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Souvenirs de mon enfance

2004 par Marie-Hélène Arsenault

Marie-Hélène Arsenault

Mme Marie-Hélène Arsenault, d’Abram-Village, est née en 1924 dans le village de St-Philippe, situé dans la paroisse de Baie-Egmont. Il y a quelques années, elle décidait de consigner par écrit des souvenirs de son enfance et de sa jeunesse. Le texte ci-dessous est composé d’extraits de ces souvenirs tels que compilés par Georges Arsenault.

 

La pauvreté, on l’a si bien vécue que j’ai pensé d’écrire sur ça pour jamais que ça soit oubliée. Je me souviens d’avoir été m’asseoir au poulailler attendre pour l’oeuf qu’on divisait entre moi et mon frère Arsène, plus jeune que moi.

On était huit de famille et on avait juste quelques poules et un cheval. Le cheval, fallait l’avoir pour se rendre à l’église à travers du mocauque1. Un beau samedi matin, maman dit à ma soeur Madeleine : «Marie-Hélène a pas de manteau pour aller à la messe, demain.»  Madeleine de s’en aller en haut dans le grand grenier chercher un manteau tout déteindu pour le virer à l’envers. En premier, elle le lave et là elle me fabrique un manteau. Je vous dit qu’il était beau et j’étais contente. Le lendemain matin, mon frère Étienne attelle le cheval sur la grande traîne avec pas de barreaux autour, et on s’assit dessus pour aller à la messe. Quand je viens pour descendre, mon manteau avait gelé sur moi et c’était tout dur comme de la roche. J’avais pas de choix que de rentrer à la messe comme un robot. Et quand je me levais debout, mon siège restait plein d’eau, et ma soeur ne pouvait s’arrêter de rire et mon frère aussi.

Il y avait des moments tristes, mais on ne perdait jamais courage malgré que nous étions très pauvres. Un soir, vers 11 heures, mon frère Étienne arrive de veiller et il frappe à la porte de la chambre de ma mère et moi. Il dit : «Maman, j’en ai vu de l’argent ce soir. Benoît Cormier avait 90 piastres dans sa poche.» Ma mère de dire : «Nous autres on n’a pas même 90 cents ».

Mes jours d’école étaient mes jours les plus heureux de toute ma vie, je pense. Il y avait les examens, c’est-à-dire les petits concerts de fin d’année. Il y en avait un à Noël aussi, mais là, c’était pour Noël. En juin, on était occupé à décorer dehors. On allait chercher des arbres au bois. On alignait des roches à l’entrée de la cour et on plaçait nos noms sur les roches. Je me rappelle que le curé,  père F.-X. Gallant, était venu et on avait fait une lecture. C’est lui qui nous faisait lire. Il dit : «La petite fille en robe jaune, veux-tu nous lire une seconde fois?» Cette petite fille c’était Marie-Hélène. J’étais enchantée. Une autre fois, j’avais chanté en tenant deux poupées, et j’avais été tellement applaudie. Quels beaux souvenirs! Une institutrice de qui j’ai beaucoup appris était Rosie Arsenault, maintenant Gaudet. Elle demeure aujourd’hui à Montréal. C’est elle qui m’a donné le goût de faire des petits concerts.

Voici une chanson que j’avais chantée à l’école pendant que tante Marie enseignait.

Je suis orpheline, donnez-moi du courage,

Car sans pitié je suis abandonnée.

Lorsque j’ai faim et je suis sans ouvrage,

Mon Dieu daignez me faire la charité.

Lorsque j’ai vu mon père dans sa tombe,

Je le voyais pour la dernière fois.

Et que je vois de gros nuages sombres

Qui viennent couvrir l’espérance et la foi.

Je me disais pourquoi pleurer

Il ne reviendra plus.

Je murmurais en consolant ma mère :

Il est heureux, il ne reviendra plus.

Dix jours plus tard, dans un petit village,

Là nous étions sans ouvrage et sans pain.

Un jour bien froid ma mère prit malade

Et dès ce jour elle est morte de froid.

Je pleurais sans silence,

Je demandais à Dieu de venir me chercher.

Vaut mieux mourir que vivre sans espérance

Car vous voyez, je suis abandonnée,

Car vous voyez, je suis abandonnée.

Rien n’est plus beau que les amitiés qui se développent à l’école et qui durent. Même s’il y a plus de 70 ans que Zita Gallant (née Cormier) et moi avons fréquenté ensemble la petite école de Saint-Philippe, on s’en parle encore de nos jours.

Pendant les années 1930, c’est sûr qu’on n’avait pas grand-chose et pas grands friponneries. Une journée, on s’est dit qu’on aimerait du sucre à la crème. On n’avait pas d’argent, mais on avait des poules qui pondaient. Plusieurs de nous, les jeunes des voisins aussi, on a attendu à ce qu’on ait une douzaine d’oeufs et on a attelé le cheval sur le truck wagon et on va au magasin chez Howard Yeo acheter du sucre jaune avec nos oeufs pour nous faire du fudge. Je pense qu’on avait eu au moins cinq livres de sucre, donc on a mangé du fudge à se contenter. C’était Lucie à Antoine à Pierre Gallant qui faisait du bon fudge.

Pendant mon enfance, je me souviens d’avoir couru la Mi-Carême pour aller chez Antoine à Pierre où la bonne Joséphine nous donnait des belles galettes au sucre toutes dentées autour, et avec un raisin au milieu. C’était très bon. Une fois, à la Mi-Carême, mon frère Tilmon s’avait caché en haut dans le petit grenier tandis que personne était à la maison le soir. Quand on a arrivé de veiller – dans ce temps-là on ne barrait pas les portes, je pense qu’il y avait pas de voleurs, ou il y avait rien à voler – on entre et on allume la lampe et on entend quelqu’un marcher en haut. Tout le monde sort et court chez le voisin. Qu’est-ce qui était le plus drôle, c’est qu’il courait derrière nous, Tilmon, et il riait à se défaire. Rendus  chez le voisin, on a raconté notre histoire en le regardant rire et là on s’est aperçu que c’était une de ses farces.

Dans les années 1930, il y avait pas grand monde qui avait des cars, surtout des trucks. Mais Arcade à Jos Mocauque était, je crois, le premier à en avoir un dans les alentours. Un dimanche après-midi, il arrive à la maison et dit : «Ma tante Émilienne, venez-vous prendre une drive avec les enfants?» Tout le monde sautait de joie et était vraiment content d’aller dans un car. Donc ma mère embarque en avant avec Arcade et Madeleine et nous autres, tous les enfants, en arrière. Je vous dis que c’était vraiment une fête pour nous autres. On a conté ça aux enfants à l’école le lundi et je vous dis qu’ils pensaient qu’on était chanceux. On avait été jusqu’à Richmond.

Je me souviens des noces et de la manière que ça se passait. Quand on entendait dire qu’un jeune homme avait fait la demande, ça voulait dire qu’il y aurait des noces bientôt. C’était presque toujours le mercredi matin à 8 heures. Ma soeur Toinine, elle s’avait frisé les cheveux avec des petits papiers et pendant le messe, la fille suivante, Imelda Cormier, lui ôtait les papiers qu’elle avait oublié d’ôter. Il y avait le déjeuner chez la mariée, le dîner parfois encore chez la mariée et le souper chez le marié, car c’était là qu’ils allaient coucher.

Sur le sujet des noces, quand Benoît Cormier et Délina Arsenault se sont mariés, ils ont décidé d’au lieu d’avoir une noce qu’ils iraient en visite au Nouveau-Brunswick chez de la parenté. Quand ils arrivent chez leur oncle, ils ont bien vu qu’il y avait point de chambre réservée pour eux.  À l’heure de se coucher, il y en avait trois ou quatre couchés dans la même chambre qu’eux! C’était toute une honeymoon. Délina a jamais dit combien longtemps qu’ils ont visité, mais je crois juste quelques jours.

