Archive pour: ‘juin 1986’

Nouvelles de l’empremier

1986 par Contribution anonyme

 

1868 – Baie-Egmont :  “A petition of Thomas Mowbray and others, inhabitants of Egmont Bay Settlement and its vicinity, was presented to the House by Mr. Arsenault, and the same was received and read, praying for the establishment of a Small Debt Court at some convenient part of the said Settlement of Egmont Bay.”  (Journal of the House of Assembly of P.E.I., 1868, p. 34.)

 

1888 – Miscouche :  “In North Miscouche there are three sugar factories at work this spring.  The flow of sap has been small owing to the continuance of stormy weather and lack of frost and sunshine.  The production of maple sugar is consequently much below the average.  The manufacturers find no difficulty in disposing of the quantity on hand at very good prices, most of it never leaving the factories where it is produced.  (…)  It is worthy of note that the majority of those taffy-seekers were not ladies but belonged to the male portion of the community.”  (The Prince Edward Island Agriculturist, April 30, 1888)

 

1892 – Bloomfield :  “Les habitants de Bloomfield apprennent avec joie que la station de Mill River doit être transférée de Haywood, où elle profitait au petit nombre et incommodait le grand nombre, et localisée à la traverse de Howlan Road, le centre de la région, où se trouvent nos marchands locaux, MM. F. Pitre et Joseph Gaudet.  Comme le chemin que nous devons à son énergie lorsqu’il était dans le gouvernement local, la nouvelle gare, qui sera ouverte le 1er juillet, portera le nom “Howland Station”, en l’honneur du sénateur dont le nom est sur les lèvres de tout le monde de l’Île.”  (L’Évangéline, le 19 mai 1892).

 

1894 – Palmer Road:  “Jeudi et vendredi de la semaine dernière le Revd. Père Chiasson, Pasteur de la paroisse de Palmer Road, a établi la société du Sacré Coeur dans sa paroisse.  Les cérémonies ont été très imposantes et faites avec solennité.  Les Revd. D. MacDonald curé de Tignish, A.E. Burke, curé d’Alberton et F.X. Gallant, curé de St. Antoine de Bloomfield assistaient pour les confessions.”  (L’Impartial, le 14 juin 1894)

Une réminiscence nostalgique du Carême

1986 par Père Adrien Arseanult

Père Adrien Arsenault

Adaptation de R.-M. Bérardinelli

 

Le Mardi gras, il nous était permis du matin au soir
de manger de la viande tant que nous en voulions.
Chair et friandises seraient désormais choses défendues.
Un lourd rideau tombait alors
sur tous les petits luxes que nous connaissions.
Tout à coup, la vie se jouait
devant une toile de fond noire et pourpre
tel un drame funèbre et infernal
où le rire n’était plus toléré
ni la couleur joyeuse et éclatante
devenue, pour ainsi dire, trop délectable à nos yeux.

Aucun oiseau, bien sûr, n’osait chanter.
Seules les corneilles, trop stupides pour comprendre de quoi il s’agissait,
continuaient à faire entendre leurs sinistres croassements
comme si tout était égal.
Insensibles, voilà ce qu’elles étaient, absolument insensibles.
Nous non plus, nous ne chantions pas,
et toucher l’harmonium de ma tante devenait formellement interdit.
Nous nous contentions de vivre au jour le jour
sous un ciel de plomb qui reflétait notre état d’âme statique
envahis comme nous l’étions par une tragique mélancolie
que nous considérions néanmoins toute naturelle:
c’était la mélancolie traditionnelle du Carême.

Nous travaillions donc pendant de plus longues heures
sans nous le faire rappeler plus d’une fois.
Nous continuions tout simplement à vivre–
moins impétueusement bien sûr–
tout en attendant que le pluies printanières fondent les dernières neiges.

Nous attendions le retour des oiseaux.
Nous attendions que les statues se libèrent de leurs voiles.
Nous attendions avec une apparente patience d’adulte
ce midi du Samedi saint qui nous apporterait
nos jelly beans de Pâques.
Nous attendions que le prêtre enfin
sorte de cette mystérieuse sacristie vêtu de blanc ou d’or–
le jour de Pâques, l’or était certainement plus convenable.

Nous attendions que le ciel se fasse à nous nouveau propice.
Nous attendions que toute cette lugubre ambiance
se dissipe tel un brouillard.
Nous attendions donc, péniblement il va sans dire,
ce déjeuner du matin de Pâques où nous nous bourrerions d’oeufs–
une bonne dizaine, si le coeur nous en disait–
puis alors, le ventre plein à craquer
nous nous rendions à l’église.
Il nous faudrait tirer la traîne
à travers des champs détrempés par les grands dégels de mars
et des chemins profondément sillonnés d’ornières.
Ici et là les neiges printanières recouvraient des eaux traîtresses
mais cela n’allait guère nous empêcher
de parvenir finalement à l’église paroissiale
pour nous joindre aux sons déchaînés
des cloches et des alléluias!

Oui, mon très cher enfant, quand nous étions jeunes
il y avait bel et bien un Carême.

Comme elle est restée gravée en moi
cette image de mon grand-père qui brusquement–
le mercredi des Cendres, pour être plus précis–
devenait plus grognon et détestable que jamais;
quant à ma grand-mère, elle passait la moitié de son temps
absorbée dans son Grand livre des saints.
(Ses préférés étaient ceux que des lions avaient dévorés,
semble-t-il, dans l’ancien Colisée romain!)

Et la vie continuait à se traîner péniblement
sans jamais s’arrêter tout à fait pour autant–
sauf à la mi-carême, bien sûr.
Ce jour-là, nous avions droit à du fudge, ou à de la tire
à condition de ne guère en laisser pour le lendemain.

Petit à petit, le temps s’écoulait–
de plus en plus sombre, nous semblait-il–
jusqu’au jour où toute cette accumulation pénitentielle
explosât, telle une fin du monde
avec ses déchirements et ses lamentations
aux proportions vraiment dantesques.
Ce deuil inouï du Vendredi saint
nous effrayait vraiment….  et nous étions bien convaincus
qu’un linceul mortuaire s’était étendu
sur la terre entière.
Nous étions tous si profondément émus que ce jour-là
nous n’osions nous nourrir que de pain sec et d’eau
pour sympathiser avec le Crucifié…
notre Dieu maintenant mort.

Ce n’était guère difficile alors
de croire aux mystères chrétiens;
les seuls que nous connaissions d’ailleurs.
La nature elle-même se sentait obligée de s’associer à notre extrême détresse
comment aurions-nous pu expliquer autrement
toutes ces pluies, ces nuages sombres
derrière lesquels se dissimulait en signe de deuil
le soleil… source de toute notre joie, notre lumière et notre chaleur?

À tout cela s’ajoutaient ces oraisons supplémentaires
que nous annexions à notre prière du soir déjà interminable.
Le mont du Calvaire était aussi réel
que ces nuages lourds et sombres
suspendus au-dessus
de notre grange et de nos écuries.

Le Christ mort, ayant versé son sang pour nous,
était aussi vivant dans nos esprits
que ce crucifix en plâtre aux couleurs criardes
cloué au beau milieu du mur de la cuisine
juste au-dessus de la table à manger.

Les géraniums de maman
qui ne fleurissaient jamais en hiver
s’enfonçaient dans un engourdissement encore plus profond.
C’était très noble de leur part,
pensait ma mère.
Les fleurs, elles, savaient vivre au moins.
Elle ne ressemblaient en rien à ces détestables corbeaux
sans foi ni reconnaissance.

Le dimanche après-midi
nous reprenions péniblement le chemin de l’église
pour le Chemin de la croix de trois heures.
Pour nous, les jeunes, c’était un exercice particulièrement ennuyeux.
Il n’y avait ni cierge ni musique
et le STABAT MATER se chantait a capella.
Le prêtre vêtu de noir
et entouré d’une douzaine d’enfants de choeur
chaussés de leurs caoutchoucs crottés
refaisait respectueusement la VIA DOLOROSA
d’un pas lent et grave.
Il fixait les yeux sur chacune des quatorze stations en plâtre de moulage
et d’une voix solennelle et prophétique
annonçait les stations les unes après les autres.
(Ces stations étaient pour moi ce qu’il y avait de plus beau au monde à cette époque.)
De notre place, nous le suivions du regard
nous levant, nous agenouillant…
jusqu’à la toute dernière station
ayant ainsi parcouru, degré par degré
un cercle complet, avant d’arriver enfin
à La Mise au Tombeau.

