Archive pour: ‘décembre 1986’

Nouvelles de l’empremier

1986 par Contribution anonyme

 

1879 – Miscouche :  “H. Gaudet, Esq., Miscouche, is the lucky owner of ten ewes which this year added twenty-three lambs to his flock.  Three of them had each triplets, and the remaining seven had each twins.”  (The Examiner, August 26, 1879)

 

1879 - “Une exhibition aura lieu à l’automne dans chaque comté de l’Île-du-Prince-Édouard.  Au nombre des commissaires de celle du comté de Prince nous remarquons l’Hon. Jos. O. Arsenault, et J. J. Arsenault, Écr., de Tignish.”  (Le Moniteur Acadien, le 17 juillet 1879)

 

1886 – Tignish :  “La goélette Lettie capt. Ben Poirier, de Tignish, est entrée en rade avant hier avec 70 quarts de maquereau, emballé dans la glace, qui ont été expédiés à Boston.  C’est le deuxième chargement que ce vaisseau expédie depuis quelques jours.  Le capt. Poirier nous dit que le maquereau est très abondant au nord de l’Île-du-Prince-Édouard, et qu’il s’en prend tous les jours d’énormes quantités.  Il a compté au-delà de 150 voiles américaines entre le Cap Nord et la Pointe Ouest.  Tous les jours un bon nombre lèvent l’ancre et s’en retournent avec une pleine cargaison.”  (Le Moniteur Acadien, le 23 juillet 1886)

 

1887 – Abram-Village :  “La récolte a été assez bonne cet automne, mais les produits ne se vendent pas.  L’avoine qui est de bonne qualité ne se vend que depuis vingt-cinq à vingt-sept centins de boisseau.  Les patates se sont vendues pour 25 et 30 centins le boisseau.  Il en a été exporté une plus grande quantité que pendant les années dernières.”  (L’Évangéline, le 23 novembre 1887)

 

1893 – Rustico :  “Les fermiers de Rustico ont eu l’avantage bien grand de recevoir les instructions de M. J. C. Chapais au sujet des laiteries.  M. Chapais s’y connaît parfaitement en fait d’agriculture, et les informations, si longtemps désirées, qu’ils ont puisés dans cette conférence instructive, ne manqueront pas d’avoir de bons effets.  Nous espérons qu’il y aura un établissement de fromagerie dans peu à Rustico, les cultivateurs ayant appris si justement les profits qu’ils pourraient retirer de l’industrie laitière.”  (L’Impartial, le 21 septembre 1893)

Le Soir des tours

1986 par Père Emmanuel Gallant

Père Emmanuel Gallant, c.j.m.

 

Au début de notre siècle, le soir précédent la Fête de la Toussaint était toujours appelé “le soir des tours”, à Mont-Carmel, et dans pratiquement toutes les paroisses acadiennes des Provinces Maritimes, selon une enquête menée auprès de plusieurs confrères acadiens.  Quant à moi, je n’ai entendu le mot écossais Hallowe’en que pendant ma première année au collège de Bathurst, N.-B.

Il faut dire aussi que le caractère de cette soirée a beaucoup évolué.

Au début, les tours joués étaient absolument inoffensifs et accomplis par des jeunes de 18 à 25 ans.  Ils avaient lieu tard dans la soirée.

Vers le milieu de notre siècle, ce sont les élèves de 7 à 11 ans qui, immédiatement après la classe, se mettaient des masques et s’habillaient un peu comme à la mi-carême; puis ils passaient les maisons pour la Hallowe’en.  Il fallait essayer de deviner leur nom.  Comme curé de Chéticamp et à Saulnierville, en Nouvelle Écosse, je devais faire toute une provision de bonbons, de pommes et d’oranges afin de mettre quelque chose dans le sac de chacun, et alors on enlevait son masque.  Malheureusement, certaines personnes qui n’aimaient pas être dérangées, ont eu la méchanceté de placer des lames de rasoir ou des épingles dans des pommes, et ainsi plusieurs enfants ont été blessés.  Actuellement, dans beaucoup de paroisses, les parents permettent à leurs enfants d’aller seulement dans certaines maisons où l’on connaît bien les gens et où on est assuré d’un bon accueil.

Récemment, dans certains milieux, des jeunes d’une vingtaine d’années ont recommencé à jouer des tours dans la soirée; mais ce ne sont plus des tours inoffensifs comme autrefois.  Sous prétexte que c’est le soir de la “Hallowe’en”, on brûle des maisons encore assez bonnes mais inoccupées.  Parfois on brûle des granges remplies de fois.  Il y a là des manifestations de mauvais esprit.

Permettez-moi de raconter ici quelques tours joués vers les années 1920.

Comme la Toussaint était alors une fête d’obligation, la messe avait lieu à la même heure que celle du dimanche.  Or, à Mont-Carmel, ce matin là, un homme d’une soixantaine d’années s’en va atteler son cheval à sa voiture à quatre roues; mais lorsqu’il monte dans la voiture avec sa femme, il constate que les deux grandes roues de derrière avaient été placées en avant alors que les petites roues de devant étaient en arrière.  Or, comme les grandes roues ont environ quinze pouces de plus de diamètre, cela changeait la position du siège à tel point que les voyageurs étaient pratiquement couchés.  L’homme regarda sa montre et constata qu’il avait juste le temps d’arriver à l’église pour le début de la messe.  Comme son banc à l’église était l’un des premiers en avant, et que changer les quatre roues lui aurait pris au moins vingt minutes, il préféra aller à l’église comme cela plutôt que de manquer la messe ou d’arriver en retard et d’être remarqué par les paroissiens.  Il vérifia cependant si les écrous étaient bien serrés.

Au sortir de l’église, tout le monde riait de voir cet homme et cette femme en quelque sorte couchés dans leur voiture; mais lui, tout en riant du tour qu’on lui avait joué, déclara qu’il avait préféré venir à l’église comme cela plutôt que d’arriver en retard.  C’est alors que tout le monde le félicita et l’admira.

