Résultats: ‘1758’

Le 13 décembre 2008, Jour du Souvenir acadien annuel, commémoration de la déportation de 1758 des Acadiens et des Acadiennes de l’île Saint-Jean

2008 par Contribution anonyme

Beaucoup parmi les Acadiens préfèrent le 13 décembre en tant que «Jour du Souvenir acadien» annuel en commémoration de leurs déportations et en particulier à cause de la pire tragédie en pertes humaines de toutes les déportations acadiennes (1755-1762), celle du naufrage, le 13 décembre 1758, du navire Duke William près des côtes de l’Angleterre avec près de 400 Acadiens et Acadiennes à son bord.

En l’occurrence, le «Jour du Souvenir acadien» en 2008 marque alors le 250e anniversaire (1758-2008) dudit naufrage du Duke William. La Société Saint-Thomas-d’Aquin, porte-parole des Acadiens et Acadiennes de l’Île-du-Prince-Édouard, a voulu commémorer ce triste 250e anniversaire par le dévoilement de son Monument de l’Odyssée acadienne qui s’est produit dans le lieu panoramique du havre de Charlottetown car, après tout, ce fut bien à Port-la-Joye où eut lieu l’embarquement de la ronde de déportations de l’Isle Saint-Jean. Il serait de mise de se remémorer les noms des vaisseaux britanniques qui furent utilisés pour déporter nos aïeux en partance de la mer Rouge (aujourd’hui le détroit de Northumberland) : Briton, Duke William, Violet, Ruby, Mary, Scarborough, Supply, Tamerlane, John and Samuel, Mathias, Yarmouth, Restoration, Parnassus, Neptune, Richard and Mary, Three Sisters et Patience (voir aussi la couverture arrière de cette édition).

 

Jour du Souvenir acadien annuel (Port-la-Joye, le 13 décembre 2008)

 

Présentation du maître de cérémonie : Jean-Paul Arsenault

 Bonjour et bienvenue!

Je m’appelle Jean-Paul Arsenault et il me fait grand plaisir d’agir en tant que votre maître de cérémonie lors des cérémonies de clôture du 250e anniversaire de la Déportation des Acadiens et Acadiennes de l’île Saint-Jean et du dévoilement du monument de l’Odyssée acadienne…

Maisons et fermes brûlées, un peuple emprisonné, déporté, déchiré, et qui a dû se réfugier contre sa volonté; familles séparées, bateaux naufragés … Ce ne sont que quelques défis auxquels ont dû survivre
mes ancêtres, nos ancêtres … mes racines, nos racines.

La Déportation de 1758 constitue le chapitre le plus sombre de l’histoire de la communauté acadienne. Cette Déportation des Acadiens de l’île Saint-Jean constitue la plus grande tragédie humaine documentée dans l’histoire de l’Île.  Elle a entraîné dans la mort plus de 1 700 Acadiens et Acadiennes, cinquante pour cent étant des jeunes âgés de 15 ans et moins.  La plupart de ceux-ci sont décédés en  mer, soit par la maladie, soit par la noyade.  Ceux et celles qui ont pu échapper à l’expulsion ont été obligés d’abandonner leurs villages et de fuir sur la terre ferme.  En somme, une communauté comprenant cinq paroisses fut déracinée et exilée.  Seulement un petit nombre des survivants est revenu s’établir dans l’île.

Homes and farms burned, a people imprisoned, deported, torn and made refugees against their will; families separated, ships and lives lost at sea.  These were the challenges faced by my ancestors, by our ancestors; these are my roots, these are our roots.

The Deportation of 1758 is the greatest documented human tragedy in the Island’s history.  Over 1,700 deportees died at sea, fifty percent of these were children under the age of 15.  Most died from sickness or drowning while being transported overseas.  The population of the Island’s five parishes were uprooted and exiled.  Only a small number of survivors came back to settle on the Island.

En terminant l’année de ce 250e anniversaire, nous voulons d’abord nous rappeler du courage et de la persévérance de nos ancêtres qui ont vécu ces années éprouvantes. Celle-ci a été une année pour célébrer notre survivance comme peuple et pour célébrer la richesse et le dynamisme de notre culture.

Nous aimerions maintenant vous inviter à vous joindre à nous et à nous suivre pour faire le dévoilement officiel du monument de l’Odyssée acadienne.  Nous procéderons au dévoilement avec la prise de photos officielles.  Pour ceux qui désirent demeurer au chaud dans la tente, vous êtes les bienvenus.  Nous serons de retour dans quelques minutes afin de poursuivre avec les discours et la cérémonie de clôture.

 

 

DISCOURS, EXTRAITS DE DISCOURS OU NOTES D’ALLOCUTION PROVENANT DE L’INAUGURATION DU MONUMENT DE L’ODYSSÉE ACADIENNE

 

Discours prononcé par Mme Françoise Enguehard, présidente de la Société Nationale de l’Acadie

 

Madame la Ministre, Messieurs les députés,

Monsieur le Chef de Abegweit Premières Nations,

Mesdames et Messieurs,

Chers amis de l’Acadie,

Ladies and Gentlemen,

Port La Joie, tout comme Grand Pré, est un endroit magnifique où les champs descendent doucement vers la mer, à l’abri des grands vents du large, invitant le promeneur à s’arrêter pour apprécier le paysage et la douceur de vivre. Et, pourtant, ce superbe panorama a été témoin d’une grande détresse puisque c’est ici où l’on réunit il y a si longtemps les prisonniers, hommes, femmes, enfants, forcés à abandonner leurs terres et leurs biens à Étang des Berges, Rivière des Blonds ou Anse à Pinet au nom d’un royaume qu’ils ne connaissaient pas et d’une guerre à laquelle ils avaient tenté désespérément d’échapper.

Le 13 décembre a été choisi pour commémorer chaque année à travers toute l’Acadie, tous ceux qui ont perdu la vie durant la déportation, cet atroce arrachement qui a commencé dans la région de Beaubassin, passant ensuite par Grand Pré pour arriver quatre ans plus tard ici même. La date – vous le savez – est celle du naufrage du Duke William au large des côtes de l’Angleterre. La veille, le navire Violet avait connu le même sort. Des centaines d’Acadiens et d’Acadiennes de l’Île Saint-Jean terminaient ainsi, il y a 250 ans, leur long calvaire.

Les monuments de l’Odyssée acadienne font oeuvre de mémoire. Partout où ils se dressent ils rappellent les milliers de déracinés, de déportés, d’exilés de notre Grand Dérangement. Au détour d’un chemin  à Sainte-Anne du Bocage, entre la grève et l’église  à Miquelon, au coin d’une rue animée de Halifax ou sur les bords de la rivière Petticodiac à Dieppe, ils proclament aussi la fierté de notre peuple, forgé dans la tragédie et dans une victoire éclatante sur l’adversité.

Car aujourd’hui, descendants de ceux qu’on avait voulu anéantir, nous sommes ici debout. Mieux encore, nous sommes ici avec les descendants de ceux qui, à l’époque, avaient voulus nous écarter, superbe exemple qu’il est possible ensemble de tourner une  page déplorable de notre histoire et d’entamer un autre chapitre plus souriant celui-là.

December 13 – date of the fateful sinking of the Duke William off the coast of England – has been chosen as a day where all Acadians wherever they are, commemorate those who lost their lives in what we call the Great Upheaval.

The Acadians never forget. How could they? They were born of the deportation and of an overwhelming will to survive. Monuments such as this one are springing up in various places that saw the arrival of the Acadian deportees 250 years ago. You’ll find one in Halifax, near the harbour front, on the French islands of Saint-Pierre et Miquelon, in New-Brunswick and soon in Newfoundland and Labrador, in England and the United States.

Their objective is to remember but it is also to affirm! To affirm that Acadia is indeed alive and well in the heart of all of us. Ours is a nationhood of genealogy rather than passport, of shared historic grief rather than frontiers. We may be stateless but we know who we are, where we are going and why. That we stand here with all of you to inaugurate this monument today is also proof that we have all turned a painful page of our common history and have started to write a more pleasant one. Together.

La communauté acadienne et francophone de l’Île-du-Prince-Édouard a honoré tout au long de cette année la mémoire de ses ancêtres. Que vous soyez ici, actifs, pleinement engagés dans la vie de l’île, forts de vos institutions et de votre jeunesse, honore ceux qui se sont embarqués ici pensant qu’ils n’y reviendraient jamais. Fort heureusement, ils s’étaient trompés puisque vous êtes là. Le 13 décembre 1758 le site de Port Lajoie était désert… À partir d’aujourd’hui, 13 décembre 2008, grâce à ce monument, l’Acadie y a élu domicile. Just think: on December 13, 1758 Port Lajoie was deserted. Everyone had left. Today, with this monument, Acadie has chosen to live here.

Merci. Thank you.

 

Notes d’allocution de M. Brendan McDonald, directeur général de l’Est du Canada pour Parcs Canada

Je désire vous offrir, à tous et à toutes, mes meilleurs voeux à l’occasion de la commémoration de ce moment déterminant, non seulement de l’histoire de l’Île-du-Prince-Édouard, mais aussi de celle du Canada, et des quatre cultures qui y ont pris part.

The Government of Canada recognizes the importance of the story of the Acadians as part of Canada’s history, and as such, Parks Canada was pleased to sign a memorandum of understanding with la Société Saint-Thomas-d’Aquin this past summer. The agreement allowed the société to erect a monument marking the Deportation of Acadians on this day, the 250th anniversary of the 1758 event, here at the historically important location of Port-La-Joye-Fort Amherst National Historic Site. The Acadian Odyssey Monument has been placed at the end of “the old harbour path” to commemorate the over 3,000 Acadians who were deported from Prince Edward Island as well as those who remained to create the vibrant Acadian culture that exists here today.

Parks Canada strives to facilitate meaningful visitor experiences that connect Canadians and other visitors to the natural and cultural heritage of the region. Working together with la Société Saint-Thomas-d’Aquin to commemorate the Deportation of Acadians from this site is one of the key actions taken to achieve this goal. In addition, Parks Canada is currently working very closely with partners – la Société Saint-Thomas-d’Aquin, the Mi’kmaq Confederacy of Prince Edward Island and the British Commonwealth Society to finalize a plan for the future development of this beautiful and culturally significant site.

Along with the memorandum of understanding that was signed earlier this year, Parks Canada also expanded «the old harbour path» and erected new interpretive panels which explore how four cultures, Mi’kmaq, French, Acadian and British, each played an important role in the history at this site and the area.

Ces panneaux constituent un exemple concret de l’engagement continu de notre gouvernement à fournir aux visiteurs canadiens et étrangers la chance de vivre des expériences mémorables et d’approfondir leur connaissance de l’histoire du Canada.

Parcs Canada est fier de s’associer à des organismes qui désirent commémorer notre histoire commune. Je tiens à souligner la contribution de la Société Saint-Thomas-d’Aquin et de la province de l’Île-du-Prince-Édouard à l’événement d’aujourd’hui. La Société a organisé de nombreuses activités afin de commémorer ce moment très émouvant de l’histoire du Canada.

Ongoing commemorative events on this, the “Acadian Remembrance Day” complemented by this beautiful monument and interpretive trail will ensure that the Deportation of the Acadians 250 years ago is remembered today and well into the future.

Thank you. Merci et bonne journée.

 

Notes d’allocution de l’hon. Carolyn Bertram, ministre responsable des Affaires acadiennes et francophones

Au nom du premier ministre Ghiz et de l’ensemble du gouvernement provincial, c’est avec grand plaisir que je me joins à vous aujourd’hui pour le dévoilement du monument de l’Odyssée acadienne ici à l’Île-du-Prince-Édouard.

Aujourd’hui et au courant de l’année, nous avons souligné le deux cent cinquantième anniversaire de la Déportation des Acadiens et Acadiennes de l’Île.

Mais nous avons également célébré le courage et la persévérance du peuple acadien tout comme nous célébrons la vitalité de la communauté acadienne et francophone.

Nous nous retrouvons donc une fois de plus ici à Port-la-Joye, où se trouvent les vestiges du premier établissement européen à l’Île, pour clore les célébrations entourant ce deux cent cinquantième anniversaire.

While the various deportations that began in 1755 are inextricably linked, they are not one and the same. It is my hope that having the Acadian Odyssey Monument here will promote better knowledge and understanding not only of the Deportation of Island Acadians, but also of our Island’s Acadian roots.

D’ailleurs, je crois que nous allons entendre parler du redéveloppement du site un peu plus tard cet après-midi. Dans cette perspective, je souhaite vivement que jeunes et moins jeunes mettront Port-la-Joye-Fort Amherst sur leur liste de choses à voir et découvrir à l’Île-du-Prince-Édouard.

Nous avons une riche histoire qu’il est important de faire connaître, autant auprès des Insulaires qu’auprès de ceux qui nous rendent visitent par milliers à chaque année. Merci.

 

Sur le plan de redéveloppement du lieu historique national  de Port-la-Joye – Fort Amherst

 

Notes d’allocution de M. Edmond Richard, président de la Société Saint-Thomas-d’Aquin

Les recommandations, telles qu’établies par le Comité de réaménagement de Port-la-Joye – Fort-Amherst au cours du processus de planification,  concernent les priorités du réaménagement du lieu historique national. Ces recommandations s’inspirent de la collaboration soutenue entre les membres du Comité, les intervenants et les consultants et elles traduisent la vision et la mission du Comité de réaménagement.  Les 14 recommandations sont présentées en catégories correspondant aux principaux domaines du réaménagement,

1 •       soit l’accès et la visibilité,

2 •       le terrain et les structures,

3 •       les installations d’accueil et expériences du visiteur

4 •       de même que le processus, les relations et les partenariats.

I invite you to peruse the recommendations presented in summary form on the panels along the wall.

Le Comité reconnaît que le réaménagement à Port-la-Joye – Fort-Amherst ne se fera pas instantanément. Il faut, avant d’apporter toute amélioration au site, une vision claire du réaménagement et de toutes les étapes à venir pour concrétiser les améliorations. Il faut en outre sensibiliser les gens à la vision afin de créer une impulsion et de constituer une base solide de soutien.

