Archive pour: ‘janvier 2007’

Nos dix premières conventions nationales acadiennes

2007 par Francis C. Blanchard

 

La diaspora acadienne toute entière doit garder dans sa précieuse souvenance nationale l’importance historique des dix grandes conventions nationales acadiennes. Qu’on retourne en arrière dans nos souvenances d’antan et qu’on se les remémore! Nous avons à nous rappeler de ces événements vécus chez nos devanciers patriotiques de l’empremier. Ces conventions nationales acadiennes, qui se sont succédé entre 1881 et 1937, ont marqué foncièrement l’histoire du peuple acadien.  Les deux premières conventions nationales acadiennes qui eurent lieu à Memramcook (1881) et Miscouche (1884) sont les sujets élaborés des quatre premiers tableaux des Grandes Heures du peuple acadien de Claude Picard, au Musée acadien de l’Î.-P.-É. , à Miscouche.

Memramcook (1881) – La définition du peuple acadien…on y a choisi le 15 Août, c’est-à-dire la fête de Notre-Dame de l’Assomption, comme fête patronale nationale du peuple acadien.

Miscouche (1884) – Un berceau de l’adoption de symboles nationaux acadiens : drapeau, hymne national, insigne et devise.

Pointe-de-l’Église (1890) – La langue d’enseignement dans les collèges, les couvents et les écoles.

Arichat (1900) – L’acadianisation de l’Église.

Caraquet (1905) – Les manuels scolaires en français.

Saint-Basile (1908) – L’acadianisation de l’Église… supplique envoyée au Saint-Siège (Cité du Vatican) pour obtenir un évêque acadien.

Tignish (1913) – Action de grâce pour la nomination d’un évêque acadien en 1912.

Pointe-de-l’Église (1921) – Congrès du souvenir suivi d’un pèlerinage à Grand-Pré.

Moncton (1927) – Un plan d’action pour le peuple acadien… les coopératives, la promotion de la langue française, une société historique.

Memramcook (1937) – Congrès de la reconnaissance… l’Association acadienne d’éducation du N.-B. est officiellement créée.

Une belle et somptueuse cérémonie organisée par Parcs Canada pour le dévoilement d’une plaque commémorant les dix premières conventions nationales acadiennes a eu lieu le 15 août 2000 à Miscouche où avait eu lieu en 1884 la deuxième des dix conventions listées ci-dessus. Ainsi, la Commission des lieux et des monuments historiques du Canada a officiellement reconnu l’importance historique nationale des grandes conventions du peuple acadien. Ce qui suit est le texte intégral en français de ladite plaque commémorative :

De 1881 à 1937, les conventions ont favorisé l’éveil d’un sentiment national et l’affirmation du peuple acadien. Organisées par la Société nationale l’Assomption, elles ont joué un rôle important dans la sauvegarde du français, l’acadianisation de l’Église, le développement de l’éducation, de l’agriculture, de la colonisation et de l’économie. La première convention de Memramcook, en 1881, confirma le choix du 15 Août comme fête nationale. La deuxième, tenue à Miscouche en 1884, dota les Acadiens de leurs deux plus puissants symboles : leur drapeau, le tricolore étoilé, et leur hymne, l’Ave Maris Stella.

Malheureusement, une fâcheuse inexactitude s’était glissée dans le texte de la plaque ci-contre. Or, c’est ainsi que le professeur Pierre Arsenault de l’Université de Moncton nous l’a soulignée : « C’est vrai que la Société nationale l’Assomption (devenue plus tard la Société nationale des Acadiens et ensuite la Société nationale de l’Acadie) a organisé les conventions, mais seulement à partir de la seconde, celle de Miscouche. » La Société nationale l’Assomption n’a pas pu organiser la toute première convention nationale acadienne qui eut lieu à Memramcook parce qu’elle n’existait pas auparavant. C’est seulement lors de cette toute première convention de 1881, à Memramcook même,  qu’elle (la Société nationale l’Assomption) fut fondée.

 

 

 

En souvenir d’un dernier coup de pinceau au chef-d’œuvre des six tableaux « LES GRANDES HEURES DU PEUPLE ACADIEN »

2007 par La Petite Souvenance

 

 Maître dans l’art des sujets historiques acadiens des 18e et 19e si cles,
l’artiste-peintre Claude Picard, de renommée internationale, appose sa
signature le 20 novembre 2005 au bas du premier desdits six tableaux
(achevés Saint-Basile, N.-B.) lors de l’inauguration de la Galerie Claude-Picard, au Musée acadien de l’Î.-P.-É., Miscouche, berceau de l’adoption
de la plupart des symboles nationaux acadiens. (Collection privée de Claude Picard)

Photos en souvenir du jour de l’inauguration* de la Galerie Claude-Picard au Musée acadien de l’Î.-P.-É., à Miscouche, le 20 novembre 2005

Projet de l’Association du Musée acadien de l’Î.-P.-É. pour le 400e de l’Acadie, réalisé grâce au Gouvernement du Canada (l’Agence de promotion économique du Canada atlantique), au Gouvernement de l’Île-du-Prince-Édouard et la générosité de nombreux donateurs et donatrices.

* Par contre, le dévoilement des Grandes Heures du peuple acadien avait déj eu lieu le 10 septembre 2005 au Centre Belle-Alliance Summerside, port de mer o l’événement de « l’Ironie de l’histoire » est reproduit au 5e tableau (voir p. 10 (v)). Voir description de chacun des six tableaux reproduits en couleur dans le journal « La Voix acadienne » du 14 septembre 2005.  

Une Petite Nyctale pour toute l’Acadie! ou Les six Petites Nyctales de Claude Picard

2007 par David Le Gallant

 

Une touche bien personnelle dans Les Grandes Heures du peuple acadien de l’artiste-peintre de renommée internationale Claude Picard , témoigne qu’il serait de mise que « La Petite Nyctale » devienne un jour le symbole aviaire national de toute l’Acadie.  Pour commencer, le nom français de la « Petite Nyctale » a été uniformisé par la Commission internationale des noms français des oiseaux de la planète.  Mais ce qui est fort  intéressant, c’est le nom latin scientifique de notre petite chouette qui, contrairement aux autres membres de sa famille des Strigidés, n’a pas ces touffes de plumes au-dessus  et à chaque côté de la tête qu’on appelle des aigrettes. Son nom scientifique est Aegolius acadicus qui se traduit par « chouette acadienne »; même en anglais on l’a communément nommée « Acadian owl » bien que son nom soit devenu « Northern Saw-Whet Owl ». 

Encore plus intéressant peut-être c’est que des chroniqueurs comme Pierre Duguay au Nouveau-Brunswick trouvent des similarités entre « La Petite Nyctale » et le peuple acadien.  Autant notre petite chouette que notre peuple constitue une minorité : la Petite Nyctale est la plus petite de sa famille en Amérique du Nord; ne considère-t-on pas les Acadiens minoritaires dans les Provinces maritimes? Cette petite chouette est hardie, tenace, maître chasseur et une grande survivante tout comme le peuple acadien.  Sa première description qui  remonte à 1788 est créditée à  Johann Gmelin. Il semble que parce que les Européens l’ont découverte dans un territoire autrefois nommée Acadie, aujourd’hui la Nouvelle-Écosse péninsulaire, cela atteste que cette petite chouette aurait des racines acadiennes…

Devant cet état de choses, le conseil d’administration de l’Association du Musée acadien de l’Île-du-Prince-Édouard  a adopté la résolution suivante le 17 novembre 2003 :

Attendu que l’année 2004 marque le 40e anniversaire de l’existence d’un Musée acadien et d’une Association du Musée acadien, de l’Île-du-Prince-Édouard;

Attendu que l’on suggère le nom de La Petite Nyctale comme symbole aviaire éventuel de l’Acadie;

Attendu que La Petite Nyctale est un des rares oiseaux à porter le mot « acadien » dans son nom en latin (Aegolius acadicus) et en anglais (Acadian Owl);

Attendu que  Monsieur Claude Picard a choisi de mettre comme contribution personnelle une « Petite Nyctale » sur toutes nos fresques historiques pour marquer le 400e de l’Acadie;

Attendu que l’Association du Musée acadien n’a pas de prix de reconnaissance pour la contribution à la cause acadienne;

M. Edwin Gallant propose, appuyé par M. Pierre-Paul Gallant

Que L’Association du Musée acadien offre pour la première fois en 2004, l’année de son 40e anniversaire, un prix annuel pour la contribution à la cause acadienne, prix qui serait nommé le Prix La-Petite-Nyctale.

C’est ainsi que Claude Picard de Saint-Basile, qui a achevé de peindre en 1987 les six tableaux de l’histoire tragique de la Déportation (aujourd’hui à Grand-Pré) et le 20 novembre 2005, les six tableaux de l’histoire heureuse de l’adoption et la reconnaissance des symboles nationaux acadiens (aujourd’hui à Miscouche), a voulu apporter une touche bien personnelle à son œuvre magistrale que sont Les Grandes Heures du peuple acadien.

Voici donc les six Petites Nyctales de Claude Picard, artiste-peintre de Saint-Basile, alors qu’elles parcourent la trame des 120 ans d’histoire heureuse du peuple acadien, périple qui débute à Memramcook en 1881 et qui se termine à Miscouche en 2001 :

Souvenirs d’une maîtresse d’école

2007 par Orella Arsenault

Moi, je crois qu’à ma naissance ma destinée était déjà prédite : j’allais devenir maîtresse d’école. Je suis née à St-Chrysostome. La cour de l’école était juste à côté de notre maison, et j’étais toujours rendue à la clôture pour surveiller les élèves qui jouaient à la récréation. Je venais tout juste d’avoir mes cinq ans au mois d’avril et j’ai commencé l’école au mois de mai. Mme Roséline Gallant était la maîtresse d’école et elle avait dit à ma mère : « Laisse-la donc venir à l’école si elle veut. »

La future professeure Orella Arsenault, Collège Prince-de-Galles, 1951.

En ce temps-là, on n’avait pas les règlements en place comme aujourd’hui. Tous les élèves faisaient un genre de maternelle de deux mois avant de commencer la première année scolaire. Je suis pas mal certaine que j’ai commencé à l’école pieds nus parce que je me rappelle que j’avais toujours hâte que la saison chaude arrive pour enlever mes souliers.

Comme tous les autres élèves, je suis arrivée à l’école avec mon ardoise et mon verre pour boire de l’eau. La pompe à eau était dehors et souvent, si elle ne marchait pas, les élèves se rendaient chez mon père pour chercher de l’eau dans un seau. C’était dans ce seau où on allait chercher à boire. Il n’y avait pas même de couvercle dessus. Imaginez la poussière et les germes qui s’y trouvaient!

Un des souvenirs de ma dernière année à l’école de St-Chrysostome est quand j’étais en 10e année et que j’ai osé mettre de grandes culottes, des « slacks » comme on les appelait, sans robe par-dessus. Le maître d’école était Albert Gallant (Albert à Pacifique), mon cousin. Il n’aimait pas trop cela que je cassais les règlements de l’école, mais il ne m’a pas renvoyée. C’était le début de la nouvelle mode, plus de robe par-dessus les culottes.

À l’âge de 15 ans après ma 10e année, j’ai quitté St-Chrysostome pour faire ma 11e année à Miscouche au Couvent Saint-Joseph où les Religieuses de la Congrégation Notre-Dame, de Montréal, enseignaient. C’était tout un autre monde pour moi!

Pour pensionner au couvent, le coût était de 20 $ par mois couvrant le logement et la nourriture. Mais, si je voulais faire la vaisselle des autres pensionnaires, je devais seulement payer 10 $ par mois. C’est certain que mes parents ont choisi l’option de 10 $ par mois.

L’année suivante, je me suis rendue à Charlottetown au Collège Prince-de-Galles pour faire ma formation de maîtresse d’école. Je pensionnais au couvent des religieuses.

Pour m’aider avec les coûts de cette année-là, j’ai reçu une subvention de 300 $ du gouvernement provincial. Ce montant a payé toutes mes dépenses de l’année et j’avais même quelques dollars en surplus. Et, pourvu que je fasse de l’enseignement à l’Île-du-Prince-Édouard au courant des trois années suivantes, je n’avais pas besoin de rembourser ce montant d’argent.

