Un regard nostalgique sur les fêtes du centenaire du drapeau national en 1984

2009 par Edmond Gallant

Lors de la Deuxième Convention Nationale des Acadiens à Miscouche, en ateliers le soir du 13 et la journée du 14 août et en plénière le 15 août de 1884, environ 150 délégués ont donné à la nation acadienne plusieurs symboles. Celui qui a su rallier davantage les Acadiennes et les Acadiens fut sans aucun doute le tricolore bleu, blanc et rouge orné d’une étoile qui fut adopté en plénière, le 15 août 1884, à titre de drapeau national du peuple acadien.

Cent ans plus tard en 1984, il y eut plusieurs événements de mise pour marquer le centenaire de notre drapeau rehaussés par la thématique de L’Île en fête et J’me 100 Acadien / J’me 100 Acadienne. Les activités officielles qui eurent lieu à l’Î.-P.-É., se 4e déroulèrent du 15 au 19 août. Cependant d’autres activités telles qu’une exposition au Centre Eptek à Summerside intituleé « Les Acadiens, un peuple et ses symboles » eurent aussi lieu pour marquer le centenaire.

Afin de bien planifier ces événements, un comité parrainé par la Société Nationale des Acadiens (comme on l’appelait dans le temps), en collaboration avec ses membres, en particulier la SSTA, fut mis sur pied. Ce comité du centenaire du drapeau acadien commença son travail environ deux ans à l’avance. À la veille des fêtes de 1984, celui-ci était composé des membres suivants : Georges Arsenault, président; Dave LeBlanc, vice-président pour la Nouvelle- Écosse; Paul-Eugène LeBlanc, vice-président pour le Nouveau-Brunswick; Alcide Bernard, trésorier; Bernard Richard, secrétaire; père Éloi Arsenault, Francis Blanchard, sœur Marguerite Richard, Jacques Arsenault et Edgar Arsenault. Le coordonnateur des fêtes était Gilles Bélanger.

À part du comité organisateur, plusieurs sous-comités se sont occupés des détails des événements. Parmi ces sous-comités, on retrouvait le comité liturgique, le comité de Miscouche, le comité du protocole, etc. Jeunesse Acadienne a également travaillé de près dans l’organisation des événements. C’est ainsi qu’on planifia un total de cinq jours de festivités qui se dérouleraient du 15 au 19 août à Miscouche et dans la région Évangéline.

Dans le Bulletin de la Société Saint-Thomas-d’Aquin de juillet 1984, Georges Arsenault, le président du comité du centenaire, affirmait que les « célébrations acadiennes qui se dérouleront à l’Île cet été constitueront le plus grand événement du genre à avoir lieu chez nous. On s’attend à ce que plusieurs milliers de personnes y participent. On nous annonce déjà qu’il y aura des Acadiens des différentes régions de la Nouvelle-Écosse, du Nouveau-Brunswick et d’ailleurs au Canada. Il y aura aussi des gens de la Nouvelle-Angleterre, de la Louisiane et de la France. »

Le lundi matin 13 août, l’hon. Jim Lee, le premier ministre de la province, a hissé le drapeau acadien devant l’édifice Shaw sur la rue Rochford à Charlottetown. Cette cérémonie eut lieu sous une pluie dégorgeante. Parmi les dignitaires qui assistaient à la cérémonie, il y avait Son Honneur le lieutenant-gouverneur de la province J.-Aubin Doiron et Madame Bernice Doiron, le chef de l’Opposition Joe Ghiz, Léonce Bernard député pour la circonscription 3e Prince et Antoine Richard, président de la Société Saint- Thomas-d’Aquin.

Avant de hisser le drapeau, M. Lee a décrit celui-ci comme « un symbole d’une communauté acadienne qui a beaucoup de force et qui fait un effort pour se garder forte ». Le drapeau acadien flotta près de l’édifice Shaw pendant toute la semaine suivante. Durant ce temps, il flotta également devant Fanningbank, la résidence du deuxième lieutenant-gouverneur acadien de l’Île.

Les célébrations commencèrent à Miscouche, le 15 août, jour de la fête nationale acadienne. La Voix acadienne du 29 août 1984 rapportait que 1 600 personnes étaient présentes à Miscouche ce jour-là. C’était un nombre très impressionnant!

