Archive pour: ‘janvier 2003’

Mot du Comité de rédaction du Comité historique Soeur-Antoinette-DesRoches

2003 par La Petite Souvenance

 

Pour commémorer le passé, il faut savoir ce qui s’est passé.  À la veille du 400e anniversaire de notre existence comme premier peuple néo-européen avec des racines permanentes au nord du Mexique, le passé acadien qu’on veut commémorer en 2004 peut avoir été changé.  Changé par ceux qui, soit par intérêt ou par entêtement, fomentent une interprétation fautive du passé et du vécu acadien. Une interprétation qui pourrait aboutir à une « histoire nationale acadienne » qui ne peut plus nous enseigner les leçons qu’elle contient.  Le débat actuel pour savoir à qui incombe la responsabilité ultime de notre Déportation en est un premier exemple flagrant.  Toute une élaboration pénible sur la question est pourtant de mise à la veille d’un autre anniversaire en 2005, celui de ce qu’on a interprété fautivement comme étant un simple « Grand Dérangement ».

Le Comité historique Soeur-Antoinette-DesRoches et son prédécesseur, la Société Historique Acadienne de l’Île-du-Prince-Édouard, commémorent depuis mai 1979 le passé acadien à l’Île-du-Prince-Édouard en offrant à ses lecteurs de La Petite Souvenance ce qui s’est passé dans leur histoire nationale, le passé d’une histoire et d’une nation qui souvent ne se limite pas aux confins de notre « Mer Rouge ».  Le prochain Congrès Mondial Acadien qui aura lieu en partie dans cette Acadie historique que couvre la Nouvelle-Écosse actuelle en sera la preuve tangible.

Ce qui s’est passé pour nous, Acadiens et Acadiennes, ne se trouve pas seulement dans les écrits de nos historiens, de nos folkloristes et de nos artistes.  Ça se trouve aussi écrit dans la vieille et pure langue acadienne de nos ancêtres (Georges Arsenault), dans nos cimetières (Francis Blanchard), sur les pieds fuselés et les barreaux mortaisés de nos vieilles chaises (Maurice Roy), sur nos cloches (Judy Chiasson), dans les vieux registres de nos églises de paroisse (Earle Lockerby), dans le coeur de nos aînés (Berthe Blanchard), dans le rythme harmonieux de l’hexamètre d’une épopée faite sur mesure (Père James Kelly), dans les arbres de nos forêts (Doug Sobey) et même dans l’identité acadienne qui se trouve dans une couche terrestre de la plus ancienne faune connue sur terre (Gordon Lavoie).  Voilà la panoplie du passé acadien que ce numéro 17 de La Petite Souvenance vous offre.

En scrutant ce qu’il y a de plus riche en substance chez ces experts, sûrement que nous pourrons déceler les leçons que leurs articles contiennent.  Les Acadiens ont fait du chemin pas seulement dans la couche terrestre ou parmi les arbres de la forêt.  Ils se sont même frayé un chemin jusqu’à la résidence de la reine dans la capitale de l’Île-du-Prince-Édouard car il y a un Acadien là-bas qui en est le maître.  Il s’agit d’un des nôtres dans la personne de Son Honneur, l’honorable Léonce Bernard, le 3e lieutenant-gouverneur acadien de cette province.  Nous lui dédions notre numéro aujourd’hui.

L’Histoire nous apprend des leçons.  La vraie, celle qui n’est pas interprétée fautivement, nous apprend avant tout qu’il faut être patient, patient pour la véracité des témoignages qui apparaissent comme par miracle de partout, et patient pour que l’intellectuel qui est en nous tous, puisse les voir en pleine face à leur juste mesure.  Si nous arrivons à vous apporter des lueurs de véracité historique pour que vous puissiez pleurer ou commémorer dans l’allégresse ce qui s’est

passé dans ces racines permanentes de notre passé acadien, c’est avant tout grâce à notre commanditaire pour ce numéro 17 de La Petite Souvenance, les religieuses de la Congrégation de Notre-Dame.  Toute notre gratitude!  Nos collaborateurs se joignent à nous pour vous souhaiter une bonne lecture.

 

Membres du Comité de rédaction

Francis Blanchard, Edmond Gallant, David Le Gallant.

 

Membres du Comité historique Soeur-Antoinette-DesRoches

David Le Gallant, président

Edmond Gallant, vice-président

Alice Richard, secrétaire

Georges Arsenault, trésorier

Père Melvin Doucette

Zita Gallant

Béatrice Caillié

Francis Blanchard

Orella Arsenault

DÉDICACE

2003 par La Petite Souvenance

Ce numéro 17 de La Petite Souvenance

est dédié à

Leurs Honneurs, l’honorable Léonce Bernard,

lieutenant-gouverneur de l’Île-du-Prince-Édouard,

et Madame Bernard

 

Leurs Honneurs le lieutenant-gouverneur de l’Île-du-Prince-Édouard et Madame Bernard

Le 28 mai 2001, Son Honneur l’honorable J. Léonce Bernard fut assermenté trente-neuvième lieutenant-gouverneur de l’Île-du-Prince-Édouard depuis la fondation de la colonie en 1769, et le vingt-sixième depuis la Confédération en 1873.  Son Honneur est le troisième lieutenant-gouverneur acadien de cette province.

Natif d’Abram-Village, Son Honneur a fait ses études à l’école Évangéline, a complété des cours de tenue de livres et de comptabilité alors qu’il était membre de l’Aviation royale du Canada et est un fervent défenseur du mouvement coopératif tant sur la scène provinciale que nationale.  D’abord élu à l’Assemblée législative à titre de député de la troisième circonscription de Prince au cours d’une élection partielle en 1975, Son Honneur a été réélu au cours des cinq élections générales suivantes, soit en 1978, 1979, 1982, 1986 et 1989.  Dans le gouvernement du premier ministre Joseph Ghiz, Son Honneur avait occupé le poste de ministre de l’Industrie et président de l’Agence de développement de l’Î.-P.-É. entre 1986 et 1989, ainsi que le poste de ministre des Pêches et des Affaires communautaires entre 1989 et 1991.

En juillet 1968, Son Honneur a épousé Florence Gallant de Cap-Egmont.  Ils ont eu quatre enfants et ont présentement deux petits-fils.  Madame Bernard a été bénévole dans nombreux organismes dont la Société canadienne du cancer, et a été membre entre autres des Dames auxiliaires de la Légion royale canadienne (filiale de Wellington) et du choeur de l’église Immaculée-Conception de Wellington.  Elle a aussi siégé au conseil d’administration du Centre Goéland à Cap-Egmont.

Son Honneur a toujours appuyé les organismes acadiens, leurs projets et leurs oeuvres.  Cet appui moral et financier a donné un nouvel essor à la culture, à l’enseignement en français et à la conservation du patrimoine acadien de l’Île-du-Prince-Édouard.  Son Honneur peut inscrire à son crédit non seulement la construction du Centre scolaire-communautaire de Charlottetown avec le Carrefour de l’Isle-Saint-Jean mais aussi la construction en 1991 d’un nouvel édifice très moderne pour le Musée acadien de l’Île-du-Prince-Édouard.  Celui-ci joue un rôle primordial pour la conservation du patrimoine national de l’Acadie de l’Île.  Pour la première fois dans l’histoire de cette province, le drapeau national de l’Acadie flotte en permanence au mât de la résidence de Sa Majesté la reine à l’Île-du-Prince-Édouard.

Le 12 juin 2002, le Héraut d’armes du Canada a concédé à Son Honneur de nouvelles armoiries dont les fleurs de lis aux extrémités de la croix bleue représentent l’origine française de ses ancêtres.  Les nouvelles armoiries furent présentées à Son Honneur le 14 décembre 2002 par Son Excellence Madame Adrienne Clarkson, Gouverneure générale et commandant en chef du Canada.

En guise de profonde reconnaissance pour leur contribution inestimable à l’épanouissement du patrimoine et de la culture acadienne et francophone à l’Île-du-Prince-Édouard, le Comité historique Soeur-Antoinette-DesRoches dédicace à Leurs Honneurs ce numéro 17 de La Petite Souvenance.

Antoinette Gallant, raconteuse par excellence

2003 par Georges Arsenault

Georges Arsenault

 

« Acadienne d’origine, elle l’est aussi de coeur, et par ces écrits elle partage son talent de raconteuse. »  C’est ainsi que la journaliste de La Voix acadienne, Mona Laforge Lucker, décrivait en 1981 Antoinette Gallant, l’écrivaine de Rustico qui nous a quitté le 25 août 2002.  Auteure prolifique qui a beaucoup contribué à la conservation du patrimoine oral et linguistique acadien, elle s’est d’abord faite connaître sous le couvert de l’anonymat par sa chronique Rustico on raconte publiée pendant de nombreuses années dans l’hebdomadaire francophone de l’Île-du-Prince-Édouard.

Antoinette Gallant. Photo prise vers 1982.

Antoinette était douée d’une imagination fertile nourrie dans son enfance d’abord par les contes merveilleux que sa mère racontait comme Le Corps sans âme, La Bête à sept têtes, Le Sac de vérité, Les Cornuchons d’oret bien d’autres.  « J’les savions aussi bien que ma mère; a’ nous les avait contés si souvent » écrivait Antoinette1.  Ses oncles et ses tantes, surtout du côté de sa mère, étaient aussi de bons conteurs.  Elle évoquait notamment sa tante Valérie qui pouvait « rendre les contes si intéressants2 ».

Antoinette est elle-même devenue une conteuse bien connue et appréciée auprès des enfants de Rustico.  Yvonne Doucette se souvient de ces soirées où de nombreux enfants du voisinage se rencontraient autour de la conteuse :

Les enfants se rassemblaient dans la cuisine chez ma tante Edna, au coin de Rustico.  Antoinette venait là et elle nous racontait des histoires épeurantes.  On se collait tous ensemble dans la cuisine autour d’elle.  Elle se mettait une écharpe sur les épaules, avec peut-être quelque chose sur la tête, puis elle nous contait des histoires.  Nous autres, on aimait ça.  Elle nous contait des histoires comme des flammes de feu qui sautaient d’un poteau à l’autre dans les cimetières.  Je me rappelle une autre petite histoire d’un homme avec la main d’or qui sortait piger des enfants!3

Il n’y a pas que les jeunes de Rustico qui ont pu apprécier ses talents de conteuse et d’amuseuse, mais également ses neveux et nièces et leurs amis de Saint-Chrysostome.  Sa nièce, Yvonne (Arsenault) Tuplin, évoque les visites de sa tante dans son livre Remember When… Reflections of an Acadian Childhood :

Word spread like wild fire when the notable Tante Toinette arrived at our house.  This was a much memorable time for all of us.  She was an instant hit among the neighbours [...]

She always brought lots of books but would only read us the scary stories.  Mom would read these books to us at bedtime.

Tante Toinette was quite the comedian and a very good magician.  The neighbors were informed about the day of her performance and many children came; some with their parents.  I recall it being in our parlor but I believe she did perform in our big kitchen.4

Née le 13 décembre 1920, Antoinette Lucie était la fille de Joseph Isidore (John) Gallant et de Marguerite Anne (Maggie) Doiron.  Elle a passé la plus grande partie de sa vie à Rustico où elle a grandi sur une petite ferme avec ses deux soeurs, Cécile et Corina.  Elle a fait toutes ses études à l’école du couvent des religieuses de la Congrégation de Notre-Dame situé à peu de distance de la maison paternelle.

Jeune fille, Antoinette passait beaucoup de temps à lire et elle aimait partager son amour des livres avec les gens de son entourage.  Elle s’est d’ailleurs occupée pendant de nombreuses années de la petite bibliothèque locale, une succursale de la bibliothèque provinciale située à la salle paroissiale.  « Elle ouvrait la bibliothèque avant et après la messe les dimanches, se souvient Yvonne Doucette, puis on allait là chercher des livres à chaque fin de semaine.  Elle nous aidait à choisir des livres et elle nous racontait un petit peu ce qui se passait dans certains livres.  Elle était très passionnée pour la lecture.5 »  Son amour des livres l’a amenée à Charlottetown où pendant plusieurs années au cours des années 1960 elle a été à l’emploi de la bibliothèque provinciale comme bibliotechnicienne.

Antoinette Gallant a commencé à écrire au début des années 70, après la parution de La Sagouine de l’auteure Antonine Maillet.  Dans l’introduction de son premier ouvrage, Le Journal d’une raconteuse, elle explique bien comment elle s’est lancée dans la création littéraire :

Chez-nous, comme dans tous les autres hameaux du monde, il y a beaucoup de petites choses cocasses qui se sont passées et qui nous ont souvent fait rire aux éclats.  J’ai toujours désiré mettre par écrit de ces faits amusants, mais je ne savais guère comment m’y prendre.  Je ne voulais pas les écrire en anglais, bien sûr, mais il me semble que le français standard n’était pas plus opportun.

Au couvent, les bonnes soeurs tentaient de nous enseigner « le bon français ».  Elles nous ont si souvent grondés, pour nous empêcher de parler « l’acadien », que finalement j’avais presque honte de le parler à l’étranger.  Cependant, on le parlait toujours à la maison.  Là, on disait : « Tcheue-z-heure qu’il est? » et non pas « Quelle heure est-il? »

J’aurais voulu écrire dans ce langage que l’on parlait, mais je suis certaine qu’à cette époque-là, ce n’aurait pas été bien accepté.

Je me suis rendu compte que l’attitude envers le parler acadien avait quelque peu changé lorsque j’ai lu le livre La Sagouine, de l’illustre écrivain Antonine Maillet.  J’ai été tout a fait ravie!  J’ai donc tenté d’imiter cet auteur, non pas son génie, ce serait impossible à mon avis, mais bien la manière dont elle fait parler ses personnages.  J’ai cependant tâché de donner aux miens la saveur particulière du parler de ma région.6

C’est un ami, père Albin Arsenault, qui m’a présenté Antoinette Gallant lors d’un passage à Rustico au printemps 1975.  Il la connaissait depuis son enfance, car il était de ceux qui avaient eu la chance d’assister à ses performances à Saint-Chrysostome.  Ce jour-là, elle nous a montré un manuscrit qu’elle avait écrit dans le parler acadien de Rustico.  Elle a eu la gentillesse de me le prêter pour que je puisse le photocopier, heureuse de le partager avec quelqu’un qui s’intéressait à la langue et aux traditions acadiennes.  J’étudiais à l’époque à l’Université Laval en folklore.  Quelques mois plus tard, avec sa permission, j’ai publié dans La Voix acadienne, qui venait tout juste de voir le jour, un extrait de ses écrits dans un article intitulé simplement « Rustico… on raconte… »7. Il y était question de l’incendie du couvent de Rustico survenu en 1932.