En 1951, à l’âge de 17 ans, j’ai commencé mon enseignement dans une petite école acadienne-française avec un groupe d’élèves à partir de la première année jusqu’à la huitième année sauf la quatrième. Ma première année en classe a été une bonne année d’expérience car j’avais des élèves bien sages.

Mon salaire pour cette année-là était 1 300 $ avec un supplément de 250 $ qui était octroyé par le district scolaire. Je me croyais pas mal riche. J’ai trouvé qu’il n’y avait pas grand-chose qui avait changé depuis mes années assise sur les bancs d’école, sauf la toilette. Au lieu d’aller dehors à la « bécosse », la toilette était à l’intérieur de l’école. On l’appelait la « un seau par jour », car il fallait y verser un seau d’eau par jour. On n’avait pas encore de l’électricité et donc on n’avait pas la toilette moderne.

Je faisais tout l’enseignement en français même si les textes étaient en anglais. Les seuls textes français étaient les matières françaises et le catéchisme. Pour ce qui est de celui-ci, il y avait des questions et des réponses. Les élèves devaient mémoriser les réponses, sinon je les gardais à la récréation pour les mémoriser. C’était très important de savoir les réponses par cœur.

Ayant parfois des élèves dans plusieurs grades, je manquais de temps pour prendre toutes les classes, donc je demandais de l’aide d’un élève qui avait fini ses devoirs. L’élève faisait l’orthographe et la dictée tandis que je travaillais avec une autre classe.

Au courant de mes premières années d’enseignement, les élèves n’avaient pas de livres de mathématiques. Je devais écrire les problèmes au tableau, les « sommes » comme on appelait ça, même s’il s’agissait aussi de soustractions. Avant de les effacer, il fallait en faire la correction. Tous les tests des élèves étaient écrits au tableau. Plus tard, j’ai eu une patente avec laquelle je pouvais faire des copies une à une. Ça prenait une bonne partie de ma soirée à faire les copies requises. Je me rappelle que, lors d’une de mes années d’enseignement, un de mes élèves n’est pas revenu en classe après la récréation du midi. Personne ne semblait savoir où il était. Un de mes élèves, le plus brave, m’a dit qu’il était dans la « shed à bois ». Je me suis rendue là pour voir où il était. Je l’ai trouvé enterré dans le « pilot » de bois. Ça n’a pas été long que ceux et celles qui l’avaient caché l’ont vite fait sortir de son cachot!

D’autres qui m’ont joué des tours étaient le père Éloi et son frère jumeau Ernest. Quand ils étaient jeunes, ils étaient identiques comme deux gouttes d’eau. Ils changeaient de places pour toute une journée et je ne m’en rendais même pas compte. Aussi, ils pouvaient partager leurs punitions et leurs récompenses.

Quand je suis retournée dans la salle de classe après mon mariage, c’était dans les années 60. En ce temps-là, c’était mal vu de se trouver enceinte à l’école, même si j’étais mariée. Un des trois commissaires qui devaient m’embaucher n’aimait pas voir une enseignante enceinte. Un autre commissaire qui était en ma faveur s’est rendu à Charlottetown au ministère de l’Éducation prendre de l’information à ce sujet. Il est revenu chez lui bien content car, à cette question, on lui a répondu « Si les élèves n’ont jamais vu une femme enceinte, il est temps qu’ils en voient une. »

Je crois être parmi les premières femmes enceintes à enseigner jusqu’à l’accouchement à l’Île. J’ai eu huit enfants et j’ai enseigné tous les huit.

À l’école, mes enfants devaient m’appeler « Madame » comme tous les autres élèves et ils ont pris cette directive vraiment au sérieux. Ma fille Darlene, elle aussi enseignante, a enseigné son fils en première année. Une bonne journée, il lui dit : « Madame, pourrais-tu dire à ma mère de mettre du jus au lieu du lait dans ma boîte à dîner pour demain? ».

J’enseignais avec beaucoup moins de stress qu’on le fait aujourd’hui. Je vais vous raconter ce qui s’est passé avec un de mes élèves. Il n’était pas trop intéressé à l’école et ne voulait pas faire son travail. Je lui ai dit « Si tu n’es pas content, tu peux partir ». Le lendemain, il n’est pas revenu et le reste de l’année non plus. Je crois qu’il cherchait une excuse pour lâcher l’école. Aujourd’hui, on verrait vite les parents et la commission scolaire rendus à notre porte si on leur donnait de pareils conseils. On menait l’école un peu comme on le pensait mieux.

Les punitions étaient bien différentes. La plupart du temps, je les gardais à la récréation ou les faisais mettre à genoux en avant de la classe. S’il fallait une punition plus sévère, je donnais la canne ou la « strap » mais jamais avec trop de force, trois tapes dans une main et trois dans l’autre.

Dans les écoles où il y avait deux salles de classe, la personne qui enseignait les hautes grades était le principal et était aussi responsable pour la discipline de la classe primaire si on lui demandait. Un jour après la classe, un professeur m’a amené un petit de la deuxième année qui lui causait des problèmes de discipline. Quand j’ai vu le petit, je n’ai pas eu le cœur de le marmotter. J’ai commencé à pleurer et je l’ai renvoyé. C’était la première et la dernière fois que j’avais été demandée de discipliner un élève dans une autre classe. Je n’avais pas fait mon devoir de principale cette journée-là.

Chaque vendredi après-midi, on avait l’assemblée de la Croix-Rouge. On avait un programme de récitations, des sketchs et des chansons, un comité nommé pour faire de petits travaux tels qu’aller chercher l’eau, passer pour les mains et ongles, voir si les pupitres étaient bien rangés, etc.

Comme moyen de faire de l’argent, on jouait au bingo à un cent la carte. À la fin de l’année scolaire, on envoyait cet argent à la Croix-Rouge. Cet après-midi-là, les élèves pouvaient amener leur petit frère ou leur  petite sœur à l’école. En général, c’était celui ou celle qui allait commencer l’école l’année suivante.

À la fin de l’année, on avait toujours la fermeture des classes qu’on appelait « examen de fin d’année ». Les élèves étaient tous excités premièrement de savoir s’ils avaient passé leur grade et aussi parce que les parents venaient écouter leurs chants et leurs récitations. À un examen en particulier, un de mes élèves ne voulait pas participer avec sa classe. Deux de mes élèves se sont décidés de l’enlever de son pupitre et de le mettre en rang avec les autres pour son numéro. Pour eux, c’était important que tous les élèves participent. À cet événement, les élèves recevaient un cadeau-souvenir du professeur et les Dames du Sanctuaire du district scolaire fournissaient du sucre et demandaient à un membre du groupe de faire du sucre à la crème pour les élèves. Le tout finissait avec une adresse composée et lue par un parent; c’était un hommage au professeur. Aussi, on lui donnait un petit cadeau.

Une année, j’ai reçu une tasse et une soucoupe. C’était pas mal toujours ça que je recevais. À une occasion, avec toutes les émotions de la journée, en ouvrant mon cadeau, la soucoupe est tombée par terre et s’est brisée. J’ai quand même conservé la tasse pour bien des années.

Une fois l’année scolaire terminée, je devais remplir un formulaire. C’était un rapport annuel. Il fallait mettre les jours enseignés et les absences des élèves. Il fallait balancer notre année et souvent on pouvait passer des heures et des heures pour trouver une erreur s’il y en existait. Ensuite, je devais me rendre chez un juge de paix pour obtenir sa signature. Il me chargeait 10 cents pour sa signature.

Toutes mes trente-cinq années d’enseignement ont été bien spéciales pour moi. Depuis ma retraite, je fais encore la classe de catéchèse à la 6e année de l’école Évangéline et aussi des visites guidées avec les élèves qui viennent au Musée acadien à Miscouche. Je vais continuer à enseigner ainsi en autant que la santé me le permette.

 

6e année, école Évangéline, 1984-1985.

Des classes en français pour de bon!

2007 par Francis C. Blanchard

À l’occasion d’une conférence de presse tenue à l’hôtel CP Prince Edward à Charlottetown en relation avec l’établissement du Centre scolaire et communautaire francophone, on avait bon nombre de dignitaires, les médias et le public pour entendre une annonce majeure. Tout s’était déroulé comme prévu et, suite à la cérémonie, il y a eu la réception coutumière à laquelle les participants se sont régalés avec des amuse-gueules.

Parmi les invités, on remarquait Mme Anna Duffy, présidente du Conseil scolaire de l’Unité 3. À un moment donné, elle s’est approchée de ma personne et, sachant avec qui elle s’entretenait, m’a fait cette confidence. Elle avait eu le privilège, me dit-elle, d’être présente à la dernière classe de français enseignée par feu J. Henri Blanchard au Collège Prince-de-Galles (présentement le Collège Holland) à Charlottetown à la veille de prendre sa retraite de l’enseignement en 1947.

Le professeur Blanchard avait consacré la classe entière à l’étude et à une discussion de l’œuvre de l’auteur français Alphonse Daudet : « La dernière classe ». C’est le récit d’un jeune Alsacien qui assiste à sa dernière classe de français à l’école de son village.

L’histoire se passe en 1870, lorsque les Allemands (les Prusses) ont envahi l’Alsace et la Lorraine pour annexer ces deux provinces à l’Allemagne – la guerre franco-allemande 1870-1871. Le jeune Frantz est arrivé à l’école cette journée un peu en retard. En entrant, il s’attendait de se faire gronder par le professeur, mais il a vite vu que le climat de la classe n’était pas comme d’habitude. Il fut surpris de voir quelques braves gens du village assis sur des bancs au fond de la salle de classe. Ce fut une scène peu ordinaire. M. Hamel s’adresse aux élèves en ces termes :

« Mes enfants, c’est la dernière fois que je vous fais la classe. L’ordre est venu de Berlin de ne plus enseigner que l’allemand dans les écoles de l’Alsace et de la Lorraine… Le nouveau maître arrive demain. Aujourd’hui, c’est votre dernière leçon de français. Je vous prie d’être bien attentifs. »

M. Blanchard a terminé sa classe en faisant le commentaire à ses étudiants qu’un jour il faudra qu’il y ait une école française dans la région de Charlottetown.

Ses paroles étaient-elles prophétiques? L’école française est maintenant une réalité dans la région! Elle fait partie du Carrefour de l’Isle-Saint-Jean, un complexe qui comprend un côté scolaire et un côté communautaire. C’est à nous tous et toutes – Acadiens, Acadiennes et francophones – de nous en servir.

*Éditorial intitulé Un rêve se réalise… gracieuseté de La Voix acadienne, Summerside, Î.-P.-É., le 13 novembre 1991

Carrefour de l’Isle-Saint-Jean abritant l’école François-Buote.

Souvenances de débrouillardise de Joseph J. Chiasson (Joe John), de Tignish

2007 par David Le Gallant

Joseph J. Chiasson,* connu du sobriquet « Joe John », a commencé en tant que fermier sur la propriété appartenant aujourd’hui à sa fille, Mme Anita Chiasson. Né à Tignish en 1876, il avait épousé Yvonne Dionne de Lachine, Québec. Nous sommes heureux de présenter un article sur ce Tignishois dont la débrouillardise a été exemplaire pour toute une génération.

Joseph J. et Yvonne Chiasson (parents de Anita Chiasson, de Tignish)

Joe John était un homme économe et un modèle à suivre par sa débrouillardise d’abord comme fermier en récoltant une bonne qualité de pommes de terre et d’avoine. Pendant la Grande Dépression, alors que le coût de l’engrais était prohibitif, il trouva que l’utilisation du varech (kelp) et des abats de boucherie (offals) étaient d’excellents substituts à l’engrais. Il réussit à avoir une bonne récolte de pommes de pré (canneberges). Quand on parlait de pommes de pré dans Prince-Ouest, on associait cela avec Joe John Chiasson. Avec son savoir-faire il cultivait même des bleuets à la façon d’aujourd’hui.

Horticulteur à son heure, Joseph J. Chiasson aimait les arbres et les fleurs. Il est dit qu’il a planté plus de 3 000 arbres sur sa propriété et qu’on pouvait y trouver tous les types d’arbres qui existaient à l’Île. Il étudia à la fois les fleurs sauvages et cultivées. Il connaissait leurs noms et leurs genres.

