Résultats: ‘1884’

Les Conventions nationales acadiennes

1984 par Contribution anonyme

 

“Une convention nationale, c’est le peuple qui se réunit par ses délégués pour délibérer sur les questions et choses qui intéressent la nation, pour étudier sa situation, pour aviser aux moyens de l’améliorer en écartant les obstacles qui peuvent entraver son avancement dans la voie du progrès matériel, social et politique.”

Pierre Amand Landry

 

Les premières Conventions nationales acadiennes ont lieu au début des années 1880, en plein milieu de la période que les historiens appellent la “renaissance acadienne”.  Ces conventions sont une indication du réveil acadien qui se manifeste surtout à compter des années 1860.  Cette décennie marque en effet la fin d’un siècle d’isolement pendant lequel les Acadiens avaient tranquillement repris racine en Acadie, après en avoir été chassés au moment du “grand dérangement”.  Désormais ils rejettent leur état d’infériorité dans tous les domaines; ils cherchent donc à prendre leur place au soleil et à se considérer les égaux des anglophones qui les entourent.

La prise de conscience collective acadienne de la seconde moitié du XIXe siècle doit beaucoup à l’avènement de l’enseignement supérieur en Acadie.  En effet, l’ouverture du Collège Saint-Joseph de Memramcook, en 1864, a grandement contribué à la formation d’une élite nationaliste acadienne.  La fondation en 1867 du Moniteur Acadien, le premier journal de langue française aux Provinces Maritimes, est un autre élément important qui a favorisé ce réveil.  Pour la première fois, les Acadiens peuvent se rencontrer par la voix d’un journal et échanger des idées.

Les leaders Acadiens, de plus en plus sensibilisés à la situation déplorable des leurs, organisent en 1881 la première Convention nationale acadienne.  Ils sont influencés dans leur démarche par des intervenants provenant de l’extérieur, notamment de la France et du Québec.  Dans sa publication La France aux colonies, Acadiens et Canadiens, publiée en 1859 à Paris, l’historien français Edmé Rameau de Saint-Père, qu’on a appelé le “grand ami des Acadiens”, y trace tout un programme de ce que les Acadiens auraient besoin pour s’affirmer comme peuple.  Il entretient aussi une abondante correspondance avec plusieurs hommes influents qui oeuvrent auprès des Acadiens.  Il leur transmet sa conception des démarches à suivre pour assurer la survivance et le développement de leur peuple.  Les idées lancées par cet historien français sont bien reçues par le jeune leadership acadien qui s’efforce de les appliquer.  Enfin, c’est à Québec que les chefs de file acadiens reçoivent une importante impulsion qui les motive à organiser la première Convention nationale.

En 1880, la Société Saint-Jean Baptiste de la ville de Québec organise, lors de la Saint-Jean-Baptiste, une grande manifestation à laquelle elle invite tous les francophones de l’Amérique du Nord à venir discuter de la vie française sur leur continent, et à fêter et à affirmer leur culture.  Dans son manifeste elle lance un vibrant appel aux Acadiens :

Vous viendrez aussi, Acadiens courageux et fidèles, race indomptable que ni la guerre, ni la proscription n’ont pu courber ni détruire, rameau plein de sève, violemment arraché d’un grand arbre, mais qui renaît et reparaît au soleil de liberté.

Plus de cent Acadiens répondent à cet appel et se rendent à Québec.  C’est ici qu’ils décident, en tant que membres de la “Commission des Acadiens”, de convoquer une convention nationale à Memramcook, en 1881, “pour s’occuper des intérêts généraux des Acadiens.”

Environ 5,000 personnes assistent à cette première grande rencontre qui a lieu au Collège Saint-Joseph les 20 et 21 juillet 1881.  De ce nombre, quelques centaines seulement participent, en tant que délégués, aux délibérations; les autres assistent à la messe et au grand pique-nique qui font partie des activités de cette convention, comme des autres qui vont suivre.

Dans les diverses commissions qui se réunissent à Memramcook, l’on étudie l’agriculture, la colonisation, l’éducation, le journalisme.  Mais ce qui retient le plus l’attention, c’est le choix d’une fête nationale.

Les discours patriotiques abondent à ce premier rassemblement.  Le thème qui revient le plus souvent chez les orateurs se rapporte à la définition de l’Acadien, thème qui, à lui seul, représente 30 pour cent des interventions; puis suivent l’éducation avec 20 pour cent des thèmes, la survivance, avec 14 pour cent.  Les sept autres thèmes abordés recueillent tous moins de 10% chacun; il s’agit du passé, de la religion, de la colonisation, de l’agriculture, de l’émigration, de la presse et de la politique.

Les mêmes thèmes continueront à être débattus aux conventions subséquentes:  à Miscouche (1884), à Pointe-de-l’Église (1890), à Arichat (1900), à Caraquet (1905), à Saint-Basile (1908) et à Tignish (1913).  Notons que le problème de l’éducation et celui de l’acadianisation de l’Église en Acadie monopolisent à eux seuls les énergies des nationalistes jusque dans les années 1950.

Le succès des conventions nationales exigeait un grand travail d’organisation.  D’abord, quelques mois avant la convention, le comité exécutif invitait chacune des paroisses acadiennes à élire des délégués pour les représenter aux délibérations.  À ce sujet, Le Moniteur Acadien faisait les remarques qui suivent lors du choix des délégués pour la Convention de Miscouche :

Dans l’intérêt de la nationalité acadienne, il faut que le choix de chacune des localités tombe sur cinq hommes les mieux autorisés et les plus capables.

De grandes et d’importantes questions seront soulevées à cette convention qui touchent de près les plus précieux intérêts de l’Acadie.  Pour les résoudre avantageusement, il faut des délégués éclairés et patriotiques, des hommes honorables dont le caractère ne souffre pas le soupçon.

À la prière du comité exécutif, messieurs les membres du clergé voudront bien prendre l’initiative du mouvement et éclairer leurs paroissiens sur la conduite qu’ils doivent tenir.

(Le Moniteur Acadien, le 12 juin 1884)

Les organisateurs des Conventions obtenaient pour les congressistes une réduction du coût des billets de transport par le chemin de fer et, dans le cas de la Convention de Miscouche, des prix réduits sur le traversier entre la terre ferme et l’Île-du-Prince-Édouard.  Il fallait ensuite envisager le problème du logement des délégués et des nombreux observateurs.  Ceux-ci étaient souvent hébergés dans les familles de la paroisse où avait lieu la convention.  La préparation des repas était un autre défi à relever.  Cette tâche revenait à la paroisse où l’événement se déroulait.  À Pointe-de-l’Église (Nouvelle-Écosse), en 1890, on dressa en plein air quatre tables d’une longueur de 200 pieds chacune, et on estima qu’en deux heures on servit plus de 4000 personnes.  Le Moniteur Acadien nous a laissé le témoignage suivant de ce magnifique repas :

La messe terminée, la foule se dirige sur le terrain du pique-nique, où nous attendent un excellent dîner et une grande diversité d’amusements.  Il y a quatre tables à manger, longues d’environ deux cents pieds chacune.  Elles menaçaient de s’écraser sous le poids des viandes, légumes, pâtisseries apportées par les paroissiens et servies par les dames préposées au service.  Ce sont des anges de patience, car elles conservent la plus grande sérénité et le plus gracieux des sourires au milieu des milliers de réquisitions qui se croisent en tous sens.  L’organisation des tables est parfaite, les aliments abondants et bien préparés.  Le dîner dure bien deux heures, et on calcule que plus de quatre mille personnes ont pris part à ces agapes fraternelles en plein air.

(Le Moniteur Acadien, le 19 août 1890)

La célébration d’une grand-messe solennelle, chantée en plein air lorsque la température le permettait, constituait toujours une partie importante du programme des conventions acadiennes.  Le comité exécutif se chargeait d’inviter l’un des meilleurs prédicateurs acadiens à y prononcer le sermon de circonstance.  La paroisse veillait à l’organisation d’un genre de pique-nique paroissial qui comprenait une grande diversité d’amusements.  C’était une façon de divertir la foule et en même temps de recueillir des fonds à l’intention d’une oeuvre paroissiale quelconque.  À la Convention de Miscouche, on appelle cette fête populaire, ce grand rassemblement, un “tea party”.  Le phénomène des “tea parties” était en fait très répandu dans l’Île à cette époque.  C’était un événement populaire qui, en plus de divertir, servait à recueillir des fonds.  Selon le Summerside Journal, du 21 août 1884, le “tea party” qui eut lieu lors de la Convention de Miscouche fut “l’événement de la saison” et la somme importante réalisée au cours de ce pique-nique fut déposée dans un fonds pour la construction d’une nouvelle église.

 

Sources :

Ferdinand-J. Robidoux, Conventions Nationales des Acadiens, Imprimerie du Moniteur Acadien, Shériac, 1907, 281 pages.

Léon Thériault, “La première Convention nationale des Acadiens, Saint-Joseph-de-Memramcook, les 20 et 21 juillet 1881,” Les Cahiers de la Société Historique Acadienne, vol. 12, no 1, mars 1981, pp. 5-11.

Camille Antoine-Richard, L’Idéologie de la première Convention nationale acadienne.  Thèse de maîtrise présentée au Département de sociologie, Université Laval, Québec, 1960.

Tableau des Conventions

1984 par Contribution anonyme

 

I – 1881 – Memramcook

Le choix d’une fête nationale domine les débats; la fête Notre-Dame-de-l’Assomption est choisie.  Les grandes questions suivantes sont débattues:  l’éducation, le problème de l’émigration, la colonisation et la presse.  Ces mêmes questions sont reprises aux Conventions ultérieures.