Dans le temps, on n’avait pas grand-chose à donner comme cadeau de noces, pas d’argent pour en acheter non plus, donc cette bonne dame de St-Philippe avait donné trois bouteilles de confiture aux petites fraises. Je suis certaine que ç’a été apprécié parce que, comme vous savez, des petites fraises c’est délicieux.

Je me souviens qu’on regardait dans les livres et on voyait des filles blondes. Moi, je voulais toujours être une blonde. Un jour, je dis à ma soeur Madeleine : «Tu sais, du soda dans la mélasse ça vient jaune. Pourquoi pas dans les cheveux?» Elle me dit qu’il faudrait aussi mettre du vinaigre. Me voilà dans le vinaigre et le soda à ma mère. Je m’emplis la tête. Ma mère avait besoin de m’envoyer chez le voisin, donc quand elle me le demande, sans penser à ce que j’avais dans les cheveux, j’y vais. À mon arrivée là, tout le monde me regarde et rit à savoir quoi en faire. Je me demande qu’est-ce qu’ils ont à rire? J’ai envie de pleurer. Un d’eux me dit : «Marie-Hélène, qu’est-ce qui a fait tourner tes cheveux blancs?» Là, j’étais encore moins grosse car j’avais très honte. C’est vrai que le soda et le vinaigre avaient travaillé.  J’ai dit que plus jamais je voulais devenir une blonde.

La remarquable Dauphine Arsenault

2002 par Georges Arsenault

Georges Arsenault

 

Dauphine Arsenault
Collection Faye Pound

En grandissant à Abram-Village, j’entendais souvent mentionner le nom « Abel à Dauphine ».  Le nom Dauphine m’intriguait, car il était unique.  Effectivement, plus personne dans les alentours ne portait ce prénom lequel, d’ailleurs, n’a jamais été très répandu dans la communauté acadienne de l’Île.  Je n’ai connu ni Abel ni Dauphine, mais je me souviens bien de Manuel à Abel à Dauphine qui demeurait sur le chemin du Cannontown.  J’ai appris assez jeune que ce Manuel n’était pas le fils d’Abel, mais que son père s’appelait Jos Fidèle Arsenault.  Beaucoup plus tard, je découvrirais qu’Abel n’était même pas le fils de Dauphine, ni son époux, et plus surprenant encore qu’il n’était même pas un Arsenault ou un Gallant, comme presque tout le monde du village.  Il était un Poirier!  Comment expliquer et démêler tout ça?  En vous racontant l’histoire de la remarquable Dauphine Arsenault.

Dauphine Arsenault est née à Abram-Village le 15 janvier 1831, fille de Mélème Arsenault et Bibiane Poirier.  Elle était la soeur du premier sénateur acadien de l’Île, Joseph-Octave Arsenault.  En 1834, la famille Arsenault, qui avait vécu auparavant à Miscouche et à Cascumpèque, est allée s’établir de façon permanente à Urbainville – qu’on appelait alors Le Portage – où Dauphine a grandi avec ses quatre soeurs et ses quatre frères1.

Le 19 novembre 1850, Dauphine se marie avec Prospère Arsenault, né le 15 janvier 1826 à Abram-Village, fils de François Arsenault et d’Henriette Arsenault.  Ils se sont établis dans un coin du village peu habité qui se nomme aujourd’hui le chemin John Paul.  Ils ont eu sept filles, dont Émilienne qui fut la première religieuse acadienne de l’Île-du-Prince-Édouard.  Voici dans l’ordre de naissance les sept filles en question :

(1) (Anonyme) : une fille née le 5 mars 1856 et morte deux jours après.

(2) Marie Émilienne (Sr Saint-Fulbert, c.n.d.) : née le 5 septembre 1857.  Elle entre au noviciat de la Congrégation de Notre-Dame à Montréal en 1876 et fait sa profession en 1878.  Décédée au Couvent de Miscouche le 22 avril 1896 à l’âge de 38 ans.

Émilienne Arsenault (Sr Saint-Fulbert, c.n.d., 1857-1896). Collection du Musée acadien

(3) Marie Rose : née le 21 avril 1860, mariée le 25 janvier 1881 à Prospère Gallant, fils d’Amand Gallant et Madeleine Arsenault.  Elle est morte le 24 septembre 1882, âgée de 22 ans.  Elle avait donné naissance 15 jours plus tôt à un enfant mort-né2.  Prospère s’est remarié par après avec Sophie Gallant et en troisièmes noces à Madeleine Gallant.

(4) Bibiane : née le 8 mars 1863, mariée en premières noces le 13 juillet 1885 à Manuel Arsenault, fils d’André Arsenault et de Louise Gallant, et décédé à l’âge de 27 ans, le  19 novembre 1888.  En secondes noces, Bibiane épouse le 12 mai 1891 Joseph Arsenault (Jos Bibiane), fils de Fidèle Arsenault et de Philomène Arsenault.  Bibiane meurt le 3 juin 1895.  Elle n’a que 32 ans.  Joseph se remarie avec Julie-Anne LeClair, le 24 septembre 1903, mais on continue de l’appeler « Jos Bibiane » pour le distinguer d’un autre Jos Fidèle Arsenault qui demeure dans le village.

(5) Eulalie : née le 27 juillet 1865.  Elle épouse le veuf Félix (à Jos Placide) Arsenault de Saint-Chrysostome, le 13 janvier 1914.  Vers 1920, Eulalie et son mari déménagent de Saint-Chrysostome à Abram-Village pour y passer le reste de leur vie chez Abel à Dauphine Poirier.  Eulalie est morte le 14 mars 1931.

(6) Marie-Eugénie : née le 13 août 1870, elle se marie le 17 janvier 1893 avec Jean-Pierre Gallant, de Mont-Carmel, fils de Laurent Gallant et d’Anne Richard.  Ils déménagent éventuellement à Summerside.  Marie-Eugénie meurt à Summerside le 10 février 1942.

(7) Marie-Célina (Sr Saint-Fulbert, c.n.d.) : née le 23 avril 1874.  Elle entre au noviciat de la Congrégation de Notre-Dame de Montréal en 1896, quelques mois seulement après le décès de sa soeur aînée.  Elle prend d’ailleurs le nom de religion de sa défunte soeur, soeur Saint-Fulbert.  Elle fait sa première profession en 1899 et ses voeux perpétuels en 1905.  De 1902 à 1951, elle enseigne les petits à Kankakee en Illinois.  Elle meurt à Montréal le 11 septembre 1961.

Sur cette photo prise vers 1896, on aperçoit Dauphine Arsenault avec trois de ses filles. Assises : Dauphine et Eulaie. Debout : Célina (à gauche) et Eugénie. Collection du Musée acadien, Fonds Anne-Marie Arsenault.

L’impitoyable mort est souvent venue frappée chez Dauphine Arsenault.  Dans l’espace de 14 ans, elle perdait trois de ses filles âgées de 22, 32 et 38 ans; un gendre, mort à 27 ans; sa mère, morte presque centenaire; et son mari, Prospère, décédé le 20 octobre 1884 à l’âge de 58 ans après une maladie de dix mois.  Dans la nécrologie de ce dernier, publiée dans Le Moniteur acadien, on écrivait « Son dévouement, surtout pour l’éducation de ses enfants, surpasse toutes ses oeuvres3 ».  Effectivement, ses six filles ont fréquenté le pensionnat du Couvent Saint-Joseph de la Congrégation de Notre-Dame, à Miscouche4.  Lors de la mort de son mari, Dauphine avait alors 53 ans.  La notice biographique de sa plus jeune fille religieuse évoque la vie dure, mais combien intense, de Dauphine après la mort de son mari :

Mme Arsenault, vaillante et courageuse, assumera à elle seule, grâce à son métier de couturière de renom, la responsabilité de l’éducation des plus jeunes encore à la maison.  Sa tendresse maternelle ne se bornait pas à ses propres enfants.  Malgré les rudes traverses qu’elle eut à subir, elle adopta et éleva onze orphelins et orphelines qu’elle fit instruire.  Quelques-uns de ceux-ci furent rendus à des parents dès que les circonstances le permirent.  Les autres, au nombre de quatre, demeurèrent avec elle jusqu’à ce qu’ils fussent établis.  L’une de ces adoptés, qui était sa petite-fille, devint religieuse chez les Soeurs de la Sainte-Famille.  Inutile d’ajouter que cette femme de charité débordante et de bon sens pratique était estimée et considérée par toutes les personnes et l’entourage.  On l’appelait à juste titre : « La mère de la colonie5».

