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Registre de Port-La-Joie en l’Isle Saint-Jean (1721-1758) – 4e partie

1986 par Francis C. Blanchard

Francis C. Blanchard

 

Le 3 novembre 1750 on trouve cinq actes de mariage, tous signés par le Frère Patrice LaGrée.  Deux des mariages voyaient deux frères Arsenault se marier à deux soeurs Boudrot.  Sans doutes, ce fut une occasion de grandes fêtes dans la communauté de Malpec.

A.  Il y avait le mariage entre françois doucet fils de françois Doucet et de Marie Caré, de la paroisse de Malpec et Marguerite Jacquemain fille de Pierre Jacquemain et de Marguerite Haché de la paroisse de Port LaJoye.

B.  Il y avait le mariage entre pierre Arsenault fils de Charles Arsenault et Cécille Bros, de la paroisse de Malpec et Marie Boudrot fille de Claude Boudrot et de Judic Belliveau de la paroisse de St.-Pierre.

C.  Il y avait le mariage entre Jean Arseneau fils de Charles Arseneau et de Cécille Bros, de la paroisse de Malpec et Madelaine Boudrot fille de Claude Boudrot et de Judic Belliveau de la paroisse de St.-Pierre.

D.  Il y avait le mariage entre Jean Arsenault fils de Jacques Arseneau et de Marie Poitvin de la paroisse de Malpec et macdelaine Boudrot fille de françois Boudrot et de Jeanne Landry de la paroisse de St. Pierre.

E.  Il y avait également le mariage entre Jean Oudy fils de Jacques Oudy et de Marguerite Poirier de la paroisse de St.-Pierre à marie Blanchard fille de françois Blanchard et de Marguerite Caré, de la paroisse de Malpec.

François, gentilhomme, Blanchard est né en 1686, donc 200 ans passés, à St.-Marc LeBlanc en Bretagne, France.  Avant son arrivée à l’Isle Saint-Jean il est d’abord passé en Acadie.  François Blanchard et Marguerite Caré ont eu 7 enfants:  5 filles dont Marie et 2 garçons, Jean et François.  Les deux garçons sont les ancêtres de tous les Blanchard de l’Île-du-Prince-Édouard selon Rustico, une paroisse acadienne.

Un personnage très important fut inhumé à Port LaJoye le 6 janvier 1752.  Ce qui suit est la transcription de l’acte de sépulture :

“Ce Sixième janvier 1752, a esté par moy soussigné inhumé le cimetière au Port LaJoye le Sr. françois Marie Degoutin Doyen du Conseil Supérieur, subdélégué de Monsieur l’intendent de la Nouvelle France et Guarde de Magasin pour le Roy au port LaJoye, décédé de hier après avoir reçue tous ses sacrements, âgé d’environ soixante cinq ans,

En foy de quoy, j’ay signé
fre patrice LaGrée.”

Le prochain acte est de la sépulture d’une personnalité qui a fait fort belle figure en Acadie avant son arrivée à l’Isle Saint-Jean.  Le Sieur Joseph Nicolas Gautier s’est établi à St.-Louis-du-Nord-est où il donna le nom Belair à sa nouvelle habitation – le même nom qu’il avait appelé son habitation à Port-Royal qu’il a quittée par nécessité.  En 1751 Nicolas Gautier a fourni une large part de ce qu’il fallait en bois pour la construction de la nouvelle église.

“Ce 2 avril 1752, a esté inhumé au dessus de la Source à Belair dans la rivière du Nord-Est le Sieur Joseph Nicolas Gautier agé d’environ 63 ans, après avoir reçu ses sacrements, décédé hier environ les dix heures du soir, espoux de dame Marie Alain, native de Port Royal en l’Accadie et le dit Sieur Joseph Nicolas Gautier originaire de Rochefort.

Signé:  fre patrice LaGrée.”

La paroisse de St.-Louis-du-Nord-est se trouvait à Scotchfort, à côté de l’actuel Mount Stewart.  On y voit encore le cimetière qui fut utilisé aussi par les Écossais catholiques à partir de leur arrivée à l’Isle Saint-Jean, en 1772.  À côté du cimetière le chercheur peut s’apercevoir d’une dépression au sol.  D’après feu mon père, J.-Henri Blanchard, c’était probablement là l’emplacement de l’église St.-Louis-du-Nord-est.

M. l’abbé Jean Perronet, curé de la paroisse St.-Louis-du-Nord-est fait l’entrée d’un baptême le 16 juillet 1753.  Il fut curé à St.-Louis de 1752 à 1753.  Il est ensuite envoyé dans la paroisse St.-Pierre-du-Nord où il est assistant au curé de 1753 à 1758.

Le 7 août 1754, on trouve l’acte du baptême de Pierre Marin Pitre inscrit par l’abbé Pierre Cassiet, curé de St-Louis-du-Nord-est.  L’abbé Cassiet fut tout d’abord curé dans la paroisse de la Sainte-Famille de Malpec (Low Point près de Port Hill) de 1752-1753; et ensuite, il fut curé de 1753 à 1758 de la paroisse de St-Louis-du-Nord-est.

L’abbé Cassiet fut une figure de grande marque d’abord en Acadie et ensuite à l’Isle Saint-Jean.  Lors de la Déportation de 1758, l’abbé Cassiet fut choisi avec l’abbé Biscaret, curé de la paroisse St-Pierre-du-Nord, pour aller porter la pétition des habitants acadiens de l’Isle Saint-Jean aux autorités anglaises à Louisbourg.  La pétition demandait qu’on accepte la soumission des habitants acadiens et qu’on leur permette de demeurer sur leurs terres.

L’effort des curés fut en vain.  Le Général Jeffrey Amherst et l’Amiral Boscawen ont demeuré insensible et inflexible devant les porte-paroles.  Ils ont ordonné l’évacuation complète des Acadiens de l’Île.

L’abbé Pierre Cassiet fut déporté avec les habitants de l’Île, et on le retrouve plus tard en France, où finalement, il est devenu le supérieur du Calvaire à Betharram près de Lourdes.  D’après la tradition de la famille Cassiet, l’abbé fut traité avec beaucoup d’inhumanité par les gardes au cours de la traversée.  Et lorsque la Révolution française a éclaté, l’abbé Cassiet a du encore confesser sa foi une deuxième fois et a dû se réfugier en Espagne.

 
Nous trouvons également dans ce registre une entrée signée par l’abbé Jacques Gérard curé de la paroisse St-Paul à la Pointe Prime.

“Ce 6 février 1755, je soussigné, certifie que M. Gérard curé de la pointe prime a baptisé à la Rivière du Nord, anne madeleine née le 16 7 bre 1754, de légitime mariage de François Landry et de marie Joseph Babin parain et maraine ont été Joseph Landry et Anne Madeleine Landry.