Yvonne Dionne (1900-1990).

 

Un fervent toute sa vie du Parti conservateur, il entra en politique en 1931 et fut candidat  pour le premier district de Prince à côté de l’avocat Tanton de Alberton. Un orateur ayant la parole facile en anglais comme en français, il influença la construction du chemin Chiasson et surtout son élargissement. Ce chemin fut alors à sens unique pour les wagons. Pendant plusieurs années, Joe John fut contre-maître des chemins, administrateur (trustee) de la Grammar School et président de la Société Mutuelle. C’est encore aujourd’hui sur le chemin du même nom où l’on peut entrevoir le jardin magnifique des fleurs de sa fille, Anita Chiasson. D’ailleurs, l’endroit est idéal pour de nombreux nouveaux mariés qui s’y font poser le jour de leur mariage.

Joe John est surtout connu pour avoir été maître de chapelle à l’église Saint-Simon-et-Saint-Jude. Il avait commencé à chanter sous la direction du père « Mac ». Joseph J. Chiasson chanta dans cette chorale pendant 53 ans et pendant 25 ans marchait chaque matin de la semaine un mille et demi à l’église pour y chanter la messe à 25 cents. Joe John était celui qui chantait toujours Minuit, chrétiens avant la messe de minuit  à Saint-Simon-et-Saint-Jude accompagné à l’orgue  par « Minnie à Bobare  ».

Un homme doux, gentil envers tous, et jamais agité par le dire ou l’action des autres, Joe John fut un homme autodidacte qui lisait beaucoup de livres ayant à faire avec la science et fut un très bon causeur. Suffit de dire qu’un homme de son calibre a beaucoup contribué  au nom de Tignish.

  • La plupart de l’information sur Joseph J. Chiasson est puisée dans  le numéro de décembre 1975 de la revue The Westerner de la Légion royale canadienne de Tignish,  filiale no 6. L’article original en anglais est signé Hector Buote. Henri Perry (voir par après), un des derniers survivants de ladite chorale de Tignish, nous a confirmé plusieurs des détails de la vie de Joe John, père de Mme Anita Chiasson.

Des célébrations qui sortent de l’ordinaire

2007 par Francis C. Blanchard

Nos souvenirs en tant qu’Acadiens et Acadiennes sortent souvent de l’ordinaire. On les trouve même dans nos anciens registres paroissiaux qui d’ailleurs seraient un excellent outil pédagogique pour nos professeur(e)s d’histoire acadienne.

Mariages en triple

Dans La Voix acadienne du 19 juin 1996 sous la rubrique « Un brin d’histoire », David Le Gallant avait fait part d’un triple mariage célébré le 20 juin 1735 de trois enfants de Michel Haché-Gallant et de Anne Cormier en l’église Saint-Jean-L’Évangéliste, à Port-La-Joye à l’Isle Saint-Jean. Il s’agissait des mariages de François, Jacques et Louise, tous enfants desdits Michel Haché-Gallant et Anne Cormier.

Mariages en quintuple

Francis C. Blanchard, sous la même rubrique « Un brin d’histoire » dans La Voix acadienne du 11 décembre 1996, raconte un autre événement tout à fait unique pour l’époque. Ce fut l’occasion de cinq mariages célébrés le 3 novembre 1750 dans la paroisse Sainte-Famille à Malpec (souvent francisé à « Malpèque ») toujours à l’Isle Saint-Jean. Au cas où on l’ignore, cette ancienne paroisse acadienne se trouvait là où se situe de nos jours Gillis Point ou Low Point. La pointe fait face à l’Île Lennox à côté de l’entrée de la baie de Malpec.

Les entrées de registre pour ces cinq mariages qui eurent lieu à Malpec (Low Point) huit ans avant la Déportation de l’Île (1758) se trouvent toutes inscrites dans le registre de la paroisse Saint-Jean-l’Évangéliste (Port-La-Joye). C’est le Récollet Patrice La Grée (sic) qui officia à ces mariages en quintuple. Deux des cinq mariages ci-dessous sont ceux de deux frères (Pierre et Jean Arsenault) mariés avec deux soeurs (Marie et Madeleine Boudrot).

1. François Doucet, fils de François Doucet et Marie Carré de la paroisse de Malpec, et Marguerite Jacquemain, fille de Pierre Jacquemain et de Marguerite Haché de la paroisse de Port-La-Joye.

2. Pierre Arsenault, fils de Charles Arsenault et Cécile Bros de la paroisse de Malpec et Marie Boudrot, fille de Claude Boudrot et de Judic Belliveau de la paroisse de Saint-Pierre.

3. Jean Arsenault, fils de Charles Arsenault et de Cécile Bros de la paroisse de Malpec et Madeleine Boudrot, fille de Claude Boudrot et de Judic Belliveau de la paroisse de Saint-Pierre.

4. Jean Arseneau, fils de Jacques Arseneau et de Marie Poitvin de la paroisse de Malpec et Magdelaine Boudrot, fille de François Boudrot et de Jeanne Landry de la paroisse de Saint-Pierre.

5. Jean Oudy, fils de Jacques Oudy et de Marguerite Poirier de la paroisse Saint-Pierre et Marie Blanchard, fille de François Blanchard et de Marguerite Carré de la paroisse de Malpec.

Noces d’or en septuple

Une autre célébration qui sort de l’ordinaire eut lieu le 7 juin 1893 à Rustico d’après l’historien et patriote J. Henri Blanchard (Rustico, une paroisse acadienne, 1938) et reprise dans La Voix acadienne le 23 octobre 1996. Cette célébration tout à fait unique était les noces d’or de sept couples :

Isidore Pitre et Madeleine Doiron / Ignace Gallant et Domithilde Buote  Hubert Gallant et Barbe Buote / Gilbert Pitre et Marguerite Buote Sylvestre Doiron et Sophie Gallant / Fidèle Doucet et Gertrude Gallant Joseph Doiron et Clothilde Arsenault

Il est à remarquer que Isidore Pitre et Madeleine Doiron étaient alors mariés depuis 55 ans et qu’ils vont même célébrer leur 66e aniversaire de leur mariage. Deux des hommes, Ignace Gallant et Hubert Gallant étaient frères; trois des femmes étaient sœurs : Domithilde Buote, Barbe Buote et Marguerite Buote. Ces sept couples ont eu 76 enfants; il y avait une famille de seize, deux de douze, une de onze et une de dix enfants. Les petits-enfants de ces sept familles sont au nombre de plus de cinq cents. À l’occasion de cette célébration unique, il y eut la grand-messe à l’église paroissiale de Saint-Augustin (Rustico). L’évêque James Charles MacDonald y assistait avec un nombreux clergé. Le sermon de circonstance fut prononcé par l’abbé F.-X. Gallant alors curé de Bloomfield et le premier enfant acadien de la paroisse élevé à la prêtrise. Nombreux sont les héritiers de ces belles familles d’antan qui ont de quoi se souvenir. Vive nos belles souvenances! Faisons nôtres, les souvenirs de nos devanciers!

Souvenances de l’un des derniers survivants de la chorale de plain-chant de la paroisse de Tignish

2007 par David Le Gallant

Henri Perry, âgé de 78 ans, est l’un des derniers survivants de l’ancienne chorale d’hommes de la paroisse de Tignish qui chantait en plain-chant, une musique vocale rituelle, monodique, qui date des premiers temps de l’Église mais dont le répertoire fut codifié au IV e siècle (chant ambrosien) et appelé plus tard « chant grégorien » d’après saint Grégoire le Grand (pape Grégoire 1er : 590-604).

C’était le père « Mac » (A. J. MacDougall), vicaire à Tignish  vers les années 1900, qui avait fondé une chorale d’hommes de plain-chant, chorale  qui était considérée toujours en première place à l’Île-du-Prince-Édouard. Plus tard durant les années 1950, ce fut un autre vicaire de Tignish, le père Denis Gallant, qui dirigeait la chorale. Mais selon J. Henri Gaudet (2), c’était le premier prêtre acadien de l’Île, le père Sylvain-Éphrem Poirier, qui avait commencé la tradition de plain-chant à Tignish.  D’autres membres de cette chorale furent Jean Gaudet, Adrien Richard, François et Sylvère Buote, Joseph L. Arsenault, Joseph Doucette et, entre autres, Arthur Arsenault, un autre des derniers survivants de cette chorale qui est décédé récemment et qui était le cousin germain (1er cousin) de Henri Perry. Celui-ci, autrefois de Léoville,  habite aujourd’hui avec son épouse Béatrice, née Gaudet, sur la rue Dalton à Tignish.

Henri Perry nous raconte qu’il accompagnait souvent « Minnie à Bobare », celle qui a été organiste à Saint-Simon-et-Saint-Jude à partir de l’année 1894 jusqu’en 1947. Née Marie Macrina Richard, elle épousa Albert (« Bobare ») Chiasson. Henri l’accompagnait en pompant de l’air pour elle à l’orgue parce qu’elle jouait si fort, en tout cas beaucoup plus fort que la normale. Henri Perry a souvent interprété Adeste Fideles, à Noël,  avec sa voix de baryton qui, nous apprenons de lui, était appelée à Montréal, une voix de « ténor lyrique ».

C’est à peu près depuis 1939 que Henri Perry a fait partie de la chorale de Tignish  alors qu’Adrien Richard était le maître de chapelle. C’était à l’époque du père John Archie MacDonald (curé de Tignish de 1931 à 1956).  Monsieur Perry, qui était électricien pour Sylvania Electric, a vécu  36 ans au Québec, particulièrement à Montréal, où il a chanté en l’église St-Charles-Garnier (Montréal-Nord) et à Boucherville où il a été chantre dans les églises Sainte-Famille et Saint-Sébastien.

Henri Perry parle avec enthousiasme de son expérience de chantre dans la chorale d’hommes de Tignish. Ses souvenirs du dimanche des Rameaux  lui sont vivaces alors qu’il entonnait, avec Johnny (à Gus) Chiasson, Israel es tu Rex.  Les Mercredi, Jeudi et Vendredi saints c’était à 8 heures du soir que la chorale chantait le Tenebrae (en français : les « Ténèbres ») après quoi, nous dit Henri, tout le monde se réveillait et quittait l’église sans plus tarder. Il se rappelle très bien aussi des Lamentations de Jérémie, interprétées le Samedi saint.

(1) Quelques souvenirs recueillis lors d’une rencontre de David Le Gallant avec Henri et Béatrice Perry chez eux en décembre 2007, tout près de l’arbre de Noël bien gréé qu’ils s’étaient procuré à Boucherville (Québec), en 1967.

(2) J. Henri Gaudet, Photo Historica 1799-1999, 1999, p. 23.

M. et Mme Henri et Béatrice Perry, alors à  Léoville

En souvenance d’un grand jour pour la nation acadienne!

2007 par La Petite Souvenance

 

Dévoilement d’une première plaque mondiale de la version Fortunat-Laforest de l’Ave Maris Stella, hymne national acadien, le 19 aoû t 2001, Musée acadien de l’Île-du-Prince-Édouard (Miscouche)

Accompagnés par Gabriel (Julien Arsenault) et Évangéline (Orella Arsenault), l’hon. J. Léonce Bernard, lieutenant-gouverneur de l’Île-du-Prince-Édouard, David Le Gallant, président de l’Association du Musée acadien de l’Î.-P.-É., Paul d’Entremont, vice-président de la Société Nationale de l’Acadie et Maria Bernard, présidente de la Société Saint-Thomas-d’Aquin tandis que Jacinthe Laforest interpr te au micro les paroles françaises, dont elle est l’auteure, de l’hymne national de l’Acadie.

 

Quadruple souvenance pour la communauté du Musée acadien en ce jour faste du 19 août 2001

1. L’hon. Mitch Murphy annonce publiquement que désormais il est le ministre responsable de la Division des Affaires acadiennes et francophones.

2. Annonce par le président de l’Association du don de 29,6 acres de terre par Mme Anita Chiasson de Tignish pour y construire un Complexe patrimonial quelconque pour valoriser le patrimoine de Prince-Ouest.

