Archive pour: ‘janvier 2009’

Tout premier exemplaire de notre drapeau national (v. 1883)

2009 par Contribution anonyme

Un dossier (560.1-1) au Centre d’études acadiennes Anselme-Chiasson de l’Université de Moncton contient un manuscrit signé par le père Hector L. Belliveau qui indique que c’est en 1883 que Mgr Richard aurait créé notre drapeau national en confiant la tâche de sa confection à Marie Babineau, de Saint-Louis-de-Kent. C’est ce «tricolore étoilé» qui fut porté par lui à la Deuxième Convention Nationale des Acadiens à Miscouche où il fut adopté par le peuple le 15 Août 1884 au milieu d’un délire indescriptible. L’original de notre plus puissant symbole existe encore aujourd’hui après 125 ans!

 

Mesures fixées en 1953 pour respecter les proportions de 3:2 de notre premier drapeau
Le drapeau acadien est rectangulaire, tricolore, à trois bandes verticales d’égale largeur. Ses dimensions et ses proportions sont déterminées par l’unité de mesure appelée «A» qui est la largeur d’une des bandes du drapeau dont la largeur totale est de trois «A» tandis que la hauteur sera de deux «A». Quant à notre «Étoile de l’Acadie» on trace un cercle dont le centre est 1 3/8 «A» de la base de la bande bleue, sur la ligne verticale divisant également cette même base bleue. Ce cercle a un diamètre de 3⁄4 «A». En partant de la partie supérieure du cercle, on divise la circonférence en cinq pour déterminer les cinq pointes de notre étoile nationale dorée. (Tiré de L’Évangéline du vendredi 22 mai 1953)


Photo prise vers 1978 au Musée acadien de l’Université de Moncton (alors au sous-sol de la bibliothèque Champlain). Il s’agit de Michelle et Nicole Blanchard, filles de Francis et Berthe Blanchard, de Charlottetown. (Collection privée : Francis C. Blanchard)

 

Dans le concert des nations

Notre drapeau national a été adopté l’après-midi et déployé le soir du 15 Août 1884 et ensuite hissé pour la première fois «sur terre» le lendemain matin du 16 août 1884 et «sur mer» l’après-midi du même jour. En 1999, il a été hissé à côté des pays participant au Sommet de la Francophonie, à Moncton. Notre «tricolore étoilé» devance de 81 ans les drapeaux de l’État-nation du Canada et des Cajuns de la Louisiane, et de 64 ans celui du Québec. Rares sont les peuples qui adoptent un insigne, une devise et un hymne national le même jour. Pour nous les Acadiens, ce fut ce jour béni à Miscouche que fut le Quinze Août 1884, 280 ans après notre premier débarquement à l’île Sainte-Croix et 129 ans après le début de notre nettoyage ethnique. L’année 2009 marque depuis Miscouche le 125e anniversaire de l’apanage de notre esprit national.

 

 

Figure 2 : Emplacement actuel dans l’édifice Clément-Cormier, le tout premier exemplaire de notre drapeau national a les dimensions de 9 pi x 6 pi d’où les proportions de 3:2.  (Collection du Musée acadien de l’Université de Moncton)

Tout premier manuscrit connu de notre futur hymne national (IXe siècle)

2009 par Contribution anonyme

 
Ave Maris Stella

 

La version latine de notre hymne national :
Elle est attribuée en général à Venance Fortunat, né vers 530 à Duplavilis, l’actuelle Valdobbiadene, près de Trévise en Vénitie en Italie. Devint évêque de Poitiers et mourut vers 600. On attribue aussi la version latine à Paul (le) Diacre, érudit et moine bénédictin d’origine lombarde du VIIIe siècle. Et on l’a aussi attribuée à tort à Robert II le Pieux et à saint Bernard qui vécurent au XIe siècle et au XIIe siècle.

 
Source pour l’attribution de la version latine à Venance Fortunat :
Reproduite en entier aux pages 265- 266 du corpus des oeuvres de Venance Fortunat dans la Patrologie latine (1850) de l’abbé Jacques Migne (Miscellanea – Liber VIII, Caput V) et repérée à l’abbaye Saint-Benoît-du-Lac, grâce au père Delorme.

 
La version française de notre hymne national :
Les paroles de la version française de notre hymne national ont été composées à Mont-Carmel (Î.-P.-É.) par Jacinthe Laforest, adoptées à Chéticamp par la Société Nationale de l’Acadie à son assemblée générale annuelle du 14 mai 1994 et officialisées à Dieppe le 21 août 1994 par Lina Boudreau à la clôture du Premier Congrès Mondial Acadien et à Miscouche par l’Association du Musée acadien de l’Î.-P.-É. lors du dévoilement d’une toute première plaque mondiale, le 19 août 2001.

 

Évangéline – un symbole incarnant à la fois la tragédie et l’espoir du peuple acadien

2009 par Francis C. Blanchard

Parmi les précieux symboles nationaux acadiens, il n’y a pas de plus grand, de plus poignant ni de plus inspirateur que notre chère héroïne Évangéline. Ce nom mélodieux et historique, tout en étant fictif, nous amène à Grand-Pré en Acadie historique, aujourd’hui la Nouvelle-Écosse, où sont commémorés les événements tragiques de notre Déportation, en particulier celle qui eut lieu dès 1755.

C’est grâce au célèbre poète américain Henry Wadsworth Longfellow, né à Portland, Maine, le 27 février 1807  (1), que le nom d’Évangéline est aujourd’hui immortalisé en ce lieu pittoresque mais mélancolique qui est Grand-Pré. Ce poème épique et romantique qui, dans sa version américaine s’intitulait Evangeline A Tale of Acadie, fut publié en 1847 (2) pour rappeler au monde entier l’histoire tragique du peuple acadien puisque la trame de cette épopée raconte l’histoire poignante de deux jeunes amoureux acadiens qui, appelés pour la circonstance  Évangéline Bellefontaine et Gabriel Lajeunesse, auraient réellement été séparés l’un de l’autre (3) au moment du Grand Dérangement. Selon le poème, ce conte de l’Acadie raconte qu’Évangéline a passé  le reste de sa vie à chercher à travers l’Amérique son amant et fiancé, Gabriel.

Un tranquille hameau fièrement encadré, C’était, sous un beau ciel, le hameau de Grand-Pré. (Pamphile LeMay)
(Collection privée : Mickael Houard)

Le lieu de Grand-Pré fut aménagé pour commémorer ces événements fatidiques de 1755. En 1907, John Frederic Herbin, lui-même historien et poète d’origine acadienne, fit l’achat d’une propriété, son intention étant d’y développer un lieu commémoratif incluant une croix en pierre pour identifier l’emplacement même du cimetière de la paroisse Saint-Charles-des-Mines. Dix ans plus tard, la firme Dominion Atlantic Railway fit l’acquisition du lieu avec la stipulation expresse que le lopin de terre sur lequel avait été construite l’ancienne église soit donné aux Acadiens en vue de la construction d’un monument commémoratif. La firme s’est occupée de l’aménagement du terrain et s’est servie de l’épopée acadienne poignante et captivante de Longfellow, pour intéresser, attirer et amener des foules à visiter le lieu.

En 1919, la Société Nationale de l’Assomption (aujourd’hui la Société Nationale de l’Acadie) fit l’achat du terrain où se trouvait autrefois l’église Saint-Charles-des-Mines et y fit bâtir en 1922 l’église-souvenir actuelle. Une statue de l’héroïne du poème de Longfellow fut inaugurée en 1920 sur le terrain faisant face à l’église. Elle est en bronze et mesure sept pieds. Les signatures qui y apparaissent sont celles de Philippe Hébert, inv. (inventavit) et Henri Hébert, sculp.(sculptavit). L’inauguration de la statue devait se faire en même temps que la tenue du 8e Congrès National des Acadiens à Grand-Pré en 1920. Le Congrès a eu lieu en 1921 à la Pointe-de-l’Église dans la Baie-Sainte-Marie (Nouvelle-Écosse) avec une excursion à Grand-Pré durant ses assises.

Citons quelques lignes de l’avant-propos (p. vii) et de l’Appendice «E» (p. 68) du livre «Le Grand Dérangement» publié en 1922 par  l’historien et généalogiste Placide Gaudet :

D’après des arrangements faits en 1919, le dévoilement de la statue d’Évangéline devait se faire en même temps que ce congrès. Le congrès acadien n’ayant pas lieu en 1920, la compagnie du chemin de fer du Dominion Atlantic a profité de la présence des délégués de la Presse Impériale pour faire le dévoilement le 29 juillet 1920.

Les autorités du chemin de fer, ayant appris que feu le célèbre sculpteur Philippe Hébert, de Montréal, avait fait, de sa propre initiative, quelques années auparavant, une maquette d’une statue d’Évangéline, chargèrent au mois de mai 1919, M. J. M. Gibbon, agent général de publicité de la Compagnie du Pacifique Canadien, à Montréal, d’inviter M. Henri Hébert, fils du regretté défunt et aussi excellent sculpteur lui-même, à se rendre avec lui à la Grand-Prée (sic) avec la maquette modelée par son père. Là, il fut convenu que M. Henri Hébert se rendrait à Paris avec la maquette pour la faire couler. C’est M. Hoheviller, Alsacien de naissance, qui coula la statue.

En parlant de la statue, notre historien national Placide Gaudet, poursuit :

L’attitude est inspirée de cette phrase : «Pleurant le pays perdu». Évangéline quitte en pleurant le pays qu’elle ne devra jamais revoir et jette un regard douloureux en arrière. (4)

Évidemment pour nous, Acadiens et Acadiennes, qui avons le coeur tendre et sensible, c’est une oeuvre à voir et à comtempler soigneusement au lieu historique de Grand-Pré. En examinant la figure d’Évangéline d’un certain côté, l’observateur va vite reconnaître la physionomie de la jeune femme heureuse et pleine d’espoir. À quelques pas de l’autre côté de la statue, on peut facilement voir les traits d’une femme âgée, remplie d’angoisse et de tristesse. Il faut se rendre compte de ces traits exceptionnels accordés à Évangéline par l’artiste.(5) Quel joyau significatif constitue cette oeuvre ingénieuse qui est un héritage patrimonial pour nous tous aujourd’hui!