Signé à la minute:  Girard
Signé:  fre Gratien Raoul”

L’abbé Girard fut un des grands prêtres célèbres de l’Acadie.  Sa vie apostolique en est une de grand héroïsme.  Il est arrivé en Acadie en 1733 et est envoyé desservir la paroisse de Beaubassin.  En 1742 il est nommé curé à Cobequid (Truro).

Pendant ses fonctions à la cure de Cobequid il fut emprisonné à Halifax avec quatre de ses paroissiens pour avoir conseillé à ses paroissiens de ne pas prêter le serment de fidélité sans réserves que l’on exigeait du peuple.

On lui permit plus tard de sortir de prison pour desservir les habitants du Bassin des Mines.  Il fut enlevé par un groupe de Micmacs, et il se cacha dans la forêt jusqu’au printemps de crainte de tomber à nouveau entre les mains des autorités.  Il réussit à passer à l’Île St-Jean où il s’occupera de la cure de St-Paul à la Pointe Prime.

Lors de la Déportation il embarqua à bord du “Duke William” avec ses paroissiens.  Ce bateau fera naufrage à l’ouest de l’Angleterre, mais l’abbé Girard réussit à s’échapper dans une chaloupe.   Finalement, il arriva en France et fut nommé aumônier à l’Abbaye de Jouarre.

Le 26 mai 1755 l’abbé Joseph-Sylvestre Dosque curé de la Sainte-Famille à Malpec signe l’acte de baptême de Marie Joseph Bourg :

“Ce jour 26 may 1755, je soussigné, certifie que M. Dosque, curé de la paroisse de Malpeck a baptisé marie joseph, le 22 may de 1754, née le 2 x bre 1753, de légitime mariage de Jean Bourg et de Françoise Douaron, habitants de la rivière des Crappeaux.  Parrain et maraine ont estée Louis Bourg et marie Rose Douaron.

Signé sur l’extrait délivré:  Dosque et
fr: Gratien Raoul.”

Lors de la Dispersion, l’abbé Dosque a pu s’esquiver au Québec.  Plus tard il devint le curé de la cathédrale Notre-Dame à Québec.

La prochaine entrée est l’acte de sépulture de Jean Le Prince agé de 28 ans dans le cimetière de St-Paul la Grande-Ance (Orwell Bay près d’Eldon).

 “Ce 21 février 1751, a esté par moy, soussigné faisant les fonctions curiales, inhumé dans le cimetière de St-Paul, à la Grande ance Jean LePrince âgé d’environ 36 ans, mort en enfance sans sacrement, n’ayant jamais eu aucune connaissance.

Signé:  fr. Patrice LaGrée.”

De temps à autres on trouve les noms d’Anglais ou d’Irlandais dans le registre :

“Ce 29 juillet 1755, je soussigné, ay baptisé un fils nommé Jean Baptiste, de nation anglaise, agé de 19 ans, son père appellé nicolas Samson, sa mère Elisabeth, habitans du port Royal.  Parain et maraine Jean baptiste perial, Ursule Robicho.

Signé:  Mezzin LeRoy, Laviolette et fre Gratien Raoul.”

On sait qu’il y a eu un cimetière à Tryon.  L’entrée ensuite semble le confirmer.  Pendant le Régime français la rivière Tryon se nommait la rivière des Blonds.

“Ce 7 mars 1746, a été inhumé dans le cimetière des Blonds, un fils agé de 14 mois nommé Raphael, née de légitime mariage d’Eustache Bourg et de Marguerite Daigre.

Signé:  fre Gratien Raoul.”

Même si les Acadiens de l’Acadie avaient à endurer de tracas insupportables pendant les années 1750, cela n’a pas empêcher à certains de vivre à un âge très avancé, ce que témoigne l’acte suivant :

“Le 4 aoust 1750, a esté inhumé dans la paroisse isle de St-Jean, au port LaJoye Germain Teriot agé de 87 ans fils de Germain Teriot et d’André Bernard, de la paroisse du Port Royal lequel après avoir reçu tous ses sacrements a esté inhumé par moy soussigné dans le cimetière du port LaJoye.

Signé:  fre Patrice LaGrée.”

Des noms de lieux qui figurent dans ce registre pour lesquels nous avons les noms d’aujourd’hui sont :

Rivière des Blancs -            Johnson’s River
Rivière de l’ouest -            West River
Rivière du Nord -            North River
Rivière du Nord-Est -            East ou Hillsboro River
Rivière des Crapeaux -        Crapaud River
Le Petit Maret -            Pownal Bay
L’ance aux Morts -            Mermaid Cove
La Grande Ascension -        Vernon River
La Petite Ascension -            Fullerton’s Creek
L’ance aux Sauvages -        Cove à Rocky Point
L’ance à Pinet -            Pinette Bay
Le Havre aux Sauvages -        Savage Harbour
St-Pierre du Nord -            St. Peter’s Harbour
L’ance aux Pirogues -        Stewart Cove
L’ance aux Sangliers -        Holland Cove
Tracadie -                Tracadie
L’ance à Dubuisson -            Walker’s Cove
La Pointe Prime -            Point Prim
L’Ance à la Pointe du Nord-ouest -    Nine Mile Creek
Des Estangs -                St. Peter’s Lake
L’Ance aux Matelots -        Alexandra
Rivière des Blonds -            Tryon River

Des noms de lieux pour lesquels nous n’avons pas les noms aujourd’hui, entre autres, sont :

La Terre Rouge, L’Ance du Nord-est, Ruisseau Vincent, Ruisseau la France, L’Ance aux Landry, L’Ance Compte St.-Pierre, Ruisseau des Mats.

Ce qui suit est l’acte de sépulture d’un noble homme et personnage important de la colonie.

“L’an 1744, le 26 mars, j’ay soussigné inhumé environ les 11 heures du matin dans le cimetière de ce havre, le corps de nobel homme Ecurier Robert potier du Buisson, mort du jour précédent environ une heure après midy natif… subdélégué de M. l’intendent de la nouvelle france.

Signé:  fre Elie Kvielze.”

L’acte suivant enregistre le baptême d’un enfant illigitime.  Au bas de l’acte il y a un ajout intéressant :

“Le 26 juin 1754, j’ai baptisé pierre, né le même jour, de marie Vincent qui n’a pas voulu en déclarer le père.  Parain et maraine ont été pierre Herbert et marie Michel.