Antoinette Gallant et ses deux soeurs
en 1941.
De gauche à droite : Antoinette,Corina et Cécile. Coll. Camilla Arsenault

L’été suivant (1976), j’ai soumis quelques autres extraits au journal.  Voyant l’intérêt pour ces articles, le rédacteur, Jean H. Doiron, également de Rustico, a approché Antoinette pour l’inviter à écrire une chronique hebdomadaire dans La Voix acadienne.  Heureuse et flattée de l’invitation, elle s’est aussitôt mise à l’oeuvre et a publié sa première rubrique de Rustico on raconte le 22 décembre 1976 sur le thème « Chou-nous, à Noël ».  Antoinette Gallant a tenu sa chronique pendant environ 10 ans, au grand plaisir de nombreux lecteurs.

Par contre, ce n’est pas tout le monde qui appréciait les écrits d’Antoinette Gallant rédigés dans la langue et l’accent traditionnel de Rustico.  Yvonne Doucette s’en souvient :

Au début, on était peut-être un petit peu embarrassé par ça et on avait peut-être un petit peu honte.  Je pense qu’on avait peur que les autres gens de l’Île penseraient qu’on parlait encore comme ça.  Mais plus tard, on a appris à vraiment apprécier qu’est-ce qu’elle avait écrit.  Qui d’autre aurait pris le temps d’écrire tout ça exactement comme les mots étaient prononcés?  Ce qu’elle nous a laissé, c’est quelque chose de très précieux, c’est une partie de notre héritage, notre histoire.8

Une lectrice de Charlottetown, originaire de Rustico, était tellement offusquée par la chronique que chaque semaine, en guise de protestation, elle découpait l’article et le postait à la rédaction du journal!  Le rédacteur s’est même senti obligé d’expliquer, voire de justifier, la publication de cette chronique.  Le 29 septembre 1976, Jean H. Doiron écrivait :

La première raison qui me vient à l’idée, quant au pourquoi de cette chronique, est qu’elle amuse une foule de gens, et moi le premier, je retire un immense plaisir à la lire puisqu’elle me rappelle des souvenirs que je ne veux pas oublier.  Elle me rappelle la langue que mes parents et grand’parents et tous leurs amis parlaient et même si, d’après « l’Académie française » elle est bourrée de fautes, je suis fier de dire que pendant plus de deux cents ans, de peine et de misère, ils nous l’ont transmise telle qu’ils la connaissaient, en nous encourageant de faire notre possible à l’école pour l’améliorer.  [...]  Comprenez bien, chers lecteurs, que l’idée de nous moquer du langage de nos ancêtres de Rustico ne nous est jamais venu à l’esprit.

Au mois d’avril 1976, encouragée par l’intérêt manifesté pour ses écrits, Antoinette commence un nouveau manuscrit sous la forme d’un journal.  En 1977, lorsque je suis entré à l’emploi de la Société Saint-Thomas-d’Aquin à titre d’animateur culturel, je lui ai offert la possibilité de publier son manuscrit au compte de la SSTA.  Ainsi a paru en 1979 son premier livre, Le Journal d’une raconteuse, qu’elle avait au préalable intitulé « Aventuës de tous les jouës ou le journal d’in ébécile ».

La communauté anglophone de l’Île a bientôt pu découvrir le talent d’écrivaine d’Antoinette Gallant grâce à deux dames francophiles de Bédèque, Eleanor Wheler et Elaine Harrison.  Lectrices assidues de sa chronique dans La Voix acadienne, elles admiraient le talent de raconteuse et le sens de l’humour de cette dame de Rustico.  Eleanor et Elaine ont bientôt manifesté le désir de rencontrer l’auteure.  Mais il y avait un problème majeur : la rubrique de l’hebdomadaire n’était pas signée.  Effectivement, Antoinette désirait demeurer anonyme.  Elle avait accepté qu’on la publie dans le journal à condition que son identité ne soit pas dévoilée.

Ayant appris que j’étais celui qui avait introduit les écrits d’Antoinette dans La Voix acadienne, Elaine Harrison et Eleanor Wheler ont pris contact avec moi pour que je leur dévoile le nom de l’auteur de Rustico on raconte.  Avec le consentement d’Antoinette, je leur ai donné son nom et elles n’ont pas tardé à lui écrire pour lui dire comment elles appréciaient sa chronique.  Antoinette est rapidement devenue une bonne amie d’Elaine et d’Eleanor et ces dernières n’ont pas tardé à l’encourager à écrire ses histoires en anglais afin qu’elles puissent être publiées au profit d’un public plus vaste.  En 1979, la même année que paraissait Le Journal d’une raconteuse, Elaine et Eleanor publiaient à leurs frais Little Jack an’ de Tax-Man and Other Acadian Stories from Prince Edward Island.  Dans ce livre, Antoinette crée le personnage de la conteuse Ol’ Kallie au verbe particulier qu’elle présente dans son introduction :

Ol’ Kallie is completely fictional and is not meant to resemble anyone living or dead.  She speaks the fractured English which we children used when communicating with others who were unable to speak French.  [...]  Let us join her by the kitchen stove and listen and laugh with her as she regales us with the amazing adventures of Little Jack and all the other tales of Acadia and France.9

Les généreuses dames de Bédèque ont aussi amené Antoinette a écrire une chronique en anglais pour l’hebdomadaire The Eastern Graphic publié à Montague par Jim MacNeill.  Sous la rubrique Ol’ Kallie of Rusticorners, Antoinette a fidèlement tenu cette chronique pendant huit ans, soit de 1978 à 1986.  Elaine Harrison et Eleanor Wheler ont aussi aidé Antoinette à publier en 1987 Ol’ Kallie’s Diary, une publication à tirage limité. Il s’agit du texte d’Antoinette écrit à la main qui a été photocopié et relié sous une couverture rigide.  Dans la préface, Elaine Harrison, auteure insulaire bien connue, présente avec beaucoup d’enthousiasme l’oeuvre originale de son amie :

With a keen eye for detail and a gift of laughter and imagination, she peoples her world in Ol’ Kallie’s Diary with characters like – Peter Lannie, Old Godbout, Father Shoosong and the White Tornado.  And the Island Weather is there with all its seasons – “sparklin’ with frost and sunshine” in January, or a calm warm day in September “when you can see the trees upside down in the water”.

Although Antoinette Gallant can of course write in impeccable English, still she has chosen to use Ol’ Kallie’s English to be true to the character.

Isolée dans sa petite maison à Rustico – une « recluse » comme elle le décrivait – elle avait l’impression qu’elle n’était pas appréciée par la communauté acadienne, et ce, malgré le succès de sa chronique dans La Voix acadienne et l’intérêt que la Société Saint-Thomas-d’Aquin manifestait envers son oeuvre en publiant son premier livre.  Le 8 juillet 1979, elle me confiait : « La S.S.T.A. s’inquiète guère de moi.  Ni personne d’autre non plus.  Un cent vingt-quatre fois – j’ai pris la peine de les conter – que j’ai envoyé ma colonne à La Voix acadienne, et une fois j’ai reçu une lettre qui en parlait, et c’était d’une Anglaise! »  Elle revenait à la charge un an plus tard bien exaspérée par le manque d’appréciation manifestée pour ses écrits :

J’étais si découragée dernièrement que j’avais envie d’arrêter d’écrire tout net.  Il me semblait que personne savait que j’existe.  J’écris et j’écris mes colonnes, et je n’entends jamais un mot excepter [sic] de Elaine et Eleanor, et je me demandais si j’arrêtais d’écrire, est-ce qu’il y aurait quelqu’un qui s’apercevrait.  J’ai bonne envie de l’essayer!10

Heureusement Antoinette n’a pas laissé tomber la plume et elle a continué d’écrire pendant plusieurs années.  De temps en temps elle recevait de petits encouragements qui lui remontaient le moral, comme un compte rendu bilingue de son livre Le Journal d’une raconteuse dans The Island Magazine11 et le fait d’être incluse dans Portraits d’écrivains12, un dictionnaire des écrivains acadiens publié aux Éditions d’Acadie en 1982.

Les principales reconnaissances publiques lui sont arrivées à un moment où elle n’était plus en mesure de les apprécier, car pendant les dernières années de sa vie elle avait perdu sa mémoire. Elle aurait été tellement heureuse et honorée d’apprendre que son oeuvre était largement citée dans le Dictionnaire du français acadien13 d’Yves Cormier à côté des écrits d’Antonine Maillet qu’elle admirait au plus haut point et dont les écrits lui avaient inspirée d’écrire en acadien.  Quand Yves m’apprenait qu’il lui manquait des sources écrites pour représenter l’Île-du-Prince-Édouard dans le dictionnaire qu’il préparait, je lui ai passé les abondants écrits d’Antoinette. Il a été renversé de découvrir ce trésor écrit dans le parler acadien, un trésor qu’il a adoré explorer :

Comme auteur du Dictionnaire du français acadien, j’ai passé bien des heures enfermées dans des bibliothèques avec des livres empilés autour de moi.  Et dans les moments creux, les moments où l’inspiration manquait, les moments où je ne voyais plus la fin de cette recherche, je pensais à Antoinette Gallant, je lisais un ou plusieurs de ses textes, et j’oubliais tous mes problèmes…

Devant des textes aussi savoureux, je me mettais à rire.  Antoinette Gallant, par son esprit alerte, ses jeux de mots, sa personnalité joviale, réussissait ainsi à m’encourager dans mes propres démarches d’écriture.  Et j’ose croire que bien d’autres personnes ont grandement joui de cette écriture qui reflétait sa personnalité exceptionnelle.14

Yves Cormier cite fréquemment Antoinette Gallant dans son excellent dictionnaire afin d’illustrer le contexte dans lequel on emploie certaines expressions typiques du parler acadien.  À titre d’exemple, pour illustrer le terme gibars ou gibarres, il cite un extrait de Rustico on raconte: « pis bétôt y avons d’mandé si i’ voulait danser, pis i’ s’a l’vé pis i sa mit a sauter par en l’air, pis i’ faisait la pirouette su’ l’boute d’in orteil, pis i’ se ch’tait de tout lès bords, vous avez jamais vu dés pareils gibares… »15

Un an avant son décès, Antoinette a été l’objet d’un autre honneur qui lui aurait très certainement fait chaud au coeur.  Le festival acadien de sa région, le Rendez-vous Rustico, lors de son ouverture officielle, le 27 juillet 2001, lui décernait un certificat d’honneur pour sa contribution à la culture locale.  Pendant la cérémonie, j’ai eu le privilège de lui rendre hommage devant une foule de résidants de Rustico et plusieurs membres de sa famille qui ont énormément apprécié les extraits des écrits d’Antoinette lus avec beaucoup d’entrain par Yvonne Doucette et Frances Gallant.  Malheureusement, l’auteure ne pouvait être de la fête, mais la famille s’est assurée que le certificat d’honneur trouve une place d’honneur dans sa chambre au foyer de soins qu’elle habitait à Charlottetown depuis quelques années.

C’est tout un héritage que nous a légué Antoinette Gallant.  À une époque où la langue française, et plus particulièrement le parler traditionnel acadien, disparaissait à grande vitesse dans la région de Rustico, elle a consigné par écrit le parler local conservant ainsi pour la postérité une partie vulnérable mais combien riche du patrimoine acadien insulaire.  Et ce cadeau qu’elle nous a laissé est richement emballé d’un humour typiquement « antoinettien », comme l’illustre bien cet extrait d’une de ses chroniques de Rustico on raconte intitulée «  Quoi c’que tu dis bagne? » : « Chou-nous on marchait dans la place pis j’avions le plancher au d’sus de nos têtes.  Au couvaigne on marchait su’ le plancher!   Du commencemaigne j’avais quasiment peur de rentrer.  C’était ben proche coume qu’on avait té viré à l’envers!16»

______________________________

La Voix acadienne, le 4 juillet 1976.

La Voix acadienne, le 21 janvier 1981.

3 Interview à l’émission L’Acadie c’matin, édition Î.-P.-É., Radio-Canada, le 28 août 2002.

4 Yvonne (Arsenault) Tuplin, Remember When…  Reflections of an Acadian Childhood, Burlington, Ontario, 2000, p. 101.

5 Interview à l’émission L’Acadie c’matin.

6 Antoinette Gallant, Le Journal d’une raconteuse, Summerside, La Société Saint-Thomas-d’Aquin, 1979, p. 5.

La Voix acadienne, le 8 août 1975.

8 Interview à l’émission L’Acadie c’matin.

9 Antoinette Gallant, Little Jack an’ de Tax-Man, Bedeque, Elaine Harrison & Associates, 1979, pp. 7-8.

10 Antoinette Gallant à Georges Arsenault, le 12 juin 1980.

11 The Island Magazine, numéro 8 (1980), p. 44.  Compte rendu écrit par Rose-Anna LeBlanc.

12 Melvin Gallant et Ginette Gould, Portrait d’écrivains, Moncton, Éditions d’Acadie, 1982.  Une photo d’Antoinette Gallant portant des verres fumés accompagne l’article.

13 Yves Cormier, Dictionnaire du français acadien, Montréal, Éditions Fides, 1999.

14 Lettre d’Yves Cormier aux membres du festival Rendez-vous Rustico, le 8 mai 2001.

15 Ibid. et La Voix acadienne, le 1er juin 1977.

16 La Voix acadienne, le 28 juin 1978.

 

 

Ancien cimetière de la paroisse Saint-Paul à la Pointe-Prime

2003 par Francis C. Blanchard

Francis C. Blanchard

 

Au parc provincial Lord Selkirk à Eldon, près de Point Prim (en français : Pointe-Prime) sur la baie Orwell, Î.-P.-É., se trouve l’ancien cimetière acadien de la paroisse Saint-Paul à la Pointe-Prime d’avant la désastreuse Déportation de 1758 à l’Isle Saint-Jean.  Ce cimetière était en usage par les Acadiens de la Grande-Anse (Orwell Bay) de 1752 à 1758.  Abandonné jusqu’au début du 19e siècle, cette terre sacrée a servi par la suite de lieu de sépultures des pionniers écossais, arrivés dans la région en 1803 sous le patronage de Lord Thomas Douglas (1717-1820), 5e comte de Selkirk.  C’est ce même Lord Selkirk qui a dirigé l’oeuvre de colonisation à la Rivière-Rouge au Manitoba, dans l’Ouest canadien.

 

Bravo!  À la vaillante Société historique écossaise de Belfast, qui a organisé samedi le 26 août 2000, une célébration marquant la fin des travaux de la restauration et de l’embellissement du cimetière.  C’est Son Excellence Mgr Vernon Fougère, D.D., évêque du diocèse de Charlottetown, qui a été invité à présider à la bénédiction et à la dédicace du terrain.  Il s’est servi de la formule latine prescrite autrefois par l’Église catholique romaine à l’occasion de cette liturgie.  C’est également Son Excellence qui a inauguré la plaque commémorative placée à la droite de l’entrée du cimetière et sur laquelle se trouvait une inscription appropriée en français, en gaélique et en anglais.  Voici le texte trilingue de l’inscription :

Saint-Paul à la Pointe-Prime

1752-1758

  Ce monument commémore la Paroisse

Saint-Paul d’autrefois et les habitants

Acadiens et Écossais dont les restes

furent inhumés en ce lieu.