Le poème tragique de Longfellow, Evangeline A Tale of Acadie, a été traduit dans plusieurs langues dont la version française la plus connue est celle de 1865 de la plume du poète de la littérature canadienne-française Pamphile LeMay dont le fils René P. LeMay est l’architecte des églises des paroisses Notre-Dame-du-Mont-Carmel et Saint-Bonaventure (Tracadie) à l’Île-du-Prince-Édouard.  L’arrière-petite-fille de Pamphile LeMay, Céline LeMay, est venue à Mont-Carmel en novembre 1998 à l’occasion du centenaire de l’église paroissiale qui justement avait été construite par son grand-père René P. LeMay. (6)  Celui-ci, on le répète, était le fils du traducteur de notre épopée nationale, Évangéline, le symbole féminin par excellence que le destin a choisi pour incarner à la fois l’histoire tragique et l’espoir du peuple acadien.

 

C’est l’antique forêt !… Noyés dans la pénombre,

Vieux et moussus, drapés dans leur feuillage sombre,

Les pins au long murmure et les cyprès altiers,

Qui bercent aujourd’hui, sur des fauves sentiers,

Les nids harmonieux, sont semblables aux bardes

Qui venaient, chevelus, chanter dans les mansardes,

Aux druides sacrés dont la lugubre voix

S’élevait, prophétique, au fond des vastes bois.

Sauvage et tourmenté, l’océan vert, tout proche,

Se lamente sans cesse en ses antres de roche,

Et la forêt répond, par de profonds sanglots,

Au long gémissement qui monte de ses flots.

(Début d’Évangéline : Pamphile LeMay)

 

(1)       La couverture de notre 21e édition de La Petite Souvenance (décembre 2007)
rendait un hommage à Longfellow à l’occasion du bicentenaire de sa
naissance (1807-2007).

(2)       Le 150e anniversaire (1847-1997) de la publication du poème de Longfellow
(Evangeline A Tale of Acadie) avait été souligné en 1997 par une série
d’articles dans La Voix acadienne entre mars et décembre 1997 par moi-
même et mon collègue David Le Gallant.

(3)       Le poème, bien que romancé, est inspiré de faits historiques : la déportation
des Acadiens de la Nouvelle-Écosse. Quant à un couple d’Acadiens séparés
par la Déportation, il y a lieu de croire que c’est probablement un fait réel
aussi puisque c’est le révérend Horace Connolly qui, invité à manger chez les
Longfellow, aurait, en présence de l’écrivain Nathaniel Hawthorne, répété
que, d’après ce qu’on racontait, cela était arrivé à un couple de jeunes
acadiens lors de la Déportation.

(4)       Placide Gaudet, Le Grand Dérangement, Imprimerie de l’Ottawa Printing
Company Ltd., Ottawa, 1922, p. vii et 68.

(5)       Voir à la page 6 pour entrevoir un peu les traits d’Évangéline.

(6)       David Le Gallant, Premier Centenaire de l’église Notre-Dame-du-Mont-Carmel,
Comité des fêtes du Centenaire de l’église de Mont-Carmel, Williams and
Crue, Summerside, 1998, p.10-13.

 

 

 

 

Hommage au « Père de la Renaissance acadienne »

2009 par La Petite Souvenance

  

 

Un regard nostalgique sur les fêtes du centenaire du drapeau national en 1984

2009 par Edmond Gallant

Lors de la Deuxième Convention Nationale des Acadiens à Miscouche, en ateliers le soir du 13 et la journée du 14 août et en plénière le 15 août de 1884, environ 150 délégués ont donné à la nation acadienne plusieurs symboles. Celui qui a su rallier davantage les Acadiennes et les Acadiens fut sans aucun doute le tricolore bleu, blanc et rouge orné d’une étoile qui fut adopté en plénière, le 15 août 1884, à titre de drapeau national du peuple acadien.

Cent ans plus tard en 1984, il y eut plusieurs événements de mise pour marquer le centenaire de notre drapeau rehaussés par la thématique de L’Île en fête et J’me 100 Acadien / J’me 100 Acadienne. Les activités officielles qui eurent lieu à l’Î.-P.-É., se 4e déroulèrent du 15 au 19 août. Cependant d’autres activités telles qu’une exposition au Centre Eptek à Summerside intituleé « Les Acadiens, un peuple et ses symboles » eurent aussi lieu pour marquer le centenaire.

Afin de bien planifier ces événements, un comité parrainé par la Société Nationale des Acadiens (comme on l’appelait dans le temps), en collaboration avec ses membres, en particulier la SSTA, fut mis sur pied. Ce comité du centenaire du drapeau acadien commença son travail environ deux ans à l’avance. À la veille des fêtes de 1984, celui-ci était composé des membres suivants : Georges Arsenault, président; Dave LeBlanc, vice-président pour la Nouvelle- Écosse; Paul-Eugène LeBlanc, vice-président pour le Nouveau-Brunswick; Alcide Bernard, trésorier; Bernard Richard, secrétaire; père Éloi Arsenault, Francis Blanchard, sœur Marguerite Richard, Jacques Arsenault et Edgar Arsenault. Le coordonnateur des fêtes était Gilles Bélanger.

À part du comité organisateur, plusieurs sous-comités se sont occupés des détails des événements. Parmi ces sous-comités, on retrouvait le comité liturgique, le comité de Miscouche, le comité du protocole, etc. Jeunesse Acadienne a également travaillé de près dans l’organisation des événements. C’est ainsi qu’on planifia un total de cinq jours de festivités qui se dérouleraient du 15 au 19 août à Miscouche et dans la région Évangéline.

Dans le Bulletin de la Société Saint-Thomas-d’Aquin de juillet 1984, Georges Arsenault, le président du comité du centenaire, affirmait que les « célébrations acadiennes qui se dérouleront à l’Île cet été constitueront le plus grand événement du genre à avoir lieu chez nous. On s’attend à ce que plusieurs milliers de personnes y participent. On nous annonce déjà qu’il y aura des Acadiens des différentes régions de la Nouvelle-Écosse, du Nouveau-Brunswick et d’ailleurs au Canada. Il y aura aussi des gens de la Nouvelle-Angleterre, de la Louisiane et de la France. »

Le lundi matin 13 août, l’hon. Jim Lee, le premier ministre de la province, a hissé le drapeau acadien devant l’édifice Shaw sur la rue Rochford à Charlottetown. Cette cérémonie eut lieu sous une pluie dégorgeante. Parmi les dignitaires qui assistaient à la cérémonie, il y avait Son Honneur le lieutenant-gouverneur de la province J.-Aubin Doiron et Madame Bernice Doiron, le chef de l’Opposition Joe Ghiz, Léonce Bernard député pour la circonscription 3e Prince et Antoine Richard, président de la Société Saint- Thomas-d’Aquin.

Avant de hisser le drapeau, M. Lee a décrit celui-ci comme « un symbole d’une communauté acadienne qui a beaucoup de force et qui fait un effort pour se garder forte ». Le drapeau acadien flotta près de l’édifice Shaw pendant toute la semaine suivante. Durant ce temps, il flotta également devant Fanningbank, la résidence du deuxième lieutenant-gouverneur acadien de l’Île.

Les célébrations commencèrent à Miscouche, le 15 août, jour de la fête nationale acadienne. La Voix acadienne du 29 août 1984 rapportait que 1 600 personnes étaient présentes à Miscouche ce jour-là. C’était un nombre très impressionnant!

D’abord, il y eut un récital donné par une fanfare composée de quelques 25 élèves de l’école Évangéline sous la direction de Philippe LeBlanc et par une chorale formée de soixante-quinze choristes acadiens dirigée par Marlene Arsenault. Un des chants qu’on a interprétés fut Y’a une étoile d’Angèle Arsenault. Ce récital fut suivi par une messe en plein air présidée par l’évêque de Charlottetown, Mgr James H. MacDonald csc. L’homélie fut livrée par Mgr Donat Chiasson, archevêque de Moncton. Cette messe fut enregistrée par Radio-Canada et diffusée le dimanche suivant, 19 août, pendant l’émission Le Jour du Seigneur.

Les cérémonies officielles qui débutèrent à 15 h 15 furent, elles aussi, enregistrées pour faire partie d’une émission d’une heure qui a été présentée aux téléspectateurs de Radio- Canada à une date ultérieure. Il y eut plusieurs discours d’occasion, entre autres, par M. Antoine Richard, président de la SSTA, par le lieutenant-gouverneur de la province, M. J.-Aubin Doiron, par le secrétaire d’État, M. Serge Joyal, par l’ambassadeur de la France au Canada, M. Jean-Pierre Cabouat, par le représentant du Québec aux Maritimes, M. Claude Germain, et par le président de la Société nationale des Acadiens, le Père Léger Comeau cjm. En plus des orateurs invités, environ cent-cinquante dignitaires et invités spéciaux, venus d’aussi loin que la France et la Louisiane, ont assisté aux cérémonies.

Le maître de cérémonie était nul autre que l’honorable Pierre-Amand Landry, le président de la Deuxième Convention Nationale des Acadiens. Ce rôle était incarné par le président du comité du centenaire du drapeau acadien, M. Georges Arsenault. Le père Marcel-François Richard, celui qui a proposé aux congressistes de 1884 d’adopter « le tricolore étoilé comme drapeau acadien », a égale- ment pris la parole. Ce rôle était joué par le père Éloi Arsenault, curé de Palmer Road et membre du comité organisateur.

Par la suite, avec l’aide du président d’honneur des fêtes du centenaire du drapeau acadien, M. Roch Gaudet, le père Marcel-François Richard a procédé au Musée acadien pour dévoiler un monument commémoratif et pour y hisser le drapeau acadien. M. Gaudet avait été choisi comme président d’honneur car, le 15 août, lui aussi avait presque 100 ans, étant né à Tignish le 4 décembre 1884.

Une fois les cérémonies officielles terminées, une réception pour les invité-e-s eut lieu au club des pompiers de Miscouche.