Signé:  fre Ambroise Aubré

(Le lendemain le père s’est déclaré avec promesse d’épouser la fille)”

L’acte suivant signé par le frère Elie Kvielze porte un intérêt spécial :

“Le 25 9 bre de l’année 1743, moy, fre Elie K. recolet, je soussigné ay donné la bénédiction nuptialle à Etienne Charles philippe fils de pierre philippe, et de catherine Géraud, soldat au détachement marine et à marie Mazeromme et de genevieve fovel, natif du port Royalle, évêché de Québec, lesquels m’aïant aporté un graçon d’environ 18 jours provenu d’eux, pour le faire legitimer, l’ay mis sous le voille et légitimé selon le rit de la Ste Église et ordonnance de Monseigneur de Québec en recevant leur mutuel consentement et foy de mariage, après quoy, nous avons supplée aux cérémonies de son baptême en présence des témoins qui ont signé avec nous.
Signé:  Etienne Chelle philippe -
Le chlr Duvivier
Le chavalier Duchambon – De la
Brejonnière – Potier
Dubuisson – Duchambon Decoux -
Dentremont decoux – Anne henriette
Duchambon et fre Elie Kvielze aumônier”

Une petite île qui est située dans la rivière Hillsboro juste en face de Fort Augustus s’appelle l’île Glenfinnan.  Pendant le Régime français, selon mes recherches, cette île se nommait l’Île au foin.

Les deux extraits suivants sont des sépultures qui ont eu lieu à l’Île au foin.  L’époux et l’épouse sont décédés un après l’autre et sont enterrés sur deux jours consécutifs :

“Ce 29 mars 1751, a esté inhumé à l’isle au foin à cause des mauvais temps, Pierre Douaron agé d’environ 45 ans après avoir esté confessé, époux de Marguerite Bro.

Signé:  fre Patrice LaGrée.”

“Ce 28 mars 1751, a esté inhumée à cause des mauvais temps, à l’isle au foin, Marguerite Bro agée de 26 ans, épouse de Pierre Douaron, après avoir été confessée.

Signée:  fre Patrice LaGrée.”

Nous trouvons dans les entrées du registre de nombreux soubriquets :

“Le 12 avril 1752, a esté inhumé dans le cimetière du port Lajoye du costé du couchant au bas du cimetière René… dit pret à rire, soldat de marine de la compagnie de M. Lavillière, agé d’environ 25 ans, ayant été trouvé mort dans les glaces et ayant sur luy des marques de chrétien, je luy ay donné la sépulture écclésiastique avec les cérémonies ordinaires.

Signé:  fre patrice LaGrée.”

Ce fut une mort tragique pour cet homme qui semblait toujours rayonner le bonheur.

Selon un dénombrement rapide fait de ma part, il y a eu à Port-LaJoie quelque 143 sépultures.  Sans doute, il y avait des sépultures faites à cet endroit en absence d’un prêtre et ainsi n’auraient pas été enregistrées de la façon coutumière.  Où est l’emplacement de ce cimetière?  Personne à l’heure actuelle semble le savoir.  Peut-être, dans un avenir pas si lointain, Parcs Canada fera les fouilles nécessaires à sa redécouverte…

Plus de 50 pour cent des entrées du registre sont de 1749 à 1758.  C’est à partir de 1749 qu’on a vu la grande émigration acadienne se diriger vers l’Isle Saint Jean suite à la construction du fort à Halifax et que les autorités britanniques ont commencé à parler de Déportation.  Présentement à l’Île-du-Prince-Édouard, nous avons le nom de famille Longaphie.  Ce nom selon ce registre était Longuepée, Longueépée, Longue espée ou Longeépée.  Nous avons également les familles Deagle à l’Île qui sont d’origine acadienne.  Ce nom de famille était D’aigre ou Daigre selon le registre.  Au Nouveau-Brunswick le nom est Daigle.  Le nom de famille Doiron était parfois épellé Doiron, Douäron, Douaron, Douaïron et Doeron.

En conclusion je cite du registre une des trois conversions faites à Port-LaJoye.

“Ce 11ème jour de janvier 1755, je soussigné et certifie Aumonier du Roy, curé de la paroisse du port LaJoye et supérieur de l’isle St Jean qu’Abraham Louis predreman, actuellement de cette paroisse, fils de feu Jean predreman et de marguerite Clotre, natifs de Canton de Berne dans l’allemagne suisse, a de ferme foy confessé entre mes main en face d’église et en présence de Gabriel Rousseau ecuyer, Sieur Villejouin chevalier de l’ordre militaire de St Louis, major et commandant pour le Roy à l’isle St Jean, de Michel Rousseau, écuyer Sr de Dorfontaine, capitaine d’infanterie et de Louis melchior Vareille, sieur de la Bregeonnière, capitaine et aide major de l’isle St Jean et autre témoins qui ont icy signés avec moy, tant en général qu’en particulier les articles contenus au Symbole de le foy dont se sert la Ste Eglise Catholique, apostolique et romaine, a reçu sans aucun doute toutes les autres choses qui ont été données, définies et déclarées par les sacrés canons et principalement par le saint concile de trente.  En même temps a condamné, rejetté anathematisé, renoncé à toutes les hérésies que l’église Catholique, apostolique et Romaine a condammées Rejettées, anathematisées, a enfin promis, vouée juré sur les saints évangiles de Dieu, tenir et confesser sans aucune contrainte cette vraye foy catholique sans laquelle personne ne peut être sauvé et a promis de la garder constamment moyennant la grâce de Dieu, jusqu’au dernier soupir de sa vie et tant qu’il luy sera possible la faire tenir, garder et observer par touts ceux desquels il aura charge en sa maison et en son état et au cas qu’il luy avienne de faire le contraire à l’avenir il se soumet à toutes les peines portées par les Sts decrets et constitutions canoniques, en conséquence je l’ay absous de l’excommunication par luy encourru en vertu du pouvoir qui m’en a été donné par l’ordinaire suivant l’ordonnance au port Lajoye les dits jours et an que dessus.

Rousseau de Villejouin, L. Vareille de Brejeonnière
Rousseau de Dorfontaine, Chatton, Yvoanry
Maillardet et fr: Gratien Raoul, Recollet.”

Registre de Port-La-Joie en l’Isle Saint-Jean (1721-1758) – 3e partie

1985 par Francis C. Blanchard

Francis C. Blanchard

 

… et je cite d’autres entrées d’intérêt historique et généalogique.  Ce qui suit est l’acte de la sépulture de Pierre Devaust, victime d’une noyade.  Des noyades étaient fréquentes à cette époque.

Le 22 novembre 1723, je soussigné, ait inhumé le nommé Pierre Devaust dit Dauphiné engagé de la compagnie noyé à deux lieues dans l’isle St-Jean fait au port Lajoye 22 9bre 1723 signé: fr. Louis Barbet Dudonjon.

