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Pierre Douville : un illustre fils de l’île Saint-Jean

2008 par Georges Arsenault

Parmi les quelque 3 000 habitants de l’île Saint-Jean déportés en France en 1758, Pierre Douville est sans doute celui qui s’est le plus illustré dans les années qui ont suivi le Grand Dérangement. Devenu homme d’affaires et capitaine de navire, il offre ses services de navigateur expérimenté pour combattre les Britanniques, d’abord auprès des Américains et ensuite auprès des Français 1.

Pierre Douville a vu le jour le 7 août 1745 à Havre-Saint-Pierre, île Saint-Jean. Il était le dixième enfant et le plus jeune fils de François Douville et de Marie Roger. La famille Douville était l’une des familles pionnières de l’île Saint-Jean et l’une des plus prospères. Le père, François Douville, s’établit à l’île en 1719 2.

Portrait de Pierre Douville.
Source : Military Collection, John Hay Library, Brown University, Providence, Rhode Island

À l’automne de 1758, alors qu’il n’a que 13 ans, Pierre Douville se voit déporté en France. Après environ trois mois en mer, il débarque à Saint- Malo, en Bretagne, le 29 janvier 1757 en même temps que sa mère, deux frères, cinq soeurs, deux beaux-frères, une belle-soeur ainsi que plusieurs neveux et nièces. Malgré la grande épreuve à laquelle elle a dû faire face, la famille Douville se compte chanceuse d’avoir survécu contrairement aux 24 familles de la région du Havre-Saint-Pierre qui sont complètement disparues pendant la Déportation. De toute évidence, elles ont été englouties par la mer quand le bateau qui les transportait, probablement le Violet, a coulé près des côtes de l’Angleterre pendant une tempête le 12 décembre 17583. Cependant, la famille Douville n’a pas été complètement épargnée. Dans les quelques mois qui suivent son arrivée en France, Pierre Douville perd trois soeurs, un beau-frère et sept neveux et nièces 4 qui sont emportés par la maladie.

Exilée en France, la famille Douville s’installe temporairement à Saint-Servan, en banlieue de Saint-Malo. Aussitôt la paix revenue entre la France et la Grande-Bretagne, et le traité de Paris signé en 1763, les Douville passent aux îles Saint- Pierre et Miquelon à l’instar de nombreuses autres familles qui avaient été déportées de l’Isle Royale, de l’île Saint-Jean et de l’Acadie. Ils quittent les côtes de la Bretagne dès le mois de juin à bord de La Marie-Charlotte, navire affrété par le roi. À leur arrivée aux îles, le gouvernement leur attribue deux concessions, avec graves donnant sur la mer, et situées sur l’Île-aux-Chiens, dans l’entrée de la rade de Saint-Pierre. La première concession est au nom de la veuve Douville et de ses enfants (y inclus Pierre), la seconde au fils aîné, Jacques Douville, époux de Judith Quémine. La pêche à la morue et son commerce deviennent le principal gagne-pain de la famille 5.

Pierre est alors un jeune navigateur de 17 ans. L’année suivante, il quitte sa famille et retourne en France où on le retrouve comme matelot sur La Nourrice, une flûte du Roi qui transporte des familles acadiennes à Cayenne, en Guyane française6. En 1765, à titre de second lieutenant, Pierre fait partie de l’équipage des Deux Amis qui amène en France 45 Acadiens récemment arrivés aux îles Saint-Pierre et Miquelon. Ces derniers sont forcés par les autorités françaises à quitter les îles parce qu’on juge qu’il y a un surcroît de population.

 
Le jeune navigateur revient bientôt auprès des siens et il navigue sur des navires de commerce entre Saint-Pierre et Miquelon et les ports de la Nouvelle-Angleterre. Vers 1770, Pierre Douville s’établit au Rhode Island où il est d’abord maître de navire et travaille pour le compte de riches négogiants. Il s’installe d’abord à Pawtucket puis à Providence.