Durant toute la journée, le Musée acadien à Miscouche était ouvert au public. Au Couvent des religieuses de la Congrégation de Notre-Dame, on pouvait visiter l’exposition « Miscouche 1884 » montée par Maurice Bernard sous la coordination de soeur Marguerite Richard cnd. Cette exposition, qui illustrait la vie à Miscouche en 1884, était en montre pendant tout le mois d’août y compris dans la salle même où aurait été déployé, pour la toute première fois à la vue des délégués, notre drapeau acadien suite à son adoption. À 18 h 30, M. J. Henri Gaudet de Tignish a donné un récital d’orgue en l’église Saint-Jean-Baptiste. Il a présenté des œuvres de Benoît Poirier et de Jean- Sébastien Bach. Plus tard ce même soir, il y eut un spectacle en plein air devant le couvent avec plusieurs artistes acadiens de l’Î.-P.-É., dont Jeannita Bernard, Mélodie, des gigueurs de Rustico et Denis Pitre de Tignish. Environ 1 200 personnes y ont assisté.

 
Pendant les quatre jours qui suivirent, les activités se sont continuées surtout dans la région Évangéline. Au Centre d’éducation Évangéline, les 16 et 17 août, on a présenté plusieurs conférences sur l’histoire acadienne : « La naissance du nationalisme acadien » par Camille-Antoine Richard, sociologue, Commission de la fonction publique, Ottawa; « Prendre notre place au soleil : le message du clergé acadien au cours du dernier siècle » par Fernard Arsenault, professeur en sciences religieuses, Université de Moncton; « La colonisation et les Acadiens dans l’Île-du-Prince-Édouard à l’époque des conventions » par Georges Arsenault, professeur, Études acadiennes, Université de l’Î.-P.-É.; « L’histoire orale et l’identité acadienne en Nouvelle-Écosse » par Ronald Labelle, folkloriste, Centre d’études acadiennes, Université de Moncton; « Le choix de l’hymne national acadien » par Éloi DeGrâce, archiviste, Fédération des Caisses populaires, Caraquet, N.-B.; et « Le drapeau acadien : son origine, ses péripéties » par le père Maurice Léger, curé, paroisse de Shemogue, N.-B.

Les mêmes jours, ainsi que le samedi 18 août, la troupe du Théâtre du Soleil Oublié a présenté deux pièces de Paul D. Gallant, « Le trésor d’Eutosamel » et « Une promesse dans le sable » au Village Pionnier Acadien à Mont-Carmel. Pour sa part, le Théâtre de l’Escaouette a joué la pièce « Renaissance au pluriel » d’Herménégilde Chiasson en l’église Notre-Dame-du-Mont-Carmel, le jeudi et le vendredi.

Également le vendredi après-midi au Centre d’éducation Évangéline avait lieu le lancement de plusieurs publications acadiennes. Quelques titres qui furent lancés furent : La drôle de chasse de pépère Goguen par Jean Perronet, Pionnier de la Nouvelle Acadie par Régis Brun, Inventaire des sources en folklore acadien par Ronald Labelle, Initiation à l’histoire acadienne de l’Î.-P.-É. par Georges Arsenault et le Volume #12 de la revue Égalité intitulé Dossier sur l’Acadie et les relations internationales par Melvin Gallant. La Société Historique Acadienne de l’Île-du- Prince-Édouard fit aussi le lancement de Un peuple à unir, un numéro spécial de La Petite Souvenance (no 10) préparé pour marquer le centenaire de la Deuxième Convention Nationale des Acadiens tenue à Miscouche. Cécile Gallant avait été embauchée pour en faire la recherche.

Le vendredi soir 17 août avait lieu le spectacle «100 pour 200» au Centre récréatif Évangéline à Abram-Village. Au-delà de mille spectateurs ont assisté à ce spectacle qui mettait en vedette Angèle Arsenault, le groupe 1755, Viola Léger, Marc Beaulieu, Gérald Daigle, Chantal Cadieux et Jean-Guy Cossette.

À la salle paroissiale de Baie-Egmont, le samedi 18 août, avait lieu une table ronde intitulée « L’Acadie en perspectives : nos sociétés nationales et leurs plans d’action ». La présidente de la séance était Marguerite Maillet, femme de lettres acadienne, professeure à l’Université de Moncton. Les participants étaient le père Léger Comeau, président de la Société Nationale des Acadiens; Omer Brun, président de la Société des Acadiens du Nouveau- Brunswick; Gilles LeBlanc, président de la Fédération acadienne de la Nouvelle-Écosse et Antoine Richard, président de la Société Saint-Thomas-d’Aquin. Le commentateur était l’historien Léon Thériault, également professeur à l’Université de Moncton.

Le samedi soir avait lieu un gros spectacle de danse au Centre de récréation Évangéline à Abram-Village. Ce spectacle, « L’Acadie danse », que le journal The Guardian a qualifié de « the largest Acadian dance show ever staged in the Maritimes », regroupait trois troupes de danse, une de chacune des provinces Maritimes. Représentant la Nouvelle-Écosse, il y avait la troupe La Baie en Joie. Pour sa part, le Nouveau-Brunswick était représenté par Les danseurs d’la Vallée St-Jean, tandis que Les danseurs Évangéline représentaient l’Île-du-Prince-Édouard. Après ce spectacle eut lieu au même endroit une soirée dansante avec le groupe « Brador ».

Enfin, le dimanche 19 août eut lieu la bénédiction des bateaux en arrière de l’église Notre-Dame-du- Mont-Carmel suivie d’un pique- nique traditionnel au Village Pionnier Acadien à Mont-Carmel avec environ 2000 participants. Également à cet endroit eut lieu une réception sur invitation don- née par le premier ministre du Québec, l’honorable René Lévesque qui prononça un discours fort de mise. Le soir, il y eut un spectacle de variété organisé par Jeunesse Acadienne. Ce spectacle fut suivi par un feu de joie à la plage du Village Pionnier Acadien à Mont-Carmel auquel assistait également le premier ministre du Québec.

Il ne faudrait pas oublier que tout au long de l’été, il y eut une exposition au Centre Eptek à Summerside. Cette exposition, dont l’ouverture officielle a eu lieu le 14 juin, était intitulée Les Acadiens, un peuple et ses symboles. Elle comprenait des photographies, des diapositives, des dessins, des objets et des reproductions de peintures qui fournissaient des informations sur les origines, le mode de vie, les malheurs, la renaissance, le choix des symboles et les mœurs contemporains du peuple acadien. L’exposition fut réalisée par le personnel du Centre Eptek, en étroite collaboration avec la Société historique acadienne de l’Île-du-Prince- Édouard. Lors de l’ouverture officielle de cette exposition, Georges Arsenault, le président de la Société historique acadienne, a affirmé que, selon lui, « l’ouverture officielle était, dans un certain sens, le début des grandes fêtes qui marqueront le centenaire du drapeau acadien et qui auront lieu cet été, à l’Île ».

C’est ainsi qu’on avait cru bon en 1984 d’organiser deux mois d’événements merveilleux à l’occasion du centenaire à l’Î.-P.-É. de l’adoption du drapeau acadien, événements qui eurent lieu principalement à Miscouche, dans la région Évangéline et à Summerside. Les Acadiennes et les Acadiens avaient bel et bien répondu à l’appel de leur devise nationale que « l’union fait la force » tel que l’a témoigné ce regard nostalgique sur les événements du centenaire de notre drapeau national, il y a bel et bien 25 ans de cela, en cette année de 2009.

 

 

le 19 août 1984, Village des pionniers acadiens, Mont-Carmel, Î.-P.-É.

 

 

 

Mont-Carmel, le 19 août 1984

RENÉ LÉVESQUE, PREMIER MINISTRE  DU QUÉBEC

NDLR :  René Lévesque grandit à New Carlisle, village situé dans le comté de Bonaventure en Gaspésie. Il est né le 24 août 1922 à l’hôpital de Campbellton au Nouveau-Brunswick, l’hôpital le plus proche de la région à l’époque. Il était cousin issu de germains de la mère de l’écrivain franco-américain Jack Kerouac. Les membres du comité de rédaction de La Petite Souvenance ont considéré prophétique, même si c’était le nom du vin servi, qu’au bas du menu de ce jour de clôture des grandioses fêtes du 100e anniversaire (1884-1984) de notre drapeau national, l’on trouve l’expression Entre-deux-Mers, la même expression qui, 21 ans plus tard, désignera la salle multifonctionnelle du Centre Belle-Alliance à Summerside. L’expression Entre-deux-Mers pour désigner ladite salle multifonctionnelle est issue de la suggestion de mise de Christopher Ogg pour nous rappeler ces deux mers que l’on peut entrevoir du haut du Centre Belle-Alliance qui abrite l’École-sur-Mer. Ces deux «mers» sont la baie de Malpèque et la baie de Bédèque.

 

 Extraits du message au peuple acadien

de Monsieur René Lévesque, premier ministre du Québec,

à l’occasion du centenaire en 1984

du drapeau national acadien

… Aujourd’hui, en 1984, si près de ce XXIe siècle qui promet lui aussi, et probablement beaucoup plus encore que celui qui s’achève, d’en être un de grandes mutations de la civilisation et des sociétés, nous sommes là pour témoigner d’abord de notre durée, bien sûr, puis de notre épanouissement, mais encore et surtout de notre confiance en nous-mêmes. Parce qu’il ne faut pas se conter des peurs, ni de s’en laisser conter.  Vous et moi, nous avons démontré à maintes reprises que ce sort-là nous le refusons et que nous avons les moyens et la détermination et toute la fierté qu’il faut pour ne jamais laisser un tel héritage démissionnaire à ceux et celles qui nous suivront.