Quelques entrées ont comme objet le baptême d’un enfant micmac.  Il est intéressant à noter que les Micmacs portaient des prénoms seulement.  Les noms de famille n’existaient pas chez eux à cette date.  Et on sait que la plupart des Micmacs étaient des convertis au catholicisme par les vénérables missionnaires du XVIIe siècle en Acadie.  Or il ne faut pas s’étonner que ces braves gens portaient des prénoms chrétiens.

Le 27 juin 1723, je soussigné… ay baptizé Elizabeth fille de François et de Therese sa femme sauvages née environ la Toussaint 1722.  Parrein Glaude haenrion commis des magazins de la compagnie de l’isle St-Jean et la mareine:  Elizabeth Cheneau, femme de hilaire Cheneau maître canonier.
signé:  Henrion L. de métivier, missionaire

Je cite ensuite une entrée de l’enterrement d’un enfant baptisé par le médecin en l’absence du prêtre.

Le 2 7bre 1722 – inhumé le corps d’un enfant de Paul Gemel engagé et de Marguerite Hurel né et ondoié à la maison par le Sr Grandpré chirurgien major ce cette isle le 1er jour desd. mois et an, mort le même jour. témoins:  Le d.paul Gemel et Jacques Migon engagé lesquels ont déclaré ne savoir signer                              signé:  de Breslay, gd. vre.

L’entrée qui suit fait mention d’un personnage important chez les Micmacs de l’île St-Jean :

Le 29 may 1722 baptizé marguerite fille de Jean Baptiste Armetcheck sauvage Mikmack et fille d’Agnes Nabdevit agée de 5 mois.  Le parein mathurin Renaud habitant du havre St-Pierre, la mareine Marguerite Armetcheck femme d’Antoine Arghimo capitaine des sauvages Mikmaques, lesquels ont déclaré ne sçavoir signer          de Breslay – gd. vre.

Ce qui est intéressant avec l’oeuvre de M. Pierre Margry c’est sa fidélité à l’original.  Lorsqu’il s’agit d’une page déchirée, le copiste l’indique dans son recueil.  La partie déchirée est malheureusement perdue.  Là où l’original porte une tache d’encre, Pierre Margry la signale dans sa copie.  Parfois on voit une feuille dont le bas est déchiqueté excepté pour une pointe sur laqauelle il écrit ce qu’il trouve dans l’original.

Pour ce qui est du premier mariage enregistré par l’église à Port LaJoye de personnes de race blanche, il est daté du 17 avril 1721.  Il s’agit du mariage de François du Roché et d’Elizabeth Bruneau, originaires de Bretagne, France.  Il est tout probable que le nom du Roché ait été changé à DesRoches, dans le cours du temps.

Je cite ensuite la noyade d’un jeune garçon dans les ports (probablement à St-Pierre-du-Nord) dont le corps n’a point été retrouvé.

Le 3 juillet 1721… j’ai soussigné et certifie qu’Etienne Poitevin agé de 8 ans fils d’Etienne Poitevin et d’Anne Daigle a été perdu le 6 juin de la présente année dans les ports et qu’il n’a point été retrouvé.
Témoins:  Louis LeBouve et François Boisseau pêcheurs
signé de Breslay curé.

Port-LaJoye ou Port LaJoie :  Nous trouvons dans ce registre surtout la première orthographe.  “La Joie” s’épelle aujourd’hui avec “i”.  Anciennement on trouve un “y” à la place d’un “i” dans l’épellation des mots.  L’ “y” à la place du “i” est une forme de stylisation qu’on employait autrefois.  Souvent dans le registre on trouve l’épellation may pour le mois de mai – aujourd’huy pour aujourd’hui.  Parfois on voit aussi l’orthographe Port LaJoie.  L’abbé de Breslay l’emploie.  Dans le cas où l’orthographe d’un mot donne un double “s”, on voit la première lettre “s” en forme stylisée.  L’ “s” prend la forme d’un “f” – (exemple paroifse).

L’instruction chez les Acadiens à cette époque était presque nulle.  Cela se voit lorsqu’on lit entrée après entrée et que c’est écrit que les témoins des cérémonies ne savent signer.

“La mareine a fait sa croix ainsi
que le père de l’enfant”
ou
“…lesquels ont déclaré ne sçavoir signer”

Un père récollet qui a beaucoup oeuvré en Acadie, et un des plus célèbres missionnaires, est le Frère Félix Pain.  Il est passé à l’Isle St-Jean à trois différentes reprises faisant sa fonction curiale :

a)  du 1er juillet 1725 au 8 septembre 1726;
b)  du 26 novembre 1726 au 10 juillet 1731; et
c)  le 27 septembre 1736.  Un seule acte.

D’après les historiens, le poète américain Henry Wadsworth Longfellow se serait inspiré de l’oeuvre du Frère Félix Pain parmi les Acadiens avant la Déportation, et se serait servi de ce personnage comme prototype du Père Félicien dans son épopée Évangéline, publiée en 1847.

De dire les historiens, Rustico-sud et Rustico-nord tiennent leurs noms de René Rassicot qui était marié à Marie Haché, fille de Michel Haché dit Gallant et Anne Cormier.  Ce René Rassicot, dit-on, aurait été propriétaire d’un terrain là où se situe aujourd’hui Rustico.  Voici l’acte de mariage de René Rassicot et de Marie Haché, veuve de feu François Poirier:

Ce trente unième d’octobre de la présente année 1729, moi, soussigné missionnaire recollet faisant les fonctions curiales dans cette paroisse, après la publication de 2 bans aux prones des messes paroissiales et ayant dispensé du troisième, sans qu’il se soit trouvé aucun empeschement, ai donné la bénédiction nuptiale à René Rassicot, fils de feu Jean Rassicot et de Marguerite Crossier de la paroisse de St Ursin diocèse de Coutance d’une part, et Marie Haché veuve de feu françois Poirier de cette paroisse d’autre part, après avoir reçu leur mutuel consentement en présence de leurs parents et amis soussignés, l’époux et l’épouze ont déclaré ne sçavoir signer de ce enquis selon l’ordonnance et ont fait leur marque ordinaire
Signé:  Joseph haché, Depensens, Michel haché et fr. felix Pain, recollet missionnaire.

D’après certains actes dans le registre de la paroisse de Port LaJoye, il y avait un endroit qui s’appelait Rasico.

Ce 30 juillet 1750, a esté baptisé sous condition françois agé d’environ un mois, fils de Joseph sauvage et d’Elisabethe, aussi sauvage, de Rasico.  Le parrain: le Sr françois de Mezilla, officier d’infanterie, la maraine, Magdeleine, sauvagesse
Signé:  Mezillac et fr. patrice LaGrée.