Cela nous amusait bien de pivoter ainsi sur place
car, en toute autre circonstance
on ne nous permettrait jamais de nous retourner à l’église
pour reconnaître les fidèles placés dans les bancs arrières.

Comme je suis reconnaissant maintenant
d’avoir vécu, bon gré mal gré,
ces grand mystères chrétiens dans toute leur splendeur:
le mystère de Dieu, enfant parmi nous à Noël;
le mystère du mal et du péché
pendant la saison du Carême;
le mystère de la souffrance et de la mort
des Jours saints;
le mystère de la joie et de la vie
du jour de Pâques;
le mystère de l’Esprit sanctificateur
du jour de la Pentecôte.

C’était une expérience
poétique et spirituelle à la fois,
un creuset vivant de l’universel pèlerinage humain;
un rituel commémoratif
qui nous faisait revivre
les millénaires obscurs d’une humanité ancestrale.
C’était une célébration cyclique
semblable à celle des quatre saisons
que nous trouvions tout à fait normale
puisque l’existentiel de nos vies
se reflétait dans la sainte liturgie de l’église;
la naissance et la mort,
le chagrin et la joie,
la danse et les chants funèbres,
le rassasiement et la faim,
les jours heureux et ceux porteurs,
d’humiliation et d’angoisse…
Toute cette réalité charnelle que notre religion venait embrasser
et marquer de son sceau d’universalisme transcendantal,
tout cela me prouvait bien que ma famille
formait un petit cosmos bien distinct
mais tout à la fois rattaché au grand univers orée.
Donc, elle se réjouissait, priait et souffrait avec le Christ
comme si elle eut été toute son église.

Ma très chère famille, ah bien oui!
Ma mère, aussi fatiguée qu’elle pouvait l’être
qui n’oubliait jamais un seul “Je vous salue, Marie!”
Mon père, plus patient qu’un de ces chênes sans âge
et d’une sensibilité telle qu’il lui était impossible
de tuer un veau, ou même un porc.
(Il engageait toujours un voisin pour cette tâche.
Aussi ce voisin, pour moi, n’était-il jamais tout à fait humain.
Ses gestes et même son visage
me semblaient toujours quelque peu sinistre.
Ses mains, que j’imagine couvertes de sang,
avaient quelque chose de bestial.)
Je me demande encore aujourd’hui
si mon père connaissait saint François d’Assise.

Le Carême était beau.
De cette même beauté
qui vous fait dire d’une chanson triste qu’elle est belle
puisqu’elle nous fait pleurer d’émotions.
Il était beau, parce que prometteur:
Pâques ne manquait jamais à son rendez-vous.
Il était beau
puisqu’il engendrait sa propre et solennelle noblesse,
sa sombre ambiance de douleurs inévitables.
Ils nous rappelait le tragique de la destinée humaine
et ses exigences étaient pour nous rendre plus sensibles
aux besoins des autres
moins égoïstes que nous l’étions d’habitude.
Il était beau
parce qu’il rassemblait la famille entière
dans une étreinte ritualiste
symbole d’une charité universelle.
Il était beau puisqu’il créait chez nous
une sorte de paisible atmosphère monacale.
Il était libre puisqu’il nous fournissait plus de temps
pour lire et pour écouter les autres.

La Carême était beau
puisqu’après quarante jours ce refoulement
accumulé exploserait soudainement
pour remplir l’univers tout entier
de sa lumière et de sa joie.

À cette époque nous savions tout au fond de nous-mêmes
que Pâques — n’importe quelle Pâques –
ne nous serait pas accordée
sans au préalable un temps d’austérité et de purification.
Après tout, que serait le mystère pascal
s’il ne se distinguait clairement
de tout autre mystère?
Notre Pâques à nous ne risquait jamais
un tel danger.

Merci, chers parents,
de cette insigne sagesse.

Un Acadien de l’Île dans l’Ouest canadien

1986 par Avéline Peters

Avéline Peters         Traduction de Rita Schyle

 

Stanislas Pitre (1879-1949) est un Acadien de la région de Prince-Ouest qui a laissé sa marque dans l’Ouest du Canada.  Né à Bloomfield, il était le fils de Fabien Pitre et de Marie Priscille Pineau de Bloomfield.

Stanislas a reçu une formation en enseignement à l’École normale du Collège Prince de Galles.  De 1902 à 1905, Joseph-Octave Arsenault était inspecteur des écoles acadiennes de l’Île et celui-ci exigeait que les enseignants acadiens se perfectionnent dans les langues anglaise et française.  Stanislas Pitre a été un des instituteurs qui est devenu couramment bilingue par suite de son influence.

En 1903, Stanislas Pitre s’est marié avec Ursule Martin, fille d’Hippolyte et de Marguerite Pineau, à l’église Saint-Antoine de Bloomfield lors d’une cérémonie célébrée par le Père François-Xavier Gallant.  Peu après, Stanislas et Ursule ont déménagé dans l’Ouest canadien car les salaires aux enseignants y étaient plus élevés.  Au cours des années suivantes, Stanislas a enseigné dans diverses localités du Manitoba, soit au Lac du Bonnet, à Makinak, à McCreary et à Laurier.

En 1920, le malheur a frappé leur famille.  Un cyclone s’est abattu sur le village de Laurier et a détruit, entre autres, l’école et la demeure familiale des Pitre.  La mère, Ursule, a été la plus grièvement blessée: sa colonne vertébrale était endommagée.  Stanislas a alors déménagé sa famille à Winnipeg où Ursule allait recevoir des soins médicaux.  Entre temps, toute la famille priait pour sa guérison.  Stanislas a continué à enseigner à Winnipeg puis il a été nommé directeur de l’école Glenwood.

Par la suite, Ursule s’est complètement remise de sa blessure et a repris son rôle de ménagère et de maîtresse de maison.  Lorsqu’elle était jeune, Ursule avait aidé sa mère, Marguerite, qui avait été sage-femme dans les villages de Prince-Ouest.  Comme on avait aussi besoin de sages-femmes dans les provinces de l’Ouest, Ursule a mis son expérience en pratique:  à son tour, elle a exercé ce métier dans les différentes localités où la famille demeurait, et ce, jusqu’en 1932.

Lorsque la famille de Stanislas comptait 12 personnes, on a effectué un autre déménagement; cette fois, c’était vers l’Alberta, province où les salaires étaient les plus élevés.

En 1933, Stanislas enseignait dans la région de Saint-Paul dans une école administrée par les Frères Oblats.  La famille s’est acheté un morceau de terre que les fils aînés, Emmanuel et Wilfred, ont cultivé.

En 1941, alors qu’il prenait sa retraite de l’enseignement, Stanislas a accepté le poste de premier magistrat pour les régions de Cold Lake* et de Saint-Paul.

Sa persévérance face à l’adversité l’a toujours aidé à se trouver un emploi; son honnêteté et son impartialité lui ont valu d’être en demande chaque fois qu’on recherchait un bon administrateur.  Il a été directeur du Conseil de l’hôpital Sainte-Thérèse, des Chevaliers de Colomb ainsi qu’un chef du mouvement scout et de groupes culturels qui encourageaient le développement de la musique et du théâtre.

Ursule, pour sa part, encourageait ses enfants à utiliser leur éducation bilingue et à participer à la vie communautaire et paroissiale, partout où ils ont demeuré dans les quatre provinces de l’Ouest.

*Cold Lake, en Alberta, est la région où l’on retrouve, en 1985, le projet d’exploitation des sables bitumineux (Tar Sands Oil Project).

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Conseil d’administration de la Société Historique Acadienne 1985-1986.

Président -        M. Francis Blanchard
Président sortant -    M. Georges Arsenault
Vice-président -    Père Charles Gallant
Secrétaire -        M. Réal Gagnon
Trésorière -        Mad. Céline Lapointe

Conseillers(ères) -    

Mad. Avéline Peters
Père Albin Arsenault
M. Gary Robichaud
M. Robert Maddix

L’Oeuvre de J.-Henri Blanchard

1986 par Cécile Gallant

Cécile Gallant

 

Le présent article est le texte d’une conférence présentée à Moncton le 26 octobre 1985 lors du colloque qui soulignait le 25e anniversaire de la Société Historique Acadienne de Moncton.