 

La guerre de l’Indépendance américaine déclarée le 18 avril 1775, Douville ne tarde pas à s’enrôler dans la marine américaine et mène une carrière militaire navale pendant huit ans et sept mois. Il est d’abord nommé second lieutenant. Ses connaissances approfondies de la navigation le long des côtes de l’Atlantique font de lui un guide précieux pour les opérations militaires. Il joue notamment un rôle important comme pilote pour la flotte française, commandée par le comte d’Estaing, venue prêter main-forte aux Américains contre les Britanniques. Sa performance est récompensée par une promotion au rang de lieutenant de marine. Entre 1780 et 1782, on le trouve au service de l’escadre du comte de Barras, lieutenant général des armées navales françaises, à bord du Duc de Bourgogne. La lettre d’appréciation écrite par Monsieur de Barras témoigne de la qualité de ses services :

Nous Lieutenant général des Armées navales, Commandant de l’Ordre royal et militaire de Saint-Louis, certifions que M. Douville, lieutenant dans la Marine des États-Unis de l’Amérique, a servi pendant près de deux ans en qualité de Lieutenant de Vaisseau et de pratique des côtes de la Nouvelle Angleterre, à bord du vaisseau du Roi le Duc de Bourgogne, sous nos ordres immédiats, et sous ceux des Généraux qui nous ont précédé dans le commandement de l’escadre stationnée sur les côtes de l’Amérique septentrionale, et nous déclarons avoir toujours été parfaitement satisfait de ses services, comme officier de mer, comme homme de guerre, et comme pratique des côtes du nord de l’Amérique. – A bord du Duc de Bourgogne, dans la Baye du fort Royal de la Martinique, le 24 mars 1782. Signé : Barras 7

 Les excellents services rendus aux fondateurs de la nation américaine par ce natif de l’île Saint- Jean ne sont pas oubliés. Le 5 octobre 1784, Pierre Douville est nommé membre fondateur de la Society of the Cincinnati, ordre destiné à récompenser ceux qui s’étaient illustrés au cours de la guerre de l’Indépendance. Le président-fondateur de cette société était nul autre que le général George Washington, premier président des États-Unis d’Amérique.

 
Pendant la guerre, Pierre Douville se marie à Providence, le 26 juillet 1778, avec Cynthia Aborn, fille du colonel Samuel Aborn de Warwick, Rhode Island. Ce dernier avait été député de l’Assemblée générale provinciale en mai 1772 et avait commandé un régiment de milice à Pawtucket en 1776-1777. Le couple Douville a eu cinq enfants.

Revenu à la vie civile à la fin décembre 1784, Pierre Douville reprend son commerce maritime. Il se construit une corvette et fait plusieurs voyages aux Antilles, région avec laquelle s’intensifiait le commerce de la jeune nation américaine. En 1787, il amène sa famille à Saint-Pierre et Miquelon où elle demeure jusqu’en 1789.

Pierre Douville se rend en France au mois de décembre 1792 et s’enrôle dans la marine de la République française en janvier 1793, voulant « se rendre utile à sa patrie » dans ces années turbulentes de la Révolution française. Il est d’abord affecté en tant que lieutenant de vaisseau sur L’Achille à surveiller les côtes de la Loire Inférieure et du Morbihan.

 
Le 25 février 1794, Douville reçoit le commandement de L’Impétueux, bâtiment de 74 canons. Ce navire fait partie d’une escadre de 26 bâtiments qui a pour mission de protéger le convoi de blé des États-Unis à destination de Brest qui devait servir à apaiser un peu la famine qui sévissait à la fois dans les villes et les campagnes de France. Il participe à la bataille navale de Prairial de l’an II (28 mai-1er juin 1794) qui se déroule à 400 milles de Brest contre l’escadre de l’amiral anglais Howe. Dès le début de l’affrontement, Pierre Douville est atteint de 18 projectiles de mitraille. Il est fait prisonnier et retenu prisonnier en Angleterre où il meurt le 17 juin 1794 à la prison de Forton, à Gosport, près de Portsmouth.