 

II – 1884 – Miscouche

Les délégués complètent le choix des symboles nationaux, soit un drapeau, un air national, un insigne et une devise.  Les principales résolutions visent à enrayer l’émigration vers les États-Unis, à encourager la colonisation, à freiner l’anglicisation et à donner aux Acadiens de l’Île un meilleur système d’éducation en français.

 

III – 1890 – Pointe-de-l’Église

La question prédominante a trait à la langue d’enseignement dans le nouveau collège Sainte-Anne et dans les écoles et les couvents acadiens de la Nouvelle-Écosse.  On demande que le français soit la langue d’enseignement mais que l’anglais soit enseigné concurremment.

 

IV – 1900 – Arichat

L’acadianisation de l’Église, en particulier la nomination d’un évêque acadien, retient grandement l’attention des délégués de la quatrième Convention nationale.  On s’entend aussi pour que tous les journaux acadiens se donnent la main afin de défendre et réclamer justice lorsqu’il s’agira de protéger les intérêts du peuple acadien.  Le premier ministre canadien, Wilfred Laurier, est présent.

 

V – 1905 – Caraquet

“L’Union fait la force”

La nomination d’un évêque acadien est encore chaudement délibérée.  On demande que le gouvernement vienne à l’aide des cultivateurs acadiens.  On encourage aussi les Acadiens à s’intéresser davantage au commerce et à l’industrie.  L’adoption de manuels français pour les écoles acadiennes est une autre importante recommandation du Congrès.  On demande aussi que le français soit enseigné dans les écoles normales des Provinces Maritimes.

 

VI – 1908 – Saint-Basile

“L’Union fait la force”

Les congressistes décident de faire parvenir une supplique à Rome priant le Pape d’accorder aux Acadiens un évêque de leur nationalité.  On recommande que les journaux acadiens publient chaque semaine un article de fond et qu’ils reproduisent moins d’articles de journaux étrangers.  On demande que les écrivains de l’Acadie collaborent aux journaux.

 

VII – 1913 – Tignish

“Congrès d’action de grâces”

Le Congrès de Tignish prend l’allure d’une fête d’action de grâces suite à la nomination, l’année précédente, d’un évêque acadien.  On met sur pied le Comité de rapatriement, de colonisation et d’agriculture dont le but est de tenter de ramener des États-Unis les Acadiens exilés et de les aider à se rétablir en terre acadienne.

 

VIII – 1921 – Pointe-de-l’Église et Grand-Pré

“Le Congrès du Souvenir”

Les assises à Pointe-de-l’Église sont suivies d’un pèlerinage à Grand-Pré où la Société Nationale l’Assomption avait récemment fait l’acquisition d’un terrain.  Une campagne de souscriptions est lancée pour la construction d’une chapelle commémorative à cet endroit.  On demande que les erreurs contenues dans les textes d’histoire du Canada, relativement à l’histoire acadienne, soient corrigées.  On recommande avec instance aux Acadiens de s’abonner à leurs journaux.

 

IX – 1927 – Moncton

La Convention trace un grand programme d’action pour le peuple acadien.  Elle propose que les Commissions d’étude se réunissent dorénavant une fois par année.  Des recommandations sont faites afin d’augmenter la représentativité des Acadiens au gouvernement provincial du Nouveau-Brunswick.  On encourage les Acadiens à s’organiser coopérativement pour l’achat et la vente des produits de la ferme, de la forêt, de la pêche et de l’industrie.  On exprime le voeu que les Acadiens ne manque jamais de se servir de la langue française dans leurs correspondances avec les divers ministères fédéraux et provinciaux et qu’ils s’adressent en français dans les magasins et chez toute compagnie d’utilité publique.

 

X – 1937 – Memramcook

“Le Congrès de la Reconnaissance”

Les deux principales questions discutées traitent des droits scolaires et de la colonisation.  On cherche aussi à encourager l’agriculture, l’enseignement des arts ménagers, l’établissement d’écoles d’agriculture, la célébration de la fête nationale et la publication et la diffusion de l’histoire acadienne.  On adopte diverses recommandations en ce qui a trait à l’amélioration de l’industrie de la pêche et aux problèmes que rencontre la presse acadienne.

 

XI – 1955 – Les Fêtes de 1955

En 1955, après une vingtaine d’années d’inactivité, la Société Nationale l’Assomption confie à un comité spécial l’organisation de grandes manifestations pour souligner le bicentenaire de la Dispersion.  Les Fêtes de 1955 prennent une envergure considérable; elles se déroulent dans de nombreux centres acadiens.  Tout en n’ayant pas précisément le caractère d’un congrès, elles sont cependant considérées comme le onzième grand ralliement des Acadiens.

 

XII – 1957 – Memramcook

Le but principal du Congrès est de déterminer l’avenir de la Société Nationale l’Assomption.  On lui donne alors une nouvelle constitution.  Parmi les nombreuses modifications, les trois plus importantes sont les suivantes:  l’établissement d’un secrétariat permanent, la création d’un Conseil d’administration et le changement du nom de l’organisme à “La Société Nationale des Acadiens”.

 

XIII – 1960 – Pointe-de-l’Église

“Les Acadiens en 1960″

On précise les besoins des Acadiens et on examine les perspectives d’avenir.  Les séances d’études se font au sein de quatre commissions:  dans une première, on soumet la Société Nationale à un examen critique afin d’évaluer son efficacité depuis la réorganisation; la seconde s’applique à définir ce que devrait être le patriotisme des Acadiens; la troisième s’applique à définir les conditions d’avancement économique; et la dernière, les conditions d’avancement culturel.

 

XIV – 1965 – Caraquet

“Nos forces vives face à l’avenir”

L’accent est mis sur le développement des forces vives des Acadiens, en particulier le dynamisme de la jeunesse.  On s’attarde moins sur l’analyse des lacunes ou des points faibles.  La préoccupation dominante du congrès est de faire un effort de projection vers l’avenir.  On tente de faire une étude positive des problèmes d’actualité et des besoins de la population.

 

XV – 1972 – Fredericton

“Congrès des francophones du Nouveau-Brunswick”

Plus de mille Acadiens du Nouveau-Brunswick assistent au Congrès.  On vote au total 264 résolutions en ce qui a trait aux thèmes suivants:  la politique, le bilinguisme, les médias d’information, l’Union des Provinces Maritimes, la fonction publique, l’éducation, l’économie et la culture.  La Société des Acadiens du Nouveau-Brunswick est fondée.  La Société Nationale des Acadiens, qui depuis un certain temps agissait avant tout comme l’organisme des Acadiens du Nouveau-Brunswick, redevint le porte-parole des intérêts généraux des Acadiens des Maritimes.

La deuxième Convention nationale acadienne

1984 par Contribution anonyme

 

 

Miscouche, Île-du-Prince-Édouard
les 14 et 15 août 1884

Au terme de la Convention de Memramcook, en 1881, il fut décidé que la deuxième Convention nationale aurait lieu à l’Île-du-Prince-Édouard.  Un tel choix fut sans doute motivé par la bonne et impressionnante participation des insulaires à l’événement de Memramcook.

La paroisse de Miscouche fut choisie comme site de la Convention surtout parce qu’elle n’était située qu’à une courte distance de Summerside et qu’elle était facilement accessible par train.  Summerside était en ce temps-là reliée à la terre ferme par un bateau à vapeur qui faisait régulièrement la traversée depuis Pointe-du-Chêne, près de Shédiac.  C’est donc en cette ville, sise sur la baie de Bédèque, que débarqueraient la plupart des délégués en provenance de l’extérieur de l’Île.

Miscouche était à l’époque une paroisse acadienne assez prospère.  D’abord connue sous le nom de la Belle-Alliance, cette paroisse avait été fondée en 1817 par un groupe d’Acadiens de la Rivière-Platte, située à peu de distance de Miscouche sur le littoral de la baie de Malpèque.  À cet endroit, ils étaient locataires du Colonel Harry Compton, le propriétaire du Lot 17.  Des relations difficiles se développèrent entre les Acadiens et leur propriétaire, ainsi qu’avec leurs voisins anglais, de sorte que la plupart quittèrent la Rivière-Platte à compter de 1812 pour aller s’établir ailleurs dans le comté de Prince.  Les derniers à quitter l’endroit profitèrent d’une offre du Colonel Compton et achetèrent, en 1816, 6,000 acres de terres non défrichées pour la somme de 625 livres.  Ils nommèrent d’abord ce site Belle-Alliance et ce possiblement afin de souligner l’heureuse entente conclue avec le propriétaire Compton par laquelle ils étaient devenus propriétaires fonciers.

En 1823, les pionniers de l’endroit construisent une église qu’ils dédient à Saint-Jean Baptiste.  Ils construisent aussi une école.  L’éducation s’améliora beaucoup lorsque l’abbé Joseph Quevillon fit bâtir, en 1864, un couvent qu’il plaça sous la direction des religieuses enseignantes de la Congrégation Notre-Dame de Montréal.  Cette maison d’éducation bilingue contribua grandement à l’avancement et à la prospérité de la région.  Cette institution devint en quelque sorte un symbole du réveil acadien qui commençait à se faire sentir au cours des années 1860.  Enfin, l’ouverture d’une gare de chemin de fer, vers 1872, signala une ère nouvelle pour la localité.