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La Société Historique acadienne de l’Île-du-Prince-Édouard a entrepris depuis quelques années une recherche sur la vie et l’oeuvre de J.-Henri Blanchard en vue d’une publication. Né à Rustico, le 16 juin 1881, l’année de la première Convention Nationale des Acadiens, et décédé en 1968, J.-Henri Blanchard est l’un de nos plus grands patriotes acadiens.  Professeur, historien et animateur des plus dynamiques pendant plus d’un demi-siècle, Blanchard a contribué de façon significative à la survivance acadienne dans l’Île.  La Société désire, par le biais d’une biographie du genre populaire, faire connaître au grand public l’importance historique de cette contribution.  Cette biographie se vent aussi scientifique que possible tout en était écrit dans un style à portée de tous.

Des projets de recherche subventionnés par le Secrétariat d’État ont permis de recueillir une vaste documentation ayant trait aux multiples aspects de la vie et de l’oeuvre de Blanchard.  L’histoire orale a été l’approche privilégiée dans un premier projet.  Une cinquantaine d’entrevues ont ainsi été réalisées avec des gens qui ont bien connu Blanchard.  Dans un deuxième projet, une bibliographie de ses écrits (ouvrages, articles de revues et de journaux, discours, correspondances) a été établie.  Tous les extraits de ses discours tels que rapportés dans les procès-verbaux de diverses associations acadiennes dans lesquelles il a oeuvré ont aussi été relevés.

Nous connaissions peu de détails de l’enfance et de la jeunesse de J.-Henri Blanchard.  Nous avons alors tenté de cerner ce qui aurait pu marqué cette période de sa vie.  Fils de Jérémie Blanchard et de Domithilde Gallant, Henri est né à Rustico en 1881.  L’année suivante, ses grands-parents paternels, ses parents et lui-même, âgé d’onze mois, quittent Rustico où le surpeuplement et le manque de terres avaient entraîné depuis les années 1860 une émigration importante de familles acadiennes de cet endroit.  La famille Blanchard déménage à Duvar dans la paroisse de Bloomfield où elle achète une ferme de 100 acres.  Les Acadiens constituent la majorité de la paroisse de Bloomfield, mais l’élément anglophone est très fort dans la région de sorte que l’anglicisation des Acadiens est déjà une réalité dans les années 1880.  Toutefois, Jérémie et Domithilde réussissent à transmettre à leurs enfants leur attachement à la langue française.

La maisonnée Blanchard comprend les grands-parents, les parents et onze enfants dont Henri est l’aîné.  La plupart des membres de la famille participent aux travaux de la ferme.  Et pour suppléer au revenu familial, le père et le grand-père, bons charpentiers, s’adonnent parfois à ce métier.

En 1890, alors qu’Henri avait neuf ans, son père se présente candidat aux élections provinciales.  Il est défait. Il réussit cependant à se faire élire membre de l’Assemblée législative de l’Île aux élections de 1893.  Comme politicien, Jérémie Blanchard était très bon orateur.  Ses discours politiques ont été qualifiés de “fantastiques”.  C’était un homme qui n’avait pas été au collège mais qui s’était instruit par la lecture.  Henri a sans doute été influencé dans son enfance par les discussions politiques qu’il entendait chez-lui, et il a probablement appris certaines techniques de l’art oratoire en observant son père.

Ses grands-parents ont aussi joué un rôle important dans sa formation.  Virginie Blanchard, née Doucet, la grand-mère, semble avoir eu une influence particulière sur son petit-fils.  Malgré son peu d’éducation formelle, Mémé Blanchard possédait tout un bagage d’histoires qu’elle aimait raconter le soir à ses petits-enfants, surtout à Henri.  Elle connaissait des histoires de la Bible, des histoires à propos de Napoléon, enfin, semble-t-il, des histoires de toutes sortes.  Elle encouragea Henri, dès son jeune âge, d’étudier et puis de lire tous les livres qu’il pourrait.  De sa grand-mère, il a hérité ainsi ce goût qu’elle avait pour l’histoire, la lecture et pour s’instruire, ce goût qu’il ne cessera de cultiver tout au long de sa vie.

Une relation étroite existait également entre Henri et son grand-père Sylvestre Blanchard, un habile charpentier et charron.  Plus tard, Henri se plaisait de raconter une expérience qui l’avait beaucoup touché.  Une journée, son grand-père fabriquait méticuleusement les roues d’un wagon, un service qu’il rendait à un certain individu qui ne payait pas toujours ses comptes.  Il aurait dit à Henri:  “Je fais ce wagon ici pour un monsieur.  Je ne me ferai jamais payer pour ceci.”  “Ah, mais, lui dit Henri, pourquoi alors êtes-vous si minutieux?”  Son grand-père lui a répondu:  “S’il ne veut pas me payer, ça c’est ses affaires.  Moi, j’ai à faire un wagon et puis je le fais le mieux possible.”

Henri Blanchard a commencé son éducation dans la petite école de Duvar.  À l’âge de douze ans, il se rendait étudier à l’école secondaire de Tignish où il eut Gilbert Buote comme professeur de 1893 à 1894.  C’était l’année de la fondation de L’Impartial, le premier journal de langue française publié dans l’Île.  Gilbert Buote en était le propriétaire et le rédacteur.  C’était un homme qui avait aussi une grande passion pour l’histoire et la généalogie.  Quoique peu méthodique, Buote était, comme l’écrira plus tard Blanchard, “un splendide écrudit,” “un homme très renseigné qui souvent parlait au-dessus de la tête des élèves.”  Cet éminent maître a été pour Blanchard une autre source d’inspiration.  Ses études primaires terminées, le jeune Henri devint élève au Collège Prince de Galles de Charlottetown, où il obtint son brevet d’instituteur à l’âge de 19 ans.  Il enseigna par la suite pendant neuf ans dans les écoles acadiennes de l’Île.

Outre son éducation formelle, Blanchard s’est instruit par la lecture.  Jeune adolescent, il préférait de beaucoup la lecture aux travaux de la ferme.  Il lisait à chaque occasion qu’il avait.  Et, plus tard, pendant les longues veillées d’hiver lorsqu’il était professeur de campagne, il lisait souvent jusqu’à une heure avancée de la nuit.  C’est le cas de son séjour à l’école de Saint-Chrysostome à partir de 1903.  Âgé de 22 ans, il pensionnait chez un dénommé Jos Pacifique Gallant.  Ce dernier possédait une assez bonne bibliothèque héritée, semble-t-il, d’un curé de la paroisse.  La famille Gallant servait Henri comme s’il était un grand visiteur, et elle faisait tout dans son possible pour qu’il soit confortable.  Installé dans une grande chambre au deuxième étage avec un poêle à bois, Henri passait ses soirées à lire.  À tous les soirs après le souper, Jos Pacifique montait avec une brassée de bois pour le poêle.  “J’ai passé ici,” Blanchard a-t-il dit plus tard, “les deux plus belles années de ma vie.”  Il aimait particulièrement lire des romans historiques qui lui donnaient le sens de l’histoire.  La poésie était une autre de ses lectures favorites.

À part ses lectures, il étudiait une grammaire française que Jean-O. Arsenault, son confrère à l’école de Saint-Chrysostome, lui avait passée.  Jusque-là, Blanchard comme de nombreux Acadiens de l’Île, n’avait pas eu l’opportunité de suivre aucun véritable cours de français.  Grâce à Jean-O. Arsenault et à sa grammaire française, Henri approfondit alors pour la première fois la langue française.  Dans le cadre de ses fameux concours de français qu’il organisera à partir de 1930 dans les écoles acadiennes de l’Île, Blanchard visera à partager avec ses compatriotes l’importance de l’apprentissage de la grammaire française.

Après neuf années d’enseignement dans les petites écoles de campagne, il redevint élève et obtint son baccalauréat-ès-arts de l’Université St-Dunstan en 1911.  Il poursuivit plus tard des études de perfectionnement professionnel pendant ses vacances d’été à Mount Allison, au Collège d’Agriculture de Guelph et jusqu’à la Sorbonne à Paris.  Dès 1910, et jusqu’à sa retraite en 1948, l’on retrouve Blanchard comme professeur de français au Collège Prince de Galles.  Cinquante années de sa vie ont donc été consacrées à l’enseignement dont trente-huit au Collège Prince de Galles.