Tha’n carn so air a thogal mar chui

mhneachan air seann sgire,

d’am b’ainm Naomh Pol, agus Luchd –

aiteachaidh Acadianach

agus Albannach, a tha nis fo’n uir ann

an cladh so.

This monument commemorates the

former Parish of Saint-Paul, and the

Acadian and Scottish inhabitants whose

remains were laid to rest in this ancient

burial ground.

The Belfast Historical Society

August 26, 2000

Selon madame Hesta MacDonald, alors présidente de la Société historique de Belfast, « ce cimetière restauré et embelli se revêt présentement d’une valeur historique, culturelle, éducative et touristique.  Il nous procure aussi un sentiment de fierté par rapport à nos origines ».  Ce projet de restauration fut rendu possible grâce au concours de quelques partenaires : le Fonds du millénaire, le Gouvernement de l’Î.-P.-É. et Développement des ressources humaines Canada.

À la grande satisfaction de l’assistance en cette occasion, la chorale de la paroisse Saint-Augustin de Rustico a exécuté en français quelques numéros de leur répertoire.  Des jeunes filles de Rustico-Nord ont présenté des pas de danse, accompagnées de la musique au violon et quelques personnes ont diverti l’auditoire avec des chants et de la musique folklorique du répertoire gaélique.  Monsieur Francis C. Blanchard a fait part d’un bref historique de la période 1752-1758 à la Grande-Anse (Orwell Bay).  Le programme de l’après-midi s’est déroulé en la présence d’un nombre imposant de dignitaires dont Son Excellence Mgr Vernon Fougère, D.D., l’honorable Gilbert Clements, lieutenant-gouverneur de l’Î.-P.-É., et M. Wilbur MacDonald, député.  En cette même occasion, on a aussi fait l’ouverture officielle de l’ancienne église de l’Église d’Écosse, laquelle servira de musée, où sera raconté l’histoire fascinante de cette région acadienne pour commencer et écossaise plus tard.

La Société historique de Belfast a créé un comité spécial avec mission de s’occuper des détails du projet de restauration et d’embellissement de ce lieu sacré.  Le comité était composé de feu Ernest MacLeod, président, madame Isabelle MacDonald, secrétaire, madame Mary Ross, madame Hesta MacDonald, monsieur Donald Garnham et monsieur Francis Blanchard, conseillers.

 Lors de la Déportation des Acadiens de l’Isle Saint-Jean (Î.-P.-É.) en 1758, l’abbé Jacques Girard, curé de la paroisse Saint-Paul de la Pointe-Prime, s’est embarqué avec un groupe de paroissiens à bord du vaisseau « Duke William » qui a fait naufrage au cours de la traversée.  Cependant, il a réussi à s’échapper dans une chaloupe avec le capitaine et son équipage, et quatre de ses paroissiens acadiens.  Ce qui suit est une lettre de l’abbé Girard adressée à l’abbé de L’Isle-Dieu, vicaire général des colonies de la Nouvelle-France à Paris en date du 24 janvier 1759 à bord du navire « Le Canadien » ancré dans le port de Brest en France.  Le texte que voici est cité textuellement avec l’orthographe de l’époque aux pages 31 et 33 du volume Le clergé français dans l’Île du Prince-Édouard 1721-1821 par J. Wilfrid Pineau, prêtre :

Me Voicy.  Monsieur, de relache à Brest après avoir été préservé et sauvé d’un naufrage ou je devais périr, et ou 300 hommes ont perdu la vie sur un vaisseau anglais, qui nous passait de l’Isle Saint-Jean à St-Malo, suivant la capitulation de Louisbourg.  Je me suis embarqué le 20.8bre avec bon nombre d’habitans de ma paroisse… Je suis party du port la joye, ou les anglais ont bati un petit fort et ou ils ont laissé 150 hommes de garnison, dès le 4.9bre nous avons manqués de périr; mais le 13.xbre le vaisseau coulant bas d’eau qu’on n’a pu étancher ni épuiser avec 4 pompes et 3 puits … L’équipage s’est sauvé et ma sauve moy même avec quatre des mes habitans et paroissiens, passagers acadiens, dont deux mariés et deux garçons.

Tous les autres ont été engloutis dans la mer et cela dans la manche à 20 ou 30 lieues de terre.  Nous avons gagné heureusement, et comme par miracle les cotes D’Angleterre ou nous avons été sans aucuns secours, ni du côté du Roy dangleterre ni du Roy de france pendant un mois et quelques jours (n’étant pas prisonniers)…  Enfin nous avons été embarqués pour La Rochelle dans un paquetbot.  Nous sommes cependant de relache à Brest, ou nous avons débarqués pour attendre lhonneur de votre reponse et vos avis : mais etant sans ressource nous sommes obligés de rester à Bord pour vivre, car nous n’avons rien sauvé que notre corps bien mal vêtu (Livres, papiers et autres effets perdus).  Nous voilà presentement hors dEtat de travailler si la cour ne fait attention a une aussi triste situation, depuis plus de 20 ans de service tant à l’acadie, sous le gouvernement anglais, qu’à L’Isle St-Jean.  Il a péri dans ce naufrage, ce qu’il y avait de plus notable dans ma paroisse, après trois mois de Prison a Halifax.

Vos voyez mon Etat, Monsieur et ma triste position.  je ne prendray aucun parti que je n’aye l’honneur de votre reponse pour me déterminer à suivre en tout la vocation que Dieu m’a donnée et qui me paraitra toujours suffisamment manifestée par les vues que mes Superieurs auront de moy.  persuadé d’ailleurs que Dien ne m’a sauvé la vie pour lui consacrer ce qui m’en reste, partout ou mes Superieurs me destineront.

Je ne puis entrer dans un grand detail pour le moment present, Monsieur, parce que je doit partir d’icy au premier bon vent pour La Rochelle, ou je compte trouver plus de ressources, mais je ne scay quand les vents nous seront favorables; car ils sont icy tres souvent contraires.

M. Maillard ma mandé avant le siege de Louisbourg, que vous aviez été tres mal (vous voyez par là que je n’ay pas recu vos d.res lettres).  Je prens beaucoup de part à votre santé, que je souhaite retablie… nous avons grand besoin de vos prières et de votre protection aupres de la cour et du ministre afin de n’en etre pas abbandonnés, J’ay L’honneur detre avec une très parfaite soumission et très Respectueusement

Monsieur

Votre tres humble et

tres obeissant serviteur

Girard

missionnaire de L’isle St-Jean.

[SIC]  (Archives publiques, Ottawa)

Une fois arrivé en France, il fut nommé en 1760 aumônier en titre de l’Abbaye de Jouarre dans l’évêché de Meaux à l’est de Paris.  Nous ignorons la date précise de son décès, mais il continua à signer dans les registres de l’Abbaye jusqu’au 14 septembre 1780.

 

 

 

 

Chaises acadiennes de l’empremier

2003 par Maurice Roy

Maurice Roy

 

Il n’y a pas très longtemps, pendant l’été de 2001, j’ai eu la chance d’acquérir une série de six chaises acadiennes, chaises qui nous racontent une histoire d’un lieu et d’une époque plus simples que les nôtres.

En rentrant de la plage de Cavendish un bel après-midi chaud et ensoleillé, une amie et moi avions décidé de faire une halte à une vente aux enchères à New Glasgow.  La vente aux enchères comprenait les biens de deux ménages, un de New Glasgow où s’est tenue la vente et l’autre de St-Charles, une communauté acadienne à l’est de l’Île dans le lot 43 qui s’appelait autrefois Nouvelle-Acadie.  Étant arrivé à la vente un peu tard, j’ai appris que mon ami et collectionneur d’antiquités, Bernie, étant déjà parti, avait acheté quelques objets.  On m’imforma qu’il avait trop payé pour de vieilles chaises sales avec un étrange siège tissé.  Pour comble de malheur, les pieds de ces chaises avaient été coupés, me dit-on, donc elles étaient moins hautes qu’elles auraient dû être.  Je me suis alors demandé : serait-ce possible qu’elles furent des chaises acadiennes de l’empremier?  Je n’ai point perdu de temps à me rendre chez Bernie à Charlottetown pour en savoir davantage.

Une fois arrivé chez lui, quelle fut ma joie de découvrir que ces chaises étaient exactement telles qu’elles avaient été décrites.  Il y a avait bel et bien six petites chaises, de couleur beige, très sales et portant les marques révélatrices de fabrication acadienne ou canadienne-française.  Les pieds étaient droits et simples, et fuselés à l’arrière.  Le dossier était tenu ensemble par deux lattes très simples qui étaient, à leur tour, tenues en place par de petites chevilles (en bois).  Les pieds étaient tenus ensemble par des barreaux, lesquels étaient rabotés ou planés en vastringue (“spokeshaven”) leur donnant un aspect arrondi en plus d’être mortaisés à même les pieds.  Les barreaux supérieurs formaient la base du siège qui était très bas vers le sol et consistaient de bandes en cuir brut finement tissées comme dans une raquette en bois.  La couche supérieure de peinture beige cachait bien en-dessous une couleur rouge foncé.  J’ai rapidement échangé quelques autres articles avec Bernie et suis devenu le fier propriétaire de ces six chaises.

Ces chaises ont été fort probablement fabriquées aux environs de 1850, peut-être même plus tôt.  En tout cas, elles semblent avoir été faites par un fermier habile en menuiserie comme beaucoup de ses compatriotes à cette époque.  Manquant les outils spécialisés à tourner le bois, les Acadiens ont souvent fabriqué des meubles en lignes droites tandis que la technique en vastringue (“spokeshaven”) était réservée pour d’autres choses telles que pour des barreaux de chaises.  D’autres caractéristiques typiques des chaises acadiennes et canadiennes-françaises de l’empremier incluent des lattes et des barreaux lesquels étaient mortaisés aux pieds et au dossier.  Il faut ajouter que le siège tissé en cuir brut était une autre caractéristique de la technique des chaises à dossier apprise par les Acadiens et les Canadiens français que l’on trouve encore au Québec et ailleurs chez d’autres Acadiens et francophones au pays.  Serait-ce le peuple mi’kmaq qui aurait inculqué cela aux Acadiens?  La couleur rouge pour le bois de la chaise est peut-être venue d’une peinture à base de sang de boeuf ce qui était très commun avant les années 1850.

On pense que cela a été utilisé considérablement par les Acadiens.  Cela voudrait bien la peine d’être vu!  Une famille nombreuse dont les membres sont attablés pendant le temps des moissons en échangeant les nouvelles du jour et étant assis sur des chaises à dossier de couleur rouge.

Solides de fabrication, ces chaises témoignaient de l’ingéniosité du peuple acadien.  Quant à l’origine des chaises, elles sont fort probablement trop vieilles pour avoir été faites à St-Charles car cette communauté a été peuplée par des Acadiens de la région de Rustico seulement vers les années 1880.  On peut spéculer que les chaises ont été faites à Rustico ou dans ses alentours.  Quant à l’avenir de ces chaises?  J’ai l’honneur de vous faire savoir qu’elles seront mises à la disposition de l’historique Maison Doucet qui est présentement en restauration à côté de la Banque des Fermiers de Rustico.

 

 

Rendez-vous en 2004 à l’ancienne mission de Saint-Alexis de Rollo-Baie

2003 par Judy Chaisson

Judy Chaisson

 

L’année 2004 marquera le 400e anniversaire du début de la présence française permanente au Canada.  Mais pour les paroissiens de Saint-Alexis de Rollo-Baie, l’année prochaine marquera aussi une commémoration plus particulière.  Ce sera le bicentenaire de ce qui autrefois était l’ancienne mission de Rollo-Baie établie en 1804.    

Les premières familles acadiennes vinrent à Rollo-Baie en provenance de Baie-de-la-Fortune où elles avaient habité une trentaine d’années sur des terres dont elles ne pouvaient plus réclamer la propriété.  Les familles Bourque (Burke), Chiasson (Chaisson), Daigle (Deagle), Longuépée (Longaphee) et Pitre (Peters) achetèrent des terres dans les lots 43 et 44 vers 1800 et il est dit qu’une petite église fut construite « pièce-sur-pièce » près de l’eau en 1804.  La mission a donc été fondée avec la construction de cette première église.  Lorsque le 17 juillet 1812, l’évêque Mgr Plessis de Québec, lors de sa visite épiscopale à l’Île, en fit la bénédiction sous le vocable de Saint-Alexis, patron des pauvres, il décrit la petite église comme étant un édifice en bien pauvre état.

En s’établissant à Rollo-Baie, les Acadiens fondaient un établissement d’où ils ne se verraient plus jamais obligés de partir et où, jusqu’à ce jour, leurs descendants détiennent toujours les titres des terres que leurs ancêtres avaient achetées.  Cet établissement de Rollo-Baie a produit de bons pêcheurs, fermiers, charpentiers et marchands tandis que chez les femmes on comptait des tisserandes et couturières.  Afin que leurs enfants soient instruits dans leur langue maternelle, ils ont eu à leur service de 1818 à 1830 un instituteur francophone, Louis Séniat.

Dans son histoire de la mission de Rollo-Baie, le père A.E. Burke écrit qu’il n’y avait que 18 familles établies en 1804 dans cette localité.  À cause de cela, leurs descendants ont dû se marier avec les anglophones qui ont bientôt dominé la région en nombre.  Il s’ensuit une assimilation à la langue anglaise et la disparition de plusieurs de leurs coutumes.  Le recensement de 1901 dénombre près de mille francophones dans les lots 43, 44 et 45 (de la partie est de Saint-Charles jusqu’à Souris).  Aujourd’hui, à peine quelques douzaines d’individus peuvent prétendre parler leur langue ancestrale.  Le fait d’être Acadien implique plus que pouvoir parler français; en considérant ce fait, presque la moitié des paroissiens de Saint-Alexis de Rollo-Baie peut se réclamer Acadien.

Lorsque la cloche de l’ancienne paroisse de Saint-Pierre-du-Nord fut déterrée en 1870 à St. Peters Harbour par un monsieur Gerald Barry en labourant son champ, elle fut éventuellement donnée aux paroissiens de Morell qui l’échangèrent contre une autre cloche avec les paroissiens de Rollo-Baie.  Devenue fêlée, l’ancienne cloche a dû être refondue.  Elle fut baptisée en 1882.  Deux enfants de sept ans, Marie Louise Chaisson et James Renzie Chaisson, furent honorés d’être nommés parrain et marraine de ladite cloche.  L’inscription sur la cloche dit comme suit :

IHS

†Jesu†Marie†Joseph†

P. Cosse m’a faite, Michelin 1723

VEn 1870 j’ai été retirée des ruines

d’une église d’un ancien village Acadien,

I.P.E..  En 1882 les paroissiens de Rollo

Bay m’ont fait refondre par Meneely et

Cie de West Troy, N.Y., en souvenir de

leurs ancêtres d’Acadie.

