Registre de Port-La-Joie en l’Isle Saint-Jean (1721-1758) – 3e partie

1985 par Francis C. Blanchard

Francis C. Blanchard

 

… et je cite d’autres entrées d’intérêt historique et généalogique.  Ce qui suit est l’acte de la sépulture de Pierre Devaust, victime d’une noyade.  Des noyades étaient fréquentes à cette époque.

Le 22 novembre 1723, je soussigné, ait inhumé le nommé Pierre Devaust dit Dauphiné engagé de la compagnie noyé à deux lieues dans l’isle St-Jean fait au port Lajoye 22 9bre 1723 signé: fr. Louis Barbet Dudonjon.

Quelques entrées ont comme objet le baptême d’un enfant micmac.  Il est intéressant à noter que les Micmacs portaient des prénoms seulement.  Les noms de famille n’existaient pas chez eux à cette date.  Et on sait que la plupart des Micmacs étaient des convertis au catholicisme par les vénérables missionnaires du XVIIe siècle en Acadie.  Or il ne faut pas s’étonner que ces braves gens portaient des prénoms chrétiens.

Le 27 juin 1723, je soussigné… ay baptizé Elizabeth fille de François et de Therese sa femme sauvages née environ la Toussaint 1722.  Parrein Glaude haenrion commis des magazins de la compagnie de l’isle St-Jean et la mareine:  Elizabeth Cheneau, femme de hilaire Cheneau maître canonier.
signé:  Henrion L. de métivier, missionaire

Je cite ensuite une entrée de l’enterrement d’un enfant baptisé par le médecin en l’absence du prêtre.

Le 2 7bre 1722 – inhumé le corps d’un enfant de Paul Gemel engagé et de Marguerite Hurel né et ondoié à la maison par le Sr Grandpré chirurgien major ce cette isle le 1er jour desd. mois et an, mort le même jour. témoins:  Le d.paul Gemel et Jacques Migon engagé lesquels ont déclaré ne savoir signer                              signé:  de Breslay, gd. vre.

L’entrée qui suit fait mention d’un personnage important chez les Micmacs de l’île St-Jean :

Le 29 may 1722 baptizé marguerite fille de Jean Baptiste Armetcheck sauvage Mikmack et fille d’Agnes Nabdevit agée de 5 mois.  Le parein mathurin Renaud habitant du havre St-Pierre, la mareine Marguerite Armetcheck femme d’Antoine Arghimo capitaine des sauvages Mikmaques, lesquels ont déclaré ne sçavoir signer          de Breslay – gd. vre.

Ce qui est intéressant avec l’oeuvre de M. Pierre Margry c’est sa fidélité à l’original.  Lorsqu’il s’agit d’une page déchirée, le copiste l’indique dans son recueil.  La partie déchirée est malheureusement perdue.  Là où l’original porte une tache d’encre, Pierre Margry la signale dans sa copie.  Parfois on voit une feuille dont le bas est déchiqueté excepté pour une pointe sur laqauelle il écrit ce qu’il trouve dans l’original.

Pour ce qui est du premier mariage enregistré par l’église à Port LaJoye de personnes de race blanche, il est daté du 17 avril 1721.  Il s’agit du mariage de François du Roché et d’Elizabeth Bruneau, originaires de Bretagne, France.  Il est tout probable que le nom du Roché ait été changé à DesRoches, dans le cours du temps.

Je cite ensuite la noyade d’un jeune garçon dans les ports (probablement à St-Pierre-du-Nord) dont le corps n’a point été retrouvé.

Le 3 juillet 1721… j’ai soussigné et certifie qu’Etienne Poitevin agé de 8 ans fils d’Etienne Poitevin et d’Anne Daigle a été perdu le 6 juin de la présente année dans les ports et qu’il n’a point été retrouvé.
Témoins:  Louis LeBouve et François Boisseau pêcheurs
signé de Breslay curé.

Port-LaJoye ou Port LaJoie :  Nous trouvons dans ce registre surtout la première orthographe.  “La Joie” s’épelle aujourd’hui avec “i”.  Anciennement on trouve un “y” à la place d’un “i” dans l’épellation des mots.  L’ “y” à la place du “i” est une forme de stylisation qu’on employait autrefois.  Souvent dans le registre on trouve l’épellation may pour le mois de mai – aujourd’huy pour aujourd’hui.  Parfois on voit aussi l’orthographe Port LaJoie.  L’abbé de Breslay l’emploie.  Dans le cas où l’orthographe d’un mot donne un double “s”, on voit la première lettre “s” en forme stylisée.  L’ “s” prend la forme d’un “f” – (exemple paroifse).