En se basant sur le recensement du diocèse de Charlottetown pour l’année 1890, il est possible d’établir, dans une certaine mesure, ce que pouvait être la population de cette paroisse six ans auparavant.  En 1890, la population catholique de la paroisse comprenait 820 habitants dont 83% étaient d’origine acadienne et 17% d’origine britannique.  Parmi les familles acadiennes, il y avait 43 Gaudet, 32 DesRoches, 26 Poirier, 10 Arsenault, 6 Gallant, 4 LeClerc, 2 Richard, 1 Doucette, 1 LeBlanc, 1 Bourque et 1 Boudreault.  Chez les familles anglophones, la plupart d’origine écossaise, il y avait les MacNeill, Gillis, Steele, Cunningham, Woods, Beairsto et Heckman.

Les Acadiens de Miscouche s’adonnaient surtout à l’agriculture.  Le recensement dénombrait 82 fermiers.  On trouvait également chez la population acadienne toute une variété d’occupations à savoir:  30 ouvriers, 5 marchands, 4 servantes, 4 commis, 3 enseignants, 3 mécaniciens, 2 enseignants de musique, 2 couturières, 2 cordonniers, 1 meunier, 1 tailleur, 1 plâtrier, 1 maître de gare, 1 garde-malade, 1 fabriquant de cure-dents, 1 connétable, 1 locataire et 1 cuisinière.

Cette communauté acadienne semble avoir été assez dynamique à l’époque selon un article intitulé “Le progrès de Miscouche” paru dans le Moniteur Acadien, le 1er juin 1876.  Entre autres, on y mentionne une société de discussion mise sur pied par le Père Ronald McDonald, curé de la paroisse.  Composés presqu’exclusivement de cultivateurs, les membres de cette société se rencontraient régulièrement afin de discuter de l’avancement de l’agriculture et “des moyens les plus propres à relever le niveau de cette noble profession.”  Cette association avait aussi à sa disposition une salle spacieuse, une bibliothèque, une chambre de lecture où ses membres pouvaient aller tous les jours lire les journaux de l’Île, les meilleurs journaux du Canada et des États-Unis, etc.  De temps à autre, on y tenait des séances où on discutait de sujets d’actualité.

En 1884, année de la Convention nationale acadienne, les principaux chefs de file acadiens de l’endroit étaient Gilbert Desroches, H.-V. Desroches, Jean-S. Gaudet et Joseph Poirier (“Joe Bellone”), tous marchands et exportateurs d’huîtres; Prosper Desroches, tailleur; et l’abbé Nazaire Boudreault, curé de la paroisse.  Ce dernier était originaire des îles de la Madeleine.

À l’époque de la Convention, selon plusieurs témoignages, l’anglais se parlait déjà dans certaines familles acadiennes de Miscouche.  La minorité anglophone dans la paroisse avait beaucoup d’influence car les activités publiques se déroulaient surtout en anglais.  Ce courant d’anglicisation se faisait aussi sentir à l’époque dans plusieurs autres communautés acadiennes de l’Île et des Provinces Maritimes.  Réunis à Miscouche, une paroisse acadienne si visiblement menacée par l’assimilation, les chefs acadiens d’alors adoptèrent diverses résolutions visant à enrayer cette marée anglicisante et à assurer ainsi la survie culturelle de leur peuple.

Voici comment le Summerside Journal décrivait le village de Miscouche en 1884: “Ce beau village de campagne est présentement dans un état prospère et florissant.  Nos marchands ont été excessivement occupés au cours de l’automne.  Quelques-uns ont été impliqués dans le commerce des produits agricoles, payant comptant les plus hauts prix pour les pommes de terre, l’avoine, etc.  D’autres marchands ont fait le commerce des huîtres, et certains autres le commerce des oeufs.  À part des commerçants, nous avons toute une gamme de mécaniciens, de carrossiers, de forgerons, de tailleurs, de cordonniers, de charpentiers, de menuisiers, de tonneliers, de bouchers, etc.”

 

 

Manifeste du Président

Messieurs,-

Tout indique notre 2me convention nationale, convoquée à Miscouche pour le 15 du présent mois, doit être couronnée de succès.  Nos compatriotes partout s’empressent de répondre à l’appel qui leur est fait.

Nous espérons qu’à cette réunion de famille nous pourrons resserrer les liens qui nous unissent, aviser aux moyens à prendre pour avancer avec plus de succès encore dans la voie du progrès, apprendre à nous mieux connaître et à mieux apprécier la mission à laquelle nous a destinés la Providence.

Nous avons à coeur, en convoquant cette réunion, de travailler à l’amélioration de notre condition sociale et politique et à tout ce qui peut rendre meilleur notre état comme peuple.  Les questions d’éducation, de colonisation, de commerce, etc., y seront traitées.

Nous vous invitons donc à vous rendre à Miscouche pour le 15 en aussi grand nombre que possible.

Efforçons-nous, surtout, par notre bonne conduite, notre assiduité au travail qui nous y attend, notre déférence pour les opinions d’autrui, et par notre union patriotique, de mériter l’approbation de nos supérieurs ecclésiastiques, l’estime de nos semblables, le respect de nos concitoyens d’origine différente, et la bénédiction du ciel.

Que nous nous amuserons, j’en suis certain, que nos labeurs auront pour résultat l’avancement de notre intérêt général, j’ose l’espérer et offrir des voeux pour la réalisation de cette attente et pour notre plus grand bien.
Veuillez me croire votre serviteur dévoué,

5 août 1884                                                                                                                                                                           P.A. Landry, Président.

(Le Moniteur Acadien, le 7 août 1884)

 

 

Programme

Les officiers de la seconde convention générale, choisis à Memramcook à la Convention générale de 1881, sont :

Hon. P.A. Landry, Président, G.A. Girouard, Secrétaire, Hon. Jos. O. Arsenault, Hon. S.F. Poirier, Urbain Johnson, Pascal Poirier, J.C. Doiron, J.J. Arsenault, M. Robichaud, Urbain Doucet, M. Benoit, F.X. Vautour, Dr E.T. Gaudet, Dr J.A. Léger, N.A. Landry, A.D. Richard, Dr L.N. Bourque, Dr F. Gaudet, Dr A.P. Landry, Onés. Turgeon, Evariste LeBlanc, Dr Gallant, Ferdinand Robidoux, Gilbert Buote.

La convention sera tenue à Miscouche, Île-du-Prince-Édouard, le 15 août 1884.  Tous les Acadiens et descendants d’Acadiens, nommément ceux de l’Île-du-Prince-Édouard, de la Nouvelle-Écosse et du Cap Breton, du Nouveau-Brunswick, des Îles de la Madeleine, de la province de Québec et de l’État du Maine, sont de droit membres de la convention.

Les travaux préparatoires sont confiés à cinq commissions, lesquelles feront rapport à la convention générale.

Sont de droit membres de ces commissions, tous les prêtes acadiens et canadiens des provinces maritimes et des Îles de la Madeleine, tout prêtre, à quelque nationalité qu’il appartienne, desservant dans les provinces maritimes, l’État du Maine, et la province de Québec, une paroisse composée en tout ou en partie d’Acadiens; tout sénateur et conseiller législatif acadien; tout député et ex-député acadien aux Chambres des Communes ou à la législature de sa province; cinq délégués nommés à cette fin par chaque paroisse acadienne des provinces maritimes, des îles de la Madeleine, de l’État du Maine, de la province de Québec, et toute personne spécialement invitée par le conseil des officiers généraux.

Les commissions, sous la présidence de leurs rapporteurs, se réuniront à Miscouche mercredi après-midi et jeudi, les 13 et 14 d’août, afin d’être prêtes à faire leur rapport le 15.

1e COMMISSION
LA COLONISATION

M. l’abbé Joseph Ouellet, Saint-Marie, N.B., rapporteur; l’Hon. S.F. Perry, Tignish, Î.P.É., secrétaire.

2e COMMISSION
LANGUE ET ÉDUCATION FRANÇAISE

M. Palcal Poirier, Ottawa, rapporteur; M. Blanchard, avocat, Î.P.É., secrétaire.

3e COMMISSION
DRAPEAU ET CHANT NATIONAL

M. l’abbé S. Doucet, Tracadie, N.B., rapporteur; le Révd. Père André Cormier, Memramcook, N.B., secrétaire.

4e COMMISSION
AGRICULTURE

M. l’abbé M.F. Richard, N.B., rapporteur; l’hon. J.O. Arsenault, Î.P.É., secrétaire.
5e COMMISSION
COMMERCE ET INDUSTRIE

M. Robicheau, M.P.P., N.E., rapporteur; M. Gilbert Desroches, Î.P.É., secrétaire.

Toute paroisse ou mission acadienne des provinces maritimes, de l’État du Maine et des îles de la Madeleine, devra élire cinq délégués, lesquels sont priés de se réunir à l’Île du Prince-Édouard le 13 du mois d’août dans l’après-midi.  Cette élection des cinq délégués se fera, s’il est possible, le troisième dimanche du mois de juin, à l’issue de l’office divin – messe ou vêpres.  M. le curé, ou, à son défaut, messieurs les marguilliers et syndics, sont priés de prendre l’initiative de l’élection des délégués de leur paroisse ou mission.

Les délégués devront sans retard faire un rapport écrit de leur élection signé par M. le curé ou par trois syndics ou marguilliers, adressé à M.G.A. Girouard, Bouctouche, Kent, secrétaire général de la convention.

(Le Moniteur acadien, le 31 juillet 1884)

 

 

Les préparatifs

“De Miscouche nous apprenons de source autorisée que la paroisse se prépare avec un élan magnifique et une harmonie parfaite à faire les frais de la cérémonie et de la réception.