Sept ans après le décès de son mari, un autre malheur frappe Dauphine Arsenault.  Elle perd pratiquement tous ses biens dans un incendie, mais elle réussit miraculeusement à sauver des flammes sa vieille mère aveugle, Bibiane (Poirier) Arsenault6, qu’elle soignait depuis plusieurs années.  Voici comment les journaux rapportaient ce triste événement :

Incendie à Egmont Bay

Dame Veuve Prospère Arsenault, soeur de l’hon. Jos. O. Arsenault, a eu l’infortune de passer au feu vendredi dernier.  Le gros vent qu’il faisait éparpillait les étincelles qui a mis le feu à la maison et à la grange.  On n’a eu temps de sauver qu’un moulin à coudre et une voiture.  Tout le reste a été réduit en cendres.  Mme Arsenault a eu beaucoup de peine à arracher aux flammes sa vieille mère, âgée de près de cent ans, et en opérant ce sauvetage héroïque elle s’est brûlé la figure et les mains.  Il n’y avait pas d’assurance sur les bâtisses et les pertes de Mme Arsenault sont considérables7.

Ce drame familial est aussi rapporté dans la notice biographique de soeur Saint-Fulbert :

Une autre que madame Arsenault se serait peut-être découragée en cette journée du 21 août 1891, alors qu’un incendie se déclara soudainement à sa maison.  Son premier geste fut de se porter au secours de sa mère alitée et âgée de cent ans [sic] qu’elle gardait chez elle.  À force d’adresse, elle parvient à la faire passer par une fenêtre.  Elle réussit également à sortir le lit de la malade et, l’ayant fait coucher à une certaine distance du brasier, elle retourna au lieu du sinistre afin de pouvoir sauver quelque chose, mais ce fut en vain.  Tout son avoir fut réduit en cendre sauf sa machine à coudre.  La providence lui avait épargné l’instrument de ses innombrables charités.

Bibiane Arsenault est morte deux ans plus tard, soit le 31 août 1893 à l’âge de 99 ans.

Qui sont ces onze orphelins et orphelines que Dauphine Arsenault a accueillis chez elle?  Nous n’arrivons pas à tous les identifier, mais il y en a quelques-uns dont nous sommes certains.  Il faut aussi préciser qu’ils n’étaient pas tous orphelins, comme sa nièce, Madeleine Gallant, née le 12 septembre 1851, fille d’Hyacinthe Gallant et de Marguerite Arsenault d’Urbainville, qui fut probablement la première « élève » de Dauphine.  Elle ne s’est jamais mariée et est toujours demeurée avec sa famille adoptive.  Elle est morte au mois de septembre 1920.

L’un des premiers orphelins, sinon le premier, à être « adopté » par Dauphine fut Abel Poirier (1877-1943), petit-fils de sa soeur Barbe qui était mariée avec l’homme d’affaires de Miscouche, Joseph B. Poirier.  Né le 3 juin 1877, Abel était le fils d’Avit Poirier et de Belsamée Gaudet.  Le septième enfant de la famille, il n’avait que cinq mois lorsque sa mère est décédée8.  Il a peu connu son père qui est déménagé à Tignish après qu’il soit devenu veuf.  Bien qu’il ait conservé son nom de famille, Abel était connu dans la paroisse comme Abel à Dauphine.  Il s’est marié à deux reprises, d’abord à Madeleine Gallant, le 30 septembre 1902, duquel mariage il n’y a pas eu d’enfant.  En secondes noces, le 14 mai 1912, il épousait Emma Poirier avec qui il a eu trois filles : Marguerite, Anne-Marie et Yvonne.

C’est probablement en 1882, après la mort de sa fille Marie-Rose, que Dauphine a amené chez elle sa petite-fille Albina Gallant (1881-1964) qui n’avait qu’un an.  C’est elle qui est entrée chez les Petites Soeurs de la Sainte-Famille sous le nom de Sr Saint-Jacques.

Après la mort de sa fille Bibiane, en 1895, Dauphine aurait pris en main ses trois enfants dont Jean-Prospère (1888-1913), de son premier mariage avec Emmanuel Arsenault, et Emmanuel (1892-1981) et Cyrus (1839)9, de son second mariage à Joseph (Jos Bibiane) Arsenault.

Un autre enfant qui a vécu un certain temps chez Dauphine, sans être orphelin, est son petit-fils, Edward Gallant (1902-1992), fils de sa fille Eugénie10.  Il est décédé à Milford, au Connecticut.

Dauphine a accueilli un dernier orphelin chez elle alors qu’elle avait 75 ans!  Il s’agit d’Emmanuel Arsenault (1906-1980), fils de Joseph F. Arsenault et de Marie-Rose Poirier d’Abram-Village.  Les grands-parents paternels de l’enfant étaient Fidèle Arsenault, frère du marie de Dauphine, et Julie Arsenault, soeur de Dauphine.  Selon la tradition familiale, c’est Dauphine qui aurait insisté auprès du père pour qu’il lui confie le bébé qui n’avait que trois jours lors du décès de sa mère.  Et Emmanuel n’avait que quatre ans lorsque sa grand-tante Dauphine est morte.  Il n’est cependant pas retourné dans sa famille naturelle car la fille célibataire de Dauphine, Eulalie, et Abel Poirier, le premier « fils adoptif » de Dauphine décidaient de s’en occuper.  Voilà donc pourquoi il a toujours été connu dans le village de Manuel à Abel et non Manuel à Jos Fidèle!

Célina Arsenault (Sr Saint-Fulbert, c.n.d., 1874-1961) et son neveu, Emmanuel Arsenault (1892-1981), fils de Bibienne et Joseph Arsenault. Il demeurait à Schylerville dans l’État de New York. Collection Sr Marie L. Arsenault.

Le foyer de Dauphine constituait certainement une maisonnée singulière, surtout en 1890 lorsqu’elle comprenait trois veuves!  Il y avait Dauphine, sa vieille mère Bibiane et sa fille Bibiane.  Cette dernière avait un enfant de deux ans, Jean-Prospère.  Trois autres filles de Dauphine demeuraient encore à la maison, soit Eulalie, Eugénie et Célina.  De plus, on y retrouvait deux enfants adoptés, à savoir Madeleine Gallant, qui avait 39 ans, et Abel Poirier âgé de 13 ans11.

La valeureuse Dauphine Arsenault a quitté ce monde le 10 février 1911 à l’âge de 80.  Le Summerside Journal publiait quelques jours plus tard une courte nécrologie, mais qui évoque très bien la trempe de cette remarquable Acadienne :

A highly estimable old lady passed away at Egmont Bay on Saturday morning last when Mrs. Dauphine Arsenault,widow of Prospere Arsenault and sister of the Senator Arsenault, was called to her reward.  Mrs. Arsenault celebrated her eightieth birthday a few days before her death, and received many congratulations and good wishes.  She was widely known for her unostentatious charity and great kindness to the poor and the fatherless.  The funeral took place on Monday morning, a great many people attending the service in St. James church and at the grave12.

Aujourd’hui, on trouve des descendants de Dauphine Arsenault un peu partout au Canada et aux États-Unis.  Ceux qui vivent à l’Île-du-Prince-Édouard sont presque tous les descendants de Clarisse et Joseph Barriault de la paroisse de Baie-Egmont, Clarisse étant la fille de Jean-Prospère à Bibianne à Dauphine.