Nous avons su démontrer dans le passé, nous continuons à le démontrer et nous continuerons, que nous savons faire nos choix en toute lucidité et en toute responsabilité.  Ces choix bien sûr nous les faisons pour nous-mêmes comme il se doit.  Au Québec pour les Québécois et les Québécoises.  En Acadie pour les Acadiens et les Acadiennes.  Mais ce qui n’exclut nullement la possibilité et la réalité désormais de plus en plus évidente de nos relations avec les autres.  Seulement, pour échanger valablement avec autrui il faut d’abord remplir une condition primordiale : c’est la fidélité à soi-même.  Il faut d’abord être soi-même et pleinement autant que possible, avant de pouvoir être quoi que ce soit de reconnu et de valable avec les autres…

Simple message… à tout ce tissu de la vie acadienne, à tous ceux et celles qui vous appuient dans vos organisations, c’est celui-ci très simplement : de grâce ne lâchez jamais, lâchez pas, comme on dit chez nous.  Ne doutez jamais de votre propre identité, parce que pour tout individu comme pour tout peuple en se reniant soi-même, en abdiquant sa personnalité pour arborer comme un masque celle d’autrui c’est une espèce de suicide lent que l’on commet.  Et ce genre de suicide collectif, on en a vu assez d’exemples dans l’histoire …. c’est parmi les choses les plus tristes et finalement les plus dérisoires que l’on puisse trouver…

René Lévesque

 

René Lévesque, Premier ministre du Québec (1976 – 1985)

 

Le drapeau acadien : un paradoxe

2009 par Robert Pichette

L’adoption, en 1884, du drapeau national de la France, quelque peu modifié par l’ajout d’une étoile d’or, comme symbole de ralliement de la collectivité acadienne, constitue un paradoxe historique intéressant puisque le drapeau de la France est postérieur à la cession à la Grande-Bretagne et de l’Acadie et de la Nouvelle-France.

Le tricolore français est né de l’un des plus grands bouleversements sociaux des temps modernes : la révolution française. Celle-ci marque la fin du gouvernement personnel des rois et, partant, de l’identification de l’État au monarque. La France, jusqu’à l’adoption de sa première constitution en 1789, n’avait pas de symboles nationaux, ceux de la dynastie régnante en faisant office.

On a trop tendance à ne voir de la révolution française que sa phase la plus spectaculaire, la plus sanglante, la terreur robespierriste. C’est oublier que Louis XVI a été, pour un temps, souverain constitutionnel, et qu’il avait accepté ce premier drapeau national, issu de la volonté populaire, en arborant à son chapeau une cocarde tricolore.

Napoléon, devenu empereur, se garda bien de changer ce symbole populaire qui avait présidé en quelque sorte à l’émergence d’un état moderne. Le premier empire donnera au tricolore ses lettres de noblesse que la légende napoléonnienne sacralisera à tel point que les régimes successifs, sauf la Restauration, ne pourront plus le modifier.

En 1789, il y avait belle lurette que l’Acadie avait cessé d’exister. En 1884 elle n’existait qu’à l’état embryonnaire et, sans territoire alors comme aujourd’hui, elle n’était et n’est encore qu’un état d’esprit.

Le dix-neuvième siècle est le siècle des nationalismes tels le Risorgimento en Italie, l’unification de l’Allemagne, et l’éclatement du vieil empire espagnol dans les Amériques. Chacun de ces mouvements se dote promptement d’un drapeau. Pourquoi? Parce que tout mouvement collectif doit nécessairement avoir un symbole de ralliement, généralement simple et visuel. Un drapeau remplit précisément cette fonction. En fait, il n’en a pas d’autre.

La convention nationale de Miscouche, en 1884, en dotant l’Acadie de symboles à elle propre, complétait logiquement l’œuvre nationale amorcée par la convention de Memram- cook, en 1881, et s’inscrivait tout naturellement dans le courant des nationalismes modernes. À telle enseigne – sans jeu de mots – que ce peuple sans territoire, sans gouvernement, devenait ainsi la première collectivité à se doter de symboles particuliers.

Le choix de ces symboles, comme aussi leur sens, était clair pour les congressistes réunis en 1884 : le peuple acadien, en adoptant pour siennes les couleurs de la France moderne, entendait se rattacher, s’identifier sans équivoque à la mère- patrie sans pour autant tisser quelque lien politique que ce soit avec la France. Seuls des nostalgiques d’empire auraient pu y penser. Il n’en reste pas moins que la nostalgie a ses droits.

En surimposant un symbole religieux, l’étoile de la Vierge et de la mer, Stella Maris, les congressistes étaient de leur temps, sans plus. Mais il convient de noter qu’à ce moment précis de son histoire le peuple acadien n’avait d’autres ressources que celle de l’Église. On aurait tort, avec le recul du temps, quand le pluralisme religieux est admis, enfin, et que l’évolution nous a donné structures et institutions laïque, de faire un mauvais procès à d’honnêtes gens rassemblés, il y a cent ans, par un clergé qui, seul à l’époque, disposait du talent et des ressources organisationnelles.

On sait que le choix du drapeau national des acadiens ne fit pas l’unanimité, même à ses débuts. On sait aussi que sa symbolique, à une époque toute récente, a été sérieusement contestée. Sans doute continuera-t-elle de l’être. C’est normal dans une société pluraliste.

Il n’en reste pas moins vrai que le geste posé en 1884 avait une portée démesurée pour un aussi petit peuple, démuni de presque toutes ressources. Le geste a fait long feu car, quelque soit le degré d’attachement que l’on ait envers le principal symbole visuel de l’Acadie et même si on peut contester son choix comme sa symbolique, il est évident que le geste posé à Miscouche, il y a cent ans, constituait en lui-même une proclamation d’identité nationale. C’était une affirmation au grand jour d’une volonté collective de vivre.

Cent ans après son adoption, le drapeau national de l’Aca- die répond toujours à sa mission originale, celle d’identifier une collectivité, un peuple, en prolongeant tout naturelle- ment ce premier grand et beau geste d’autodétermination.

Tiré du P’tit Moniteur, le 9 août 1984

 

Adoption d’un drapeau national à Miscouche

Les Grandes Heures du peuple acadien (détail)

Musée acadien de l’Î.-P.-É.

 

Un regard nostalgique sur les fêtes du 125e anniversaire du drapeau national en 2009

2009 par Contribution anonyme

 

NDLR : Le comité de rédaction de La Petite Souvenance veut remercier profusément La Voix acadienne pour avoir puisé du matériel de ses éditions des 8, 15 et 29 juillet et du 19 août 2009. Puisque aucune célébration n’a eut lieu à Miscouche le 15 août 2009 (date précise du 125e anniversaire de notre drapeau national), nous avons tout de même voulu récapituler les efforts remarquable de trois femmes avec leurs organismes respectifs, qui ont organisé pour le 14 juillet 2009 une célébration toute originale au Musée acadien de l’Î.-P.-É. Cependant nous voulons ajouter le fait que le 125e anniversaire de notre drapeau a aussi été observé en grand à Saint-Louis-de-Kent, le 8 novembre 2009 (pages 21-23). Bien que notre drapeau ait été adopté à Miscouche le 15 août 1884, c’est le lendemain 16 août 1884 qu’il a été hissé pour la toute première fois «sur terre» (près de l’église de Miscouche) et «sur mer» (sur le traversier de Summerside à destination de Pointe-du-Chêne, N.-B.) Le Conseil scolaire-communautaire Évangéline et la paroisse de Mont-Carmel doivent être félicités chaudement pour avoir hissé notre drapeau national à Mont-Carmel, le 16 août 2009, le jour anniversaire même de son tout premier lever, 125 ans de cela, au jour le jour (p. 24).

 

La Voix acadienne (le 8 juillet 2009, p. 3)

Réplique du drapeau acadien original dévoilée

2009 par Jacques Gallant

La Voix acadienne (le 15 juillet 2009, p. 3)

Chacune munie de leur propre machine à coudre, Marie Anne Arsenault, d’À-Point Boutique, à Mont-Carmel, et son assistante pour l’été, Kay Parks, ont su fabriquer un morceau d’histoire.

Au cours d’une semaine au mois de juin, elles ont cousu une réplique du drapeau acadien original en l’honneur du 125e anniversaire de l’adoption de celui-ci à Miscouche.  Elle a été dévoilée lors d’une journée de commémoration le 14 juillet au Musée acadien de l’Î.-P.-É., à Miscouche, où elle est montée en permanence.

Quant à la fabrication de la réplique, la tâche de chercher le matériel est allée à Béatrice Caillié, directrice de La Belle-Alliance.  C’est aussi elle qui a demandé aux dames d’À-Point Boutique d’entreprendre la fabrication au nom des organismes qui commémorent cette année le 125e anniversaire de l’adoption des symboles nationaux acadiens à Miscouche.

«J’avais été voir le drapeau acadien original au Musée acadien à l’Université de Moncton pour voir comment il avait été fait», dit Mme Caillié.  Une couturière elle-même, elle a pu noter les coutures et a dressé un plan.  «Le drapeau original était fait en douze morceaux de laine de mouton fine (quatre morceaux pour chacune des trois couleurs, le bleu, le blanc et le rouge) et c’était très difficile de trouver ce matériel», affirme-t-elle.

Enfin, Mme Caillié a trouvé des «pashminas», une sorte de châles.  «Les pashminas sont faits en laine de chèvre, qui est un peu plus molle que la laine de mouton, mais j’ai pensé que les pashminas feraient l’affaire», indique-t-elle.

Avec les châles, les dames d’À-Point Boutique se sont mises à l’oeuvre.  «Ce qui a pris beaucoup de temps», mentionne Kay Parks, «était de mesurer et couper les morceaux, parce que chacun des douze morceaux du drapeau doit être 36 pouces en longueur et 18 pouces en hauteur.»  Il fallait ensuite coudre ces morceaux ensemble, un exploit pas facile.  «Lorsqu’on essayait de passer deux morceaux sous la machine, un glissait souvent sur l’autre parce que le matériel est tellement mince», ajoute Marie Anne Arsenault.  La réplique porte les mêmes dimensions que le drapeau original, soit 9 pieds en longueur et 6 pieds en hauteur.

Quant à l’étoile, elle a été fabriquée d’après un patron préparé par Jacqueline Babineau, la petite-nièce de Marie Babineau, soit celle qui a cousu l’étoile originale dans le drapeau en 1884.

Tel qu’indiqué par Béatrice Caillié, on trouvait que c’était important de placer une réplique à Miscouche, étant donné que c’est à cet endroit où a été adopté le drapeau acadien original, qui était de confection manufacturière, lors de la Deuxième Convention Nationale des Acadiens en 1884.

«En fabriquant la réplique, cela nous faisait vraiment revivre une partie de notre histoire», confie Marie Anne Arsenault.

Une réplique de l’original du premier drapeau national : Béatrice Caillié (La Belle-Alliance), Cécile Gallant (Musée acadien de l’Î.-P.-É.) et Cécile Arsenault (Programme de partenariat culturel et communautaire).