L’on voit que la cloche fut coulée en 1723 dans une fonderie appelée P. Cosse, à Michelin, qui vraisemblablement serait la ville belge de Mechelen, nom néerlandais de Malines.  La cloche fut placée dans le nouveau clocher de l’église de Rollo-Baie bâtie en 1870 et fut transférée en 1930 dans l’église actuelle où elle sert toujours à appeler les fidèles à la messe.

Charles le Charpentier, l’un des premiers habitants de Saint-Pierre-du-Nord, est l’ancêtre de la famille Carpenter de Rollo-Baie.  Sa famille fut déportée en France lors de la Déportation de 1758.  Après tout un périple qui a vu ses descendants se rendre aux îles Malouines, au Cap-Breton, en Gaspésie et de nouveau en Nouvelle-Écosse, son arrière-petit-fils, Élie-David Charpentier, est venu s’installer à Rollo-Baie aux environs de 1820.

En 1929, grâce au père Edward Walker, le premier curé de Saint-Alexis, on érigea un monument près de la rivière Fortune sur le site du cimetière où les pionniers acadiens de Baie-de-la-Fortune étaient inhumés.  Le père Walker avait aussi contribué à convaincre plusieurs familles de la paroisse Saint-Augustin (Rustico) à venir s’établir à Nouvelle-Acadie, aujourd’hui Saint-Charles.

L’église Saint-Alexis de Rollo-Baie est le site d’un projet de la Société historique acadienne de Kings-Est intitulé la « Salle du patrimoine ».  Ladite Société a aussi érigé des enseignes d’interprétation aux vieux cimetières de Baie-de-Fortune et de Rollo-Baie.  Présentement, la Société organise dans la région des cours de conversation française pour les adultes.  Pendant l’été, des centaines de personnes viennent visiter la « Salle du patrimoine » et l’église à la recherche de renseignements généalogiques.

Bien entendu, ces visiteurs viennent aussi pour voir la cloche, bien installée haut dans le clocher, qui malheureusement est presque inaccessible aux curieux, sauf aux plus intrépides.  Ce serait un projet approprié pour le bicentenaire de la paroisse de la rendre plus accessible à tous ceux qui veulent admirer cette relique datant du régime français.  Il a été suggéré de jumeler la paroisse de Saint-Alexis avec une autre paroisse qui aurait une cloche de trop pour que celle-ci soit placée dans le clocher de Saint-Alexis tandis qu’on descendrait la cloche historique de Saint-Alexis pour la mettre en montre et la rendre plus accessible.  La Société historique et la paroisse sont ouvertes à vos suggestions.

À la veille du bicentenaire de la paroisse de Rollo-Baie, nous pensons à nos fondateurs.  Ils sont des témoins de ce que l’être humain peut accomplir avec la foi.  Non seulement nous leur en sommes redevables, mais c’est à nous, les paroissiens actuels, d’honorer leurs accomplissements en gardant précieusement les traditions qui existent toujours : la famille, la foi et la communauté.

Les Acadiens de Rollo-Baie sont fiers de leur tout nouveau site Web et ils vous invitent à le visiter et à participer à leur bicentenaire.  http: //www.stalexisparish.org

 

 

Discovering Local History Through Church Records of Saint-Pierre-du-Nord (1724-1758)

2003 par Earle Lockerby

Earle Lockerby

 

Saint-Pierre-du-Nord (centered at Havre Saint-Pierre) is one of five parishes which existed on Île Saint-Jean during the French regime, the others being Port-LaJoye (Saint-Jean-l’Évangéliste), Malpec (La Sainte-Famille), Saint-Louis-du-Nord-Est and Pointe-Prime (Saint-Paul).  Only the parish registers of Saint-Pierre-du-Nord and Port-LaJoye have survived.  The parish register of Saint-Pierre-du-Nord
travelled to France with a shipload of deportees, aboard a British transport in the autumn of 1758, following the capture of Louisbourg by the British that year.

Island historians have long been aware of the parish register for Port-LaJoye, but such appears not to have been the case for that of Saint-Pierre-du-Nord, the original of which resides today in an archives at St-Malo, France.1 Books, or chapters of books, dealing with Island Acadian history have referred to the register of Port-LaJoye without mentioning that of Saint-Pierre-du-Nord.  A relatively recent example of this is the book The Catholic Church in Prince Edward Island 1720-1979 which was published in 1979.

The first entry in the register of Saint-Pierre-du-Nord is dated July 19, 1724 and records the baptism of Magdelene Briand, daughter of Bernard Briand and Isabelle Saunier, both of whom were Mi’kmaq.  The priest administering these rites was Claude-François de Brevant who described himself as “prestre approuvé desservant dans la paroisse de St-Pierre en l’isle St Jean au déffaut d’un curé”.  Entries by Brevant span the period July 19 to September 16, 1724.

Of the first six entries, no less that five involve Mi’kmaq people.  Such entries may be found sprinkled throughout the register.  These confirm what is well known from other sources, namely that the French expended considerable efforts to have the native people embrace the Roman Catholic faith.  These entries not infrequently list French inhabitants as witnesses to church rites involving native people and as godparents in the case of baptisms.  This confirms the considerable degree of social intercourse which existed between the French settlers and the Mi’kmaq people.

What the first entry and other early entries also tell us is that in 1724 Saint-Pierre-du-Nord was a parish in its own right, not an adjunct to the parish of Port-LaJoye.  Moreover, a church existed in the settlement at this time.  A burial entry of August 24, 1724 reads “inhumés dans l’église”.  Several marriage entries subsequently state that the people were “assemblés dans l’église”.  The church may have been built in 1724 or possibly a year or two earlier.  We know that the church had a bell, the bell having been unearthed in 1870 near the known site of the church.2 The date 1723 was inscribed on the bell, suggesting that the church had this bell from about the time that the church was established.

The register of Saint-Pierre-du-Nord shows that until the beginning of 1732 Saint-Pierre-du-Nord only occasionally had a priest.  The situation of Port-LaJoye from 1724-1732 was not a great deal better.  With the collapse of the fishery initiative of the Comte de Saint-Pierre, Île Saint-Jean became less important in the eyes of officials in Louisbourg and Paris, and had already lost in 1723 the two resident priests who had been at Port-LaJoye since 1721.  From time to time during the 1724-1732 period, priests came to Île Saint-Jean from Île Royale, i.e. Cape Breton, or from Acadia, staying for several days, a few weeks, or perhaps two or three months.

In early 1723 Father Mathieu François Le Paige was installed as the resident parish priest and he remained here almost continuously for seven and one half years.  Le Paige not only ministered to his flock at Saint-Pierre-du-Nord, but also to people from outlying areas considered a part of the parish, including Tracadie, Havre-aux-Sauvages, Malpec and Pointe-de-l’Est.  In subsequent years, Baie-de-Fortune was added.  Occasionally the priest journeyed to these places.  The register provides us with the first known date when a priest ministered in the French settlement of Malpec, noted by Father Le Paige as being 15 leagues distant from Saint-Pierre-du-Nord.  On May 1, 1735 at Malpec he married Marie Magdeleine Arsenault and Jean de Launay, and conducted two baptisms.  This had not been his first visit to Malpec.  He had been there at least one time prior to September 1734.

In 1739 Le Paige was succeeded by Father Gabriel Le Moign who had already been at Port-LaJoye a couple of years and who remained at Saint-Pierre-du-Nord for five years.  It is evident from a comparison of the registers for Port-LaJoye and Saint-Pierre-du-Nord that during the 1732-1744 period, Saint-Pierre-du-Nord enjoyed more stability in terms of priests than did Port-LaJoye.  Together, Le Paige and Le Moign served 12 years continuously at Saint-Pierre-du-Nord, while during this period, no less than six different priests rotated through Port-LaJoye.  Perhaps that was a reflection of a broader social stability at Saint-Pierre-du-Nord where fishing was the major part of the economy, providing for trade and a small merchant class.  Saint-Pierre-du-Nord always had a greater population than Port-LaJoye – indeed, much greater for much of the existence of these two settlements.  Port-LaJoye was an administrative and military centre – those on administrative postings came and went and the troops garrisoned at Port-LaJoye were rotated yearly.  While the important officials lived at Port-LaJoye, Saint-Pierre-du-Nord was the wealthier community.

During the time that Louisbourg was occupied by the British from 1745 until 1749, one finds no entries in the register of Port-LaJoye.  However, there are a few entries in the register of Saint-Pierre-du-Nord.  In mid-August of 1745 Father Samuel Riou visited Saint-Pierre-du-Nord and performed a marriage and a baptism.  It is of some significance that he signed himself as a Récollet priest, “faisant les fonctions curiales de la paroisse de Malpec”.

These entries indicate two things:

1. That Malpec was established as a separate parish on Île Saint-Jean sometime before mid-1745, not in the early 1750s, as has been popularly believed.

2. That Malpec had a priest, probably resident in the community, some years before Father Dosque settled there in 1753.

The marriage which Father Riou of Malpec performed at Saint-Pierre-du-Nord on August 15, 1745 united Simon Billard and Marie Charpentier.  Though there is no hint of it in the register, there is an interesting story behind this marriage.  Simon Billard ws born in France and was a soldier in the garrison which in 1744 and 1745 was stationed at Saint-Pierre-du-Nord rather than at Port-LaJoye.  He was also a gunsmith and had some skills as a blacksmith.  While at Saint-Pierre-du-Nord he obviously fell in love with the local Acadian girl, Marie Charpentier.  Rather than evacuate to Quebec with his troop, following the fall of Louisbourg to the British in the summer of 1745, Billard chose to become a deserter and 2½ weeks later wedding bells were ringing at the church of Saint-Pierre-du-Nord.  A few years later when French administrative and military officials returned to the Island, Simon Billard as a deserter was in trouble.  However, a petition by the local inhabitants, emphasizing the valuable services that Billard had performed as a blacksmith, appears to have successfully extricated him.3 He and Marie raised a family at Saint-Pierre-du-Nord and in late 1758 found themselves in France, among the deportees from Île Saint-Jean.

Several other entries of interest took place during the period when Britain and France were at war.  On November 11, 1747 there is recorded an adult baptism of Dorothée, “négresse domestique” of Monsieur de la Borde.  This is confirmation that there were blacks on the Island under the French regime, a fact we know from other documents.  Jean Pierre Roma at Trois-Rivières had black slaves and a black “domestique” of Commandant Villejouin was deported with him from Port LaJoye in 1758.

After the war the first priest at Saint-Pierre-du-Nord was Charles de la Goudalie, who came here in 1751 at the age of 72, having had many years experience in Quebec and Acadia.  The outpost of Saint-Pierre-du-Nord must have been a challenging assignment for a man of his age and he left within a couple of months.  The next priest to practise at Saint-Pierre-du-Nord was Father Jacques Girard, who up until now has been associated only with the parish of Pointe-Prime.  He came from the parish of Cobequid (now Truro), and was at Saint-Pierre-du-Nord for four months in the summer of 1752.

Girard was succeeded at Saint-Pierre-du-Nord by Father Jean Marc Perronnel whose first entry was on Christmas day in 1752.  In an entry two weeks later he signed himself “curé missionnaire de St Louis du Nord Est et de St Pierre du Nord”.  The parish of Saint-Louis-du-Nord-Est had been established along the Rivière-du-Nord-Est (Hillsborough River) a year or two earlier – its church being in the present Scotchfort.  Father Perronnel had a presbytère, for in several instances he mentions conducting ceremonies there.  In this regard he was probably more comfortable than the priests or chaplains at Port-LaJoye who often had to make do with quarters in the area of the soldiers’ barracks.

In 1755 Father Perronnel performed two baptisms involving families from Pointe-de-l’Est.  From census records it is known that there were a few fishing families living near Pointe de l’Est from about 1720 to 1752, more specifically at North Lake which the French called Tranche Montagne.  The register of Saint-Pierre-du-Nord indicates that they were still there in 1755 and there is no reason to believe that they were not there right up to 1758.  Thus Tranche Montagne presumably shares with Port-LaJoye and Saint-Pierre-du-Nord the distinction of being places on the Island which had French residents during the whole of the French regime from 1720 to 1758.

Father Perronnel kept Saint-Louis-du-Nord-Est under his wing until the arrival of Father Pierre Cassiet at that parish in 1753.  However, Perronnel was forced to return to France in 1755 on account of ill health – both physical and mental.4 He was replaced by Jean Biscarret who served until the British takeover, Father Biscarret’s last entry being on August 21, 1758 four days after Port-LaJoye capitulated to British forces.  At Port LaJoye, on the other hand, it appears that the priest left that parish in May of 1758 and entries in the register of that parish cease at that time.

This is not however the last entry in the register of Saint-Pierre-du-Nord.  On September 3 and 4, 1758 a burial and two marriages were conducted by Father Girard.  Curiously, these took place, not at Saint-Pierre-du-Nord, but at Trois-Rivières, suggesting that by the close of the French regime this former French settlement again had a few settlers.  It has been said that the priests hurriedly married people that fall, as their embarkment into British transports was imminent.  Perhaps this was intended to prevent the separation of unmarried couples among different transports or somehow conferred other advantages which would be beneficial during the trip or upon arrival in France.  In any event, these two marriage entries of Girard would suggest that there may be some truth to this legend.  There may have been more such marriages, but under the chaotic conditions prevailing, it would not be surprising that they did not get recorded in the register.

One of the things which is evident from the register is that cross-parish marriages were not uncommon, suggesting a fair degree of movement of people and social intercourse between parishes.  The people of Saint-Pierre-du-Nord appear to have had a significant degree of communication with the parishioners of Malpec, despite the distance separating these two parishes.  A considerable number of baptisms and marriages involving settlers of Malpec may be found in the register of Saint-Pierre-du-Nord.

Some names stand out as frequent witnesses or godparents at baptisms, marriages and funerals, suggesting that these individuals occupied a certain position of respect, distinction or leadership.  Marie Roger’s name stands out as does that of her husband, François Douville, and others in the Douville family.  Jean Baptist Veco, Jacques Veco, Jacques Oudy, Louis Aubin LeBuff, the community doctor, Dominique DuClos, and Louis Talbot are a few others.  Talbot conducted a number of burials at times when no priest was available.

The register of Saint-Pierre-du-Nord reveals a number of place names, some of which are familiar, others less so.  Havre-à-l’Anguille was used interchangeably with Havre-aux-Sauvages, particularly during the first half of the French regime, but during the second half the name Havre-à-l’Anguille apparently fell into disuse.  Tracadie, which was initially within the parish of Saint-Pierre-du-Nord, by 1753 became part of the parish of Saint-Louis-du-Nord-Est, following the establishment of that parish.