Une année, le matin de la Toussaint, l’un de mes frères constata que notre tombereau qu’on appelait ordinairement “charrette” était disparu.  Il en parla à mon père, mais on n’avait pas le temps, avant la messe, de chercher où il était.  En sortant de l’église, mon père apprit que notre tombereau était au ruisseau sur le chemin entre le Magasin Coopératif actuel de Mont-Carmel et le village de Saint Timothée; donc à un bon demi-mille de la maison.  Après le dîner, mon père demanda à mon frère Ben d’aller chercher le tombereau avec un cheval.  Malheureusement, on avait reculé les roues dans le ruisseau, et comme il avait fait très froid la nuit précédente, il s’était formé une glace assez épaisse.  Lorsque le cheval recula entre les deux menoires, ses pattes de derrière défoncèrent la glace avec beaucoup de bruit, ce qui énerva le cheval qui avança avant qu’on eut le temps de l’atteler au tombereau.  Mon frère essaya de nouveau de le faire reculer, mais impossible.  Alors, il se vit dans l’obligation d’aller demander du secours aux maisons voisines.  Quelques hommes et jeunes gens sont venus l’aider.  Malheureusement, l’un des jeunes gens glissa et tomba dans l’eau glacée jusqu’aux genoux.  En arrivant à la maison son père lui dit: “Tu es puni par où tu as péché:  si tu avais laissé le tombereau à Jim Sylvain à sa place, tu ne serais pas mouillé”.

Mais le meilleur tour, à mon avis, me fut raconté alors que j’avais à peu près dix ans.  Il fut joué à un homme qui possédait une assez grosse porcherie.

Plusieurs jeunes gens sont venus à la porcherie assez tard le soir avec des lumières de poche.  Ils ont pris un porc de 5 ou 6 mois, l’ont habillé avec chemise, cravate, pantalon, veston, chapeau, lui ont grimé une paire de lunettes, puis ils l’ont assis dans un coin du compartiment en l’attachant bien au poteau qui était en arrière.  Ils lui ont mis un baril vide en métal, d’environ dix gallons entre les pattes de derrière qu’ils ont attachées au baril avec des cordes.  Aux pattes de devant, ils ont attaché des tiges de métal avec des cordes, puis avec d’autres cordes, ils se sont organisés de telle sorte que le porc ne pouvait ni toucher son chapeau ni mouvoir ses pattes de devant vers la droite ni vers la gauche.  Tout ce qu’il pouvait faire, c’était de lever de 4 ou 5 pouces les deux pattes en ligne droite vers le haut et de les abattre sur le baril.

Le matin de la Toussaint, quand le propriétaire arriva à la porte de sa porcherie, il entendit tout un vacarme de tamtam.  Il entra aussitôt et vit notre jeune artiste, tout énervé, jouer du tambour alors que les autres porcs courraient comme de vrais petits diables.  Le propriétaire alla chercher sa femme et ses enfants pour voir et entendre un tel spectacle.  Toute la famille riait de bon coeur.  C’est dommage qu’on n’avait pas de caméra pour prendre une photo de ce spectacle…

En général, les gens auxquels on jouait des tours acceptaient très bien cela, et même en riaient.  Cependant il y avait quelques exceptions.  Comme arguments, certaines personnes âgées disaient que des curés avaient défendu ces tours, car cela avait été inventé par des Protestants écossais pour rire de nos Saints et de nos Saintes.  Je n’ai jamais cru que des curés avaient déjà fait de telles interdictions…

Le Dimanche de la grande procession tel que je me le rappelle

1986 par Père Adrien Arseanult

Père Adrien Arsenault

Adaptation de R.-M. Bérardinelli

Le samedi, nous les enfants, nous allions dans les bois
ramasser de plein paniers de fleurs sauvages
que nous devions jeter tout au long de la procession.
Chez nous, c’était le Dimanche de la Grande Procession
le seul dimanche o le Saint Ostensoir,
telle une géante mandole dorée sortirait de l’église
pour tre exposé quelques instants dans de frais reposoirs falbalas
recouverts de tissus blancs amidonnés
et réguli rement parsemés de fleurs artificielles en papier.
Avec un sens inné d’une fantaisie quasi-daliesque
des hommes avaient douillettement niché ces grotesques arrangements
au milieu de jeunes bouleaux et érables abattus la veille.
Le précieux ostensoir serait ensuite ramené l’autel principal
sous un dais quatre mâts bordé de glands
tandis que la foule chanterait et réciterait le rosaire
sous le ciel mouvementé et radieux d’un début d’été.
Un probl me majeur – sujet d’une querelle annuelle –
était de garder allumés les cierges des acolytes
par un temps invariablement venteux,
d’autant que notre église s’élevait sur un littoral nu
sans un seul arbre pour la protéger contre le noroît.
Je n’ai aucun souvenir de pluie en ce dimanche-l ;
et pourtant les encensoirs qui envoyaient si bravement leur fumée âcre
quand nous sortions de l’église
s’éteignaient infailliblement avant notre retour.
C’était pour nous, les enfants de choeur, une cause de fol amusement:
il fallait tisonner les charbons pour les garder allumés,
souffler dessus jusqu’ ce que nous ayons le visage tout rouge.
Apr s tout, un probl me hautement technique devait tre résolu sur le champ
et nous, nous étions, selon toutes évidences,
les ingénieurs divins assignés cette tâche!
Joyeux et maladroits, nous trébuchions des centaines de fois
dans nos soutanelles tachées de cire
et nous essayions de nous faire mutuellement des croche-pieds
tout en prenant l’air d’ tre enti rement absorbés
par les innombrables AVE MARIA.
Ce n’était pas seulement une cérémonie d’une indéniable portée spirituelle:
c’était aussi bien amusant.
Oui. Un bien innocent amusement le dimanche!
C’était l’apparat et le chant, l’encens et les fleurs;
l’art populaire de la communauté o chacun jouait un rôle;
des banni res, hautes en couleurs et flottant au vent;
des douzaines de petites filles en voiles de dentelle
et couronnées de petites fleurs;
plus un choeur solennel de p cheurs et fermiers en procession,
jamais fatigués du perpétuel refrain: AVE, AVE, AVE MARIA.
Si la Cinqui me Avenue avait sa parade du dimanche de Pâques
pour que les Irlandaises, les nouveaux-riches, exibent leur chapeau de Pâques,
Mont-Carmel avait lui aussi sa grande Procession
qui suscitait la m me vieille et infatigable fierté
et la même sensation de fête.
Jamais nos surplis n’avaient été autant amidonnés,
nos bottes plus cirées, et nos rires plus irrésistibles.
Pour un court moment,
le joyeux esprit de la Pentecôte était s rement encore parmi nous
le peuple choisi de Dieu,
tandis que – oubliant les Anglais protestants que nous craignions grandement –
nous officions toute voix dans un latin désuet et un français exécrable!
Quoique ne refoulant jamais tout fait ces continuelles et charmantes exubérances
– qui, pour une raison quelconque
arrivaient toujours irriter notre curé dépourvu de tout humour –
nous avions le sentiment, d’une mani re ou d’une autre,
d’accomplir quelque chose de tr s beau pour le Saint Sacrement.
Il me semblait que nous laissions sortir le Christ
pour qu’il puisse respirer le ciel et sentir la terre
et s’évader un moment de cette prison-tabernacle,
si sombre et si confinée.
Les enfants pensent en images poétiques,
ce qui ne contredit nullement le PANGE LINGUA GLORIOSI de Thomas d’Aquin.
Le monde reste pour eux un carnaval de signes et de symboles
qui exprime toujours plus que ne leur permet leur moi limité.
Notre monde était fait de rituels et de coutumes étroitement tissés
et pourtant sans cesse métamorphosée dans leur propre et mystérieuse réalité.
Le sacré n’était pas quelque chose part:
les anges et le pain du ciel étaient aussi réels,
si ce n’est plus, que l’absurdité des fleurs du pommier
qui nourrissaient des essaims d’abeilles butineurs de pollen.
La danse sacrée de la vie nous entraînait tout simplement
vers sa destinée impénétrable.
Nous n’étions jamais tentés de ne pas nous y joindre.
Dieu! Comme nous étions heureux
quand le choeur retournait sa tribune
et entonnait le TANTUM ERGO
avec son joyeux et triomphal entrain de délivrance!
Cela signifiait la fin, et nous retournions tous chez nous
pour partager une marmite de soupe d’orge dommicale
– toujours cette m me vieille soupe insipide –
changer nos v tements et sortir pour jouer la balle molle.
Ah! Ces radieux et traînants dimanches apr s-midi
de notre enfance CORPUS CHRISTI ou pas!