Il y aura tea party le 14 et et 15 et comme les dames de Miscouche et leurs maris ont déjà fait leurs preuves en pareilles occasions, les visiteurs assisteront à un pique-nique digne du nom.

M. le curé Boudreau préside aux préparatifs, c’est dire que tout sera fait à point.

M. le curé a bien voulu se charger aussi d’organiser la cérémonie religieuse par laquelle s’ouvrira la Convention dans la matinée du 15 août.  Il y aura messe solennelle et sermon de circonstance.  La religion occupe toujours la première place dans nos jours de fête, aujourd’hui comme aux premiers temps de l’Acadie.”

(Le Moniteur Acadien, le 31 juillet 1884)

 

Le transport des participants

“L’endroit choisi pour tenir la convention (Miscouche) est l’un des plus pittoresques et des plus agréablement situés de l’Île Saint-Jean; il n’est qu’à cinq milles à l’ouest de Summerside et l’on s’y rend en chemin de fer, des deux extrémités de l’Île.  De Shédiac la traversée à Summerside dure à peine trois heures.

Enfin les conditions avantageuses obtenues, par l’honorable M. Landry, président de la convention, des voies ferrées et des bateaux traversiers pour le passage de ceux qui assisteront à la convention, mettent le voyage à la portée de toutes les bourses, et nous serons bien déçus si nos nationaux de la grand’terre ne vont en grand nombre rendre à leurs frères insulaires la visite qu’ils en ont reçue en 1881.”

(Le Moniteur Acadien, le 31 juillet 1884)

 

“Tous ceux qui peuvent le faire doivent se rendre à Miscouche pour le 15 août.  C’est un devoir sacré que tout Acadien se doit à lui même et à sa patrie.  Grâce aux favorables conditions de passage obtenues par le président de la convention en faveur de ceux qui s’y rendront, on n’a pas d’excuse pour rester en arrière.

Des rives du comté de Kent, des paroisses du Barachois et du Cap Pelé, et du Petit Cap, on peut facilement se rendre à Miscouche dans les embarcations que presque chacun de nos habitants possède. Un grand nombre s’y rendront sans doute par ce moyen.”

(Le Moniteur Acadien, le 7 août 1884)

 

Excursion à bon marché

“Ainsi que nous l’avons dit la semaine dernière, il y a, à l’occasion de la convention de Miscouche, excursion sur le chemin de fer de l’Île, l’Intercolonial et les bateaux à vapeur.

L’Intercolonial et le chemin de fer de l’Île émettront à toutes leurs stations des billets d’excursion à bon marché à partir du 13 août, lesquels seront bons pour le retour jusqu’au 18.

La compagnie des vapeurs de l’Île donnera pour $1.00 des billets de retour à tous ceux qui iront à la convention, et qui seront munis d’un certificat constatant la chose.  Ce certificat sera donné à bord du bateau soit par M. le président de la convention soit par son délégué, pendant la traversée, le 13 et le 14.

Les excursionnistes qui s’embarqueront aux stations de l’Intercolonial devront demander à l’agent des billets d’excursion en spécifiant qu’ils se rendent à la convention de Miscouche.  Ces billets toutefois ne comprendront que le passage de la station de départ à la station de la Pointe-du-Chêne, attendu qu’il faudra acheter ses billets de traversée à bord des bateaux à vapeur qui nous transportent à Summerside.”

(Le Moniteur Acadien, le 7 août 1884)

 

Fanfare

“Ainsi que nous l’anticipions, un bon nombre de délégués et autres se sont rendus ou vont se rendre à Miscouche en goëlette.  Il en est parti quarante de Richibouctou, mardi, par cette voie, et de Bouctouche on s’est organisé pareillement.

Hier, un bon nombre de nos compatriotes ont traversé par le vapeur.

Grâce à l’énergie de M. Sylvère Arsenault, qui a pu rassembler une dizaine de membres du corps de musique du Collège Saint-Joseph, on aura le plaisir d’entendre cette fanfare à la convention.  Les musiciens, ayant à leur tête le R.P. Bourque, leur directeur, se sont embarqués hier.”

(Le Moniteur Acadien, le 14 août 1884)

 

L’arrivée des délégués

“Les délégués à la Convention des Acadiens-français qui débute à Miscouche aujourd’hui et qui se termine demain sont arrivés à Summerside hier soir accompagnés d’une fanfare.  Le surintendant Coleman qui se trouvait à ce moment-là à Summerside a mis un train spécial à leur disposition et ils furent ainsi capables de se rendre à Miscouche dans la soirée.  Les délégués viennent de toutes les régions du Nouveau-Brunswick, de la Nouvelle-Écosse et du Cap-Breton.”

(The Examiner, le 14 août 1884, Traduction)

 

 

Compte rendu des activités

“Plus de la moitié des délégués s’étaient rendus à Miscouche pour le 14 afin de prendre part aux travaux des commissions, lesquelles, toutefois, n’ont pu, excepté celle de la langue et de l’éducation françaises, accomplir leur oeuvre que dans la soirée.  Les commissions ont siégé dans les salles du couvent de Miscouche, généreusement mises à la disposition de la convention par les Religieuses de la Congrégation de Notre-Dame.

Disons de suite que les mesures prises par M. le curé de Miscouche et ses paroissiens pour recevoir les gens ne laissaient rien à désirer.  Franche hospitalité, accueil cordial, prévenance empressée, on se sentait à l’aise partout.

À l’arrivée du vapeur à Summerside mercredi et jeudi, des convois spéciaux transportaient les passagers à Miscouche, où l’on arrivait à temps pour prendre le souper sous les tentes érigées à peu près à mi-chemin entre la gare et l’église; le service des tables était très bien organisé, et les dames méritent des éloges pour le succès avec lequel elles ont rempli leur tâche.

De fréquentes averses ont interrompu le pique-nique qui a eu lieu le 14, et l’on avait lieu de craindre pour le succès du lendemain.  Ces craintes ne se réalisèrent point, car jamais soleil plus radieux n’a lui sur un jour de fête.

Aussi, dès sept heures du matin, les abords de l’église étaient-ils déjà remplis d’une foule immense, en habits de fête, le sourire sur les lèvres, la figure rayonnante, le regard animé.  Le temple de la paroisse allait être trop petit pour contenir la dixième partie de la multitude.  Un autel fut érigé à la porte de l’église sous un dais de verdure, et les Religieuses du couvent se chargèrent d’exécuter les décors.

Un espace suffisant fut réservé en face de l’autel pour les membres du clergé présents, les membres du comité exécutif et les délégués, les membres du corps de musique et le choeur paroissial.

(…)

De quatre à cinq mille personnes se pressaient sur le carré de l’église lorsque commença, à neuf heures et demi, le Saint Sacrifice de la messe, offert par le doyen des prêtres acadiens, M. l’abbé Charles Boudreault, des Îles Madeleine…
Le choeur de Miscouche, composé d’environ vingt voix – hommes et femmes – exécuta à perfection une messe en musique celle de Peters – sous la direction d’une Religieuse du couvent, aidée de Mlle Léonore Bourque, qui présidait à l’orgue.  À l’offertoire, le choeur chanta l’Ave Marie de Lambillotte.  Le corps de musique du collège St-Joseph fit entendre plusieurs morceaux appropriés à la circonstance.

Après la messe, le Révd Père A.-D. Cormier, du Collège Saint-Joseph, prononça le sermon de circonstance.  Prenant pour texte ces paroles:  Beatus populus cujus Dominus Deus ejus, le prédicateur – invité à la dernière heure – n’eut qu’à laisser parler son coeur pour être éloquent.

(…)

Après la messe on se sépara pour le dîner.  À une heure, du haut d’une estrade préparée spécialement à cette fin, le président ouvrit les travaux de la convention dans un admirable discours qui frappa tous les esprits par la justesse de ses observations.

La convention à dû siéger le soir, dans la salle du couvent, pour élire les officiers du prochain congrès, qu’il a été décidé de tenir à la Nouvelle-Écosse.  L’hon. M. Landry a été réélu président à l’unanimité; l’hon. Isidore LeBlanc, d’Arichat, et M. Urbain Doucet, de la Rivière Météghan, ont été choisis pour vice-présidents, et M. Pascal Poirier pour secrétaire.”

(Le Moniteur Acadien, le 21 août 1884)

 

 

Les résolutions de la Convention

Les délégués réunis en sessions d’études à Miscouche, en 1884, ont tenté de trouver des solutions aux nombreux obstacles qui entravaient la survie et le développement de leur peuple en tant qu’entité culturelle.  Ils se sont d’abord rencontrés en divers ateliers pendant la soirée du 13 août et au cours de la journée et de la soirée du 14.  Leurs résolutions furent ensuite présentées en plénière au cours de l’après-midi du 15 où elles furent adoptées par l’ensemble des membres de la Convention.

Les premières résolutions étudiées et adoptées concernaient la colonisation et le problème de l’émigration des Acadiens vers les centres urbains et industriels des États-Unis.  Résoudre cette question était la principale préoccupation des chefs acadiens.  En effet, ceux-ci considéraient cette migration comme une menace sérieuse à la survivance de leur peuple.  Elle mettait en cause le maintien de la langue française, des traditions acadiennes et même, croyait-on, de leur foi catholique.  Des résolutions furent donc formulées afin d’enrayer le mouvement d’émigration vers les États-Unis en encourageant les jeunes Acadiens à aller s’établir du côté des terres vacantes du Nouveau-Brunswick.  Ainsi, on donna un nouvel élan à la Société de Colonisation, fondée lors de la première Convention, en élisant le dynamique Père Marcel-François Richard à la présidence.