Le Comité de réaménagement du Port-la-Joye – Fort-Amherst est conscient d’avoir une importante occasion de donner une orientation future au site et présente ce rapport, convaincu qu’il est temps de redonner vie au lieu historique national du Canada du Port-la-Joye – Fort-Amherst et de restaurer l’intérêt du public à son égard.

Merci/ Thank you / We’lali’oq

 

Notes d’allocution de Mme Judy Clark au nom de la Mi’kmaq Confederacy of Prince Edward Island

The Port la Joye Fort Amherst Redevelopment Committee would like to thank the SSTA for the opportunity to be part of this special day.   —-

Port la Joye – Fort Amherst is a profoundly important place.  It has been the scene of struggle, conflict and cooperation, of great accomplishments and terrible tragedies. The decisions and actions effected here laid the foundations for much of what Prince Edward Island is today. The stories that Port-la-Joye-Fort Amherst has to tell are meaningful and compelling.

Visitors to this National Historic Site are often struck first by its beauty.  Those who are also fortunate to discover and appreciate the richness and scope of what has taken place here are often moved by the experience.  Port -la-Joye – Fort Amherst (PLJFA) is a place to which many people develop a strong attachment.

Much of the Site’s tremendous potential, however, has remained untapped.  That remarkable potential has been recognized and expressed by many individuals and groups over the last decade. Collectively, they voiced a desire to see the site reinvigorated through the development of engaging new visitor experiences and attractive facilities that would increase visitation, revitalize the site’s profile, and create greater relevance to the public (both Islanders and visitors).

The catalyst for redevelopment at Port-la-Joye – Fort Amherst occurred in 2005, when an unfortunate mechanical malfunction caused extensive water damage in the site’s Visitor Reception Centre. Rather than invest financially in repairing a building that had not yet been studied for future site growth, Parks Canada elected to begin a project to cooperatively plan a comprehensive redevelopment that would encompass the entire Port-la-Joye – Fort Amherst site.

 

Notes d’allocution de M. Kinsey Smith au nom de la RoyalCommonwealth Society of Prince Edward Island

The need for greater consultation with, and involvement of, stakeholder and community groups was immediately recognized as essential to the redevelopment planning process for Port-la-Joye – Fort Amherst. Discussions with representatives of key stakeholder groups were thus initiated to begin the first step in the planning process – establishing a vision for redevelopment at the site. Representation from three organizations – The Mi’kmaq Confederacy of PEI (MCPEI), La Société Saint Thomas d’Aquin (SSTA), and The Royal Commonwealth Society Prince Edward Island – reflect the interests of Mi’kmaq, Acadian and Francophone, and British cultural groups respectively at this Site and in this collaborative process.
Our groups possess a deep interest and affinity for Port-la-Joye – Fort Amherst, as a result of deep-rooted cultural and in several cases, family connections to the Site.  The group has come together in a spirit of respect and appreciation for all of the histories present.

A Memorandum of Understanding signed by these parties and the Parks Canada Agency in May of 2007 formalized this partnership and expressed the mission, goals, and objectives of the Port-la-Joye – Fort Amherst Redevelopment Committee.

The basis of the Redevelopment Committee’s work has been:

•          To create a vision for the revitalization of Port-la-Joye – Fort Amherst,
for recommendation to Parks Canada; and

•          make recommendations and oversee (if/where necessary) the
creation of an agreement or entity which may subsequently assist
Parks Canada in the realization of this vision.

Recognizing that there are other interested stakeholders who can also make valuable contributions to the process, the Committee held workshops on July 10, 2007 and June 16, 2008 to discuss the creation of a redevelopment vision for the site and gather additional stakeholder input.  The Port-la-Joye – Fort Amherst Redevelopment Committee wishes to recognize the input of the broad range of stakeholders, from a wide variety of fields, who have made significant contributions to this Vision for Redevelopment.

The report of this committee encompasses four overarching goals:

•          Create an historical and cultural experience unique in Atlantic Canada

•            Increase awareness and appreciation of Port-la-Joye – Fort Amherst
and its history

•          Increase visitation

•          Continue to provide opportunities for community involvement in the
future direction and redevelopment of the site.

Pierre Douville : un illustre fils de l’île Saint-Jean

2008 par Georges Arsenault

Parmi les quelque 3 000 habitants de l’île Saint-Jean déportés en France en 1758, Pierre Douville est sans doute celui qui s’est le plus illustré dans les années qui ont suivi le Grand Dérangement. Devenu homme d’affaires et capitaine de navire, il offre ses services de navigateur expérimenté pour combattre les Britanniques, d’abord auprès des Américains et ensuite auprès des Français 1.

Pierre Douville a vu le jour le 7 août 1745 à Havre-Saint-Pierre, île Saint-Jean. Il était le dixième enfant et le plus jeune fils de François Douville et de Marie Roger. La famille Douville était l’une des familles pionnières de l’île Saint-Jean et l’une des plus prospères. Le père, François Douville, s’établit à l’île en 1719 2.

Portrait de Pierre Douville.
Source : Military Collection, John Hay Library, Brown University, Providence, Rhode Island

À l’automne de 1758, alors qu’il n’a que 13 ans, Pierre Douville se voit déporté en France. Après environ trois mois en mer, il débarque à Saint- Malo, en Bretagne, le 29 janvier 1757 en même temps que sa mère, deux frères, cinq soeurs, deux beaux-frères, une belle-soeur ainsi que plusieurs neveux et nièces. Malgré la grande épreuve à laquelle elle a dû faire face, la famille Douville se compte chanceuse d’avoir survécu contrairement aux 24 familles de la région du Havre-Saint-Pierre qui sont complètement disparues pendant la Déportation. De toute évidence, elles ont été englouties par la mer quand le bateau qui les transportait, probablement le Violet, a coulé près des côtes de l’Angleterre pendant une tempête le 12 décembre 17583. Cependant, la famille Douville n’a pas été complètement épargnée. Dans les quelques mois qui suivent son arrivée en France, Pierre Douville perd trois soeurs, un beau-frère et sept neveux et nièces 4 qui sont emportés par la maladie.

Exilée en France, la famille Douville s’installe temporairement à Saint-Servan, en banlieue de Saint-Malo. Aussitôt la paix revenue entre la France et la Grande-Bretagne, et le traité de Paris signé en 1763, les Douville passent aux îles Saint- Pierre et Miquelon à l’instar de nombreuses autres familles qui avaient été déportées de l’Isle Royale, de l’île Saint-Jean et de l’Acadie. Ils quittent les côtes de la Bretagne dès le mois de juin à bord de La Marie-Charlotte, navire affrété par le roi. À leur arrivée aux îles, le gouvernement leur attribue deux concessions, avec graves donnant sur la mer, et situées sur l’Île-aux-Chiens, dans l’entrée de la rade de Saint-Pierre. La première concession est au nom de la veuve Douville et de ses enfants (y inclus Pierre), la seconde au fils aîné, Jacques Douville, époux de Judith Quémine. La pêche à la morue et son commerce deviennent le principal gagne-pain de la famille 5.

Pierre est alors un jeune navigateur de 17 ans. L’année suivante, il quitte sa famille et retourne en France où on le retrouve comme matelot sur La Nourrice, une flûte du Roi qui transporte des familles acadiennes à Cayenne, en Guyane française6. En 1765, à titre de second lieutenant, Pierre fait partie de l’équipage des Deux Amis qui amène en France 45 Acadiens récemment arrivés aux îles Saint-Pierre et Miquelon. Ces derniers sont forcés par les autorités françaises à quitter les îles parce qu’on juge qu’il y a un surcroît de population.

 
Le jeune navigateur revient bientôt auprès des siens et il navigue sur des navires de commerce entre Saint-Pierre et Miquelon et les ports de la Nouvelle-Angleterre. Vers 1770, Pierre Douville s’établit au Rhode Island où il est d’abord maître de navire et travaille pour le compte de riches négogiants. Il s’installe d’abord à Pawtucket puis à Providence.

 

La guerre de l’Indépendance américaine déclarée le 18 avril 1775, Douville ne tarde pas à s’enrôler dans la marine américaine et mène une carrière militaire navale pendant huit ans et sept mois. Il est d’abord nommé second lieutenant. Ses connaissances approfondies de la navigation le long des côtes de l’Atlantique font de lui un guide précieux pour les opérations militaires. Il joue notamment un rôle important comme pilote pour la flotte française, commandée par le comte d’Estaing, venue prêter main-forte aux Américains contre les Britanniques. Sa performance est récompensée par une promotion au rang de lieutenant de marine. Entre 1780 et 1782, on le trouve au service de l’escadre du comte de Barras, lieutenant général des armées navales françaises, à bord du Duc de Bourgogne. La lettre d’appréciation écrite par Monsieur de Barras témoigne de la qualité de ses services :

Nous Lieutenant général des Armées navales, Commandant de l’Ordre royal et militaire de Saint-Louis, certifions que M. Douville, lieutenant dans la Marine des États-Unis de l’Amérique, a servi pendant près de deux ans en qualité de Lieutenant de Vaisseau et de pratique des côtes de la Nouvelle Angleterre, à bord du vaisseau du Roi le Duc de Bourgogne, sous nos ordres immédiats, et sous ceux des Généraux qui nous ont précédé dans le commandement de l’escadre stationnée sur les côtes de l’Amérique septentrionale, et nous déclarons avoir toujours été parfaitement satisfait de ses services, comme officier de mer, comme homme de guerre, et comme pratique des côtes du nord de l’Amérique. – A bord du Duc de Bourgogne, dans la Baye du fort Royal de la Martinique, le 24 mars 1782. Signé : Barras 7

 Les excellents services rendus aux fondateurs de la nation américaine par ce natif de l’île Saint- Jean ne sont pas oubliés. Le 5 octobre 1784, Pierre Douville est nommé membre fondateur de la Society of the Cincinnati, ordre destiné à récompenser ceux qui s’étaient illustrés au cours de la guerre de l’Indépendance. Le président-fondateur de cette société était nul autre que le général George Washington, premier président des États-Unis d’Amérique.

 
Pendant la guerre, Pierre Douville se marie à Providence, le 26 juillet 1778, avec Cynthia Aborn, fille du colonel Samuel Aborn de Warwick, Rhode Island. Ce dernier avait été député de l’Assemblée générale provinciale en mai 1772 et avait commandé un régiment de milice à Pawtucket en 1776-1777. Le couple Douville a eu cinq enfants.

Revenu à la vie civile à la fin décembre 1784, Pierre Douville reprend son commerce maritime. Il se construit une corvette et fait plusieurs voyages aux Antilles, région avec laquelle s’intensifiait le commerce de la jeune nation américaine. En 1787, il amène sa famille à Saint-Pierre et Miquelon où elle demeure jusqu’en 1789.

Pierre Douville se rend en France au mois de décembre 1792 et s’enrôle dans la marine de la République française en janvier 1793, voulant « se rendre utile à sa patrie » dans ces années turbulentes de la Révolution française. Il est d’abord affecté en tant que lieutenant de vaisseau sur L’Achille à surveiller les côtes de la Loire Inférieure et du Morbihan.

 
Le 25 février 1794, Douville reçoit le commandement de L’Impétueux, bâtiment de 74 canons. Ce navire fait partie d’une escadre de 26 bâtiments qui a pour mission de protéger le convoi de blé des États-Unis à destination de Brest qui devait servir à apaiser un peu la famine qui sévissait à la fois dans les villes et les campagnes de France. Il participe à la bataille navale de Prairial de l’an II (28 mai-1er juin 1794) qui se déroule à 400 milles de Brest contre l’escadre de l’amiral anglais Howe. Dès le début de l’affrontement, Pierre Douville est atteint de 18 projectiles de mitraille. Il est fait prisonnier et retenu prisonnier en Angleterre où il meurt le 17 juin 1794 à la prison de Forton, à Gosport, près de Portsmouth.

 
Il y a confusion sur le lieu où se trouve aujourd’hui la sépulture de Pierre Douville. Raymond Douville (qui n’a aucun lien de parenté avec lui), dans son article intitulé « L’Odyssée d’un Acadien dans les marines américaine et française », publié en 1954, affirme que la dépouille a été transportée de l’Angleterre aux États-Unis par les soins de la Société des Cincinnati. Il dit également qu’elle a été inhumée dans le West Burial Grounds à Providence, Rhode Island, puis déplacée non loin au cimetière Swan Point en 1871 où un élégant monument a été élevé sur sa tombe. L’auteur avoue cependant qu’il n’avait pu découvrir où précisément Douville avait été enterré en Angleterre. Il ne donne pas non plus de date pour le transport de la dépouille aux États-Unis et ne précise pas la source de son information. Quant aux archives de la Rhode Island Society of the Cincinnati, elles ne contiennent rien indiquant que la translation des restes de Douville aurait eu lieu 8.

Il est donc probable que les cendres de Douville soient toujours en Angleterre. D’ailleurs l’inscription sur le monument, situé dans la concession familiale au cimetière Swan Point, ne dit pas que sa dépouille a été rapatriée aux États-Unis ni qu’elle repose sous le monument :

PIERRE DOUVILLE
was born in Canada, a subject of the King of France. He settled in Providence as a merchant, and served as a Lieutenant in the American Navy during the War of Independence; after which he was recalled by his King [sic], and appointed to the command of the French ship-of-the-line L’Impétueux, which he defended in the desperate battle between the French and English fleets off Ushant, on the first of June, A.D. 1794, until his last spar was shot away, and until he had received eighteen wounds, of which he died; thus closing an unspotted life which had been bravely and consistently spent in the service of his adopted and of his native country.