Cette courte biographie est consacrée à une Acadienne de l’Île-du-Prince-Édouard qui a vécu principalement au 19e siècle.  Il n’y a aucun doute que Dauphine Arsenault a été une femme exceptionnelle, mais sa vie donne quand même un aperçu important de la structure familiale et de la condition féminine d’autrefois.  L’accueil qu’elle a réservé à ses petits-enfants, à sa nièce et à quelques petits-neveux démontre la responsabilité capitale du réseau familial en ce qui concerne le placement d’orphelins et autres enfants de la communauté.  Le nombre d’orphelins que Dauphine Arsenault a élevé reflète aussi les risques de l’accouchement à domicile.  En effet, il n’était pas rare, à cette époque, qu’une femme meure à la suite des complications qui se développaient lors de l’accouchement, laissant ainsi un nouveau-né et souvent plusieurs autres enfants.  Le taux de mortalité assez élevé dans la famille de Dauphine nous rappelle aussi que l’espérance de vie au cours du 19e siècle était loin d’être celui que nous connaissons aujourd’hui.  Sa mère, morte presque centenaire, était sans doute une exception à la règle générale.

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1 « Une branche de la famille Arsenault », document manuscrit de Placide Gaudet daté le 12 mars 1918.  Archives provinciales de l’Î.-P.-É., Fonds J. Henri Blanchard 2330 – B12. Une descendante du plus jeune frère de Dauphine habite toujours la terre familiale, soit Aldona à Sylvère à Jean-Prospère à Prospère à Mélème.

Le Moniteur acadien, 5 octobre 1882, p. 3.  Elle avait fréquenté le Couvent de Miscouche.

Le Moniteur acadien, 6 novembre 1884, p. 3.

4 « À la mémoire de notre chère Soeur Saint-Fulbert, Marie-Célina Arsenault, décédée le 11 septembre 1961 », Congrégation Notre-Dame.  Ces notices biographiques imprimées après le décès des religieuses sont basées en partie sur des notes autobiographiques que les religieuses écrivent en entrant au couvent.

5 « À la mémoire de notre chère Soeur Saint-Fulbert…», op. cit.

L’Illustration du Moniteur acadien (1892), publiait une gravure de Bibiane Arsenault, la seule femme à paraître d’ailleurs dans ce livret du 25e anniversaire du journal publié à Shédiac.  On écrivait à son sujet : « Elle est aveugle depuis 10 ans, mais sa mémoire est toujours bonne, surtout quant aux événements de l’ancien temps.  Elle reconnaît encore ses parents et amis par le son de leur voix. »

L’Évangéline, 10 septembre 1891.  Repris du Moniteur acadien.

8 Avis Poirier se remarie avec Agnès Arsenault en 1880 puis avec Marie Buote en 1885.  Après la mort de sa première femme, il déménage à Tignish où il se lance dans les affaires avec son père avant d’ouvrir son propre magasin à Saint-Louis où il est décédé en 1895.

9 Né le 16 décembre 1893 selon le recensement fédéral de 1901.  Cyrus a émigré aux États-Unis lorsqu’il était jeune et n’a jamais donné signe de vie.

10 Information obtenue d’Anne-Marie Arsenault d’Abram-Village, fille d’Abel à Dauphine.  Henry Edward Gallant est né à Summerside le 27 janvier 1902 et il est décédé le 26 septembre 1992.

11 Recensement de la paroisse Saint-Philippe-et-Saint-Jacques, archives du diocèse de Charlottetown.  Ce recensement est disponible au Musée acadien et aux Archives provinciales.

12 The Summerside Journal, le 15 février 1911, p. 5.

 

 

 

 

Les maisons des pionniers

1986 par François-F Arsenault

François F. Arsenault

 

Une entrevue réalisée le 17 octobre 1980 par Georges Arsenault auprès de M. François F. Arsenault, d’Urbainville, âgé de 82 ans.  L’enregistrement (No 1351) fait partie de la collection de l’interviewer laquelle est déposée au Centre d’Études acadiennes de l’Université de Moncton.

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- Vous m’avez déjà parlé que votre père, votre grand-père vous contait comment les premières maisons avaient été bâties par ici.  Comme c’était fait ces maisons-là?

- Bien, ils coupiont du bois à peu près de cette grosseur-là:  six pouces au petit bout et peut-être huit pouces au gros bout.  Il y avait du bois en masse.  Puis ils mettiont ça un sur l’autre.  C’était pas scié ça.  C’était pris dans le coin, ce qu’ils appeliont duff-tail (dove-tail); c’était une mortaise que quand tu mettais deux morceaux dans un, c’était pris sur deux sens.  Les deux fitiont là puis c’étais pris, absolument, toutes un par-dessus l’autre.  Une fois qu’ils étiont rendu à une certaine hauteur, ils preniont des petites lices puis ils les mettiont une au ras l’autre pour leur couverture et puis ils mettiont du machecoui, (il y avait des gros arbres dans ce temps-là) ah! du machecoui large comme la table et plus, puis ils couvriont ça avec du machecoui.  Ils mettiont des branches de prusse de là-dessus, un bon lit de branches de prusse, ils mettiont de la merde de vache pour tiendre toute ça à sa place, puis ça tenait là.  Ah! je veux pas dire que ça dégouttait pas quand qu’il mouillait fort.  C’était ça leur maison.  Ça c’est les premières de toutes.

- Avez-vous dit que pour le bardeau sur la couverture c’était du machecoui ou bien de l’haricot?

- Sur la couverture c’était du machecoui (les premières de toutes), des branches là-dessus pis de la merde de vache.  Mais après ça, pas longtemps après qu’ils avont été ici, ils avont commencé à se bâtir des maisons et puis ils sciiont le bois – il y avait une scierie ici en bas au ruisseau – ils sciiont le bois, les billots.  Il y avait des billots en masse et puis il y avait du monde en masse aux maisons; il y avait trois ou quatre gros hommes à toutes les maisons.  Ils sciiont ça.  Ils appeliont ça une chase.  Il y avait une grosse grosse scie puis il y en avait un qu’était en haut puis la chase faisant ça, comme ça, (elle était placée debout) puis quand elle venait ici, celui-là d’en bas halait dessus et celui d’en haut pesait dessus puis ça sciait.  Le saw dust tombait sur l’autre en bas.  Toute la journée ils sciiont des planches comme ça.

- Le bardeau, mon père m’a dit qu’ils le faisiont à la hache.  Ils preniont une belle bloque de sapin (ça se fend bien le sapin, il y a pas de noque en toute), ils le fendiont en épaisseur de planche puis là ils aviont un couteau à deux manches puis ils l’appointissiont d’un boute.  C’est le premier bardeau ça qu’ils avont usé.

- Les premiers chassis sur les maisons, comment c’était organisé ça?

 - Une de ces pièces de bois-là (c’était toute fait avec des pièces, de sept pouces de gros), ils en coupiont une à peu près trois pieds de long, ils la sciiont puis ils mettiont une cheville de bois au mitant.  Puis là, quand ils fessiont d’un bout, ça virait en travers puis ça donnait de la clairté. Ça donnait de l’air puis ça donnait de la clairté.  Puis quand ils fessiont ça, ça revenait à sa place.  C’était pris avec une cheville de bois.  C’était leurs premiers chassis, ça.

- Parce que la vitre, je crois bien que c’était rare.

- Il y avait pas de vitres dans ce temps-là.  En ce temps-là il y avait seulement en Angleterre qu’ils faisiont de la vitre.  Ils la faisont au Canada, asteur.

- Et puis en-dedans, ils faisaient une maçoune?