The village of Portage is referred to on a few occasions.  It was at the head of the Hillsborough River.  Marie Gentil and her husband, Jean-Baptiste Haché, described as residents of Portage, had a child baptized in 1736.  Madame Gentil’s name became better known in Island French history through Louis Franquet’s writing of her in 1751 while travelling between Port-LaJoye and Saint-Pierre-du-Nord.  Though by now widowed, she still lived, according to Franquet, by the portage, though he does not refer to a village by that name.5 Havre-de-Bonne-Fortune is mentioned.  Presumably, this is the same as Havre-de-Fortune or Baie-de-Fortune, the “Bonne” having gotten dropped.  There was also Havre-de-Bonne-Espérance, being dependent on the parish of Saint-Pierre-du-Nord – its location is unknown.

François Douville’s burial entry in 1757 is interesting in that it claims that Douville was the first resident of Île Saint-Jean.  Another interesting entry occurred in February 1758 when Father Biscarret married Paul Devaux and Marguerite Potier.  Both are described as refugees in the parish.  The groom’s parents, from Beaubassin, were said to be prisoners of the British.  The bride’s mother, formerly from Beaubassin, was living at Havre-aux-Sauvages, but the bride’s father was also a prisoner of the British.  Quite probably, the three parents were being held at Fort Cumberland, formerly Fort Beauséjour.

Though the last register entry made on Île Saint-Jean occurred in September 1758, there is one subsequent entry.  Made on April 18, 1759 at St-Malo, it gives a fleeting glimpse into the register’s journey to France.  On that date Marie Roger, Louis Talbot, Louis Aubin LeBuff and our friend, Simon Billard, ex-soldier, lover and blacksmith, and several others appeared before two notaries at St-Malo.  Charles de la Borde, formerly of Saint-Pierre-du-Nord and quite likely the man who owned the black slave, Dorothée, needed a baptismal extract concerning his son who had been baptized in Île Saint-Jean in 1750.  Marie Roger and Louis Talbot had been the godparents.

In testimony given before the notaries, it was stated that following the fall of Île Saint-Jean to the British, the register had come to St-Malo aboard one of the transports and had been given to a St‑Malo church official.  It was retrieved from the official in order to have a baptismal extract prepared, but the relevant baptism could not be found in the register.  It was stated that during the crossing from Ile Saint-Jean the transport was frequently buffeted by heavy seas and as a result the register had become wet, and unfortunately several pages within the 1750 section had gotten torn and mouldy or rotten.  Those appearing before the notaries remembered that the baptism was in October, who the officiating priest was, and who the witnesses and godparents had been.  This was good enough to produce a baptismal extract, even though the date in October was unknown.  Ironically, it turns out that the baptism probably never had been recorded in the register of Saint-Pierre-du-Nord.  The officiating priest was based at Port-LaJoye and it was in the register of Port-LaJoye where he chose to record it.  The record of the baptism, which occurred on October 5, is quite intact to this day!

Knowledge of who the priests were on Île Saint-Jean during the French regime and where and when they served, has been developed over the past 100 years or so without the benefit of information from the register of Saint-Pierre-du-Nord.  Indeed it has been the register of Port La‑Joye which has been the main source of information.  The compilation by D.C. Harvey is quite accurate in relation to the priests serving Port-LaJoye, but is somewhat less accurate regarding the other four parishes, including Saint-Pierre-du-Nord, for which only the period after 1752 is addressed.6 By taking into account the information provided by the register of Saint-Pierre-du-Nord, a greatly expanded and more accurate picture for that parish can be developed (Table 1).

Similarly, by using information from both parish registers, as well as certain other data, it is possible to present a more accurate and comprehensive compilation showing the service of priests at each of the three smaller parishes (Table 1).  It is unfortunate that the registers of Saint‑Louis-du-Nord-Est, Pointe-Prime and Malpec have not survived, for like the register of Saint-Pierre-du-Nord, they, too, could no doubt shed light on local history during the French regime.

 

Table 1

Service by priests at five parishes during the French regime on Île Saint-Jean7

 

Port-LaJoye

René -Charles de Breslay : April 17, 1721 – April 29, 1723

Louis de Metivier : July 25, 1721 – July 14, 1723

Louis Barbet Dudonjon : August 19, 1723 – June 11, 1724

Félix Pain : July 1 – July 3, 1725

Leonard Patin : July 26, 1725

Félix Pain : November 27, 1725 ; March 6, 1726; June 5, 1726 ; September 8 – September 21, 1726 ; Pierre-Joseph de Kergariou8 ; January 18 – January 24, 1726

Ignace Joseph Flamant : June 27 – June 29, 1727 ; December 24, 1727

Juan Despirac : December 13, 1727

Félix Pain : November 26 – December 4, 1727 ; February 2, 1728 : September 9 – November 7, 1728 ; April 21 – May 21, 1729 ; October 24 – October 31, 1729 ; May 14 – May 22, 1730 ; October 17 – November 3, 1730 ; May 9 – July 10, 1731 ; November 3, 1730 ; May 9 – July 10, 1731

Mathieu François Le Paige : December 3 – December 8, 1731 : February 23, 1732; April 23, 1732 : October 17 – October 31, 1732 ; January 31, 1733 ; April 7 – May 3, 1733 ; October 25, 1733

L.G. Bienne : October 10, 1733

Athanase Guégot : November 26, 1733 – June 20, 1735

Mathieu François Le Paige : October 20 – October 23, 1735

Anathase Guégot : December 12, 1735 – August 20, 1736

Angélique Collin : October 11, 1736 – July 21, 1737

Gabriel LeMoign : September 24 – October 27, 1737

Mathieu François le Paige : November 13, 1737

Gabriel Le Moign : December 17, 1737 – January 3, 1739

Ambroise Aubré : January 28, 1739

Gabriel Le Moign : March 12 – July 28, 1739

Ambroise Aubré : August 11, 1739 – June 30, 1741

Elie Kerviche : August 16, 1741 – May 11, 1744

Patrice LaGrée : September 15, 1749 – January 22, 1751

Alexis de Buron : January 15 – January 24, 1751

Patrice La Grée : January 26, 1751 – September 25, 1752

Isidore Caulet : August 16, 1752

Ambroise Aubré : October 9, 1752 – July 16, 1754

Pierre Cassiet : August 7, 1754

Père Orast (?) : August 25, 1754

Gratien Raoul : September 15, 1754 – July 30, 1755

Père Laforce : August 16, 1755

Gratien Raoul : August 17, 1755 – May 30, 1758

 

Saint-Pierre-du-Nord

Claude-François de Brevant : July 19 – September 17, 1724

Leonard Pain : August 4 – August 15, 1725

Pierre-Joseph de Kergariou : February 4 – February 5, 1726

Félix Pain : May 18 – May 26, 1728 ; August 22 – August 28, 1728 ; October 10 – October 19, 1728 ; July 6 – July 22, 1729 ; September 9, 1729 ; September 8 – September 19, 1730

Mathieu François Le Paige : January 6 – February 4, 1732 ; May 21 – June 2, 1732 ; September 8 – September 27, 1732 ; February 11 – February 25, 1733 ; May 14 – October 6, 1733 ; October 14, 1733 ; November 26, 1733 – October 17, 1735 ; November 16, 1735 – September 27, 1737 ; January 14, 1738 – June 21, 1739

Gabriel Le Moign : August 4, 1739 – September 3, 1740

Elie Kerviche : September 4, 1739 ; September 10, 1740

Gabriel Le Moign : September 11, 1740 – October 11, 1744

Elie Kerviche : October 18, 1744 – August 15, 1745

Samuel Riou : August 15 – August 16, 1745

Pierre Maillard : November 7 – November 12, 1747

François Marganne de Chapt de Lavaltrie9 : Date unknown, but included some time leading up to September/October 1748

Ambroise Audré : November 11, 1749

Charles de la Goudalie : May 26 – July 7, 1751

Alexis de Buron : March 18, 1751

Jacques Girard : July 13 – November 6, 1752

Jean Marc Perronnel : December 25, 1752 – August 18, 1755

Pierre Cassiet : August 29, 1755

Jean Biscarret : September 18, 1755 – August 21, 1758

 

Saint-Louis-du-Nord-Est

Jean Marc Perronnel : December 1752 – 1753

Pierre Cassiet : 1753 – September 1758

 

Malpec

Pierre-Joseph de Kergariou : March 26, 1725 (Mi’kmaq mission)

Mathieu François Le Paige : Prior to September 1734 ; May 1, 1735 ; November 3, 1738

Père Duguay10 : Date unknown, but before 1753

Samuel Riou11 : Date unknown, but included a period of time leading up to August 1, 1745

Bernard Sylvestre Dosque : 1753 – August or September 1758

 

Pointe-Prime

Jacques Girard : 1752 – September 1758

__________________________________

1 Transcripts of the parish regiser of Saint-Pierre-du-Nord are available at the Prince Edward Island Archives and Records Office, at the Centre d’études acadiennes (CEA), Université de Moncton, and at the National Archives of Canada (NAC), Ottawa.  Microfilm copies of the original register are held by the CEA and NAC.

2 John C. MacMillan, The History of the Catholic Church in Prince Edward Island from 1835 till 1891 (Québec, 1913), pp. 295-296; The Weekly Examiner and Island Argus, Charlottetown, 23 November 1883, p. 1.

3 Archives Nationales (Paris), Archives des Colonies, Série C11C, Vol. 8, pp. 191-192, “Inhabitants’ [of Saint-Pierre-du-Nord] petition to Monsieur Benoit”.  The document is undated, but from its context can be determined to have been written in September or October 1748.

4 L’Abbé L’Isle-Dieu au Président du Conseil de Marine, 23 déc. 1755, Rapport de l’Archiviste de la Province de Québec, 1937/38, p. 173.

5 Louis Franquet, Voyage de Franquet aux Iles Royale et Saint-Jean, Rapport de l’Archiviste de la Province de Québec, 1923/24, pp. 118 et 121.

6 See D.C. Harvey, The French Régime on Prince Edward Island (New Haven, 1926), pp. 240-243.  Harvey’s compilations are echoed in Henri Blanchard’s two books, Histoire des Acadiens de l’Ile du Prince-Edouard (1927), pp. 75-76 and The Acadians of Prince Edward Island (1964), pp. 53-55.  However, in the case of Saint-Pierre-du-Nord, Harvey’s errors have been compounded in Blanchard’s second book.

7 With a few exceptions, dates are those on which baptism, marriage or internment rites were conducted.  The dates on which priests began and finished their service in any given parish may be somewhat earlier or later, respectively, than the dates indicated, since rites would not necessarily be performed on the first and last days of service.  Prior to 1749 some rites which are recorded in the register of Port-LaJoye involved residents of Saint-Pierre-du-Nord, and some of these rites were no doubt conducted at Saint-Pierre-du-Nord.  Thus, the extent to which Saint-Pierre-du-Nord was visited by priests based at Port-LaJoye is probably greater than indicated in this compilation.  This appears to be particularly true during the tenure of Father Patrice LaGrée, 1749-1751.  The information upon which this compilation is based is drawn largely from the registers of the parishes of Port-LaJoye and Saint-Pierre-du-Nord.  For Port-LaJoye the compilation largely reproduces that first published in D.C. Harvey, The French Regime in Prince Edward Island, New Haven, 1926, pp. 240-242.  Copies and transcripts of the registers are available in Canada at the Prince Edward Island Record Office, Charlottetown, the Centre d’études acadiennes, Université de Moncton, and the National Archives, Ottawa.  At the later repository the citations for these registers are:

Port-LaJoye:  MG1, G1, Vol. 411, Microfilm reel no. F-595 (original) and C-1472 (transcript)

Saint-Pierre-du-Nord:  MG6, A4, Ser. E, Microfilm reel no. F-817 (original) and C-2970 (transcript)

8 Information concerning Father Kergariou is from a small register kept by him and now residing in the Fonds Casgrain, Archives du Séminaire de Québec.

9 Inhabitants’ [of Saint-Pierre-du-Nord] petition to Monsieur Benoît, Archives Nationales (Paris), Archives des Colonies, C11C, Vol 8, pp. 191-192.  The document is undated, but from its context can be determined to have been written in September or October 1748.

10 Letter of Abbé L’Isle-Dieu to Mgr H.-M. de Pontbriand, 20 June 1754, Rapport de l’Archiviste de la Province de Québec 1936/1937, Québec, 1937, p. 377.

11 See register of Saint-Pierre-du-Nord.

 

Les Francophones de l’âge d’or de l’Île-du-Prince-Édouard

2003 par Berthe Blanchard

Berthe Blanchard

 

C’était en 1993 que je recevais un appel téléphonique de M. Adelard Gallant de Cap-Egmont, Î.‑P.-É., m’invitant à poser ma candidature à l’Assemblée des aîné(e)s francophones du Canada.  Cette association est le seul porte-parole francophone des aîné(e)s sur la scène nationale.  M. Gallant siégeait au conseil de l’Assemblée et il désirait se retirer.  Alors, il m’invita de poser ma candidature.  Je lui ai répondu : « Laissez-moi y penser et je vous rappellerai ».  Après mûre réflexion et ample discussion avec mon mari, je me suis dit que cela pourrait m’intéresser et que cela pourrait être pour moi un beau défi.  Or, je rejoins M. Aderald Gallant comme promis pour confirmer mon intérêt.

Lors de ma première réunion de l’Assemblée des Aîné(e)s francophones du Canada, tenue à Ottawa, j’ai été fortement impressionnée par la rencontre des représentantes et représentants des autres provinces et des territoires.  Tous et toutes avaient des intérêts semblables vis-à-vis des aîné(e)s francophones dans leurs provinces respectives.  Cette Association, à ma grande surprise, compte 435 000 membres à travers notre vaste pays.

Mon grand défi fut dès le début l’organisation d’une association provinciale francophone ici à l’Île-du-Prince-Édouard.  À ce jour, la Nouvelle-Écosse n’avait pas encore son association provinciale de ses aîné(e)s.  Or, il n’y avait pas de temps à perdre, et, comme on le dit « le fer était chaud ».  À la suite de quelques rencontres et de bonnes discussions avec certaines personnes, il fut décidé de convoquer une réunion de fondation pour les aîné(e)s à l’Île-du-Prince-Édouard.

C’était le 26 septembre 1995 que notre association provinciale fut fondée dans la Salle Acadienne à l’ancien Centre J.-Henri Blanchard sur la rue Court à Summerside.  Douze personnes ont signé leurs noms à titre de membres fondateurs.  Le nom choisi pour le nouvel organisme fut Les Francophones de l’âge d’or de l’Île-du-Prince-Édouard et comme devise on choisit « L’Union fait la force ».

