Les pique-niques à Mont-Carmel : un entretien avec Magloire Gallant

1980 par Marie Anne Arsenault

 

par Marie Anne Arsenault

Cette entrevue a été faite en 1975.  Monsieur Magloire Gallant, fermier à la retraite, était alors âgé de 81 ans.

 

Quand j’étais jeune, les pique-niques étaient quelque chose de pas mal spécial.  C’était le plus grand moyen de faire de l’agent pour la paroisse.  J’ai 81 ans et les pique-niques ça c’est au “boute” de ma souvenance.  Il me semble qu’on en a toujours eus.  On attendait ce jour-là avec joie.  Les paroissiens commençaient à travailler à trois ou quatre heures du matin pour faire les préparatifs nécessaires pour ce grand jour.  Le pique-nique était toujours dehors au bord de la mer alors on ne pouvait pas se préparer trop d’avance.  On faisant tous les préparatifs à la salle paroissiale et le matin on transportait ça au bord de la mer.  Il y avait une pompe au bord de la mer alors on avait pas besoin de haler l’eau.  On installait un poêle et des grandes tables pour servir les repas.  Le monde était pas ben riche, alors il y avait toujours 2 tables… la table de viande où il fallait payer 50¢ et la table de 25¢ où on mettait pas de viande dans les assiettes.

La viande du pique-nique

Pour avoir de la viande au pique-nique, la paroisse achetait une pièce de bête (boeuf).  On la préparait toute la veille du pique-nique et la viande qui ne servait pas pour la table, on la vendait au monde la veille du pique-nique, ou s’il en restait on la vendait à l’encan la journée du pique-nique.

L’ “apple cider”

Pour faire de l’argent au pique-nique, on préparait toujours une grande quantité d’ “apple cider”.  Ceci était préparé d’avance et c’était bien populaire ce jour-là.

La crème glacée

Pour les enfants surtout, la chose la plus populaire du pique-nique c’était la crème glacée.  Il y avait une grande glacière près du presbytère et le Père Pierre-Paul Arsenault (le curé) avait bien soin d’avoir assez de glace dans la glacière pour assurer une quantité suffisante de crème à la glace cette journée-là.  Pendant l’hiver le curé faisait un frolic pour remplir la glacière.  Il fallait que ça soit de la glace d’eau fraîche, alors fallait aller à Wellington à cheval couper la glace sur la “pond” des Barlow.  On sciait des carreaux de glace à peu près deux pieds carré et on amenait ça dans la glacière en traîneau.  La glacière était remplie de ces gros blocs de glace entourés de “sang de scie”.  Cette glace se conservait vraiment bien et la journée du pique-nique on s’en servait pour faire de la crème glacée.  Le matin du pique-nique il y avait quelqu’un de nommer pour passer les maisons pour de la crème.  Tout le monde qui en avait en fournissait parce que c’était pour l’église.  Puis il y avait une machine à faire la crème glacée.  Un homme faisait tourner cette machine jusqu’à ce que la crème glacée fut prête; puis l’excitation commençait.  Une “batch” ne durait pas longtemps, et si on pouvait pas en avoir la première fois il fallait attendre pas mal longtemps avant qu’il y en ait une autre “batch” de prête.  Le dimanche avant le pique-nique le curé demandait aux enfants d’aller ramasser des petites fraises pour mettre sur la crème glacée et il y en avait toujours en masse.  Ceci était tout du profit net.  Même si les paroissiens étaient pas trop riches, on ramassait une belle somme d’argent car le monde était bien généreux.

Les jeux du pique-nique

La “striking machine”…  Ceci consistait d’une platforme de bois avec un gros poteau d’attacher dessus.  Il y avait un morceau de fer qui montait le poteau lorsqu’on frappait avec une grosse “masse” en bas du poteau.  Si on pouvait faire monter le morceau de fer jusqu’en haut, il y avait une cloche qui sonnait et on gagnait un cigar.  C’était une bonne place pour se faire des muscles et aussi pour prouver sa force auprès des autres.  Il y avait toujours beaucoup de filles alentour aussi, pas pour frapper le fer mais pour “watcher” les gars.  C’était un jeu qui allait toute la journée.

“Hit the nigger and get a cigar”…  Ce jeu consistait d’une toile attachée à l’arrière d’une “stand”.  Il y avait un trou dans la toile et il y avait des volontaires qui se “blackait” la face et se montrait dans le trou de la toile.  On payait cinq sous et on avait trois chances pour essayer de frapper le petit nègre qui était derrière la toile.  Ceux qui le frappait gagnait un cigar.

Les p’tits nègres…  Ceci était un autre jeu qui était bien populaire au pique-nique.  Il y avait cinq ou six petits nègres en bois attachés à une planche avec des pommes et si on en faisait tomber on gagnait des cigars.

Les Tignish

Les Tignish étaient d’une grande importance, la journée du pique-nique.  Le Père Arsenault était originaire de Tignish, alors il était toujours certain que les gens de par là viendraient s’il les invitait.  Ils venaient par train et les gens de Mont-Carmel allaient les chercher en “truck wagon”.  Il y avait toujours environ une centaine de personnes qui venaient de Tignish alors ça prenait pas mal de “truck wagons” pour les transporter.  Tous les “truck wagons” étaient décorés avec des branches d’arbres et c’était une moyenne excitation quand les Tignish arrivaient.  Le soir après le pique-nique il fallait aller les ramener en temps pour le train du soir à Wellington.

Les pound cakes

Pour les tables du pique-nique on faisait des gros gâteaux qui servaient à décorer les tables.  Ils avaient trois ou quatre étages de haut et ils étaient placés sur une “stand”.  Quand les repas étaient finis on vendait ces gros “pound cakes” à l’encan.  Là il y en avait pas mal d’hommes qui “feelait ben” car on n’oubliait pas de se faire de la bière pour le pique-nique…  Les “pound cakes” pouvaient donc rapporter une assez bonne somme d’argent.

Les Port Hill

Le Père Arsenault avait beaucoup d’amis partout sur l’Île.  Il y avait les Richard et les Yeo de Port Hill qui ne manquaient jamais les pique-niques de Mont-Carmel.  C’était “du monde de bien” et ils étaient bons pour “bitter” quand ç’arrivait le temps de vendre les “pound cakes” et le reste du manger des tables.  Des fois un des Yeo achetait un pound cake et il le remettait à vendre pour faire plus d’argent.

Les chicanes

Il se passait rarement un pique-nique sans qu’il y eut des chicanes.  Il n’y avait pas de polices dans ce temps-là alors les hommes les plus forts de la paroisse s’en mêlait pour faire la paix.  M. Gallant dit qu’il y avait plusieurs hommes qui étaient assez fort par ici, mais que toutefois c’était pas mal “rowdy” des fois.

Les galances

Les galances (manèges) étaient quelque chose de bien spécial surtout pour les enfants.  C’était bâti avec des planches attachées sur un gros poteau au milieu.  Ensuite il y avait des chaînes avec des sièges attachés au bout des chaînes.  Il y avait un cheval qui faisait tourner les galances en tirant sur un gros câble.  Le soir il y avait un beau chemin rond de tracé autour de la galance où le cheval avait tiré toute la journée.

Les danses carrées

Durant l’après-midi du pique-nique il y avait des danses carrées.  On construisait un “platform” avec des planches et c’était “great” pour danser.  Il y avait des violoneux en masse et on s’amusait bien!