 
Il y a confusion sur le lieu où se trouve aujourd’hui la sépulture de Pierre Douville. Raymond Douville (qui n’a aucun lien de parenté avec lui), dans son article intitulé « L’Odyssée d’un Acadien dans les marines américaine et française », publié en 1954, affirme que la dépouille a été transportée de l’Angleterre aux États-Unis par les soins de la Société des Cincinnati. Il dit également qu’elle a été inhumée dans le West Burial Grounds à Providence, Rhode Island, puis déplacée non loin au cimetière Swan Point en 1871 où un élégant monument a été élevé sur sa tombe. L’auteur avoue cependant qu’il n’avait pu découvrir où précisément Douville avait été enterré en Angleterre. Il ne donne pas non plus de date pour le transport de la dépouille aux États-Unis et ne précise pas la source de son information. Quant aux archives de la Rhode Island Society of the Cincinnati, elles ne contiennent rien indiquant que la translation des restes de Douville aurait eu lieu 8.

Il est donc probable que les cendres de Douville soient toujours en Angleterre. D’ailleurs l’inscription sur le monument, situé dans la concession familiale au cimetière Swan Point, ne dit pas que sa dépouille a été rapatriée aux États-Unis ni qu’elle repose sous le monument :

PIERRE DOUVILLE
was born in Canada, a subject of the King of France. He settled in Providence as a merchant, and served as a Lieutenant in the American Navy during the War of Independence; after which he was recalled by his King [sic], and appointed to the command of the French ship-of-the-line L’Impétueux, which he defended in the desperate battle between the French and English fleets off Ushant, on the first of June, A.D. 1794, until his last spar was shot away, and until he had received eighteen wounds, of which he died; thus closing an unspotted life which had been bravely and consistently spent in the service of his adopted and of his native country.

 

Ce monument semble donc être un monument commémoratif et non funéraire. En 1877, deux petites-filles de Pierre Douville ont présenté un portrait de leur grand-père à la Brown University de Providence. Dans une lettre accompagnant le don, et signée J. W. P. Jenks, il est question du monument qui avait été déplacé quelques années auparavant. Il y a aucune suggestion qu’il repose sur la sépulture du disparu : « The Cincinnatus Society, aided by his heirs, erected a monument to his memory in the West Burying Ground, which has been lately removed to Swan Point Cemetery 9. »

Le portrait en question est une peinture qui aurait été exécutée en France en 1794. Elle a été présentée à la Brown University par Cynthia Douville Willis et Sarah A. Tinkham. Leur mère, Cynthia (Mme John Willis, Jr.) était la fille de Pierre Douville. Le portrait de Pierre Douville constitue le seul portrait qui existe d’un individu né à l’île Saint-Jean avant la Déportation. En 2008, à l’occasion du 250e anniversaire de la Déportation de 1758, le Musée d’art du Centre des arts de la Confédération a emprunté cette peinture historique et l’a exposée pendant tout l’été, ramenant ainsi Pierre Douville dans son île natale après deux siècles et demi d’absence.

Parmi les descendants de l’illustre Pierre Douville l’on compte l’acteur de cinéma américain, Charles-Douville Coburn (1877-1961). En 1943, il a gagné l’Oscar du meilleur second rôle masculin pour sa performance dans le film The More the Merrier. Il a notamment joué à côté de Marilyn Monroe dans le film Gentlemen Prefer Blondes produit en 1953 10.

L’histoire étonnante et admirable de Pierre Douville est peu connue à l’Île-du-Prince-Édouard. Avant la parution du livre de Earle Lockerby, The Deportation of the Prince Edward Island Acadians (Nimbus, 2008), cet ancien Insulaire ne figurait dans aucun livre d’histoire de l’Île-du-Prince- Édouard et même de l’Acadie. Mais il y a espoir que l’odyssée de cet intrépide « Acadien11 » sorte de plus en plus de l’obscurité. Son portrait figure depuis quelques années dans l’exposition permanente du Musée acadien de l’Université de Moncton. Nous souhaitons que la publication du présent article contribue à donner à ce célèbre Insulaire d’origine sa place dans l’histoire de notre Île.