Souvent, lorsque le prêtre était absent il fallait que quelqu’un s’occupe de la sépulture des morts.  Voici donc, l’acte d’un enterrement sans qu’il y ait de prêtre:

Ce 28 7bre 1750, a esté inhumée, dans le cimetière du port LaJoye, Angélique Vincent agée de 33 ans fille de deffunt pierre Vincent et de Jeanne Trahan, de la paroisse de l’Assomption, laquelle a esté inhumée par un soldat faute de prêtre. En foy de quoy, j’ay signé:
Signé:  Fr. Patrice LaGrée.

D’autres cimetières français et acadiens existaient à l’Isle Saint-Jean à part de celui à Port LaJoye avant la Déportation de 1758.  On sait que vers 1750-52 quatre nouvelles paroisses avec curés résidents furent érigées dans la colonie:  St-Paul à la pointe Prime (près d’Eldon); St-Louis du Nord-est (à Scotchfort); La Sainte-Famille à Malpec (Low Point près de Port Hill); et St-Pierre du Nord (St. Peter’s Harbour).  Je vous en citerai au long de ce travail.  Voici un acte de sépulture du corps d’une jeune fille dans le cimetière de St-Pierre-du-Nord.

Ce 24 8bre 1750, a été inhumé par moy dans le cimetière de St-Pierre au pied de la croix du costé du nord Anastasie agée d’onze mois fille d’André Renaud et de Marie Roget
Signé patrice LaGrée.

L’acte suivant porte le nom d’un médecin Georges Barbudeau qui était chirurgien-major à Louisbourg avant d’être appelé à l’Île Saint-Jean où la population n’avait pas les services médicaux qu’il leur fallait.  Il a habité à Port LaJoye d’où il fut déporté en 1758.  Rendu plus tard en France, il s’est trouvé parmi les locataires de la ligne acadienne du Marquis de Pérusse des Cars à Archigny, en Poitou.  Aujourd’hui on peut visiter le terrain qu’il occupait.  L’auteur de cette série est allé voir la terre occupée par le médecin Barbudeau.

Le Vingt septième de novembre de la présente année mil sept cent vingt cinq, moi soussigné missionnaire, faisant les fonctions curialles dans cette paroisse, ai baptisé son condition Jean Baptiste né le 17 octobre de la susdite année fils du Sr. George Barbudeau, chirurgien major de ce lieu et de Marguerite françoise Vigneau légitimement conjoints.  Il a eu pour Parein Jean Baptiste Péré et pour maraine Marie Françoise Gugot, en foy de quoy j’ai signé avec le parrein et le père de l’enfant, ces jours et an que dessus.
Signé:  Jean Péré, Berbudeau et fr. félix pain recollet missionnaire.

Le prêtre était à l’occasion demandé à défaut de notaire, à témoigner un contrat entre différentes parties.  L’extrait suivant du registre est l’entrée d’obligation de pension annuelle promise de la part des enfants de Michel Haché Gallant et Anne Cormier à l’endroit de leurs parents.  Cette entrée est probablement le premier contrat légal à l’Île Saint-Jean.

Obligation de pension annuelle de 10tt pour chacun des desnommés:  Ce jour, dix septième novembre mil sept cent trente six, en présence du père Angélique Collin Recollet de la province de Bretagne, missionnaire et aumonier du Roy au port Lajoye, dans l’isle St-Jean évêché de Québec, faisant les fonctions curiales audit lieu au défaut de Notaire pour passer le présent acte, entre les soussignés Michel haché et Anne Cormier sa femme d’une part et ses enfants de l’autre part, cy nommés, Michel Haché, Joseph haché, Marie haché épouse de René Rassicot lui consentant, Baptiste haché, Charles haché, pierre Haché, marguerite haché épouse de pierre jacmin lui consentant, françois haché, Jaque haché, Louise haché épouse de Louis belliveau, Marie Madeleine Haché épouse de pierre Duval, lui consentant, lesquels sont convenus de ce qui suit.  Sçavoir que tous les dits enfants ci dessus mentionnés s’obligent de donner chacun à leur père et mère leur vie durante la somme de dix livres tournois chaque année à commencer aujourd’huy de plus renoncent les dits enfants à la succession de leurs père et mère après leur mort.  Leur père et mère étant libres par le présent de donner leur bien à perpétuité à celui de leurs enfants qu’ils jugeront à propos.  En foy de quoy, ceux desdits enfants qui scavent écrire ont signé avec nous, les autres qui ne scavent écrire ont mis leur marque ordinaire en présence de Philippe, le neuf Eguyer Sieur de Beaubassin, enseigne d’une compagnie détachée de la marine et de Charles Boudrot, capitaine du bateau du Sieur de Beaubassin qui ont aussi sicné comme témoins.
Signé:  Michel Haché – Joseph Haché

Derechef, sont encore convenus les dits michel haché et anne cormier sa femme, avec leurs enfants que l’un diceux venant à mourir, les dits enfants ne payeront plus que la moitié de la susdite somme de dix livres.

En foy de quoy ils ont signé comme dessus
Signé Michel haché – Joseph Haché
marque de René Rassicot 0 marque de Pierre Hachez X marque de Baptiste Haché X marque de marguerite Haché X marque de Jacques hachez X Sr. Laurant.

Ce qui se lit ensuite est l’entrée de la mort tragique de l’ancêtre des Haché-Gallant :

Le 17 juillet 1737, je soussigné, ay inhumé dans le cimetière de ce hâvre, le corps de Michel Haché dit Galant, habitant dudit port, lequel s’était enfoncé dans les fons à l’embouchure de la rivière du Nord le dixième d’avril de la présente année et n’a pu être trouvé jusqu’à ce jour.
Signé: Frère Angélique Collin.

Un très beau monument a été érigé à Port LaJoie en face du Parc National Fort Amherst – Port LaJoye à la mémoire des ancêtres Michel – Haché – Gallant et Anne Cormier en 1965 par leurs descendants.

(à suivre)

Registre de Port-La-Joie en l’Isle Saint-Jean (1721-1758) – 2e partie

1985 par Francis C. Blanchard

par Francis C. Blanchard

 

Le registre de la paroisse St-Jean L’Évangéliste de Port-LaJoye en l’Isle Saint-Jean renferme plusieurs bijoux d’intérêt généalogique et historique.  Ce qui suit vous fait part de quelques-uns de ces relevés intéressants.

Une très grande fête, telle qu’il ne devait pas en avoir souvent dans la colonie à cette époque, eut lieu au Port-LaJoye, le 20 juin 1737, lorsque le récollet, Frère Athanase Guégot bénissait les mariages de trois enfants de Michel Haché (Gallant) et d’Anne Cormier.  Ces mariages eurent lieu 250 ans passés.  Les deux mariages des deux frères avec les deux soeurs Boudrot auront d’importantes conséquences généalogiques chez les Acadiens de l’Î.-P.-É.