D’abord, il y eut un récital donné par une fanfare composée de quelques 25 élèves de l’école Évangéline sous la direction de Philippe LeBlanc et par une chorale formée de soixante-quinze choristes acadiens dirigée par Marlene Arsenault. Un des chants qu’on a interprétés fut Y’a une étoile d’Angèle Arsenault. Ce récital fut suivi par une messe en plein air présidée par l’évêque de Charlottetown, Mgr James H. MacDonald csc. L’homélie fut livrée par Mgr Donat Chiasson, archevêque de Moncton. Cette messe fut enregistrée par Radio-Canada et diffusée le dimanche suivant, 19 août, pendant l’émission Le Jour du Seigneur.

Les cérémonies officielles qui débutèrent à 15 h 15 furent, elles aussi, enregistrées pour faire partie d’une émission d’une heure qui a été présentée aux téléspectateurs de Radio- Canada à une date ultérieure. Il y eut plusieurs discours d’occasion, entre autres, par M. Antoine Richard, président de la SSTA, par le lieutenant-gouverneur de la province, M. J.-Aubin Doiron, par le secrétaire d’État, M. Serge Joyal, par l’ambassadeur de la France au Canada, M. Jean-Pierre Cabouat, par le représentant du Québec aux Maritimes, M. Claude Germain, et par le président de la Société nationale des Acadiens, le Père Léger Comeau cjm. En plus des orateurs invités, environ cent-cinquante dignitaires et invités spéciaux, venus d’aussi loin que la France et la Louisiane, ont assisté aux cérémonies.

Le maître de cérémonie était nul autre que l’honorable Pierre-Amand Landry, le président de la Deuxième Convention Nationale des Acadiens. Ce rôle était incarné par le président du comité du centenaire du drapeau acadien, M. Georges Arsenault. Le père Marcel-François Richard, celui qui a proposé aux congressistes de 1884 d’adopter « le tricolore étoilé comme drapeau acadien », a égale- ment pris la parole. Ce rôle était joué par le père Éloi Arsenault, curé de Palmer Road et membre du comité organisateur.

Par la suite, avec l’aide du président d’honneur des fêtes du centenaire du drapeau acadien, M. Roch Gaudet, le père Marcel-François Richard a procédé au Musée acadien pour dévoiler un monument commémoratif et pour y hisser le drapeau acadien. M. Gaudet avait été choisi comme président d’honneur car, le 15 août, lui aussi avait presque 100 ans, étant né à Tignish le 4 décembre 1884.

Une fois les cérémonies officielles terminées, une réception pour les invité-e-s eut lieu au club des pompiers de Miscouche.

Durant toute la journée, le Musée acadien à Miscouche était ouvert au public. Au Couvent des religieuses de la Congrégation de Notre-Dame, on pouvait visiter l’exposition « Miscouche 1884 » montée par Maurice Bernard sous la coordination de soeur Marguerite Richard cnd. Cette exposition, qui illustrait la vie à Miscouche en 1884, était en montre pendant tout le mois d’août y compris dans la salle même où aurait été déployé, pour la toute première fois à la vue des délégués, notre drapeau acadien suite à son adoption. À 18 h 30, M. J. Henri Gaudet de Tignish a donné un récital d’orgue en l’église Saint-Jean-Baptiste. Il a présenté des œuvres de Benoît Poirier et de Jean- Sébastien Bach. Plus tard ce même soir, il y eut un spectacle en plein air devant le couvent avec plusieurs artistes acadiens de l’Î.-P.-É., dont Jeannita Bernard, Mélodie, des gigueurs de Rustico et Denis Pitre de Tignish. Environ 1 200 personnes y ont assisté.

 
Pendant les quatre jours qui suivirent, les activités se sont continuées surtout dans la région Évangéline. Au Centre d’éducation Évangéline, les 16 et 17 août, on a présenté plusieurs conférences sur l’histoire acadienne : « La naissance du nationalisme acadien » par Camille-Antoine Richard, sociologue, Commission de la fonction publique, Ottawa; « Prendre notre place au soleil : le message du clergé acadien au cours du dernier siècle » par Fernard Arsenault, professeur en sciences religieuses, Université de Moncton; « La colonisation et les Acadiens dans l’Île-du-Prince-Édouard à l’époque des conventions » par Georges Arsenault, professeur, Études acadiennes, Université de l’Î.-P.-É.; « L’histoire orale et l’identité acadienne en Nouvelle-Écosse » par Ronald Labelle, folkloriste, Centre d’études acadiennes, Université de Moncton; « Le choix de l’hymne national acadien » par Éloi DeGrâce, archiviste, Fédération des Caisses populaires, Caraquet, N.-B.; et « Le drapeau acadien : son origine, ses péripéties » par le père Maurice Léger, curé, paroisse de Shemogue, N.-B.