 
Le second groupe de résolution se rattachaient à la langue et à l’éducation française.  Celles-ci concernaient surtout les Acadiens de l’Île.  On adopta en effet des recommandations adressées au gouvernement insulaire.  Elles demandaient que l’enseignement de la langue française, dans les districts scolaires acadiens, soit mis sur le même pied que l’enseignement de la langue anglaise; que les professeurs reçoivent pour l’enseignement du français les mêmes rémunérations pécuniaires et les mêmes chances d’avancements que pour l’enseignement de l’anglais; et que l’inspection des écoles se fasse en français comme en anglais dans les localités françaises.  Afin d’aider à promouvoir la langue, l’éducation et la culture française chez les Acadiens, La Ligue française fut mise sur pied.  On formula le voeu que celle-ci soit affiliée à une société du même nom, récemment formée en France, et dont le but était la promotion de la langue et de la civilisation françaises dans le monde.

La Convention de Miscouche est surtout connue comme celle où les Acadiens se sont choisis un drapeau et un hymne national.  Le choix de ces symboles fut effectivement l’objet des délibérations de la troisième commission.  En plénière, toute l’assemblée ratifia sa principale résolution voulant que le tricolore français, avec une étoile jaune dans la partie bleue, soit adopté  comme drapeau acadien.  Les délégués ont aussi adopté l’air de l’Ave Maris Stella comme hymne national.  Ils se sont également choisis à Miscouche un insigne et une devise, “l’Union fait la force.”

Les délégués ont accordé une grande importance à l’agriculture.  Ils s’entendaient sur le fait que l’agriculture avait été et continuerait d’être la sauvegarde de la culture acadienne.  Des résolutions demandaient donc aux Acadiens de porter une plus grande attention à améliorer leur mode de culture et d’éviter de diviser et de subdiviser leurs petites fermes.  On conseillait aussi fortement à ceux obligés d’abandonner leurs terres, par la force des circonstances, de vendre à leurs compatriotes.  Enfin, on proposait que des sociétés agricoles soient établies dans chaque paroisse acadienne.

Des résolutions qui visaient le commerce et l’industrie ont aussi été adoptées par les délégués.  Nous ne connaissons toutefois pas la nature de ces dernières car elles n’ont pas été rapportées par la presse et tous les documents officiels de la Convention ont été perdus.

Les symboles nationaux acadiens

1984 par Contribution anonyme

 

“Le drapeau sera le signe du ralliement, la devise l’emblème de nos aspirations, la chanson l’expression de notre attachement à tout ce qui se rattache à la religion et à la patrie.”

(Le Moniteur Acadien, le 14 juin 1883, p. 2)

 

Les premiers nationalistes acadiens étaient conscients de l’importance de donner à leur peuple des symboles d’identité culturelle.  Cette question fut donc longuement discutée aux deux premières Conventions nationales acadiennes.  Les leaders étaient influencés dans leur démarche, en grande partie, par les écrits de l’historien français Edmé Rameau de Saint-Père.  Celui-ci les avait convaincus de l’importance de donner aux Acadiens des symboles particuliers qui les aideraient à s’affirmer comme peuple.  À la Convention de Memramcook, en 1881, les Acadiens se choisirent donc une fête nationale, et à la Convention de Miscouche ils complétèrent le choix des symboles en adoptant un drapeau, un air national, une devise et un insigne.

L’abbé Marcel-François Richard, curé de Saint-Louis (Nouveau-Brunswick), a joué un très grand rôle dans le choix des symboles acadiens.  En particulier, il a été le principal promoteur du choix de l’Assomption comme fête nationale et du tricolore étoilé comme drapeau.  Au cours des années, ce sont surtout ces deux symboles qui ont servi à proclamer et à afficher le nationalisme et le patriotisme acadiens lors de nombreuses et diverses occasions, et ce, partout en Acadie.  Le rêve des organisateurs des premières Conventions, soit de donner à leur peuple des symboles aptes à affirmer son existence et sa fierté, s’est donc réalisé.

 

La Fête nationale

Le choix d’une fête nationale a été le fait saillant de la Convention de Memramcook, en 1881.  Cette question a en effet dominé les discussions.  Les délégués furent exposés à plusieurs suggestions mais le débat se fit surtout entre la Saint-Jean-Baptiste, fête nationale des Canadiens français, célébrée le 24 juin, et la Notre-Dame de l’Assomption, célébrée le 15 août.  Parmi les tenants de la Saint-Jean-Baptiste on comptait l’honorable Pierre-Amand Landry, l’abbé Philias Bourgeois, l’honorable Joseph-O. Arsenault et l’abbé Camille Lefebvre.  Par contre, les abbés Marcel-François Richard, Jean Chiasson, Stanislas-J. Doucet, F.-X. Cormier, F. Belliveau et H. Giroir, ainsi que Pascal Poirier et Urbain Johnson se firent les défenseurs de la fête de l’Assomption.

Une discussion fort animée eut lieu.  Les partisans de la Saint-Jean Baptise étaient d’avis qu’une fête commune à tous les Canadiens de langue française les unirait autour d’objectifs communs, face à la majorité anglophone du pays.  Ils souhaitaient voir se resserrer davantage les liens entre l’Acadie et le Québec.  D’ailleurs, il existait en Acadie, depuis les années 1860, un mouvement destiné à encourager les paroisses acadiennes à célébrer la Saint-Jean-Baptiste.  Des prêtres et des laïcs québécois oeuvrant auprès des Acadiens avaient introduit cette pratique.  C’est à Rustico, dans l’Île-du-Prince-Édouard, qu’eut lieu, au tout début des années 1860, la première fête de la Saint-Jean-Baptiste, en Acadie.  Le prêtre québécois Georges-Antoine Belcourt, curé de la paroisse, avait fondé un institut de tempérance sous le patronage de Saint-Jean-Baptiste et chaque année les membres fêtaient grandiosement la fête de leur saint patron.  Memramcook, Bouctouche, Miscouche, Baie-Egmont, emboîtèrent bientôt le pas.  En 1881, un certain nombre de paroisses acadiennes chômaient donc, depuis quelques années, la Saint-Jean-Baptiste.

Les partisans de l’Assomption, par contre, affirmaient que l’histoire et la nationalité des Acadiens étaient différentes de celles des Canadiens français; il fallait donc une fête bien acadienne pour renforcer cette identité nationale qui leur était propre.  Le fait que la France avait été consacrée à la Vierge sous le règne de Louis XIII, à l’époque même de la fondation de l’Acadie, fut un autre argument utilisé en faveur du choix de cette fête.

Le temps de l’année apportait un autre élément au débat.  D’un côté, la fête de l’Assomption, selon un orateur qui s’opposait à ce choix, arrivait à l’une des époques empressées de l’année, soit au temps des foins.  Pour cette raison, la fête nationale des Acadiens ne pourrait être chômée avec tout l’élan désiré car un grand nombre d’Acadiens seraient occupés à la moisson.  Par contre, la Saint-Jean-Baptiste, comme le faisait remarquer certains délégués, se trouvait au temps des semences, une saison de l’année également achalandée pour la classe agricole.

Plusieurs discours furent prononcés lors du débat, dont un par l’abbé Marcel-François Richard, l’un des plus ardents promoteurs de l’Assomption. Son éloquent plaidoyer, avec celui des autres qui étaient de son avis, a vraisemblablement influencé la décision car une majorité, pas tellement grande semble-t-il, vota en faveur de l’Assomption.  Cependant, à l’invitation du président, toute l’assemblée manifesta son approbation en se levant pour acclamer le choix de ce symbole.

 

Extrait du discours de l’abbé Marcel-François Richard

… nous sommes convoqués ici par les organisateurs de cette convention acadienne pour “affirmer notre existence comme peuple” et prendre les moyens de conserver notre nationalité.  Veuillez croire, M. le président, que la politique que je me propose de suivre dans cette discussion est tout à la fois libérale et conservatrice. Je suivrai une politique libérale en reconnaissant les droits des nationalités qui composent notre société; et conservatrice en défendant et en faisant respecter nos droits comme peuple distinct, ayant une histoire à part et une destinée à remplir.  On vous a déjà démontré avec beaucoup de clarté et d’éloquence l’importance d’une fête nationale pour les Acadiens.  En effet, il me semble qu’un peuple qui, pendant plus d’un siècle d’épreuves et de persécutions, a su conserver sa religion, sa langue, ses coutumes et son autonomie, doit avoir acquis assez d’importance pour mériter qu’il adopte les moyens d’affirmer son existence d’une manière solennelle; et cela ne saurait se faire plus efficacement que par la célébration d’une fête nationale qui lui soit propre.  Tous les peuples ont senti le besoin de se choisir une fête nationale.  Ainsi, par exemple, les Anglais ont la Saint-George, les Irlandais la Saint-Patrice, les Canadiens la Saint-Jean-Baptiste; les Sauvages même ont une fête nationale, la Sainte-Anne.  Ainsi, M. le président, vous voyez que tous les peuples ont leur patron particulier qui les distingue les uns des autres; et par ce moyen on a conservé son identité nationale. (…)

Permettez-moi maintenant de vous signaler quelques-uns des motifs qui doivent vous engager à choisir la reine de l’Assomption comme fête nationale des Acadiens de préférence à la Saint-Jean-Baptiste.  Les Canadiens ayant choisi Saint-Jean-Baptiste pour patron, il me semble qu’à moins de vouloir confondre notre nationalité dans la leur il est urgent pour les Acadiens de se choisir une fête particulière.  Il est bon de remarquer que nous ne sommes pas les descendants des Canadiens, mais de la France, et par conséquent je ne vois aucune raison qui nous engage à nous faire adopter la Saint-Jean-Baptiste comme notre fête nationale.  À l’exemple des Anglais, des Irlandais, des Écossais, des Allemands, nous devons tâcher de nous choisir une fête qui nous rappelle notre origine.  J’ose même affirmer que la fête de l’Assomption a toujours été et doit être toujours la fête nationale des Acadiens, descendants de la race française.