Une semaine dans la vie de François-Joseph Buote

1986 par Elizabeth E. Cran

présenté par Elizabeth E. Cran

 

François-Joseph Buote est un personnage important de l’histoire de Tignish et de la communauté acadienne de l’Île.  Effectivement il est, avec son père, le fondateur de L’Impartial, le premier journal de langue française publié dans la province.  Ce que peu de gens savent c’est que F. -J. Buote a tenu pendant un certain temps un journal intime.  Caché dans un Journal et Almanach pour l’année 1898 (qui s’appelle aussi Guide complet de l’imprimeur, publié par John Haddon et Cie de Londres), cet important manuscrit se trouve dans la collection de Reginald Porter, grâce à qui j’ai pu l’étudier.

L’écriture de F. -J. Buote présente un gros problème à qui voudrait transcrire son journal.  Elle est souvent difficile à déchiffrer et assez fréquemment illisible.  Et encore, cette écriture varie tellement qu’on la décrirait mieux comme deux écritures différentes.  On ne peut choisir une partie à étudier sans y trouver plusieurs mots qui résistent à nos efforts de compréhension.

Curieusement, Buote tenait son journal en anglais, jusqu’au point d’appeler sa femme (née Marie Goguen) “Mary”.  On ne saura probablement jamais pourquoi, mais il est difficile de résister à la tentation de spéculer.  Il écrivait facilement l’anglais.  Il y a peu de traces de sa langue maternelle dans sa façon de s’exprimer.  Dans ma traduction, j’ai essayé de rester aussi fidèle que possible au texte anglais, sans pourtant écrire quelque chose qui ne soit pas du bon français.

Comment choisir des passages à publier dans un journal si intéressant?  C’était difficile en effet.  J’ai commencé au 6 janvier, le jour de l’anniversaire de son mariage, qui est suivi par une semaine assez typique du journal entier avec son mélange d’activités très variées et d’expressions d’ennui dont “rien de nouveau par ici” en est le refrain.

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jeudi 6 janvier – Épiphanie :  Aujourd’hui le soleil brille merveilleusement.  C’est l’anniversaire de notre mariage.  Il y a 12 ans aujourd’hui que nous nous sommes mariés au Cape Bald, N.-B., par le père Breadly (sic).  Quels changements depuis.  Je rends grâce que jusqu’à présent j’ai prospéré.  Ce soir nous sommes allés au concert; nous nous sommes bien amusés.  La somme de $24.00 a été réalisée et tous étaient satisfaits.  Après le concert tout le groupe est venu chez nous et nous nous sommes amusés.  Je rends grâce aujourd’hui pour le bon anniversaire.

vendredi 7 janvier:  Il a plu la plus grande partie de la journée.  J’ai reçu aujourd’hui de nouveaux caractères, des similigravures et d’autres marchandises de Duchêne.  J’étais occupé à arranger et à attacher les caractères dans les cases.  Rien de nouveau.  Nous avons tenu notre réunion du C.M.B.A.Le Dr McLellan, grand député, a installé les nouveaux officiers.  La réunion était animée.  Beaucoup d’échanges entre Murphy2, Brennan, O’Brien (sic) et moi-même, (mot illisible) le président, ainsi il ne pouvait décider quoi faire.  Nous anticipons un hiver animé au C.M.B.A.

samedi 8 janvier :  Aujourd’hui il faisait assez froid.  Nous étions très occupés à imprimer et mettre nos presses et notre bureau en bon ordre.  Rien de nouveau.  Mon père a reçu son manteau de Joe Chaisson, il lui allait très bien.  Il l’a payé en entier.  Il y avait un peu de neiges qui volait aujourd’hui, mais rien pour déranger.  Je ne me sens pas très bien.  (mots illisibles) semble mieux.  Tranquille au village.

