

1982 par Contribution anonyme

 

1.  Cécile Gallant.  Le Mouvement coopératif chez les Acadiens de la région Évangéline (1862-1982). Wellington, le Conseil Coopératif de l’Î.-P.-É., 1982-283 pages.

Dans l’avant-propos de ce livre lancé en 1982, l’auteur se dit “fort impressionnée par la ténacité des efforts des pionniers du mouvement coopératif” dans sa région natale.  En effet, à l’exemple de ses ancêtres, Mlle Gallant n’a point ménagé ses propres énergies, car, dans ce volume de quelque 280 pages, se déroule une histoire de coopération entre citoyens qui se lit comme un roman.

Afin d’aider le lecteur à mieux saisir l’évolution très intéressante du mouvement régional, l’introduction comprend un court résumé de l’histoire des Acadiens de l’Île à partir des débuts du Régime français ainsi qu’un exposé des origines et des principes généraux de la “Coopération”.

En première partie, l’auteur discute de l’établissement des premières associations coopératives dans la région (entre 1862 et 1936) y compris les banques de grain de semence, la fromagerie, les coopératives agricoles, les cercles des oeufs, les unions des pêcheurs, les cercles d’éleveurs, etc.

L’ère moderne de la “Coopération” dans la région fait le sujet de la seconde partie du texte.  Ainsi, l’adoption du principe de la “Coopération” se traduit éventuellement en l’établissement de caisses populaires, de coopératives de consommation, de coopératives de pêcheurs, en coopérative de fermiers, en coopérative d’habitation et autres, en plus du Conseil Coopératif de l’Î.-P.-É.

En guide de conclusion, l’auteur se permet de croire, et, à juste raison, que cet esprit de persévérance chez nos ancêtres acadiens dans le phénomène complexe de la coopération contribuera à stimuler d’autres chercheurs à s’y intéresser au moins autant.

Le lecteur pourra se délecter pendant des heures à lire ce texte qui se lit très facilement et auquel viennent s’ajouter d’innombrables extraits de documents historiques et de photographies bien choisies qui lui permettront de s’identifier non seulement avec le passé et le présent, mais aussi avec les possibilités d’avenir que peut offrir le véritable esprit de coopération.

Il va sans dire que le Conseil Coopératif de l’Î.-P.-É. se vante de cette publication qu’il a bien voulu parrainer.

 

2.  Paul Surette, Benoît Poirier.  La vie d’un musicien acadien 1882 à 1965. Tignish, La Société culturelle Ti-Pa, 1982, 70 pages.

En cette circonstance, Surette porte le chapeau du biographe, mais son texte fait tellement l’effet d’un roman que l’on est porté à le lire d’un seul coup.

L’auteur nous décrit la carrière de ce musicien Poirier qui débute lorsque, dès un bas âge, il est profondément impressionné par le rendement du grand orgue de l’église de son village natal de Tignish à l’Île-du-Prince-Édouard.

De là, et le long du volume, l’auteur nous fait vivre les expériences d’un jeune homme qui, en dépit de très nombreux obstacles, deviendra organiste de renom à l’église Notre-Dame de Montréal et composera des oeuvres musicales dignes des éloges des gens bien informés, tels un Frédéric Pelletier, un John Philip Sousa.

Ainsi, Surette permet au lecteur de suivre chaque étape d’acheminement de la carrière de son héro vers les plus grandes orgues du Canada et de se rendre vivement compte des multiples problèmes que Poirier devait envisager.  D’autre part, il nous rend conscients de cet esprit de persévérance muni d’une forte dose de courage que l’artiste a su démontrer au cours de sa carrière.  De plus, selon l’auteur, Benoît Poirier a toujours su conserver son esprit d’humilité profonde – que ce soit à la suite de l’interprétation de sa composition “Rhapsodie” par la fameuse fanfare de Sousa (The March King), des succès réalisés lors de ses récitals à Westmount, “ce bastion du privilège anglais”, ou encore, au lendemain de sa nomination au Conservatoire de Musique.

Peut-être, la citation que Surette a placé en page 45 explique le mieux le caractère de cet éminent Acadien :

“L’Acadien prend nettement la vedette dans les journaux francophones.  La critique du “Bulletin” servira d’exemple” :

L’un des numéros du programme les plus goûtés fut celui de M.B.-F. Poirier, organiste à Notre-Dame, qui joua sa composition “Au Pays d’Évangéline”, une pièce très délicate, pleine de fraîcheur et d’une superbe inspiration.  Disons en passant que M. Poirier est né au pays d’Évangéline, ce qui explique un peu l’atmosphère spéciale dont il a su envelopper sa composition”.

Ce volume de 70 pages se lit très facilement et le choix de photos se veut très à propos.  Les quelque 250 notes de référence démontrent bien que Surette écrit en connaissance de cause.

Même s’il ne faut guère s’appuyer sur notre autorité en matière de musique (entre autres), nous n’hésitons pas de recommander fortement cette biographie aux lecteurs.  Elle ne peut que piquer l’intérêt de tous les Acadiens, surtout ceux et celles de l’Île, car elle fait honneur à l’un des nôtres maintenant passé à l’histoire.  Quant aux plus jeunes lecteurs, y trouveront-ils, peut-être, un modèle d’esprit idéal à poursuivre?