125 années après la fabrication du premier drapeau acadien, Marie Anne Arsenault (à droite) et Kay Parks d’À-Point Boutique placent l’étoile sur une réplique du drapeau qu’elles ont fabriquée au cours d’une semaine.

Le drapeau acadien est souhaité «bonne fête» au Musée acadien

2009 par Jacques Gallant

La Voix acadienne (le 29 juillet 2009, p. 5)

Le 125e anniversaire du drapeau acadien, adopté lors de la Deuxième Convention Nationale des Acadiens à Miscouche en 1884, a été commémoré de digne façon lors d’une journée spéciale le 14 juillet au Musée acadien de l’Île-du-Prince-Édouard, à Miscouche.

Le tout s’est déroulé dans une ambiance de fête et musique, en honneur de cette grande occasion pour non seulement le peuple acadien de l’Île, mais pour les Acadiens du monde entier – on fêtait leur symbole le plus reconnu, celui qui forme en sorte la pierre angulaire de leur identité.

Dans son mot de bienvenue, la présidente de l’Association du Musée acadien de l’Î.-P.-É., Sue LeMaistre, a rappelé le but de la commémoration cette année.  «Grâce à nos activités, nous espérons que ça aidera à mieux faire connaître ces symboles du peuple acadien.  Nous espérons aussi que nos activités contribueront à faire reconnaître l’important rôle historique qu’a joué Miscouche dans l’histoire acadienne.»

Martine Aubé, directrice adjointe de la Société Nationale de l’Acadie, a lu un mot de la présidente de l’organisme, Françoise Enguehard.  «Le drapeau est un des symboles les plus forts d’un peuple. Il est la preuve de notre appartenance, le symbole de notre identité, le rappel de nos racines et le garant de notre unité.»

Edmond Richard, président de la Société Saint-Thomas-d’Aquin, organisme qui était un des bailleurs de fonds du projet de commémoration, a d’ailleurs souligné que «selon le recensement, il y a à peu près 5 000 francophones à l’Île, mais on pourrait estimer qu’il y en a environ 75 000 qui sont de descendance acadienne.  Même s’ils ne parlent pas tous le français, ils peuvent quand même être fiers qu’ils ont leur propre drapeau.»

Lors de la soirée, une réplique du drapeau acadien original, qui sera monté en permanence au Musée, ainsi qu’un dépliant au sujet des symboles nationaux acadiens ont été dévoilés.

Une délégation de Saint-Louis-de-Kent

Parmi la centaine de personnes présentes, il y avait un petit groupe de Saint-Louis-de-Kent, au Nouveau-Brunswick, soit l’endroit d’où provenait l’abbé Marcel-François Richard, celui qui a fait la promotion du tricolore étoilé comme drapeau acadien lors de la Convention à Miscouche en 1884.  C’est aussi à Saint-Louis-de-Kent où Marie Babineau a cousu l’étoile sur le drapeau.  Une des membres de la délégation, Thelma Richard, est la petite-fille d’Ozithe Richard, une nièce de l’abbé Richard.

Un autre membre du groupe, Francine Babineau, tient le drapeau acadien à coeur.  «Je trouve que cela est très important de reconnaître Miscouche, parce que cela unit l’Acadie.  Oui, le drapeau a été créé chez nous (à Saint-Louis-de-Kent), mais pour bien représenter l’Acadie, il faut aussi mentionner que le drapeau a été adopté à Miscouche.  Le drapeau devient comme un pont qui relie Saint-Louis-de-Kent et Miscouche.  On peut voyager sur la vague du drapeau.»

Cécile Gallant, directrice du Musée acadien de l’Île-du-Prince-Édouard, parlant au nom des coordonnatrices du projet, qui incluent aussi Béatrice Caillié du Centre Belle-Alliance et Yvette Arsenault du Conseil scolaire-communtauire Évangéline, se dit réjouie du résultat de l’événement.  «Nous sommes très heureux de la grande participation des gens de la communauté à notre activité», indique-t-elle.  «Nous espérons que cet événement revalorisera la place des symboles nationaux acadiens dans notre société acadienne d’aujourd’hui.»

Une petite délégation de Saint-Louis-de-Kent, du Nouveau-Brunswick, était présente lors de la journée de commémoration du 125e anniversaire du drapeau acadien au Musée acadien de l’Î.-P.-É., à Miscouche. De g. à d., Flavien Babineau, Betty McLaughlin, Thelma Richard, Camille Richard, Francine Babineau et Régis Richard.

 

À Saint-Louis-de-Kent

2009 par David Le Gallant

Saint-Louis-de-Kent revendique l’apanage d’être le «Berceau du drapeau national acadien» puisque Mgr Marcel-François Richard y aurait fait coudre par Marie Babineau le tout premier exemplaire de notre symbole le plus puissant qu’est le tricolore étoilé. Du même coup, Miscouche peut aussi revendiquer ce titre car c’est là où ce même drapeau national a été adopté et, pour la toute première fois dans son histoire, déployé et hissé. Saint-Louis-de-Kent et Miscouche, chacun à leur façon, sont un «Berceau du drapeau national acadien». Mais il ne faut surtout pas oublier que le destin a jeté son dévolu sur Saint-Louis-de-Kent pour l’ultime honneur d’avoir été la patrie à laquelle appartenait Mgr Richard, de par sa naissance le 9 avril 1847(1), et de par son propre destin en tant que véritable «Père du drapeau acadien» et par ricochet «Père de la Renaissance acadienne» (voir page 8) .

L’année 2009 a été l’anniversaire par excellence pour ce qui est de nos symboles nationaux à nous, Acadiens et Acadiennes. Pas seulement du 125e de notre drapeau, mais aussi de l’adoption de l’Ave Maris Stella (en tant qu’hymne national), d’un insigne et d’une devise (L’Union fait la force). L’année 2009 marquait aussi le 15e anniversaire (1994-2009) de l’adoption de paroles françaises à côté des paroles latines d’au moins le 9e siècle sinon avant (voir page 3).

Les Acadiens, en quelque lieu qu’ils se trouvent, (2) célèbrent et hissent très souvent leur symbole identitaire! En ce samedi du 15 Août national de 2009, ils ont fait de même. Peut-être aussi ce dimanche 16 août 2009 parce qu’un dimanche est souvent plus propice qu’un samedi pour fêter. En tout cas, pour ceux qui ont hissé  notre tricolore étoilé le dimanche 16 août 2009, c’était ce jour-là qu’était la date exacte du 125e anniversaire de son tout premier hissement sur terre à Miscouche et sur mer, à quelques encablures (3) du quai de Summerside. D’ailleurs et en pleine connaissance de cette date historique mémorable, c’est cela qui est advenu à Mont-Carmel en cette année de son 125e (voir p. 24).

Bien qu’il y eût le 14 juillet 2009 des célébrations du 125e de notre drapeau au Musée acadien de l’Î.-P.-É. (voir pages 18-20), c’est le 8 novembre 2009 qu’a eu lieu, que l’on sache, l’événement d’un hissement de notre drapeau national le plus gigantesque qui soit, 60 pieds  x 30 pieds. La hauteur au mât fut de 130 pieds. Les deux pages qui suivent, gracieuseté de M. Léo-Paul Frigault, directeur général du  Village de Saint-Louis-de-Kent, démontrent bien la splendeur et la solennité que nous devons à notre symbole le plus puissant, pas seulement à la mémoire vivace de Mgr Richard, mais pour que cela serve aussi de point de repère à nos jeunes pour qu’ils s’identifient, en quelque lieu qu’ils se trouvent, comme étant des Acadiens et des Acadiennes.

Pour reprendre des mots dans l’invocation du père Mazerolle (page 23), il faut être résolu pour s’affirmer et, comme notre drapeau, toujours visible de loin et bien planté. Car sinon, on peut être reconnaissant, fêter et folkloriser à toutes sauces et tant qu’on veut, on n’arrivera jamais à freiner le rouleau compresseur d’une francophonie trop uniformisante. Nos jeunes de souche acadienne, bien fiers de prioriser qu’ils sont des bilingues et des francophones, oublieront de plus en plus, pour prendre les mots du jeune Mitchell Richard (voir page 44), qu’ils sont aussi des Acadiens dans le sang! Félicitations à la communauté de Saint-Louis-de-Kent pour faire valoir, en grand format, ce que doivent être nos priorités en tant qu’Acadiens et Acadiennes.

(1)       Même année que fut publié l’Évangéline de Longfellow.

(2)       Les mots exacts dans le décret du pape Pie XI promulguant Notre-Dame de l’Assomption à titre de patronne des Acadiens.

(3)       Tel qu’on l’a décrit dans les reportages de l’époque.

 

Carte d’invitation pour le lever du drapeau national
le 8 novembre 2009 – Saint-Louis-de-Kent

Fierté nationale solennelle
Les pompiers de Saint-Louis-de-Kent

Fierté nationale estudiantine
École Marée-Montante et École Mgr-Marcel-François-Richard

Ce drapeau qui réveille la nation !

Prière d’affirmation de la nation acadienne devant son drapeau

2009 par La Petite Souvenance

C’est précédés par un long cortège de fiers Acadiens et Acadiennes que nous nous retrouvons autour de notre drapeau. Il a atteint ses 125 ans! Depuis son premier déploiement en 1884, osons le dire, ses premiers balbutiements, puisque lorsque l’on sort de son berceau… les mots manquent!

Combien d’hommes et de femmes ont donné une voix à notre drapeau! Le berceau de notre drapeau, fier de son nouveau-né, comme tout bon parent se réjouit, quand son petit ou sa petite se déploie et rayonne au-delà des attentes et des rêves.