Les membres élus pour former le tout premier exécutif furent Berthe Blanchard de Charlottetown, présidente, Liliane Gaudet de Miscouche, vice-présidente, Alice Richard de Wilmot Valley, secrétaire, et feue Anita Gautreau de Summerside, trésorière.  Pour compléter le conseil exécutif, les personnes suivantes furent nommées conseillères lors de la première réunion de l’exécutif : Hélène Doucette de Palmer Road, feue Alodie Gallant de Mont-Carmel et Dorine Richard de Charlotettown.

Le conseil exécutif se réunissait à tous les deux mois dans la Salle Acadienne au Centre J.-Henri Blanchard à Summerside.  Au début, nous n’avions pas d’argent.  On comptait seulement sur la bonne volonté et sur l’enthousiasme de nos membres de l’exécutif.  Il fut décidé de demander aux membres 2,00 $ de cotisation et d’en recruter au moins une cinquantaine en la première année de l’organisme.  Nous avons fait une demande d’octroi à Patrimoine canadien.  L’argent n’est pas arrivé assez vite, donc lors de notre première soirée sociale à Noël, nous avons demandé à nos membres d’apporter des mets pour un repas à la fortune du pot.  Nous avions alors placé une boîte à l’entrée de la salle, dans laquelle les membres déposaient à leur discrétion des sous pour nous aider à payer la salle et les autres frais de la veillée.  La visite du Père Noël a été populaire et un échange de petits cadeaux eut lieu.  Nos membres nous sont venus de Tignish, Palmer Road, Miscouche, la région Évangéline, Summerside, Rustico et Charlottetown.  Pendant la première année de notre organisme, nous avons réussi à recruter 53 membres.  Aux membres en règle, nous leur avons remis une carte d’adhésion.

Notre premier octroi fut en 1996.  Cela nous a donné beaucoup d’encouragement pour continuer notre travail et pour faire avancer la mission et la vision que l’Association s’était données.  Nous avons alors choisi un logo et fait imprimer des pages avec de l’information au sujet de la nouvelle organisation.

NOTRE MISSION : encourager nos personnes âgées acadiennes et francophones à profiter de toutes les occasions qui leur sont offertes pour se donner une meilleure qualité de vie.

LA VISION : donner une chance aux personnes âgées acadiennes et francophones à se regrouper et à s’épanouir dans leur langue et leur culture.

LES DOSSIERS :

1) La langue et la culture

2) Le recrutement à travers la province

3) Une meilleure qualité de vie

4) La santé et le bien-être des personnes âgées

5) L’intergénération et ses liens

6) Tout autre sujet d’intérêt.

MEMBRES : Toute personne âgée de 50 ans et plus demeurant à l’Île-du-Prince-Édouard peut devenir membre.

DROIT DE VOTE : Tout membre en règle de l’association des Francophones de l’âge d’or de l’Î.-P.-É. présent à l’assemblée générale annuelle ou à une assemblée générale extraordinaire a droit de vote.

Nous avons fait faire des macarons bien voyants que les membres portent lors de nos sorties en groupe.  L’Association publie un bulletin d’information POIVRE ET SEL que les membres reçoivent par la poste 6 fois par an.  La constitution donne à l’Association le droit de percevoir une cotisation qui présentement est de 5,00 $ par membre.  Le conseil exécutif pour l’année 2002-2003 est composé de la présidente, Orella Arsenault de Wellington, la vice-présidente,

Jeanne-Mance Arsenault de Wellington, la secrétaire, Alméda Thibodeau de Mill Road, la trésorière, Thelma DesRoches de Miscouche et les conseillers Austin Bernard de Palmer Road, Rita Gallant de la région Évangéline, Alice Richard de Wilmot Valley, Colette Tremblay et Francis Blanchard de Charlottetown.

Une de nos préoccupations majeures est de répondre aux attentes de nos membres.  Plusieurs sont obsédés par le vieillissement.  Nous disons parmi nos consoeurs et nos confrères que le vieillissement n’est pas une maladie; c’est plutôt un processus bien réel qui se vit de jour en jour.  Le but de se rencontrer et de se regrouper est de permettre à nos aîné(e)s de profiter d’une vie sociale, heureuse, active et de conserver leur autonomie le plus longtemps possible.  À un moment donné, nous comptions 280 membres en règle.

Évangéline, la tragédie d’un peuple condensée dans une épopée de survivance

2003 par Père James Kelly

Père James Kelly

 

Géographiquement, sur les marées les plus grandes du monde, les Acadiens y auraient trouvé dans les temps normaux une assez grande sécurité dans cette large vallée de l’Annapolis avec son climat doux et chaud, sa grande forêt à bois de construction et plus tard des arbres fruitiers à grande variété dans le bassin des Mines tout près de Grand-Pré avec sa grande plaine de terres marécageuses.

Colons d’une fine souche paysanne, les Acadiens étaient doués d’habiletés pratiques à grande rangée et d’un long héritage de valeurs religieuses et spirituelles.  Ayant beaucoup d’expérience dans la réclamation des terres littorales, ils ont su développer à Grand-Pré des techniques de génie civil.  En fait, on reconnaît les Acadiens comme des maîtres de cet art de la construction de levées d’étendue parfois très longue et comme des travailleurs dont l’engagement total et prolongé en a résulté des dividendes providentiels énormes.  Ces dividendes sont pour le monde entier les qualités acadiennes de solidarité, de dignité, d’un calme profond et d’un caractère paisible.

Tout cela a fait en sorte que le Bassin des Mines a fini par devenir la source capitale la plus stable des vivres pour toute la péninsule qu’on avait rebaptisée Nova Scotia.  D’ailleurs, n’est-ce pas une ironie que cette même prospérité soit devenue cause contribuante du Grand Dérangement en ce sens qu’elle aurait éveillé l’envie des Britanniques tandis que les Acadiens, eux, ne voulaient rien à faire avec la violence?  Ils n’avaient aucunes objections à prêter serment au roi d’Angleterre, tant que cela ne comportait aucune obligation de porter les armes contre leurs frères français.  Mais c’était trop pour les Anglais qui craignaient que des Acadiens neutres (“French Neutrals”) finiraient nécessairement par lutter un jour avec ou les Français ou les Indiens contre eux, les Anglais.  La décision s’est donc faite.  Le sort ordonné, inhumain, affreux!  Et voilà ce Grand Dérangement qui a tellement choqué Henry Wadsworth Longfellow (1807-1882), ce professeur de langues modernes à l’Université Harvard qui, en 1847, a réussi à créer de cette tragédie, un poème épique moderne qui est devenu l’hommage le plus grand qu’on pouvait rendre au peuple acadien, l’épopée de sa propre tragédie nationale : Evangeline or a Tale of Acadie.  Traduit bien vite dans la plupart des langues modernes, le poème reçut les plus grands éloges et contribua à faire de Longfellow, le plus populaire des poètes américains.

Les grandes lignes de l’épopée nationale des Acadiens peuvent paraître démodées, de nos jours.  Dans Longfellow, les Acadiens sont dépeints comme un petit peuple qui s’est commis sans limite à un mode de vie admirable, intégrée entièrement par une soumission à la volonté de Dieu avec une confiance absolue en sa Providence.  Ils peuvent paraître comme une entité peut-être trop insignifiante pour mériter grande attention.  Mais par contre, ils s’y tiennent en exemple presque idéal des groupes minimes réduits si souvent à de purs pions des grands pouvoirs riches et hypocrites dans le grand drame de l’histoire humaine.  Cela mérite qu’on s’y arrête!

Battus diversement par la fortune, les Acadiens et les Acadiennes sont obligés de quitter leur patrie et de s’en aller dans un pays lointain, inculte, pour n’y trouver hélas qu’une adversité encore pire.  Par contre, ils ont su transformer cette adversité par leur courage et leur travail, dans un triomphe et une prospérité; et de plus, c’est justement de par cette dure épreuve qu’ils en sont sortis en types splendides, dignes d’émulation pour les défis de plus grande envergure.  Les Acadiens n’ont pas amélioré seulement leurs conditions naturelles de par un travail assidu qui engageait toute la communauté, mais en même temps ils ont approfondi leur solidarité culturelle et spirituelle et, avec une assurance paisible, ils ont été capables de résister aux grandes pressions montées contre eux pour les forcer à se soumettre à l’un ou l’autres des deux grands pouvoirs qui cherchaient l’appui de ce peuple.

Plus que toutes autres considérations qui paraîtraient démodées, les Acadiens ont survécu aux dommages destructeurs à longue portée venant de l’exil et de l’aliénation surtout par un esprit remarquable de foi, esprit défendu d’avance pour la plus grande partie par leur refus de se livrer à ce sentiment (lequel d’ailleurs on pourrait assez bien leur pardonner) de la passion dévorante de vengeance.  C’est l’histoire de la grandeur d’âme de ce peuple que Longfellow a rencontré à mi-chemin de sa vie à travers son grand ami Nathaniel Hawthorne, auteur de The Scarlet Letter (1850).  Fasciné par cette histoire de grandeur d’âme, Longfellow s’y est immergé aussitôt.  Et ceci, il faut l’admettre, bien plus souvent par des recherches littéraires ou la pure imagination que par des visites ou des contacts actuels avec les lieux acadiens, cadiens ou autres qu’il dépeint dans ses écrits.  Et il a réussi à créer de cette histoire un poème épique moderne qui, tout en étant fort romantique d’esprit, se voit quand même héroïque au genre classique de Virgile, qui est son choix de forme pour l’épopée en américain Evangeline or a Tale of Acadie.

Son choix de forme est donc l’épopée, forme poétique sur la plus grande échelle telle une guerre qui a donné naissance à un pays ou une migration qui a amené de grandes souffrances.  Pour les Acadiens ce fut la cruelle Déportation de leur propre pays, l’Acadie, dont la graphie française est retenue dans le titre de son épopée.  L’on connaît le Kalevala finnois, l’Odyssée grecque, le Ramayâna sanskrit, le Paradis perdu de Milton et L’Énéide de Virgile.  De forme très longue à cause du besoin d’un développement très long, les épopées anciennes sont souvent au rythme purement quantitatif en hexamètre dactylique c’est-à-dire en comptant six mesures, chaque mesure consistant en une longue syllable et deux courtes.  Pour éviter une monotonie fatale, on introduit avec le dactyle quelques pieds de spondée (deux longues syllables).  Par contre, les Anglais ont adapté l’épique en l’organisant selon le principe de l’accent tonique, par conséqent, au rythme accentuel.  C’est la forme que choisira Longfellow pour l’épopée nationale des Acadiens comme l’avait fait Tennyson.  C’est toujours l’hexamètre (six mesures) dactylique (une longue syllable et deux courtes) mais basé sur le rythme accentuel (la 5e mesure doit toujours rester dactylique) :

 

Ce qui précède sur la forme et le style de la poésie épique ne sont que des notions brèves et élémentaires pour élucider un peu tout ça dans Evangeline or a Tale of Acadie : l’hexamètre dactylique selon le principe de l’accent tonique (rythme accentuel).

L’année 2004 marque le 400e anniversaire de l’arrivée des Français à l’Île Sainte-Croix.  L’année 2005 marquera le 250e anniversaire de la Déportation de ces Français d’origine qui devinrent très tôt les Acadiens d’après le nom de leur territoire l’Acadie (la Nouvelle-Écosse péninsulaire). L’année 1997 marquait le 150e anniversaire de la publication de Evangeline or a Tale of Acadie.

Cette épopée nationale du peuple acadien mérite d’être lue et étudiée par tous nos jeunes.  C’est peut-être à travers d’elle, à la veille du 400e et du 250e, qu’ils réaliseront la grandeur, le sacrifice et la ténacité de l’âme acadienne.

 

Qu’importe un nom? : Les noms d’arbres en français acadien à l’Île-du-Prince-Édouard

2003 par Douglas Sobey (1)

Doug Sobey1

 

INTRODUCTION

Chaque fois que vous faites une promenade dans les bois, dans n’importe quelle partie de l’Île-du-Prince-Édouard, il est probable que vous puissiez nommer plusieurs arbres en français.  Mais vous êtes-vous jamais demandé d’où viennent ces noms?  Naturellement, si à l’origine vous avez consulté un guide ou suivi des cours de botanique, là est la source de votre connaissance.  Mais il est fort probable que vous ayez appris plusieurs de ces noms au hasard auprès de gens de votre entourage.  Et ce faisant, vous êtes l’héritier d’une tradition orale qui remonte aux premiers pionniers et colons de la France qui arrivèrent en Acadie dans les années 1600.  Et comme je vais le démontrer pour certains noms d’arbres, ceux-ci remontent jusqu’au premier voyage de Jacques Cartier en 1534.  En fait, les noms donnés à nos arbres indigènes dans le français acadien constituent une partie fascinante de notre héritage linguistique, certains noms étant encore plus anciens que les noms équivalents en usage en France de nos jours.

Dans cet article, je me suis appuyé sur une excellente étude du parler acadien effectué entre 1946 et 1962 par une linguiste française, Geneviève Massignon2. Elle donne une description détaillée des noms employés par les Acadiens pour les différents arbres, en plus de fournir les résultats de sa recherche dans des documents historiques où il est question des noms d’arbres en Acadie, au Québec et en France.  Dans une étude plus récente que j’ai effectuée moi-même sur l’histoire des forêts de l’Île-du-Prince-Édouard3, j’ai rencontré presque tous ces noms acadiens dans les documents historiques reliés à l’Île Saint-Jean (nom donné à l’Île pendant la période française).  De plus, une petite enquête conduite à ma demande en 1998 par Georges Arsenault auprès de trois hommes de la région Évangéline, qui étaient familiers avec les noms d’arbres, a confirmé que ces noms sont toujours en usage sur l’Île4.

LES CONIFÈRES

Plus que pour les feuillus, l’identification des conifères et l’attribution de noms à ces arbres a présenté de grandes difficultés aux explorateurs et aux pionniers français.  La raison pour cela est que la majeure partie de la France se trouve dans la zone de forêt à feuilles caduques.  Donc, à l’exception des forêts le long de la côte méditerranéenne et des parties alpestres et montagneuses du pays, les Français n’étaient pas familiers avec les conifères.

La plupart des gens des régions côtières nordiques et occidentales de la France, secteurs d’où sont partis les premiers explorateurs et les colonisateurs du Nouveau Monde, auraient été plus familiers avec les conifères en forme de bois importé des pays de la mer Baltique qu’avec des arbres vivants de ces espèces.  Un problème supplémentaire pour n’importe quel explorateur ou colon européen essayant de nommer ces conifères peu familiers du Nouveau Monde, était que bon nombre d’entre eux se ressemblent.  Cette similitude a donc présenté des problèmes dans leur différentiation.  Même aujourd’hui combien de personnes peuvent différencier en toute certitude le sapin du prusse?