Louis XIII avait fait voeu de consacrer son empire à la Sainte Vierge et il voulu que la fête de l’Assomption fût la fête nationale du royaume.

Or peu d’années plus tard il envoya des colons prendre possession de l’Acadie.  Ils ont dû par conséquent emporter avec eux les usages et les coutumes de leur patrie, et si des circonstances malheureuses les ont empêchés de chômer leur fête nationale d’une manière régulière, il est pourtant vrai de dire que la dévotion nationale des Acadiens, c’est la dévotion à Marie.

(Le Moniteur Acadien, le 11 août 1881)

 

Le drapeau acadien

À la Convention de Miscouche, en 1884, les membres de la 3e commission, sous la présidence de l’abbé Marcel-François Richard, se sont réunis pour discuter du choix d’un drapeau national.

Comme pour le choix de la fête nationale, l’abbé Marcel-François Richard y a exercé une très grande influence.  C’était une question à laquelle il réfléchissait depuis quelques années.  En 1882, lors de la fête de l’Assomption, à Saint-Louis, il lançait effectivement quelques idées pour un drapeau acadien:  “Je vois flotter sur le terrain de l’église, disait-il à la foule rassemblée, quatre drapeaux (le drapeau de Marie, le drapeau pontificale, le drapeau français et le Union Jack) dont les couleurs et les nuances semblent fort propres à confectionner le drapeau acadien.”  Deux ans plus tard, comme président de la commission chargée d’étudier le choix d’un drapeau national, il présentait aux participants de cette commission son plan d’un drapeau acadien.  Celui-ci consistait en le tricolore français orné d’une étoile dans la partie bleue.  L’éloquent abbé Richard réussit assez facilement à convaincre les autres membres de la commission de sa conception du drapeau acadien.

Les travaux de la 3e commission terminés, le rapporteur, le Père A.-D. Cormier, présenta son rapport à la plénière, le 15 août en après-midi.  Il souligna surtout que dans le choix d’un drapeau les Acadiens devraient imiter leurs voisins anglais, irlandais et canadiens-français qui hissaient le drapeau de leur mère-patrie lors de leurs fêtes nationales.  Il termina son rapport par la proposition suivante:

Il est proposé par le secrétaire soussigné, appuyé par M. l’abbé M.-F. Richard, que:  “Le drapeau tricolore soit le drapeau national des Acadiens-français.  Comme marque distinctive de la nationalité acadienne on placera une étoile, figure de Marie, dans la partie bleue, qui est la couleur symbolique des personnes consacrées à la Sainte Vierge.  Cette étoile, Stella Maris, qui doit guider la petite colonie acadienne à travers les orages et les écueils, sera aux couleurs papales pour montrer notre inviolable attachement à la sainte Église, notre mère.”

(Le Moniteur Acadien, le 28 août 1884)

Après le rapport du secrétaire de la commission, l’abbé Richard prit la parole devant la foule et dans un vibrant discours exhorta ses compatriotes à adopter le drapeau proposé.  La proposition fut ensuite mise au vote et elle reçut un appui unanime et enthousiaste.  Selon Le Moniteur Acadien, les uns pleuraient “et tous saluèrent ce choix avec allégresse.”

En soirée, lorsque les délégués étaient réunis dans la grande salle du couvent pour clore la Convention, l’abbé Richard déploya, à la grande surprise des congressistes, le nouveau drapeau acadien qu’il avait fait fabriqué par une de ses paroissiennes.  C’est avec beaucoup d’émotions que les délégués saluèrent pour la première fois leur drapeau national.  Et, le lendemain matin, on le hissa en face de l’église de Miscouche.  Comme il se déployait à la brise, le curé de Miscouche le salua d’une fusillade au milieu des vivats enthousiastes des habitants de Miscouche et de leurs hôtes.  Plus tard dans la journée, le capitaine du vapeur qui ramenait la plupart des Acadiens de la terre ferme chez-eux fit flotter leur drapeau juste au-dessous de celui d’Angleterre.  Croyant apercevoir le drapeau de la France, une corvette de la flotte britannique ancrée près du quai de Summerside hissa son drapeau.  Elle saluait ainsi, sans s’en rendre compte, le nouveau drapeau des Acadiens.

Au cours des décennies qui ont suivi la Convention, certains Acadiens ont contesté le choix du tricolore étoilé.  Ils trouvaient que ce drapeau était trop semblable à celui de la France révolutionnaire; ils auraient préféré voir un drapeau tel le fleur-de-lys flotter en Acadie.  Ce dernier leur était plus sympathique car il représentait les valeurs traditionnelles, cléricales et monarchiques d’avant la Révolution française.  Malgré cette contestation dans certains quartiers acadiens de la fin du 19e siècle, le drapeau tel que choisi lors de la Convention de Miscouche est devenu, au cours des années, le plus puissant symbole d’identité culturelle du peuple acadien.

 

Extrait du discours de l’abbé Marcel-François Richard sur le choix du drapeau acadien

À une armée il faut un étendard.  La bannière de l’Assomption, naturellement, sera portée avec un patriotisme religieux en tête de nos processions religieuses.  Mais il nous faut avoir un drapeau national qui flotte sur nos têtes aux jours de nos réunions ou célébrations nationales.  Plusieurs formes de drapeaux ont été proposées.  Je ne veux pas déprécier les suggestions faites à ce propos; mais je ne puis m’accorder avec ceux qui prétendent que nous devons choisir un drapeau tout à fait différent de celui qui représente notre mère-patrie.  Le drapeau tricolore est le drapeau de la France, dont nous sommes les descendants, et ce drapeau a droit de flotter par convenance internationale dans l’univers entier.  Pour nous, Acadiens, ce drapeau nous dit simplement que nous sommes français et que la France est notre mère-patrie, comme le drapeau irlandais rappelle aux Irlandais leur origine et leur patrie.

Cependant, je voudrais que l’Acadie eût un drapeau qui lui rappelât non seulement que ses enfants sont français, mais qu’ils sont aussi acadiens.  Je suggère donc, et je propose aux délégués de cette convention le plan suivant du drapeau national.

Le drapeau tricolore tel que confectionné serait celui de l’Acadie en y ajoutant dans la partie bleue une étoile aux couleurs papales.  L’étoile qui représente l’étoile de Marie, Stella Maris, servira d’écusson dans notre drapeau comme celui du Canada fait du drapeau anglais celui de la Confédération.

Monsieur le président et messieurs, ne vous semble-t-il pas que déjà vous êtes prêts à adopter ce drapeau qui réveille en vous le sentiment que vous êtes et que vous devez rester français, et que vous êtes acadiens et que vous voulez rester acadiens et porter ce drapeau à la victoire?  Dans l’avenir, lorsque les ennemis voudront méconnaître nos droits, la vue de ce drapeau nous rappellera nos devoirs et nous encouragera et nous fortifiera dans le combat.  Regardant l’étoile qui orne votre étendard, vous vous rappellerez que combattre sous l’égide de Marie, c’est être assuré d’une victoire peut-être tardive, mais certaine.

Pour ma part, il me semble déjà entendre les battements de mon coeur, à la pensée que l’Acadie ayant sa fête nationale, va, par notre choix autorisé, posséder aussi un drapeau national, qui flottera aux jours de nos réjouissances et nous servira d’étendard dans les combats que nous serons appelés à soutenir pour la défense de nos droits souvent méconnus et méprisés.

Je demande à M. le président de proposer au vote des délégués le choix du drapeau de l’Acadie et j’ose espérer que le plan que je viens d’élaborer rencontrera l’approbation de mes compatriotes acadiens.

(Le Moniteur Acadien, le 28 août 1884)

 

L’hymne national

Les délégués de 1884 étaient moins préparés à discuter du choix d’un chant national que d’un drapeau.  La troisième commission intitulée “Drapeau et chant national” s’était bien acquittée de son rôle quant au choix d’un drapeau.  La question de l’hymne national, par contre, avait été renvoyée à un comité spécial à être nommé par les délégués faute de suggestions jugées appropriées.  Toutefois, dans un moment de vive émotion et de façon assez spontanée, la Convention se rallia autour du cantique marial, l’Ave Maris Stella.

Le choix de ce symbole fut donc fait sans aucune étude préalable et sans aucune recommandation de la part d’un comité.  Plusieurs Acadiens de l’époque se sont demandés par la suite si c’était la chanson ou l’air seulement qu’on avait choisi comme l’hymne national.