dimanche 9 janvier :  Je ne suis pas sorti de la maison aujourd’hui.  Ne me sentais pas très bien.  Il faisait froid aussi.  Rien de nouveau.  Tout semble tranquille et ennuyeux.  Cependant nous n’avons rien à nous plaindre. Tout va bien avec nous et nous avons beaucoup de raisons à être reconnaissants.  J’entends qu’il y a plusieurs nouvelles publications de mariages aujourd’hui.

lundi 10 janvier :  C’était une journée bien occupée pour moi.  Ai préparé un côté du journal à imprimer tard en soirée.  En train de mettre les livres de la C.M.B.A. en ordre, les ai arrangés.  Rien d’important.  McEleory (sic) a détaché le fil de téléphone de sa maison en le frappant parce qu’il faisait trop de bruit dedans.  À minuit, plusieurs tapageurs de nuit étaient sur le sentier de la guerre.  Pas de dommages cependant.  À 6 heures du soir il faisait un peu moins froid et il semblait qu’il allait neiger.  Le vent continue fort et humide.  Il y a beaucoup de maladie dans la paroisse.  Les adultes aussi bien que les enfants (mots illisibles) dans chaque section.  Ai payé exp… (,)

mardi 11 janvier:  Aujourd’hui il faisait assez froid.  Il y avait 3 couples qui se mariaient ce matin.  Dominique Abram Chaisson, Joe Fidèle Perry et Lambert (?) (mot illisible).  Je suis allé chez J. Chaisson, au coin à Béloni cet après-midi.  Ai acheté tabac et mouchoir.  Il n’y a rien de nouveau.  Ai envoyé Albert au moulin près de chez Peter Maxim3 .  Les chemins ne sont pas en très bonne condition.  Les affaires semblent être complètement arrêtées.  Rien ne bouge.  Il n’y a rien de nouveau dans le courrier de ce soir.  Il y a quelques ivrognes dans les rues, mais ils sont bien tranquilles.  Le père Burke4 est venu à Tignish ce soir.

mercredi 12 janvier:  En matinée il faisait plutôt doux.  Vent du sud-ouest.  Rien de très important.  Mon père est allé à Saint-Louis ce matin.  Nous sommes occupés à imprimer.  Nos affaires marchent bien.  Mon oncle Jérôme est ici pour dîner.  À midi le vent était assez fort et plus tard il tempêtait.  Tout est tranquille.  J’ai reçu trois sous-main par le courrier ce soir et (mots illisibles).  Nous avons fini d’imprimer à 8 h 45.  Tout a marché d’une façon satisfaisante et nous affirmons avoir le meilleur journal des Provinces Maritimes.  Il y a une conférence à la salle Sainte-Marie ce soir donnée par le révérend père Dugald5 .  Suis trop occupé pour (mot illisible) conséquemment ne peux y aller.  “Les affaires avant le plaisir” a toujours été ma devise et doit-elle céder à cette occasion.

Notes

1.  Catholic Mutual Benefit Association.

2.  Le docteur Murphy, plus tard sénateur; J. -A. Brennan, homme d’affaires de Tignish.

3.  Fils de Maximin Chaisson dont la ferme se trouvait au nord du village, assez près de la maison des Buote.

4.  A. -E. Burke, curé d’Alberton à l’époque et actif dans beaucoup de projets communautaires.

5.  Curé de Tignish, le père Dugald MacDougall.

Les maisons des pionniers

1986 par François-F Arsenault

François F. Arsenault

 

Une entrevue réalisée le 17 octobre 1980 par Georges Arsenault auprès de M. François F. Arsenault, d’Urbainville, âgé de 82 ans.  L’enregistrement (No 1351) fait partie de la collection de l’interviewer laquelle est déposée au Centre d’Études acadiennes de l’Université de Moncton.

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- Vous m’avez déjà parlé que votre père, votre grand-père vous contait comment les premières maisons avaient été bâties par ici.  Comme c’était fait ces maisons-là?

- Bien, ils coupiont du bois à peu près de cette grosseur-là:  six pouces au petit bout et peut-être huit pouces au gros bout.  Il y avait du bois en masse.  Puis ils mettiont ça un sur l’autre.  C’était pas scié ça.  C’était pris dans le coin, ce qu’ils appeliont duff-tail (dove-tail); c’était une mortaise que quand tu mettais deux morceaux dans un, c’était pris sur deux sens.  Les deux fitiont là puis c’étais pris, absolument, toutes un par-dessus l’autre.  Une fois qu’ils étiont rendu à une certaine hauteur, ils preniont des petites lices puis ils les mettiont une au ras l’autre pour leur couverture et puis ils mettiont du machecoui, (il y avait des gros arbres dans ce temps-là) ah! du machecoui large comme la table et plus, puis ils couvriont ça avec du machecoui.  Ils mettiont des branches de prusse de là-dessus, un bon lit de branches de prusse, ils mettiont de la merde de vache pour tiendre toute ça à sa place, puis ça tenait là.  Ah! je veux pas dire que ça dégouttait pas quand qu’il mouillait fort.  C’était ça leur maison.  Ça c’est les premières de toutes.

- Avez-vous dit que pour le bardeau sur la couverture c’était du machecoui ou bien de l’haricot?

- Sur la couverture c’était du machecoui (les premières de toutes), des branches là-dessus pis de la merde de vache.  Mais après ça, pas longtemps après qu’ils avont été ici, ils avont commencé à se bâtir des maisons et puis ils sciiont le bois – il y avait une scierie ici en bas au ruisseau – ils sciiont le bois, les billots.  Il y avait des billots en masse et puis il y avait du monde en masse aux maisons; il y avait trois ou quatre gros hommes à toutes les maisons.  Ils sciiont ça.  Ils appeliont ça une chase.  Il y avait une grosse grosse scie puis il y en avait un qu’était en haut puis la chase faisant ça, comme ça, (elle était placée debout) puis quand elle venait ici, celui-là d’en bas halait dessus et celui d’en haut pesait dessus puis ça sciait.  Le saw dust tombait sur l’autre en bas.  Toute la journée ils sciiont des planches comme ça.

- Le bardeau, mon père m’a dit qu’ils le faisiont à la hache.  Ils preniont une belle bloque de sapin (ça se fend bien le sapin, il y a pas de noque en toute), ils le fendiont en épaisseur de planche puis là ils aviont un couteau à deux manches puis ils l’appointissiont d’un boute.  C’est le premier bardeau ça qu’ils avont usé.