Pour rendre la tâche encore plus difficile, il n’existait que quelques noms d’usage dans le français standard pour les conifères.  Il y avait pin, sapin et if (pour un conifère distinctif), ainsi que genévrier et cèdre connus dans quelques secteurs de la France.  C’est pour cela que lorsque les premiers explorateurs et fonctionnaires (auteurs des documents qui nous sont parvenus) ont trouvé dans le Nouveau Monde des conifères qui leur étaient peu familiers, ils ont dû ou se servir de cette gamme limitée de noms, ou bien imaginer de nouveaux noms tels que prusse, épinette, héricot et violon.

Certains de ces nouveaux noms apparurent en France en même temps, ou à peu près, que leur premier usage dans le Nouveau Monde.  D’autres noms ne furent employés que dans le Nouveau Monde, quelques-uns étant circonscrits à des régions très spécifiques, telles que l’Acadie ou le Québec.  En fait, seulement un des six genres de conifères qui se trouve dans l’Île-du-Prince-Édouard ne semble avoir présenté aucun problème pour son identification et dans l’attribution d’un nom.  Il s’agit des pins.  Le nom pin a ainsi été aisément transféré à toutes les espèces de pin trouvées sur la côte est de l’Amérique du Nord.  Cependant, pour toutes les autres espèces, il y a des variantes majeures dans les noms utilisés dans différentes parties du territoires où le français est parlé, ce que je vais décrire maintenant.

Sapin et prusse

Les arbres appartenant aux genres Abies et Picea se ressemblent beaucoup, et c’est pourquoi il y eut confusion dans leur appellation dès le début de la colonisation.  Le nom courant pour le genre Abies est sapin, terme utilisé en acadien, québécois et français.  En revanche, le nom vernaculaire pour le genre Picea diffère dans chacune des trois régions : en Acadie c’est prusse, au Québec épinette et en France épicea.  Ça peut surprendre que c’est le nom acadien prusse (parfois enregistré pruche dans quelques documents) qui semble être le premier cité des trois.  C’est d’ailleurs Jacques Cartier qui lors de sa première visite sur la côte de la Gaspésie en 1534 a inscrit dans son journal le terme pruche5.

Prusse est en fait le mot français pour l’état de Prusse (aujourd’hui une partie de l’Allemagne et de la Pologne).  Le nom d’arbre prusse est un raccourcissement de sapin de prusse, indiquant que cette espèce a été, dès le début, considérée une espèce de sapin6.  La Prusse (par l’intermédiaire de la mer Baltique) était la source principale d’importation en France du bois de cet arbre qui était en grande partie étranger pour les Français (il ne pousse que le long de la frontière alpestre orientale de la France).  Il est intéressant que Cartier a utilisé le terme pruche bien avant la première attestation écrite du terme anglais spruceen 16707. Il est donc possible que le nom anglais ait été influencé par le nom français – plutôt que l’inverse, comme on a souvent pensé.

En revanche, en québécois, le nom pruchefut assez tôt associé au tsuga (un arbre qui porte un nom unique en acadien, comme nous le verrons ci-dessous), et un nouveau nom d’origine incertaine, épinette8, est devenu le nom commun pour les espèces du Picea(la plus ancienne attestation écrite date de 16649).   En France, les noms prusse et épinette n’ont jamais atteint un usage répandu ou bien se sont perdus très tôt et furent remplacés par un nouveau nom, épicea, un nom d’abord cité en 1765, qui dérive directement du nom latin donné à l’espèce (Picea)10.

Héricot

Le genre Tsuga, auquel le tsuga du Canada appartient, n’était pas connu en Europe.  Puisque c’était un arbre inconnu aux explorateurs, ils ont dû lui trouver un nom.  C’est peut-être cette espèce que Jacques Cartier a nommé iffzdans une liste d’arbres qu’il a aperçus sur la côte ouest de l’Île-du-Prince-Édouard en 153411.   Ses aiguilles ressemblent légèrement à celles de l’if d’Europe, mais puisqu’il n’a ni noté sapin ni prusse, il est possible que ce qu’il a vu, était en vérité le sapin baumier.

Vers la fin du dix-septième siècle (la première attestation écrite date de 168412), le tsuga a reçu un nom d’origine inconnue spécifique à l’Acadie, héricot (également écrit éricot ou haricot, et habituellement prononcé aricot).  Ce nom est encore en usage aujourd’hui chez les Acadiens mais non pas chez les Québécois qui, comme j’ai déjà noté, pour tout compliquer, ont adopté pruche pour désigner le tsuga.

Incidemment, le mot haricot a présenté un problème aux traducteurs anglais.  L’exemple le plus amusant doit se trouver dans la publication Lettres et Mémoires de Thomas Pichon où l’expression « les haricots » fut traduite « French beans »13 (ce qui serait logique pour quelqu’un éduqué en français de France).  Ainsi, le document a été traduit pour dire qu’il y avait « a prodigious quantity of French-beans and a kind of pine tree » le long du portage entre les baies Malpèque et Bédèque au lieu de « a prodigious quantity of hemlock, a kind of pine tree ».  Le portage en question inclut une partie du tracé de la route actuelle entre Travellers Rest et Reads Corner.

Violon

En raison de son caractère à feuilles caduques et l’arrangement peu commun des aiguilles en verticilles, le Larix laricina est un des conifères les plus distincts de l’Île.  Une espèce équivalente se trouve en Europe.  Cependant en France on le trouve seulement le long de la frontière orientale alpestre.  Ainsi il aurait été peu connu des Français durant la période coloniale.  Le nom standard de l’espèce en France est le mélèze, un nom qui n’a jamais apparu ni dans aucun document historique du Nouveau Monde ni dans la langue vernaculaire.

Au Québec, on l’a toujours connu comme l’épinette rouge, nom en usage depuis au moins 166414, terme qui est aussi employé pour Picea rubens – la confusion étant presque inévitable.  Toutefois, en acadien, le Larix laricina a acquis le nom violon (comme l’instrument de musique) à une époque indéterminée.  Dans la région Évangéline à l’Île-du-Prince-Édouard ce nom est toujours en usage, l’expression petit violon étant fréquemment employée15.  En fait, la plus ancienne attestation écrite de ce terme en Acadie se trouve dans le journal de l’évêque du Québec, Joseph-Octave Plessis, lors de sa visite pastorale à l’Île-du-Prince-Édouard en 181216.

Cèdre

Vous allez peut-être trouver étonnant que l’attestation la plus ancienne du mot cèdre pour le thuya (nom connu principalement par les botanistes) est reliée à l’Île-du-Prince-Édouard.  Notre cèdre a ainsi été désigné par Jacques Cartier dans son journal de bord lors de sa courte visite à l’Île en 153417.  Il semble qu’il a adopté ce nom pour cet arbre à cause de sa ressemblance (particulièrement sa feuille) aux espèces de genévrier d’Europe – cèdreétant un nom vernaculaire employé pour ce dernier dans certaines régions de France18, nom que l’on retrouve pour les genévriers dans l’ancien grec19.  C’est en fait un faux-nom en terme botanique : les vrais cèdres (espèces du Cedrus), le mieux connu étant le cèdre du Liban, sont très différents en apparence du cèdre de l’Île-du-Prince-Édouard et appartiennent à une famille de plantes entièrement différente.

LES ARBRES FEUILLUS

Comme j’ai mentionné ci-dessus, l’identification des arbres feuillus de l’Île-du-Prince-Édouard et l’attribution de noms à ces arbres ont présenté moins de problèmes que dans le cas des conifères. Ceci s’explique du fait que la majeure partie des forêts de France consiste d’arbres feuillus.  Dans les forêts de l’Île, presque toutes les espèces feuillues avaient un équivalent européen avec lequel les premires explorateurs auraient déjà été familiers.  Ainsi les noms hêtre, chêne, orme, frêne, tremble, bouleau, érable, saule et autres furent simplement et correctement transférés aux espèces équivalentes dans le Nouveau Monde.  Néanmoins, trois des noms appliqués aux arbres feuillus en Amérique du Nord présentent un certain intérêt.

Merisier

Bien que le nom bouleau apparaisse tôt dans les documents relatifs à l’Amérique du Nord (on y désigne probablement ainsi presque toujours le bouleau à papier), un nom entièrement différent, merisier, fut donné au bouleau jaune dès les débuts de la colonisation française.  Samuel de Champlain serait le premier à citer ce terme en 163020.  C’est un nom apporté de France où il désignait le cerisier sauvage.

La raison pour laquelle ce nom fut employé pour une espèce de bouleau n’est pas du tout évidente, mais il se peut que l’arbre ne fut pas reconnu à l’origine comme un bouleau.  L’écorce du bouleau jaune adulte ne ressemble pas à celle d’autres espèces de bouleau.  Un ancien botaniste (Boucher, 1664) a suggéré qu’il avait été nommé ainsi parce que son écorce ressemble à celle du merisier (c.-à-d. le cerisier sauvage) de France21.  Quoi qu’il en soit de l’origine du nom de merisier, ce nom vernaculaire est devenu commun pour le bouleau jaune en acadien et en québécois.

Plaine

Le deuxième nom digne de commentaire est plaine.  Depuis le dix-septième siècle, ce mot a été le nom commun pour l’érable rouge en Acadie et au Québec (le premier rapport est celui de Champlain en 163022).  Comme merisier, ce nom a été aussi apporté de la France où plaine (écrit également plain ou plane) avait été longtemps employé pour quelques espèces d’érables23.  Il semble que le nom a été transféré aux érables français à partir d’un autre arbre totalement indépendant taxinomiquement, mais avec des feuilles de forme exactement semblable : Platanus orientalis, maintenant appelé le plataneen France, mais qui également fut connu comme plaine24.  Bien que le platane ne soit pas indigène à l’Europe occidentale – il est d’origine méditerranéenne orientale – il a été planté pour son ombre dans les villes et les domaines en France d’avant le dix-huitième si cle25.

Varne

Enfin, un commentaire sur le nom vernaculaire d’un de nos arbrisseaux plus commun, soit l’aulne qui, en acadien, s’est toujours appelé varne (ou verne).  Massignon a noté qu’aux yeux des Acadiens aulneest considéré « un canadianisme »26.  Sa recherche a démontré que les noms aulne et verne étaient connus au nord de la France, la Loire étant la ligne de division : « le type aulne dominant au nord et le type verne se rencontrant au sud de ce fleuve ».  Massignon ajoute : « Il est intéressant de voir que cette limite aulne/verne existe également en Amérique du Nord, où elle sépare le domaine acadien du domaine canadien ».

CONCLUSION

J’espère que vous percevrez nos arbres indigènes avec un nouveal oeil et une nouvelle oreille!  La prochaine fois que vous faites une promenade dans les bois de l’Île, employez fièrement ces vieux noms d’arbres acadiens, comme prusse, héricot, violon, cèdre, merisier, plaine et verne.  Ils ont été en usage parmi vos ancêtres en Acadie pendant presque quatre siècles et certains remontent à vos ancêtres de France.  Appréciez ces noms en tant qu’élément de votre héritage linguistique et assurez leur survie en les passant à de nouvelles générations.

REMERCIEMENTS

Je remercie ma collègue Arlette Bataillé de m’avoir aidé dans la traduction de cet article et aussi Georges Arsenault pour la révision finale.

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1 Adresse : Faculty of Science, University of Ulster, Jordanstown, Northern Ireland, BT37 OQB, United Kingdom.  Courriel : DG.Sobey@ulster.ac.uk.

2 Geneviève Massignon, Les Parlers français d’Acadie : Enquête linguistique, Paris : Librairie C. Klincksieck, 1962.

3 Douglas Sobey, Early Descriptions of the Forests of Prince Edward Island: A Source-Book, Part 1, The French Period, 1534-1758, Charlottetown, P.E.I., Department of Agriculture and Forestry, 2002.

4 Voir Sobey, pp. 143-44.

5 Michel Bideaux, Jacques Cartier Relations, édition critique.  Université de Montréal, 1986.

6 Massignon, pp. 170-71.

7 Massignon, p. 171.

8 Bien que ce mot épinette n’ait jamais atteint un usage très répandu en acadien, j’ai trouvé le mot dans deux documents du 18e siècle à l’Île Saint-Jean, où il semble avoir été employé pour les prusses et le sapin baumier, sans distinction (Sobey, p. 128).

9 Massignon, p. 168.

10 Le Grand Robert de la langue française (deuxième édition), Paris, 2001.  Voir aussi Massignon, pp. 167-168.

11 Bideaux, p. 108.

12 Massignon, p. 173.

13 [Pichon, Thomas] Genuine Letters and Memoirs, Relating to the Natural, Civil, and Commercial History of the Islands of Cape Breton, and Saint John… by an impartial Frenchman, London: J. Nourse, 1760, p. 86.

14 Massignon, p. 166.

15 Sobey, p. 131.

16 Père Anselme Chiasson, « Le journal des visites pastorales de Mgr Joseph-Octave Plessis (Évêque de Québec) en Acadie 1811, 1812, 1815 ».  Les Cahiers de la Société historique acadienne, Vol. 11, No. 1-2-3, 1980, p. 80.

17 Bideaux, p. 108.

18 Jacques Rousseau, La Botanique canadienne à l’époque de Jacques Cartier.  Contributions du Laboratoire de botanique de l’Université de Montréal, No. 28, 1937, p. 48.

19 Russell Meiggs, Trees and Timber in the Ancient Mediterranean World, Oxford : Clarendon Press, 1982, p. 410.

20 Massignon, p. 177.

21 Massignon, p. 177.

22 Massignon, p. 188

23 Massignon, p. 188; voir aussi Trésor de la langue française, 1988, Vol. 13, p. 494.

24 Le Grand Robert, 2001.

25 J. Jalas, J. Suominen, R. Lampinen, & A. Kurtto, Atlas Flora Europaeae. Distribution of Vascular Plants in Europe.  12.  Redsedaceae to Platanaceae, Helsinki, 1999.

26 Massignon, p. 178.

 

Réflexion sur notre identité acadienne

2003 par Gordon Lavoie

Gordon Lavoie

 

Je suis un Acadien de la région Prince-Ouest et je dis ceci avec fierté car je suis un Acadien d’une région remplie d’histoire et de richesses culturelles acadiennes!  C’est vrai que nous sommes un peuple unique sur notre Île mais en même temps nous partageons des racines avec nos compatriotes acadiens sur un plus grand territoire que nos ancêtres ont nommé Acadie.

C’est à nous de nous identifier comme étant de nationalité acadienne appartenant à l’Acadie, territoire un peu flou, avec ses vestiges de la langue française ancestrale et unique.  En disant que nous sommes Acadiens, je m’interroge après 400 ans d’existence sur ce que c’est d’être Acadien.  Certes, question difficile et simple à la fois.  Simple si nous acceptons sans réserve d’être Acadien sans vouloir aller plus loin dans nos pensées.  Plus difficile à expliquer si nous cherchons à mieux comprendre avec profondeur « l’âme acadienne ».  Quelle serait une réponse judicieuse à cette question simple et difficile?

