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La Banque des fermiers de Rustico : 1864-1894

2002 par Pie Edouard Blanchard

Pie Édouard Blanchard

 

L’édifice de la Banque des fermiers de Rustico, désigné site national historique depuis 1971, est un monument d’importance architecturale pour l’Île-du-Prince-Édouard et un symbole de la survivance acadienne.  En opération de 1864 à 1894, la Banque était une banque dite du peuple et a été un lien important à l’établissement des caisses populaires et des Credit Unions en Amérique du Nord.

L’immeuble de grès rouge, dans lequel se trouvait la Banque des fermiers, était l’oeuvre de l’intrépide curé de la paroisse Saint-Augustin de Rustico, monsieur l’abbé Georges-Antoine Belcourt, de 1859 à 1869.  L’abbé Belcourt est né à la Baie-du-Fleuve, comté Yamaska, Québec, le 22 avril 1803.  Comme missionnaire, il passa 28 années chez les autochtones et les Métis du Manitoba et de l’État du Dakota du Nord.  Il rentra au Québec en 1859.

À son arrivée à Rustico en 1859, l’abbé Belcourt s’est vite rendu compte du manque d’instruction et de l’état économique lamentable chez ses ouailles.  Donc, il établit l’Institut catholique de Rustico, groupant au-delà de 250 membres.  À chaque quinzaine, il organisait des rencontres, pendant lesquelles on assistait à des sessions d’étude et, c’est à l’intérieur de l’Institut qu’il fonda la Banque du peuple.  C’est alors la proclamation de l’Acte des banques fédérales de 1871, qui, en 1894, força définitivement la fermeture de cette institution financière.

L’abbé Georges-Antoine fit construire une bâtisse en pierre locale mesurant 60 pieds par 40 pieds pour loger sa banque.  Solidement construit, l’édifice donna des apparences de banque par ses imposantes dimensions.  Pendant de nombreuses années, on s’en est servi comme salle paroissiale et actuellement, on l’utilise comme musée où est commémorée l’oeuvre remarquable de son auteur.

 

Au fil des 137 années d’existence, les intempéries ont fait subir une détérioration considérable de l’immeuble.  C’est en 1991, que quelques personnes de la communauté, intéressées à conserver ce monument historique, se sont organisées d’abord en comité, pour plus tard s’incorporer en compagnie sans but lucratif, sous la rubrique Les Amis de la Banque des fermiers de Rustico inc.  Ce projet comprenait une rénovation structurale complète de l’édifice, réalisée par des nombreuses heures de volontariat consacrées à la planification en plus de la recherche d’un financement de plusieurs milliers de dollars.  Une campagne de collectes de fonds en sus des subventions gouvernementales, fédérales et provinciales, contributions des Caisses populaires, compagnies, individus et ami.e.s de la Banque, nous a permis de réaliser la restauration de cet édifice, qui aujourd’hui fait la joie et l’orgueil de la communauté de Rustico et des environs.

 

 

Les pique-niques à Miscouche

1981 par Sœur Hermina DesRoches

par Soeur Hermina DesRoches

 

Cet article voudrait faire suite à celui qui a paru dans La Petite Souvenance, Vol. 2, No 2, et qui  a éveillé plusieurs souvenirs dans ma mémoire.  Il était intitulé:  “Les pique-niques à Mont-Carmel” – un entretien avec Magloire Gallant, par Marie-Anne Arsenault.”  J’espère que M. Gallant ne m’en voudra pas si je me base sur ses souvenirs pour raconter les miens.

Les pique-niques à Miscouche, tout en étant un peu semblables à ceux de Mont-Carmel, étaient aussi un peu différents.  D’abord, nous n’avions pas la belle brise de la mer pour rafraîchir nos visiteurs, et nous n’avions pas nos plus les finesses du Père P.P. Arsenault, car lui il était unique.

Tandis qu’à Mont-Carmel, on profitait des trains réguliers qui passaient à Wellington, à Miscouche, assez souvent, on avait un train spécial qui venait de Tignish, et un autre venant de Souris.  Le terrain du pique-nique était situé tout près de la gare du chemin de fer, et c’était très commode, car une fois descendus du train, les gens n’avaient que quelques pas à faire pour être rendus.  Comme de raison, ces trains spéciaux n’étaient pas fournis gratuitement par l’Intercolonial à la paroisse de Miscouche!