3. Octroi par J. Henri Gaudet, historien de Tignish, de la collection des uvres de l’artiste-peintre Alma Buote, collection qui reviendra Tignish advenant la construction dudit Complexe patrimonial.

4. En présence de l’artiste-peintre Claude Picard et son épouse, de Saint-Basile (N.-B.), le président de l’Association annonce le futur projet des Grandes Heures du peuple acadien pour l’occasion du 400e anniversaire de l’Acadie en 2004.

Octroi par J. Henri Gaudet, à l’occasion de son anniversaire de naissance, de la Collection Alma-Buote en réserve pour un Complexe patrimonial éventuel à Tignish.

 

Contribution de l’ancienne province historique ancestrale du Poitou (France) et du peuple acadien à l’historique de son hymne national, l’Ave Maris Stella

Poitou (France) : 6e siècle

On attribue aujourd’hui à saint Venance Fortunat (époque mérovingienne, 6e siècle), évêque de Poitiers, la composition de l’hymne latine de l’Ave Maris Stella (« Salut, Étoile de la mer »).

Memramcook (N.-B.) : le 21 juillet 1881

La proposition du père Jean Chiasson, de St-Félix (Î.-P.-É.) pour que la fête de Notre-Dame de l’Assomption (15 Août) soit la fête nationale des Acadiens, est approuvée en session plénière lors de la Première Convention Nationale des Acadiens, à Memramcook.

Miscouche (Î.-P.-É.) : le 15 août 1884

La proposition de Pascal Poirier, futur premier sénateur acadien, pour que l’Ave Maris Stella soit « l’air national »  du peuple acadien afin d’honorer Notre-Dame de l’Assomption, leur patronne nationale adoptée trois ans auparavant à Memramcook, est approuvée en session plénière lors de la Deuxième Convention Nationale des Acadiens, à Miscouche. C’est la première fois que l’ancienne hymne religieuse de l’Ave Maris Stella, est chantée « sur terre » en tant que hymne national du peuple acadien.

Summerside (Î.-P.-É.) : le 16 août 1884

Toute première fois que l’Ave Maris Stella, comme hymne national des Acadiens, est chanté « sur mer » lors de la traversée du St. Lawrence de Summerside (Î.-P.-É.) à Pointe-du-Chêne (N.-B.) en présence de plusieurs délégués qui venaient d’assister à la deuxième des conventions nationales acadiennes. Cette 2e convention fait en sorte que Miscouche soit aujourd’hui considéré un berceau de l’adoption et de la reconnaissance des symboles nationaux acadiens. Le corps de musique du Collège Saint-Joseph de Memramcook, dirigé par l’abbé André-Thaddée Bourque (celui qui a composé des chants acadiens tels que Évangéline, Le Pêcheur acadien et La Fleur du Souvenir) accompagna cette première interprétation vocale mondiale  « sur mer » du tout nouvel hymne national acadien.

Mont-Carmel (Î.-P.-É.) : hiver-printemps 1994

Dans le cadre d’un concours organisé par la Société Nationale de l’Acadie, l’année du premier congrès mondial  acadien de toutes nouvelles paroles françaises sont soumises par Jacinthe Laforest, de Mont-Carmel, Î.-P.-É., pour l’Ave Maris Stella, jusqu’alors exclusivement en version latine.

Chéticamp (N.-É.) : le 14 mai 1994

La version française soumise par Jacinthe Laforest  pour l’Ave Maris Stella, hymne national du peuple acadien, est adoptée  à l’assemblée générale annuelle de la Société Nationale de l’Acadie, tenue à Chéticamp, N.-É.

Dieppe (N.-B.) : le 21 août 1994

Lors d’un concert de clôture du premier congrès mondial acadien, tenu à Dieppe, N.-B., l’artiste acadienne Lina Boudreau interprète pour la première fois officiellement, l’hymne national acadien avec ses toutes nouvelles paroles françaises.

Tignish (Î.-P.-É.) : le 13 février 1999

Lors du bicentenaire de l’arrivée à Tignish en 1799 des huit familles acadiennes fondatrices, la chorale de l’église paroissiale Saint-Simon-et-Saint-Jude enregistra la première version sonore chorale mondiale (sur CD) de l’hymne national acadien avec ses toutes nouvelles paroles françaises.

Miscouche (Î.-P.-É.) : le 19 août 2001

Une première plaque mondiale est dévoilée par l’Association du Musée acadien de l’Î.-P.-É., où on y trouve la notation musicale traditionnelle acadienne, le premier couplet latin du 6e siècle (attribué à saint Venance Fortunat) et les trois couplets français du XXe siècle (1994) composés par Jacinthe Laforest qui accompagna, pour le dévoilement, l’hon. Léonce Bernard, troisième lieutenant-gouverneur de nationalité acadienne de l’Île-du-Prince-Édouard.


Première plaque mondiale de l’hymne national acadien, (Venance Fortunat-Jacinthe Laforest) sise au Musée acadien de l’Î.-P.-É., à Miscouche, Î.-P.-É.

 

Drôleries cléricales

2007 par Pie Édouard Blanchard et Francis C. Blanchard

Parmi nos curés français et acadiens  de la paroisse Saint-Augustin de Rustico, on signale la cure (1888-1891) de l’abbé Gérard de Finance de Valcourt  et de celle (1902-1937) de l’abbé Jean Chiasson. L’abbé de Finance est né en France en 1856 et arriva à l’Île-du-Prince-Édouard en 1882.  Il fut d’abord attaché à la cathédrale Saint-Dunstan pour un an puis transféré aux Îles-de-la-Madeleine.  En 1888, il est nommé  curé de la paroisse Saint-Augustin de Rustico.  L’abbé de Finance cherchait toujours la perfection dans son travail et dans ses activités paroissiales. On raconte qu’un jour, il se promenait dans le cimetière près de l’église avec son bedeau. Arrivant près d’une pierre tombale, il s’écria « Qu’est-ce que c’est, cette saleté? » Le bedeau dit « Je pense que c’est une crotte de chien » et l’abbé de Finance s’exclame  « Pour moi, ce n’est pas une crotte de chien mais plutôt une crotte de chrétien ».

L’abbé de Finance était aussi un grand amateur de chevaux de course. Peu après son arrivée à Rustico, il fit construire en arrière de l’église une grange spacieuse comprenant huit étables. On dit qu’il aurait aussi participé à la construction d’un circuit dans un champ avoisinant l’église. Ceci attirait les amateurs de course de la région se divertissant dans des rencontres tapageuses et enivrantes. Ces activités ont été portées à l’attention de l’évêque du diocèse, Mgr Peter McIntyre. L’évêque demande des explications de l’abbé de Finance tout en lui conseillant de mettre fin à ses activités considérées scandaleuses. Peu après cette rencontre, l’abbé  de Finance quitta Rustico et retourna en France. Plus tard, il fut élevé au rang de « monseigneur ». L’abbé Gérard de Finance est décédé  en 1927. En 2004, quelques membres de la famille de Finance* en voyage au Canada ont visité la Banque des fermiers de Rustico.

L’abbé Jean Chiasson est né à St-Félix, près de Tignish et, à la suite de plusieurs cures dans d’autres paroisses, il est nommé curé de la paroisse Saint-Augustin de Rustico en 1902 et y demeure pendant 35 ans. L’abbé  Chiasson était un excellent musicien et linguiste, parlant couramment le français, l’anglais et le latin. Très sévère de caractère, il cherchait aussi la perfection dans son travail. À cette époque,  plusieurs  paroissiens de même nom, étaient connus seulement par leur sobriquet comme on peut constater par un incident tel que raconté comme suit.  Un paroissien arrive au presbytère et lui dit : «Venez vite, Père Chiasson, parce que Sling est à la veille de mourir. »  « Qui est ce monsieur Sling ? »  « Sling  est le frère de Snasse. » « Seigneur, et qui est ce monsieur Snasse? » « Snasse est le frère de Poussie. » « Holà! Je ne confère pas l’onction sur les animaux. » « Mais, mon père, Poussie est la femme de Charlie Codfish. Je pense que son nom de famille pourrait être Gauthier. » On ignore toujours si Sling aurait bien reçu les derniers sacrements avant son décès.

L’abbé Chiasson a rendu de grands services à la paroisse Saint-Augustin et il a été élevé au rang de prélat domestique avec titre de « monseigneur » en 1927 lors de la célébration du cinquantième anniversaire de son ordination. Mgr Jean Chiasson est décédé  en 1946 et ses restes sont inhumés dans le cimetière près de l’église Saint-Augustin.  Ce natif de St-Félix était celui qui avait proposé à Memramcook en 1881, lors de la première convention nationale acadienne, que le 15 Août soit la fête nationale des Acadiens!

À partir de la gauche, devant l’église historique de Rustico, le baron Alain de Finance et son épouse, Francis C. Blanchard, Pie Édouard Blanchard et Éliane Oswald.

 

Une entrevue privilégiée avec le 3e lieutenant-gouverneur acadien de l’Île-du-Prince-Édouard

2007 par Contribution anonyme

Interviewés par Edmond Gallant

1. Quelle a été votre réaction lorsque vous avez appris la nouvelle que vous aviez été choisis pour assumer le poste de lieutenant-gouverneur de l’Î.-P.-É. et sa Dame?

M. Bernard – Premièrement, en décembre 2000, j’ai eu un appel du bureau du premier ministre canadien, Jean Chrétien, pour que j’envoie mon curriculum vitae afin de pouvoir être considéré pour une nomination. C’était certainement un événement honorable d’avoir un appel du bureau du premier ministre pour un poste comme tel. Mais c’est certain que nous avons trouvé que c’était vraiment formidable pour moi d’être nommé lieutenant-gouverneur de l’Île-du-Prince-Édouard.

Mme Bernard – Quand Léonce m’a annoncé qu’il avait été demandé d’envoyer tous ses papiers, je m’imaginais que ça devait être un genre d’emploi qu’on voulait lui donner ou quelque chose d’autre. Quand il a reçu la nouvelle, la première chose que j’ai dit fut « J’déménage pas à Charlottetown ». C’était le temps que ma mère n’était pas bien. J’ai dit : « J’peux pas lui annoncer la nouvelle que j’déménage ».  En tout cas, elle est partie avant que nous ayons eu à déménager à Charlottetown. De ce côté-là, ç’a bien été après tout.

2. Pendant votre mandat, avez-vous eu l’opportunité de vous rendre à Londres pour rencontrer Sa Majesté la Reine?

M. Bernard – Oui, au cours de son mandat, un lieutenant-gouverneur a droit à une audience privée avec Sa Majesté la Reine. En automne 2002, nous avons eu une rencontre d’environ 20-25 minutes avec Sa Majesté au palais de Buckingham. Cela a été très mémorable d’être capable de rencontrer une personne qui est très simple, une personne qui reçoit les autres ouvertement puis qui a pris le temps de discuter avec nous de son rôle, et surtout de son rôle ici au Canada. Avant notre visite à Londres, elle venait tout juste de terminer une visite ici au Canada. Nous l’avons trouvée très ouverte. Nous avons vraiment joui de cette rencontre-là. Plus tard dans mon mandat, nous avons aussi rencontré son fils, le prince Édouard, duc de Wessex, qui était venu à Fanningbank pour le Prix du duc d’Édimbourg au Canada. Il a quitté la province le même jour. Ce fut probablement les deux souvenirs les plus mémorables de mon mandat.

Mme Bernard – C’est certainement quand on a été visiter la reine. Voici une chose que je n’oublierai pas. Quand nous sommes descendus de l’avion, il y avait quelqu’un là pour nous recevoir, bien sûr. Il y avait deux dames qui nous attendaient. Elles avaient leurs noms ou quelque chose sur elles, puis Léonce a dit : «  Ça doit être vous qui sont là pour nous rencontrer ». Elles ont dit : «  Oui, on regardait pour quelqu’un qui avait une boîte à chapeaux ». J’ai dit : « Je n’en ai pas ». D’habitude, les dames portent des chapeaux pour aller rencontrer la reine, puis des gants. Moi, je n’étais pas une femme à chapeaux, mais j’ai dit : «  S’il faut que j’en aie, si c’est le protocole, je m’en achèterai un ». La secrétaire avait fait toutes les démarches pour vérifier tout ça, puis on lui avait dit : « Non, madame Bernard n’a pas besoin de porter un chapeau ». Les deux dames, elles, pensaient que j’avais besoin d’avoir un chapeau. Donc, au début, elles n’ont pas voulu nous croire quand on a mentionné que je n’avais pas besoin de chapeau. Là, elles nous ont emmenés à l’hôtel où on allait rester, puis pas longtemps après on a reçu un téléphone et on m’a dit que je n’avais pas besoin de chapeau. Et je n’ai jamais porté de chapeau pendant le mandat de mon mari en tant que lieutenant-gouverneur.