Le drapeau acadien qui nous rassemble est toujours source d’immense fierté. Ses couleurs n’ont pas pâli et sa grande taille est un symbole, combien éloquent, des réalisations des 125 dernières années. L’heure est à la fête…

Acadiens et Acadiennes, d’où que nous soyons et même par adoption, dédions donc ce drapeau, reconnaissants envers le passé, les pieds bien plantés dans le présent et le regard tourné vers l’avenir. Résolus de nous affirmer et de continuer à bâtir une Acadie qui rayonnera, comme ce drapeau visible de loin et bien planté dans son berceau. Aux enfants il faut donner des racines et des ailes. Qu’il en soit ainsi pour notre drapeau, pour aller toujours plus loin…

- prononcée par le père Savio Mazerolle

Fierté nationale chrétienne
Église Saint-Louis-des-Français

À Mont-Carmel

2009 par La Petite Souvenance

La Voix acadienne (le 19 août 2009, p. 20)

 

La principale manifestation a eu lieu à Mont-Carmel dimanche après-midi, alors que quelques centaines de personnes ont convergé vers le terrain de l’église de la paroisse pour le spectacle, les jeux, la messe et aussitôt, en après-midi, pour le tintamarre.  Ce dernier, certainement plus modeste que celui de Caraquet, a tout de même attiré une belle procession de gens colorés et bruyants, menés par l’Acadienne Maria Bernard.

Antoine Richard a fait le lever officiel du drapeau au son de l’Ave Maris Stella, deux symboles ayant 125 ans en 2009.

 Le tintamarre à Mont-Carmel a été bien réussi.

 

Antoine Richard a hissé le drapeau à Mont-Carmel.

 

NDLR : On dénote dans L’Évangéline du 28 décembre 1887 que chacune des paroisses acadiennes de l’Île arborait le tricolore étoilé sauf celle de Notre-Dame-du-Mont-Carmel. (Source : Perry Biddiscombe)

Il s’avère donc que le sort aurait  jeté  son dévolu en 2009 sur Mont-Carmel à l’occasion du 125e de ce même tricolore étoilé puisque c’est à Mont-Camel au lieu de Miscouche qu’a eu lieu le lever de notre symbole le plus puissant. Nous remercions le Centre de recherche acadien de l’Î.-P.-É. pour le détail du 4e tableau des “Grandes Heures du peuple acadien” et Mme Annette Richard de Cap-Egmont pour sa photo du lever du drapeau national à Mont-Carmel.

Lieux de commémoration à l’Île-du-Prince-Édouard des symboles nationaux acadiens

2009 par Contribution anonyme

 

Tignish – Bloomfield – Miscouche

NDLR : Il n’y a pas d’hommage plus approprié à notre passé que lui donner un avenir qu’il mérite. Pour cela, le parcours de l’avenir qu’on offre en héritage à notre jeunesse doit aller plus loin que le simple folklore et la célébration constante qui fait croire, comme disait Voltaire, que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. Des lieux de commémoration doivent être des jalons de mise pour que le peuple n’oublie pas, y trouve force et inspiration. Nous présentons ici quelques- uns de ces jalons en matière de symboles nationaux façonnés dans ce creuset bien particulier qu’est notre île bien-aimée.

 
Tagueniche / Tignish
Fondé en 1799 par huit familles acadiennes provenant d’un deuxième Malpèque (North St. Eleanors), Tignish, parfois on trouve l’appellation de tagueniche, recèle une peinture murale fort significative dans le sanctuaire de son église Saint-Simon-et-Saint-Jude. Cette peinture murale de 1888 est du célèbre décorateur d’églises François-Xavier Édouard Meloche. Elle représente la Vierge Marie dans son Assomption, adoptée à Memramcook par le peuple en 1881 en tant que patronne nationale des Acadiens et décrétée par le pape Pie XI en 1938. C’est Meloche qui aurait aussi peint les étoiles dorées originales sur fond bleu qui ont été enduites de peinture dans les années 1950.

 

Cascumpèque / Bloomfield
Fondée en 1803 par des familles acadiennes provenant d’un deuxième Malpèque, la paroisse Saint-Antoine-de-Padoue de Bloomfield recèle dans son église, un magnifique vitrail (2001) aux couleurs acadiennes et dont les teintes bleuâtres décèlent l’Étoile de Marie avec les premiers mots de notre hymne national Ave Maris Stella, étoile qui se nomme aujourd’hui en matière d’armoiries l’Étoile de l’Acadie rayonnante d’or. Ce vitrail honore la mémoire de l’historien des Acadiens de l’Île, J. Henri Blanchard (1881-1968), qui s’est marié en cette église même à Ursule Gallant, de Duvar. Le vitrail fut dessiné par le père Laurent Gallant, franciscain, et fabriqué par le frère de celui-ci, Francis Gallant, tous deux originaires de Piusville, toujours de cette paroisse.

 

 

La Belle-Alliance / Miscouche
Fondée en 1817 par des familles acadiennes provenant d’un deuxième Malpèque, la paroisse Saint-Jean-Baptiste de Miscouche fut nommée vers 1824 «La Belle-Alliance» par le futur père Sylvain-Éphrem Poirier, le premier prêtre acadien de l’Île. Le vitrail, une oeuvre de Brian Porter de Yarmouth (Atlantic Cathedral Painters), date de la décoration de l’église en 2007 et fut dévoilé le 24 juin de cette année-là. L’idée provient du curé de la paroisse, le père Albin Arsenault, qui voulait qu’un vitrail donne du côté de l’église où le drapeau national avait été adopté et déployé en 1884. Le vitrail arborant notre tricolore étoilé est précédé à la gauche par les vitraux d’une croix celtique et d’un Agnus Dei.

 

Musée acadien de l’Î.-P.-É.
Lieu de commémoration par excellence des symboles nationaux acadiens

 

 

 

Les Grandes Heures du peuple acadien

2009 par David Le Gallant

C’est le 10 septembre 2005 au Centre Belle-Alliance de Summerside, Île-du-Prince- Édouard, que furent dévoilés au public les six tableaux historiques sur les principaux événements entourant l’adoption des symboles nationaux des Acadiens. Ces tableaux ont été réalisés à l’initiative de l’Association du Musée acadien de l’Île-du-Prince- Édouard et relatent 120 ans d’histoire des symboles nationaux acadiens à partir des deux premières conventions nationales du peuple acadien jusqu’à 2001.

L’œuvre, intitulée «Les Grandes Heures du peuple acadien 1881- 2001», a été réalisée par le peintre de renommée internationale Claude Picard de Saint-Basile, Nouveau-Brunswick. Les six tableaux, mesurant chacun 4 pieds de haut par 5 pieds de large (58 pouces par 70 pouces avec les cadres), sont exposés au Musée acadien de l’Île-du-Prince-Édouard à Miscouche, l’endroit où plusieurs des symboles nationaux acadiens ont été débattus et adoptés.

Le financement du projet a été assuré grâce à l’Agence de promotion économique du Canada atlantique (APÉCA), au gouvernement provincial de l’Île-du-Prince-Édouard ainsi qu’à la générosité de donateurs et donatrices. L’Association Acadienne de la Région de Québec figure parmi ces donateurs.

L’artiste a mis plus de quatre années pour réaliser son chef-d’œuvre. Il a étudié de nombreux documents historiques, des descriptions des événements relatés dans les journaux de l’époque, des centaines de photographies, et même le catalogue Butterick pour sélectionner les bons costumes de l’époque victorienne. Claude Picard a  démontré une fois de plus son souci du détail historique et son immense talent de portraitiste. La ressemblance de ses personnages est frappante même lorsqu’ils sont petits. Il a effectué un travail gigantesque pour agencer et représenter fidèlement toutes les scènes historiques.

Il a même trouvé dans chacun des six tableaux un endroit pour y faire figurer la «petite chouette acadienne», emblème aviaire proposé pour l’Acadie. Son nom commun est la Petite Nyctale et son nom latin Aegolius acadicus (parce qu’identifiée pour la première fois en Acadie). C’est la plus petite chouette de l’Est de l’Amérique du Nord (20 cm de long, elle pèse environ 80 g). Elle a les yeux jaunes, pas d’aigrettes au-dessus des oreilles, un front brun rayé de stries blanches et un bec relativement foncé. Elle est difficile à trouver mais se laisse facilement approcher par l’humain et sa durée de vie est d’au plus 7 ans.
Un résumé de la carrière du peintre Claude Picard se trouve sur le site Web en cliquant Claude Picard ou dans notre édition 21 (p. 6-10).

C’est la première fois que sont transposés sur des tableaux historiques des événements plus réjouissants qui témoignent des efforts du peuple acadien pour son affirmation. Ces tableaux constituent en eux-mêmes une page très importante de l’histoire acadienne; ils la préservent et l’enseignent en même temps.

NDLR : Nous remercions l’Association Acadienne de la Région de Québec en particulier Mme Cormier de la Garde, rédactrice en chef de l’AARQ-EN-CIEL, ainsi que M. Jacques Gaudet (Jacques à Joseph à Robert (Baie-Egmont) à Joseph-S (Miscouche) à Étienne (Miscouche) à François (Malpèque…) qui avait préparé l’original de la description des Grandes Heures du peuple acadien tel que cela est reproduit dans les trois prochaines pages.

Claude Picard

 

 Description des tableaux
(Extraite des plaques explicatives fournies par l’Association du Musée acadien de l’Î.-P.-É.)

 

PREMIER TABLEAU

UNE PATRONNE ET UNE FÊTE NATIONALE POUR L’ACADIE

Suite au rapport d’une commission qui la proposait la veille par un vote de 12 contre 4, le peuple acadien s’est choisi, le 21 juillet 1881, une fête nationale. Ceci eut lieu lors de la plénière de la Première Convention Nationale des Acadiens tenue à Memramcook, N.-B. Ce choix de Notre-Dame de l’Assomption comme patronne et du «15 Août» comme fête nationale fut approuvé le 16 septembre 1881 par l’épiscopat des Provinces Maritimes, décrété le 19 janvier 1938 par Sa Sainteté le pape Pie XI et proclamé à deux reprises par Mgr Arthur Melanson le 25 mars 1938.


 

DEUXIÈME TABLEAU

UN INSIGNE, UNE DEVISE ET UN DRAPEAU NATIONAL POUR L’ACADIE

Lors de la plénière de la Deuxième Convention Nationale des Acadiens, tenue à Miscouche, Î.-P.-É., l’après- midi du 15 août 1884, le peuple acadien a choisi comme devise L’Union fait la force, et comme insigne une bandelette de soie bleue couronnée d’une rosette en ruban rouge et blanc et frappée de ladite devise, d’une étoile et d’un vaisseau arboré d’un pavillon avec le mot Acadie. Comme drapeau national, le peuple acadien a choisi le tricolore étoilé aux couleurs françaises et à l’étoile (Maris Stella) représentant Notre-Dame de l’Assomption, leur patronne, adoptée trois ans auparavant à Memramcook, N.-B. La plupart des motifs dudit insigne seront incorporés dans les armoiries nationales de l’Acadie concédées à Rideau Hall, à Ottawa, en 1995.