- Les premiers chassis sur les maisons, comment c’était organisé ça?

 - Une de ces pièces de bois-là (c’était toute fait avec des pièces, de sept pouces de gros), ils en coupiont une à peu près trois pieds de long, ils la sciiont puis ils mettiont une cheville de bois au mitant.  Puis là, quand ils fessiont d’un bout, ça virait en travers puis ça donnait de la clairté. Ça donnait de l’air puis ça donnait de la clairté.  Puis quand ils fessiont ça, ça revenait à sa place.  C’était pris avec une cheville de bois.  C’était leurs premiers chassis, ça.

- Parce que la vitre, je crois bien que c’était rare.

- Il y avait pas de vitres dans ce temps-là.  En ce temps-là il y avait seulement en Angleterre qu’ils faisiont de la vitre.  Ils la faisont au Canada, asteur.

- Et puis en-dedans, ils faisaient une maçoune?

- En-dedans ils faisiont une maçoune avec de la roche.  Et puis ils faisiont cuire du pain puis ils faisiont bouillir de l’eau.  Ils faisiont une maçoune plus grande que notre poêle, avec des roches de côte, des belles roches de côte, les unes par-dessus les autres.  Ils mettiont du mortier dans ça.  Ils faisiont le feu dans un bout puis la cendre ils la poussiont par ici à mesure.  Ils teniont tout le temps ça d’épais de cendre sur cette macoune-là.  Quand ils faisiont cuire du pain (j’ai pas vu ça moi, je l’ai entendu dire) un peu proche du feu, ils faisiont un trou dans la cendre, ils mettiont leur poêle (mais c’était une poêle qu’avait un couvert par exemple) ils mettiont leur pain là et puis ils haliont la cendre dessus puis ça cuisait le pain, ça.  La chaleur du feu qu’était tout proche ça cuisait le pain.

- Puis la place dans la maison?

- La place, c’était des petites lices grosses de-même, puis ils aviont ce qu’ils appeliont un’herminette.  C’était un manche puis un couteau pareil comme une tranche, puis ils emportiont le dessus de la lice.  Il restait des petites fentes chaque bord mais le dessus de la lice ça marchait bien là-dessus.  C’était ça leurs places.  Ça c’est les premières de toutes.

- Et c’était divisé en-dedans ces maisons-là?

- Non.  Ah! c’était pas assez haut pour diviser, puis c’était pas assez grand non plus.

- Et après, ils sont venus qu’ils avont bâti avec de la planche.

- Après ça, ils avont venus qu’ils avont bâti avec de la planche.  Ça c’est la première maison ici.  Elle a été bâti après les log houses.  Après les log houses, ils avont bâti celle-ci.  Mon père avait huit ans – ils ont dit qu’il avait huit ans quand qu’il a rentré dans cette maison-ci (vers 1870).

- Ça fait qu’avant qu’ils avont bâti cette maison ici, leur maison était pièce-sur-pièce.

- Pièce-sur-pièce.  Ça c’est la famille à Cyprien qu’a mouvé ici, et puis ses enfants c’était mon grand-père Avis, mon oncle Prospère, mon oncle Tom.  Et ce Cyprien-là, avec ses garçons, ont bâti celle-là à mon oncle Prospère, ils avont bâti celle-là à mon oncle Tom.  Le vieux Frank à Urbain était ensuite et puis à Abram’s Village, une couple (de maisons) qu’ont venu en même temps, à peu près en même temps.  Une couple dans Saint-Chrysostome – en même temps.

Puis quand ils les avont chassé ici (les Anglais, vers 1812) ils avont rentré ici avec rien, rien en toute, pas une souche d’arrachée! une petite route qu’ils s’avont fait de Miscouche à ici.  Eux fermiont là, ils aviont des vaches, ils fermiont.  Tu sais.  Tu sais la chance qu’ils avont.  Aujourd’hui c’est-il meilleur dans Sixteen (Lot 16, chez les Anglais) que c’est ici?  Je sais pas.

Rapport annuel du président du Musée acadien

1986 par J.-Edmond Arsenault

 

L’Association du Musée acadien incorporée vient de clore sa vingt-deuxième année de fonctionnement.  Cette dernière année a été, comme plusieurs autres, fort bien remplie d’activités, de travail, de progrès et de réalisation apte à la mettre en état d’offrir de meilleurs services à la clientèle et à oeuvrer vers l’atteinte de ses buts qui sont de collectionner, préserver, étudier, interpréter l’histoire et le patrimoine Acadiens de l’Île-du-Prince-Édouard.

LE CONSEIL D’ADMINISTRATION

Au cours de l’exercice financier qui vient de se clore, le conseil d’administration a tenu sept réunions.  Il a géré les affaires de l’Association du Musée Acadien, a étayé ses décisions et ses actions sur les attributions qui lui sont acquises dans la charte et les règlements de l’Association.

PROJETS

L’Association a bénéficié, encore cette année, de plusieurs projets dont le financement lui parvenait des instances gouvernementales et muséales.  Ceci lui a permis d’entreprendre le montage d’une exposition permanente traitant de l’histoire des Acadiens.  Elle a reçu un octroi du Musée provincial (Heritage Foundation de l’Î.-P.-É.) pour en défrayer une partie des coûts.  Récemment, nous avons adressé une demande d’octroi au ministère des Affaires communautaires et culturelles.  Une exposition temporaire est aussi en voie d’être montée.

Un projet financé par Emploi et Immigration Canada, dans le cadre du programme Développement de l’emploi, nous a valu un octroi de $44,806.00 qui nous a permis d’embaucher quatre personnes soit:  une conservatrice pour une période d’une année, deux personnes préposées à la classification et l’indexage des artefacts contenus dans notre collection (20 semaines), et un agent de développement chargé de faire la promotion du Musée Acadien auprès des écoles et d’autres groupes, en plus de faire du travail préliminaire pour la campagne de financement que nous nous proposons d’organiser (24 semaines).