En 1912, Henri épousait Ursule Gallant, une institutrice de Duvar.  Installés au 114 rue Upper Prince, à Charlottetown, les Blanchard élèveront une famille de huit enfants.  Ursule assumait autant que possible la responsabilité de la maison et des enfants afin de permettre à son mari l’opportunité de s’impliquer dans la communauté acadienne.  Dans la dédicace de son dernier livre, Henri a rendu un hommage à son épouse pour tout l’appui qu’elle lui avait donné dans la réalisation de ses oeuvres.

Blanchard s’est d’abord grandement impliqué dans l’Association des Instituteurs et Institutrices Acadiens de l’Île-du-Prince-Édouard.  Membre de l’Association à partir de l’âge de 18 ans, il se distingua très tôt aux Congrès annuels par l’intelligence de ses interventions en ce qui avait trait au domaine de l’enseignement.  Dès 1903, il est élu directeur du regroupement.  À partir de 1906 et jusqu’en 1919, soit une période de 14 années consécutives, il fut secrétaire-trésorier de l’organisation.  On le nomma en 1912 à un comité responsable de formuler un programme d’étude française pour les écoles acadiennes de l’Île.  Il s’agissait surtout de choisir et de faire adopter par le Bureau d’Éducation une série de livres de lectures française et une grammaire française.  La participation de Blanchard au sein de ce comité l’a sans doute sensibilisé davantage à la question de l’enseignement du français dans les écoles acadiennes.

C’est en 1916, au Congrès de l’Association tenu à Baie-Egmont, que Blanchard présente pour la première fois une étude concernant la situation des Acadiens dans l’Île-du-Prince-Édouard.  Il est alors âgé de 35 ans.  Ainsi débute l’engagement extraordinaire de cet homme pour la survivance acadienne dans la province.  Bon orateur, il saura à de nombreuses reprises captiver l’attention d’importants auditoires par des discours traitant de divers aspects de la vie acadienne.  Outre ses nombreuses interventions orales à ce sujet, Blanchard se servira aussi de l’écriture pour transmettre à un plus vaste auditoire ses préoccupations au sujet de son peuple.

En mai 1918, Le Petit Canadien, une revue québécoise, publie un premier article de Blanchard intitulé “Les écoles acadiennes de l’Île-du-Prince-Édouard.” À l’âge de 37 ans, Blanchard entreprend ainsi une carrière d’écrivain, surtout d’historien.  En effet, il se distingue surtout par ses publications historiques dont Les Acadiens de l’Île Saint-Jean (1921), Histoire des Acadiens de l’Île-du-Prince-Édouard (1927), Rustico, une paroisse acadienne (1938), Acadiens de l’Île-du-Prince-Édouard (1956) et enfin The Acadians of Prince Edward Island (1964).  Blanchard a aussi écrit au cours de sa carrière divers articles de revues et de nombreux articles de journaux.

La participation de Blanchard a diverses associations tels la Société Saint Thomas-d’Aquin, la Société Nationale de l’Assomption et le Conseil de la Vie Française est un autre aspect important de sa contribution à la société acadienne.  Un des fondateurs en 1919 de la S.S.T.A., il remplit les fonctions de secrétaire-trésorier de cet organisme pendant dix-neuf ans et celles de président pendant huit ans.  L’objectif immédiat de la Société est de recueillir des fonds destinés à l’éducation de la jeunesse acadienne.  Grâce à des collectes et des soirées récréatives organisées par ses dirigeants, la Société réussit à amasser suffisamment d’argent pour parrainer annuellement quelques boursiers.  Les dirigeants, notamment le professeur Blanchard, étaient conscients cependant que leurs efforts ne réussissaient pas à assurer la formation d’une classe dirigeante acadienne suffisamment nombreuse pour répondre aux besoins de la population.  Un appui de la communauté francophone de l’extérieur de l’Île viendra au moment opportun les aider à atteindre leurs objectifs.

Nous sommes en 1937.  C’est l’année où a lieu, à Québec, le deuxième Congrès de la langue française au Canada.  Cet événement important est destiné à avoir une très grande répercussion sur la Société Saint Thomas-d’Aquin et ses oeuvres.  Le professeur Blanchard est invité à y exposer la situation du français dans sa province.  Dans une conférence très bien détaillée, il décrit de façon réaliste la situation précaire de la vie française et de l’éducation chez les siens.  Voici un extrait de son discours:

“Nous souffrons d’une pénurie extrême de chefs et de dirigeants avec toutes les conséquences qui en découlent.  Si nous avions ces chefs si nécessaires aujourd’hui, il ne serait pas encore trop tard pour endiguer les flots envahisseurs qui menacent de plus en plus de nous engloutir.  Nous avons bien la Société Saint Thomas-d’Aquin qui recueille quelques fonds et qui paie les études secondaires de deux élèves.  Mais c’est si peu en présence des dangers qui nous assaillent de tous côtés.  Si nous voulons préparer ces chefs si nécessaires et sans lesquels nous allons infailliblement disparaître comme groupe de langue française, il nous faudra marcher bien plus rondement et bien plus vite que cela; autrement il sera bientôt trop tard.”

Suite à son exposé, ses auditeurs québécois l’encouragent à aller frapper aux portes des maisons d’enseignement du Québec afin d’y solliciter des bourses d’études pour les Acadiens de son Île.  C’est ce qu’il fait en 1937 et 1939.  Les institutions québécoises accueillent à bras ouverts cet homme plutôt court, au torse solide, qui vient d’avoir 56 ans.  En 1937, Blanchard réussit à obtenir des bourses pour sept jeunes acadiens qui s’expatrient de l’Île pour entreprendre leurs cours classiques au Québec.  En 1939, ils sont au nombre de vingt-deux.  Les quelques collèges acadiens contribuent également leur part.  L’appui généreux de ces maisons d’enseignement de l’extérieur de l’Île se continuera pendant trois décennies.

 
Le professeur Blanchard a été reçu partout avec la plus grande sympathie.  Sa personnalité engageante, son dynamisme irrésistible, l’aident grandement dans ses démarches.  Selon l’abbé Paul Gosselin, du Conseil de la vie française, Blanchard présentait ses demandes “avec tant de chaleur et de désintéressement” que “nous n’avons jamais le courage de lui refuser quoi que ce soit.”  C’est d’ailleurs ce qu’exprimait aussi le Père Clément Cormier, de l’Université Saint-Joseph, de Memramcook, dans une lettre qu’il écrivait à Blanchard le 15 septembre 1944.  En voici un bref extrait:

“Mon cher monsieur Blanchard,

Nous refusions des élèves depuis un mois quand votre télégramme m’est arrivé.  Le R. Père Supérieur était absent, et j’ai pris sur moi de vous faire envoyer une réponse affirmative, me disant: “On ne peut rien refuser à M. Blanchard”.

Vos élèves de l’Île nous sont donc arrivés, quatre anciens et sept nouveaux, et vous pouvez être assuré que nous allons les entourer d’une sollicitude toute particulière.”

Cette initiative de Blanchard, soit de trouver des bourses pour la jeunesse acadienne, est, sans doute, la plus grande contribution qu’il a fait à la survivance acadienne dans l’Île.  En effet, jusque la fin des années 1960, des élèves acadiens de l’Île-du-Prince-Édouard ont pu bénéficier de bourses accordées par des maisons d’enseignement de langue française du Québec et des Provinces Maritimes, la distribution de ces bourses étant coordonnée par la Société Saint Thomas-d’Aquin.  De retour dans l’Île, de nombreux boursiers ont été en mesure de contribuer au développement de la vie acadienne.

La Société historique entreprendra sous peu la rédaction et la publication de la biographie de cet important leader acadien que fut J.-Henri Blanchard.  Ce sera sa façon de mieux faire connaître la vie et l’oeuvre de cet homme dont la contribution à la communauté acadienne se fait toujours sentir.

Chez nous à Mont-Carmel

1986 par Clara Gallant

Clara Gallant

 

Je suis née dans une famille de quatorze enfants.  De plus ma mère a eu quelques pertes.  Elle était toujours enceinte.  Elle nourrissait tous ses bébés, c’était un moyen de ne pas tomber enceinte avant quelques mois.  Il y avait effectivement de 15 mois à 2 ans entre chaque bébé.  Ma mère sortait rarement.  Une de ses sorties était à la fête des Rois.  À cette occasion tout le monde amenait les enfants à l’église pour les faire bénir par le bon Père Pierre-Paul Arsenault.  Il donnait une image sainte à chaque enfant.

