Archive pour: ‘décembre 1982’

Nouvelles de l’empremier

1982 par Contribution anonyme

 

1887 – Abram-Village :  “Les gens, comprenant qu’il leur importait d’avoir une bonne école à Abram-Village, vu le grand nombre d’enfants en état de fréquenter les classes, ont fait agrandir leur école au point qu’elle peut rivaliser avec celles des autres Districts.  Deux instituteurs ouvriront les cours, dans cette école, vers le commencement de janvier.”  (L’Évangéline, le 23 novembre 1887.)

 

1888 – Miscouche :  “L’assemblée des débats a eu lieu jeudi dernier, 15 de ce mois.  Le secrétaire, Mr. Patrick Cullen, a lu un magnifique travail sur l’agriculture et l’amélioration du bétail.  Le jeune conférencier a été maintes et maintes fois chaleureusement applaudi de l’auditoire.  Tous ont apprécié les talents de Mr. Cullen et ses connaissances agricoles.

Nous venons d’organiser une classe de chant sous la direction de Mr. Juste DesRoches, notre professeur de plain-chant.  Cette classe promet du succès. (L’Évangéline, le 28 mars 1888.)

 

1894 – Bloomfield :  “Notre nouveau représentant M. Jérémie Blanchard est actuellement occupé des travaux concernant sa ferme, en attendant l’appel de se rendre à la chambre des délibérations du pays.  M. Blanchard est cultivateur et est, par conséquent, en mesure de bien connaître les besoins de la cause agricole.  Espérons qu’à l’avenir, nos fermiers qui forment la majeure partie des électeurs, choisiront des hommes dans leurs rangs pour les représenter à la législature locale et fédérale.  À quoi bon cette armée d’avocats qui vont figurer dans notre nouvelle chambre locale?  Que savent-ils des besoins de la cause agricole?  Très peu, ou peut-être mieux, rien du tout.  – Agricole.  (L’Impartial, le 8 février 1894.)

 

1903 – Palmer Road :  “Après les jours austères du carême, il est bien légitime qu’on s’amuse un peu.  Aussi notre vénéré pasteur a-t-il voulu se charger d’organiser un concert gratis pour le soir du lundi de Pâques, (chose assez rare), auquel il a lui-même pris une part très active. (…)  Mais la palme revient, sans contradiction au Rev. P.C. Gauthier qui a profondément remué l’auditoire par sa chanson:  “Le Breton exilé”, exécutée d’une voix pure…”  (L’Impartial, le 23 avril 1903.)

Croyances populaires

1982 par Sœur Saint-Hildebert

par Soeur Saint-Hildebert, c.n.d.

 

Cet article est tiré du manuscrit L’Âme acadienne rédigé vers 1940 par Soeur Saint-Hildebert (Ann Elizabeth White), 1886-1967, religieuse de la Congrégation de Notre-Dame.  Née à Rollo Bay, Île-du-Prince-Édouard, elle entra en religion en 1908 après avoir décroché un certificat d’enseignante du collège Prince of Wales.  Elle obtint ensuite un B.A. de l’Université de Montréal, un M.A. du Boston College et elle accumula de nombreux crédits en vue d’un doctorat.  Enseignante de profession, elle fit la classe pendant de nombreuses années à Montréal, à Rustico, à Summerside et à Miscouche.  Elle occupa aussi le poste de “Dean of Women” au Mount St. Bernard College, à Antigonish.

La Société Saint-Thomas d’Aquin possède une copie de son manuscrit et le Centre d’études acadiennes de l’Université de Moncton en a une copie microfilmée.

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Les anciens Acadiens croyaient que la lune influait beaucoup sur la nature.  Afin d’avoir une bonne récolte, ils plantaient les pommes de terre et semaient les graines pendant son premier quartier.1 Quelquefois, à cause du mauvais temps, il arrivait que la saison était très avancée avant que la terre fût préparée pour les semences; si la lune n’était pas favorable alors, il fallait planter les pommes de terre pendant que la marée descendait.

Les femmes acadiennes plantaient les graines de concombres après la Fête-Dieu et dans le déclin de la lune; elles croyaient que, si elles n’observaient pas cette règle, il n’y aurait que des fleurs stériles sur les plantes.  Elles regardaient aussi la lune avant de planter les boutures ou de transplanter des fleurs, lorsqu’elles mettaient les poules à couver et quand elles faisaient du savon.  Pour avoir une belle chevelure, les jeunes filles se coupaient un petit bout de cheveux chaque mois pendant le croissant de la lune.

C’était pendant le déclin de la lune que les Acadiens coupaient le bois pour les poteaux et pour les fondations des maisons.  Ils regardaient la nouvelle lune avant d’aller à la chasse.  Si les deux extrémités du croissant étaient en ligne verticale, la chasse serait favorable.  Mais si les extrémités étaient en ligne oblique, le chasseur devait accrocher sa corne à poudre et rester à la maison.