1)  François Haché (Gallant), le père des Dix Frères de Rustico, se maria à Anne Boudrot;

2)  Jacques Haché (Gallant), le père de Cyprien Haché (Gallant), qui devint à son tour le père des Dix Frères de Cascumpec, se maria à Josephte Boudrot.  Cyprien, le fils, eut comme épouse Marie Bernard; et,

3)  Louise Haché (Gallant) se maria à Louis Bellyveau.

François et Jacques (Cyprien fils) Haché (Gallant) sont les ancêtres d’un très grand nombre d’Acadiens à l’Île-du-Prince-Édouard.  On n’a qu’à parcourir les arbres généalogiques des familles acadiennes de l’Île pour le constater.  Les deux frères Haché (Gallant) se sont mariés à deux soeurs Boudrot, filles de François et d’Anne Landry.

Louis Belliveau et Louise Haché Gallant eurent 9 enfants.  Cette famille est aux îles St-Pierre et Miquelon en 1767.  Louis Belliveau y est décédé le 24 décembre 1775.  Sa veuve est transportée avec ses enfants à La Rochelle, France, en 1778, et elle est décédée à St-Nicolas de La Rochelle le 29 octobre 1779.

L’auteur de cet article, du côté de sa mère, Ursule Gallant, descend de Cyprien, fils de Jacques, (Dix Frère de Cascumpec), et du côté de son père, J.-Henri Blanchard, dont la mère était Domithilde Gallant, descend de François Haché Gallant, le père des Dix Frères de Rustico.

Voici la transcription des trois actes mentionnés ci-dessus :

“Le 20 juin 1735, moy soussigné ay donné la bénédiction nuptiale à François Haché agé de 27 ans fils de Michel Haché et d’Anne Cormier natifs de Beaubassin évêché de Québec, actuellement habitants de ce port LaJoye, d’une part, et à Anne Boudrot agée de 16 ans, fille de François Boudrot et d’Anne Landry, natifs du port Royal évêché de Québec habitants actuellement de Tracadie paroisse de St-Pierre, isle St Jean, d’autre part.

Signé:    

Michel Haché      x marque de l’épouse
St Vilmé, Jacquemin dit Laurent        x marque de l’épouse
Duval          Joseph Haché x           x François Boudrot                    

                                                                 xx des frères
                                                                  x Anne Landry
frère Athanase Guégot-missionnaire.”

 

“Le 20 juin 1735, moy soussigné, après avoir publié trois bannes de mariage au prosne de la grande messe, ay donné la bénédiction nuptiale à Jacques Haché, âgé de 22 ans, fils de Michel haché et d’anne Cormier – d’une part et à Josephte Boudrot fille de françois Boudrot et d’Anne Landry -

Ont signé:    Michel Haché St Vilmé Duval
Jacquemin dit Laurent-Joseph
Haché xxx marques des frères,
de marie Landry, du père et
la mère, de l’époux et de l’épouse
Frère Athanase Guégot–“

 

“Le 20 juin 1735 moy soussigné, ay donné la bénédiction nuptiale à Louis Bellyveau agé de 27 ans fils de Jean Belliveau et de Cécile Melanceon natifs de port Royal évêché de Québec, actuellement habitant de Tracadie paroisse de St Pierre isle St Jean, et à Louise Haché agée de 20 ans, fille de Michel Haché et d’Anne Cormier ses père et mère natifs de Beaubassin, évêché de Québec actuellement habitans du port LaJoye, isle de St Jean.

Signé:    Louise Haché:  St Vilmé; Michel Haché, Duval, Joseph Haché, Pierre Jacquemin dit Laurant – Frère Athanase Guégot.

 

Nombreuses sont les signatures dans ce document-recueil et certaines de celles-ci sont de la plume de personnes de marque.  Citons seulement quelques noms qui paraissent pour l’année 1721.

- René-Charles de Breslay – Prêtre de St Sulpice.  Avant son arrivée à l’Île St-Jean il était missionnaire chez les Indiens algonquins de la mission de St-Louis au-dessus de l’île de Montréal.  À l’Île St-Jean il agissait à titre de curé et de grand vicaire.  Il fut le premier curé résident à l’Île St-Jean.  Il signait toujours “de Breslay curé”.

- Marie-Anselme de Métivier – Prêtre de St Sulpice – lui aussi a oeuvré au sein des missions indiennes canadiennes.  Il signait “de Métivier missionnaire”.  Il était l’adjoint de l’abbé de Breslay.

- Denys de la Ronde – un officier de grande expérience qui signait “La Ronde Denys”.

 - Sieur Robert David de Gotteville de Belleisle – Lieutenant de la Marine, Chevalier de l’ordre militaire de Saint-Louis, et le Commandant-gouverneur en charge de la nouvelle colonie.  On attribue au Sieur de Gotteville de Belleisle et à Denys de la Ronde, d’avoir baptisé la capitale de la nouvelle colonie Port LaJoye, car disaient-ils le paysage est d’une telle beauté qu’il occasionne la joie.  Il signait “Gotteville de Belile”.

- Le père Michel Brulai – missionnaire des indiens à la baie des Chaleurs.  Il était prêtre récollet et signait “frère Michel Bruylé”.

- Michel Haché – Capitaine du Port LaJoye et commandant de la milice.  Une des premières familles acadiennes à s’établir à l’Île St-Jean.  Avec le temps son nom est devenu Michel Haché Gallant.  Il est l’ancêtre des familles Haché et Gallant.  Son épouse était Anne Cormier.  Il signait “Michel Haché”.  Un monument en leur mémoire fut érigé par leurs descendants en 1965 à Rocky Point là où se situait autrefois Port LaJoye.

Le premier acte où apparaissent les noms de Michel Haché et d’Anne Cormier est daté du 11 juin 1721.  C’est à l’occasion du premier baptême à Port La Joye :

“Le 11 de juin 1721 j’ay soussigné prêtre, de l’isle St-Jean, baptisé Pierre Robet François fils de François Pestureau directeur général des vivres du gouvernement de lad. isle et de damoiselle Françoise Simoneau son épouse, né le même jour desd. mois et an.  Parein Messire Robert David Gotteville chevalier de l’ordre militaire de St Louis, capitaine pour le Roy d’une compagnie Franche de la Marine, gouverneur des Isles St Jean, La Magdeleine, Brion, Miskou et autres dans le golfe de St Laurent.