3. Quels ont été les événements les plus impressionnants qui se sont produits durant votre séjour à Fanningbank?

M. Bernard – L’assermentation! La première journée que tu rentres au poste est certainement la chose qui t’impressionne beaucoup : tu te trouves maintenant en tête de la province avec une nouvelle autorité administrative. Tout le protocole entourant le poste de lieutenant-gouverneur m’a touché. C’était vraiment impressionnant de constater que le poste de lieutenant-gouverneur était si bien vu et respecté dans la province.

Nous avons aussi été impressionnés de Son Excellence Mme Michaëlle Jean. À son assermentation, on a eu un dîner avec elle; elle m’avait l’air bien à l’aise. Cette même année-là,  elle a demeuré avec nous à Fanningbank pendant deux jours quand elle est venue en visite officielle avec son mari et sa petite fille. C’est une femme qui veut vraiment connaître la communauté. Et, elle est aussi bien sympathique envers la cause des Acadiens de l’Île-du-Prince-Édouard.

Mme Bernard – C’est bien sûr la visite avec la reine au palais de Buckingham. Aussi, quand Michaëlle Jean et Adrienne Clarkson sont venues. Elles m’ont vraiment impressionnée parce qu’elles sont du monde comme nous autres. Des fois les gens se font de grosses montagnes quand ils rencontrent des gens comme ça. Mais ce sont des gens comme nous; elles étaient bien gentilles et bien parlantes. En plus, fort accueillantes. Mme Clarkson a séjourné deux fois à Fanningbank alors que Mme Michaëlle Jean y a passé une nuit. On n’a pas eu beaucoup de temps pour passer avec elle sauf pour le petit déjeuner. Elle avait emmené sa petite fille qui était bien gentille. Je lui avais acheté une petite poupée de Anne aux pignons verts. Elle était toute impressionnée avec cette poupée-là parce que sa gardienne était en train de lui lire en français, un livre d’Anne.

4. Avez-vous des souvenirs d’événements tristes qui ont eu lieu durant vos cinq ans à Fanningbank?

M. Bernard – Durant mon mandat, il y a eu un cas qui m’a causé des ennuis et qui m’a fait un peu de mal. Il s’agit d’une personne qui a apporté une plainte contre moi à la Commission des droits de la personne parce qu’on ne l’avait pas accepté comme aide de camp, vu qu’il n’avait pas d’épouse pour nous accompagner lors des fonctions. Parce qu’il était célibataire, il s’est présenté devant la Commission des droits de la personne pour affirmer qu’il avait été mal traité. Ç’a été certainement un événement qui a fait mal parce qu’il m’attaquait non seulement comme personne mais il attaquait également le poste de lieutenant-gouverneur. Celui-ci a le droit de choisir ses propres aides de camp. À un moment donné, la province a commencé à défendre mon point de vue, puis ensuite, elle a voulu se retirer du dossier. Les autorités provinciales ont décidé que ce n’était pas leur rôle, pas leur mandat, de se mêler dans ce cas-ci. Alors, j’ai ensuite été obligé d’aller au niveau fédéral, aller chercher un avocat fédéral, pour me représenter. À la fin, ç’a bien tourné parce qu’on n’avait pas maltraité cet homme-là. C’était l’idée qu’on avait décidé de choisir quelqu’un qui avait une conjointe qui pouvait accompagner mon épouse en même temps que moi, puis lui, il ne pouvait pas le faire. Ç’a bien tourné. Mais c’est le cas qui m’a fait le plus de mal pendant mon mandat comme lieutenant-gouverneur.

Mme Bernard – On a eu de la mortalité dans les deux bords de la famille. Il y eut trois mortalités : deux de mes frères puis un frère de Léonce.

5. M. Bernard, y a-t-il eu des controverses qui ont eu lieu durant votre terme en tant que lieutenant-gouverneur?

M. Bernard – Il n’y a pas eu de controverses sauf une fois où je me suis senti un peu mal à l’aise quand le premier ministre a voulu faire un plébiscite sur la manière de voter lors d’une élection. Il voulait donner une représentation plus égale selon le nombre de votes reçus. La proposition stipulait que les personnes qui siégeraient à l’Assemblée législative seraient nommées par les partis politiques, au lieu d’être élues par la population en général. Moi, je trouvais que c’était inacceptable. J’avais même approché le premier ministre Binns puis je lui avais dit que si, par hasard, le plébiscite passait favorablement, je ne voulais pas qu’il vienne à moi pour mon approbation officielle; je ne pourrais pas accepter cela. Pour qu’une loi devienne officielle, il faut que le lieutenant-gouverneur donne son approbation. Je lui avais dit d’avance que je n’accepterais pas une loi comme ça parce que je ne pensais pas que c’était approprié de nommer des personnes à l’Assemblée législative au lieu de les élire. Heureusement le résultat du plébiscite était négatif.

6. Y a-t-il eu des moments ennuyants ou tannants?

M. Bernard – C’est un poste qui n’est vraiment pas ennuyant. Tu dois toujours être ouvert au public, toujours à la vue du public. Que tes fonctions aient lieu à la résidence officielle ou à l’extérieur, tu es toujours bien reçu par la population. Il n’y a donc pas lieu de s’attendre à ce que ça soit ennuyant. C’est toujours très intéressant d’y participer. On a mis sur pied certaines choses de façon différente que les lieutenants-gouverneurs qui m’ont précédé. Alors, dans cinq ans, on n’a certainement pas trouvé le temps ennuyant ou tannant. Cependant durant les derniers deux ou trois mois de mon mandat en 2006, on ne savait pas s’il fallait organiser ou non certaines fonctions car mon mandat allait finir en été. Ne sachant pas la date précise, on n’a pas osé planifier trop de fonctions. C’était plus ennuyant cette période-là bien que cela fasse partie de la réalité d’un poste comme celui-là.

Mme Bernard – Je ne peux pas dire que c’était tannant. Ce n’est pas le mot que je voudrais utiliser. Il y a eu des fois que je pensais : « Ouf, j’ai hâte que ça soit fini ».  C’était fatigant s’il y avait deux ou trois fonctions la même journée.  Te préparer pour descendre – des fois, ça ne te disait pas. Mais une fois que tu descendais et puis que tu étais là, c’était correct. J’ai assisté à la plupart des fonctions quand celles-ci avaient lieu à Fanningbank. Il y a peut-être eu quelques fonctions auxquelles je n’ai pas assisté. Autre que ça, je descendais toujours.

M. Bernard -  On a eu beaucoup de visites d’ambassadeurs de d’autres pays. S’il y avait juste l’ambassadeur, je le rencontrais par moi-même. Mais, si sa conjointe l’accompagnait, Florence descendait aussi.

7. Était-il facile pour vous de recevoir votre famille à Fanningbank? Vos ami-e-s?

M. Bernard – Quand tu occupes le poste de lieutenant-gouverneur, ta résidence est Fanningbank! C’est toi qui décides ce que tu veux faire avec ta résidence. Alors, si on voulait recevoir des membres de notre famille ou des amis, il n’y avait pas de problème. C’était nous qui les invitions et on les accueillait à notre façon. Durant nos cinq années à Charlottetown, on a passé tous les Noëls là, sauf un ou deux, où nous sommes venus à Wellington. En résumé, c’était uniquement à nous de décider qui nous accueillerions à Fanningbank. J’avais établi une politique pour éviter autant que possible de demander à nos employés de travailler en fin de semaine. Alors, on n’a presque pas eu de fonctions officielles les fins de semaine ce qui nous permettait donc de recevoir notre famille et nos amis.

Mme Bernard – Oui, c’était assez facile. La seule chose que j’ai trouvé plus difficile était s’ils venaient nous visiter durant la semaine, surtout la famille, les enfants. Et, pour eux autres aussi, je sentais que ce n’était pas la même chose que si la visite se faisait en fin de semaine. Durant la semaine, les employés étaient alentour et il fallait essayer ne pas faire trop de bruit. Quand il y a des enfants, c’est difficile de ne pas avoir de bruit. J’ai trouvé ça plus exigeant. Mais, les fins de semaine, c’était différent. Quand nous recevions la famille ou nos amis, je préparais souvent les repas.

8. M. Bernard, vous flottiez le drapeau national acadien à Fanningbank. Cette décision-là a-t-elle été facile ou difficile à prendre? Y a-t-il eu des contre-coups?

M. Bernard – Une décision comme telle n’a certainement pas été difficile à prendre. Au début de mon mandat, j’avais décidé que c’était approprié et qu’il y avait une place là pour faire flotter le drapeau acadien.  Dès le moment que j’ai décidé de mettre le drapeau acadien sur son mât, la population l’a accepté. On a seulement eu un commentaire négatif, je pense que c’était dans The Guardian.  La personne qui écrivait le commentaire posait la question à savoir pour quelle raison j’avais l’autorité de flotter le drapeau acadien qui n’est pas reconnu comme un drapeau « national ». Mais les gens en général ont reconnu que j’étais de descendance acadienne, et on n’a pas eu plus de contre-coups que ça. Il n’y a personne qui m’a dit que ce n’était pas approprié de flotter le drapeau acadien.

9. Durant votre séjour à Charlottetown, lorsque vous sortiez pour des raisons personnelles, aviez-vous l’impression que les gens vous regardaient toujours? Était-il possible pour vous de sortir et de demeurer incognito?

M. Bernard – C’est certain que, durant un mandat d’un lieutenant-gouverneur, la population te connaît plus que toi tu connais la population. Alors, il fallait que j’accepte le fait que, si j’allais dans les magasins ou à quelque part d’autres, les gens allaient me saluer. Il n’y a rien de mal avec ça, parce que j’étais lieutenant-gouverneur de la province. On ne sortait pas beaucoup. Presque toutes les fois que nous sortions, c’était pour des fonctions officielles. Autrement, nous allions seuls prendre des marches à tous les matins, Florence et moi. On saluait les gens car il fallait s’habituer au fait que les gens savaient qui nous étions.

Mme Bernard – Moi non plus, je n’ai pas eu ce problème-là, parce que c’est souvent que les gens ne me reconnaissaient pas. Je pouvais aller seule à quelque part et même marcher sur la promenade de bois (« boardwalk »). Ça ne me gênait pas de saluer les gens même si moi je ne les connaissais pas.

M. Bernard - Ça venait avec le poste.

Mme Bernard – Une chose que j’aurais aimé faire le samedi, des fois, c’était d’aller à un marché aux puces, mais je n’osais pas.

10. Quelle a été votre impression de Fanningbank, la « résidence officielle » du  représentant de Sa Majesté à l’Île, et qu’étiez-vous alloués de faire?

Mme Bernard – La grandeur de la résidence officielle me faisait un peu peur parce que si j’étais en bas et Léonce était en haut, c’était aussi bien que j’aille lui parler en haut. Ce n’était pas utile de crier après lui;  il ne m’aurait pas entendu. Quand on était seulement nous deux, on réalisait qu’on n’aurait pas besoin d’une si grande maison que ça. Puis, c’était la manière que c’était arrangé. Il fallait se servir de toute la maison, même s’il y avait parfois seulement nous deux. On n’avait pas vraiment un appartement privé. La chambre à coucher était en haut, on avait un salon en bas de l’autre bord de la maison, et la cuisine était d’un autre côté. On avait une petite salle à manger privée à côté de la cuisine. Il fallait faire le tour de la maison. Alors, un petit appartement pour nous aurait suffi. On n’aurait pas eu besoin de se servir du reste de la maison quand on n’était que deux.