 

Ce monument semble donc être un monument commémoratif et non funéraire. En 1877, deux petites-filles de Pierre Douville ont présenté un portrait de leur grand-père à la Brown University de Providence. Dans une lettre accompagnant le don, et signée J. W. P. Jenks, il est question du monument qui avait été déplacé quelques années auparavant. Il y a aucune suggestion qu’il repose sur la sépulture du disparu : « The Cincinnatus Society, aided by his heirs, erected a monument to his memory in the West Burying Ground, which has been lately removed to Swan Point Cemetery 9. »

Le portrait en question est une peinture qui aurait été exécutée en France en 1794. Elle a été présentée à la Brown University par Cynthia Douville Willis et Sarah A. Tinkham. Leur mère, Cynthia (Mme John Willis, Jr.) était la fille de Pierre Douville. Le portrait de Pierre Douville constitue le seul portrait qui existe d’un individu né à l’île Saint-Jean avant la Déportation. En 2008, à l’occasion du 250e anniversaire de la Déportation de 1758, le Musée d’art du Centre des arts de la Confédération a emprunté cette peinture historique et l’a exposée pendant tout l’été, ramenant ainsi Pierre Douville dans son île natale après deux siècles et demi d’absence.

Parmi les descendants de l’illustre Pierre Douville l’on compte l’acteur de cinéma américain, Charles-Douville Coburn (1877-1961). En 1943, il a gagné l’Oscar du meilleur second rôle masculin pour sa performance dans le film The More the Merrier. Il a notamment joué à côté de Marilyn Monroe dans le film Gentlemen Prefer Blondes produit en 1953 10.

L’histoire étonnante et admirable de Pierre Douville est peu connue à l’Île-du-Prince-Édouard. Avant la parution du livre de Earle Lockerby, The Deportation of the Prince Edward Island Acadians (Nimbus, 2008), cet ancien Insulaire ne figurait dans aucun livre d’histoire de l’Île-du-Prince- Édouard et même de l’Acadie. Mais il y a espoir que l’odyssée de cet intrépide « Acadien11 » sorte de plus en plus de l’obscurité. Son portrait figure depuis quelques années dans l’exposition permanente du Musée acadien de l’Université de Moncton. Nous souhaitons que la publication du présent article contribue à donner à ce célèbre Insulaire d’origine sa place dans l’histoire de notre Île.

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1. Les renseignements sur la vie de Pierre Douville sont tirés principalement des articles suivants : Raymond Douville, « L’Odyssée d’un Acadien dans les marines américaine et française », Les Éditions des Dix, Montréal, 1954, p. 1-30 ; Gérard Scavennec, « Pierre Douville, un Acadien à la recherche de son identité », dans Racines et Rameaux français d’Acadie, bulletin no 11 (juin 1994), p. 2-8 ; Gérard Scavennec, « Pierre Douville, 1745-1794 ou Le destin hors du commun d’un marin acadien », Racines et Rameaux français d’Acadie, numéro hors série, 2005, 35 p. : Florian Bernard (with additional notes by Michael Talbot & Dennis Boudreau), « François Douville and his Family, Forgotten Acadians », Le Réveil Acadien, Fitchburg, Mass., vol. XIV, no. 1 (February 1998), p. 20-22 ; Michel Poirier, « Pierre Douville, fils de Normands de Coutances, héros de la guerre d’Indépendance américaine et peut-être de Jules Verne », Annales de Normandie, Congrès des Sociétés historiques et archéologiques de Normandie, vol. 6, 2001, p. 314-328.

2. Georges Arsenault, « Le premier insulaire d’origine européenne enterré à St. Peters Harbour. », La Petite Souvenance, numéro 16, p. 9-11.

3. Information donnée par le généalogiste Stephen White dans une conférence à St. Peters lors du colloque « Discovering the History and People of Saint-Pierre-du Nord », le 12 mai 2001. Voir La Voix acadienne, 23 mai 2001, p. 5.

4. Gérard Scavennec, « Pierre Douville, 1745-1794 ou Le destin hors du commun d’un marin acadien », p. 6.

5. Michel Poirier, loc. cit.

6. Gérard Scavennec, op. cit., p. 6.

7. Cité dans Scavennec, « Pierre Douville ; un Acadien à la recherche de son identité »,  loc. cit., p. 4.

8. Lettre de Henry L. P. Beckwith, secrétaire de la Rhode Island Society of the Cincinnati, à Georges Arsenault, 6 décembre 2003, incluant quelques documents relatifs à la peinture de Pierre Douville, qui se trouve à la Brown University, et à son monument. Courriels de Lauren Fish, de la Library of the Society of the Cincinnati, 18 et 19 novembre 2003.

9.         Ibid.

10.       Ibid.

11.       Strictement parlant, Pierre Douville n’était pas Acadien et ne s’identifiait pas ainsi. Né à l’île Saint-Jean, son père était originaire de la Normandie et sa mère, Marie Roger, de La Rochelle. Les Douville ont vécu à l’île Saint-Jean de 1719 à 1758, colonie qui, à cette époque, n’était pas considérée comme faisant partie de l’Acadie.

 

Déportation des Acadiens de la paroisse Saint-Paul de la Pointe-Prime, 1758

2005 par La Petite Souvenance

 

The memory of evil will serve as a shield against evil.

Elie Wiesel, Nobel Peace Prize, 1986

 

Naufrage du Duke William

Suivant la capitulation de Louisbourg en juillet 1758, les Britanniques prirent l’île Saint-Jean (Î.-P.-É.) et déportèrent la plupart de ses habitants en France. Les Acadiens de la paroisse Saint-Paul de la Pointe-Prime habitaient depuis 1750 – 1751 un territoire qui partait de la Grande-Anse et se prolongeait jusqu’à Belle-Rivière.

Des quelque 1 650 morts survenus sur les transports britanniques pendant la traversée, près de 400 de ces déportés avaient été rassemblés à partir des établissements de la paroisse Saint-Paul de la Pointe-Prime et contraints à embarquer sur le Duke William, le 20 octobre 1758. La plupart de ceux-ci étaient originaires de Cobequit (Truro, N.-É.).  Sauf pour le père Jacques Girard, le curé de Saint-Paul, avec quatre de ses paroissiens et l’équipage britannique, ils furent tous engloutis dans la Manche près des côtes de l’Angleterre lors du naufrage dudit Duke William, le 13 décembre 1758.

ÉTABLISSEMENTS ACADIENS DE LA PAROISSE

SAINT-PAUL DE LA POINTE-PRIME

Anse-à-Pinet (Stewart Cove) Pointe-Prime (Belfast Cove)

Grande-Ascension (Orwell River / Vernon River)

Grande-Anse (région Pownal Bay area)

ACADIAN SETTLEMENTS OF THE PARISH OF

SAINT-PAUL DE LA POINTE-PRIME

Deportation of the Acadians of the parish of Saint-Paul de la Pointe-Prime, 1758

Shipwreck of the Duke William

In the aftermath of the surrender of Louisbourg in July 1758, the British took possession of île Saint-Jean (P.E.I.) and deported most of its inhabitants to France. The Acadians of the parish of Saint-Paul de la Pointe-Prime occupied, since 1750-1751, a territory which began at Grande-Anse and extended as far as Belle-Rivière.

Of the approximate 1 650 deaths that occurred on the British transports during the crossing, close to 400 of these deportees had been gathered from the settlements of the parish of Saint-Paul de la Pointe-Prime and forced to embark on the Duke William on October 20th, 1758. Most of these originated from Cobequid (Truro, N. S.). Except for Father Jacques Girard, parish priest of Saint-Paul, with four of his parishioners and the British crew, all perished at sea when the Duke William sank in the English Channel not far from the coast of England on December 13th, 1758.

THE BELFAST HISTORICAL SOCIETY

COMITÉ HISTORIQUE SOEUR-ANTOINETTE-DESROCHES

ASSOCIATION DU MUSÉE ACADIEN DE L’ÎLE-DU-PRINCE-ÉDOUARD

 

Une plaque (ci-dessus) à la mémoire des déportés de la région de la Pointe-Prime et des naufragés du Duke William. Dévoilée au Musée acadien de l’Î.-P.-É., le 13 mars 2005. (Photo : La Voix acadienne, le 16 mars 2005)

Discovering Local History Through Church Records of Saint-Pierre-du-Nord (1724-1758)

2003 par Earle Lockerby

Earle Lockerby

 

Saint-Pierre-du-Nord (centered at Havre Saint-Pierre) is one of five parishes which existed on Île Saint-Jean during the French regime, the others being Port-LaJoye (Saint-Jean-l’Évangéliste), Malpec (La Sainte-Famille), Saint-Louis-du-Nord-Est and Pointe-Prime (Saint-Paul).  Only the parish registers of Saint-Pierre-du-Nord and Port-LaJoye have survived.  The parish register of Saint-Pierre-du-Nord
travelled to France with a shipload of deportees, aboard a British transport in the autumn of 1758, following the capture of Louisbourg by the British that year.

Island historians have long been aware of the parish register for Port-LaJoye, but such appears not to have been the case for that of Saint-Pierre-du-Nord, the original of which resides today in an archives at St-Malo, France.1 Books, or chapters of books, dealing with Island Acadian history have referred to the register of Port-LaJoye without mentioning that of Saint-Pierre-du-Nord.  A relatively recent example of this is the book The Catholic Church in Prince Edward Island 1720-1979 which was published in 1979.

The first entry in the register of Saint-Pierre-du-Nord is dated July 19, 1724 and records the baptism of Magdelene Briand, daughter of Bernard Briand and Isabelle Saunier, both of whom were Mi’kmaq.  The priest administering these rites was Claude-François de Brevant who described himself as “prestre approuvé desservant dans la paroisse de St-Pierre en l’isle St Jean au déffaut d’un curé”.  Entries by Brevant span the period July 19 to September 16, 1724.

Of the first six entries, no less that five involve Mi’kmaq people.  Such entries may be found sprinkled throughout the register.  These confirm what is well known from other sources, namely that the French expended considerable efforts to have the native people embrace the Roman Catholic faith.  These entries not infrequently list French inhabitants as witnesses to church rites involving native people and as godparents in the case of baptisms.  This confirms the considerable degree of social intercourse which existed between the French settlers and the Mi’kmaq people.

What the first entry and other early entries also tell us is that in 1724 Saint-Pierre-du-Nord was a parish in its own right, not an adjunct to the parish of Port-LaJoye.  Moreover, a church existed in the settlement at this time.  A burial entry of August 24, 1724 reads “inhumés dans l’église”.  Several marriage entries subsequently state that the people were “assemblés dans l’église”.  The church may have been built in 1724 or possibly a year or two earlier.  We know that the church had a bell, the bell having been unearthed in 1870 near the known site of the church.2 The date 1723 was inscribed on the bell, suggesting that the church had this bell from about the time that the church was established.

The register of Saint-Pierre-du-Nord shows that until the beginning of 1732 Saint-Pierre-du-Nord only occasionally had a priest.  The situation of Port-LaJoye from 1724-1732 was not a great deal better.  With the collapse of the fishery initiative of the Comte de Saint-Pierre, Île Saint-Jean became less important in the eyes of officials in Louisbourg and Paris, and had already lost in 1723 the two resident priests who had been at Port-LaJoye since 1721.  From time to time during the 1724-1732 period, priests came to Île Saint-Jean from Île Royale, i.e. Cape Breton, or from Acadia, staying for several days, a few weeks, or perhaps two or three months.

In early 1723 Father Mathieu François Le Paige was installed as the resident parish priest and he remained here almost continuously for seven and one half years.  Le Paige not only ministered to his flock at Saint-Pierre-du-Nord, but also to people from outlying areas considered a part of the parish, including Tracadie, Havre-aux-Sauvages, Malpec and Pointe-de-l’Est.  In subsequent years, Baie-de-Fortune was added.  Occasionally the priest journeyed to these places.  The register provides us with the first known date when a priest ministered in the French settlement of Malpec, noted by Father Le Paige as being 15 leagues distant from Saint-Pierre-du-Nord.  On May 1, 1735 at Malpec he married Marie Magdeleine Arsenault and Jean de Launay, and conducted two baptisms.  This had not been his first visit to Malpec.  He had been there at least one time prior to September 1734.

In 1739 Le Paige was succeeded by Father Gabriel Le Moign who had already been at Port-LaJoye a couple of years and who remained at Saint-Pierre-du-Nord for five years.  It is evident from a comparison of the registers for Port-LaJoye and Saint-Pierre-du-Nord that during the 1732-1744 period, Saint-Pierre-du-Nord enjoyed more stability in terms of priests than did Port-LaJoye.  Together, Le Paige and Le Moign served 12 years continuously at Saint-Pierre-du-Nord, while during this period, no less than six different priests rotated through Port-LaJoye.  Perhaps that was a reflection of a broader social stability at Saint-Pierre-du-Nord where fishing was the major part of the economy, providing for trade and a small merchant class.  Saint-Pierre-du-Nord always had a greater population than Port-LaJoye – indeed, much greater for much of the existence of these two settlements.  Port-LaJoye was an administrative and military centre – those on administrative postings came and went and the troops garrisoned at Port-LaJoye were rotated yearly.  While the important officials lived at Port-LaJoye, Saint-Pierre-du-Nord was the wealthier community.

During the time that Louisbourg was occupied by the British from 1745 until 1749, one finds no entries in the register of Port-LaJoye.  However, there are a few entries in the register of Saint-Pierre-du-Nord.  In mid-August of 1745 Father Samuel Riou visited Saint-Pierre-du-Nord and performed a marriage and a baptism.  It is of some significance that he signed himself as a Récollet priest, “faisant les fonctions curiales de la paroisse de Malpec”.

These entries indicate two things:

1. That Malpec was established as a separate parish on Île Saint-Jean sometime before mid-1745, not in the early 1750s, as has been popularly believed.

2. That Malpec had a priest, probably resident in the community, some years before Father Dosque settled there in 1753.

The marriage which Father Riou of Malpec performed at Saint-Pierre-du-Nord on August 15, 1745 united Simon Billard and Marie Charpentier.  Though there is no hint of it in the register, there is an interesting story behind this marriage.  Simon Billard ws born in France and was a soldier in the garrison which in 1744 and 1745 was stationed at Saint-Pierre-du-Nord rather than at Port-LaJoye.  He was also a gunsmith and had some skills as a blacksmith.  While at Saint-Pierre-du-Nord he obviously fell in love with the local Acadian girl, Marie Charpentier.  Rather than evacuate to Quebec with his troop, following the fall of Louisbourg to the British in the summer of 1745, Billard chose to become a deserter and 2½ weeks later wedding bells were ringing at the church of Saint-Pierre-du-Nord.  A few years later when French administrative and military officials returned to the Island, Simon Billard as a deserter was in trouble.  However, a petition by the local inhabitants, emphasizing the valuable services that Billard had performed as a blacksmith, appears to have successfully extricated him.3 He and Marie raised a family at Saint-Pierre-du-Nord and in late 1758 found themselves in France, among the deportees from Île Saint-Jean.

