Résultats: ‘Ahtanase’

De petites trouvailles en généalogie

2002 par Alice Richard

Alice Richard

 

D’après mon Petit Larousse, la généalogie est le dénombrement ou l’inventaire des membres d’une famille.  Souvent, je rencontre des gens qui voudraient trouver leur lignée d’ancêtres jusqu’au premier venu de France ou d’ailleurs mais qui ne savent pas trop par où commencer.  Retracer ses ancêtres?  C’est peut-être plus facile que l’on s’imagine.  Vous partez des noms et des dates que vous connaissez, soit vos grands-parents ou vos arrière-grands-parents.  Si vous savez dans quelle paroisse ils demeuraient, cela peut vous aider.  Au Musée acadien vous trouverez les fiches de mariages, de baptêmes et parfois de sépultures ou décès, copiées des registres de paroisses de l’Île où demeuraient des Acadiens.  Ces fiches, ou petites cartes, sont classées en ordre alphabétique dans de petits tiroirs.  Ordinairement, une fiche de mariage vous donne le nom des époux, leurs parents, la date du mariage, le lieu, le nom des témoins, le nom du prêtre et souvent le lien de parenté ou la consanguinité.  Autrefois, avant de publier les bans à l’église, les parents des futurs mariés devaient « défrucheter » le degré de parenté pour s’assurer que les liens de parenté n’étaient pas trop rapprochés.  Seul, l’évêque du diocèse accordait une dispense à des cousins rapprochés jusqu’au troisième degré inclusivement, c’est-à-dire que des deuxièmes cousins ne pouvaient se marier sans une permission spéciale de l’évêque.  Le prêtre indiquait le degré de parenté dans l’acte du mariage.  Voici un exemple d’un mariage tiré d’un registre de la paroisse de Baie-Egmont :

Le dix-huit novembre mil huit cent quatre-vingt-quatre après la publication de trois bans de mariage faite aux prônes de nos messes paroissiales entre Laurent Bernard, fils majeur de Joseph Bernard et de Louise Gallant de cette paroisse, d’une part et d’Eusébie Arseneault, fille majeure de Claude Arseneault et de défunte Geneviève Savoie aussi de cette paroisse, d’autre part.  Vu qu’il n’a été découvert aucun empêchement ni fait aucune opposition au dit mariage, nous, prêtre soussigné, avons reçu leur mutuel consentement de mariage et leur avons donné la bénédiction nuptiale en présence d’Adolphe Gallant et d’Elizabeth Arseneault, S.A. Boudreault, ptre.

Au tout début de vos recherches, vous ne vous attendez peut-être pas à faire de grosses trouvailles, seulement découvrir le nom de vos ancêtres dans une lignée directe, comme moi je sais maintenant que je suis Alice à Edmond, à Azade, à Joseph, à Joseph, à Hilarion, à Joseph, à Joseph, à René, à André qui est venu de Beauvoir-sur-Mer en Vendée, France, en 1640.  (Vous avez déjà chanté la chanson M’en revenant de la Vendée ça va-t’y monter roulant, rouli?  Cette chanson ferait-elle partie de notre histoire???)

Ma première recherche en généalogie fut celle de mes ancêtres paternels à l’occasion des retrouvailles de la famille Bernard en 1988.  Tout ce que je savais au départ c’était le nom de mes grands-parents…Azade à Joseph à Joseph Bernard et…Madeleine à Philippe à Hubert Arsenault.  Dans les fiches du musée, j’ai trouvé la date de leur mariage et le nom de leurs parents.  J’ai appris que Joseph, père d’Azade, s’était marié deux fois, la première fois à Balthide Gallant.  Mon grand-père ainsi que ses sept frères et soeurs sont nés du premier lit comme on disait.

Le premier mai 1871, Balthide, mon arrière-grand-mère a donné naissance à son huitième enfant, un fils Joseph (grand-père de Louis Arsenault de St-Hubert).  Elle est décédée deux jours après avoir donné naissance laissant derrière elle huit enfants âgés de deux jours à huit ans.  Cinq ans après, Joseph, à l’âge de 37 ans, a épousé en deuxièmes noces Marie à Christin Gallant qui avait 21 ans.  Elle n’eut pas d’enfants.