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1. Les renseignements sur la vie de Pierre Douville sont tirés principalement des articles suivants : Raymond Douville, « L’Odyssée d’un Acadien dans les marines américaine et française », Les Éditions des Dix, Montréal, 1954, p. 1-30 ; Gérard Scavennec, « Pierre Douville, un Acadien à la recherche de son identité », dans Racines et Rameaux français d’Acadie, bulletin no 11 (juin 1994), p. 2-8 ; Gérard Scavennec, « Pierre Douville, 1745-1794 ou Le destin hors du commun d’un marin acadien », Racines et Rameaux français d’Acadie, numéro hors série, 2005, 35 p. : Florian Bernard (with additional notes by Michael Talbot & Dennis Boudreau), « François Douville and his Family, Forgotten Acadians », Le Réveil Acadien, Fitchburg, Mass., vol. XIV, no. 1 (February 1998), p. 20-22 ; Michel Poirier, « Pierre Douville, fils de Normands de Coutances, héros de la guerre d’Indépendance américaine et peut-être de Jules Verne », Annales de Normandie, Congrès des Sociétés historiques et archéologiques de Normandie, vol. 6, 2001, p. 314-328.

2. Georges Arsenault, « Le premier insulaire d’origine européenne enterré à St. Peters Harbour. », La Petite Souvenance, numéro 16, p. 9-11.

3. Information donnée par le généalogiste Stephen White dans une conférence à St. Peters lors du colloque « Discovering the History and People of Saint-Pierre-du Nord », le 12 mai 2001. Voir La Voix acadienne, 23 mai 2001, p. 5.

4. Gérard Scavennec, « Pierre Douville, 1745-1794 ou Le destin hors du commun d’un marin acadien », p. 6.

5. Michel Poirier, loc. cit.

6. Gérard Scavennec, op. cit., p. 6.

7. Cité dans Scavennec, « Pierre Douville ; un Acadien à la recherche de son identité »,  loc. cit., p. 4.

8. Lettre de Henry L. P. Beckwith, secrétaire de la Rhode Island Society of the Cincinnati, à Georges Arsenault, 6 décembre 2003, incluant quelques documents relatifs à la peinture de Pierre Douville, qui se trouve à la Brown University, et à son monument. Courriels de Lauren Fish, de la Library of the Society of the Cincinnati, 18 et 19 novembre 2003.

9.         Ibid.

10.       Ibid.

11.       Strictement parlant, Pierre Douville n’était pas Acadien et ne s’identifiait pas ainsi. Né à l’île Saint-Jean, son père était originaire de la Normandie et sa mère, Marie Roger, de La Rochelle. Les Douville ont vécu à l’île Saint-Jean de 1719 à 1758, colonie qui, à cette époque, n’était pas considérée comme faisant partie de l’Acadie.

 

Registre de Port-La-Joie en l’Isle Saint-Jean (1721-1758)

1984 par Francis C. Blanchard

par Francis C. Blanchard

 

Le document communément appelé Registre de Port-La-Joie est en réalité un recueil de documents renfermant à la fois trois registres paroissiaux de l’ancienne îsle Saint-Jean.  Le premier acte est en date du 10 avril 1721 et nous y trouvons de nombreux actes semblables qui coïncident avec la période française dans l’histoire de l’Île-du-Prince-Édouard.  Ces actes couvrent les années 1721 à 1758, sauf une lacune de 1745 à 1749 lorsqu’il y eut l’occupation anglaise de l’île, durant laquelle on avait expulsé tout le clergé.  En somme, ce registre comprend les actes suivants :

1)  baptêmes, mariages, sépultures et autres actes:  île Saint-Jean, la paroisse Saint-Jean de l’Évangéliste à Port-La-Joie, (1721-1744);

2)  baptêmes, mariages, sépultures et autres actes:  île Saint-Jean, pour les paroisses Saint-Pierre-du-Nord et Saint-Jean l’Évangéliste à Port-La-Joie, (le 15 septembre 1749 au 6 décembre 1751); et,

3)  baptêmes, mariages, sépultures et autres actes:  Saint-Jean l’Évangéliste à Port-La-Joie (le 6 janvier 1752 au 30 mai 1758, quelques mois avant la Déportation des Acadiens de l’île Saint-Jean).