 

 

TROISIÈME TABLEAU

PREMIER DÉPLOIEMENT DU «TRICOLORE ÉTOILÉ» ET UN AIR NATIONAL POUR L’ACADIE

À Miscouche, Î.-P.-É., le soir du 15 août 1884, dans une salle du Couvent Saint-Joseph des Soeurs de la Congrégation de Notre-Dame, de Montréal, a lieu le tout premier déploiement public du tout nouveau drapeau de l’Acadie adopté l’après-midi même lors de la plénière de la Deuxième Convention Nationale des Acadiens. Ce premier drapeau acadien était un drapeau tricolore français qui avait été piqué de l’étoile aux couleurs papales, à la demande de l’abbé Marcel-François Richard, curé de Saint-Louis-de-Kent, N.-B. La personne choisie pour confectionner ce drapeau avant la convention acadienne de Miscouche fut Marie-Agathe Babineau née à Saint-Louis-de-Kent. Le premier drapeau mesurait 9 pieds par 6 pieds; il avait donc les proportions 3 : 2. Lors de ce premier déploiement, l’abbé Richard entonna l’Ave Maris Stella après quoi Pascal Poirier, futur premier sénateur acadien, suggéra que l’on ait comme air national l’Ave Maris Stella, cette ancienne hymne religieuse du sixième siècle attribuée en général à saint Venance Fortunat, évêque de Poitiers (France).

 

QUATRIÈME TABLEAU

PREMIER LEVER «SUR TERRE» DU DRAPEAU NATIONAL DE L’ACADIE

Le samedi matin du 16 août 1884 eut lieu à Miscouche, Î.-P.-É., le premier lever officiel sur terre du tout nouveau drapeau national de l’Acadie en face de l’église Saint-Jean-Baptiste de Miscouche. La cérémonie fut présidée par l’hon. Pierre-Amand Landry. Une fois le premier drapeau acadien déployé au vent, le père N. C. A. Boudreault, curé de Miscouche, le fit saluer d’une fusillade au milieu des vivats enthousiastes des habitants de Miscouche et des délégués de la Deuxième Convention Nationale des Acadiens.

 

CINQUIÈME TABLEAU

IRONIE DE L’HISTOIRE : L’ANGLETERRE, PREMIÈRE NATION À SALUER LE DRAPEAU ACADIEN !

Samedi après-midi, le 16 août 1884, grâce à l’obligeance du capitaine Evans du traversier et vapeur St. Lawrence qui ramenait la plupart des excursionnistes de Summerside, Î.-P.-É., à la Pointe-du-Chêne, N.-B., les délégués de la Deuxième Convention Nationale des Acadiens ont eu le bonheur de voir flotter sur le vapeur leur nouveau drapeau national, vieux d’un jour, bien qu’à l’ombre du Union Jack. Cette obligeance déclencha le tout premier salut d’une nation étrangère envers le drapeau acadien alors qu’un navire détaché de la flotte britannique, mouillé à quelques encablures du quai de Summerside, mit ses couleurs au vent, croyant saluer le drapeau de la France. Or ce n’était pas le drapeau de la France que l’Angleterre saluait mais bel et bien le drapeau de ce peuple acadien qu’elle avait déporté 129 ans auparavant. Cette traversée du port de Summerside à Pointe-du-Chêne marqua aussi la première fois que l’on hissa le drapeau national de l’Acadie «sur mer» et que l’on y chanta l’Ave Maris Stella en tant que «air national acadien».

 

SIXIÈME TABLEAU

DRAPEAU DE L’ACADIANA, DES PAROLES FRANÇAISES POUR L’AVE MARIS STELLA

ET DES ARMOIRIES NATIONALES POUR L’ACADIE

1965, en Louisiane, un drapeau incorporant «l’Étoile de l’Acadie» (Maris Stella) pour la région de l’Acadiana a d’abord été dévoilé à la Maison française de l’Université de la Louisiane à Lafayette, ensuite officiellement hissé en 1968 au centre-ville de cette même ville et enfin proclamé en 1974 au capitole de l’État de la Louisiane à Baton Rouge.

1994, à Mont-Carmel, Î.-P.-É., des paroles françaises pour l’Ave Maris Stella furent composées par Jacinthe Laforest et adoptées à Chéticamp, N.-É., par la Société Nationale de l’Acadie. Pour la toute première fois et officiellement, cesdites paroles furent d’abord chantées par Lina Boudreau, lors de la clôture du Premier Congrès Mondial (1994) du peuple acadien tenu à Dieppe, N.-B., ensuite enregistrées en 1999 en l’église Saint-Simon-et-Saint-Jude de Tignish, Î.-P.-É., par la chorale du bicentenaire de cette ville, et enfin dévoilées en 2001 au Musée acadien à Miscouche sur une plaque érigée par l’Association du Musée acadien de l’Î.-P.-É.

1995, à Rideau Hall, à Ottawa, des armoiries nationales incorporant l’insigne adopté lors de la Deuxième Convention Nationale des Acadiens (1884) furent concédées le 15 août 1995 au peuple acadien par l’Autorité héraldique du Canada et officialisées en 1996 au Musée acadien de l’Î.-P.-É. à Miscouche, en présence de Son Excellence le très honorable Roméo LeBlanc, Gouverneur général du Canada, et des représentants du peuple mi’kmaq et de la Société Nationale de l’Acadie.

Extraits de lettres du père Georges-Antoine Belcourt

2009 par Georges Arsenault

 
« Je devrais me trouver content de faire ici le bien que j’y fais. »

 

 L’année 2009 marque le 150e anniversaire de l’arrivée à l’Île-du-Prince-Édouard du célèbre père Georges-Antoine Belcourt, curé de la paroisse de Rustico de 1859 à 1869 et fondateur de l’historique Banque des fermiers de Rustico. Afin de souligner cet anniversaire, nous publions des extraits de quelques-unes des premières lettres qu’il a écrites de l’Île à son ami de longue date, l’abbé Charles-Félix Cazeau (1807- 1881), vicaire général de l’Archidiocèse de Québec. Il lui a écrit sa première lettre le 9 décembre 1859, la journée même qu’il est arrivé à Charlottetown où l’attendait au collège St. Dunstan’s l’évêque Bernard D. MacDonald. Ce dernier avait été curé de Rustico à compter de 1822 et était demeuré à la tête de cette paroisse acadienne après avoir été sacré évêque du diocèse de Charlottetown en 1837. Très malade, il s’était retiré à Charlottetown en octobre 1859 où il est décédé le 30 décembre suivant.

Dans cette première lettre, Belcourt raconte son long périple qui l’a conduit de Montréal à Charlottetown en passant par Portland, Bangor et Calais (Maine), Saint-Jean, Moncton, Shédiac et Cap-Tourmentin (Nouveau-Brunswick), voyageant par train, par diligence et par bateau. Il confie à son ami que son voyage a été dispendieux et fatiguant : « Tu as sans doute peine à en croire à tes yeux qu’il m’eut fallu plus de 16 jours pour arriver ici et qui plus est plus de £ 60.00 sans compter les privations et la fatigue que je me suis imposés pour hâter la route et économiser… ». Belcourt décrit aussi sa rencontre avec l’évêque MacDonald :

Enfin j’arrive, je vois à 5 milles le clocher du collège, maison en bois à 4 étages d’environ 200 pieds sur cinquante. J’y trouve Mgr étendu sur son soffa; d’où il se lève en souriant et avec peine, il me bénit avec bonté et excuse ma lenteur avec bienveillance.

Le pauvre évêque ne peut espérer d’en revenir; il s’éteint peu à peu; j’ai peine à l’entendre, malgré moi il me faut le faire répéter, ce qui le fatigue beaucoup. C’est dommage, c’est un brave homme, on ne peut s’y méprendre. Il parait aussi content de me voir que si j’en vallais la peine. Je pars demain pour Rustico. (AAQ, Série 310, II : 50, Belcourt à Cazeau, 9 décembre 1859)

C’est donc le 10 décembre 1859 que le père Belcourt serait arrivé à Rustico où le lendemain il baptise un premier enfant, Modeste Doucet, fille de Josué Doucet et de Charlotte Gallant.

Des lettres du père Belcourt, nous avons choisi de publier ici des extraits pour la plupart inédits. Il y est question notamment du manque de prêtres de langue française à l’Île, de la mort de l’évêque MacDonald, de la population de Rustico et de Hope River ainsi que du manque de terre pour la nouvelle génération acadienne de sa paroisse. Il y est aussi question du père Sylvain-Éphrem Perrey que Belcourt et Cazeau avaient bien connu au collège de Nicolet dans les années 1820. Nous reproduisons intégralement ces extraits de lettres sans apporter aucune correction à l’orthographe. Les documents originaux sont conservés aux Archives de l’Archidiocèse de Québec (AAQ). Nous les avons consultés sur microfilm au Centre d’études acadiennes Anselme-Chiasson de l’Université de Moncton.

Bureau des archives et des documents publics
de l’Î.-P.-É. 2330 – H-31

Lettre du 18 décembre 1859,
AAQ Série 310, II : 51.