LA CLIENTÈLE

La clientèle du musée se maintient au niveau de 4,500 à 5,000 visiteurs par année.  L’affluence des clients bat son plein en été, au cours de la saison touristique.  Les touristes constituent environ 95% ou plus de la clientèle.  Au poste de bénéfices financiers c’est un apport fort apprécié mais qui ne met pas en valeur le potentiel éducatif et culturel du Musée à l’endroit des Acadiens de l’Île-du-Prince-Édouard, jeunes et adultes, qui ne lui font que d’assez rares visites.  Il faudra donc, par le biais de l’animation, de la promotion, de l’annonce, d’expositions spéciales et d’une programmation bien ordonnée attirer une plus nombreuse clientèle de chez-nous.

Voilà pourquoi nous préconisons l’emploi d’un agent de développement ou animateur à temps complet chargé de faire des contacts, d’établir des relations avec les écoles, les associations de gens d’âge d’or, les organismes culturels en plus de planifier des programmes aptes à intéresser une clientèle variée composée de personnes de tous les âges.  Afin que le Musée joue le rôle qui lui est dévolu et atteigne ses buts, il faut viser à le voir tenir ses portes ouvertes à l’année longue.
Nous ne prétendons certes pas négliger le secteur touristique.  L’Association a inséré, encore cette année, une annonce dans le cahier préparé par La Voix Acadienne pur l’Association touristique de la région Évangéline.  Ce cahier a été distribué à 450,000 exemplaires dans des journaux de la province de Québec.  Cette annonce et celle du Village Pionnier Acadien sont susceptibles de résulter en un apport accru de touristes québécois dans les régions acadiennes de l’Île.  Nous l’espérons!   Nous tenterons de faire l’inventaire des touristes qui ont découvert l’existence du Musée au moyen de cette annonce.

FINANCEMENT

Le problème primordial de l’Association du Musée Acadien demeure son financement à court terme et à long terme.  Le régime de travail bénévole dont elle a joui au cours d’une vingtaine d’années est révolu; elle fait face à un régime d’employés rémunérés.  Pour assurer le bon fonctionnement de l’entreprise, il y a au moins quatre postes rémunérés à combler.  Il faut embaucher un conservateur du Musée, un agent de développement ou animateur-éducateur, un directeur du centre d’étude acadiennes et une secrétaire.  Nous avons demandé un nouvel octroi au Secrétariat d’État pour le Centre d’études acadiennes.  Pour les autres salaires, nous comptons sur l’aide du Gouvernement provincial et un projet de Développement d’Emploi si ce programme est disponible l’an prochain.  Toutefois, rien n’est assuré.  Nous vivons dans l’attente!

Il est évident que l’Association doit viser à s’autofinancer afin de garantir son fonctionnement à long terme.  Le conseil d’administration a déjà pris certaines dispositions à cet égard.  Il est à mettre sur pied un comité de financement dans le but de tenter l’organisation d’une campagne financière.  Cette campagne pourrait comporter deux volets:  le premier étant la cueillette de fonds chez les Acadiens, les organismes, les entreprises et les commerces de l’Île; le deuxième volet s’adresse aux entreprises et aux fondations de l’extérieur plus particulièrement du Nouveau-Brunswick et de la Province de Québec, et aux gouvernements provincial et fédéral.

Le comité de financement aura à décider de la somme totale des argents à percevoir ou requise, faire le partage des sommes à recueillir sur l’Île et à l’extérieur.  Nous avons obtenu, du ministère des Affaires intergouvernementales de la province de Québec, les services d’un consultant qui viendra animer un atelier sur les techniques organisationnelles d’une campagne financière.  Le conseil d’administration, les membres du comité de financement et d’autres membres intéressés participeront à cet atelier qui aura lieu au cours d’une fin de semaine.  Suite à cette rencontre, nous serons en mesure de procéder à la planification de la campagne.  Ce ne sera pas une maigre tâche de mettre sur pied une campagne de financement bien ordonnée.  Il y a du pain sur la planche!  Une tâche ardue à accomplir, un objectif louable à atteindre.  Courage et persévérance.  Il nous faut, sans faute, mener ce projet à bonne fin.  Présentement, les gouvernements coupent leurs budgets, abandonnent certains programmes et diminuent leur aide financière à d’autres.  Nous ne pouvons indéfiniment dépendre sur nos gouvernements pour financier nos oeuvres.  Mieux vaut accepter cette constatation aujourd’hui et de se préparer à cette éventualité — demain il sera trop tard.

 
IMMOBILISATION ET RÉNOVATION

À ce chapitre, nous avions soumis, le 5 juin 1985, une demande de financement au ministère des Communications dans le but de payer les frais d’embauche d’un architecte qui produirait un avant-plan ou dessin schématique d’un nouvel édifice et de la rénovation de l’ancien.  Le coût du projet est de 7580$.  Nous croyions pouvoir obtenir 50% du coût, soit 3790$ de ce ministère et puiser la balance à d’autres sources.  Nous avions été avisé que dans l’éventualité de la participation du gouvernement de l’Î.-P.-É., le financement du projet deviendrait une priorité chez le Gouvernement fédéral.  Dans notre mémoire aux instances provinciales, nous les avons priées de nous accorder 3790$ pour défrayer le coût de notre part du projet.  La somme nous a été versée au mois de novembre dernier.

En septembre dernier, on nous dit au ministère des Communications que notre projet était accepté et rendu au stade de la signature du Ministre. Malheureusement, comme un grand nombre d’autres projets, il n’a jamais reçu la signature officielle. Après de nombreuses démarches et d’appels téléphoniques de notre part, nous recevions enfin la lettre du 26 mars qui annonçait le gel de toutes les dépenses et qui s’appliquent également aux contributions et aux subventions.  On nous invite à confirmer notre projet par écrit après le 1er juin 1986 et à en fournir une mise à jour.  Suite à cette lettre, nous avons continué nos démarches auprès de honorables Marcel Masse et  Tom McMillan mais nous demeurons sans réponse.  Tous nos efforts n’ont pas abouti aux résultats anticipés.  Nous en sommes frustrés, à vrai dire, c’est notre plus grande déboire.  Sans l’exécution de ce projet nous ne pouvons avancer ou progresser.  Il semble que les possibilités d’obtenir des octrois du volet de l’aide à l’immobilisation ne sont pas trop prometteuses.