Il devient de plus en plus clair, dans les années qui suivirent la Convention, que les délégués avaient choisi la “mélodie” de l’Ave Maris Stella comme “air” national.  Dès l’automne 1884, une lettre à cet effet fut publiée dans le Moniteur Acadien.  L’auteur se demandait si on allait emprunter les mots d’une chanson du Canada français ou de la France pour accompagner l’air de l’Ave Maris Stella, ou bien si on allait trouver une composition acadienne originale.  “Des rimes nouvelles, disait-il, qui s’harmoniseront avec l’air déjà adopté et résumeront l’Acadien tel qu’il est, avec son passé rempli d’orages et son avenir souriant d’espoir.”  En terminant, ce correspondant suggère l’établissement d’un concours pour trouver des paroles qui, adaptées à l’air national choisi, deviendront “notre chanson populaire par excellence.”  (Le Moniteur Acadien, le 20 novembre 1884)

Un correspondant du Courrier des Provinces Maritimes fit remarquer, dans l’édition du 9 mai 1889, que l’air national de l’Ave Maris Stella, tel que choisi à Miscouche, n’avait pas été joué “une seule fois par aucun de nos corps de musique” et ce, cinq ans après la Convention.  De plus, toujours selon l’auteur de la lettre, il était mieux de laisser ce chant à l’Église car en traînant l’Ave Maris Stella dans les salles publiques, dans les banquets politiques ou dans les lieux où l’on viderait une bouteille de champagne, ce serait manquer de piété et se moquer du ciel et de la terre.

Il y eut à maintes reprises des essais de composition d’un hymne national acadien sur l’air adopté à Miscouche.  Des efforts en vue de donner à l’Acadie un chant national populaire ont aussi été faits.  Deux de ces compositions profanes ont connu un certain succès.  Il s’agit de la Marseillaise acadienne, composée en 1910 par l’abbé A.-T. Bourque, et En Avant!, oeuvre de l’abbé Stanislas Doucet, datant de 1912.

À partir du milieu des années 1960, l’Ave Maris Stella fut remis en question lors de divers ralliements.  Même qu’en 1972, à la réunion des francophones du Nouveau-Brunswick tenue à Fredericton, 58.7% des délégués se sont déclarés favorables à ce que l’hymne national des Acadiens, l’Ave Maris Stella, soit remplacé alors que 16.8% étaient contre et 26% étaient indécis.

En 1984, cent ans après le choix de la Convention de 1884, la question de chant national acadien n’est toujours pas réglée.  L’Ave Maris Stella, que l’on chante encore en latin lors de certaines manifestations patriotiques, demeure toujours l’hymne national officiel de l’Acadie.  Il existe toutefois un manque de consensus autour de ce symbole.

 

Ave Maris Stella

1.
Ave maris stella
Dei Mater alma
Atque semper Virgo
Felix coeli porta
Felix coeli porta

2.
Sumens illus Ave
Gabrielis ore,
Funda nos in pace,
Mutans Hevae nomen.

3.
Solve vincla reis,
Profer lumen caecis,
Mala nostra pelle,
Bona cuncta posce.

4.
Monstra te esse matrem,
Sumat per te preces
Qui pro nobis natus,
Tulit esse tuus.

5.
Virgo singularis
Inter omnes mitis,
Nos culpis solutos
Mites fac et castos.

6.
Vitam praesta puram,
Iter para tutum,
Ut videntes Jesum
Semper collaetemur.

7.
Sit laus Deo Patri,
Summo Christo decus,
Spiritui Sancto,
Tribus honor unus.  Amen.

 

Le choix de l’hymne national

Au moment où les délégués allaient se séparer, M. l’abbé Richard annonce qu’il est en mesure de leur faire voir un échantillon du drapeau national adopté par la Convention.  Des hourras frénétiques accueillent cette proposition.  M. Richard et le Père Cormier déploient, par un silence solennel, devant un auditoire ému, un superbe drapeau tricolore orné de l’étoile aux couleurs pontificales.  L’enthousiasme est universel, de bruyantes acclamations saluent l’étendard national que l’on voit pour la première fois.  De toutes parts on demande une chanson, les uns suggérant la Marseillaise, lorsque M. Richard entonne d’une voix grave et solennelle l’Ave Maris Stella, que tout le monde répète après lui.  C’était un spectacle admirable, saisissant.  Le God Save the Queen succède à l’Ave Maris Stella, puis M. Richard prenant la parole, exprime l’espoir que nos musiciens nous donneront bientôt un air national.

M. Pascal Poirier, interrompant M. l’abbé Richard, demande la parole pour quelques instants.  Plus que tous les autres il est ému.  D’une voix frémissante il nous annonce que pour lui l’air national des Acadiens est tout trouvé, et trouvé d’une manière merveilleuse qui montre le doigt de Dieu, l’intervention de Marie, notre patronne.  Cet air que nous cherchions, que nous implorions, il vient de retenir à nos oreilles, il vient d’éveiller dans nos coeurs les plus douces et les plus suaves sensations.  C’est l’air entonné par M. l’abbé Richard, répété par toute l’assistance, c’est l’air de l’Ave Maris Stella, qui se chante dans toutes nos églises et que l’on entend si souvent dans nos chaumières; la salutation de l’Église à Marie, patronne des Acadiens.

À ce moment des transports d’allégresse éclatent sur toutes les figures, tous les coeurs battent bien haut dans les poitrines.  M. Poirier avait frappé juste et sa parole éloquente et enflammée avait porté la conviction dans tous les esprits, embrasé tous les coeurs.

(…)

Le président soumit la proposition à l’assemblée qui l’adopta au bruit des acclamations enthousiastes de la délégation.  On chanta de nouveau l’air désormais national de l’Ave Maris Stella; jamais hymne ne fut chanté avec plus d’entrain.

C’est là un faible aperçu de la scène la plus mémorable de la 2e Convention Acadienne, et ce n’est pas trop avancer que de dire que le souvenir en restera à jamais gravé dans l’esprit de tous ceux qui ont eu la bonne fortune d’en être les témoins.

(Le Moniteur Acadien, le 21 août 1884)

 

L’insigne et la devise

À la Convention de Miscouche, les Acadiens se sont aussi choisis un insigne et une devise.  Il est possible que l’élite acadienne et certains délégués présents aient voulu imiter ce qui s’était produit au Congrès de la Saint-Jean-Baptiste, à Québec, quatre ans auparavant.  Ils se rappelaient qu’à la Convention de Québec, à laquelle ils avaient participé, une association intitulée “l’Union Nationale Française de l’Amérique du Nord” avait été mise sur pied avec un insigne (la feuille d’érable et le castor) et une devise “L’Union fait la force”.  À Miscouche, les délégués adopteront la même devise mais ils se donneront un insigne particulier.

De toute évidence, le choix de ces deux symboles fut étudié par les membres de la commission du drapeau et du chant national qui formulèrent ensuite la proposition suivante, adoptée à l’unanimité par l’ensemble des délégués :

 Il est proposé et secondé que l’insigne qui se portera à la boutonnière aux jours de fêtes, sera une bandelette de soie bleue sur laquelle sera frappée une étoile entourée de rayons.  Au-dessous un vaisseau voguant à pleines voiles avec le mot Acadie écrit sur son pavillon.  La devise au bas sera:  “L’union fait la force.”  Le tout couronné d’une rosette en ruban rouge et blanc.

(Le Moniteur Acadien, le 28 août 1884)

Les Acadiens se sont très peu servis de l’insigne.  En effet, on n’en connaît qu’un seul exemplaire, conservé au Musée Acadien de l’Université de Moncton.  De plus, on l’aperçoit sur une photo du comité exécutif de la Convention nationale de 1905, tenue à Caraquet.  Sur cette photo de groupe, seul le président la porte à la boutonnière.

La devise, par contre, apparaît un peu plus souvent.  Les Acadiens l’utilisaient parfois dans les discours et dans les décors lors de fêtes, de cérémonies religieuses ou de conventions.  L’Impartial (1893-1915), le premier journal de langue française publié à l’Île-du-Prince-Édouard, l’affichait comme sa propre devise.  Aujourd’hui elle est très peu connue chez les Acadiens comme devise nationale.

La langue française sur l’Île-du-Prince-Édouard

1983 par Contribution anonyme

 

Le document que nous reproduisons ci-dessous est une lettre au rédacteur publiée dans Le Moniteur Acadien (Shédiac) le 20 novembre 1884.  L’auteur est un Acadien de l’Île-du-Prince-Édouard.  Il se plaint amèrement de l’état de la langue française dans sa province.  Il parle, entre autres, du problème de l’anglicisation des Acadiens pour lequel il jette en partie le blâme sur le manque d’enseignement français dans les écoles acadiennes et à l’École normale.  Fortement préoccupé par le problème, il se demande ce que sera la vie française, à l’Île, dans cinquante ou cent ans.

L’an prochain, il y aura exactement cent ans depuis la publication de cette lettre.  Nous sommes donc en mesure de répondre à son auteur.  La Petite Souvenance invite ses lecteurs à le faire.

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Monsieur le rédacteur — Permettez que je sollicite un court espace dans les colonnes de votre aimable journal, afin d’y insérer quelques lignes, que je désire adresser à mes compatriotes sur un sujet bien important, je veux dire la langue française.  Chaque jour je suis attristé de voir la manière dont on déteste la langue française sur l’Île Saint-Jean.  Si vous rencontrez un ami, il se donnera garde de vous adresser la parole en français, mais au contraire, il fera usage du jargon britannique, en vous disant: “How do you do, sir?” ou bien “Good morning”.

Cette coutume, mes amis, est exécrable et ne peut avoir aucune excuse.  Nous français, et avoir honte de notre langue?  Si vous leur dites:  “Mais n’es-tu pas français, parle-donc ta langue?”  Et plusieurs vous répondent:  “What’s the good of French?”  Je ne sais si c’est seulement pour contrarier que ces gens parlent ainsi; mais toujours ce sont des discours bas et dégoûtant, et qui ne devraient jamais être prononcés par des gens d’origine française.