Avant 1752, pendant le Régime français, il n’y eut à l’îsle Saint-Jean qu’une seule paroisse, celle de Saint-Jean l’Évangéliste, à Port-La-Joie.  Cette paroisse, avec son curé résident, fut appelée à desservir toute la colonie à partir de 1720.  Le missionnaire résident parcourait toute l’île et chaque année séjournait un certain lapse de temps à Saint-Pierre-du-Nord.  C’est ainsi que nous trouvons des actes de cérémonies religieuses dans ces registres qui prirent place dans cette paroisse.  Par conséquent, les deux registres sont complémentaires.

La paroisse Sain-Jean l’Évangéliste fut établie avec l’arrivée des premiers colons français en 1720, à l’endroit où se situe Rocky Point présentement.

Le 15 avril 1720, dans le havre de Rochefort, à l’intérieur des terres, et de La Rochelle, sur l’Atlantique en France, se trouvaient trois petits navires chargés de 300 passagers, de provisions et de munitions, soit, de tout ce qui était prévu nécessaire à l’établissement d’une nouvelle colonie à l’île Saint-Jean.  Quatre mois plus tard, le 23 août, ces mêmes navires jetèrent leurs ancres à Port-La-Joie.  Ayant pris connaissance d’une nouvelle colonie française à l’île, quelques familles acadiennes de l’Acadie anglaise vinrent se joindre aux colons français

La colonie naissante avait besoin des services d’un clergé pour assurer la présence de l’Église Catholique.  Lorsque le comte de Saint-Pierre, qui avait reçu en concession ces nouvelles terres, préparait son expédition, il rencontra René-Charles de Breslay, prêtre de Saint-Sulpice.  Il le pria d’accompagner les colons.  Celui-ci n’a pas eu de difficulté à accepter, puisqu’il était déjà habitué aux rudes labeurs et aux rigueurs saisonniers du Canada.  René-Charles de Breslay avait en effet dépense 16 ans à travailler dans les missions près de Montréal.  Un jeune Sulpicien, l’abbé Marie-Anselme de Métivier, qui, lui aussi avait oeuvré dans les missions canadiennes, s’embarqua avec les colons.

Les deux pères sulpiciens étaient établis dans l’île quelques mois, quand l’abbé de Breslay écrivit le premier acte dans le registre de Port-La-Joie.  Ce premier acte, en date du 10 avril 1721, enregistre le mariage de François du Rocher, originaire de Bretagne, et d’Elizabeth Bruneau.

Selon les documents qu’on trouve aux archives à Saint-Malo et à Rennes, en France, la paroisse Saint-Pierre-du-Nord eut des registres distincts à partir de 1724, et fort probablement fut munie d’une chapelle vers la même date.  Mais de nombreux actes de cérémonies religieuses de Saint-Pierre-du-Nord figurent aussi dans les registres de Port-La-Joie.

Parmi les pièces historiques précieuses jalousement gardées par l’auteur de cet article est une photocopie de ce document.  À toutes fins pratiques, cette copie est une excellente source première d’information sur l’histoire des Acadiens de l’Île-du-Prince-Édouard.  C’est une source qui devrait être à la disposition des chercheurs de notre histoire.  Les archives diocésaines à Dun Glaston, le Musée Acadien à Miscouche, la Fondation du Patrimoine de l’Î.-P.-É., les Archives provinciales et le Centre de ressources historiques de l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard, si ces institutions ne l’ont pas déjà procurée, devraient se la faire parvenir.  Une copie de ce document est également conservée aux Archives nationales du Canada à Ottawa et aux archives de l’Archidiocèse de Québec.

L’origine de cette photocopie est en soit une histoire des plus intéressantes.  À la demande de Monseigneur Peter MacIntyre, le troisième évêque du diocèse de Charlottetown, Pierre Margry, copiste professionnel de Paris, fit des copies exactes des registres originaux de l’îsle Saint-Jean et de nombreux autres documents.  Ce travail monumental fut exécuté de 1876 à 77, et il comprend cinq gros registres formés de documents tirés des Archives de la Marine et des Colonies à Paris.  L’ensemble de l’oeuvre de transcription porte le titre :

“Documents pour servir à l’histoire de l’Isle Saint-Jean et des pays voisins sous la domination française.”