Ma mère ne manquait pas non plus la grande procession à la Fête-Dieu.  C’était une si belle procession avec des beaux reposoirs bien préparés la veille.  Quatre hommes, souvent les marguilliers, portaient le dais sous lequel le Père Arsenault portait le saint sacrement.  Père Arsenault demandait aux enfants de cueillir des fleurs qu’on mettait dans deux paniers.  Deux jeunes filles coiffées de voiles blancs parsemaient ces fleurs devant le dais avant que le Bon Dieu passe.  Le choeur de chant était toujours bien préparé.

À l’automne, le Père Arsenault passait les maisons pour ramasser de chaque famille une paire de bas de laine et une poule qu’il vendait pour faire de l’argent pour payer son église.  Les hommes lui donnaient un boisseau de grain.

Afin de faire vivre sa grande famille, mon père faisait la pêche au hareng et au homard, et il essayait de cultiver sa terre basse et vaseuse.  On avait sur notre petite ferme deux chevaux, deux vaches, un ou deux cochons et des poules.  On était assez pauvre.  À Noël, saint Nicolas n’était pas riche lui non plus.  Il nous amenait quelques bonbons et une pomme.  On fabriquait nos propres poupée avec du coton usagé.  Deux boutons représentaient les yeux.  J’ai reçu ma première poupée achetée au magasin de ma tante Marie-Rose Poirier lorsque j’avais 11 ans.  Elle me l’a donnée lorsque j’étais à l’hôpital souffrant des fièvres typhoïdes.  Pour s’amuser, on se faisait aussi des petites roues munies d’un bâton.  La roue était une taille de bouleau sur laquelle le bâton était attaché avec un clou.

L’hiver on avait bien du plaisir à se faire glisser sur la glace dans les champs.  À l’arrière d’une petite traîne on attachait deux poteaux entre lesquels on fixait un sac à patate qui servait de voile.  On s’assoyait dans la traîne et le vent nous poussait.  Parfois, quand on était assez nombreux pour la pousser, on prenait même une grosse traîne à bois pour se faire glisser.

À l’automne on faisait un frolic pour remplir la vieille cuisine d’été de bois, pour nous chauffer l’hiver.  Qu’il faisait donc froid dans la maison les matins d’hiver, mais les enfants n’étaient pas plus malades qu’ils ne le sont de nos jours.

Je me souviens de nos bons voisins, M. et Mme Bruno Cormier.  On les a amenés à la messe de minuit une année (vers 1937).  Ils ont entré à la maison pour voir notre arbre de Noël car ils n’en avaient jamais vu.  Avant de mourir, Monsieur Cormier a demandé pardon à tous ses voisins, même aux enfants qui allaient le visiter.

Vers l’âge de 13, 14 ou 15 ans, les filles quittaient souvent l’école pour aller travailler comme servante chez les Anglais de Summerside pour $12 à $15 par mois.  Ils nous logeaient et nourrissaient en plus.  J’ai moi-même travaillé comme servante pendant dix ans.  La première famille où j’ai travaillé, il fallait que je trais la vache le soir et le matin pour 50¢ par semaine.  De plus on me payait $12 par mois.  On allait aussi travailler à la “facterie” à homard pendant la saison de pêche.

Lorsque j’avais 18 ans, l’hôpital de Summerside cherchait une française intéressée à étudier pour devenir garde-malade.  André LeClair qui enseignait à l’école de Mont-Carmel est venu me voir chez mes parents pour me demander si j’étais intéressée.  Je suis allée à Summerside avec le docteur Delaney voir la supérieure de l’hôpital et le président, Harry Holman.  Ils ne m’ont pas acceptée car j’avais seulement une 8e année d’école alors qu’ils exigeaient une 10e année ou une année de collège.  J’ai été bien désappointée car ç’avait toujours été mon rêve de devenir garde-malade.

Le 28 juillet 1936, je me suis mariée à Tilmon Gallant.  On a toujours demeuré à Mont-Carmel dans le district de Saint-Timothée sur la ferme ancestrale.  Tilmon est la cinquième génération à exploiter cette ferme (Tilmon à Benoît à Firmin à Grégoire à Pierre Gallant).  Nous avons élevé cinq enfants, soit trois garçons et deux filles.

Le Musée Acadien a le vent dans les voiles

1986 par Contribution anonyme

 

Les choses bougent au Musée Acadien de ce temps-ci.  Avant de quitter le Musée, l’ancienne directrice, Soeur Marguerite Richard, avait présenté à Emploi et Immigration Canada un projet dans son nouveau programme de développement de l’emploi.  Heureusement le projet a été accepté ce qui a permis l’embauche de quatre personnes:  une directrice du Musée pour un an (Murielle Arsenault), deux classificatrices pour 20 semaines (Andrée Levesque et Géraldine Gaudet) et un agent de développement pour 24 semaines (Line Rousseau Laberge).  La subvention reçue se chiffre à 44,806 $.

L’automne dernier, le Musée recevait une subvention de 20,000 $ du Secrétariat d’État pour l’établissement d’un centre d’études acadienne.  Georges Arsenault a été embauché comme directeur.

À la suite d’un mémoire présenté au gouvernement provincial, ce dernier a octroyé la somme de 3,790 $ au Musée pour la préparation d’un avant-plan pour l’agrandissement du Musée.  On attend toujours recevoir un montant équivalent du ministère fédéral des Communications.  Le projet est en voie de réalisation.

Le Musée se prépare à faire une grande campagne de financement.  Il a grandement besoin de se créer un fonds qui lui permettra de garder à son emploi, de façon permanente, un directeur ou une directrice, d’agrandir le Musée et d’offrir des programmes variés à la population de l’Île et aux touristes.  L’agent de développement travaille à préparer la campagne de concert avec un comité.

Une exposition permanente

L’autre gros projet du Musée cette année est le montage d’une exposition permanente qui raconte l’évolution de la communauté acadienne de l’Île de 1720 à nos jours.  Jusqu’à présent, les expositions du Musée n’avaient pas été organisées de façon à donner au visiteur une vue d’ensemble de l’histoire générale et du genre de vie des Acadiens.  En parcourant le Musée, le visiteur voyait à peu près les même objets qu’il avait déjà vus dans d’autres musées.  Il en sortait dont peu renseigné sur la spécificité culturelle et historique de la communauté acadienne de la province.  La nouvelle exposition verra à résoudre ce problème à l’aide d’objets anciens, de textes et de nombreuses illustrations artistiquement présentées.  Elle sera divisée en quatre sections, à savoir: 1) Les origines (1720-1758); 2) Le rétablissement (1758-1860); 3) Le réveil (1860-1930); 4) La société contemporaine (1930 à nos jours).  L’exposition devrait être prête pour l’ouverture du Musée vers la fin juin.  Il faudra voir ça!  Le Musée Acadien a reçu une subvention de 1,350 $ du Musée provincial pour aider à monter cette exposition.

Malheureusement, tous les objets conservés au Musée ne pourront être inclus dans cette exposition.  C’est pourquoi une section du Musée sera dorénavant réservée à des expositions temporaires qui changeront au moins une fois par année.  Dans ces petites expositions, on mettra en montre, à tour de rôle, les autres objets de la collection du Musée de sorte que ce sera toujours intéressant de visiter le Musée parce qu’il y aura souvent de nouvelles choses à voir.  Cette année l’exposition temporaire portera sur l’artisanat et l’art populaire.  On pourra y voir rouets, dévidoirs, tapis, couvertures, croix tombales, sculptures, et autres artefacts.

La collection

Le Musée acadien possède une belle collection d’objets mais il y a beaucoup de manques.  En préparant l’exposition permanente on s’est rendu compte de plusieurs trous dans la collection.  À titre d’exemple, nous avons peu d’objets reliés à la pêche et aux bateaux.  Pourtant la pêche constitue une partie importante de notre vie économique.  Où pourrions-nous trouver, par exemple, de vieilles bouées, ancres (picasses), filets, compas, trappes ou carrelets, harpons, aiguilles à filet, hameçons, lignes pour pêcher morue et maquereau, râteaux à huîtres, quarts et barils, etc.?

Autrefois, presque chaque petit district scolaire acadien avait sa “grainerie”.  Existe-il encore des objets qui ont servi dans ces graineries (demi-boisseau, pelle, balance, livres) ou bien des photos de ces bâtisses?