Si vous êtes descendants de l’Acadie, si le sang français coule encore dans vos veines, conservez le français, ainsi que votre langue.  N’ayez pas honte d’une langue que des génies n’ont pas eu honte de parler avant vous.

Une grand défaut, que je remarque sur l’Isle du Prince-Édouard, c’est le manque d’enseignement français, dans nos écoles.  Est-ce la faute du gouvernement ou celle des instituteurs?  La faute des deux, je pense; car si notre gouvernement apportait plus de soin à l’instruction de nos jeunes hommes, tant dans la langue française que dans la langue anglaise, de meilleurs citoyens habiteraient nos villes et nos campagnes.  Ils en feraient des hommes loyaux et intelligents.  La grande faute des instituteurs français, dans mon opinion, est leur manque d’activité à agiter cette grande et noble question, en faisant application au gouvernement afin d’obtenir un département français à l’École Normale.  Est-ce leur manque de courage ou leur manque de patriotisme qui les empêche de faire quelques efforts?  Pensez-vous que dans cent ans, s’il n’y a pas d’amendement, au train que nous allons, toute trace de notre belle langue française sera effacée dans nos générations futures!  De nos jours déjà, à peine pouvez-vous arracher une parole française, tant des instituteurs que des élèves.  Qu’en sera-t-il donc dans cinquante ou cent ans?  Le jargon britannique sera la langue dominatrice ou adoptée par notre race; et les accents de la langue française ne seront plus entendus sur notre belle Isle St-Jean.  Anglais, partout l’Anglais!  Plus d’Acadiens! plus de langue française!  Et pourquoi? pour faire place à une langue étrangère.

Oh! mes amis, un tel état de choses est déplorable à constater. Si les cendres de nos ancêtres pouvaient se rassembler et sortir de la tombe qui les tient prisonniers!  Oh! qu’ils rougiraient de nous, en nous entendant parler une autre langue que la langue française, à laquelle ils attachaient un si grand prix.  Il me semble les entendre, s’adressant à nous, en ces termes:  “Eh quoi, vous n’êtes donc plus français?  vous n’êtes donc plus des descendants de la vieille et belle Acadie!”  Ou bien:  “Eh quoi, vous n’avez pas honte de renier votre nation, votre langue, votre origine, et je pourrais même dire votre honneur?”

Tâchons donc, mes amis, et surtout la classe instruite, d’attacher plus de prix à notre langue, et de la parler toujours.  C’est un noble héritage que nous devons conserver à juste titre, et de plus le conserver intact.  S’il nous est absolument nécessaire d’avoir une connaissance de la langue anglaise, du moins ne faisons pas mépris de notre langue maternelle.  Parlons-la dans nos familles, parlons-la entre nous, enfin parlons-la en société.  Elle est toujours la plus belle et la plus riche.  Dans tous les cercles de la société aux États-Unis, comme en Angleterre, la langue française n’est pas méprisée, mais au contraire elle est parlée en société, préférablement à l’anglais, comme étant la plus claire, la plus douce et la plus belle, et ils ne se trompent pas dans cette assertion.  Lors de la convention de 1884, je l’avoue avec franchise, j’avais honte de mes compatriotes de l’Isle, de voir la manière dont ils s’entretenaient entre eux.  Il me semble que cela devait être très contrariant pour les étrangers de voir que dans une assemblée acadienne, ou pour mieux dire dans une Convention acadienne, de voir leurs frères de l’Isle toujours parler anglais.  Tout anglais:   billets pour dîner, programme, motos, etc.

Un certain monsieur, qui aime la langue française, me disait “qu’il était étonné de voir comme le français était négligé sur l’Isle.  Pourquoi ne parlez vous pas votre langue française?” me demandait-il.  “Depuis que je suis parmi vous, je vous ai nullement entendus parler français.”  C’est honteux disait-il, de voir que des Acadiens oublient ainsi leur origine.  Or donc, mes amis, tâchons de faire mieux à l’avenir.  Pratiquons notre belle langue, faisons-la pratiquer à nos enfants; parlons la en famille, en société et dans nos assemblées, et nous aurons bientôt gagné ce que nous avons perdu.

Un bon moyen de pratiquer notre langue, serait d’organiser des sociétés de débat; ainsi que des salles de lectures, dans chaque paroisse acadienne, où chaque semaine on pourrait s’assembler, et s’instruire.  Par exemple, pendant les longues soirées d’hiver, pourrions-nous avoir un plus bel amusement, et tout en s’amusant, puiser à la source de l’instruction et des sciences?  Un autre bon moyen, de rendre nos enfants parfaits, dans notre langue, est que tout père de famille qui le peut devrait envoyer ses enfants au Collège de Memramcook, où ils recevraient une bonne éducation française.  Si aujourd’hui le Nouveau-Brunswick a des prêtres acadiens, des docteurs, des avocats, des instituteurs et des hommes d’État ils peuvent remercier le Collège St-Joseph.  Eh pourquoi cette sainte maison n’en ferait-elle pas autant pour nous si nous la patronisions?  Ne sommes-nous pas aussi intelligents que nos frères du N.B.?  N’avons nous pas comme eux nos talents?  Oui certes.  Donc tâchons de faire instruire nos enfants, et nous en ferons aussi des hommes intelligents, capables d’élever la voix, et de défendre notre cause.

Une bonne chose pour nos enfants serait d’introduire la grammaire française dans nos écoles; mais pour l’introduire, il nous faut des instituteurs capables de l’enseigner, preuve qu’il est absolument nécessaire pour nous d’avoir un département français à l’École Normale; où nos jeunes hommes qui se dédient pour la carrière de l’enseignement, pourraient recevoir une bonne éducation française.  Nos hommes publics devraient avoir depuis longtemps compris cela et auraient dû se faire un devoir d’agiter cette importante question.  Voyez au N.B., ils ont un département français à l’École Normale, ils ont leurs professeurs, leurs inspecteurs, leurs instituteurs et leurs écoles tout français.  Pourquoi n’aurions-nous pas les mêmes avantages que nos frères?  Ne sommes-nous pas des sujets aussi loyaux qu’eux?  Ne payons-nous pas nos taxes ponctuellement?  N’avons-nous pas aussi un droit à l’argent qui chaque année est déboursé pour l’instruction publique?  Oui certainement.  Nos hommes publics, j’espère y songeront, et tâcheront de mettre cette question en agitation.  C’est leur devoir, et pourquoi reculeraient-ils devant un oeuvre juste et loyale.  Avant de terminer il me semble qu’il est de mon devoir de dire un mot en passant sur la question de la colonisation.

Notre petite isle, qui, aujourd’hui est remplie comme un oeuf, ne peut plus offrir, à nos jeunes gens, les moyens de s’établir.  Que vont-ils faire?  Vont-ils s’entasser les uns contre les autres, sur un petit coin de terre amaigrie, pour languir dans la misère le reste de leur vie?  Assurément non.

Mes amis, voici le seul moyen.  Allez coloniser au Nouveau-Brunswick ou au Canada.  Là vous trouverez des milliers d’acres de terre, qui n’attendent que des bras forts et vigoureux, pour se transformer en magnifiques champs de blé.  Aujourd’hui, nous avons toutes les chances d’aller coloniser, et de nous acquérir chacun une propriété.

Nous avons des sociétés de colonisation qui sont prêtes à secourir les colons qui se trouveraient en détresse.  Nous avons des voies ferrées pour nous transporter; nous avons les frères qui nous attendent, pour aller les joindre, dans l’oeuvre de la colonisation.  Nous avons partout des débouchés et des marchés, qui sont prêts à acheter vos produits.  N’est-ce pas de grands avantages pour nous?

Dix, quinze ou vingt ans passés lorsque nos devanciers ont été coloniser, tant au N.B. qu’au Canada; je vous le demande, avaient-ils les mêmes avantages.  Non loin de là.  Ils se sont enfoncés dans ces noires forêts, sans chemin, sans appui, sans même une pauvre cabane pour se mettre à couvert des intempéries.  Toutes les contrariétés ne les ont pas découragés; et aujourd’hui ils sont à l’aise, sinon indépendants.  Le seule obstacle, que je remarque, sont les hauts prix de passage. Lorsqu’un père de famille s’en va coloniser, il vend sa petite propriété, et la plus grande partie du résultat est employé à payer son passage.  Pourquoi le gouvernement du N.B. n’aurait-il pas des prix de passage spéciaux pour les colonisateurs comme ils ont au Canada?  Je pense que cela pourrait être obtenu si cette question était agitée par les hommes influents du N.B.  Je m’arrête, monsieur le rédacteur, de crainte d’ennuyer vos intelligents lecteurs, espérant que les quelques suggestions, dont j’ai fait mention auront de bons résultats.  J’ai, monsieur le rédacteur, l’honneur d’être votre tout dévoué, etc.

UN ACADIEN

Faits intéressants

1979 par Contribution anonyme

 

“La Société Acadienne et Mutuelle de Bénéfice en Maladie” fut fondée en 1905 à Tignish.  Son but était d’unir tous ses membres par des liens de confraternité et de protection mutuelle.

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Joseph Blanchard, né à Rustico le 26 décembre 1872, fut le premier secrétaire de l’Association des Instituteurs et Institutrices Acadiens de l’Île-du-Prince-Édouard fondée en 1893.

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Le drapeau acadien fut adopté à Miscouche le 15 août 1884 lors de la deuxième Convention Nationale des Acadiens.