Several other entries of interest took place during the period when Britain and France were at war.  On November 11, 1747 there is recorded an adult baptism of Dorothée, “négresse domestique” of Monsieur de la Borde.  This is confirmation that there were blacks on the Island under the French regime, a fact we know from other documents.  Jean Pierre Roma at Trois-Rivières had black slaves and a black “domestique” of Commandant Villejouin was deported with him from Port LaJoye in 1758.

After the war the first priest at Saint-Pierre-du-Nord was Charles de la Goudalie, who came here in 1751 at the age of 72, having had many years experience in Quebec and Acadia.  The outpost of Saint-Pierre-du-Nord must have been a challenging assignment for a man of his age and he left within a couple of months.  The next priest to practise at Saint-Pierre-du-Nord was Father Jacques Girard, who up until now has been associated only with the parish of Pointe-Prime.  He came from the parish of Cobequid (now Truro), and was at Saint-Pierre-du-Nord for four months in the summer of 1752.

Girard was succeeded at Saint-Pierre-du-Nord by Father Jean Marc Perronnel whose first entry was on Christmas day in 1752.  In an entry two weeks later he signed himself “curé missionnaire de St Louis du Nord Est et de St Pierre du Nord”.  The parish of Saint-Louis-du-Nord-Est had been established along the Rivière-du-Nord-Est (Hillsborough River) a year or two earlier – its church being in the present Scotchfort.  Father Perronnel had a presbytère, for in several instances he mentions conducting ceremonies there.  In this regard he was probably more comfortable than the priests or chaplains at Port-LaJoye who often had to make do with quarters in the area of the soldiers’ barracks.

In 1755 Father Perronnel performed two baptisms involving families from Pointe-de-l’Est.  From census records it is known that there were a few fishing families living near Pointe de l’Est from about 1720 to 1752, more specifically at North Lake which the French called Tranche Montagne.  The register of Saint-Pierre-du-Nord indicates that they were still there in 1755 and there is no reason to believe that they were not there right up to 1758.  Thus Tranche Montagne presumably shares with Port-LaJoye and Saint-Pierre-du-Nord the distinction of being places on the Island which had French residents during the whole of the French regime from 1720 to 1758.

Father Perronnel kept Saint-Louis-du-Nord-Est under his wing until the arrival of Father Pierre Cassiet at that parish in 1753.  However, Perronnel was forced to return to France in 1755 on account of ill health – both physical and mental.4 He was replaced by Jean Biscarret who served until the British takeover, Father Biscarret’s last entry being on August 21, 1758 four days after Port-LaJoye capitulated to British forces.  At Port LaJoye, on the other hand, it appears that the priest left that parish in May of 1758 and entries in the register of that parish cease at that time.

This is not however the last entry in the register of Saint-Pierre-du-Nord.  On September 3 and 4, 1758 a burial and two marriages were conducted by Father Girard.  Curiously, these took place, not at Saint-Pierre-du-Nord, but at Trois-Rivières, suggesting that by the close of the French regime this former French settlement again had a few settlers.  It has been said that the priests hurriedly married people that fall, as their embarkment into British transports was imminent.  Perhaps this was intended to prevent the separation of unmarried couples among different transports or somehow conferred other advantages which would be beneficial during the trip or upon arrival in France.  In any event, these two marriage entries of Girard would suggest that there may be some truth to this legend.  There may have been more such marriages, but under the chaotic conditions prevailing, it would not be surprising that they did not get recorded in the register.

One of the things which is evident from the register is that cross-parish marriages were not uncommon, suggesting a fair degree of movement of people and social intercourse between parishes.  The people of Saint-Pierre-du-Nord appear to have had a significant degree of communication with the parishioners of Malpec, despite the distance separating these two parishes.  A considerable number of baptisms and marriages involving settlers of Malpec may be found in the register of Saint-Pierre-du-Nord.

Some names stand out as frequent witnesses or godparents at baptisms, marriages and funerals, suggesting that these individuals occupied a certain position of respect, distinction or leadership.  Marie Roger’s name stands out as does that of her husband, François Douville, and others in the Douville family.  Jean Baptist Veco, Jacques Veco, Jacques Oudy, Louis Aubin LeBuff, the community doctor, Dominique DuClos, and Louis Talbot are a few others.  Talbot conducted a number of burials at times when no priest was available.

The register of Saint-Pierre-du-Nord reveals a number of place names, some of which are familiar, others less so.  Havre-à-l’Anguille was used interchangeably with Havre-aux-Sauvages, particularly during the first half of the French regime, but during the second half the name Havre-à-l’Anguille apparently fell into disuse.  Tracadie, which was initially within the parish of Saint-Pierre-du-Nord, by 1753 became part of the parish of Saint-Louis-du-Nord-Est, following the establishment of that parish.

The village of Portage is referred to on a few occasions.  It was at the head of the Hillsborough River.  Marie Gentil and her husband, Jean-Baptiste Haché, described as residents of Portage, had a child baptized in 1736.  Madame Gentil’s name became better known in Island French history through Louis Franquet’s writing of her in 1751 while travelling between Port-LaJoye and Saint-Pierre-du-Nord.  Though by now widowed, she still lived, according to Franquet, by the portage, though he does not refer to a village by that name.5 Havre-de-Bonne-Fortune is mentioned.  Presumably, this is the same as Havre-de-Fortune or Baie-de-Fortune, the “Bonne” having gotten dropped.  There was also Havre-de-Bonne-Espérance, being dependent on the parish of Saint-Pierre-du-Nord – its location is unknown.

François Douville’s burial entry in 1757 is interesting in that it claims that Douville was the first resident of Île Saint-Jean.  Another interesting entry occurred in February 1758 when Father Biscarret married Paul Devaux and Marguerite Potier.  Both are described as refugees in the parish.  The groom’s parents, from Beaubassin, were said to be prisoners of the British.  The bride’s mother, formerly from Beaubassin, was living at Havre-aux-Sauvages, but the bride’s father was also a prisoner of the British.  Quite probably, the three parents were being held at Fort Cumberland, formerly Fort Beauséjour.

Though the last register entry made on Île Saint-Jean occurred in September 1758, there is one subsequent entry.  Made on April 18, 1759 at St-Malo, it gives a fleeting glimpse into the register’s journey to France.  On that date Marie Roger, Louis Talbot, Louis Aubin LeBuff and our friend, Simon Billard, ex-soldier, lover and blacksmith, and several others appeared before two notaries at St-Malo.  Charles de la Borde, formerly of Saint-Pierre-du-Nord and quite likely the man who owned the black slave, Dorothée, needed a baptismal extract concerning his son who had been baptized in Île Saint-Jean in 1750.  Marie Roger and Louis Talbot had been the godparents.

In testimony given before the notaries, it was stated that following the fall of Île Saint-Jean to the British, the register had come to St-Malo aboard one of the transports and had been given to a St‑Malo church official.  It was retrieved from the official in order to have a baptismal extract prepared, but the relevant baptism could not be found in the register.  It was stated that during the crossing from Ile Saint-Jean the transport was frequently buffeted by heavy seas and as a result the register had become wet, and unfortunately several pages within the 1750 section had gotten torn and mouldy or rotten.  Those appearing before the notaries remembered that the baptism was in October, who the officiating priest was, and who the witnesses and godparents had been.  This was good enough to produce a baptismal extract, even though the date in October was unknown.  Ironically, it turns out that the baptism probably never had been recorded in the register of Saint-Pierre-du-Nord.  The officiating priest was based at Port-LaJoye and it was in the register of Port-LaJoye where he chose to record it.  The record of the baptism, which occurred on October 5, is quite intact to this day!

Knowledge of who the priests were on Île Saint-Jean during the French regime and where and when they served, has been developed over the past 100 years or so without the benefit of information from the register of Saint-Pierre-du-Nord.  Indeed it has been the register of Port La‑Joye which has been the main source of information.  The compilation by D.C. Harvey is quite accurate in relation to the priests serving Port-LaJoye, but is somewhat less accurate regarding the other four parishes, including Saint-Pierre-du-Nord, for which only the period after 1752 is addressed.6 By taking into account the information provided by the register of Saint-Pierre-du-Nord, a greatly expanded and more accurate picture for that parish can be developed (Table 1).

Similarly, by using information from both parish registers, as well as certain other data, it is possible to present a more accurate and comprehensive compilation showing the service of priests at each of the three smaller parishes (Table 1).  It is unfortunate that the registers of Saint‑Louis-du-Nord-Est, Pointe-Prime and Malpec have not survived, for like the register of Saint-Pierre-du-Nord, they, too, could no doubt shed light on local history during the French regime.

 

Table 1

Service by priests at five parishes during the French regime on Île Saint-Jean7

 

Port-LaJoye

René -Charles de Breslay : April 17, 1721 – April 29, 1723

Louis de Metivier : July 25, 1721 – July 14, 1723

Louis Barbet Dudonjon : August 19, 1723 – June 11, 1724

Félix Pain : July 1 – July 3, 1725

Leonard Patin : July 26, 1725

Félix Pain : November 27, 1725 ; March 6, 1726; June 5, 1726 ; September 8 – September 21, 1726 ; Pierre-Joseph de Kergariou8 ; January 18 – January 24, 1726

Ignace Joseph Flamant : June 27 – June 29, 1727 ; December 24, 1727

Juan Despirac : December 13, 1727

Félix Pain : November 26 – December 4, 1727 ; February 2, 1728 : September 9 – November 7, 1728 ; April 21 – May 21, 1729 ; October 24 – October 31, 1729 ; May 14 – May 22, 1730 ; October 17 – November 3, 1730 ; May 9 – July 10, 1731 ; November 3, 1730 ; May 9 – July 10, 1731

Mathieu François Le Paige : December 3 – December 8, 1731 : February 23, 1732; April 23, 1732 : October 17 – October 31, 1732 ; January 31, 1733 ; April 7 – May 3, 1733 ; October 25, 1733

L.G. Bienne : October 10, 1733

Athanase Guégot : November 26, 1733 – June 20, 1735

Mathieu François Le Paige : October 20 – October 23, 1735

Anathase Guégot : December 12, 1735 – August 20, 1736

Angélique Collin : October 11, 1736 – July 21, 1737

Gabriel LeMoign : September 24 – October 27, 1737

Mathieu François le Paige : November 13, 1737

Gabriel Le Moign : December 17, 1737 – January 3, 1739

Ambroise Aubré : January 28, 1739

Gabriel Le Moign : March 12 – July 28, 1739

Ambroise Aubré : August 11, 1739 – June 30, 1741

Elie Kerviche : August 16, 1741 – May 11, 1744

Patrice LaGrée : September 15, 1749 – January 22, 1751

Alexis de Buron : January 15 – January 24, 1751

Patrice La Grée : January 26, 1751 – September 25, 1752

Isidore Caulet : August 16, 1752

Ambroise Aubré : October 9, 1752 – July 16, 1754

Pierre Cassiet : August 7, 1754

Père Orast (?) : August 25, 1754

Gratien Raoul : September 15, 1754 – July 30, 1755

Père Laforce : August 16, 1755

Gratien Raoul : August 17, 1755 – May 30, 1758

 

Saint-Pierre-du-Nord

Claude-François de Brevant : July 19 – September 17, 1724

Leonard Pain : August 4 – August 15, 1725

Pierre-Joseph de Kergariou : February 4 – February 5, 1726

Félix Pain : May 18 – May 26, 1728 ; August 22 – August 28, 1728 ; October 10 – October 19, 1728 ; July 6 – July 22, 1729 ; September 9, 1729 ; September 8 – September 19, 1730

Mathieu François Le Paige : January 6 – February 4, 1732 ; May 21 – June 2, 1732 ; September 8 – September 27, 1732 ; February 11 – February 25, 1733 ; May 14 – October 6, 1733 ; October 14, 1733 ; November 26, 1733 – October 17, 1735 ; November 16, 1735 – September 27, 1737 ; January 14, 1738 – June 21, 1739

Gabriel Le Moign : August 4, 1739 – September 3, 1740

Elie Kerviche : September 4, 1739 ; September 10, 1740

Gabriel Le Moign : September 11, 1740 – October 11, 1744

Elie Kerviche : October 18, 1744 – August 15, 1745

Samuel Riou : August 15 – August 16, 1745

Pierre Maillard : November 7 – November 12, 1747

François Marganne de Chapt de Lavaltrie9 : Date unknown, but included some time leading up to September/October 1748

Ambroise Audré : November 11, 1749

Charles de la Goudalie : May 26 – July 7, 1751

Alexis de Buron : March 18, 1751

Jacques Girard : July 13 – November 6, 1752

Jean Marc Perronnel : December 25, 1752 – August 18, 1755

Pierre Cassiet : August 29, 1755

Jean Biscarret : September 18, 1755 – August 21, 1758

 

Saint-Louis-du-Nord-Est

Jean Marc Perronnel : December 1752 – 1753

Pierre Cassiet : 1753 – September 1758

 

Malpec

Pierre-Joseph de Kergariou : March 26, 1725 (Mi’kmaq mission)

Mathieu François Le Paige : Prior to September 1734 ; May 1, 1735 ; November 3, 1738

Père Duguay10 : Date unknown, but before 1753

Samuel Riou11 : Date unknown, but included a period of time leading up to August 1, 1745

Bernard Sylvestre Dosque : 1753 – August or September 1758

 

Pointe-Prime

Jacques Girard : 1752 – September 1758

__________________________________

1 Transcripts of the parish regiser of Saint-Pierre-du-Nord are available at the Prince Edward Island Archives and Records Office, at the Centre d’études acadiennes (CEA), Université de Moncton, and at the National Archives of Canada (NAC), Ottawa.  Microfilm copies of the original register are held by the CEA and NAC.