« Mgr McDonald, qui me parait fort attaché déjà, et que je regrette beaucoup de n’avoir pas vu plutôt, est toujours s’affaiblissant. Il m’a donné des marques d’une grande confiance. Il m’a prié d’aller le voir souvent et pour cela a mis un de ses meilleurs chevaux à ma disposition. Je suis à 14 milles de lui. Les pauvres Français qui sont ici sont heureux me dit-on d’entendre des sermons en leur langue. Mgr depuis deux ans ne pouvait plus faire les offices. Une foule d’absolutions ont été données à tout hazard depuis quelques années. »

 

Lettre du 20 janvier 1860,
AAQ Série 310, II : 52


« Si je pouvais goûter aucune consolation sur la terre, je devrais me trouver content de faire ici le bien que j’y fais. Déjà plus de cent fois j’ai vu des personnes fondant en larmes me remercier d’être venu à leur secours. Mgr en mourant me disais je voudrais bien avoir encore deux prêtres comme vous; en retranchant les deux derniers mots de sa phrase, il avait bien raison. Les pauvres gens reçoivent ce que je leur dis par les oreilles, par la bouche et par les yeux. Le 2e Dim[anche] [a]p[rès] Ep[iphanie] je les instruisis sur l’instit[ion] du sacr[ement] de mariage. Tous, filles, garçons, hommes, femmes, chacun à son article paya son tribu d’attendrissement d’une manière si sincère, que les deux P.P. McIntire et McDonald qui étaient présent me dirent nous ne vous laisserons pas partir, voyez le besoin que ces pauvres gens ont de vous; vous prendrez tout ce qu’il vous plaira à l’ancan sans vous gêner, et nous vous attendrons pour le payement. J’ai bien peur qu’il me soit difficile d’en partir. »
« P.S. Je n’ai pas encore vu Sylvain[Perrey] qui dit-on est vieu et infirme, il ne s’est pas trouvé aux obsèques de l’Evêque, lesquelles se sont fait avec grande pompe. Toutes les maisons d’affaires ont été closes ainsi que la cour de justice et une foule de protestans ont assisté à la cérémonie; le sermon sans être brillant a énuméré d’une manière bien naïve et bien naturelle les travaux et les vertus du Prélat et a été bien goûté. Treize prêtres assistaient à l’office où on m’a prié de faire diacre. J’étais le seul prêtre français représentant cette partie de la population de l’île; trois ou 4 prêtres Irlandais représentaient leur nation, tous les autres écossais représentaient l’autre partie de la pop[ulation] cath[olique] qui est la moins nombreuse. Je regrette de voir dans la grande majorité une ignorance absolue de la langue française, et tous ont des français à desservir. Toutes ces pauvres gens me disent qu’ils ont eu deux sermons français depuis six ans! »

 

Lettre du 9 février 1860,
AAQ Série 310, II : 53


« J’arrive d’une visite à Sylvain, le cher Sylvain qui est à l’état de votre bon Mr Roy de l’Archevêché, d’une sensibilité de cerveau telle que quand il lui vient à l’idée qu’il pourrait tomber, la tête lui tourne, selon l’expression, et il faut qu’il s’asseye. Aujourd’hui je l’ai ramené à notre beau tems de collège et il a été enfant et badin comme alors; je lui ai dit avec quelle sollicitude tu désirais avoir de ses nouvelles, et il t’en est reconnaissant et me prie de t’assurer ses respects affectionnés. Il m’a aussi prié de te demander s’il ne lui serait pas possible d’avoir avec lui Benjamin Durocher qui je crois est à St Croix; il pense qu’il pourrait lui être d’un grand secours pour la confession et la prédication. Il y a déjà plusieurs années qu’il ne peut plus prêcher; et c’est le souverain mal de ce qu’il y a de meilleur dans l’Ile, la population française. »

« Je suis, à proprement parler, le seul qui puisse prêcher en langue française dans toute l’Ile car Mr McIntyre est aussi malade des bronches d’une manière si grave qu’on a été obligé de lui couper l’alluette et ne peut prêcher qu’avec l’assurance d’avoir ensuite plusieurs jours de souffrances. Prends donc la peine, pour la cause de Dieu, de voir si Benj. Durocher pourrait venir, et laisse-le moi savoir. Cela ne veut pas dire que si tu en avais un autre de bon pied bon oeil, il ne serait pas bien reçu; car il faudrait deux à part de moi; l’un pour Sylvain qui n’étant pas capable de bien desservir une seule église, en a cependant trois sous ses soins; et l’autre pour Mr McIntyre qui malgré son afflic- tion a néanmoins 4 églises à desservir. Je me suis engagé à aller donner une semaine à Sylvain de tems à autre et j’en ferai autant pour McIntyre quand j’aurai quelque relâche; car pour moi je n’ai que deux églises, l’une Irlandaise, environ 80 familles et l’autre française, Rustico, environ 300 familles. »

 
Lettre du 4 mars 1860,
AAQ Série 310, II : 55


« Je viens de recevoir ta lettre du 8 Févr. J’arrivais de ma visite paroissiale des Irlandais [Hope River] où il ne me reste plus que quelques maisons à visiter. J’y ai dit la messe toute la semaine et y ai donné des instructions à chaque messe. Il a toujours été de règle de ne les visiter que deux fois par an, et en conséquence ils sont eux aussi affamés de la parole de Dieu; ils ont écouté avec leur foi ordinaire tout ce que je leur ai dit. Peu d’entre eux vont à la messe à Rustico, et pour les y attirer comme aussi pour m’acquitter d’un devoir, j’avais annoncé, un dimanche à l’avant, que l’instruction du dim[anche] suivant serait en anglais; à ma grande surprise, le dim[anche] suivant l’église était remplie excessivement d’une population venue de Charlotte Town, et de Protestans, des représentans, etc. C’était à m’intimider, si je n’avais été accoutumé à faire face à des auditoires d’aspect plus redoutable encore. Le croirais-tu, on a osé dire, m’a-t-on dit, qu’un notable après la messe avait dit qu’il n’avait jamais entendu rien de mieux dit et de si intelligiblement énoncé, de la part même de l’Evêque défunt; c’est sans doute qu’une chose présente à toujours l’avantage sur une chose passée, laissant un souvenir plus frais; c’est toute fois, encourageant pour moi, et enfin me suis-je exprimé avec beaucoup plus d’aisance depuis. Louons le Seigneur. »

« Je ne puis te donner le résultat complet de ma visite, mais je puis t’en donner un apperçu suffisant. La population de Rustico, que j’ai toute vue chez elle, est de 345 familles françaises, y compris quelques familles écossaises en très petit nombre. Il y a 2245 âmes, dont 784 garçons et 745 filles, formant 1262 communiants, sur cette population , (note ceci) il y a environ 25 idiots et tombant de haut- mal; outre des grosses gorges et des simplex. Toute cette population est bâtie, une moitié sur 25 arpens de terre, les 3/4 du reste sur 50 arpens, et le reste sur 100 et très peu sur 150 arpens. L’île entière est de 150 milles de long environ et de 30 milles de large tout au plus, avec une population de 72 000 dont les catholiques sont en minorité de 7 est (?) à 8, desservie par 12 prêtres dont quelques uns ont jusqu’à 4 dessertes. Rustico est la desserte qui contient le plus de monde sur une moindre étendue. La division irlandaise qui a sa chapelle, se compose de 101 famille formant 349 communiants, 518 âmes, 220 garçons, 118 filles. Touts les enfants d’écoles se montent à 126 chez les irlandais et 330 chez les français. Résumé total sur une étendue de 9 milles sur 6 milles – 1611 com[muniants], 2763 âmes – 1004 garçons, 943 filles. Il n’y a plus de terre disponible. D’après cet apperçu, la question qui se présente de suite, c’est, où s’établiront ces mille garçons sans compter ceux qui les suivront de près? Et par suite on est édifié de voir de si bonnes moeurs dans les familles à très peu d’exception près; je ne veux pas dire que la misère n’existe pas chez la pauvre jeunesse, en proportion d’autant plus grande qu’étant tous parents proches, ils sont tous familiers entr’eux; en huit mariages, les mariés, ce jour là ont donné £15 de dispense de parenté. J’en dis assez pour te mettre sur la piste, au sujet des idiots, etc., sans compter la moitié des morts de consomption. Pour moi, qui après 28 ans passés parmi les nations, n’ai rencontré jamais un seul idiot, ni tombant du haut-mal, chez des peuples qui ont une horreur invincible des alliances entre parens en ligne directe de quelque distance qu’il soit, c’est frappant. Il faut donc une émigration, 1o pour éviter la misère 2o pour changer le sang.

Penses-tu que s’il se formait une émigration au fond de la Baye des Chaleurs en joignant le St Laurent, vers l’endroit supposé où la voie ferrée sera construite, on pourrait espérer d’avoir un prêtre de Québec pour eux? Tous sentent le besoin d’émigrer, mais il leur manque encore des informations et un chef. Si je disais que je vais les accompagner, plus de 300 me suivraient en aveugle. Ce serait une belle matière pour le zèle d’un jeune homme qui commence la carrière de son sacerdoce. Je vais en écrire à Mr Boucher et Hébert, mais la distance de leur établissements répugne à mes Rusticos.

Si tu étais en état de me donner quelqu’information qui m’aiderait à organiser, et placer cette émigration, composée de gens pauvres en général, mais bon travaillants, tu rendrais un grand service. S’ils n’émigrent pas, ils seront forcés de vendre, peu à peu leur biens passeront aux Protestans, et à la fin les catholiques disparaîtront presque totalement de l’Isle. »

 

Pour lire davantage sur le père Georges-Antoine Belcourt :


- Georges Arsenault, « Comment des pauvres gens peuvent devenir banquiers? Extrait d’une lettre du père Georges-Antoine Belcourt, curé de Rustico ». La Petite Souvenance. Numéro 18, (2004), p. 18-19.

 
- Gabriel Bertrand, Paroisse acadienne de Rustico (Î.-P.-É.) et la Banque des fermiers. Recueil de citations épistolaires du père Georges-Antoine Belcourt. Cahier de recherche numéro 95-04, Moncton, Chaire d’études coopératives, Université de Moncton, avril 1995, 101 p.

 
- John T. Croteau, « The Farmers’ Bank of Rustico: An Episode in Acadian History », The Island Magazine, Number 4 (Spring/Summer 1978), pp. 3-8.

 
-    Jean H. Doiron, Rustico. L’abbé Georges-Antoine Belcourt. La Banque des fermiers. S.l., n.d., 1983, 56 p.

– Cécile Gallant, « L’engagement social de Georges-Antoine Belcourt, curé de Rustico, 1859-1869 », Les Cahiers, la Société historique acadienne, vol. 11, no 4 (décembre 1980), pp. 316-339.

-  W. L. Morton, « Bellecourt, Georges-Antoine », Dictionnaire biographique du Canada. Volume X, Québec, Presses de l’Université Laval, 1972, pp. 49-51.

 
-    J. M. Reardon, George Antony Belcourt, Pioneer Catholic Missionary of the Northwest, 1803-1874. His Life and Times. St. Paul (Minnesota), 1955, 223 p.