MÉMOIRE

Au mois de septembre 1985, le conseil d’administration a présenté un mémoire au premier ministre James Lee, le ministre de l’Éducation Léone Bagnall et le ministre des Affaires communautaires et culturelles, George McMahon.  Ce document contenait un bref aperçu de l’histoire du Musée Acadien, de son organisation, son fonctionnement et son rôle de conservateur du patrimoine acadien.  En plus, il traitait du développement et du rôle futur du Musée dans le cadre de recommandations contenues dans le Rapport Lord.  Le document se terminait par un résumé des onze demandes que nous y avions formulées.  Les principales étaient:

a)  Doter le Musée Acadien d’un statut provincial.

b)  Le gouvernement paie les salaires des employés du Musée Acadien et du Centre d’études acadiennes qui préparent et exécutent des programmes éducatifs.

c)  Le gouvernement provincial paie la moitié du coût de l’avant-plan ou dessin schématique.

d)  Le ministère de l’Éducation aide financièrement aux développements des aspects éducatifs du Musée Acadien et du Centre d’études acadiennes.

e)  Le gouvernement fournisse plus d’aide financière au Musée Acadien et aux autres musées communautaires de la province.

L’accueil fut bon.  Les ministres ont été bien réceptifs à nos propositions et nos demandes.  La ministre de l’Éducation d’alors se montre très intéressée au rôle du Musée et du Centre d’études acadiennes en éducation et en enseignement de l’histoire acadienne dans les écoles.

Un comité fut nommé pour étudier le mémoire et présenter des recommandations au ministre des Affaires communautaires et culturelles qui, lui, les soumettra au Cabinet provincial.  Nous n’avons reçu aucune réponse officielle sauf le versement de $3,790.00 à notre projet d’embauche d’un architecte.

CENTRE D’ÉTUDES ACADIENNES

Depuis quelques années, des démarches avaient été entreprises dans le but d’établir un Centre d’études acadiennes à l’Î.-P.-É.  Au moyen d’un octroi du Secrétariat d’État nous avons pu, l’automne dernier, débuter l’aménagement de ce centre par l’embauche d’un directeur à demi-temps en la personne de Monsieur Georges Arsenault, spécialiste en histoire et folklore acadiens.  Le centre est logé dans l’édifice du Musée Acadien.  Déjà, une assez importante somme de travail a été accomplie.  C’est un bon début.  Le Centre d’études acadiennes est, en un sens, le complément du Musée acadien.  Les objectifs de l’un et de l’autre sont très semblables; l’un s’occupe des artefacts du patrimoine, l’autre de la documentation relative à l’histoire acadienne.  Nous formulons des voeux que le centre, à l’instar du Musée, saura rendre d’éminents services au peuple acadien.

DÉPART

Notre ancienne conservatrice du Musée, Soeur Marguerite Richard, a quitté son poste le 31 décembre dernier.  Avant son départ, le conseil l’a reçue à dîner, lui a lu un compliment, lui a présenté un cadeau souvenir et lui a décerné le titre de membre honoraire de l’Association du Musée Acadien.

Soeur Marguerite Richard mérite nos remerciements les plus sincères et notre plus vive reconnaissance à l’endroit de son travail assidu, de son dévouement et de son bénévolat.

REMERCIEMENTS

Nous tenons à remercier la Société Saint-Thomas d’Aquin, les Musées nationaux, le Secrétariat d’État, le Musée provincial, le ministère de l’Emploi et Immigration, le ministère des Communications, le Gouvernement de l’Île-du-Prince-Édouard ainsi que tous les organismes et individus qui nous ont rendu quelques services au cours de l’année.  Merci aux membres du conseil d’administration en marge de leur assiduité, leur intérêt et leur collaboration.  Merci à la conservatrice du Musée, au directeur du Centre d’études acadiennes et à nos autres employées de leur collaboration.

J.-Edmond Arsenault
le 27 mai 1986

Rapport annuel du président de la Société historique acadienne

1986 par Francis C. Blanchard

 

J’ai le grand plaisir de vous présenter le bilan des activités de la Société Historique Acadienne de l’Île-du-Prince-Édouard pour l’année fiscale 1985-86.  Ce fut, à mon point de vue, une année assez active et productive.  Certains projets n’ont pas abouti à leurs réalisations complètes, mais votre Société continue ses démarches jusqu’au bout de leur finition.

Nous nous sommes proposés d’aller chercher des octrois pour mener à terme le projet de la biographie de feu J.-Henri Blanchard – Nous voulons d’abord en faire une première rédaction et ensuite, passer à la publication.  D’une part, notre demande de subvention au Conseil des Arts du Canada, programmes d’explorations fut refusée, et de l’autre part, celle du Secrétariat d’État fut mise à l’écart pour la dernière année fiscale.

L’exécutif vient de préparer de nouvelles demandes pour l’année en cours.  Nous attendons anxieusement cette fois, des réponses positives à la réalisation de ce projet d’envergure.

J’espère pendant ces assises annuelles que vous trouverez nos délibérations des plus stimulantes.  Je vous invite, donc, à participer pleinement dans les discussions.  Nous voulons que les décisions prises ici soient les vôtres – C’est votre société.

Nous nous réjouissons de nous trouver à Tignish, dans cette paroisse très historique pour nos assises annuelles de 1986.  Je veux remercier au nom de tous nos sociétaires le Club Ti-Pa pour l’usage de son local, ainsi qu’à ces gens qui ont accepté de nous préparer le goûter qui sera servi à la fin de la réunion.

Puisque nous sommes dans la belle et grande paroisse de Tignish, je voudrais signaler que l’an prochain au 3 août 1987, il y aura 100 ans depuis le décès de l’abbé Sylvain-Ephrem Poirier.  Ce prêtre fut le premier acadien de l’Île-du-Prince-Édouard à gravir les marches de l’autel, et fut né à l’Étang-des-Clous dans cette paroisse.  Il fut enterré à Baie-Egmont où une pierre tombale porte l’inscription suivante:

“Ce monument a été érigé à la mémoire du révérend Sylvain-E. Poirier par les paroissiens de Tignish, Bloomfield, Mont-Carmel et Saint-Jacques d’Egmont-Bay.
Il a vécu en vertu
Il vit dans la mémoire
Il vivra dans la gloire”.