Les mêmes jours, ainsi que le samedi 18 août, la troupe du Théâtre du Soleil Oublié a présenté deux pièces de Paul D. Gallant, « Le trésor d’Eutosamel » et « Une promesse dans le sable » au Village Pionnier Acadien à Mont-Carmel. Pour sa part, le Théâtre de l’Escaouette a joué la pièce « Renaissance au pluriel » d’Herménégilde Chiasson en l’église Notre-Dame-du-Mont-Carmel, le jeudi et le vendredi.

Également le vendredi après-midi au Centre d’éducation Évangéline avait lieu le lancement de plusieurs publications acadiennes. Quelques titres qui furent lancés furent : La drôle de chasse de pépère Goguen par Jean Perronet, Pionnier de la Nouvelle Acadie par Régis Brun, Inventaire des sources en folklore acadien par Ronald Labelle, Initiation à l’histoire acadienne de l’Î.-P.-É. par Georges Arsenault et le Volume #12 de la revue Égalité intitulé Dossier sur l’Acadie et les relations internationales par Melvin Gallant. La Société Historique Acadienne de l’Île-du- Prince-Édouard fit aussi le lancement de Un peuple à unir, un numéro spécial de La Petite Souvenance (no 10) préparé pour marquer le centenaire de la Deuxième Convention Nationale des Acadiens tenue à Miscouche. Cécile Gallant avait été embauchée pour en faire la recherche.

Le vendredi soir 17 août avait lieu le spectacle «100 pour 200» au Centre récréatif Évangéline à Abram-Village. Au-delà de mille spectateurs ont assisté à ce spectacle qui mettait en vedette Angèle Arsenault, le groupe 1755, Viola Léger, Marc Beaulieu, Gérald Daigle, Chantal Cadieux et Jean-Guy Cossette.

À la salle paroissiale de Baie-Egmont, le samedi 18 août, avait lieu une table ronde intitulée « L’Acadie en perspectives : nos sociétés nationales et leurs plans d’action ». La présidente de la séance était Marguerite Maillet, femme de lettres acadienne, professeure à l’Université de Moncton. Les participants étaient le père Léger Comeau, président de la Société Nationale des Acadiens; Omer Brun, président de la Société des Acadiens du Nouveau- Brunswick; Gilles LeBlanc, président de la Fédération acadienne de la Nouvelle-Écosse et Antoine Richard, président de la Société Saint-Thomas-d’Aquin. Le commentateur était l’historien Léon Thériault, également professeur à l’Université de Moncton.

Le samedi soir avait lieu un gros spectacle de danse au Centre de récréation Évangéline à Abram-Village. Ce spectacle, « L’Acadie danse », que le journal The Guardian a qualifié de « the largest Acadian dance show ever staged in the Maritimes », regroupait trois troupes de danse, une de chacune des provinces Maritimes. Représentant la Nouvelle-Écosse, il y avait la troupe La Baie en Joie. Pour sa part, le Nouveau-Brunswick était représenté par Les danseurs d’la Vallée St-Jean, tandis que Les danseurs Évangéline représentaient l’Île-du-Prince-Édouard. Après ce spectacle eut lieu au même endroit une soirée dansante avec le groupe « Brador ».

Enfin, le dimanche 19 août eut lieu la bénédiction des bateaux en arrière de l’église Notre-Dame-du- Mont-Carmel suivie d’un pique- nique traditionnel au Village Pionnier Acadien à Mont-Carmel avec environ 2000 participants. Également à cet endroit eut lieu une réception sur invitation don- née par le premier ministre du Québec, l’honorable René Lévesque qui prononça un discours fort de mise. Le soir, il y eut un spectacle de variété organisé par Jeunesse Acadienne. Ce spectacle fut suivi par un feu de joie à la plage du Village Pionnier Acadien à Mont-Carmel auquel assistait également le premier ministre du Québec.

Il ne faudrait pas oublier que tout au long de l’été, il y eut une exposition au Centre Eptek à Summerside. Cette exposition, dont l’ouverture officielle a eu lieu le 14 juin, était intitulée Les Acadiens, un peuple et ses symboles. Elle comprenait des photographies, des diapositives, des dessins, des objets et des reproductions de peintures qui fournissaient des informations sur les origines, le mode de vie, les malheurs, la renaissance, le choix des symboles et les mœurs contemporains du peuple acadien. L’exposition fut réalisée par le personnel du Centre Eptek, en étroite collaboration avec la Société historique acadienne de l’Île-du-Prince- Édouard. Lors de l’ouverture officielle de cette exposition, Georges Arsenault, le président de la Société historique acadienne, a affirmé que, selon lui, « l’ouverture officielle était, dans un certain sens, le début des grandes fêtes qui marqueront le centenaire du drapeau acadien et qui auront lieu cet été, à l’Île ».