On nous avait bien dit : « La maison est à vous autres pour les cinq ans ». Je pouvais donc faire des changements. Je pouvais changer ou enlever des objets qui se trouvaient sur les tables ou placer de belles nappes qui étaient serrées. Même une fois, il y avait des rideaux qu’ils auraient voulu enlever puis j’ai dit « non » parce que je les trouvais beaux. Ça n’aurait pas fait de bon sens de ne pas en avoir du tout à cet endroit-là.

Tout était très beau à Noël à Fanningbank grâce à Béatrice Caillié qui est venue tous les Noëls, et aussi quand les gens de la revue Canadian Living sont venus. Là, il n’y avait pas beaucoup de décor, mais elle en a fait surtout pour la salle à manger où le repas de Noël allait être servi. Et, puis, elle en avait mis un petit peu dans la cuisine.

M. Bernard – Autour de Fanningbank, tu n’es jamais obligé de faire de petits travaux. Si tu veux faire laver ton auto ou faire faire d’autres choses, quelqu’un peut le faire pour toi. Tu peux rester à la maison et rien faire du tout parce qu’il y a des personnes qui peuvent garder après tout ça.  Mais moi, de temps en temps, ça me disait d’aller laver mon auto, d’aller dans le jardin ramasser des légumes pour le repas, de faire du jardinage. Certains matins, avant l’arrivée des employés, j’allais pelleter les entrées et les marches. Et, s’il y avait de petits travaux à faire dans la maisontels que changer des ampoules ou faire de petites réparations en plomberie, je les faisais. Je n’étais pas obligé de le faire. Florence en faisait bien plus que moi, parce qu’elle aidait dans la cuisine. Mais, on était libre de faire ce qu’on voulait. Par exemple encore, il y avait un petit jardin. Il était cultivé par des jardiniers mais j’y allais pour désherber et j’ai même utilisé cette machine pour travailler le sol qu’on appelle un cultivateur.

11. Quels sont vos souvenirs de l’ouragan Juan qui apparemment aurait fait beaucoup de ravages autour de Fanningbank?

M. Bernard – Ça, c’est un événement qui nous a fait peur. Bien sûr, Fanningbank est une très grande maison sur le bord de l’eau. Les chambres qu’on avait en haut sur le deuxième plancher faisaient directement face au vent de l’ouragan. J’avais même pensé ce soir-là que nous pourrions déménager en bas au cas que la maison tombe; nous serions plus en sécurité. Florence s’était endormie et je ne voulais pas la laisser en haut toute seule. Alors, tandis qu’elle dormait, j’ai dû passer toutes les fenêtres de la maison pour voir le dommage que cela avait fait. On ne s’est pas aperçu de tout le dommage causé avant le lendemain matin. Si on s’était aperçu, on aurait probablement eu plus peur. On savait qu’il ventait fort, puis il y avait de l’eau qui volait sur la maison. C’était une soirée qui nous a beaucoup fait peur. Il y eut beaucoup de dommage à l’extérieur : trente arbres ont été déracinés!

Mme Bernard – Je n’oublierai pas l’ouragan Juan. J’ai peur du vent, puis dans cette grosse maison-là, ça craquait. Le soir j’ai dit : « Moi, j’prends deux pilules avant de me coucher ». Quand je me suis réveillée au milieu de la nuit, Léonce était debout et se promenait dans la maison. À ce moment-là, il ventait très fort et j’ai dit : « Ah moi, je me couche de nouveau ». Je me suis couchée, j’ai couvert ma tête et puis je me suis rendormie. Et j’ai dormi jusqu’au matin. Je n’ai rien entendu après ça. Léonce, lui, avait eu assez peur, je crois. En tout cas, c’était drôle parce que d’habitude je n’aurais pas dormi.

12. Quels genres de choses faisiez-vous pour faire passer votre temps libre?

M. Bernard – L’été, durant mon temps libre, je jouais au golf. Il y avait beaucoup de fonctions qui avaient lieu le soir ou en après-midi. Ça me donnait donc le matin libre. Et durant l’hiver, je lisais beaucoup. Je lisais beaucoup sur l’histoire des Acadiens. J’ai aussi lu plusieurs biographies. Je me suis enrichi d’une bibliothèque que j’ai apportée de Charlottetown avec moi, une fois mon mandat terminé. Aussi, j’ai tenu un journal de toutes les fonctions auxquelles j’ai assisté durant mon terme comme lieutenant-gouverneur. Il n’y avait pas de fonctions tous les jours. Mais des fois, il y en avait 3 ou 4 la même journée alors qu’autres fois, il n’y en avait pas du tout. En général, on avait  environ 400 fonctions par année. Dans cinq ans, cela fait au-delà de 2 000.

Mme Bernard – Je tricotais et je faisais des couvertures. Je lisais, je faisais des galettes blanches et des cornichons. J’allais marcher. Nous allions à la messe assez souvent, surtout durant le carême. Moi, je m’en venais ici à Wellington, au moins une fois par semaine si possible sauf quand nous étions occupés avec des fonctions. Ça dépendait.

13. Mme Bernard, avez-vous pu cuisiner à votre aise à Fanningbank?

Mme Bernard – Comme j’ai déjà dit, je faisais les galettes blanches pour les repas.  Mais, à part de ça, si je voulais cuisiner quelque chose, je le faisais en fin de semaine quand les employés n’étaient pas là. Je sentais qu’ils auraient pu dire que je ne me fiais pas à eux en le faisant moi-même. Mais j’ai toujours fait mes cornichons, mes « pickles ». Puis, le « jam », c’était toujours moi qui faisais cela, ainsi que les betteraves en conserves. Puis, quand il y avait des banquets, on les servait. J’en faisais toujours assez. Il y en avait en masse. Mais, pour le reste, j’attendais les fins de semaine pour le faire. Mais, c’est comme je dis : ce n’est pas que je ne voulais pas que les employés le fassent, mais c’était que je suis habituée à le faire à ma propre façon. Je dois dire qu’on avait de très bons cuisiniers. Nos chefs étaient très bons. On avait un bon groupe d’employés, et ça marchait très bien.

Quand on a déménagé à Fanningbank et qu’on a commencé à avoir des banquets, les chefs ont demandé si on voulait choisir la nourriture qu’ils devaient servir. J’ai dit : « Écoutez, c’est vous autres qui êtes les chefs. C’est à vous de décider, ou au moins de suggérer ». C’étaient des chefs de l’Institut culinaire qu’on avait. Ils nous suggéraient deux ou trois entrées, deux ou trois plats principaux, etc., puis nous autres, on faisait le choix final. Des fois, on faisait quelques petites suggestions de mets. On n’a jamais eu de problèmes avec ça.

M. Bernard – Mes prédécesseurs faisaient toujours deux activités par année par invitation. Ils faisaient le bal de Noël et le bal d’été. C’était habituellement toujours les mêmes personnes qui y assistaient. Nous, nous avons aboli cela. Nous avons décidé d’inviter à chaque mois un groupe qui faisait du bénévolat. Nous avons invité par exemple les présidents des caisses populaires, les présidents des pompiers à travers l’Île, l’exécutif des clubs Lions, du club Rotary, de l’Institut national canadien pour les aveugles ainsi que les membres du conseil d’administration de l’Association du Musée acadien de l’Î.-P.-É. et du Bureau de direction de la Société Saint-Thomas-d’Aquin. Alors, beaucoup plus de personnes ont bénéficié. Ce sont avec ces groupes-là que nous avons fait des banquets. C’était quelque chose de différent de ce qui avait été fait auparavant et c’est de là que les chefs préparaient leurs banquets.

Mme Bernard – D’habitude, le seul repas que les chefs préparaient pour nous était le dîner. Pour le déjeuner, on mangeait des toasts, et moi, je préparais le souper.

14. Et puis, pour Canadian Living, Mme Bernard, comment vous êtes-vous sentie quand vous avez appris que cette revue voulait faire un article à votre sujet?

Mme Bernard – Canadian Living, ça, ç’a été toute une expérience! C’est une autre chose que je n’oublierai pas, et en gros, ç’a très bien été.

M. Bernard – Une dame de Charlottetown avait été à Toronto pour faire du marketing et puis elle avait rencontré des gens de la revue Canadian Living.  Elle leur avait mentionné le fait que l’année 2004 était le 400e anniversaire de l’Acadie. Elle leur avait aussi suggéré que ce serait peut-être bon pour eux de publier un article sur les Acadiens. Elle leur avait dit qu’ils pourraient peut-être même avoir Florence pour les aider avec l’article parce qu’elle pouvait faire beaucoup de mets acadiens. De là, elle nous a rencontrés, Florence et moi, pour nous demander si cela nous intéressait. On a accepté, en autant que ça ne soit pas trop compliqué. Mais c’est Florence qui a eu la misère de travailler avec eux et préparer un repas de Noël.

Mme Bernard – C’est ça! Ils sont venus. Il fallait faire le Noël au mois de septembre pour que l’article soit publié dans la revue du mois de décembre. Ils sont venus à Charlottetown deux ou trois fois. J’ai dû leur envoyer toutes les recettes des mets que j’allais préparer. Eux, ils les ont essayées, à l’avance, pour voir si ça allait être correct. J’ai trouvé, par exemple, qu’ils ont changé bien des affaires dans mes recettes. J’ai eu un peu de misère à accepter ça. Mais, je me suis seulement aperçue par après. Mais, ç’a été difficile d’écrire une recette pour faire un fricot ou une recette pour faire de la râpure parce que moi, je n’en avais pas par écrit.

Puis là, ils sont descendus. Ils ont passé deux jours à Fanningbank avec nous. Une dame était avec moi dans la cuisine. Elle aurait voulu que je fasse des beignes devant elle. Mais ça, j’ai dit « non ». Je lui ai dit que ça prenait trop de temps à faire. Je n’avais pas le temps non plus. Ensuite, j’ai fait la râpure avec elle. J’ai fait des petites tartes, des pâtés et puis tous les fricots et les affaires comme ça.  Ç’a bien été mais c’était un peu fatigant parce qu’il fallait que tout soit fait « à la lettre ». Mais, ç’a été une belle expérience, une très belle expérience!

Puis là, ils voulaient tous les enfants autour de la table, quand le temps est venu de servir le repas. Ça, ç’a été une autre affaire aussi. Il fallait avoir une personne pour le maquillage. Mais, en tout cas, tout s’est bien passé. C’est un autre événement que nous n’oublierons jamais.

15. Pouvez-vous décrire brièvement une de vos journées « typiques » à Fanningbank?

M. Bernard – Premièrement, on prenait notre petit déjeuner habituellement avant que les employés arrivent à huit heures. De là, j’allais prendre ma marche. Habituellement, après mon petit déjeuner, tous les jours que j’ai été là, j’ai pris une marche, même en hiver. En été, j’allais prendre ma marche si je n’allais pas jouer au golf.

Après cela, je faisais mon administration. Il y a toujours de l’administration à faire parce que c’est toi qui fais les décisions finales à propos des fonctions. Si la secrétaire principale a reçu des demandes, elle va remplir un formulaire. Ensuite, il faut décider si on peut assister à la fonction ou non, et ensuite lui donner des directives pour qu’elle puisse l’organiser pour toi. En après-midi, si je n’avais pas de fonction, j’allais jouer au golf ou je lisais des livres.

Mme Bernard – S’il y avait des journées quand il n’y avait pas de fonctions, je trouvais ça un peu ennuyant car je ne savais pas vraiment où me mettre et quoi faire. C’est lors de notre séjour à Charlottetown que j’ai été suivre un cours pour faire des couvertures. Je tricotais aussi. Quand il y avait une fonction à la maison, j’essayais de rester en bas. Moi, je n’étais pas obligée non plus de le faire, mais j’aidais les employés. Et si on avait des repas de prévus, je faisais toujours des galettes blanches.