Pour les tables, au nombre de sept ou huit, débordantes de toutes sortes de bonnes choses, on pouvait toujours compter sur les ménagères de la paroisse, qui, depuis une dizaine de jours, étaient occupées à faire des pâtisseries, des tartes et toutes sortes de douceurs pour tous ceux qui viendraient prendre des repas au pique-nique.

Les trains spéciaux arrivaient vers 10 heures, et il fallait commencer de bonne heure à servir le repas du midi, car ces gens-là venaient de loin et avaient déjeuné de bonne heure!

Les tables étaient mises sous des abris construits la veille, (par les hommes, cette fois) et couverts de petits arbrisseaux, ce qui protégeait du soleil, nourriture et convives.  En arrière de ces abris, on érigeait des poêles à bois, où l’on faisait chauffer l’eau pour le thé et le lavage de la vaisselle, car ils étaient encore loin les jours où, vaisselle en carton et ustensiles en plastiques, trouveraient le chemin de la poubelle.

Pour ce qui est des jeux, ceux de Miscouche ressemblaient à ceux de Mont-Carmel, – en était-il ainsi de la crème glacée, des galances, des danses carrées et oui, malheureusement, des chicanes.Il y avait cependant, un coin, où on vendait des objets de fantaisie, tels que broderies, tricot, crochet, fine couture, etc., et des loteries pour lesquelles, nous, les jeunes, vendions des billets, au profit du bazar.  Je me rappelle qu’en 1922, l’année où l’on agrandissait le couvent, il y avait eu un pique-nique et un bazar au profit de cette oeuvre.  La Soeur Cuisinière du Couvent avait fait un gâteau en la forme du nouveau Couvent, et on en faisait une loterie.  Mais, voyons ce que rapportent les annales du Couvent pour cette année-là:

4 juillet, 1922 – il pleut à torrents.  Les gens s’étaient préparés pour faire $2,000; mais ils seront déçus.  La pluie tombe toute la journée et gâte à peu près tous les préparatifs.  Le pique-nique est remis au 7 juillet, mais avec la même déception que le premier jour.  Le montant réalisé est de $400.  Heureusement, qu’une loterie faite au printemps d’un magnifique Renard Argenté, don de M. Urban Gillis, avait rapporté $1,378.

On se souvient pourtant aussi de la fanfare qui ne manquait pas d’égayer la fête en se faisant entendre plusieurs fois au cours de la journée.  Qu’il faisait bon déguster un succulent cornet de crème glacée tout en écoutant de belle musique… et pour ceux qui étaient à table, ils devaient se croire dans un grand hôtel de Montréal!

Si de nos jours des “Bingos” ont remplacé les pique-niques comme moyen de finance, on peut toujours se demander pour combien de temps on a eu recours aux pique-niques comme moyen financier dans nos paroisses?  De nouveau, je trouve une partie de la réponse dans les Annales du Couvent, le 12 septembre 1864.  Je cite:

“En ce jour, les gens, ayant à leur tête le Révérend Père Quévillon, avaient préparé un “Tea-Party” dont le profit était destiné à rembourser les dépenses faites pour le Couvent, par ce bon prêtre.  Des tables étaient dressées dehors, mais la Divine Providence en disposa autrement, et il plut toute la journée, de sorte que les tables furent transportées au Couvent.  La foule était telle que nous n’avions jamais vu un concours semblable.”

Pour mieux comprendre ce qui suit, il faut se rappeler que les Soeurs venaient justement d’arriver dans la paroisse.  “Nous fûmes vraiment un objet de curiosité, particulièrement pour les protestants qui n’avaient jamais vu de religieuses.”  Soulignons que les costumes d’alors ne ressemblaient pas à ceux d’aujourd’hui!

On voit donc que les “pique-niques” ou les “tea-parties” avaient lieu même en 1864.  Quand ont-ils cessé?  Peut-être qu’un autre article saura donner la réponse.