C’est ainsi qu’on avait cru bon en 1984 d’organiser deux mois d’événements merveilleux à l’occasion du centenaire à l’Î.-P.-É. de l’adoption du drapeau acadien, événements qui eurent lieu principalement à Miscouche, dans la région Évangéline et à Summerside. Les Acadiennes et les Acadiens avaient bel et bien répondu à l’appel de leur devise nationale que « l’union fait la force » tel que l’a témoigné ce regard nostalgique sur les événements du centenaire de notre drapeau national, il y a bel et bien 25 ans de cela, en cette année de 2009.

 

 

le 19 août 1984, Village des pionniers acadiens, Mont-Carmel, Î.-P.-É.

 

 

 

Mont-Carmel, le 19 août 1984

RENÉ LÉVESQUE, PREMIER MINISTRE  DU QUÉBEC

NDLR :  René Lévesque grandit à New Carlisle, village situé dans le comté de Bonaventure en Gaspésie. Il est né le 24 août 1922 à l’hôpital de Campbellton au Nouveau-Brunswick, l’hôpital le plus proche de la région à l’époque. Il était cousin issu de germains de la mère de l’écrivain franco-américain Jack Kerouac. Les membres du comité de rédaction de La Petite Souvenance ont considéré prophétique, même si c’était le nom du vin servi, qu’au bas du menu de ce jour de clôture des grandioses fêtes du 100e anniversaire (1884-1984) de notre drapeau national, l’on trouve l’expression Entre-deux-Mers, la même expression qui, 21 ans plus tard, désignera la salle multifonctionnelle du Centre Belle-Alliance à Summerside. L’expression Entre-deux-Mers pour désigner ladite salle multifonctionnelle est issue de la suggestion de mise de Christopher Ogg pour nous rappeler ces deux mers que l’on peut entrevoir du haut du Centre Belle-Alliance qui abrite l’École-sur-Mer. Ces deux «mers» sont la baie de Malpèque et la baie de Bédèque.

 

 Extraits du message au peuple acadien

de Monsieur René Lévesque, premier ministre du Québec,

à l’occasion du centenaire en 1984

du drapeau national acadien

… Aujourd’hui, en 1984, si près de ce XXIe siècle qui promet lui aussi, et probablement beaucoup plus encore que celui qui s’achève, d’en être un de grandes mutations de la civilisation et des sociétés, nous sommes là pour témoigner d’abord de notre durée, bien sûr, puis de notre épanouissement, mais encore et surtout de notre confiance en nous-mêmes. Parce qu’il ne faut pas se conter des peurs, ni de s’en laisser conter.  Vous et moi, nous avons démontré à maintes reprises que ce sort-là nous le refusons et que nous avons les moyens et la détermination et toute la fierté qu’il faut pour ne jamais laisser un tel héritage démissionnaire à ceux et celles qui nous suivront.

Nous avons su démontrer dans le passé, nous continuons à le démontrer et nous continuerons, que nous savons faire nos choix en toute lucidité et en toute responsabilité.  Ces choix bien sûr nous les faisons pour nous-mêmes comme il se doit.  Au Québec pour les Québécois et les Québécoises.  En Acadie pour les Acadiens et les Acadiennes.  Mais ce qui n’exclut nullement la possibilité et la réalité désormais de plus en plus évidente de nos relations avec les autres.  Seulement, pour échanger valablement avec autrui il faut d’abord remplir une condition primordiale : c’est la fidélité à soi-même.  Il faut d’abord être soi-même et pleinement autant que possible, avant de pouvoir être quoi que ce soit de reconnu et de valable avec les autres…

Simple message… à tout ce tissu de la vie acadienne, à tous ceux et celles qui vous appuient dans vos organisations, c’est celui-ci très simplement : de grâce ne lâchez jamais, lâchez pas, comme on dit chez nous.  Ne doutez jamais de votre propre identité, parce que pour tout individu comme pour tout peuple en se reniant soi-même, en abdiquant sa personnalité pour arborer comme un masque celle d’autrui c’est une espèce de suicide lent que l’on commet.  Et ce genre de suicide collectif, on en a vu assez d’exemples dans l’histoire …. c’est parmi les choses les plus tristes et finalement les plus dérisoires que l’on puisse trouver…

René Lévesque

 

René Lévesque, Premier ministre du Québec (1976 – 1985)