La musique est aussi une partie importante de la culture acadienne.  Pourtant le Musée n’a pas de violon, de guimbarde (trompe), et d’harmonica.  Autrefois, les membres de la Mutuelle acadienne de Tignish portaient un ruban à la boutonnière lors de la Saint-Joseph, fête patronale de la Mutuelle.  Y a-t-il de ces rubans qui ont été conservés?

Si vous avez de ces objets que vous aimeriez donner au Musée pour qu’ils soient conservés pour les générations à venir, ou si vous connaissez quelqu’un qui en a en sa possession, veuillez s’il vous plaît vous mettre en contact aussitôt que possible avec Murielle Arsenault ou Georges Arsenault au numéro 436-6237.

Cet été faites une visite au Musée Acadien.  Amenez-y votre famille, vos amis, votre visite de la “grand’terre”!

Le Centre de Recherches acadiennes : rapport

1986 par Contribution anonyme

 

Depuis plusieurs années l’on discutait de mettre sur pied un centre qui se spécialiserait dans les études acadiennes à l’Île-du-Prince-Édouard.  C’est maintenant chose faite, le centre est établi au sein du Musée Acadien et il a été baptisé du nom Centre de recherches acadiennes.  Il a pu être mis sur pied grâce à une subvention du Secrétariat d’État qui a permis l’embauche de Georges Arsenault, professeur à demi-temps à U.P.E.I., comme directeur du centre pour une période de six mois.  C’est effectivement depuis la fin de novembre dernier que Georges Arsenault est à la tâche.

Le Centre de recherches acadiennes se propose les buts suivants:

a)  De regrouper, conserver, identifier et classifier tous les documents manuscrits, imprimés, visuels et sonores qui ont trait à la vie acadienne, en particulier à la vie des Acadiens de l’Île.

b)  De mettre à la disposition des Acadiens les ressources nécessaires à la préparation de matériaux pédagogiques de manière à faciliter l’étude et l’enseignement de l’histoire et de la culture acadiennes.

c)  De voir à la promotion à la diffusion, à l’Î.-P.-É., de l’histoire et de la culture traditionnelle des Acadiens.

d)  D’établir des liens de coopération et d’échange avec les centres provinciaux, nationaux et internationaux publics et privés qui oeuvrent dans les mêmes domaines que le Centre.

En quoi consiste le Centre?  Présentement, il est situé dans la bibliothèque du Musée Acadien et il contient d’abord une documentation assez abondante accumulée depuis la fondation du Musée Acadien en 1964.  Le directeur s’occupe maintenant d’augmenter cette collection de sorte que bientôt le Centre sera l’institution de la province la mieux documentée dans le domaine des études acadiennes.

À l’heure actuelle, la bibliothèque comprend pratiquement tout ce qui a été publié sous forme de volumes sur le sujet des Acadiens insulaires.  De plus, la bibliothèque a une collection intéressante de livres traitant de l’histoire, de la généalogie et de la culture acadienne des provinces maritimes et d’ailleurs.  On y trouve également des livres provenant des bibliothèques d’individus tels Mgr Jean Chiasson, Père F.- X. Gallant, Gilbert Buote, Mgr Nazaire Poirier, et quelques autres.  On trouve aussi une large sélection de vieux livres religieux (certains remontent à la fin du 18e siècle), d’anciens manuels scolaires, des livres de la bibliothèque du Couvent de Miscouche, etc.

La section généalogique est une partie très importante du Centre.  D’abord, il y a le fichier comprenant quelque 30,000 fiches qui regroupent les actes de baptême/naissance, de mariage et de sépulture tirés des registres paroissiaux des paroisses acadiennes.  C’est un outil de recherche très précieux pour toute personne qui décide d’entreprendre le “défrichage” de sa parenté et de ses ancêtres.  En plus du fichier, il y a des dossiers qui regroupent par nom de famille des notes généalogiques provenant de sources diverses.

Le Centre possède également un grand nombre de dossiers qui portent sur les paroisses et les villages acadiens, sur des institutions et des personnalités acadiennes, sur les traditions acadiennes et sur bien d’autres sujets.  Dans ces dossiers on trouve des coupures de journaux, des articles de revues, des notes manuscrites, etc.

Il y a aussi une collection de documents originaux tels cahiers de procès-verbaux d’organismes, livres de comptes de commerçants et ainsi de suite (voir liste dans la rubrique “À la recherche des documents”).

Du côté des journaux, le Centre possède une collection complète de La Voix Acadienne et une collection incomplète de L’Impartial.  De plus, on y trouve quelques numéros de d’autres journaux (de langue française et anglaise) publiés dans les Maritimes.

La collection de photographies du Musée est impressionnante.  Malheureusement, beaucoup de photos ne sont pas identifiées.  Le Centre tentera d’augmenter cette collection et de mieux la documenter.

Voilà en gros ce que renferme à l’heure actuelle notre Centre de recherches.  Nous espérons agrandir de beaucoup ces collections dans les années à venir.  Nous prenons ici l’occasion d’inviter les lecteurs à y contribuer en déposant pour sauvegarde des documents de famille, d’organismes, de paroisses et d’entreprises qui seraient en leur possession.  En faisant ainsi on fera un pas de l’avant en vue de conserver notre patrimoine et à le rendre accessible aux chercheurs.  Si toutes nos associations déposaient leurs archives au Centre, ça serait beaucoup plus facile d’écrire leur histoire dans 25, 50 et 100 ans d’ici, parce qu’on saurait où trouver les documents.  Rien de plus frustrant lorsqu’on se rend compte que les documents importants ont été brûlés par des gens qui n’en voyaient pas la valeur.  Nous invitons aussi les gens qui ont dressé leur généalogie d’en donner une copie au Centre.  Ceci pourrait beaucoup aider de futurs chercheurs.

Les collections du Centre (livres, documents, photos) ne peuvent pas être empruntées.  Tout doit être consulté sur place.  Le Centre dispose d’une photocopieuse ce qui peut faciliter le travail des chercheurs.

Avant de se présenter au Centre, il serait préférable de faire un rendez-vous par téléphone (436-6237), sauf pendant les mois de juillet et août alors que le Musée est ouvert tous les jours de la semaine.

Registre de Port-La-Joie en l’Isle Saint-Jean (1721-1758) – 4e partie

1986 par Francis C. Blanchard

Francis C. Blanchard

 

Le 3 novembre 1750 on trouve cinq actes de mariage, tous signés par le Frère Patrice LaGrée.  Deux des mariages voyaient deux frères Arsenault se marier à deux soeurs Boudrot.  Sans doutes, ce fut une occasion de grandes fêtes dans la communauté de Malpec.

A.  Il y avait le mariage entre françois doucet fils de françois Doucet et de Marie Caré, de la paroisse de Malpec et Marguerite Jacquemain fille de Pierre Jacquemain et de Marguerite Haché de la paroisse de Port LaJoye.

B.  Il y avait le mariage entre pierre Arsenault fils de Charles Arsenault et Cécille Bros, de la paroisse de Malpec et Marie Boudrot fille de Claude Boudrot et de Judic Belliveau de la paroisse de St.-Pierre.

C.  Il y avait le mariage entre Jean Arseneau fils de Charles Arseneau et de Cécille Bros, de la paroisse de Malpec et Madelaine Boudrot fille de Claude Boudrot et de Judic Belliveau de la paroisse de St.-Pierre.

D.  Il y avait le mariage entre Jean Arsenault fils de Jacques Arseneau et de Marie Poitvin de la paroisse de Malpec et macdelaine Boudrot fille de françois Boudrot et de Jeanne Landry de la paroisse de St. Pierre.

E.  Il y avait également le mariage entre Jean Oudy fils de Jacques Oudy et de Marguerite Poirier de la paroisse de St.-Pierre à marie Blanchard fille de françois Blanchard et de Marguerite Caré, de la paroisse de Malpec.

François, gentilhomme, Blanchard est né en 1686, donc 200 ans passés, à St.-Marc LeBlanc en Bretagne, France.  Avant son arrivée à l’Isle Saint-Jean il est d’abord passé en Acadie.  François Blanchard et Marguerite Caré ont eu 7 enfants:  5 filles dont Marie et 2 garçons, Jean et François.  Les deux garçons sont les ancêtres de tous les Blanchard de l’Île-du-Prince-Édouard selon Rustico, une paroisse acadienne.