- En-dedans ils faisiont une maçoune avec de la roche.  Et puis ils faisiont cuire du pain puis ils faisiont bouillir de l’eau.  Ils faisiont une maçoune plus grande que notre poêle, avec des roches de côte, des belles roches de côte, les unes par-dessus les autres.  Ils mettiont du mortier dans ça.  Ils faisiont le feu dans un bout puis la cendre ils la poussiont par ici à mesure.  Ils teniont tout le temps ça d’épais de cendre sur cette macoune-là.  Quand ils faisiont cuire du pain (j’ai pas vu ça moi, je l’ai entendu dire) un peu proche du feu, ils faisiont un trou dans la cendre, ils mettiont leur poêle (mais c’était une poêle qu’avait un couvert par exemple) ils mettiont leur pain là et puis ils haliont la cendre dessus puis ça cuisait le pain, ça.  La chaleur du feu qu’était tout proche ça cuisait le pain.

- Puis la place dans la maison?

- La place, c’était des petites lices grosses de-même, puis ils aviont ce qu’ils appeliont un’herminette.  C’était un manche puis un couteau pareil comme une tranche, puis ils emportiont le dessus de la lice.  Il restait des petites fentes chaque bord mais le dessus de la lice ça marchait bien là-dessus.  C’était ça leurs places.  Ça c’est les premières de toutes.

- Et c’était divisé en-dedans ces maisons-là?

- Non.  Ah! c’était pas assez haut pour diviser, puis c’était pas assez grand non plus.

- Et après, ils sont venus qu’ils avont bâti avec de la planche.

- Après ça, ils avont venus qu’ils avont bâti avec de la planche.  Ça c’est la première maison ici.  Elle a été bâti après les log houses.  Après les log houses, ils avont bâti celle-ci.  Mon père avait huit ans – ils ont dit qu’il avait huit ans quand qu’il a rentré dans cette maison-ci (vers 1870).

- Ça fait qu’avant qu’ils avont bâti cette maison ici, leur maison était pièce-sur-pièce.

- Pièce-sur-pièce.  Ça c’est la famille à Cyprien qu’a mouvé ici, et puis ses enfants c’était mon grand-père Avis, mon oncle Prospère, mon oncle Tom.  Et ce Cyprien-là, avec ses garçons, ont bâti celle-là à mon oncle Prospère, ils avont bâti celle-là à mon oncle Tom.  Le vieux Frank à Urbain était ensuite et puis à Abram’s Village, une couple (de maisons) qu’ont venu en même temps, à peu près en même temps.  Une couple dans Saint-Chrysostome – en même temps.

Puis quand ils les avont chassé ici (les Anglais, vers 1812) ils avont rentré ici avec rien, rien en toute, pas une souche d’arrachée! une petite route qu’ils s’avont fait de Miscouche à ici.  Eux fermiont là, ils aviont des vaches, ils fermiont.  Tu sais.  Tu sais la chance qu’ils avont.  Aujourd’hui c’est-il meilleur dans Sixteen (Lot 16, chez les Anglais) que c’est ici?  Je sais pas.

Nouvelles de l’empremier

1985 par Contribution anonyme

 

1874 – Wellington :  “Le Pique-Nique des catholiques de Wellington, Île-du-Prince-Édouard qui avait lieu mardi de la semaine dernière pour venir en aide à la Nouvelle-Église actuellement en voie d’érection, a rapporté la jolie somme de $300.  L’Hon. Jos. O. Arsenau et M. John A. McDonald, M.P.P., y assistaient et au moment de la séparation, trois hourrahs furent poussés pour l’Église, le curé et la Reine.”  (Le Moniteur Acadien, le 1er octobre 1874)

 

1884 – Rustico :  “L’honorable M. Ross, premier ministre de la province de Québec, est actuellement en villégiature à Rustico.  On sait que Rustico, village acadien-français, situé sur la côte nord de l’Île-du-Prince-Édouard, c’est-à-dire, en plein golfe, est depuis plusieurs années une station balnéaire recherchée.”  (La Minerve, le 4 août 1884)

 

1885 – Abram-Village :  “M. Sylvain-E. Gallant d’Abram-Village, Î.-P.-É., a récolté une patate qui, par sa grosseur et sa pesanteur peut, avec raison être appelée la plus grosse.  Elle pèse deux livres et douze onces, elle est de l’espèce Early Rose et peut être vue au magasin de l’hon. Jos. O. Arsenault, Egmont Bay.  Qui pourra battre cela?”  (Le Moniteur Acadien, le 15 octobre 1885.)

 

1888 – Miscouche :  “Mr. John S. Gaudet, Miscouche, one of our most prominent exporters of produce, advertises for 1,000,000 eggs during the coming season, for which he will pay the highest cash price.  His team will begin to travel through the country as soon as the roads permit.   This great amount of eggs will require considerable industry on the part of the egg gatherers, and will leave a good deal of money among them.”  (The P.E.I. Agriculturist, March 26, 1888.)

 

1894 – Bloomfield :  “Les instituteurs de l’arrondissement de Bloomfield se sont réunis, sous la présidence de M. Moise Doucet, le ler septembre à la salle de Bloomfield.  Ils étaient tous présents sans exception.

Il y eut une discussion sur le sujet des livres d’école.  Ils en vinrent d’accord que la lecture anglaise doit être enseignée aux enfants français aussitôt qu’ils peuvent lire assez couramment le syllabaire en français.”  (L’Impartial, le 25 octobre 1894.)

Nouvelles de l’empremier

1983 par Contribution anonyme

 

1880 – Abram-Village :  “Les moissons sont belles à voir et promettent un rendement plus que d’ordinaire.  Dans la partie de la paroisse connue sous le nom de “village des Abrams” surtout, où les fermiers ne s’occupent pas de pêche, les grains sont extraordinairement beaux.  M. Frs. Arsenau a semé l’an dernier une espèce d’avoine grise qui lui a donné 60 pour un.  Cette année, cette même avoine lui promet encore un rendement plus considérable.”  (Le Moniteur Acadien, le 12 août 1880.)

 

1887 – Cavendish Road :  “Les électeurs de Cavendish Road et des environs se sont réunis en assemblée l’autre soir pour former une organisation politique, et les officiers suivants ont été élus:  – président, capt. Jacques Buote; secrétaire, Pierre Doiron.  Un Comité de sept fut nommé pour organiser la cabale.  Ces messieurs favorisent les candidats conservateurs.”  (Le Moniteur Acadien, le 8 février 1887.)

 

1891 – Piusville :  “Quite an enjoyable evening was spent at the residence of Mr. Joseph F. Gallant, on the 13th inst., the occasion of which was a Basket Social by the ladies of Piusville.  The dancing was in every respect creditable, especially one, whose smartness on the floor attracted the attention of all present.  The dancing was kept up till about 12 o’clock, after which the crowd dispersed, well pleased with the evening’s enjoyment.”  (The Examiner, January 30, 1891.)

 

1894 – Tignish :  “Les Quarante Heures ont commencé à Tignish, le 30 septembre.  La messe de l’exposition a été célébrée par le Rév. P.P. Arsenault.  La messe de la paix par le Rév. A.E. Burke et la troisième messe par le Rév. G. McDonald.  Outre le Rév. curé et son assistant, il y avait pour les confessions et les Révs. G. McDonald, J. Chiasson, E.X. Gallant et A.E. Burke.  1600 personnes se sont approchées du tribunal de la pénitence et de la table Eucharistique.

Depuis l’établissement des Quarante Heures dans l’Île, on remarque que chaque année, les fidèles s’empressent de plus en plus, de profiter de la grande grâce de gagner les indulgences attachées à ces pieux exercices. (L’Impartial, le 4 octobre 1894.)

Nouvelles de l’empremier

1982 par Contribution anonyme

 

1887 – Abram-Village :  “Les gens, comprenant qu’il leur importait d’avoir une bonne école à Abram-Village, vu le grand nombre d’enfants en état de fréquenter les classes, ont fait agrandir leur école au point qu’elle peut rivaliser avec celles des autres Districts.  Deux instituteurs ouvriront les cours, dans cette école, vers le commencement de janvier.”  (L’Évangéline, le 23 novembre 1887.)