2 John C. MacMillan, The History of the Catholic Church in Prince Edward Island from 1835 till 1891 (Québec, 1913), pp. 295-296; The Weekly Examiner and Island Argus, Charlottetown, 23 November 1883, p. 1.

3 Archives Nationales (Paris), Archives des Colonies, Série C11C, Vol. 8, pp. 191-192, “Inhabitants’ [of Saint-Pierre-du-Nord] petition to Monsieur Benoit”.  The document is undated, but from its context can be determined to have been written in September or October 1748.

4 L’Abbé L’Isle-Dieu au Président du Conseil de Marine, 23 déc. 1755, Rapport de l’Archiviste de la Province de Québec, 1937/38, p. 173.

5 Louis Franquet, Voyage de Franquet aux Iles Royale et Saint-Jean, Rapport de l’Archiviste de la Province de Québec, 1923/24, pp. 118 et 121.

6 See D.C. Harvey, The French Régime on Prince Edward Island (New Haven, 1926), pp. 240-243.  Harvey’s compilations are echoed in Henri Blanchard’s two books, Histoire des Acadiens de l’Ile du Prince-Edouard (1927), pp. 75-76 and The Acadians of Prince Edward Island (1964), pp. 53-55.  However, in the case of Saint-Pierre-du-Nord, Harvey’s errors have been compounded in Blanchard’s second book.

7 With a few exceptions, dates are those on which baptism, marriage or internment rites were conducted.  The dates on which priests began and finished their service in any given parish may be somewhat earlier or later, respectively, than the dates indicated, since rites would not necessarily be performed on the first and last days of service.  Prior to 1749 some rites which are recorded in the register of Port-LaJoye involved residents of Saint-Pierre-du-Nord, and some of these rites were no doubt conducted at Saint-Pierre-du-Nord.  Thus, the extent to which Saint-Pierre-du-Nord was visited by priests based at Port-LaJoye is probably greater than indicated in this compilation.  This appears to be particularly true during the tenure of Father Patrice LaGrée, 1749-1751.  The information upon which this compilation is based is drawn largely from the registers of the parishes of Port-LaJoye and Saint-Pierre-du-Nord.  For Port-LaJoye the compilation largely reproduces that first published in D.C. Harvey, The French Regime in Prince Edward Island, New Haven, 1926, pp. 240-242.  Copies and transcripts of the registers are available in Canada at the Prince Edward Island Record Office, Charlottetown, the Centre d’études acadiennes, Université de Moncton, and the National Archives, Ottawa.  At the later repository the citations for these registers are:

Port-LaJoye:  MG1, G1, Vol. 411, Microfilm reel no. F-595 (original) and C-1472 (transcript)

Saint-Pierre-du-Nord:  MG6, A4, Ser. E, Microfilm reel no. F-817 (original) and C-2970 (transcript)

8 Information concerning Father Kergariou is from a small register kept by him and now residing in the Fonds Casgrain, Archives du Séminaire de Québec.

9 Inhabitants’ [of Saint-Pierre-du-Nord] petition to Monsieur Benoît, Archives Nationales (Paris), Archives des Colonies, C11C, Vol 8, pp. 191-192.  The document is undated, but from its context can be determined to have been written in September or October 1748.

10 Letter of Abbé L’Isle-Dieu to Mgr H.-M. de Pontbriand, 20 June 1754, Rapport de l’Archiviste de la Province de Québec 1936/1937, Québec, 1937, p. 377.

11 See register of Saint-Pierre-du-Nord.

 

Registre de Port-La-Joie en l’Isle Saint-Jean (1721-1758) – 4e partie

1986 par Francis C. Blanchard

Francis C. Blanchard

 

Le 3 novembre 1750 on trouve cinq actes de mariage, tous signés par le Frère Patrice LaGrée.  Deux des mariages voyaient deux frères Arsenault se marier à deux soeurs Boudrot.  Sans doutes, ce fut une occasion de grandes fêtes dans la communauté de Malpec.

A.  Il y avait le mariage entre françois doucet fils de françois Doucet et de Marie Caré, de la paroisse de Malpec et Marguerite Jacquemain fille de Pierre Jacquemain et de Marguerite Haché de la paroisse de Port LaJoye.

B.  Il y avait le mariage entre pierre Arsenault fils de Charles Arsenault et Cécille Bros, de la paroisse de Malpec et Marie Boudrot fille de Claude Boudrot et de Judic Belliveau de la paroisse de St.-Pierre.

C.  Il y avait le mariage entre Jean Arseneau fils de Charles Arseneau et de Cécille Bros, de la paroisse de Malpec et Madelaine Boudrot fille de Claude Boudrot et de Judic Belliveau de la paroisse de St.-Pierre.

D.  Il y avait le mariage entre Jean Arsenault fils de Jacques Arseneau et de Marie Poitvin de la paroisse de Malpec et macdelaine Boudrot fille de françois Boudrot et de Jeanne Landry de la paroisse de St. Pierre.

E.  Il y avait également le mariage entre Jean Oudy fils de Jacques Oudy et de Marguerite Poirier de la paroisse de St.-Pierre à marie Blanchard fille de françois Blanchard et de Marguerite Caré, de la paroisse de Malpec.

François, gentilhomme, Blanchard est né en 1686, donc 200 ans passés, à St.-Marc LeBlanc en Bretagne, France.  Avant son arrivée à l’Isle Saint-Jean il est d’abord passé en Acadie.  François Blanchard et Marguerite Caré ont eu 7 enfants:  5 filles dont Marie et 2 garçons, Jean et François.  Les deux garçons sont les ancêtres de tous les Blanchard de l’Île-du-Prince-Édouard selon Rustico, une paroisse acadienne.

Un personnage très important fut inhumé à Port LaJoye le 6 janvier 1752.  Ce qui suit est la transcription de l’acte de sépulture :

“Ce Sixième janvier 1752, a esté par moy soussigné inhumé le cimetière au Port LaJoye le Sr. françois Marie Degoutin Doyen du Conseil Supérieur, subdélégué de Monsieur l’intendent de la Nouvelle France et Guarde de Magasin pour le Roy au port LaJoye, décédé de hier après avoir reçue tous ses sacrements, âgé d’environ soixante cinq ans,

En foy de quoy, j’ay signé
fre patrice LaGrée.”

Le prochain acte est de la sépulture d’une personnalité qui a fait fort belle figure en Acadie avant son arrivée à l’Isle Saint-Jean.  Le Sieur Joseph Nicolas Gautier s’est établi à St.-Louis-du-Nord-est où il donna le nom Belair à sa nouvelle habitation – le même nom qu’il avait appelé son habitation à Port-Royal qu’il a quittée par nécessité.  En 1751 Nicolas Gautier a fourni une large part de ce qu’il fallait en bois pour la construction de la nouvelle église.

“Ce 2 avril 1752, a esté inhumé au dessus de la Source à Belair dans la rivière du Nord-Est le Sieur Joseph Nicolas Gautier agé d’environ 63 ans, après avoir reçu ses sacrements, décédé hier environ les dix heures du soir, espoux de dame Marie Alain, native de Port Royal en l’Accadie et le dit Sieur Joseph Nicolas Gautier originaire de Rochefort.

Signé:  fre patrice LaGrée.”

La paroisse de St.-Louis-du-Nord-est se trouvait à Scotchfort, à côté de l’actuel Mount Stewart.  On y voit encore le cimetière qui fut utilisé aussi par les Écossais catholiques à partir de leur arrivée à l’Isle Saint-Jean, en 1772.  À côté du cimetière le chercheur peut s’apercevoir d’une dépression au sol.  D’après feu mon père, J.-Henri Blanchard, c’était probablement là l’emplacement de l’église St.-Louis-du-Nord-est.

M. l’abbé Jean Perronet, curé de la paroisse St.-Louis-du-Nord-est fait l’entrée d’un baptême le 16 juillet 1753.  Il fut curé à St.-Louis de 1752 à 1753.  Il est ensuite envoyé dans la paroisse St.-Pierre-du-Nord où il est assistant au curé de 1753 à 1758.

Le 7 août 1754, on trouve l’acte du baptême de Pierre Marin Pitre inscrit par l’abbé Pierre Cassiet, curé de St-Louis-du-Nord-est.  L’abbé Cassiet fut tout d’abord curé dans la paroisse de la Sainte-Famille de Malpec (Low Point près de Port Hill) de 1752-1753; et ensuite, il fut curé de 1753 à 1758 de la paroisse de St-Louis-du-Nord-est.

L’abbé Cassiet fut une figure de grande marque d’abord en Acadie et ensuite à l’Isle Saint-Jean.  Lors de la Déportation de 1758, l’abbé Cassiet fut choisi avec l’abbé Biscaret, curé de la paroisse St-Pierre-du-Nord, pour aller porter la pétition des habitants acadiens de l’Isle Saint-Jean aux autorités anglaises à Louisbourg.  La pétition demandait qu’on accepte la soumission des habitants acadiens et qu’on leur permette de demeurer sur leurs terres.

L’effort des curés fut en vain.  Le Général Jeffrey Amherst et l’Amiral Boscawen ont demeuré insensible et inflexible devant les porte-paroles.  Ils ont ordonné l’évacuation complète des Acadiens de l’Île.

L’abbé Pierre Cassiet fut déporté avec les habitants de l’Île, et on le retrouve plus tard en France, où finalement, il est devenu le supérieur du Calvaire à Betharram près de Lourdes.  D’après la tradition de la famille Cassiet, l’abbé fut traité avec beaucoup d’inhumanité par les gardes au cours de la traversée.  Et lorsque la Révolution française a éclaté, l’abbé Cassiet a du encore confesser sa foi une deuxième fois et a dû se réfugier en Espagne.

 
Nous trouvons également dans ce registre une entrée signée par l’abbé Jacques Gérard curé de la paroisse St-Paul à la Pointe Prime.

“Ce 6 février 1755, je soussigné, certifie que M. Gérard curé de la pointe prime a baptisé à la Rivière du Nord, anne madeleine née le 16 7 bre 1754, de légitime mariage de François Landry et de marie Joseph Babin parain et maraine ont été Joseph Landry et Anne Madeleine Landry.

Signé à la minute:  Girard
Signé:  fre Gratien Raoul”

L’abbé Girard fut un des grands prêtres célèbres de l’Acadie.  Sa vie apostolique en est une de grand héroïsme.  Il est arrivé en Acadie en 1733 et est envoyé desservir la paroisse de Beaubassin.  En 1742 il est nommé curé à Cobequid (Truro).

Pendant ses fonctions à la cure de Cobequid il fut emprisonné à Halifax avec quatre de ses paroissiens pour avoir conseillé à ses paroissiens de ne pas prêter le serment de fidélité sans réserves que l’on exigeait du peuple.

On lui permit plus tard de sortir de prison pour desservir les habitants du Bassin des Mines.  Il fut enlevé par un groupe de Micmacs, et il se cacha dans la forêt jusqu’au printemps de crainte de tomber à nouveau entre les mains des autorités.  Il réussit à passer à l’Île St-Jean où il s’occupera de la cure de St-Paul à la Pointe Prime.

Lors de la Déportation il embarqua à bord du “Duke William” avec ses paroissiens.  Ce bateau fera naufrage à l’ouest de l’Angleterre, mais l’abbé Girard réussit à s’échapper dans une chaloupe.   Finalement, il arriva en France et fut nommé aumônier à l’Abbaye de Jouarre.

Le 26 mai 1755 l’abbé Joseph-Sylvestre Dosque curé de la Sainte-Famille à Malpec signe l’acte de baptême de Marie Joseph Bourg :

“Ce jour 26 may 1755, je soussigné, certifie que M. Dosque, curé de la paroisse de Malpeck a baptisé marie joseph, le 22 may de 1754, née le 2 x bre 1753, de légitime mariage de Jean Bourg et de Françoise Douaron, habitants de la rivière des Crappeaux.  Parrain et maraine ont estée Louis Bourg et marie Rose Douaron.

Signé sur l’extrait délivré:  Dosque et
fr: Gratien Raoul.”

Lors de la Dispersion, l’abbé Dosque a pu s’esquiver au Québec.  Plus tard il devint le curé de la cathédrale Notre-Dame à Québec.

La prochaine entrée est l’acte de sépulture de Jean Le Prince agé de 28 ans dans le cimetière de St-Paul la Grande-Ance (Orwell Bay près d’Eldon).

 “Ce 21 février 1751, a esté par moy, soussigné faisant les fonctions curiales, inhumé dans le cimetière de St-Paul, à la Grande ance Jean LePrince âgé d’environ 36 ans, mort en enfance sans sacrement, n’ayant jamais eu aucune connaissance.

Signé:  fr. Patrice LaGrée.”

De temps à autres on trouve les noms d’Anglais ou d’Irlandais dans le registre :

“Ce 29 juillet 1755, je soussigné, ay baptisé un fils nommé Jean Baptiste, de nation anglaise, agé de 19 ans, son père appellé nicolas Samson, sa mère Elisabeth, habitans du port Royal.  Parain et maraine Jean baptiste perial, Ursule Robicho.

Signé:  Mezzin LeRoy, Laviolette et fre Gratien Raoul.”

On sait qu’il y a eu un cimetière à Tryon.  L’entrée ensuite semble le confirmer.  Pendant le Régime français la rivière Tryon se nommait la rivière des Blonds.

“Ce 7 mars 1746, a été inhumé dans le cimetière des Blonds, un fils agé de 14 mois nommé Raphael, née de légitime mariage d’Eustache Bourg et de Marguerite Daigre.

Signé:  fre Gratien Raoul.”

Même si les Acadiens de l’Acadie avaient à endurer de tracas insupportables pendant les années 1750, cela n’a pas empêcher à certains de vivre à un âge très avancé, ce que témoigne l’acte suivant :

“Le 4 aoust 1750, a esté inhumé dans la paroisse isle de St-Jean, au port LaJoye Germain Teriot agé de 87 ans fils de Germain Teriot et d’André Bernard, de la paroisse du Port Royal lequel après avoir reçu tous ses sacrements a esté inhumé par moy soussigné dans le cimetière du port LaJoye.