Un personnage très important fut inhumé à Port LaJoye le 6 janvier 1752.  Ce qui suit est la transcription de l’acte de sépulture :

“Ce Sixième janvier 1752, a esté par moy soussigné inhumé le cimetière au Port LaJoye le Sr. françois Marie Degoutin Doyen du Conseil Supérieur, subdélégué de Monsieur l’intendent de la Nouvelle France et Guarde de Magasin pour le Roy au port LaJoye, décédé de hier après avoir reçue tous ses sacrements, âgé d’environ soixante cinq ans,

En foy de quoy, j’ay signé
fre patrice LaGrée.”

Le prochain acte est de la sépulture d’une personnalité qui a fait fort belle figure en Acadie avant son arrivée à l’Isle Saint-Jean.  Le Sieur Joseph Nicolas Gautier s’est établi à St.-Louis-du-Nord-est où il donna le nom Belair à sa nouvelle habitation – le même nom qu’il avait appelé son habitation à Port-Royal qu’il a quittée par nécessité.  En 1751 Nicolas Gautier a fourni une large part de ce qu’il fallait en bois pour la construction de la nouvelle église.

“Ce 2 avril 1752, a esté inhumé au dessus de la Source à Belair dans la rivière du Nord-Est le Sieur Joseph Nicolas Gautier agé d’environ 63 ans, après avoir reçu ses sacrements, décédé hier environ les dix heures du soir, espoux de dame Marie Alain, native de Port Royal en l’Accadie et le dit Sieur Joseph Nicolas Gautier originaire de Rochefort.

Signé:  fre patrice LaGrée.”

La paroisse de St.-Louis-du-Nord-est se trouvait à Scotchfort, à côté de l’actuel Mount Stewart.  On y voit encore le cimetière qui fut utilisé aussi par les Écossais catholiques à partir de leur arrivée à l’Isle Saint-Jean, en 1772.  À côté du cimetière le chercheur peut s’apercevoir d’une dépression au sol.  D’après feu mon père, J.-Henri Blanchard, c’était probablement là l’emplacement de l’église St.-Louis-du-Nord-est.

M. l’abbé Jean Perronet, curé de la paroisse St.-Louis-du-Nord-est fait l’entrée d’un baptême le 16 juillet 1753.  Il fut curé à St.-Louis de 1752 à 1753.  Il est ensuite envoyé dans la paroisse St.-Pierre-du-Nord où il est assistant au curé de 1753 à 1758.

Le 7 août 1754, on trouve l’acte du baptême de Pierre Marin Pitre inscrit par l’abbé Pierre Cassiet, curé de St-Louis-du-Nord-est.  L’abbé Cassiet fut tout d’abord curé dans la paroisse de la Sainte-Famille de Malpec (Low Point près de Port Hill) de 1752-1753; et ensuite, il fut curé de 1753 à 1758 de la paroisse de St-Louis-du-Nord-est.

L’abbé Cassiet fut une figure de grande marque d’abord en Acadie et ensuite à l’Isle Saint-Jean.  Lors de la Déportation de 1758, l’abbé Cassiet fut choisi avec l’abbé Biscaret, curé de la paroisse St-Pierre-du-Nord, pour aller porter la pétition des habitants acadiens de l’Isle Saint-Jean aux autorités anglaises à Louisbourg.  La pétition demandait qu’on accepte la soumission des habitants acadiens et qu’on leur permette de demeurer sur leurs terres.

L’effort des curés fut en vain.  Le Général Jeffrey Amherst et l’Amiral Boscawen ont demeuré insensible et inflexible devant les porte-paroles.  Ils ont ordonné l’évacuation complète des Acadiens de l’Île.

L’abbé Pierre Cassiet fut déporté avec les habitants de l’Île, et on le retrouve plus tard en France, où finalement, il est devenu le supérieur du Calvaire à Betharram près de Lourdes.  D’après la tradition de la famille Cassiet, l’abbé fut traité avec beaucoup d’inhumanité par les gardes au cours de la traversée.  Et lorsque la Révolution française a éclaté, l’abbé Cassiet a du encore confesser sa foi une deuxième fois et a dû se réfugier en Espagne.

 
Nous trouvons également dans ce registre une entrée signée par l’abbé Jacques Gérard curé de la paroisse St-Paul à la Pointe Prime.

“Ce 6 février 1755, je soussigné, certifie que M. Gérard curé de la pointe prime a baptisé à la Rivière du Nord, anne madeleine née le 16 7 bre 1754, de légitime mariage de François Landry et de marie Joseph Babin parain et maraine ont été Joseph Landry et Anne Madeleine Landry.

Signé à la minute:  Girard
Signé:  fre Gratien Raoul”

L’abbé Girard fut un des grands prêtres célèbres de l’Acadie.  Sa vie apostolique en est une de grand héroïsme.  Il est arrivé en Acadie en 1733 et est envoyé desservir la paroisse de Beaubassin.  En 1742 il est nommé curé à Cobequid (Truro).

Pendant ses fonctions à la cure de Cobequid il fut emprisonné à Halifax avec quatre de ses paroissiens pour avoir conseillé à ses paroissiens de ne pas prêter le serment de fidélité sans réserves que l’on exigeait du peuple.

On lui permit plus tard de sortir de prison pour desservir les habitants du Bassin des Mines.  Il fut enlevé par un groupe de Micmacs, et il se cacha dans la forêt jusqu’au printemps de crainte de tomber à nouveau entre les mains des autorités.  Il réussit à passer à l’Île St-Jean où il s’occupera de la cure de St-Paul à la Pointe Prime.

Lors de la Déportation il embarqua à bord du “Duke William” avec ses paroissiens.  Ce bateau fera naufrage à l’ouest de l’Angleterre, mais l’abbé Girard réussit à s’échapper dans une chaloupe.   Finalement, il arriva en France et fut nommé aumônier à l’Abbaye de Jouarre.

Le 26 mai 1755 l’abbé Joseph-Sylvestre Dosque curé de la Sainte-Famille à Malpec signe l’acte de baptême de Marie Joseph Bourg :

“Ce jour 26 may 1755, je soussigné, certifie que M. Dosque, curé de la paroisse de Malpeck a baptisé marie joseph, le 22 may de 1754, née le 2 x bre 1753, de légitime mariage de Jean Bourg et de Françoise Douaron, habitants de la rivière des Crappeaux.  Parrain et maraine ont estée Louis Bourg et marie Rose Douaron.

Signé sur l’extrait délivré:  Dosque et
fr: Gratien Raoul.”

Lors de la Dispersion, l’abbé Dosque a pu s’esquiver au Québec.  Plus tard il devint le curé de la cathédrale Notre-Dame à Québec.

La prochaine entrée est l’acte de sépulture de Jean Le Prince agé de 28 ans dans le cimetière de St-Paul la Grande-Ance (Orwell Bay près d’Eldon).

 “Ce 21 février 1751, a esté par moy, soussigné faisant les fonctions curiales, inhumé dans le cimetière de St-Paul, à la Grande ance Jean LePrince âgé d’environ 36 ans, mort en enfance sans sacrement, n’ayant jamais eu aucune connaissance.

Signé:  fr. Patrice LaGrée.”

De temps à autres on trouve les noms d’Anglais ou d’Irlandais dans le registre :

“Ce 29 juillet 1755, je soussigné, ay baptisé un fils nommé Jean Baptiste, de nation anglaise, agé de 19 ans, son père appellé nicolas Samson, sa mère Elisabeth, habitans du port Royal.  Parain et maraine Jean baptiste perial, Ursule Robicho.

Signé:  Mezzin LeRoy, Laviolette et fre Gratien Raoul.”

On sait qu’il y a eu un cimetière à Tryon.  L’entrée ensuite semble le confirmer.  Pendant le Régime français la rivière Tryon se nommait la rivière des Blonds.

“Ce 7 mars 1746, a été inhumé dans le cimetière des Blonds, un fils agé de 14 mois nommé Raphael, née de légitime mariage d’Eustache Bourg et de Marguerite Daigre.

Signé:  fre Gratien Raoul.”

Même si les Acadiens de l’Acadie avaient à endurer de tracas insupportables pendant les années 1750, cela n’a pas empêcher à certains de vivre à un âge très avancé, ce que témoigne l’acte suivant :

“Le 4 aoust 1750, a esté inhumé dans la paroisse isle de St-Jean, au port LaJoye Germain Teriot agé de 87 ans fils de Germain Teriot et d’André Bernard, de la paroisse du Port Royal lequel après avoir reçu tous ses sacrements a esté inhumé par moy soussigné dans le cimetière du port LaJoye.

Signé:  fre Patrice LaGrée.”