 

1888 – Miscouche :  “L’assemblée des débats a eu lieu jeudi dernier, 15 de ce mois.  Le secrétaire, Mr. Patrick Cullen, a lu un magnifique travail sur l’agriculture et l’amélioration du bétail.  Le jeune conférencier a été maintes et maintes fois chaleureusement applaudi de l’auditoire.  Tous ont apprécié les talents de Mr. Cullen et ses connaissances agricoles.

Nous venons d’organiser une classe de chant sous la direction de Mr. Juste DesRoches, notre professeur de plain-chant.  Cette classe promet du succès. (L’Évangéline, le 28 mars 1888.)

 

1894 – Bloomfield :  “Notre nouveau représentant M. Jérémie Blanchard est actuellement occupé des travaux concernant sa ferme, en attendant l’appel de se rendre à la chambre des délibérations du pays.  M. Blanchard est cultivateur et est, par conséquent, en mesure de bien connaître les besoins de la cause agricole.  Espérons qu’à l’avenir, nos fermiers qui forment la majeure partie des électeurs, choisiront des hommes dans leurs rangs pour les représenter à la législature locale et fédérale.  À quoi bon cette armée d’avocats qui vont figurer dans notre nouvelle chambre locale?  Que savent-ils des besoins de la cause agricole?  Très peu, ou peut-être mieux, rien du tout.  – Agricole.  (L’Impartial, le 8 février 1894.)

 

1903 – Palmer Road :  “Après les jours austères du carême, il est bien légitime qu’on s’amuse un peu.  Aussi notre vénéré pasteur a-t-il voulu se charger d’organiser un concert gratis pour le soir du lundi de Pâques, (chose assez rare), auquel il a lui-même pris une part très active. (…)  Mais la palme revient, sans contradiction au Rev. P.C. Gauthier qui a profondément remué l’auditoire par sa chanson:  “Le Breton exilé”, exécutée d’une voix pure…”  (L’Impartial, le 23 avril 1903.)

Historique de l’École Régionale Évangéline

1982 par Georges Arsenault

par Georges Arsenault

 

Conférence prononcée lors du banquet de la rencontre des diplômés de l’École Régionale Évangéline, le 14 août 1982, au Centre Récréatif Évangéline.

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Depuis hier soir nous fêtons avec beaucoup de gaieté nos retrouvailles en tant que diplômés de l’École Régionale Évangéline.  Cette rencontre, à laquelle les vaillants organisateurs ont donné presque les dimensions d’un festival, nous donne l’occasion de revoir nos camarades de classe et nos instituteurs que certains d’entre nous n’avons pas vus depuis plusieurs années, même depuis une vingtaine d’années.  Je suis sûr et certain que nous garderons tous pendant longtemps de bons et heureux souvenirs de cette première rencontre pour laquelle les organisateurs, dirigés par le Comité des Acadiens de la région Évangéline (comité régional de la Société Saint-Thomas d’Aquin) méritent nos remerciements les plus sincères et les plus chaleureux.

Cette fin de semaine se veut surtout une occasion de rencontre, de solidarité et de fête, mais les organisateurs ont jugé bon d’inclure au programme un exposé sur l’histoire de notre école afin de rappeler à tous les origines de notre Alma Mater et aussi afin de rendre hommage à ses fondateurs.  Les faits que je vous exposerai tout à l’heure seront pour certains des détails déjà connus; pour le grand nombre, cependant, il est bien possible que ce soit là une page d’histoire presque, ou totalement, inconnue.

D’après les documents que j’ai réussi à consulter, il semblerait que les premières discussions sérieuses concernant la création d’une école secondaire (high school) acadienne aient eu lieu au sein du Conseil général de la Société Saint-Thomas d’Aquin dès le début des années 1950, et possiblement même avant.  Effectivement, les chefs acadiens qui composaient le Conseil général de la S.S.T.A. du temps se réunissaient quelque fois par année où ils discutaient des problèmes de la communauté acadienne de l’Île et des moyens à prendre afin de sauvegarder la vie française dans la province.  Au niveau de l’éducation acadienne, la situation n’était pas rose; les problèmes étaient nombreux et d’envergure.  D’abord, il y avait un manque d’enseignants compétents en français pour desservir les écoles acadiennes qui étaient, pour la plupart, des petits écoles rurales dans lesquelles on enseignait de la lère jusqu’à la 10e année.  Les écoliers dans les classes avancées étaient très rares et ceux qui désiraient poursuivre leurs études en 11e et 12e années devaient fréquenter les couvents ou les collèges.  Cependant, ils étaient rares ces parents acadiens qui avaient les moyens de payer ces années d’études à leurs enfants; seulement les quelques-uns qui réussissaient à obtenir des bourses ou qui pouvaient emprunter de la S.S.T.A. se rendaient plus loin que la 10e année.  En général, la grande majorité des écoliers mettaient fin à leurs études vers la 8e année.

Il y avait cependant, dans l’Île, des couvents dans quelques paroisses acadiennes (Miscouche, Tignish et Rustico) où l’on offrait des cours avancés de qualité.  Mais ces couvents, qui accueillaient autant, si non plus d’élèves anglophones que d’élèves acadiens-français, étaient plutôt des écoles anglaises:  la place faite au français était mince.  Ces institutions ne contribuaient donc pas comme on aurait voulu à la conservation de la langue française et à la promotion de la culture acadienne.

D’autre part, c’étaient surtout les filles qui poursuivaient les études après la 8e année; il y avait donc une grave pénurie de jeunes  hommes qui embrassaient les carrières professionnelles, plutôt réservées aux hommes, à l’époque.

Face à cette situation lamentable, les conseillers de la S.S.T.A. discutèrent à plusieurs reprises la possibilité de fonder une école centrale acadienne-française pour desservir tout la population francophone de l’Île.  On songeait à une école dirigée par une congrégation religieuse masculine afin d’attirer les jeunes garçons à poursuivre leurs études.  En 1955, le Conseil général de la S.S.T.A. décidait qu’il était grand temps de faire un pas de l’avant afin de réaliser leur rêve.  Vu la nature du projet, lequel impliquait directement l’Église catholique – car on songeait à amener sur l’Île une nouvelle congrégation religieuse – on devait naturellement se munir de l’approbation et de l’appui des autorités religieuses.  C’est pourquoi on décida d’en discuter d’abord avec l’archevêque acadien, Mgr Norbert Robichaud de Moncton, ce qui fit une délégation du Conseil général qui comprenait, entre autres, le Père Jean Buote, alors président de la S.S.T.A.  Mgr Robichaud se montra très favorable au projet que lui proposèrent de ses visiteurs insulaires; il leur suggéra de s’en retourner chez eux et “de préparer leur terrain”.

Fort encouragé par l’appui moral de l’archevêque de Moncton, le Conseil général, à sa réunion du mois d’octobre 1955, décida qu’il fallait mettre sur pied un comité qui se chargerait de faire les démarches nécessaires à l’établissement de cette école centrale tant désirée.  Le Père Buote fut alors nommé président de ce comité et on lui laissa la liberté de choisir son propre comité pour l’aider dans sa tâche.  Suite à cette réunion, le Père Buote commença son travail d’animation et parla du projet à quelques personnes clefs.  Il se rendit vite compte qu’il allait falloir faire beaucoup de travail auprès de la population afin de la sensibiliser au besoin d’une telle école.

À la réunion du Conseil général du mois de juin 1956, les conseillers décidèrent qu’il fallait absolument obtenir l’approbation de l’évêque de l’Île, Mgr Malcolm MacEachern, avant d’aller plus loin dans le projet.  En effet, ils étaient bien conscients du fait que le projet serait difficilement réalisable sans le consentement et l’appui de l’évêque de l’Île puisque, après tout, Mgr Robichaud ne détenait aucun pouvoir sur le diocèse de Charlottetown.  Le Père Buote se rendit donc chez Mgr MacEachern qui se montra favorable à l’organisation d’une école régionale française sous la direction d’une congrégation d’hommes ou de femmes.  Le chemin était maintenant ouvert; il fallait donc s’organiser.