L’originale de cette copie, compilée par M. Pierre Margry, est conservée au Centre d’études acadiennes, à l’Université de Moncton.  Comment s’est-elle rendue là-bas?

Lorsque feu J.-Henri Blanchard faisait des recherches pendant les années 1930, il est allé visiter l’ancien évêché sur la rue Great George à Charlottetown.  L’évêque du temps était Monseigneur Joseph Anthony O’Sullivan (1931-1944).

J.-Henri Blanchard lui rendit visite et lui demanda la permission de regarder au grenier et ailleurs dans l’ancienne résidence voir s’il existait des documents d’intérêt historique.  Monseigneur reconnut immédiatement l’intérêt que portait monsieur Blanchard à la chose et il l’invita de fouiller.

Après avoir cherché longuement ici-là, il découvrit dans la cave, parmi les cendres de la fournaise, ce qui ressemblait à des registres.  Hâtivement, il les retira de l’amas, et par un examen rapide il se rendit compte qu’il avait sous les yeux les manuscrits de M. Pierre Margry.

Sans doute sa surprise fut grande à sa découverte et son empressement pour les sauver des mains destructrices du concierge s’est vite manifesté.  Henri Blanchard les sortit et les montra à Monseigneur l’évêque, qui lui dit :

“Emportez-les, vous êtes le seul qui pourrait apprécier leur juste valeur.”

Très content, il partit à la maison avec son trésor sous le bras.  Les registres sont restés en sa possession jusqu’à peu de temps avant son décès.  Le Révérend Père Anselme Chiasson, o.f.m. du Centre d’études acadiennes en visite chez Blanchard les a obtenus pour qu’ils soient conservés au Centre d’études acadiennes.

À la suite des obsèques de Henri Blanchard, à ma requête, le Révérend Père Anselme Chiasson me fit parvenir la photocopie du registre, sujet du présent article.

À la première page du registre, nous lisons la déclaration suivante, signée par l’abbé de Breslay :

“Je soussigné prêtre du Séminaire de St-Sulpice, missionnaire des sauvages Algonquins et Nipissainiens de la mission de St Louis, au dessus de l’isle de Montréal en Canada, envoyé par M. Leschassier prêtre docteur de Sorbonne et supérieur dud. séminaire de St Sulpice et par M. le comte de St Pierre premier écuier de madame la Duchesse d’orléans, de l’agrément et consentement de Monseigneur de Mornay coadjuteur Mgr l’évêque de Québec et son grand vicaire, résident pour lors à Paris, voié dis-je pariceux du consentement aussi et agrément de la Cour pour servir curé dans les iles de St Jean, la Magdalaine, Miskou Brion, la Ramée et autres isles dans le golfe de St Laurent aud Canada accordées par Sa Majesté and. M. le comte de St. Pierre certifie qu’on m’a présenté le présent livre tenant 106 feuillets pour servir de registres pour les baptêmes mariages et sépultures des habitants desd. iles et qu’on n’a pas pu envoier le dit livre à Louisbourg pour le faire signer et parapher par M. le juge de la jurisdiction royale dud. Louisbourg dont les d. isles sont dépendantes, suivant l’ordonnace, à cause de la saison de l’hyver et des glaces qui empêchent la navigation.

En foy de quoy j’ay signé, le dix septième jour du mois d’avril de l’an mil sept cent ving-un.

Signé:  de Breslay, curé.”

Cette note semble contredire les histoires qui maintiennent que l’église catholique à l’Île-du-Prince-Édouard n’eût ses débuts qu’à l’occasion de l’entrée du premier acte du registre de Port-La-Joie, le 10 avril 1721.  Si ce qu’avance certains est vrai, il est difficile à concevoir que ces deux religieux aient été résidents depuis plusieurs mois dans la colonie insulaire sans y avoir au moins célébré le Saint Sacrifice de la Messe.

 
Le registre de Port-La-Joie renferme beaucoup de renseignements très intéressants.  Il peut nous apprendre à apprécier le genre de vie que les pionniers avaient à supporter aux petites heures de notre histoire.  Cet article se propose de vous faire part des détails intéressants qui sont là pour le recherchiste.

(à suivre)