…..  la mareine Très haute et puissante dame dame Louise de Kervin, dame d’honneur de Très haute, très puissante et très excellente princesse son altesse royale Madame la Duchesse d’Orléans épouse de très haut et puissant seigneur Messire Pierre, comte de St Pierre premier écurier de son altesse royale ditte dame duchesse d’Orléans et grand maître de sa maison seigneur des dites isles représentée par dame Anne Cormier épouse du Sr Michel Haché capitaine de milisse de la côte de Bobassin en l’Acadie, lesquels ont signé avec moy la d. Anne Cormier a déclaré ne savoir signer.

signé:    Gotteville de Belisle, Pestureau de Breslay, curé.”

La première fois que Michel Haché signe un acte dans ce registre est en date du 25 décembre 1721.  Ce fut à l’occasion du baptême de Gabriel Noël (notez la date) fils de Hilaire Cheneau et de Marie Blanchard, né le 24 décembre.  Ce fut aussi à l’occasion du double baptême de jumeaux.  Probablement les premiers jumeaux à naître à l’Île St-Jean.  Voici la transcription des deux entrées :

“Le 25 décembre 1721, Baptisé Gabriel Noël fils de Hilaire Cheneau, maître canonier du port de la Joie et de Marie Blanchard sa femme, né le 24 dud.

Parrain Gabriel Brunet, cloutier; Marraine Marguerite Haché fille du Sr Michel haché capne du port LaJoie -

Ont signé:  Brunet, hilaire cheneau, Michel Haché, de Breslay grand vicaire.”

“Le 25 xbre 1721, Baptisé Marie Elizabeth, fille de Hilaire Cheneau maitre canonier et de Marie Blanchard sa femme, née le même jour desd. mois l’an.

Parrain Gilles le Roy, taillandier, mareine, Marie Girard femme de Jean Chauvet tonnelier.

Ont signé:  Hilaire Cheneau, Marie Girard, de Breslay.”

Une entrée intéressante mais triste est en date du 16 septembre 1721.  Elle se lit comme suit :

“Le 16 septembre 1721 – je soussigné, – - certifie que François Selier agé d’environ 45 ans, premièrement engagé de la compagnie, ensuite habitant de la d. isle à 4 lieues de ce port LaJoye et de cette paroisse de St-Jean L’Évangéliste, a été trouvé mort dans sa maison, d’un coup de fusil, sans scavoir par qui, n’y ayant alors que trois femmes y compris sa propre femme.  J’ay trouvé en arrivant à sa maison son corps enterré parce qu’il y avait déjà trois ou quatre jours qu’il était mort.  J’ai béni sa fosse en présence de Nicolas Coindet et de Jean Chauvet aussi habitant dud. lieu appelé la côte St Joseph.  Il était de la paroisse de Landrée Diocèse de la Rochelle.

Signé:  de Breslay”

Le premier mariage enregistré par l’église à Port LaJoye entre personnes de la race blanche est daté du 17 avril 1721 entre François du Roché et Elizabeth Bruneau.  L’acte porte les signatures suivantes:  Marianne Simoneau, La Ronde Denys Catalongue, Pierre Dédé, Pierre Jacquemin et De Breslay, curé.  Cet acte était quelque peu lacéré dans l’original et donc nous n’en avons qu’un fac-similé de ce qui demeure de l’entrée.

Voici l’entrée du premier enterrement enregistré à Port LaJoye :

“Le 23 avril 1721 j’ay soussigné prêtre inhumé le corps de Jean Daulet agé d’environ 20 ans, fils de Jean Daulet portefaix de Moran Diocèse de la Rochelle mort le 29 et ayant reçu les sacrements (engagé de la Compagnie)

témoins:  André Chanelon bédeau de cette église et Michel Bodin engagé de la d. compagnie qui ont déclaré ne scavoir signer.

de Breslay curé.”

 

(à suivre)

Registre de Port-La-Joie en l’Isle Saint-Jean (1721-1758)

1984 par Francis C. Blanchard

par Francis C. Blanchard

 

Le document communément appelé Registre de Port-La-Joie est en réalité un recueil de documents renfermant à la fois trois registres paroissiaux de l’ancienne îsle Saint-Jean.  Le premier acte est en date du 10 avril 1721 et nous y trouvons de nombreux actes semblables qui coïncident avec la période française dans l’histoire de l’Île-du-Prince-Édouard.  Ces actes couvrent les années 1721 à 1758, sauf une lacune de 1745 à 1749 lorsqu’il y eut l’occupation anglaise de l’île, durant laquelle on avait expulsé tout le clergé.  En somme, ce registre comprend les actes suivants :

1)  baptêmes, mariages, sépultures et autres actes:  île Saint-Jean, la paroisse Saint-Jean de l’Évangéliste à Port-La-Joie, (1721-1744);

2)  baptêmes, mariages, sépultures et autres actes:  île Saint-Jean, pour les paroisses Saint-Pierre-du-Nord et Saint-Jean l’Évangéliste à Port-La-Joie, (le 15 septembre 1749 au 6 décembre 1751); et,

3)  baptêmes, mariages, sépultures et autres actes:  Saint-Jean l’Évangéliste à Port-La-Joie (le 6 janvier 1752 au 30 mai 1758, quelques mois avant la Déportation des Acadiens de l’île Saint-Jean).

Avant 1752, pendant le Régime français, il n’y eut à l’îsle Saint-Jean qu’une seule paroisse, celle de Saint-Jean l’Évangéliste, à Port-La-Joie.  Cette paroisse, avec son curé résident, fut appelée à desservir toute la colonie à partir de 1720.  Le missionnaire résident parcourait toute l’île et chaque année séjournait un certain lapse de temps à Saint-Pierre-du-Nord.  C’est ainsi que nous trouvons des actes de cérémonies religieuses dans ces registres qui prirent place dans cette paroisse.  Par conséquent, les deux registres sont complémentaires.

La paroisse Sain-Jean l’Évangéliste fut établie avec l’arrivée des premiers colons français en 1720, à l’endroit où se situe Rocky Point présentement.

Le 15 avril 1720, dans le havre de Rochefort, à l’intérieur des terres, et de La Rochelle, sur l’Atlantique en France, se trouvaient trois petits navires chargés de 300 passagers, de provisions et de munitions, soit, de tout ce qui était prévu nécessaire à l’établissement d’une nouvelle colonie à l’île Saint-Jean.  Quatre mois plus tard, le 23 août, ces mêmes navires jetèrent leurs ancres à Port-La-Joie.  Ayant pris connaissance d’une nouvelle colonie française à l’île, quelques familles acadiennes de l’Acadie anglaise vinrent se joindre aux colons français

La colonie naissante avait besoin des services d’un clergé pour assurer la présence de l’Église Catholique.  Lorsque le comte de Saint-Pierre, qui avait reçu en concession ces nouvelles terres, préparait son expédition, il rencontra René-Charles de Breslay, prêtre de Saint-Sulpice.  Il le pria d’accompagner les colons.  Celui-ci n’a pas eu de difficulté à accepter, puisqu’il était déjà habitué aux rudes labeurs et aux rigueurs saisonniers du Canada.  René-Charles de Breslay avait en effet dépense 16 ans à travailler dans les missions près de Montréal.  Un jeune Sulpicien, l’abbé Marie-Anselme de Métivier, qui, lui aussi avait oeuvré dans les missions canadiennes, s’embarqua avec les colons.