 

3.  J.-Henri Gaudet.  The Tignish Pipe Organ in Musical Retrospect 1882-1982. Tignish, The Tignish Historical Society, 1982, 29 pages.
Au mois d’août dernier, la paroisse de St-Simon et St-Jude de Tignish a célébré le centenaire de l’installation du grand orgue Mitchell dans l’église en 1882.  À cette occasion, la Société Historique de Tignish a organisé le lancement de l’histoire de cet orgue, histoire écrite par l’organiste actuel, M. J.-Henri Gaudet.

Gaudet traite en détail des événements où l’orgue a joué un rôle de grande importance pendant les 100 dernières années de vie paroissiale.  Mais aussi, l’auteur ajoute des informations intéressantes au sujet des chorales, maîtres de chapelle, organistes, clergé et d’autres personnalités, ce qui ajoute à l’agrément de la lecture.  Par exemple, il fait mention considérable de Benoît Poirier, ce natif de Tignish devenu organiste à Note-Dame de Montréal.  Poirier fait l’objet d’une biographie complète également lancée à l’occasion de ce centenaire.

Sans aucun doute, la partie la plus importante du texte décrit la période des années 50 et 60 lorsque, en raison de problèmes techniques apparemment incessants, l’on songeait à faire disparaître l’orgue pour le remplacer par un instrument électronique, et ceci, pour éviter les coûts élevés de réparation.  Cependant, Gaudet était convaincu que “le fait de détruire l’orgue de Tignish serait commettre un délit contre un trésor historique irremplaçable”.

L’organiste et ses amis ont remporté le coup décisif car on procéda à la restauration de l’instrument et cet orgue historique Mitchel continue toujours d’embellir de façon extraordinaire les services religieux à St-Simon et St-Jude.

Ce livret de quelque 30 pages est très bien documenté et contient de nombreuses photographies qui ajoutent un cachet spécial à sa valeur historique.

M. Gaudet nous a fourni un travail précieux et il va sans dire que ce dernier devrait être traduit en français pour la postérité.

Wilmer Blanchard

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Membres du Comité exécutif de la Société Historique acadienne de  l’Î.-P.-É. 1982-1983

Président -        M. Georges Arsenault
Président sortant -    M. J.-Edmond Arsenault
Vice-président -    M. Jean-Paul Arsenault
Secrétaire -        Mlle Cécile Gallant
Trésorière -        Mme Hélène Cheverie
Conseillers(ères) -    Soeur Marguerite Richard
                               Mme Avéline Peters
                               Père Albin Arsenault
                              M. Jean-Louis Beauregard

Le clocher de l’église St-Antoine de Bloomfield

1982 par Avéline Peters

par Avéline Peters

Depuis 1873 les laïques de la paroisse St-Antoine avaient fourni les jours de travail et les finances pour la construction de l’église et du presbytère.  En 1890, les affaires de la paroisse étaient en ordre; on n’avait aucune dette et on avait $180 en main.  Mais la période de bien-être ne serait pas de longue durée.

Par un après-midi de juillet, le ciel s’obscurcit et tout à coup il y avait du tonnerre et de la foudre menaçante.  L’abbé Félix Von Blerk observait la tempête quand il s’aperçut qu’un coup de foudre avait mis le feu à la flèche de l’église.  Aussitôt que possible il avertit les trois voisins, William Carroll, William Craswell et Pierre Gaudet.  Rendus sur les lieux, ils étudièrent toutes les possibilités; ils décidèrent d’essayer de monter vers la flèche par l’intérieur de la tour, de s’arrêter au-dessous de la partie en feu et d’essayer de la couper et de la scier pour la faire tomber à terre.

Comment accomplir ce fait?  Les équipes de construction avaient laissé des cordes suspendues aux murs à une certaine distance du clocher et ces cordes descendaient jusqu’au deuxième étage.  À l’aide de ces cordes et des entretoises ils grimpèrent vers le haut de la flèche.  La première étape franchie, ils se hâtèrent de couper et de scier; avec beaucoup d’efforts ils poussèrent la partie brûlante au large; tout de suite, les autres personnes qui étaient arrivées sur les lieux, éteignirent le feu avec de l’eau et de la terre.  Les paroissiens, surveillant la flèche étendue sur le sol, se rendaient compte que l’abbé Von Blerk, William Craswell, William Carroll et Pierre Gaudet avaient agi avec calme, qu’ils avaient pris de grands risques sans mesures de précaution, tout pour éviter le catastrophe de la destruction totale de l’église.