Signé:  fre Patrice LaGrée.”

Des noms de lieux qui figurent dans ce registre pour lesquels nous avons les noms d’aujourd’hui sont :

Rivière des Blancs -            Johnson’s River
Rivière de l’ouest -            West River
Rivière du Nord -            North River
Rivière du Nord-Est -            East ou Hillsboro River
Rivière des Crapeaux -        Crapaud River
Le Petit Maret -            Pownal Bay
L’ance aux Morts -            Mermaid Cove
La Grande Ascension -        Vernon River
La Petite Ascension -            Fullerton’s Creek
L’ance aux Sauvages -        Cove à Rocky Point
L’ance à Pinet -            Pinette Bay
Le Havre aux Sauvages -        Savage Harbour
St-Pierre du Nord -            St. Peter’s Harbour
L’ance aux Pirogues -        Stewart Cove
L’ance aux Sangliers -        Holland Cove
Tracadie -                Tracadie
L’ance à Dubuisson -            Walker’s Cove
La Pointe Prime -            Point Prim
L’Ance à la Pointe du Nord-ouest -    Nine Mile Creek
Des Estangs -                St. Peter’s Lake
L’Ance aux Matelots -        Alexandra
Rivière des Blonds -            Tryon River

Des noms de lieux pour lesquels nous n’avons pas les noms aujourd’hui, entre autres, sont :

La Terre Rouge, L’Ance du Nord-est, Ruisseau Vincent, Ruisseau la France, L’Ance aux Landry, L’Ance Compte St.-Pierre, Ruisseau des Mats.

Ce qui suit est l’acte de sépulture d’un noble homme et personnage important de la colonie.

“L’an 1744, le 26 mars, j’ay soussigné inhumé environ les 11 heures du matin dans le cimetière de ce havre, le corps de nobel homme Ecurier Robert potier du Buisson, mort du jour précédent environ une heure après midy natif… subdélégué de M. l’intendent de la nouvelle france.

Signé:  fre Elie Kvielze.”

L’acte suivant enregistre le baptême d’un enfant illigitime.  Au bas de l’acte il y a un ajout intéressant :

“Le 26 juin 1754, j’ai baptisé pierre, né le même jour, de marie Vincent qui n’a pas voulu en déclarer le père.  Parain et maraine ont été pierre Herbert et marie Michel.

Signé:  fre Ambroise Aubré

(Le lendemain le père s’est déclaré avec promesse d’épouser la fille)”

L’acte suivant signé par le frère Elie Kvielze porte un intérêt spécial :

“Le 25 9 bre de l’année 1743, moy, fre Elie K. recolet, je soussigné ay donné la bénédiction nuptialle à Etienne Charles philippe fils de pierre philippe, et de catherine Géraud, soldat au détachement marine et à marie Mazeromme et de genevieve fovel, natif du port Royalle, évêché de Québec, lesquels m’aïant aporté un graçon d’environ 18 jours provenu d’eux, pour le faire legitimer, l’ay mis sous le voille et légitimé selon le rit de la Ste Église et ordonnance de Monseigneur de Québec en recevant leur mutuel consentement et foy de mariage, après quoy, nous avons supplée aux cérémonies de son baptême en présence des témoins qui ont signé avec nous.
Signé:  Etienne Chelle philippe -
Le chlr Duvivier
Le chavalier Duchambon – De la
Brejonnière – Potier
Dubuisson – Duchambon Decoux -
Dentremont decoux – Anne henriette
Duchambon et fre Elie Kvielze aumônier”

Une petite île qui est située dans la rivière Hillsboro juste en face de Fort Augustus s’appelle l’île Glenfinnan.  Pendant le Régime français, selon mes recherches, cette île se nommait l’Île au foin.

Les deux extraits suivants sont des sépultures qui ont eu lieu à l’Île au foin.  L’époux et l’épouse sont décédés un après l’autre et sont enterrés sur deux jours consécutifs :

“Ce 29 mars 1751, a esté inhumé à l’isle au foin à cause des mauvais temps, Pierre Douaron agé d’environ 45 ans après avoir esté confessé, époux de Marguerite Bro.

Signé:  fre Patrice LaGrée.”

“Ce 28 mars 1751, a esté inhumée à cause des mauvais temps, à l’isle au foin, Marguerite Bro agée de 26 ans, épouse de Pierre Douaron, après avoir été confessée.

Signée:  fre Patrice LaGrée.”

Nous trouvons dans les entrées du registre de nombreux soubriquets :

“Le 12 avril 1752, a esté inhumé dans le cimetière du port Lajoye du costé du couchant au bas du cimetière René… dit pret à rire, soldat de marine de la compagnie de M. Lavillière, agé d’environ 25 ans, ayant été trouvé mort dans les glaces et ayant sur luy des marques de chrétien, je luy ay donné la sépulture écclésiastique avec les cérémonies ordinaires.

Signé:  fre patrice LaGrée.”

Ce fut une mort tragique pour cet homme qui semblait toujours rayonner le bonheur.

Selon un dénombrement rapide fait de ma part, il y a eu à Port-LaJoie quelque 143 sépultures.  Sans doute, il y avait des sépultures faites à cet endroit en absence d’un prêtre et ainsi n’auraient pas été enregistrées de la façon coutumière.  Où est l’emplacement de ce cimetière?  Personne à l’heure actuelle semble le savoir.  Peut-être, dans un avenir pas si lointain, Parcs Canada fera les fouilles nécessaires à sa redécouverte…

Plus de 50 pour cent des entrées du registre sont de 1749 à 1758.  C’est à partir de 1749 qu’on a vu la grande émigration acadienne se diriger vers l’Isle Saint Jean suite à la construction du fort à Halifax et que les autorités britanniques ont commencé à parler de Déportation.  Présentement à l’Île-du-Prince-Édouard, nous avons le nom de famille Longaphie.  Ce nom selon ce registre était Longuepée, Longueépée, Longue espée ou Longeépée.  Nous avons également les familles Deagle à l’Île qui sont d’origine acadienne.  Ce nom de famille était D’aigre ou Daigre selon le registre.  Au Nouveau-Brunswick le nom est Daigle.  Le nom de famille Doiron était parfois épellé Doiron, Douäron, Douaron, Douaïron et Doeron.

En conclusion je cite du registre une des trois conversions faites à Port-LaJoye.

“Ce 11ème jour de janvier 1755, je soussigné et certifie Aumonier du Roy, curé de la paroisse du port LaJoye et supérieur de l’isle St Jean qu’Abraham Louis predreman, actuellement de cette paroisse, fils de feu Jean predreman et de marguerite Clotre, natifs de Canton de Berne dans l’allemagne suisse, a de ferme foy confessé entre mes main en face d’église et en présence de Gabriel Rousseau ecuyer, Sieur Villejouin chevalier de l’ordre militaire de St Louis, major et commandant pour le Roy à l’isle St Jean, de Michel Rousseau, écuyer Sr de Dorfontaine, capitaine d’infanterie et de Louis melchior Vareille, sieur de la Bregeonnière, capitaine et aide major de l’isle St Jean et autre témoins qui ont icy signés avec moy, tant en général qu’en particulier les articles contenus au Symbole de le foy dont se sert la Ste Eglise Catholique, apostolique et romaine, a reçu sans aucun doute toutes les autres choses qui ont été données, définies et déclarées par les sacrés canons et principalement par le saint concile de trente.  En même temps a condamné, rejetté anathematisé, renoncé à toutes les hérésies que l’église Catholique, apostolique et Romaine a condammées Rejettées, anathematisées, a enfin promis, vouée juré sur les saints évangiles de Dieu, tenir et confesser sans aucune contrainte cette vraye foy catholique sans laquelle personne ne peut être sauvé et a promis de la garder constamment moyennant la grâce de Dieu, jusqu’au dernier soupir de sa vie et tant qu’il luy sera possible la faire tenir, garder et observer par touts ceux desquels il aura charge en sa maison et en son état et au cas qu’il luy avienne de faire le contraire à l’avenir il se soumet à toutes les peines portées par les Sts decrets et constitutions canoniques, en conséquence je l’ay absous de l’excommunication par luy encourru en vertu du pouvoir qui m’en a été donné par l’ordinaire suivant l’ordonnance au port Lajoye les dits jours et an que dessus.

Rousseau de Villejouin, L. Vareille de Brejeonnière
Rousseau de Dorfontaine, Chatton, Yvoanry
Maillardet et fr: Gratien Raoul, Recollet.”

Registre de Port-La-Joie en l’Isle Saint-Jean (1721-1758) – 3e partie

1985 par Francis C. Blanchard

Francis C. Blanchard

 

… et je cite d’autres entrées d’intérêt historique et généalogique.  Ce qui suit est l’acte de la sépulture de Pierre Devaust, victime d’une noyade.  Des noyades étaient fréquentes à cette époque.

Le 22 novembre 1723, je soussigné, ait inhumé le nommé Pierre Devaust dit Dauphiné engagé de la compagnie noyé à deux lieues dans l’isle St-Jean fait au port Lajoye 22 9bre 1723 signé: fr. Louis Barbet Dudonjon.

Quelques entrées ont comme objet le baptême d’un enfant micmac.  Il est intéressant à noter que les Micmacs portaient des prénoms seulement.  Les noms de famille n’existaient pas chez eux à cette date.  Et on sait que la plupart des Micmacs étaient des convertis au catholicisme par les vénérables missionnaires du XVIIe siècle en Acadie.  Or il ne faut pas s’étonner que ces braves gens portaient des prénoms chrétiens.

Le 27 juin 1723, je soussigné… ay baptizé Elizabeth fille de François et de Therese sa femme sauvages née environ la Toussaint 1722.  Parrein Glaude haenrion commis des magazins de la compagnie de l’isle St-Jean et la mareine:  Elizabeth Cheneau, femme de hilaire Cheneau maître canonier.
signé:  Henrion L. de métivier, missionaire

Je cite ensuite une entrée de l’enterrement d’un enfant baptisé par le médecin en l’absence du prêtre.

Le 2 7bre 1722 – inhumé le corps d’un enfant de Paul Gemel engagé et de Marguerite Hurel né et ondoié à la maison par le Sr Grandpré chirurgien major ce cette isle le 1er jour desd. mois et an, mort le même jour. témoins:  Le d.paul Gemel et Jacques Migon engagé lesquels ont déclaré ne savoir signer                              signé:  de Breslay, gd. vre.

L’entrée qui suit fait mention d’un personnage important chez les Micmacs de l’île St-Jean :

Le 29 may 1722 baptizé marguerite fille de Jean Baptiste Armetcheck sauvage Mikmack et fille d’Agnes Nabdevit agée de 5 mois.  Le parein mathurin Renaud habitant du havre St-Pierre, la mareine Marguerite Armetcheck femme d’Antoine Arghimo capitaine des sauvages Mikmaques, lesquels ont déclaré ne sçavoir signer          de Breslay – gd. vre.

Ce qui est intéressant avec l’oeuvre de M. Pierre Margry c’est sa fidélité à l’original.  Lorsqu’il s’agit d’une page déchirée, le copiste l’indique dans son recueil.  La partie déchirée est malheureusement perdue.  Là où l’original porte une tache d’encre, Pierre Margry la signale dans sa copie.  Parfois on voit une feuille dont le bas est déchiqueté excepté pour une pointe sur laqauelle il écrit ce qu’il trouve dans l’original.

Pour ce qui est du premier mariage enregistré par l’église à Port LaJoye de personnes de race blanche, il est daté du 17 avril 1721.  Il s’agit du mariage de François du Roché et d’Elizabeth Bruneau, originaires de Bretagne, France.  Il est tout probable que le nom du Roché ait été changé à DesRoches, dans le cours du temps.

Je cite ensuite la noyade d’un jeune garçon dans les ports (probablement à St-Pierre-du-Nord) dont le corps n’a point été retrouvé.

Le 3 juillet 1721… j’ai soussigné et certifie qu’Etienne Poitevin agé de 8 ans fils d’Etienne Poitevin et d’Anne Daigle a été perdu le 6 juin de la présente année dans les ports et qu’il n’a point été retrouvé.
Témoins:  Louis LeBouve et François Boisseau pêcheurs
signé de Breslay curé.

Port-LaJoye ou Port LaJoie :  Nous trouvons dans ce registre surtout la première orthographe.  “La Joie” s’épelle aujourd’hui avec “i”.  Anciennement on trouve un “y” à la place d’un “i” dans l’épellation des mots.  L’ “y” à la place du “i” est une forme de stylisation qu’on employait autrefois.  Souvent dans le registre on trouve l’épellation may pour le mois de mai – aujourd’huy pour aujourd’hui.  Parfois on voit aussi l’orthographe Port LaJoie.  L’abbé de Breslay l’emploie.  Dans le cas où l’orthographe d’un mot donne un double “s”, on voit la première lettre “s” en forme stylisée.  L’ “s” prend la forme d’un “f” – (exemple paroifse).

L’instruction chez les Acadiens à cette époque était presque nulle.  Cela se voit lorsqu’on lit entrée après entrée et que c’est écrit que les témoins des cérémonies ne savent signer.

“La mareine a fait sa croix ainsi
que le père de l’enfant”
ou
“…lesquels ont déclaré ne sçavoir signer”

Un père récollet qui a beaucoup oeuvré en Acadie, et un des plus célèbres missionnaires, est le Frère Félix Pain.  Il est passé à l’Isle St-Jean à trois différentes reprises faisant sa fonction curiale :

a)  du 1er juillet 1725 au 8 septembre 1726;
b)  du 26 novembre 1726 au 10 juillet 1731; et
c)  le 27 septembre 1736.  Un seule acte.

D’après les historiens, le poète américain Henry Wadsworth Longfellow se serait inspiré de l’oeuvre du Frère Félix Pain parmi les Acadiens avant la Déportation, et se serait servi de ce personnage comme prototype du Père Félicien dans son épopée Évangéline, publiée en 1847.

