La fondation du Couvent de Miscouche : un extrait des Annales du couvent

1979 par Contribution anonyme

 

Un des devoirs demandés par l’administration générale de la Congrégation de Notre Dame, aux Soeurs qui fondent une nouvelles maison, est de garder des annales des événements les plus importants qui se déroulent au cours des années.

Ce qui suit est tiré des Annales du Couvent de Miscouche, étant le voyage des Soeurs venues fonder cette maison en 1864.

Soeur Hermina DesRoches

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“Le Révérent Père Joseph Quevillon, natif de la province de Québec, est le vrai fondateur du Couvent de Miscouche.  (Ce vénéré prêtre fut curé à Miscouche de 1861 à 1869)

En faisant bâtir la maison, il rêvait d’en faire un orphelinat, et d’y inviter les Soeurs Grises d’Ottawa pour en avoir soin.  Cependant, ses plans furent déjoués quand Monseigneur McIntyre, évêque de Charlottetown, s’y opposa, lui demandant plutôt de faire venir des religieuses pour faire l’école.

Monseigneur de Charlottetown, après avoir conféré avec le Père Quevillon, télégraphia immédiatement à la Communauté des Soeurs de la Congrégation de Notre-Dame de Montréal et obtint trois Soeurs pour cette mission:  Soeur Marie Antoinette, Supérieur, Soeur Sainte Céline, et Soeur Sainte Clarisse. Nous sommes parties le 22 août, après avoir fait de pénibles adieux à notre chère communauté, pour nous rendre à Québec.  Un nouveau sacrifice nous attendait, car nous fûmes obligées en partant de notre mission de Saint Roch de Québec, de prendre l’habit séculier pour le voyage.  Nous étions onze à nous embarquer à bord du “Lady Head”, trois étant destinées pour Arichat, cinq pour Charlottetown et nous trois pour Miscouche.  La traverse fut longue et pénible; le vaisseau fut obligé de s’arrêter pendant deux jours à cause de la brume et chacune de nous paya un tribut à la mer.

Notre premier arrêt fut à Chatham, N.B., le dimanche, fête du Saint Coeur de Marie, vers quatre heures de l’après-midi.  Monseigneur Rogers, évêque du diocèse, accompagné de Monsieur Sullivan, directeur du collège, vint nous recevoir au quai.  Sa Grandeur nous donna la bénédiction du Saint Sacrement vers sept heures, et ensuite nous allions nous reposer des fatigues de la traversée.

Le lendemain, Monseigneur, avec une bonté plus que paternelle, voulut bien dire la messe à deux heures (du matin), et à quatre heures, après avoir pris un bon déjeuner, Monseigneur vient vous reconduire à bord, où ayant reçu sa bénédiction, nous nous mettions en route pour Shediac.  Nous arrivions là à deux heures de l’après-midi, où il nous a fallu attendre le bateau jusqu’au lendemain, à cinq heures.  Joyeusement, nous nous embarquions de nouveau, car nous avions hâte de voir la fin de notre long voyage.  Le Révérend D. MacDonald, vicaire général du diocèse de Charlottetown, nous attendait à bord, ayant été envoyé à notre rencontre par Monseigneur McIntyre.

Enfin, jeudi, le premier septembre, nous étions à Charlottetown, remerciant Jésus et Notre Dame de nous avoir protégées durant notre traversée.1

Le neuf septembre, nous nous rendions à Miscouche prendre possession du Couvent et le 11 septembre eut lieu la bénédiction du Couvent, à laquelle était présents Monseigneur MacIntyre et neuf prêtres.

Le 13 septembre eut lieu l’érection du Chemin de la Croix.  Le même jour, les gens avaient préparé un “Tea Party”, dont le profit était destiné à rembourser le Père Quevillon pour les dépenses faites de sa poche pendant la construction du Couvent.  La Divine Providence en disposa autrement, car il plut toute la journée, de sorte que les tables furent transportées au Couvent.

14 septembre – Ouverture de nos classes; Monsieur le curé dit la messe dans notre chapelle afin d’attirer les bénédictions de Dieu sur nos travaux, et depuis, nous jouissons de la faveur inappréciable de posséder le Saint Sacrement.  Monsieur le curé s’engage aussi à nous donner la Sainte Messe tous les jeudis.  En cette première journée, nous n’avions que sept écolières et une pensionnaire que nous avons mis sous la protection de la Sainte Vierge, espérant que cette Divine Mère augmente le nombre de ces petites Acadiennes pour lesquelles cette maison a été fondée.

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1  L’arrivée des religieuses à Charlottetown coïncida avec l’arrivée des délégués du “Canada” qui venaient assister à la réunion de fondation de la Confédération canadienne.  Les Annales du Couvent St-Joseph de Charlottetown rapportent ce fait:  “C’est le premier septembre, 1864; deux bateaux jettent l’ancre dans le port de Charlottetown.  Sur le “Queen Victoria”, onze représentants du Canada viennent assister aux premières assemblées traitant de la Confédération.  Le “Lady Head” compte à son bord, huit religieuses de la Congrégation de Notre-Dame, cinq pour Charlottetown et trois pour Miscouche.”