Au mois d’octobre 1957, le Conseil général de la S.S.T.A. nomma un comité de cinq personnes pour prendre en main le projet.  Ce comité était composé du Père Buote, bien sûr, et aussi des messieurs Euclide Arsenault, Charles M. Arsenault, Gilbert Gaudet et J.-Edmond Arsenault.  À partir de cette réunion, un travail intense se fit par ce comité qui s’adjoignit d’autres collaborateurs recrutés  dans les paroisses de Baie-Egmont, de Mont-Carmel et de Wellington, car c’est dans cette région que l’on décida de situer l’école.  Le comité se restructura quelque peu et Euclide Arsenault et Ulric Poirier en devinrent les principaux animateurs.  Ils se mirent aussitôt à l’oeuvre afin de préparer un plan d’action:  il leur fallait prévoir les sources de financement et d’opération d’une telle école et de trouver des moyens pour “vendre” l’idée d’une si grosse entreprise aux contribuables des douze petites commissions scolaires de la région.  Rappelons-nous qu’à l’époque la taxe scolaire était fixée et perçue au niveau local, c’est-à-dire au niveau de chaque petit district scolaire.  Elle variait donc de village en village selon les dépenses que la commission scolaire locale encourait annuellement.  Ainsi, une nouvelle école se traduisait donc en des taxes scolaires plus élevées pour les contribuables de la région, et ce pour plusieurs années.  La question financière était un problème important car l’argent était plutôt rare dans la région, composée à l’époque surtout de petits fermiers et de petits pêcheurs qui réussissaient à peine à faire vivre leurs grandes familles composées généralement de 5 à 15 enfants.

Notons ici que depuis 1955, l’idée d’écoles régionales faisait son chemin au ministère de l’Éducation de l’Île, lequel cherchait à améliorer le système d’éducation dans la province.  Enfin, en 1958, le gouvernement provincial votait une loi qui permettait et encourageait l’établissement d’écoles régionales dans la province.  Cette loi pava, en quelque sorte, le chemin qui permit l’établissement d’une école régionale acadienne.

Une fois le plan d’action bien dressé, Euclide Arsenault et Ulric Poirier allèrent alors de district en district, statistiques en main, et bien convaincus de l’urgence d’une telle école, chercher l’appui des contribuables.  Après ces nombreuses rencontres et beaucoup de discussions qui durèrent plus d’un an, une commission scolaire fut formée, composée d’un représentant par district scolaire.  Le ministère de l’Éducation nomma M. Euclide Arsenault président de cette première commission scolaire régionale de la province.  La première réunion eut lieu le 22 janvier 1960 à laquelle il fut décidé de construire l’école à Abram-Village.  Ce fut le commissaire de Wellington, M. Edmond L. Arsenault, qui suggéra que l’école porte le nom Évangéline; et c’est sous sa supervision que l’école fut construite.  Quant à l’ouverture officielle, elle eut lieu le 26 octobre 1960.

Le financement de la construction d’une école du genre n’était pas chose facile à l’époque.  Le gouvernement contribuait une certaine somme, mais le gros de l’argent devait être amassé par les contribuables des districts concernés.  Une campagne de financement fut alors lancée et on réussit à recueillir des dons importants de plusieurs individus, de sociétés, de districts, de paroisses et de maisons de commerce.  Les membres de l’Assemblée législative représentant la 3e circonscription électorale du comté de Prince (3rd Prince), les honorables Henry Wedge et le docteur Hubert McNeil, ont à eux seuls contribué $1,000 pour l’achat du terrain de l’école.  En plus de ces dons, la Société Mutuelle l’Assomption accepta de prêter la somme de $40,000 à la nouvelle commission scolaire, vu qu’aucune banque ne voulait leur avancer une telle somme d’argent sans garanti sûr.

Entretemps, le Père Buote eut à affronter l’opposition de certains membres du clergé anglophone de l’Île, surtout d’origine irlandaise, qui s’opposaient à ce qu’une école secondaire française fût construite dans l’Île.  Ils firent circuler une pétition à cet effet, firent pression auprès des autorités du ministère de l’Éducation et se rendirent même en délégation chez le Père Buote pour tenter de le dissuader dans son projet.  Mais leurs démarches ont évidemment échoué, d’abord parce que le Père Buote, convaincu de l’importance et de la légitimité d’une école secondaire acadienne, n’allait pas se laisser intimider par qui que ce soit.  Et, d’autre part, le projet jouissait de l’appui entier du ministère de l’Éducation, dont le Dr Georges Dewar, de O’Leary, était ministre, et de certaines autres instances gouvernementales.  On s’était effectivement assuré, dès le départ, de l’appui du parti politique au pouvoir à l’époque, soit le parti conservateur.  Il faut ici souligner le rôle qu’a joué M. Tilmon B. Gallant, président du parti conservateur pour la circonscription électorale “3rd Prince”, qui usa habilement de son influence afin de gagner la faveur des autorités gouvernementales.

Revenons pour un moment au Père Buote.  Bien qu’il laissât aux laïcs le soin de former la commission scolaire et de construire l’école, il continua à prêter main forte aux principaux organisateurs.  Il s’occupa notamment de faire les démarches nécessaires auprès de la Supérieure Générale des Soeurs Notre-Dame du Sacré-Coeur dans le but d’obtenir quelques-unes de ses soeurs enseignantes pour s’occuper de la direction de la nouvelle école, et aussi pour enseigner dans quelques écoles de district.  La Mère Supérieure acquiesça aimablement à sa demande et lui promit de lui envoyer de ses meilleures éducatrices.  En 1959, un an avant l’ouverture de l’École Régionale Évangéline, le Couvent de Mont-Carmel ouvrait ses portes pour accueillir les premières de plusieurs religieuses acadiennes du Nouveau-Brunswick qui ont séjourné chez nous pendant une période de vingt ans.  Elles nous arrivent pleines d’enthousiasme, prêtes à tout faire pour relever le niveau d’éducation dans la région.  Elles amènent avec eux cette fierté et ce respect pour la langue française et la culture acadienne qu’elles essaient de transmettre à leurs élèves.  Parmi ces nombreuses soeurs qui ont séjourné chez nous, il faut particulièrement nommer Soeur Marie Carmélice et Soeur Marie Jeanne d’Arc car ce sont elles, avec Mme Béatrice Arsenault, qui ont eu à mettre sur pied le programme d’enseignement de l’École, un programme et une méthode d’enseignement qui eurent tôt placé l’École Régionale Évangéline sur la carte.

À tous ces fondateurs de notre Alma Mater que je viens de mentionner, sans oublier tous les contribuables du temps qui ont appuyé la fondation de l’école, nous, les diplômés, vous devons  une immense dette de gratitude.  Vous nous avez fourni l’occasion de compléter nos études secondaires chez nous dans une institution de haute qualité.  Vous nous avez surtout donné une école propre à notre culture et à notre langue, ce pour quoi nous vous serons toujours immensément reconnaissants.

Nous sommes heureux que les principaux fondateurs soient avec nous pour fêter ces retrouvailles. Mais nous regrettons aussi l’absence du président-fondateur de notre école, M. Euclide Arsenault, que la mort nous a enlevé prématurément.  Nous voulons dire à sa famille toute l’admiration et toute la gratitude que nous avons envers ce grand éducateur qui a marqué le développement de l’éducation dans la région.