De dire les historiens, Rustico-sud et Rustico-nord tiennent leurs noms de René Rassicot qui était marié à Marie Haché, fille de Michel Haché dit Gallant et Anne Cormier.  Ce René Rassicot, dit-on, aurait été propriétaire d’un terrain là où se situe aujourd’hui Rustico.  Voici l’acte de mariage de René Rassicot et de Marie Haché, veuve de feu François Poirier:

Ce trente unième d’octobre de la présente année 1729, moi, soussigné missionnaire recollet faisant les fonctions curiales dans cette paroisse, après la publication de 2 bans aux prones des messes paroissiales et ayant dispensé du troisième, sans qu’il se soit trouvé aucun empeschement, ai donné la bénédiction nuptiale à René Rassicot, fils de feu Jean Rassicot et de Marguerite Crossier de la paroisse de St Ursin diocèse de Coutance d’une part, et Marie Haché veuve de feu françois Poirier de cette paroisse d’autre part, après avoir reçu leur mutuel consentement en présence de leurs parents et amis soussignés, l’époux et l’épouze ont déclaré ne sçavoir signer de ce enquis selon l’ordonnance et ont fait leur marque ordinaire
Signé:  Joseph haché, Depensens, Michel haché et fr. felix Pain, recollet missionnaire.

D’après certains actes dans le registre de la paroisse de Port LaJoye, il y avait un endroit qui s’appelait Rasico.

Ce 30 juillet 1750, a esté baptisé sous condition françois agé d’environ un mois, fils de Joseph sauvage et d’Elisabethe, aussi sauvage, de Rasico.  Le parrain: le Sr françois de Mezilla, officier d’infanterie, la maraine, Magdeleine, sauvagesse
Signé:  Mezillac et fr. patrice LaGrée.

Souvent, lorsque le prêtre était absent il fallait que quelqu’un s’occupe de la sépulture des morts.  Voici donc, l’acte d’un enterrement sans qu’il y ait de prêtre:

Ce 28 7bre 1750, a esté inhumée, dans le cimetière du port LaJoye, Angélique Vincent agée de 33 ans fille de deffunt pierre Vincent et de Jeanne Trahan, de la paroisse de l’Assomption, laquelle a esté inhumée par un soldat faute de prêtre. En foy de quoy, j’ay signé:
Signé:  Fr. Patrice LaGrée.

D’autres cimetières français et acadiens existaient à l’Isle Saint-Jean à part de celui à Port LaJoye avant la Déportation de 1758.  On sait que vers 1750-52 quatre nouvelles paroisses avec curés résidents furent érigées dans la colonie:  St-Paul à la pointe Prime (près d’Eldon); St-Louis du Nord-est (à Scotchfort); La Sainte-Famille à Malpec (Low Point près de Port Hill); et St-Pierre du Nord (St. Peter’s Harbour).  Je vous en citerai au long de ce travail.  Voici un acte de sépulture du corps d’une jeune fille dans le cimetière de St-Pierre-du-Nord.

Ce 24 8bre 1750, a été inhumé par moy dans le cimetière de St-Pierre au pied de la croix du costé du nord Anastasie agée d’onze mois fille d’André Renaud et de Marie Roget
Signé patrice LaGrée.

L’acte suivant porte le nom d’un médecin Georges Barbudeau qui était chirurgien-major à Louisbourg avant d’être appelé à l’Île Saint-Jean où la population n’avait pas les services médicaux qu’il leur fallait.  Il a habité à Port LaJoye d’où il fut déporté en 1758.  Rendu plus tard en France, il s’est trouvé parmi les locataires de la ligne acadienne du Marquis de Pérusse des Cars à Archigny, en Poitou.  Aujourd’hui on peut visiter le terrain qu’il occupait.  L’auteur de cette série est allé voir la terre occupée par le médecin Barbudeau.

Le Vingt septième de novembre de la présente année mil sept cent vingt cinq, moi soussigné missionnaire, faisant les fonctions curialles dans cette paroisse, ai baptisé son condition Jean Baptiste né le 17 octobre de la susdite année fils du Sr. George Barbudeau, chirurgien major de ce lieu et de Marguerite françoise Vigneau légitimement conjoints.  Il a eu pour Parein Jean Baptiste Péré et pour maraine Marie Françoise Gugot, en foy de quoy j’ai signé avec le parrein et le père de l’enfant, ces jours et an que dessus.
Signé:  Jean Péré, Berbudeau et fr. félix pain recollet missionnaire.

Le prêtre était à l’occasion demandé à défaut de notaire, à témoigner un contrat entre différentes parties.  L’extrait suivant du registre est l’entrée d’obligation de pension annuelle promise de la part des enfants de Michel Haché Gallant et Anne Cormier à l’endroit de leurs parents.  Cette entrée est probablement le premier contrat légal à l’Île Saint-Jean.

Obligation de pension annuelle de 10tt pour chacun des desnommés:  Ce jour, dix septième novembre mil sept cent trente six, en présence du père Angélique Collin Recollet de la province de Bretagne, missionnaire et aumonier du Roy au port Lajoye, dans l’isle St-Jean évêché de Québec, faisant les fonctions curiales audit lieu au défaut de Notaire pour passer le présent acte, entre les soussignés Michel haché et Anne Cormier sa femme d’une part et ses enfants de l’autre part, cy nommés, Michel Haché, Joseph haché, Marie haché épouse de René Rassicot lui consentant, Baptiste haché, Charles haché, pierre Haché, marguerite haché épouse de pierre jacmin lui consentant, françois haché, Jaque haché, Louise haché épouse de Louis belliveau, Marie Madeleine Haché épouse de pierre Duval, lui consentant, lesquels sont convenus de ce qui suit.  Sçavoir que tous les dits enfants ci dessus mentionnés s’obligent de donner chacun à leur père et mère leur vie durante la somme de dix livres tournois chaque année à commencer aujourd’huy de plus renoncent les dits enfants à la succession de leurs père et mère après leur mort.  Leur père et mère étant libres par le présent de donner leur bien à perpétuité à celui de leurs enfants qu’ils jugeront à propos.  En foy de quoy, ceux desdits enfants qui scavent écrire ont signé avec nous, les autres qui ne scavent écrire ont mis leur marque ordinaire en présence de Philippe, le neuf Eguyer Sieur de Beaubassin, enseigne d’une compagnie détachée de la marine et de Charles Boudrot, capitaine du bateau du Sieur de Beaubassin qui ont aussi sicné comme témoins.
Signé:  Michel Haché – Joseph Haché

Derechef, sont encore convenus les dits michel haché et anne cormier sa femme, avec leurs enfants que l’un diceux venant à mourir, les dits enfants ne payeront plus que la moitié de la susdite somme de dix livres.

En foy de quoy ils ont signé comme dessus
Signé Michel haché – Joseph Haché
marque de René Rassicot 0 marque de Pierre Hachez X marque de Baptiste Haché X marque de marguerite Haché X marque de Jacques hachez X Sr. Laurant.

Ce qui se lit ensuite est l’entrée de la mort tragique de l’ancêtre des Haché-Gallant :

Le 17 juillet 1737, je soussigné, ay inhumé dans le cimetière de ce hâvre, le corps de Michel Haché dit Galant, habitant dudit port, lequel s’était enfoncé dans les fons à l’embouchure de la rivière du Nord le dixième d’avril de la présente année et n’a pu être trouvé jusqu’à ce jour.
Signé: Frère Angélique Collin.

Un très beau monument a été érigé à Port LaJoie en face du Parc National Fort Amherst – Port LaJoye à la mémoire des ancêtres Michel – Haché – Gallant et Anne Cormier en 1965 par leurs descendants.

(à suivre)

Registre de Port-La-Joie en l’Isle Saint-Jean (1721-1758) – 2e partie

1985 par Francis C. Blanchard

par Francis C. Blanchard

 

Le registre de la paroisse St-Jean L’Évangéliste de Port-LaJoye en l’Isle Saint-Jean renferme plusieurs bijoux d’intérêt généalogique et historique.  Ce qui suit vous fait part de quelques-uns de ces relevés intéressants.

Une très grande fête, telle qu’il ne devait pas en avoir souvent dans la colonie à cette époque, eut lieu au Port-LaJoye, le 20 juin 1737, lorsque le récollet, Frère Athanase Guégot bénissait les mariages de trois enfants de Michel Haché (Gallant) et d’Anne Cormier.  Ces mariages eurent lieu 250 ans passés.  Les deux mariages des deux frères avec les deux soeurs Boudrot auront d’importantes conséquences généalogiques chez les Acadiens de l’Î.-P.-É.

1)  François Haché (Gallant), le père des Dix Frères de Rustico, se maria à Anne Boudrot;

2)  Jacques Haché (Gallant), le père de Cyprien Haché (Gallant), qui devint à son tour le père des Dix Frères de Cascumpec, se maria à Josephte Boudrot.  Cyprien, le fils, eut comme épouse Marie Bernard; et,

3)  Louise Haché (Gallant) se maria à Louis Bellyveau.

François et Jacques (Cyprien fils) Haché (Gallant) sont les ancêtres d’un très grand nombre d’Acadiens à l’Île-du-Prince-Édouard.  On n’a qu’à parcourir les arbres généalogiques des familles acadiennes de l’Île pour le constater.  Les deux frères Haché (Gallant) se sont mariés à deux soeurs Boudrot, filles de François et d’Anne Landry.

Louis Belliveau et Louise Haché Gallant eurent 9 enfants.  Cette famille est aux îles St-Pierre et Miquelon en 1767.  Louis Belliveau y est décédé le 24 décembre 1775.  Sa veuve est transportée avec ses enfants à La Rochelle, France, en 1778, et elle est décédée à St-Nicolas de La Rochelle le 29 octobre 1779.

L’auteur de cet article, du côté de sa mère, Ursule Gallant, descend de Cyprien, fils de Jacques, (Dix Frère de Cascumpec), et du côté de son père, J.-Henri Blanchard, dont la mère était Domithilde Gallant, descend de François Haché Gallant, le père des Dix Frères de Rustico.

Voici la transcription des trois actes mentionnés ci-dessus :

“Le 20 juin 1735, moy soussigné ay donné la bénédiction nuptiale à François Haché agé de 27 ans fils de Michel Haché et d’Anne Cormier natifs de Beaubassin évêché de Québec, actuellement habitants de ce port LaJoye, d’une part, et à Anne Boudrot agée de 16 ans, fille de François Boudrot et d’Anne Landry, natifs du port Royal évêché de Québec habitants actuellement de Tracadie paroisse de St-Pierre, isle St Jean, d’autre part.

Signé:    

Michel Haché      x marque de l’épouse
St Vilmé, Jacquemin dit Laurent        x marque de l’épouse
Duval          Joseph Haché x           x François Boudrot                    

                                                                 xx des frères
                                                                  x Anne Landry
frère Athanase Guégot-missionnaire.”

 

“Le 20 juin 1735, moy soussigné, après avoir publié trois bannes de mariage au prosne de la grande messe, ay donné la bénédiction nuptiale à Jacques Haché, âgé de 22 ans, fils de Michel haché et d’anne Cormier – d’une part et à Josephte Boudrot fille de françois Boudrot et d’Anne Landry -

Ont signé:    Michel Haché St Vilmé Duval
Jacquemin dit Laurent-Joseph
Haché xxx marques des frères,
de marie Landry, du père et
la mère, de l’époux et de l’épouse
Frère Athanase Guégot–“

 

“Le 20 juin 1735 moy soussigné, ay donné la bénédiction nuptiale à Louis Bellyveau agé de 27 ans fils de Jean Belliveau et de Cécile Melanceon natifs de port Royal évêché de Québec, actuellement habitant de Tracadie paroisse de St Pierre isle St Jean, et à Louise Haché agée de 20 ans, fille de Michel Haché et d’Anne Cormier ses père et mère natifs de Beaubassin, évêché de Québec actuellement habitans du port LaJoye, isle de St Jean.

Signé:    Louise Haché:  St Vilmé; Michel Haché, Duval, Joseph Haché, Pierre Jacquemin dit Laurant – Frère Athanase Guégot.

 

Nombreuses sont les signatures dans ce document-recueil et certaines de celles-ci sont de la plume de personnes de marque.  Citons seulement quelques noms qui paraissent pour l’année 1721.

- René-Charles de Breslay – Prêtre de St Sulpice.  Avant son arrivée à l’Île St-Jean il était missionnaire chez les Indiens algonquins de la mission de St-Louis au-dessus de l’île de Montréal.  À l’Île St-Jean il agissait à titre de curé et de grand vicaire.  Il fut le premier curé résident à l’Île St-Jean.  Il signait toujours “de Breslay curé”.

- Marie-Anselme de Métivier – Prêtre de St Sulpice – lui aussi a oeuvré au sein des missions indiennes canadiennes.  Il signait “de Métivier missionnaire”.  Il était l’adjoint de l’abbé de Breslay.

- Denys de la Ronde – un officier de grande expérience qui signait “La Ronde Denys”.

 - Sieur Robert David de Gotteville de Belleisle – Lieutenant de la Marine, Chevalier de l’ordre militaire de Saint-Louis, et le Commandant-gouverneur en charge de la nouvelle colonie.  On attribue au Sieur de Gotteville de Belleisle et à Denys de la Ronde, d’avoir baptisé la capitale de la nouvelle colonie Port LaJoye, car disaient-ils le paysage est d’une telle beauté qu’il occasionne la joie.  Il signait “Gotteville de Belile”.

- Le père Michel Brulai – missionnaire des indiens à la baie des Chaleurs.  Il était prêtre récollet et signait “frère Michel Bruylé”.

- Michel Haché – Capitaine du Port LaJoye et commandant de la milice.  Une des premières familles acadiennes à s’établir à l’Île St-Jean.  Avec le temps son nom est devenu Michel Haché Gallant.  Il est l’ancêtre des familles Haché et Gallant.  Son épouse était Anne Cormier.  Il signait “Michel Haché”.  Un monument en leur mémoire fut érigé par leurs descendants en 1965 à Rocky Point là où se situait autrefois Port LaJoye.