L’instruction chez les Acadiens à cette époque était presque nulle.  Cela se voit lorsqu’on lit entrée après entrée et que c’est écrit que les témoins des cérémonies ne savent signer.

“La mareine a fait sa croix ainsi
que le père de l’enfant”
ou
“…lesquels ont déclaré ne sçavoir signer”

Un père récollet qui a beaucoup oeuvré en Acadie, et un des plus célèbres missionnaires, est le Frère Félix Pain.  Il est passé à l’Isle St-Jean à trois différentes reprises faisant sa fonction curiale :

a)  du 1er juillet 1725 au 8 septembre 1726;
b)  du 26 novembre 1726 au 10 juillet 1731; et
c)  le 27 septembre 1736.  Un seule acte.

D’après les historiens, le poète américain Henry Wadsworth Longfellow se serait inspiré de l’oeuvre du Frère Félix Pain parmi les Acadiens avant la Déportation, et se serait servi de ce personnage comme prototype du Père Félicien dans son épopée Évangéline, publiée en 1847.

De dire les historiens, Rustico-sud et Rustico-nord tiennent leurs noms de René Rassicot qui était marié à Marie Haché, fille de Michel Haché dit Gallant et Anne Cormier.  Ce René Rassicot, dit-on, aurait été propriétaire d’un terrain là où se situe aujourd’hui Rustico.  Voici l’acte de mariage de René Rassicot et de Marie Haché, veuve de feu François Poirier:

Ce trente unième d’octobre de la présente année 1729, moi, soussigné missionnaire recollet faisant les fonctions curiales dans cette paroisse, après la publication de 2 bans aux prones des messes paroissiales et ayant dispensé du troisième, sans qu’il se soit trouvé aucun empeschement, ai donné la bénédiction nuptiale à René Rassicot, fils de feu Jean Rassicot et de Marguerite Crossier de la paroisse de St Ursin diocèse de Coutance d’une part, et Marie Haché veuve de feu françois Poirier de cette paroisse d’autre part, après avoir reçu leur mutuel consentement en présence de leurs parents et amis soussignés, l’époux et l’épouze ont déclaré ne sçavoir signer de ce enquis selon l’ordonnance et ont fait leur marque ordinaire
Signé:  Joseph haché, Depensens, Michel haché et fr. felix Pain, recollet missionnaire.

D’après certains actes dans le registre de la paroisse de Port LaJoye, il y avait un endroit qui s’appelait Rasico.

Ce 30 juillet 1750, a esté baptisé sous condition françois agé d’environ un mois, fils de Joseph sauvage et d’Elisabethe, aussi sauvage, de Rasico.  Le parrain: le Sr françois de Mezilla, officier d’infanterie, la maraine, Magdeleine, sauvagesse
Signé:  Mezillac et fr. patrice LaGrée.

Souvent, lorsque le prêtre était absent il fallait que quelqu’un s’occupe de la sépulture des morts.  Voici donc, l’acte d’un enterrement sans qu’il y ait de prêtre:

Ce 28 7bre 1750, a esté inhumée, dans le cimetière du port LaJoye, Angélique Vincent agée de 33 ans fille de deffunt pierre Vincent et de Jeanne Trahan, de la paroisse de l’Assomption, laquelle a esté inhumée par un soldat faute de prêtre. En foy de quoy, j’ay signé:
Signé:  Fr. Patrice LaGrée.

D’autres cimetières français et acadiens existaient à l’Isle Saint-Jean à part de celui à Port LaJoye avant la Déportation de 1758.  On sait que vers 1750-52 quatre nouvelles paroisses avec curés résidents furent érigées dans la colonie:  St-Paul à la pointe Prime (près d’Eldon); St-Louis du Nord-est (à Scotchfort); La Sainte-Famille à Malpec (Low Point près de Port Hill); et St-Pierre du Nord (St. Peter’s Harbour).  Je vous en citerai au long de ce travail.  Voici un acte de sépulture du corps d’une jeune fille dans le cimetière de St-Pierre-du-Nord.

Ce 24 8bre 1750, a été inhumé par moy dans le cimetière de St-Pierre au pied de la croix du costé du nord Anastasie agée d’onze mois fille d’André Renaud et de Marie Roget
Signé patrice LaGrée.