Eh oui, j’aidais  même à préparer les tables, si on avait un repas. Même si le chef n’avait vraiment rien à me donner à faire, j’essayais d’aider. Je ne voulais pas faire son travail, excepté que c’est moi qui faisais toujours les galettes blanches. Lui, il préparait le repas et moi, je nettoyais. Je faisais la vaisselle et d’autres petits travaux comme ça. J’étais peut-être dans son chemin, je ne sais pas…

S’il y avait de quoi qui se passait à la maison, les cuisiniers ne m’auraient certainement jamais demandé d’aider. Mais, si je pensais que je pouvais les aider un peu, je le faisais volontiers. C’était comme vivre dans un hôtel s’il n’y avait pas de fonctions. Tu t’en allais dans ton petit appartement, ta chambre en haut, puis tu restais là. Tu fermais ta porte. Tu ne voulais pas déranger les employés qui travaillaient en bas. Eux, ils avaient leur ouvrage à faire. Si je restais en bas, je sentais qu’ils auraient pu dire : « Elle reste seulement en bas pour surveiller si nous faisons notre ouvrage comme il faut ».

Je faisais notre lavage et je nettoyais notre appartement à nous autres. Les autres chambres étaient faites par les ménagères; elles étaient là pour faire le ménage partout. Mais, moi, je faisais nos chambres moi-même. Les ménagères me disaient toujours : « On ira faire ça. On ira faire ça ». Mais, ça me donnait quelque chose à faire, vraiment. Je ne pouvais pas toujours être partie aux magasins.

16. Le 23 avril 2006, l’Association du Musée acadien de l’Île-du-Prince-Édouard dont vous êtes le «président d’honneur», vous a accueillis une dernière fois en tant que lieutenant-gouverneur de la province et sa Dame, pour vous rendre un hommage spécial et surtout pour vous remercier de votre contribution inestimable envers la communauté acadienne et francophone.  Comment mesurez-vous le lien privilégié que vous et votre épouse avez eu avec cette Association?

M. Bernard – Le  Musée acadien a toujours été pour moi une fierté en tant qu’institution pour faire valoir ce que nos ancêtres nous ont légué.  C’est pour cela que durant mon terme de ministre responsable des Affaires culturelles j’ai pu recevoir les fonds nécessaires des gouvernements pour construire ce que nous avons aujourd’hui.  En ce qui concerne le geste de l’hommage spécial que nous avons reçu à notre dernière visite officielle au Musée acadien de l’Î.-P.-É., le 23 avril 2006, avant mon départ de Fanningbank, ce geste nous a fait chaud au cœur puisque cela avait toujours été une priorité pour moi de pouvoir rendre service à la communauté acadienne, francophone et insulaire. J’ai toujours été fier de notre Musée acadien de l’Î.-P.-É. Ils font un très bon travail pour préserver et promouvoir notre patrimoine acadien et je suis certain qu’ils vont continuer à le faire.

17. Y avait-il de la sécurité dans la résidence officielle?

M. Bernard – Nous avions un système d’alarme. Quand on a déménagé là, il y avait un commissaire qui venait jusqu’à six heures du matin. Quand Mme Reid était là, elle se sentait toute seule dans la maison. À ce moment-là, il avait été décidé d’avoir un commissaire pour faire de la sécurité la nuit.  Mais, il y avait eu de petits problèmes avec les commissaires; il y en a qui s’endormaient la nuit. Alors, on nous a demandé si on se sentirait plus en sécurité avec un système d’alarme au lieu d’avoir des commissaires. À partir de ce moment-là, on n’a pas eu de commissaires.

18. Comment vous êtes-vous sentis quand ç’a été le temps de quitter Fanningbank au mois de juillet 2006?

M. Bernard – Le mandat d’un lieutenant-gouverneur est de cinq ans. Alors, on savait que ç’allait venir, que ç’allait arriver. On était prêts pour retourner dans la communauté chez nous parce qu’on voulait certainement rétablir un lien avec les familles et les amis. On s’était donc préparé pour ça.

Il n’y avait pas seulement l’idée de déménager; il fallait aussi « finaliser » le poste. On ne le réalise peut-être pas, mais autour d’un lieutenant-gouverneur, il y a environ cinquante à soixante personnes qui font du travail bénévole. À la maison, il y avait des guides et des aides de camp. Il y avait des comités (comité de maison et comité du jardin). Alors, on a voulu remercier toutes ces personnes-là en faisant une activité sociale pour eux. C’était en quelque sorte achever notre séjour officiel à Charlottetown.

Pendant notre séjour, c’était une des premières fois que la résidence du lieutenant-gouverneur avait été ouverte au grand public, l’été. En juillet et août, on était ouvert de dix heures du matin à quatre heures de l’après-midi. Il y avait des étudiants d’école comme guides. Et là aussi, pour le « Garden Party », on l’a ouvert au public. Avant ça, c’était par invitation seulement. La première année, nous sommes arrivés là en mai et la liste des invités était déjà faite. La deuxième année, nous avons décidé que ce n’était pas juste d’avoir seulement une liste d’invités. Alors, on a invité tout le public à y venir.

À l’automne, on a eu la visite de la Gouverneure générale Adrienne Clarkson. Elle était très ouverte à l’idée d’ouvrir le « Garden Party » au public parce qu’elle le faisait elle-même à Rideau Hall, sa résidence officielle à Ottawa. Elle nous en avait fait la suggestion. Moi, j’ai trouvé que ça faisait vraiment de l’allure. Ça faciliterait les choses parce qu’on ne savait pas qui inviter. Comme ça, on n’avait pas à s’inquiéter au sujet de qui inviter et de qui ne pas inviter. C’était plus facile et on a eu beaucoup plus de personnes qui sont venues.

Anciennement, lors de la réception (en anglais, c’est levee ou levée) du jour de l’An, chaque personne qui y venait donnait sa carte. Ces personnes-là étaient ensuite invitées au « Garden Party ». Alors, c’était toujours le même groupe, les mêmes personnes, les personnes les plus influentes de Charlottetown. Mais, nous autres, nous avons voulu changer cela.

Mme Bernard – C’était vraiment drôle – tu partais – tu t’étais habitué(e) – c’était ton chez-toi. Mais, j’étais contente moi aussi de m’en venir ici à Wellington et d’être de nouveau avec la famille et les amis, puis de faire ta routine et être parmi d’autres personnes francophones. À Charlottetown, il n’y a pas beaucoup de francophones. Mais, tous les gens étaient bien accueillants, anglophones et francophones. On a eu une belle, belle expérience. Les employés étaient superbes – ils ne pouvaient pas en faire assez pour nous. Après notre retour à Wellington, on les a invités pour souper ici une soirée. Toutes les fois qu’ils nous voient, ils sont très contents, et nous aussi. On reçoit encore des cartes, cartes de fête, cartes de Noël. On a été vraiment proches d’eux. Puis, je crois que ça restera.

19. La vie « normale » à Wellington a-t-elle été difficile à reprendre?

Mme Bernard – Moi, je n’ai pas eu de problèmes de ce côté-là. Une journée après notre retour à Wellington, j’ai dit à Léonce : « Est-ce que nous sommes normaux? ». Jusque là, il n’y avait pas eu une journée que je pouvais dire qu’il se passait de quoi puis je pensais : « Gee, j’aimerais ça être encore à Charlottetown ». Les seules choses qui me manquaient étaient la grande salle à manger et la grande cuisine. Ici, dans notre maison, c’est plus petit quand on invite la famille. Moi, ma place favorite dans une maison c’est la cuisine, ici, puis aussi à Charlottetown, parce que c’était vraiment à part du reste de la maison. La maison à Charlottetown est un petit peu plus grande que celle-ci à Wellington.

M. Bernard – Pas du tout. Ç’a été très facile à se rétablir. Le fait qu’on avait plusieurs contacts, qu’on avait gardé la maison, qu’on s’en venait de temps en temps, qu’on couchait ici à la maison, ç’a été facile de recommencer à faire ce qu’on voulait faire. Il n’y a pas eu de difficultés. Nous étions fiers de revenir dans la communauté.

 

Leurs Honneurs avec Leurs Excellences les très honorables Adrienne Clarkson et Michaëlle Jean, gouverneures générales et commandantes en chef du Canada, à Fanninkbank.

Signature vice-royale des armoiries complètes attribuées à la Province de l’Île-du-Prince-Édouard (le 13 décembre 2002).

 

Causerie vice-royale lors de la première visite officielle de Michaëlle Jean (le 8 novembre 2005).

 


Un de la trentaine d’arbres déracinés à Fanningbank.(Gracieuseté de Luc Gagnon, Granby, Québec.

 

En souvenance d’un hommage au troisième lieutenant-gouverneur acadien de l’Île-du-Prince-Édouard et président d’honneur de l’Association du Musée acadien de l’Î.-P.-É.

2007 par Francis C. Blanchard

 Discours du président de l’Association du Musée acadien de l’Î.-P.-É. à l’occasion de la huitième visite officielle de leurs honneurs au Musée acadien, le dimanche 23 avril 2006 et de leur départ de Fanninkbang.

 

Vos Honneurs,
Monsieur Wilfred Arsenault, député,
Monsieur Edmond Gallant, vice-président du Comité historique Soeur-Antoinette-DesRoches,

Monsieur le président d’honneur, peut-être aura-t-on joué une dernière fois le salut royal dans ce musée en votre honneur en tant que lieutenant-gouverneur de cette province, en particulier à titre du 3e lieutenant-gouverneur acadien de l’Î.-P.-É.

En tout cas, à notre mémoire, c’est aujourd’hui un des plus petits rassemblements auxquels vous avez assisté, du moins pour ce qui est de son auditoire restreint, et depuis votre entrée en fonction le 28 mai 2001 alors que moi-même, on me choisissait ici comme président.

Pour Vos Honneurs, comme pour nous en votre présence, notre plus grand rassemblement commun fut le 19 août de la première année de votre mandat  alors que vous apposiez votre signature pour marquer votre présence une toute 1re fois dans notre « livre d’or ». Mesdames et Messieurs, vous pourrez compter dans votre programme les sept premières visites de Leurs Honneurs chez nous alors qu’ils avaient signé à chaque occasion le « livre d’or » de notre Association. Cette toute première fois marquait le premier dévoilement mondial des paroles françaises de notre hymne national, l’Ave Maris Stella. Ce jour-là du 19 août 2001 était aussi l’anniversaire de naissance de J. Henri Gaudet qui transférait pour cinq ans au Musée et la Fondation du patrimoine de l’Î.-P.-É. le titre légal des oeuvres d’art de la Collection Alma-Buote. C’est aussi ce 19 août 2001 qu’on a pour la première fois mentionné publiquement le don des quelque 30 arpents de terre de Anita Chiasson. Cela avait été mentionné au conseil d’administration de notre Association avant que j’en devienne président. C’est ainsi, Vos Honneurs, que votre première visite officielle coïncidait alors avec ces considérations. Pour la toute première fois, le ministre Murphy annonçait ce jour-là que la Division des Affaires francophones serait désormais appelée la Division des Affaires acadiennes et francophones. Nous avions tressailli de joie ensemble à cette nouvelle!

Six mois plus tard, le 17 février 2002, Vous et Madame présidiez au dévoilement d’une surprise — malheureusement pour certains, ce n’était pas la cloche de Malpèque — mais peut-être plus significativement, c’était une superbe sculpture des membres d’une famille en exil, de Louis-Philippe Hébert, un don de monsieur Camille Brière de Saint-Léonard, près de Montréal. Encore une coïncidence bien intéressante : cette sculpture date de 1908, l’année du 150e anniversaire de notre Déportation à l’Île Saint-Jean! C’est comme si cette sculpture avait été destinée à trouver son ultime demeure chez nous, à notre Musée acadien de l’Î.-P.-É.

Presqu’un an et demi plus tard, précisément le 15 juin 2003, Vous et Madame étiez là pour le dévoilement de notre numéro spécial de La Petite Souvenance alors que notre Association vous nommait président d’honneur à vie. Sept mois plus tard, vous revoilà en plein hiver, le 7 janvier 2004, pour le lancement de la série « L’Acadie sans frontières », en présence de toute l’équipe de Radio-Canada. Sept mois plus tard, avec le plus beau décor jamais vu dans cette salle nommée Dr J. Aubin Doiron, ce fut le Banquet des fondateurs à l’occasion du 40e anniversaire de notre Association et de notre Musée! C’était le 25 août 2004 et vous plantiez un frêne pour marquer votre passage chez nous en ce jour faste des festivités de notre 40e (voir photo page 32).