Des noms de lieux qui figurent dans ce registre pour lesquels nous avons les noms d’aujourd’hui sont :

Rivière des Blancs -            Johnson’s River
Rivière de l’ouest -            West River
Rivière du Nord -            North River
Rivière du Nord-Est -            East ou Hillsboro River
Rivière des Crapeaux -        Crapaud River
Le Petit Maret -            Pownal Bay
L’ance aux Morts -            Mermaid Cove
La Grande Ascension -        Vernon River
La Petite Ascension -            Fullerton’s Creek
L’ance aux Sauvages -        Cove à Rocky Point
L’ance à Pinet -            Pinette Bay
Le Havre aux Sauvages -        Savage Harbour
St-Pierre du Nord -            St. Peter’s Harbour
L’ance aux Pirogues -        Stewart Cove
L’ance aux Sangliers -        Holland Cove
Tracadie -                Tracadie
L’ance à Dubuisson -            Walker’s Cove
La Pointe Prime -            Point Prim
L’Ance à la Pointe du Nord-ouest -    Nine Mile Creek
Des Estangs -                St. Peter’s Lake
L’Ance aux Matelots -        Alexandra
Rivière des Blonds -            Tryon River

Des noms de lieux pour lesquels nous n’avons pas les noms aujourd’hui, entre autres, sont :

La Terre Rouge, L’Ance du Nord-est, Ruisseau Vincent, Ruisseau la France, L’Ance aux Landry, L’Ance Compte St.-Pierre, Ruisseau des Mats.

Ce qui suit est l’acte de sépulture d’un noble homme et personnage important de la colonie.

“L’an 1744, le 26 mars, j’ay soussigné inhumé environ les 11 heures du matin dans le cimetière de ce havre, le corps de nobel homme Ecurier Robert potier du Buisson, mort du jour précédent environ une heure après midy natif… subdélégué de M. l’intendent de la nouvelle france.

Signé:  fre Elie Kvielze.”

L’acte suivant enregistre le baptême d’un enfant illigitime.  Au bas de l’acte il y a un ajout intéressant :

“Le 26 juin 1754, j’ai baptisé pierre, né le même jour, de marie Vincent qui n’a pas voulu en déclarer le père.  Parain et maraine ont été pierre Herbert et marie Michel.

Signé:  fre Ambroise Aubré

(Le lendemain le père s’est déclaré avec promesse d’épouser la fille)”

L’acte suivant signé par le frère Elie Kvielze porte un intérêt spécial :

“Le 25 9 bre de l’année 1743, moy, fre Elie K. recolet, je soussigné ay donné la bénédiction nuptialle à Etienne Charles philippe fils de pierre philippe, et de catherine Géraud, soldat au détachement marine et à marie Mazeromme et de genevieve fovel, natif du port Royalle, évêché de Québec, lesquels m’aïant aporté un graçon d’environ 18 jours provenu d’eux, pour le faire legitimer, l’ay mis sous le voille et légitimé selon le rit de la Ste Église et ordonnance de Monseigneur de Québec en recevant leur mutuel consentement et foy de mariage, après quoy, nous avons supplée aux cérémonies de son baptême en présence des témoins qui ont signé avec nous.
Signé:  Etienne Chelle philippe -
Le chlr Duvivier
Le chavalier Duchambon – De la
Brejonnière – Potier
Dubuisson – Duchambon Decoux -
Dentremont decoux – Anne henriette
Duchambon et fre Elie Kvielze aumônier”

Une petite île qui est située dans la rivière Hillsboro juste en face de Fort Augustus s’appelle l’île Glenfinnan.  Pendant le Régime français, selon mes recherches, cette île se nommait l’Île au foin.

Les deux extraits suivants sont des sépultures qui ont eu lieu à l’Île au foin.  L’époux et l’épouse sont décédés un après l’autre et sont enterrés sur deux jours consécutifs :

“Ce 29 mars 1751, a esté inhumé à l’isle au foin à cause des mauvais temps, Pierre Douaron agé d’environ 45 ans après avoir esté confessé, époux de Marguerite Bro.

Signé:  fre Patrice LaGrée.”

“Ce 28 mars 1751, a esté inhumée à cause des mauvais temps, à l’isle au foin, Marguerite Bro agée de 26 ans, épouse de Pierre Douaron, après avoir été confessée.

Signée:  fre Patrice LaGrée.”

Nous trouvons dans les entrées du registre de nombreux soubriquets :

“Le 12 avril 1752, a esté inhumé dans le cimetière du port Lajoye du costé du couchant au bas du cimetière René… dit pret à rire, soldat de marine de la compagnie de M. Lavillière, agé d’environ 25 ans, ayant été trouvé mort dans les glaces et ayant sur luy des marques de chrétien, je luy ay donné la sépulture écclésiastique avec les cérémonies ordinaires.

Signé:  fre patrice LaGrée.”

Ce fut une mort tragique pour cet homme qui semblait toujours rayonner le bonheur.

Selon un dénombrement rapide fait de ma part, il y a eu à Port-LaJoie quelque 143 sépultures.  Sans doute, il y avait des sépultures faites à cet endroit en absence d’un prêtre et ainsi n’auraient pas été enregistrées de la façon coutumière.  Où est l’emplacement de ce cimetière?  Personne à l’heure actuelle semble le savoir.  Peut-être, dans un avenir pas si lointain, Parcs Canada fera les fouilles nécessaires à sa redécouverte…

Plus de 50 pour cent des entrées du registre sont de 1749 à 1758.  C’est à partir de 1749 qu’on a vu la grande émigration acadienne se diriger vers l’Isle Saint Jean suite à la construction du fort à Halifax et que les autorités britanniques ont commencé à parler de Déportation.  Présentement à l’Île-du-Prince-Édouard, nous avons le nom de famille Longaphie.  Ce nom selon ce registre était Longuepée, Longueépée, Longue espée ou Longeépée.  Nous avons également les familles Deagle à l’Île qui sont d’origine acadienne.  Ce nom de famille était D’aigre ou Daigre selon le registre.  Au Nouveau-Brunswick le nom est Daigle.  Le nom de famille Doiron était parfois épellé Doiron, Douäron, Douaron, Douaïron et Doeron.

En conclusion je cite du registre une des trois conversions faites à Port-LaJoye.

“Ce 11ème jour de janvier 1755, je soussigné et certifie Aumonier du Roy, curé de la paroisse du port LaJoye et supérieur de l’isle St Jean qu’Abraham Louis predreman, actuellement de cette paroisse, fils de feu Jean predreman et de marguerite Clotre, natifs de Canton de Berne dans l’allemagne suisse, a de ferme foy confessé entre mes main en face d’église et en présence de Gabriel Rousseau ecuyer, Sieur Villejouin chevalier de l’ordre militaire de St Louis, major et commandant pour le Roy à l’isle St Jean, de Michel Rousseau, écuyer Sr de Dorfontaine, capitaine d’infanterie et de Louis melchior Vareille, sieur de la Bregeonnière, capitaine et aide major de l’isle St Jean et autre témoins qui ont icy signés avec moy, tant en général qu’en particulier les articles contenus au Symbole de le foy dont se sert la Ste Eglise Catholique, apostolique et romaine, a reçu sans aucun doute toutes les autres choses qui ont été données, définies et déclarées par les sacrés canons et principalement par le saint concile de trente.  En même temps a condamné, rejetté anathematisé, renoncé à toutes les hérésies que l’église Catholique, apostolique et Romaine a condammées Rejettées, anathematisées, a enfin promis, vouée juré sur les saints évangiles de Dieu, tenir et confesser sans aucune contrainte cette vraye foy catholique sans laquelle personne ne peut être sauvé et a promis de la garder constamment moyennant la grâce de Dieu, jusqu’au dernier soupir de sa vie et tant qu’il luy sera possible la faire tenir, garder et observer par touts ceux desquels il aura charge en sa maison et en son état et au cas qu’il luy avienne de faire le contraire à l’avenir il se soumet à toutes les peines portées par les Sts decrets et constitutions canoniques, en conséquence je l’ay absous de l’excommunication par luy encourru en vertu du pouvoir qui m’en a été donné par l’ordinaire suivant l’ordonnance au port Lajoye les dits jours et an que dessus.

Rousseau de Villejouin, L. Vareille de Brejeonnière
Rousseau de Dorfontaine, Chatton, Yvoanry
Maillardet et fr: Gratien Raoul, Recollet.”