De prime abord, en reconnaissant l’importance et l’honneur de porter les coutumes et les noms de nos ancêtres, il faut aussi accepter le fait que nous sommes déjà un peuple unique par définition, tant par l’histoire et la géographie que par la littérature.  Le Larousse (1977) nous le dit :

Acadie, région orientale du Canada français, colonisée dès 1604 et

cédée à l’Angleterre par le traité d’Utrecht

(1713).  [Hab. Acadiens.]

 

Le Petit Robert (1987) nous dit à son tour :

ACADIEN, IENNE … Adj. et n. (De Acadie,

région canadienne 1604).

t     10 D’Acadie. – Spécialt. Du groupe

ethnique et linguistique canadien* français

de l’Acadie.  Subst. Les Acadiens

(dès Maritimes*, de la Louisiane, etc.).

t     N.m. L’Acadien. Le français propre aux

Acadiens.

20 (1960) Géol. Se dit de l’étage moyen du

système cambrien.

Subst. L’acadien.  HOM akkadien.

Le Dictionnaire Encyclopédique Universel (1962) dit au mot « acadien » à propos de « cambrien », ce système du début du primaire qui contient la plus ancienne faune connue sur terre et qui se divise en trois étages : géorgien, acadien et potsdamien : (Serait-ce cela l’origine de ladite« forêt acadienne »?)

Étage moyen du cambrien (V. ce mot) représenté en Acadie.

Pour certains Acadiens, la question d’être Acadien ou Acadienne se limite à notre culture, nos croyances, nos coutumes, notre façon de parler et notre musique.  En effet, notre réalité est plus complexe lorsque nous relevons certains facteurs tels que les influences socioculturelles, économiques, linguistiques, etc., dans un monde axé de plus en plus sur la mondialisation.  Pensons à la question de la langue, par exemple.  Admettons que la langue enrichit notre réalité et notre culture, mais est-elle absolument nécessaire pour notre identité?  Il est vrai que beaucoup d’Acadiens ont perdu leur langue, mais est-ce cela veut dire qu’ils sont moins Acadiens que ceux qui l’ont gardée?  Le dénominateur commun ne serait-il pas qu’être Acadien ou Acadienne, c’est parler avec fierté de notre pays l’Acadie, de notre passé, de notre présent et de notre avenir!

Quant à savoir d’où nous venons, des recherches actuelles semblent confirmer que les Acadiens ne sont pas pour la plupart des nouveaux arrivés de plusieurs endroits « par hasard » mais plutôt de quelques régions particulières de la France.  Voici un extrait d’un numéro de Ven’d’est (hiver 93-94) où nous lisons :

Maison d’Acadie, La Chaussée, Poitou.  Dans le musée du « berceau de l’Acadie », le touriste acadien à toutes les chances de retrouver ses racines.  Sur le mur, s’affiche avec fierté une liste de 16 noms de familles qui fleurent bon l’Acadie et qui seraient originaires de ce coin du Poitou : les Babin, Dousset, Poirier, Belliveau, Robichaud, Gaudet, Savoie, Thériault…  Tous seraient partis d’ici, de trois villages appelés La Chaussée, Martaizé et Aulnay…  D’après le président des Cousins acadiens du Poitou, plus de 50 p. 100 des Acadiens vivant par le monde descendent des « poitevins ».

Le texte dit plus loin que d’autres régions telles que la Touraine, la Normandie et la Champagne sont parmi les régions d’où venaient les Acadiens.  Et les recherches continuent.

Souvent on écrit qu’un Acadien est Acadien parce qu’il vit en Acadie.  Aujourd’hui nous connaissons une réalité qui fait que nos croyances doivent évoluer pour accepter la possibilité que les Acadiens vivent partout au Canada et dans le monde, soi-disant à l’extérieur de l’Acadie traditionnelle (Provinces maritimes) ou historique (Nouvelle-Écosse péninsulaire).  Chez nous comme ailleurs, beaucoup de jeunes Acadiens et Acadiennes choisissent de quitter leurs communautés acadiennes pour aller ailleurs.  L’Acadien ou l’Acadienne se déplace à l’extérieur de sa communauté acadienne plus ou moins homogène ou opte de faire sa vie dans sa propre petite mais vibrante communauté acadienne francophone comme par exemple à Charlottetown où demeurent de plus en plus de personnes de descendance acadienne.

Peu importe comment nous concevons notre appartenance à l’Acadie, notre grande famille acadienne vit dans une société qui devient vraiment mondiale qui par ce fait même influe sur notre façon d’être.  Cela n’est pas mauvais en quelque sorte mais il entraîne certains défis pour nous les Acadiens, défis tels que d’assurer que nous n’oublierons pas les sacrifices de nos aïeux et que nous conserverons, en tant que possible, nos coutumes, nos richesses culturelles et notre identité.

Bien entendu, ce n’était pas notre décision d’être Acadien ou pas.  Cette décision a été prise pour nous à partir de notre naissance ou ascendance mais il nous reste la responsabilité de respecter ou non ce destin qu’est « l’âme acadienne ».  Tout de même, d’autres qui ne sont pas né(e) Acadien ou Acadienne peuvent s’identifier comme Acadien.  Le partenaire non acadien dans un mariage exogame ou simplement le fait d’être parmi un grand nombre d’Acadiens peut développer chez l’autre une identité acadienne.

Lorsque nous considérons le grand nombre de descendants issus de quelque 40 grandes familles acadiennes, il est facile d’imaginer que nous avons tout de même un peu de poids en ce bas monde.  Pour ne donner qu’un exemple, dans le film Le Lien Acadien de l’Office national du film, on fait mention des centaines de milliers de Leblanc dans le monde entier.  C’est incroyable qu’une famille acadienne pourrait exercer une si grande présence démographique un peu partout sur notre terre ferme!  Ne faudrait-il pas davantage réaliser que les Acadiens sont en mesure, eux aussi, d’influencer et de changer le monde dans lequel ils côtoient les autres quotidiennement.  L’historique de notre généalogie tout à fait remarquable nous en dirait beaucoup sur la présence et l’influence de ceux et celles qui se targuent d’être Acadien ou Acadienne.  Acadiennement vôtre!

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La rédaction souhaiterait recevoir à l’avenir d’autres articles sous cette rubrique touchant à l’identité et à la nationalité acadiennes.

 

Nos collaborateurs / Nos collaboratrices

2003 par La Petite Souvenance

 

GEORGES ARSENAULT, historien et folkloriste, habite Charlottetown où il coanime l’émission matinale de la radio de Radio-Canada pour l’Î.-P.-É.  Il est membre du Comité historique Soeur-Antoinette-DesRoches et du Comité historique Have-Saint-Pierre.  Sa plus récente publication est Cent ans de succès / A Century of Success, l’histoire de l’Exposition agricole et le Festival acadien de la région Évangéine.  Son ouvrage Contes, légendes et chansons de l’Île-du-Prince-Édouard, publié en 1998, vient de paraître en anglais chez Acorn Press.  Traduit par Sally Ross, il s’intitule Acadian Legends, Folktales and Songs from Prince Edward Island.

 

FRANCIS BLANCHARD, historien et toujours sur la brèche pour la cause acadienne, est à la retraite depuis 14 ans.  Il est présentement membre du conseil exécutif des Francophones de l’âge d’or de l’Île-du-Prince-Édouard, du Comité historique Soeur-Antoinette-DesRoches, secrétaire du Comité historique acadien Prince-Ouest, vice-président du Hillsboro Seniors’ Club et du conseil exécutif des Amis de la Banque des fermiers de Rustico.  En collaboration avec la Société historique de Belfast, Francis Blanchard a joué un rôle primordial pour la restauration de l’ancien cimetière acadien de l’ancienne paroisse Saint-Paul (1752-1758) à la Pointe-Prime, cimetière utilisé aussi par les Écossais arrivés dans la région en 1803.

 

MAURICE ROY, dont les parents sont originaires de Rogersville au Nouveau-Brunswick, est né et éduqué à Halifax mais la plupart de ses ancêtres proviennent de diverses régions acadiennes de l’Île-du-Prince-Édouard.  En 1991, après huit ans dans les Forces armées canadiennes, il devint naturaliste au Parc national de l’Île-du-Prince-Édouard.  Très actif dans la promotion du patrimoine culturel et écologique à l’Île, Maurice Roy est paru avec Roger Younker à l’émission Compass dans le segment « Northern Impressions ».  Avide collectionneur d’antiquités de l’Île telles que les chaises acadiennes qui paraissent dans ce numéro, c’est lui qui coordonne présentement le programme éducationnel à Parcs Canada.  Il est en train d’achever la restauration d’une maison à Charlottetown qui date des débuts de l’histoire de la ville.

 

JUDY CHAISSON, née Pritchard à Hamilton (Ontario), est membre fondatrice en 1999 de la Société Historique Acadienne de Kings-Est.  Son intérêt pour les Acadiens a commencé par la recherche généalogique sur les ascendants de son mari Lem Chaisson ce qui l’a menée à scruter la généalogie des familles fondatrices de la paroisse de Saint-Alexis.  Elle a travaillé les trois derniers étés comme directrice de la « Salle du patrimoine » à l’église Saint-Alexis de Rollo-Baie.

Elle s’est décidée de retourner aux études et d’entreprendre à l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard des études dans les humanités, en psychologie tout en suivant des cours de français.  Judy et Lem sont parents de cinq enfants et grands-parents de sept petits-enfants.  Ils habitent dans la région acadienne de Rollo-Baie.

 

EARLE LOCKERBY is an Islander who lives in Fredericton (N.B.) and spends his summers at Darnley on the Island.  For many years history has been an avocation, his area of specialization being eighteenth century history of P.E.I.  An inveterate researcher, he seeks out primary sources whenever possible.  He has published articles on Island Acadian history in various journals, including The Island Magazine, Les Cahiers of La Société historique acadienne and Acadiensis.  Perhaps his most important contribution is an extensive, groundbreaking work on the deportation of Acadians from Île Saint-Jean in 1758, which appeared in the prestigious, scholarly journal, Acadiensis.  He is the editor of Pathways to the Present : A Social History of Hamilton, P.E.I., the community in which he grew up.  Earle Lockerby holds Masters’ degrees in Chemical Engineering and in Operations Research and Management Studies from Imperial College, London, England.

 

BERTHE BLANCHARD, née DesRoches de Tignish, y a fait ses études primaires avant de se diriger vers Trois-Pistoles à l’Institut Familial après quoi elle fut embauchée par le ministère de l’Agriculture provincial à dispenser des cours en sciences familiales chez les Dames de l’Institut d’un bout à l’autre de la province et même à St-Jean, Terre-Neuve-et-Labrador.  En 1965, elle est devenue directrice par intérim des Instituts féminims de l’Île-du-Prince-Édouard.  Plus récemment en tant que présidente de la succursale de la SSTA à Charlottetown elle a coordonné la publication de La Cuisine Acadienne à l’occasion du centenaire de l’adhésion (1873) de l’Île à la Confédération canadienne.  En plus d’avoir fondé le groupe « Jeunes de Coeur du Carrefour de l’Isle-Saint-Jean », elle a fondé en 1995 « Les Francophones de l’âge d’or de l’Île-du-Prince-Édouard ».  Berthe Blanchard est mère de deux filles et grand-maman d’un petit-fils, Justin.

 

PÈRE JAMES KELLY, né à Charlottetown, a obtenu en 1946 son Baccalauréat ès arts de l’Université Saint-Dunstan.  James Robert Kelly fait ensuite ses études théologiques au Grand Séminaire de Québec et est ordonné prêtre le 28 mai 1950 en la Basilique Saint-Dunstan à Charlottetown.  Le père Kelly a fait des études de troisième cycle à l’Université de Toronto, à la Catholic University of America (Washington D.C.), et des études supplémentaires en théologie et en langue allemande à l’Université de Vienne et à celle de Tübingen.  Présentement à la retraite, il a exercé son ministère à Charlottetown, Kelly’s Cross, Morell, et à Wellington de 1987 à 2000.  Le père Kelly a été aumônier militaire dans les Forces armées canadiennes et président de la Commission des droits de la personne de l’Île-du-Prince-Édouard de 1975 à 1979.

 

DOUG SOBEY est né à Summerside où il fait ses études primaires et secondaires après quoi il obtient en 1969 un baccalauréat en biologie à l’Université Mount Allison.  Récipiendaire de la bourse du Commonwealth, il étudie ensuite l’écologie à l’Université d’Aberdeen en Écosse où il obtient une maîtrise et un doctorat.  Depuis 1979, il enseigne l’écologie à l’Université d’Ulster près de Belfast, en Irlande.  Cependant il revient chaque été à l’Île-du-Prince-Édouard où depuis 1992, il effectue une recherche sur les forêts de l’Île ainsi que leur histoire passée.  Grâce à cette étude, il a récemment édité un rapport sur les forêts durant la période française.  Ce rapport s’institule : Early Descriptions of the Forests of Prince Edward Island : I. The French Period (1534-1758).

 

GORDON LAVOIE est natif de la communauté de Saint-Édouard à Prince-Ouest.  Il a poursuivi ses études à l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard et à l’Université Laval où il obtient en 1982 son Baccalauréat ès arts avec une spécialisation en linguistique.  De 1979 à 1982, il est trésorier de l’Association des Acadiens et Brayons de l’Université Laval.  Depuis son retour à l’Île, il devient conseiller, trésorier et ensuite président du Centre culturel Port-LaJoye et du Comité des parents de l’école François-Buote.  Gordon s’intéresse toujours à la généalogie acadienne et il est le représentant des Maritimes au sein de l’Association des familles Lavoie de l’Amérique.

 

(Rectification de la notice biographique parue dans notre numéro 16 pour l’article De  petites trouvailles en généalogie)

ALICE RICHARD, née Bernard, a toujours été intéressée à la généalogie et à l’histoire acadienne.  C’est en préparation pour la rencontre des Bernard en 1988, sur la terre de ses ancêtres à St-Philippe, qu’elle commença ses recherches en généalogie.  Depuis, elle contribua à la publication en 1995 de la Généalogie de la famille Aucoin-Wedge et écrivit La Descendance des pionniers Bernard de Baie-Egmont.  En 1997, elle publia La Petite Histoire de Papa qu’elle a traduite en anglais en 1998.  Elle collabora avec Marie-Anne Arsenault à la rédaction et fit la mise en page du recueil d’histoires orales Échos du passé, commandité par la Coopérative d’artisanat d’Abram-Village.  Enseignante à la retraite, Alice a enseigné pendant trente-deux ans y compris dix ans dans la région Évangéline soit à St-Philippe, Urbainville, Abram-Village et l’École Régionale Évangéline.