Un an plus tard, le 11 juillet 2005, notre « livre d’or » indique une visite privée de Leurs Honneurs. Pour nous, il n’y a pas de visite privée de notre lieutenant-gouverneur!

Votre septième visite parmi nous, c’était pour le dévoilement des six tableaux historiques des Grandes Heures du peuple acadien de Claude Picard. Cela eut lieu l’année dernière, le 10 septembre 2005. « Parmi nous » voulait alors dire au Centre Belle-Alliance à Summerside puisque notre Musée acadien à Miscouche était beaucoup trop petit pour un événement d’une telle envergure. C’est ainsi que se sont déroulées vos sept visites officielles avant aujourd’hui. Vos Honneurs, vous venez d’apposer votre signature une huitième fois dans notre « livre d’or » pour marquer votre dernière visite en tant que lieutenant-gouverneur de l’Î.-P.-É.

Nous voulons marquer doublement notre reconnaissance envers vous aujourd’hui pour avoir participé si proactivement à l’essor de notre Association, de notre sous-comité historique et de notre Musée ces cinq dernières années en tant que lieutenant-gouverneur aux côtés de Florence, une superbe « Première Dame » s’il y en a une pour cette province.

Aujourd’hui on n’oublie pas votre souhait que le drapeau acadien flotte « en permanence » à Province House à Charlottetown comme il a flotté durant votre mandat à Fanningbank. En terminant, nous nous rappelons que vous avez choisi comme devise lors de la concession de vos armoiries, la devise « Entraide » (ci-dessous), et bien, nous avons aujourd’hui comment vous avez toujours été au service des autres particulièrement dans le mouvement coopératif. Nous réalisons de plus en plus que vous vivez bien votre devise aussi au service des vôtres, les Acadiens. Au nom des membres du conseil d’administration de l’Association du Musée acadien de l’Î.-P.-É. et des membres du Comité historique Soeur-Antoinette-DesRoches, un gros merci à vous, Vos Honneurs! Nous mesurons l’honneur qui nous est fait que vous continuiez d’être là à titre de président d’honneur de notre Association. Nous vous souhaitons longue vie et bonne retraite!

David Le Gallant, président (2000-2007)

Très belles armoiries avec la devise « ENTRAIDE » concédées le 12 juin 2002 par l’Autorité héraldique du Canada.

Présentation vice-royale des armoiries personnelles à l’hon. J. Léonce Bernard (Fanningbank, le 14 décembre 2002).

 Leurs Honneurs, à l’arrière du Musée acadien de l’Î.-P.-É. avec des membres du Conseil d’administration de l’Association, du Comité historique Soeur-Antoinette-DesRoches et du personnel du Musée.

Ce 23 avril 2006, dévoilement par Leurs Honneurs d’une plaque marquant la plantation d’un frêne le 25 août 2004 lors du 40e anniversaire du Musée acadien de l’Î.-P.-É. (1964-2004) et d’un deuxième dévoilement également par Leurs Honneurs d’un portrait de Son Honneur J. Léonce Bernard à titre de Président d’Honneur, depuis le 15 juin 2003, de l’Association du Musée acadien de l’Î.-P.-É.

 

Une réminiscence acadienne*

2007 par La Petite Souvenance

 

Lors de sa visite inspectorale à Tignish, M. Joseph-Octave Arsenault, Inspecteur des écoles françaises nous a rapporté un fait ayant rapport nos

Joseph-Octave Arsenault, premier inspecteur francophone (1892) des écoles acadiennes de l’Île.

 ancêtres, lequel peut-être beaucoup d’entre nous ignorent. En route pour l’île-aux-Sauvages, où il allait visiter l’école de M. C. Poirier qui se dévoue à l’instruction de ces pauvres petits micmacs, M. Arsenault dit qu’il passa par Low Point appelé La-Pointe-aux-Vieux dans le temps que la place était habitée par les Acadiens. M. Gillis le propriétaire actuel de Low Point, lui ayant dit que cette ferme qu’il occupe avait autrefois appartenu à des Acadiens, M. Arsenault, mû par un sentiment patriotique, eut l’heureuse inspiration de visiter cette ferme. Il dit qu’on y voit encore la cave au-dessus de laquelle étaient bâtie l’église et le puits qui est en parfait état de conservation. Tout près, on y trouve plusieurs ossements qui indiquent quel était le cimetière des premiers colons acadiens. M. Arsenault ajoute que, un Anglais des plus anciens de la localité lui a dit que vers 1760 après la prise de Québec par les Anglais, les Acadiens de La-Pointe-aux-Vieux craignant la persécution, avaient abandonné leurs établissements, pour d’autres lieux qu’il croit être Miscouche et Baie-Egmont.

Nous remercions M. Arsenault pour ce précieux renseignement des premiers temps des Acadiens. Il y a beaucoup d’autres places sur l’Île St-Jean qui doivent leurs premières traces d’établissement à nos ancêtres que le sort de la guerre a fait passer depuis en mains étrangères. Nous aimerions voir d’autres de nos jeunes instituteurs acadiens s’intéresser à recueillir d’autres souvenirs de nos ancêtres qui sont si communs dans l’Île. Nous publierons toujours avec empressement tous détails de ce genre qui nous seront remis.

 

* Tirée de L’Impartial, Tignish, Î.-P.-É., le 17 ao t 1893, attribuée Gilbert Buote (Gracieuseté des Archives publiques de l’Î.-P.-É.) Francis C. Blanchard en a fait la découverte.

 

La souvenance d’une bonne leçon paternelle!

2007 par La Petite Souvenance

Francis C. Blanchard

 

Francis Cyril, le septième enfant de la famille du professeur J. Henri Blanchard et de Ursule Gallant, fut l’innocent bénéficiaire d’un enseignement fort bien intentionné du père.

C’était un après-midi, probablement au mois de septembre ou même au mois d’octobre, pendant la saison et la série des compétitions collégiales du football anglais, le rugby.

Le jeune Francis avait onze ou douze ans, et il voulait résolument voir cette dernière partie de la saison automnale, entre les « Welshmen » du Collège Prince-de-Galles et les « Saints » du Collège Saint-Dunstan, où avait lieu ladite joute.

Le jeune garçon est parti de son école en toute hâte pour arriver la maison avant le départ de son père vers Saint-Dunstan. Le père, J. Henri Blanchard, ne manquait que rarement les joutes quand son fils, mon frère Elmer, jouait sur l’équipe des « Welshmen ». Elmer était un très bon joueur, comme l’était d’ailleurs J. Henri Blanchard. L’équipe du Collège Prince-de-Galles comptait beaucoup sur ses prouesses, et périodiquement, il réussissait un franc but pour son équipe. Les journaux en parlaient avec éloges et pour tout cela, je voulais être présent cette compétition importante, qui devait se jouer vers les 16 heures. J’avais couru en toute vitesse de l’école la maison, ce qui était pour moi d’une assez bonne distance. Je savais qu’en arrivant, il y aurait, en toute probabilité, un refus, non équivoque qui m’attendait, car, durant la semaine précédente, j’avais manqué de l’école à cause d’une méchante grippe. J’étais résolu, tout de même, de tenter mes chances.

Et comme de raison, mon père m’a bien refusé de prime abord. Mais moi de mon côté, j’ai continué à quémander. Pour lui, c’était toujours le refus. À répéter mes demandes, finalement, mon père a cédé. Il me dit alors, va demander maman. Ma mère ne voulait absolument pas, puisque j’avais été retenu à la maison toute la semaine d’avant. Mais, vu le succès que j’ai réussi avec mon père, j’ai persisté dans ma requête. Hélas! Victoire! Ma mère a fléchi sous mes insistances réitérées et m’a dit : « Oui, vas-y, mais si tu retombes malade, par la suite, dis à ton père, que ce sera lui qui aura la tâche de te soigner ».

Croyez-moi, j’étais des plus heureux. Mon père et moi-même, nous sommes partis à pied vers Saint-Dunstan pour assister la joute. En route, nous avons passé devant une épicerie. La fringale me prend et je demande quelques sous à mon père pour l’achat d’une barre de chocolat. D’un ton fulgurant certain et rassurant, il me dit : « Non ». La réponse était ferme et non équivoque. Moi, comme un enfant gâté, je boude. Oh! Quelle chance!

Je me suis mis ensuite marcher en zigzaguant avec le dos courbé. Souvent, mon père me disait de marcher avec mes épaules en belle et forte carrure. Mon père n’a pas fait mine de m’avoir observé. Tous deux, nous nous sommes rendus à la compétition au Collège.

La partie était des plus belles! Toutefois, je crois que la victoire est allée l’équipe des « Saints ».

La rentrée au bercail s’est faite sans les gesticulations du départ. Arrivés la maison, la leçon du père s’est faite en bonne et due forme. Le professeur laisse entrer le jeune gosse en premier devant lui. Une fois dépassé le seuil de la porte, le père grimpe l’épaule du jeune Francis, le tourne de bord et lui dit d’un ton menaçant et autoritaire : « Mon fils, ne fais jamais plus de pareilles démonstrations avec moi ». Il m’a pris complètement par surprise, et la leçon me fut fort bien transmise avec toute l’emphase qu’il me fallait.

Francis, Wilmer et leur père, le professeur Blanchard, après une joute de rugby entre le Collège Prince-de-Galles et le Collège Saint-Dunstan.

J. Henri Blanchard se confesse à l’abbé Henri-Raymond Casgrain

2007 par Francis C. Blanchard

Je feuilletais récemment un livre de la bibliothèque de mon père intitulé Les Sulpuciens et les Prêtres des Missions Etrangères en Acadie [1676-1762], écrit par l’éminent écrivain et historien canadien-français, l’abbé Henri-Raymond Casgrain.* Ce volume fut publié en 1897.

Sur la page 300 de ce beau travail, j’ai remarqué une note écrite au crayon dans la marge et signée par J.H.B., à côté d’une annotation de celui-ci. L’annotation de l’abbé Casgrain débutait comme suit : « Au cours de l’été 1894, me trouvant à l’Île-du-Prince-Édouard j’allai visiter la mission de Malpec, établie aujourd’hui dans l’Île de Lennox. L’évêque de diocèse, Mgr James Charles MacDonald, y faisait ce jour-là sa visite épiscopale… »

Et la note écrite au crayon de J.H.B. se lisait ainsi : « Lorsque l’évêque MacDonald nous confirma à Bloomfield pendant cette tournée de confirmation, l’abbé Casgrain était l’hôte de l’abbé Gallant [l’abbé F.X. Gallant à Bloomfield], et c’est à lui que je fis ma confession. Il me demanda mon nom et quand je lui dis Henri Blanchard, il me dit : Sois bon garçon, moi aussi je m’appelle Henri. Il portait de grosses lunettes noires. J.H.B. »

On sait que l’abbé Henri-Raymond Casgrain se rendit à l’Île-du-Prince-Édouard pendant l’été de 1894 pour lancer son histoire des Acadiens de l’Île intitulée « Une Seconde Acadie »…

Souvenir, gracieuseté de La Voix acadienne, Summerside, Î.-P.-É., le 11 janvier 1978.

  • NDLR : Chercheur de haute distinction, l’abbé Henri-Raymond Casgrain était celui qui avait trouvé au Public Record Office à Londres des preuves que les Archives publiques de la Nouvelle-Écosse, pour justifier la Déportation des Acadiens, n’avaient pas incorporé dans leurs archives des documents clés compromettant les Britanniques dans la Déportation des Acadiens (John Mack Faragher, A Great and Noble Scheme, 2005, p. 463-465). L’abbé Casgrain a écrit une histoire de l’Île-du-Prince-Édouard en 419 pages (édition 1894) intitulée Une Seconde Acadie, certes une œuvre majeure sur l’histoire des Acadiens de l’Île-du-Prince-Édouard. Le professeur Blanchard s’est naturellement inspiré de l’abbé Casgrain.


L’abbé Henri-Raymond Casgrain (1831-1904) natif de Rivière-Ouelle (Québec), auteur de Pèlerinage au pays d’Évangéline et Une Seconde Acadie, c’est-à-dire l’Île-du-Prince-Édouard.