Les Grandes Heures du peuple acadien

2009 par David Le Gallant

C’est le 10 septembre 2005 au Centre Belle-Alliance de Summerside, Île-du-Prince- Édouard, que furent dévoilés au public les six tableaux historiques sur les principaux événements entourant l’adoption des symboles nationaux des Acadiens. Ces tableaux ont été réalisés à l’initiative de l’Association du Musée acadien de l’Île-du-Prince- Édouard et relatent 120 ans d’histoire des symboles nationaux acadiens à partir des deux premières conventions nationales du peuple acadien jusqu’à 2001.

L’œuvre, intitulée «Les Grandes Heures du peuple acadien 1881- 2001», a été réalisée par le peintre de renommée internationale Claude Picard de Saint-Basile, Nouveau-Brunswick. Les six tableaux, mesurant chacun 4 pieds de haut par 5 pieds de large (58 pouces par 70 pouces avec les cadres), sont exposés au Musée acadien de l’Île-du-Prince-Édouard à Miscouche, l’endroit où plusieurs des symboles nationaux acadiens ont été débattus et adoptés.

Le financement du projet a été assuré grâce à l’Agence de promotion économique du Canada atlantique (APÉCA), au gouvernement provincial de l’Île-du-Prince-Édouard ainsi qu’à la générosité de donateurs et donatrices. L’Association Acadienne de la Région de Québec figure parmi ces donateurs.

L’artiste a mis plus de quatre années pour réaliser son chef-d’œuvre. Il a étudié de nombreux documents historiques, des descriptions des événements relatés dans les journaux de l’époque, des centaines de photographies, et même le catalogue Butterick pour sélectionner les bons costumes de l’époque victorienne. Claude Picard a  démontré une fois de plus son souci du détail historique et son immense talent de portraitiste. La ressemblance de ses personnages est frappante même lorsqu’ils sont petits. Il a effectué un travail gigantesque pour agencer et représenter fidèlement toutes les scènes historiques.

Il a même trouvé dans chacun des six tableaux un endroit pour y faire figurer la «petite chouette acadienne», emblème aviaire proposé pour l’Acadie. Son nom commun est la Petite Nyctale et son nom latin Aegolius acadicus (parce qu’identifiée pour la première fois en Acadie). C’est la plus petite chouette de l’Est de l’Amérique du Nord (20 cm de long, elle pèse environ 80 g). Elle a les yeux jaunes, pas d’aigrettes au-dessus des oreilles, un front brun rayé de stries blanches et un bec relativement foncé. Elle est difficile à trouver mais se laisse facilement approcher par l’humain et sa durée de vie est d’au plus 7 ans.
Un résumé de la carrière du peintre Claude Picard se trouve sur le site Web en cliquant Claude Picard ou dans notre édition 21 (p. 6-10).

C’est la première fois que sont transposés sur des tableaux historiques des événements plus réjouissants qui témoignent des efforts du peuple acadien pour son affirmation. Ces tableaux constituent en eux-mêmes une page très importante de l’histoire acadienne; ils la préservent et l’enseignent en même temps.

NDLR : Nous remercions l’Association Acadienne de la Région de Québec en particulier Mme Cormier de la Garde, rédactrice en chef de l’AARQ-EN-CIEL, ainsi que M. Jacques Gaudet (Jacques à Joseph à Robert (Baie-Egmont) à Joseph-S (Miscouche) à Étienne (Miscouche) à François (Malpèque…) qui avait préparé l’original de la description des Grandes Heures du peuple acadien tel que cela est reproduit dans les trois prochaines pages.

Claude Picard

 

 Description des tableaux
(Extraite des plaques explicatives fournies par l’Association du Musée acadien de l’Î.-P.-É.)

 

PREMIER TABLEAU

UNE PATRONNE ET UNE FÊTE NATIONALE POUR L’ACADIE

Suite au rapport d’une commission qui la proposait la veille par un vote de 12 contre 4, le peuple acadien s’est choisi, le 21 juillet 1881, une fête nationale. Ceci eut lieu lors de la plénière de la Première Convention Nationale des Acadiens tenue à Memramcook, N.-B. Ce choix de Notre-Dame de l’Assomption comme patronne et du «15 Août» comme fête nationale fut approuvé le 16 septembre 1881 par l’épiscopat des Provinces Maritimes, décrété le 19 janvier 1938 par Sa Sainteté le pape Pie XI et proclamé à deux reprises par Mgr Arthur Melanson le 25 mars 1938.


 

DEUXIÈME TABLEAU

UN INSIGNE, UNE DEVISE ET UN DRAPEAU NATIONAL POUR L’ACADIE

Lors de la plénière de la Deuxième Convention Nationale des Acadiens, tenue à Miscouche, Î.-P.-É., l’après- midi du 15 août 1884, le peuple acadien a choisi comme devise L’Union fait la force, et comme insigne une bandelette de soie bleue couronnée d’une rosette en ruban rouge et blanc et frappée de ladite devise, d’une étoile et d’un vaisseau arboré d’un pavillon avec le mot Acadie. Comme drapeau national, le peuple acadien a choisi le tricolore étoilé aux couleurs françaises et à l’étoile (Maris Stella) représentant Notre-Dame de l’Assomption, leur patronne, adoptée trois ans auparavant à Memramcook, N.-B. La plupart des motifs dudit insigne seront incorporés dans les armoiries nationales de l’Acadie concédées à Rideau Hall, à Ottawa, en 1995.