Le premier acte où apparaissent les noms de Michel Haché et d’Anne Cormier est daté du 11 juin 1721.  C’est à l’occasion du premier baptême à Port La Joye :

“Le 11 de juin 1721 j’ay soussigné prêtre, de l’isle St-Jean, baptisé Pierre Robet François fils de François Pestureau directeur général des vivres du gouvernement de lad. isle et de damoiselle Françoise Simoneau son épouse, né le même jour desd. mois et an.  Parein Messire Robert David Gotteville chevalier de l’ordre militaire de St Louis, capitaine pour le Roy d’une compagnie Franche de la Marine, gouverneur des Isles St Jean, La Magdeleine, Brion, Miskou et autres dans le golfe de St Laurent.

…..  la mareine Très haute et puissante dame dame Louise de Kervin, dame d’honneur de Très haute, très puissante et très excellente princesse son altesse royale Madame la Duchesse d’Orléans épouse de très haut et puissant seigneur Messire Pierre, comte de St Pierre premier écurier de son altesse royale ditte dame duchesse d’Orléans et grand maître de sa maison seigneur des dites isles représentée par dame Anne Cormier épouse du Sr Michel Haché capitaine de milisse de la côte de Bobassin en l’Acadie, lesquels ont signé avec moy la d. Anne Cormier a déclaré ne savoir signer.

signé:    Gotteville de Belisle, Pestureau de Breslay, curé.”

La première fois que Michel Haché signe un acte dans ce registre est en date du 25 décembre 1721.  Ce fut à l’occasion du baptême de Gabriel Noël (notez la date) fils de Hilaire Cheneau et de Marie Blanchard, né le 24 décembre.  Ce fut aussi à l’occasion du double baptême de jumeaux.  Probablement les premiers jumeaux à naître à l’Île St-Jean.  Voici la transcription des deux entrées :

“Le 25 décembre 1721, Baptisé Gabriel Noël fils de Hilaire Cheneau, maître canonier du port de la Joie et de Marie Blanchard sa femme, né le 24 dud.

Parrain Gabriel Brunet, cloutier; Marraine Marguerite Haché fille du Sr Michel haché capne du port LaJoie -

Ont signé:  Brunet, hilaire cheneau, Michel Haché, de Breslay grand vicaire.”

“Le 25 xbre 1721, Baptisé Marie Elizabeth, fille de Hilaire Cheneau maitre canonier et de Marie Blanchard sa femme, née le même jour desd. mois l’an.

Parrain Gilles le Roy, taillandier, mareine, Marie Girard femme de Jean Chauvet tonnelier.

Ont signé:  Hilaire Cheneau, Marie Girard, de Breslay.”

Une entrée intéressante mais triste est en date du 16 septembre 1721.  Elle se lit comme suit :

“Le 16 septembre 1721 – je soussigné, – - certifie que François Selier agé d’environ 45 ans, premièrement engagé de la compagnie, ensuite habitant de la d. isle à 4 lieues de ce port LaJoye et de cette paroisse de St-Jean L’Évangéliste, a été trouvé mort dans sa maison, d’un coup de fusil, sans scavoir par qui, n’y ayant alors que trois femmes y compris sa propre femme.  J’ay trouvé en arrivant à sa maison son corps enterré parce qu’il y avait déjà trois ou quatre jours qu’il était mort.  J’ai béni sa fosse en présence de Nicolas Coindet et de Jean Chauvet aussi habitant dud. lieu appelé la côte St Joseph.  Il était de la paroisse de Landrée Diocèse de la Rochelle.

Signé:  de Breslay”

Le premier mariage enregistré par l’église à Port LaJoye entre personnes de la race blanche est daté du 17 avril 1721 entre François du Roché et Elizabeth Bruneau.  L’acte porte les signatures suivantes:  Marianne Simoneau, La Ronde Denys Catalongue, Pierre Dédé, Pierre Jacquemin et De Breslay, curé.  Cet acte était quelque peu lacéré dans l’original et donc nous n’en avons qu’un fac-similé de ce qui demeure de l’entrée.

Voici l’entrée du premier enterrement enregistré à Port LaJoye :

“Le 23 avril 1721 j’ay soussigné prêtre inhumé le corps de Jean Daulet agé d’environ 20 ans, fils de Jean Daulet portefaix de Moran Diocèse de la Rochelle mort le 29 et ayant reçu les sacrements (engagé de la Compagnie)

témoins:  André Chanelon bédeau de cette église et Michel Bodin engagé de la d. compagnie qui ont déclaré ne scavoir signer.

de Breslay curé.”

 

(à suivre)

Registre de Port-La-Joie en l’Isle Saint-Jean (1721-1758)

1984 par Francis C. Blanchard

par Francis C. Blanchard

 

Le document communément appelé Registre de Port-La-Joie est en réalité un recueil de documents renfermant à la fois trois registres paroissiaux de l’ancienne îsle Saint-Jean.  Le premier acte est en date du 10 avril 1721 et nous y trouvons de nombreux actes semblables qui coïncident avec la période française dans l’histoire de l’Île-du-Prince-Édouard.  Ces actes couvrent les années 1721 à 1758, sauf une lacune de 1745 à 1749 lorsqu’il y eut l’occupation anglaise de l’île, durant laquelle on avait expulsé tout le clergé.  En somme, ce registre comprend les actes suivants :

1)  baptêmes, mariages, sépultures et autres actes:  île Saint-Jean, la paroisse Saint-Jean de l’Évangéliste à Port-La-Joie, (1721-1744);

2)  baptêmes, mariages, sépultures et autres actes:  île Saint-Jean, pour les paroisses Saint-Pierre-du-Nord et Saint-Jean l’Évangéliste à Port-La-Joie, (le 15 septembre 1749 au 6 décembre 1751); et,

3)  baptêmes, mariages, sépultures et autres actes:  Saint-Jean l’Évangéliste à Port-La-Joie (le 6 janvier 1752 au 30 mai 1758, quelques mois avant la Déportation des Acadiens de l’île Saint-Jean).

Avant 1752, pendant le Régime français, il n’y eut à l’îsle Saint-Jean qu’une seule paroisse, celle de Saint-Jean l’Évangéliste, à Port-La-Joie.  Cette paroisse, avec son curé résident, fut appelée à desservir toute la colonie à partir de 1720.  Le missionnaire résident parcourait toute l’île et chaque année séjournait un certain lapse de temps à Saint-Pierre-du-Nord.  C’est ainsi que nous trouvons des actes de cérémonies religieuses dans ces registres qui prirent place dans cette paroisse.  Par conséquent, les deux registres sont complémentaires.

La paroisse Sain-Jean l’Évangéliste fut établie avec l’arrivée des premiers colons français en 1720, à l’endroit où se situe Rocky Point présentement.

Le 15 avril 1720, dans le havre de Rochefort, à l’intérieur des terres, et de La Rochelle, sur l’Atlantique en France, se trouvaient trois petits navires chargés de 300 passagers, de provisions et de munitions, soit, de tout ce qui était prévu nécessaire à l’établissement d’une nouvelle colonie à l’île Saint-Jean.  Quatre mois plus tard, le 23 août, ces mêmes navires jetèrent leurs ancres à Port-La-Joie.  Ayant pris connaissance d’une nouvelle colonie française à l’île, quelques familles acadiennes de l’Acadie anglaise vinrent se joindre aux colons français

La colonie naissante avait besoin des services d’un clergé pour assurer la présence de l’Église Catholique.  Lorsque le comte de Saint-Pierre, qui avait reçu en concession ces nouvelles terres, préparait son expédition, il rencontra René-Charles de Breslay, prêtre de Saint-Sulpice.  Il le pria d’accompagner les colons.  Celui-ci n’a pas eu de difficulté à accepter, puisqu’il était déjà habitué aux rudes labeurs et aux rigueurs saisonniers du Canada.  René-Charles de Breslay avait en effet dépense 16 ans à travailler dans les missions près de Montréal.  Un jeune Sulpicien, l’abbé Marie-Anselme de Métivier, qui, lui aussi avait oeuvré dans les missions canadiennes, s’embarqua avec les colons.

Les deux pères sulpiciens étaient établis dans l’île quelques mois, quand l’abbé de Breslay écrivit le premier acte dans le registre de Port-La-Joie.  Ce premier acte, en date du 10 avril 1721, enregistre le mariage de François du Rocher, originaire de Bretagne, et d’Elizabeth Bruneau.

Selon les documents qu’on trouve aux archives à Saint-Malo et à Rennes, en France, la paroisse Saint-Pierre-du-Nord eut des registres distincts à partir de 1724, et fort probablement fut munie d’une chapelle vers la même date.  Mais de nombreux actes de cérémonies religieuses de Saint-Pierre-du-Nord figurent aussi dans les registres de Port-La-Joie.

Parmi les pièces historiques précieuses jalousement gardées par l’auteur de cet article est une photocopie de ce document.  À toutes fins pratiques, cette copie est une excellente source première d’information sur l’histoire des Acadiens de l’Île-du-Prince-Édouard.  C’est une source qui devrait être à la disposition des chercheurs de notre histoire.  Les archives diocésaines à Dun Glaston, le Musée Acadien à Miscouche, la Fondation du Patrimoine de l’Î.-P.-É., les Archives provinciales et le Centre de ressources historiques de l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard, si ces institutions ne l’ont pas déjà procurée, devraient se la faire parvenir.  Une copie de ce document est également conservée aux Archives nationales du Canada à Ottawa et aux archives de l’Archidiocèse de Québec.

L’origine de cette photocopie est en soit une histoire des plus intéressantes.  À la demande de Monseigneur Peter MacIntyre, le troisième évêque du diocèse de Charlottetown, Pierre Margry, copiste professionnel de Paris, fit des copies exactes des registres originaux de l’îsle Saint-Jean et de nombreux autres documents.  Ce travail monumental fut exécuté de 1876 à 77, et il comprend cinq gros registres formés de documents tirés des Archives de la Marine et des Colonies à Paris.  L’ensemble de l’oeuvre de transcription porte le titre :

“Documents pour servir à l’histoire de l’Isle Saint-Jean et des pays voisins sous la domination française.”

L’originale de cette copie, compilée par M. Pierre Margry, est conservée au Centre d’études acadiennes, à l’Université de Moncton.  Comment s’est-elle rendue là-bas?

Lorsque feu J.-Henri Blanchard faisait des recherches pendant les années 1930, il est allé visiter l’ancien évêché sur la rue Great George à Charlottetown.  L’évêque du temps était Monseigneur Joseph Anthony O’Sullivan (1931-1944).

J.-Henri Blanchard lui rendit visite et lui demanda la permission de regarder au grenier et ailleurs dans l’ancienne résidence voir s’il existait des documents d’intérêt historique.  Monseigneur reconnut immédiatement l’intérêt que portait monsieur Blanchard à la chose et il l’invita de fouiller.

Après avoir cherché longuement ici-là, il découvrit dans la cave, parmi les cendres de la fournaise, ce qui ressemblait à des registres.  Hâtivement, il les retira de l’amas, et par un examen rapide il se rendit compte qu’il avait sous les yeux les manuscrits de M. Pierre Margry.

Sans doute sa surprise fut grande à sa découverte et son empressement pour les sauver des mains destructrices du concierge s’est vite manifesté.  Henri Blanchard les sortit et les montra à Monseigneur l’évêque, qui lui dit :

“Emportez-les, vous êtes le seul qui pourrait apprécier leur juste valeur.”

Très content, il partit à la maison avec son trésor sous le bras.  Les registres sont restés en sa possession jusqu’à peu de temps avant son décès.  Le Révérend Père Anselme Chiasson, o.f.m. du Centre d’études acadiennes en visite chez Blanchard les a obtenus pour qu’ils soient conservés au Centre d’études acadiennes.

À la suite des obsèques de Henri Blanchard, à ma requête, le Révérend Père Anselme Chiasson me fit parvenir la photocopie du registre, sujet du présent article.

À la première page du registre, nous lisons la déclaration suivante, signée par l’abbé de Breslay :

“Je soussigné prêtre du Séminaire de St-Sulpice, missionnaire des sauvages Algonquins et Nipissainiens de la mission de St Louis, au dessus de l’isle de Montréal en Canada, envoyé par M. Leschassier prêtre docteur de Sorbonne et supérieur dud. séminaire de St Sulpice et par M. le comte de St Pierre premier écuier de madame la Duchesse d’orléans, de l’agrément et consentement de Monseigneur de Mornay coadjuteur Mgr l’évêque de Québec et son grand vicaire, résident pour lors à Paris, voié dis-je pariceux du consentement aussi et agrément de la Cour pour servir curé dans les iles de St Jean, la Magdalaine, Miskou Brion, la Ramée et autres isles dans le golfe de St Laurent aud Canada accordées par Sa Majesté and. M. le comte de St. Pierre certifie qu’on m’a présenté le présent livre tenant 106 feuillets pour servir de registres pour les baptêmes mariages et sépultures des habitants desd. iles et qu’on n’a pas pu envoier le dit livre à Louisbourg pour le faire signer et parapher par M. le juge de la jurisdiction royale dud. Louisbourg dont les d. isles sont dépendantes, suivant l’ordonnace, à cause de la saison de l’hyver et des glaces qui empêchent la navigation.

En foy de quoy j’ay signé, le dix septième jour du mois d’avril de l’an mil sept cent ving-un.

Signé:  de Breslay, curé.”

Cette note semble contredire les histoires qui maintiennent que l’église catholique à l’Île-du-Prince-Édouard n’eût ses débuts qu’à l’occasion de l’entrée du premier acte du registre de Port-La-Joie, le 10 avril 1721.  Si ce qu’avance certains est vrai, il est difficile à concevoir que ces deux religieux aient été résidents depuis plusieurs mois dans la colonie insulaire sans y avoir au moins célébré le Saint Sacrifice de la Messe.

 
Le registre de Port-La-Joie renferme beaucoup de renseignements très intéressants.  Il peut nous apprendre à apprécier le genre de vie que les pionniers avaient à supporter aux petites heures de notre histoire.  Cet article se propose de vous faire part des détails intéressants qui sont là pour le recherchiste.

(à suivre)