Suivent les écritures dans le registre qui se rapportent à cet événement :

14 juillet, 1980, après le feu, charpenterie à la flèche à Jeremiah Blanchard…………………………………………………………………………………$2.15
18 juillet, 1890, pour le nettoyage, après le feu……………………..$1.00
25 juillet, 1890, reçu de la compagnie assurance-feu………….$287.00
21 septembre, 1890, payé à Mark Wright, ferblantier, pour avoir
posé le comble de la flèche et pour les réparations à la croix…$60.44

Le compte rendu du 31 décembre se termine comme suit :

Agent en main, décembre, 1890……………………. ……………….$184.02

Le père Félix Von Blerk avait travaillé fort.

 

La tour de l’église

De 1879 à 1891, l’abbé Félix Von Blerk s’était dévoué sans réserve à l’avancement spirituel et temporel des paroissiens de St-Antoine.  Tout le travail et les casse-tête l’avaient fatigué; en avril de 1891 il prit sa retraite et il retourna à son pays natal, la Belgique.

C’est le Père F. X. Gallant qui fit remplacer la flèche par une autre moins haute de 5 pieds; le feu de 1890 n’était pas le seul à endommager la tour; encore en 1912 elle prit feu.  Les écritures dans le registre tenu par l’abbé F. X. Gallant sont comme suit (1912) :

Dépenses pour réparation du comble de la tour………………………………..$25.76
Reçu assurance-feu…………………………………………………………………….$723.50

En 1912, on fit bâtir un clocher carré de moindre hauteur, celui que l’église supporte à ce jour.  En appendice à cette écriture, il y a une liste de charpentiers qui reçurent des gages:  Maxime Richard, Arsène Arsenault, François Gallant, Hubert Pineau.  On peut croire qu’ils ont travaillé à remplacer la tour.

La rente des bancs d’église à Cascumpèque : 1861-1879

1979 par Avéline Peters

par Avéline Peters

 

Lors de la visite de monseigneur Pierre Denant à l’Île-du-Prince-Édouard en 1803, les colons récemment installés à Cascumpèque furent encouragés de se bâtir une chapelle.  Le même automne, ils érigèrent un modeste édifice qui fut béni comme église de Saint-Antoine de Cascumpèque.  Elle fut construite à l’endroit que l’on nomme Pointe Gibbs.

En 1835, il y avait plus d’une trentaine de familles acadiennes à Cascumpèque.  On appelait cet endroit “Le Village”.  En plus des gens installés à cet endroit, plusieurs familles de Hill’s Point et des lots 10 et 11 étaient membres de la paroisse.  Sous la direction de l’abbé Sylvain Ephrem Poirier, les laïcs ont bâti une deuxième église, assez grande pour accueillir une soixantaine de familles.  Celle-ci fut construite sur un lot accordé par Colas Arsenault, fils du premier colon, Louison Arsenault.  Ce terrain se trouve non loin du Creek Gordon, et il est à ce jour maintenu par la paroisse Saint-Antoine.

Au temps du premier curé résident, l’abbé André Roy, on a ajouté une galerie dans la chapelle pour accommoder plus de personnes.  En 1861, on a organisé le système de location des bancs d’église.  C’était un moyen de ramasser de l’argent pour payer l’église.

Comme pour le paiement des dîmes, on acceptait des contrats d’une quantité d’argent ou de produits de la ferme pour le loyer des bancs.  Quand les bateaux qui transportaient les produits d’exportation de l’Île arrivaient aux quais de Hill’s Point ou de Cascumpèque pour une cargaison de blé, d’avoine, d’orge, ou de patates, les hommes de la paroisse évaluaient et chargeaient les produits payés comme rente sur les bateaux de commerce.  Un homme choisi par les syndics de la paroisse acceptait le règlement des comptes.

En 1861, Maxime Gallant loua son banc pour un montant de 7 shillings qu’il paya en trois versements de 2, 2 et 3 shillings.  Léon Arsenault, pour sa part, avait un contrat de 8 shillings qu’il paya pendant l’année avec 6 boisseaux d’avoine.  Prospère Gallant a payé, en 1862, 9 shillings pour la location de son banc.  Il était pilote à Hill’s Point et apparemment il avait un peu plus d’argent que ses voisins.  En cette même année, George W. Howlan a aussi payé 9 shillings.  Il était marchand au Havre de Hill’s Point (région d’Alberton), et paroissien de St-Antoine-de-Cascumpèque de 1861 jusqu’à l’année 1873.  Il fut nommé lieutenant-gouverneur de l’Île-du-Prince-Édouard en 1894.

L’argent commençait à affluer et en 1871 plusieurs chefs de famille ont payé 13 shillings pour la location de leur banc, tels Simon Martin, John T. Botts et Jean Arsenault.  Plusieurs personnes payaient leur banc avec des produits de la terre qui étaient évalués en livres, shillings et pence.  Voici une liste de ceux qui ont payé les bancs d’église avec de l’avoine en 1863:

No de boisseaux

Firmain Blanchard                   3
Jean Gallant (Samuel)            3
Charles Gallant                          3
Joseph Arsenault (gros)        3 1/2
James A. Bulger                        8
Joseph Gaudet                          4 1/2
Melium Aucoin                         3
Jean Arsenault                         10
Maurice Blanchard                 8

En 1861, 56 familles ont loué des bancs.  En 1863 on en compte 72 et en 1878, 89.