D’une manière ou d’une autre il faudrait que cet anniversaire serait marqué adéquatement.  L’influence exercée par cet homme de Dieu fut grande dans la réhabilitation des Acadiens de cette Île.

L’exécutif de la Société Historique s’est réuni à 3 reprises pendant l’année – deux fois au Musée Acadien de Miscouche, et une fois au Centre J.-Henri Blanchard à Summerside.

 
La Société a organisé une seule réunion régionale pendant l’année.  Elle a eu lieu au Centre d’interprétation au Parc National Fort Amherst/Port LaJoye à Rocky Point, à la fin du mois de juin.  À cette rencontre, les participants, bien que très peu nombreux, ont pu visionner la présentation audio-visuelle sur le régime français de 1720 à 1758 à Port LaJoye.  Ils ont pu également visiter le centre accompagnés de guides.  Je pense qu’il serait bon d’organiser une nouvelle rencontre à ce lieu historique au printemps prochain.  Et afin d’assurer sa réussite, il faudra s’y prendre d’avance à son organisation.

À l’heure actuelle, nous avons réalisé un recrutement de 150 membres – une diminution de 15 individus sur l’an dernier.  Ce n’est certainement pas tous les gens qui sont intéressés à l’histoire.  Il faut se contenter du nombre restreint de sociétaires, et se dire, c’est avant tout la qualité de nos membres qui compte.

Pendant l’année l’exécutif a vu à la révision des modalités du Concours “Le Prix Gilbert Buote”.  J’ai quelques copies de ces règlements, et s’il y a quelques personnes qui seraient intéressées à en avoir, vous pouvez les procurer de moi-même aujourd’hui.  Pour l’année en cours les projets devront être inscrits au concours au plus tard le 10 novembre.

Le Prix Gilbert Buote fut créé en 1982 par la Société dans le but de couronner, et de signaler les projets méritants réalisés dans le domaine de l’histoire et de l’héritage acadiens de notre province.

En dédiant le prix à la mémoire de feu Gilbert Buote (1833-1904) de Tignish, la Société désire souligner la très grande contribution à la vie acadienne faite par ce patriote acadien.  Éducateur, journaliste, historien et généalogiste, il fut l’âme ouvrière de la renaissance du peuple acadien à l’Île.  Il fonda en 1893, avec l’aide de son fils François-Joseph, L’Impartial, premier journal hebdomadaire de langue française dans cette province insulaire.  Recherchiste lui-même, il publia de nombreux écrits généalogiques et historiques.

Je désire souligner ces quelques détails à son sujet, afin de lui rendre un hommage à l’occasion de nos assises annuelles dans sa paroisse natale de Saint-Simon et de Saint-Jude.  Gilbert Buote repose dans le cimetière de cette paroisse.  Sa tombe se trouve à l’intérieur de la clôture en face de l’église actuelle.

Le Prix Gilbert Buote consiste en un parchemin encadré sur lequel est imprimé un fac-similé d’une première page d’un numéro de journal L’Impartial, une photographie de Gilbert Buote et une inscription appropriée dans laquelle figure le nom de la personne ou l’organisme méritant, le sujet du projet et la signature du/de la président(e) de la Société.

À partir de cette année, le prix sera attribué au récipiendaire lors d’une rencontre spéciale afin de donner un plus grand éclat à cet événement.

La Société s’est occupée de la publication de sa revue La Petite Souvenance.  Le numéro 14 est apparu au printemps dernier.  Le matériel de l’édition numéro 15 est maintenant prêt et sera publié d’ici le début de la nouvelle année.

Vous êtes, sans doute, au courant de la démission de notre rédacteur en chef de La Petite Souvenance.  Georges Arsenault est maintenant à l’emploi de Radio-Canada à Moncton.  Il occupe le poste d’animateur à l’émission “Bonjour Atlantique” du poste C.B.A.F.  Il suffit à dire que notre perte est un gain précieux pour Radio-Canada.  Je m’empresse à lui exprimer notre vive et entière gratitude pour sa contribution à l’avancement des intérêts historiques de notre Société et particulièrement pour sa part précise au succès de La Petite Souvenance.

Je lui souhaite, au nom de vous tous, beaucoup de succès à son nouveau poste.  Je sais qu’il serait très encouragé à savoir que nous sommes à l’écoute de son émission qui est radio-diffusée sur les ondes de 6 h 00 à 9 h 00 chaque matin du lundi au vendredi.  Cette émission nous touche de près, car nombreux sont les items d’histoire pendant le programme – Soyons à l’écoute.

Présentement, donc, nous sommes à la recherche d’un(une) remplaçant(e) à Georges.  La personne une fois embauchée aura à travailler avec le comité de rédaction dans la préparation de chaque édition de notre revue.

Je suis très reconnaissant à Mme Cécile Gallant qui s’est offerte de s’occuper du prochain numéro, maintenant que le matériel a été reçu de Georges Arsenault.

En terminant ce rapport, je désire remercier tous les membres de notre exécutif.  L’exécutif pour l’année écoulée se composait de:  Georges Arsenault, président sortant de charge; M. l’abbé Charles Gallant, vice-président; M Réal Gagnon, secrétaire; Mme Céline Lapointe, trésorière; Mme Avéline Peters, M. l’abbé Albin Arsenault, M. Gary Robichaud et M. Robert Maddix, conseillers, et moi-même, Francis Blanchard, président.  L’appui que j’ai reçu de tous ces gens est inestimable.  Je vous en suis redevable.  Vous avez consacré beaucoup de votre temps aux intérêts de la Société.  Je remercie également tous ceux qui ont rendu ma tâche très agréable.  Je souhaite au nouveau président et au nouvel exécutif une aussi agréable expérience.

Francis C. Blanchard
le 2 novembre 1986

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Conseil d’administration de la Société historique acadienne de l’.-P.-É. pour l’année 1986-1987 :

Président -        M. Réal Gagnon
Président sortant -    M. Francis C. Blanchard
Vice-président -    Père Charles Gallant
Secrétaire –         Mad. Marie-Anne Arsenault
Trésorière -        Mad. Céline Lapointe
Conseillers(ères) -    

Mad. Jeanne-Mance Arsenault
Mad. Avéline Peters
Mad. Florina Gallant
Père Albin Arsenault