Mon arrière-arrière-grand-père (un deuxième du nom de Joseph) était marié à Anne Poirier.  Ici j’ai eu un peu de difficulté parce que parfois on lui donnait le nom d’Anne et parfois le nom d’Isabelle.  En prenant note de tout j’ai pu réaliser que c’était bien la même personne; au baptême de sa fille Marie son nom est écrit Anne tandis qu’au mariage de Marie à Isidore Gallant, son nom est Isabelle.  Mon père étant vivant, il savait qu’il avait un oncle Isidore marié à sa tante Marie (tante de son père Azade).  Mon arrière-arrière-grand-père Joseph était fils d’Hilarion que l’on retrouve parmi les pionniers à Baie-Egmont ainsi que son père, un autre Joseph, marié à Nathalie Arsenault, fille d’Abraham Arsenault et Marie-Josephte Savoie.  Une trouvaille que j’ai trouvée intéressante fut l’acte de sépulture suivant :

Le vingt et un juin, mil huit cent vingt un a été inhumé le corps de Natalie Arseneau décédée hier, munie des sacrements, âgée de 83 ans, épouse de Joseph Bernard de cette mission.  Présents : Placide Arsenault, Cyprien Arsenault, Hilaire Arsenault et plusieurs autres qui n’ont su signer.  J.C. Cécile, ptre.

Ce qui fut pour moi le plus difficile fut de trouver le père de ce troisième Joseph venu de Restigouche avec son épouse Nathalie.  En passant une demi-journée au Centre de recherches acadiennes de l’Université de Moncton, j’ai découvert qu’il était fils d’un autre Joseph marié à Marie Gaudet.  C’est là, à ce Centre de recherches, que j’ai fait une trouvaille intéressante et c’est là aussi que j’ai réalisé que l’on ne sépare pas l’histoire de la généalogie.  Qui recherche ses ancêtres trouve en même temps des faits historiques marquants.  Dans un bref article au Centre de recherches de l’Universitéde Moncton, j’ai lu que, lors de la Déportation de 1755, étaient passés de Beaubassin à Restigouche 17 mâles portant le nom Bernard.  Il y avait entre autres de mes ancêtres, Joseph Bernard, âgé de 62 ans, son fils Joseph, son neveu René et son frère Pierre, son neveu Paul et son frère Michel.  Aucun nom de femme n’y était inscrit.  Joseph Bernard, le père, serait resté dans la région de la baie des Chaleurs tandis que son fils Joseph, époux de Nathalie, s’en vint s’établir à l’Île Saint-Jean, soit à Malpèque pour ensuite finir ses jours à Baie-Egmont.

Permettez-moi de revenir à un point qui peut rendre la recherche difficile.  Je veux parler des noms, des surnoms ou sobriquets.  Vous cherchez le nom Paul?  Il se peut qu’à son baptême on lui donna le nom de Napoléon ou encore d’Hyppolitte.  Nanette peut avoir reçu à son baptême le nom d’Élizabeth ou encore d’Isabelle; il se peut qu’Alodie soit Élodie, Pauline – Appoline, Manuel – Emmanuel.  Et que dire de Sigfroid transformé en Alfred?  Parmi les noms de famille, vous cherchez dans le tiroir des C pour les Cheverie sans peut-être vous rendre compte qu’autrefois ils portaient le nom Etchevery commençant par la lettre E.  Et que dire de l’anglicisation de nos beaux noms de famille acadiens, Poirier à Perry, Aucoin à Wedge et Arsenault à Arnaud ou Arseno ou encore Arnold.  Il se peut que Frazer soit un nom Mi’kmaq, mais il se peut aussi qu’il soit une traduction du nom Fougère.  Pour distinguer deux personnes portant le même nom on donnait parfois des surnoms tels que Abraham le Petit, Prospère la Grand’couette, Jos League-and-a-half, Joe Lapelle Gallant qui n’était pas un Gallant, etc.  Il faut se rappeler que pendant bien des années, la grande majorité des Acadiens ne savaient ni lire ni écrire.  Lorsqu’une paroisse était desservie par un curé anglophone, celui-ci écrivait dans ses registres les noms tels qu’il les entendait nommer.  Autrefois comme aujourd’hui, un nouveau nom devenait vite populaire.  Par exemple, dans les années 1890 à 1900, on trouve souvent les noms Prescille, Marie-Hélène, Stanislaus, Ursule, Cyrus, Émilienne, Zéphirin et autres.  Mais, de beaux noms français que l’on retrouvait partout dans l’île sont aujourd’hui disparus.  Ce n’est guère si mal de s’appeler Madeleine, Zacharie, Gabriel.  Qui sait si un jour on ne relèvera pas les noms Charlotte, Modeste, Ahtanase, Avarice, Maurille, Domitilde, Eustache, Hercules, Séraphique, Émérentienne, Hortense, Exubérence ou Thessalonique?

Une recherche en généalogie peut vous fournir d’autres renseignements pertinents.  Par exemple, en recherchant mes ancêtres du côté maternel, j’ai découvert que mon ancêtre Aucoin venu de France et inhumé dans le cimetière de Grand-Pré avait toujours vécu très chrétiennement et avec édification et que les Aucoin étaient de riches fermiers, vivant dans l’aisance et la paix.

Puis-je vous lancer le défi de découvrir les perles précieuses de la vie de vos ancêtres?