 

 

TROISIÈME TABLEAU

PREMIER DÉPLOIEMENT DU «TRICOLORE ÉTOILÉ» ET UN AIR NATIONAL POUR L’ACADIE

À Miscouche, Î.-P.-É., le soir du 15 août 1884, dans une salle du Couvent Saint-Joseph des Soeurs de la Congrégation de Notre-Dame, de Montréal, a lieu le tout premier déploiement public du tout nouveau drapeau de l’Acadie adopté l’après-midi même lors de la plénière de la Deuxième Convention Nationale des Acadiens. Ce premier drapeau acadien était un drapeau tricolore français qui avait été piqué de l’étoile aux couleurs papales, à la demande de l’abbé Marcel-François Richard, curé de Saint-Louis-de-Kent, N.-B. La personne choisie pour confectionner ce drapeau avant la convention acadienne de Miscouche fut Marie-Agathe Babineau née à Saint-Louis-de-Kent. Le premier drapeau mesurait 9 pieds par 6 pieds; il avait donc les proportions 3 : 2. Lors de ce premier déploiement, l’abbé Richard entonna l’Ave Maris Stella après quoi Pascal Poirier, futur premier sénateur acadien, suggéra que l’on ait comme air national l’Ave Maris Stella, cette ancienne hymne religieuse du sixième siècle attribuée en général à saint Venance Fortunat, évêque de Poitiers (France).

 

QUATRIÈME TABLEAU

PREMIER LEVER «SUR TERRE» DU DRAPEAU NATIONAL DE L’ACADIE

Le samedi matin du 16 août 1884 eut lieu à Miscouche, Î.-P.-É., le premier lever officiel sur terre du tout nouveau drapeau national de l’Acadie en face de l’église Saint-Jean-Baptiste de Miscouche. La cérémonie fut présidée par l’hon. Pierre-Amand Landry. Une fois le premier drapeau acadien déployé au vent, le père N. C. A. Boudreault, curé de Miscouche, le fit saluer d’une fusillade au milieu des vivats enthousiastes des habitants de Miscouche et des délégués de la Deuxième Convention Nationale des Acadiens.

 

CINQUIÈME TABLEAU

IRONIE DE L’HISTOIRE : L’ANGLETERRE, PREMIÈRE NATION À SALUER LE DRAPEAU ACADIEN !

Samedi après-midi, le 16 août 1884, grâce à l’obligeance du capitaine Evans du traversier et vapeur St. Lawrence qui ramenait la plupart des excursionnistes de Summerside, Î.-P.-É., à la Pointe-du-Chêne, N.-B., les délégués de la Deuxième Convention Nationale des Acadiens ont eu le bonheur de voir flotter sur le vapeur leur nouveau drapeau national, vieux d’un jour, bien qu’à l’ombre du Union Jack. Cette obligeance déclencha le tout premier salut d’une nation étrangère envers le drapeau acadien alors qu’un navire détaché de la flotte britannique, mouillé à quelques encablures du quai de Summerside, mit ses couleurs au vent, croyant saluer le drapeau de la France. Or ce n’était pas le drapeau de la France que l’Angleterre saluait mais bel et bien le drapeau de ce peuple acadien qu’elle avait déporté 129 ans auparavant. Cette traversée du port de Summerside à Pointe-du-Chêne marqua aussi la première fois que l’on hissa le drapeau national de l’Acadie «sur mer» et que l’on y chanta l’Ave Maris Stella en tant que «air national acadien».

 

SIXIÈME TABLEAU

DRAPEAU DE L’ACADIANA, DES PAROLES FRANÇAISES POUR L’AVE MARIS STELLA

ET DES ARMOIRIES NATIONALES POUR L’ACADIE

1965, en Louisiane, un drapeau incorporant «l’Étoile de l’Acadie» (Maris Stella) pour la région de l’Acadiana a d’abord été dévoilé à la Maison française de l’Université de la Louisiane à Lafayette, ensuite officiellement hissé en 1968 au centre-ville de cette même ville et enfin proclamé en 1974 au capitole de l’État de la Louisiane à Baton Rouge.

1994, à Mont-Carmel, Î.-P.-É., des paroles françaises pour l’Ave Maris Stella furent composées par Jacinthe Laforest et adoptées à Chéticamp, N.-É., par la Société Nationale de l’Acadie. Pour la toute première fois et officiellement, cesdites paroles furent d’abord chantées par Lina Boudreau, lors de la clôture du Premier Congrès Mondial (1994) du peuple acadien tenu à Dieppe, N.-B., ensuite enregistrées en 1999 en l’église Saint-Simon-et-Saint-Jude de Tignish, Î.-P.-É., par la chorale du bicentenaire de cette ville, et enfin dévoilées en 2001 au Musée acadien à Miscouche sur une plaque érigée par l’Association du Musée acadien de l’Î.-P.-É.

1995, à Rideau Hall, à Ottawa, des armoiries nationales incorporant l’insigne adopté lors de la Deuxième Convention Nationale des Acadiens (1884) furent concédées le 15 août 1995 au peuple acadien par l’Autorité héraldique du Canada et officialisées en 1996 au Musée acadien de l’Î.-P.-É. à Miscouche, en présence de Son Excellence le très honorable Roméo LeBlanc, Gouverneur général du Canada, et des représentants du peuple mi’kmaq et de la Société Nationale de l’Acadie.