L’acte suivant porte le nom d’un médecin Georges Barbudeau qui était chirurgien-major à Louisbourg avant d’être appelé à l’Île Saint-Jean où la population n’avait pas les services médicaux qu’il leur fallait.  Il a habité à Port LaJoye d’où il fut déporté en 1758.  Rendu plus tard en France, il s’est trouvé parmi les locataires de la ligne acadienne du Marquis de Pérusse des Cars à Archigny, en Poitou.  Aujourd’hui on peut visiter le terrain qu’il occupait.  L’auteur de cette série est allé voir la terre occupée par le médecin Barbudeau.

Le Vingt septième de novembre de la présente année mil sept cent vingt cinq, moi soussigné missionnaire, faisant les fonctions curialles dans cette paroisse, ai baptisé son condition Jean Baptiste né le 17 octobre de la susdite année fils du Sr. George Barbudeau, chirurgien major de ce lieu et de Marguerite françoise Vigneau légitimement conjoints.  Il a eu pour Parein Jean Baptiste Péré et pour maraine Marie Françoise Gugot, en foy de quoy j’ai signé avec le parrein et le père de l’enfant, ces jours et an que dessus.
Signé:  Jean Péré, Berbudeau et fr. félix pain recollet missionnaire.

Le prêtre était à l’occasion demandé à défaut de notaire, à témoigner un contrat entre différentes parties.  L’extrait suivant du registre est l’entrée d’obligation de pension annuelle promise de la part des enfants de Michel Haché Gallant et Anne Cormier à l’endroit de leurs parents.  Cette entrée est probablement le premier contrat légal à l’Île Saint-Jean.

Obligation de pension annuelle de 10tt pour chacun des desnommés:  Ce jour, dix septième novembre mil sept cent trente six, en présence du père Angélique Collin Recollet de la province de Bretagne, missionnaire et aumonier du Roy au port Lajoye, dans l’isle St-Jean évêché de Québec, faisant les fonctions curiales audit lieu au défaut de Notaire pour passer le présent acte, entre les soussignés Michel haché et Anne Cormier sa femme d’une part et ses enfants de l’autre part, cy nommés, Michel Haché, Joseph haché, Marie haché épouse de René Rassicot lui consentant, Baptiste haché, Charles haché, pierre Haché, marguerite haché épouse de pierre jacmin lui consentant, françois haché, Jaque haché, Louise haché épouse de Louis belliveau, Marie Madeleine Haché épouse de pierre Duval, lui consentant, lesquels sont convenus de ce qui suit.  Sçavoir que tous les dits enfants ci dessus mentionnés s’obligent de donner chacun à leur père et mère leur vie durante la somme de dix livres tournois chaque année à commencer aujourd’huy de plus renoncent les dits enfants à la succession de leurs père et mère après leur mort.  Leur père et mère étant libres par le présent de donner leur bien à perpétuité à celui de leurs enfants qu’ils jugeront à propos.  En foy de quoy, ceux desdits enfants qui scavent écrire ont signé avec nous, les autres qui ne scavent écrire ont mis leur marque ordinaire en présence de Philippe, le neuf Eguyer Sieur de Beaubassin, enseigne d’une compagnie détachée de la marine et de Charles Boudrot, capitaine du bateau du Sieur de Beaubassin qui ont aussi sicné comme témoins.
Signé:  Michel Haché – Joseph Haché

Derechef, sont encore convenus les dits michel haché et anne cormier sa femme, avec leurs enfants que l’un diceux venant à mourir, les dits enfants ne payeront plus que la moitié de la susdite somme de dix livres.

En foy de quoy ils ont signé comme dessus
Signé Michel haché – Joseph Haché
marque de René Rassicot 0 marque de Pierre Hachez X marque de Baptiste Haché X marque de marguerite Haché X marque de Jacques hachez X Sr. Laurant.

Ce qui se lit ensuite est l’entrée de la mort tragique de l’ancêtre des Haché-Gallant :

Le 17 juillet 1737, je soussigné, ay inhumé dans le cimetière de ce hâvre, le corps de Michel Haché dit Galant, habitant dudit port, lequel s’était enfoncé dans les fons à l’embouchure de la rivière du Nord le dixième d’avril de la présente année et n’a pu être trouvé jusqu’à ce jour.
Signé: Frère Angélique Collin.

Un très beau monument a été érigé à Port LaJoie en face du Parc National Fort Amherst – Port LaJoye à la mémoire des ancêtres Michel – Haché – Gallant et Anne Cormier en 1965 par leurs descendants.

(à suivre)