Les deux pères sulpiciens étaient établis dans l’île quelques mois, quand l’abbé de Breslay écrivit le premier acte dans le registre de Port-La-Joie.  Ce premier acte, en date du 10 avril 1721, enregistre le mariage de François du Rocher, originaire de Bretagne, et d’Elizabeth Bruneau.

Selon les documents qu’on trouve aux archives à Saint-Malo et à Rennes, en France, la paroisse Saint-Pierre-du-Nord eut des registres distincts à partir de 1724, et fort probablement fut munie d’une chapelle vers la même date.  Mais de nombreux actes de cérémonies religieuses de Saint-Pierre-du-Nord figurent aussi dans les registres de Port-La-Joie.

Parmi les pièces historiques précieuses jalousement gardées par l’auteur de cet article est une photocopie de ce document.  À toutes fins pratiques, cette copie est une excellente source première d’information sur l’histoire des Acadiens de l’Île-du-Prince-Édouard.  C’est une source qui devrait être à la disposition des chercheurs de notre histoire.  Les archives diocésaines à Dun Glaston, le Musée Acadien à Miscouche, la Fondation du Patrimoine de l’Î.-P.-É., les Archives provinciales et le Centre de ressources historiques de l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard, si ces institutions ne l’ont pas déjà procurée, devraient se la faire parvenir.  Une copie de ce document est également conservée aux Archives nationales du Canada à Ottawa et aux archives de l’Archidiocèse de Québec.

L’origine de cette photocopie est en soit une histoire des plus intéressantes.  À la demande de Monseigneur Peter MacIntyre, le troisième évêque du diocèse de Charlottetown, Pierre Margry, copiste professionnel de Paris, fit des copies exactes des registres originaux de l’îsle Saint-Jean et de nombreux autres documents.  Ce travail monumental fut exécuté de 1876 à 77, et il comprend cinq gros registres formés de documents tirés des Archives de la Marine et des Colonies à Paris.  L’ensemble de l’oeuvre de transcription porte le titre :

“Documents pour servir à l’histoire de l’Isle Saint-Jean et des pays voisins sous la domination française.”

L’originale de cette copie, compilée par M. Pierre Margry, est conservée au Centre d’études acadiennes, à l’Université de Moncton.  Comment s’est-elle rendue là-bas?

Lorsque feu J.-Henri Blanchard faisait des recherches pendant les années 1930, il est allé visiter l’ancien évêché sur la rue Great George à Charlottetown.  L’évêque du temps était Monseigneur Joseph Anthony O’Sullivan (1931-1944).

J.-Henri Blanchard lui rendit visite et lui demanda la permission de regarder au grenier et ailleurs dans l’ancienne résidence voir s’il existait des documents d’intérêt historique.  Monseigneur reconnut immédiatement l’intérêt que portait monsieur Blanchard à la chose et il l’invita de fouiller.

Après avoir cherché longuement ici-là, il découvrit dans la cave, parmi les cendres de la fournaise, ce qui ressemblait à des registres.  Hâtivement, il les retira de l’amas, et par un examen rapide il se rendit compte qu’il avait sous les yeux les manuscrits de M. Pierre Margry.

Sans doute sa surprise fut grande à sa découverte et son empressement pour les sauver des mains destructrices du concierge s’est vite manifesté.  Henri Blanchard les sortit et les montra à Monseigneur l’évêque, qui lui dit :

“Emportez-les, vous êtes le seul qui pourrait apprécier leur juste valeur.”

Très content, il partit à la maison avec son trésor sous le bras.  Les registres sont restés en sa possession jusqu’à peu de temps avant son décès.  Le Révérend Père Anselme Chiasson, o.f.m. du Centre d’études acadiennes en visite chez Blanchard les a obtenus pour qu’ils soient conservés au Centre d’études acadiennes.

À la suite des obsèques de Henri Blanchard, à ma requête, le Révérend Père Anselme Chiasson me fit parvenir la photocopie du registre, sujet du présent article.

À la première page du registre, nous lisons la déclaration suivante, signée par l’abbé de Breslay :

“Je soussigné prêtre du Séminaire de St-Sulpice, missionnaire des sauvages Algonquins et Nipissainiens de la mission de St Louis, au dessus de l’isle de Montréal en Canada, envoyé par M. Leschassier prêtre docteur de Sorbonne et supérieur dud. séminaire de St Sulpice et par M. le comte de St Pierre premier écuier de madame la Duchesse d’orléans, de l’agrément et consentement de Monseigneur de Mornay coadjuteur Mgr l’évêque de Québec et son grand vicaire, résident pour lors à Paris, voié dis-je pariceux du consentement aussi et agrément de la Cour pour servir curé dans les iles de St Jean, la Magdalaine, Miskou Brion, la Ramée et autres isles dans le golfe de St Laurent aud Canada accordées par Sa Majesté and. M. le comte de St. Pierre certifie qu’on m’a présenté le présent livre tenant 106 feuillets pour servir de registres pour les baptêmes mariages et sépultures des habitants desd. iles et qu’on n’a pas pu envoier le dit livre à Louisbourg pour le faire signer et parapher par M. le juge de la jurisdiction royale dud. Louisbourg dont les d. isles sont dépendantes, suivant l’ordonnace, à cause de la saison de l’hyver et des glaces qui empêchent la navigation.

En foy de quoy j’ay signé, le dix septième jour du mois d’avril de l’an mil sept cent ving-un.

Signé:  de Breslay, curé.”

Cette note semble contredire les histoires qui maintiennent que l’église catholique à l’Île-du-Prince-Édouard n’eût ses débuts qu’à l’occasion de l’entrée du premier acte du registre de Port-La-Joie, le 10 avril 1721.  Si ce qu’avance certains est vrai, il est difficile à concevoir que ces deux religieux aient été résidents depuis plusieurs mois dans la colonie insulaire sans y avoir au moins célébré le Saint Sacrifice de la Messe.

 
Le registre de Port-La-Joie renferme beaucoup de renseignements très intéressants.  Il peut nous apprendre à apprécier le genre de vie que les pionniers avaient à supporter aux petites heures de notre histoire.  Cet article se propose de vous faire part des détails intéressants qui sont là pour le recherchiste.

(à suivre)