Depuis sa fondation, voilà 22 ans, bien des choses se sont passées entre les murs de notre école.  Quelques milliers d’écoliers y ont séjourné dont près de 500 y ont décroché leur diplôme de 12e année.  Un grand nombre de ces derniers ont poursuivi leurs études et les autres se sont lancés dans des carrières les plus diverses.  Certains diplômés se sont d’ailleurs distingués dans leur profession et c’est une source de grande fierté pour nous et pour tous les gens de la région de les compter parmi les anciens élèves de l’École Régionale Évangéline.

 
Au cours des années, notre école s’est distinguée plus qu’à son tour parmi les autres écoles de la province.  Chacun de nous en garde de beaux et d’heureux souvenirs.  Les uns n’oublieront jamais les années où l’école venait en tête des autres écoles de la province dans les “cruels” examens du Maritime Examination Board, ou encore lorsque l’école remportait plus que sa part des prix du concours de composition du Jour du Souvenir.  D’autres semblent encore vivre les fortes émotions vécues lorsque la chorale Évangéline remportait les honneurs au festival de musique ou lorsque des équipes des différentes disciplines sportives remportaient habilement la victoire lors de tournois contre des écoles beaucoup plus grandes que la nôtre.  Et la réputation de notre école se porte toujours bien.  À titre d’exemple, cette année, les élèves de chez-nous, inscrits en première année à l’Université de Moncton, ont obtenu, comme groupe, au 1er semestre, la plus haute moyenne de toutes les écoles secondaires acadiennes des provinces Maritimes.  Voilà de quoi nous réjouir et qui nous démontre que l’École Évangéline, bien qu’elle soit relativement petite comparée à la plupart des écoles secondaires des provinces Maritimes, sait quand même produire des diplômés de haut calibre.

Une rencontre comme celle que nous vivons cette fin de semaine devrait nous porter à réfléchir sur le rôle que nous devrions jouer vis-à-vis notre Alma Mater.  Personnellement, j’y vois un très grand rôle.  Il faudrait que nous puissions lui être un solide appui, et surtout que nous veillions à ce qu’elle ne disparaisse jamais car elle a un rôle très important à jouer.  En effet, l’École Régionale Évangéline a une mission qui dépasse celle de toutes les autres écoles secondaires de la province.  Elle doit, en plus de donner un enseignement et une éducation de qualité, contribuer à maintenir vivantes une culture et une langue en grand danger de perdition.  Pour cette raison, notre école doit être un château-fort de la langue française et de la culture acadienne.  Si nous en sommes convaincus, nous pouvons, en tant qu’anciens diplômés, voir à ce que cela soit toujours ainsi.  Si nous habitons la région, n’hésitons pas à nous impliquer au niveau de la commission scolaire ou du foyer école.  C’est peut-être les moyens les plus directs et les plus efficaces d’exercer de l’influence.

On vous a suggéré la création d’une association des anciens.  L’idée est excellente.  Ce serait un excellent moyen pour tous les diplômés, qu’ils soient résidents ou non de la région, de contribuer de quelque façon à l’épanouissement de notre école.  Les projets et les activités pourraient être nombreux et fort profitables.  À titre d’exemple, ce pourrait être en forme d’aide financière à des activités culturelles ou sportives qui ne peuvent se développer sans aide de l’extérieur, ou bien la création de bourses d’études dans des domaines qui pourraient contribuer de façon significative à l’école et à la communauté.  Je souhaite de tout coeur qu’il sera possible de mettre sur pied cette association car elle pourrait opérer un bien immense.

Avec ce souhait je termine ma présentation et je vous remercie de m’avoir prêté votre attention.  À tous et chacun, joyeuse fête!

Nouvelles de l’empremier

1981 par Contribution anonyme

 

1889 – Baie-Egmont :  “La fièvre matrimoniale a encore fait son apparition parmi nous cet automne.  Si le temps de l’Avent ne fut venu mettre un frein à sa marche, le nombre de ses victimes aurait été assez considérable; espérons que ceux qui se sont laissés prendre dans ces filets sauront faire mentir le proverbe qui dit “Il y en a plus de mariés que d’heureux.”  (Le Moniteur Acadien, le 27 décembre 1889.)

1899 – Wellington :  “Notre compatriote et jeune député M. J. F. Arsenault de Wellington a droit aux plus chaleureuses félicitations pour son esprit d’entreprise.  M. Arsenault fait un commerce sur une grande échelle et s’est acquis par ses bonnes qualités et son esprit d’intégrité une position qui le place au premier rang dans le monde commercial.  Dans quelques semaines, il occupera son nouveau magasin, magnifique établissement de 85 pieds de longueur, fini dans tous les goûts de l’art moderne.  Succès à notre vaillant et énergique compatriote.”  (L’Impartial, le 17 août 1899.)

1894 – Palmer Road :  “M. l’inspecteur Arsenault en nous parlant des écoles qu’il vient de visiter dit que l’école de Palmer Road (à l’église) est maintenant trop nombreuse pour un seul maître et que pour donner justice à l’instituteur aussi bien qu’aux élèves, il faut absolument qu’il y ait un autre département.  Là où il y a 70 élèves dans le même appartement avec un seul maître, on ne doit pas s’attendre à des progrès satisfaisants.  C’est aux contribuables à y voir et ils ne devraient pas l’oublier.  La loi des écoles est tout à fait en leur faveur sous ce rapport.”  (L’Impartial, le 2 août 1894.)

1905 – Abram-Village :  “Le travail sur le Pont “Haldimand” n’avance pas vite, le monde en souffre.  Au dire des connaisseurs le travail est très mal fait et ne peut durer que très peu de temps, autant d’argent de gaspiller.  C’est bien dommage pourtant car ce pont est d’une utilité indispensable.”  (L’Impartial, le 10 août 1905.)

Les vieilles métines

1981 par Contribution anonyme

 

Manque d’appétit :  Boire une tisane à base de feuilles de “thé sauvage” bouillies avec du sucre, des raisins et du levain.

Mal de dent :  Mettre un clou de girofle ou quelques grains de potasse dans la dent.

Furoncle :  Appliquer une portesse (cataplasme) de savon râpé.

Infection :  Placer un morceau de pain moisi sur la plaie pour combattre l’infection.

Mal d’oreilles :  Mettre du gros sel chauffé dans les oreilles.

Teigne (ringworm) :  Placer un jonc autour du mal et peser dessus.  Ceci devrait empêcher le mal de s’étendre.  Ou bien appliquer de la saumure de hareng sur la peau infectée.

Maux de yeux, jambes, etc. :  Se laver la partie du corps en question avec de l’eau salée à marée perdante.

 

(Remèdes recueillis de Mme Auldine Arsenault d’Abram-Village par son fils, Georges.)

On lisait dans L’IMPARTIAL…

1979 par Contribution anonyme

le 5 octobre 1893 :

“Depuis huit jours nous avons eu un temps très orageux.  On ne constate cependant aucun dommage au havre de Tignish, on compte au delà de 150 embarcations de Caraquet qui sont venues se mettre à l’abri au commencement de la tempête.”

le 23 avril 1896 :

“Les fermiers d’Egmont Bay et des villages avoisinants sont à ériger une bâtisse à Abrams Village en vue de partir une fromagerie.  L’intérêt qu’ils ont manifesté en entendant les leçons que leur a données le Professeur Robertson les a portés à s’engager dans cette branche d’industrie devenue indispensable au bien du pays.”

le 13 janvier 1898 :

“Pendant l’année 1897 il y a eu à l’église de l’Immaculée Conception, Palmer Road, 81 baptêmes, 10 mariages et 25 sépultures dont 14 adultes.”

le 17 août 1899 :

“Les gens d’Urbainville viennent de former un cercle agricole dont M. Laurent A. Arsenault est le président.  L’Association comprend maintenant 70 membres au nombre desquels sont plusieurs des fermiers les plus en vue dans la belle paroisse d’Egmont Bay.  Les assemblées régulières sont tenues tous les quinze jours, où l’on y traite des principales questions qui ont rapport aux améliorations de la culture du sol.”