Avant d’aller à la chasse les Acadiens de Terre-Neuve faisaient bouillir les balles, car ils croyaient que, s’ils ne prenaient pas cette précaution, ils risqueraient de tuer un homme.Ainsi, deux hommes allèrent à la chasse dans les bois de Terre-Neuve.  Ils prirent soin de faire bouillir leurs balles avant de partir. Arrivés dans la forêt, ils virent quelque chose qui se remuait parmi le feuillage, l’un d’eux visa; son compagnon l’avertit:  “Prends garde, c’est peut-être un homme;” – il avait raison, et les bons chasseurs se disent:  “On a bien fait de faire bouillir les balles”.

 
Pour savoir si l’hiver serait long et rigoureux, on regardait la fourrure des animaux, l’écorce des arbres, ou la quantité de noix que les écureuils avaient comme provisions pour la saison.  Si la fourrure et l’écorce étaient épaisses ou les provisions des écureuils abondantes, on pouvait s’attendre à un hiver long et froid.  Si les nids des écureuils étaient placés à une distance considérable de la terre, il y aurait beaucoup de neige;  si, au contraire, les nids étaient près de la terre, on s’attendait à avoir peu de neige, car l’instinct de ce petit animal le pousse à agir de telle sorte que sa provision de noix soit toujours au-dessus du niveau de la neige.

Un autre moyen de savoir si l’hiver serait long, c’était de regarder la rate des cochons quand on les tuait à l’automne.  Si elle était grosse, on s’attendait à un long et rude hiver; au contraire, si elle était petite, l’hiver serait court.  La température pendant les douze jours commençant le 25 décembre donne la température des douze mois de l’année.  S’il fait beau le 25 décembre, il fera beau pendant le mois de janvier et ainsi de suite.  Les Acadiens disent aussi que le plus fort de l’hiver est entre les deux chaires, c’est-à-dire entre la fête de la Chaire de Saint-Pierre à Rome et la fête de la Chaire de Saint-Pierre à Antioche.

S’il pleut le premier dimanche du mois, il pleuvra tous les autres dimanches de ce mois.  S’il pleut le 3 du mois, il y aura beaucoup de pluie pendant le mois:  “Le trois fait le mois”.

La température pendant la lecture de l’Évangile le Vendredi Saint sera la température pendant quarante jours; s’il vente beaucoup ce jour-là, il y aura beaucoup de vent pendant quarante jours.

Il y avait chez les Acadiens une foule de choses qu’ils regardaient comme signes de malchance.  Ces superstitions tendent à disparaître.  Mais un certain nombre persistent parmi le peuple.  On n’y croit guère, mais on les remarque.  Parmi ces signes ou événements de mauvais augure, mentionnons les suivants :

Oublier quelque chose à la maison et y retourner pour la chercher.
Voir à terre une croix faite de morceaux de paille ou de bois sans la défaire.
Faire tourner une chaise.
Tuer un crapaud sans dire:  “Je me défends de ton “levain”“. (venin)
Tuer un criquet.
Ouvrir un parapluie dans la maison.
Commencer un ouvrage important le vendredi.
Déménager le vendredi, — en ce cas, on ne restera pas longtemps dans la nouvelle maison.
Avoir des peupliers près de la maison.
En marchant avec quelqu’un, se laisser séparer par un objet.
Rencontrer un bossu du même sexe que soi.
Ne pas étrenner quelque chose le jour de l’An.  En ce cas, on aurait la gale pendant l’année.
Se couper les ongles le dimanche, — on aurait des humiliations pendant la semaine.
Passer sous une échelle.
Enter dans une maison par une porte et en sortir par une autre.
Chanter avant le déjeuner.
Danser sur la terre nue.
S’asseoir sur une table.
Balayer la cuisine après le souper.  On croyait qu’une personne qui faisait cela resterait toujours pauvre.3

Mettre en mouvement une chaise berceuse vide.  La personne qui s’en sert mourra.
Mettre en mouvement un berceau vide.  L’enfant mourra.

Parmi les choses qui portent bonheur, le fer à cheval est au premier rang.  Si un homme venait à en trouver un, il le clouait à la porte de sa grange.  Si la personne chanceuse était une femme, elle couvrait le fer de soie ou de velours, et lui donnait une place d’honneur dans la maison.  On le voyait quelquefois au-dessus de la porte du petit salon, ou de la salle à manger.  La légende qui suit explique la raison de cette coutume.

Vers la fin du 10e siècle, Saint Dunstan était évêque de Cantorbery.  Avant de devenir homme d’église, il avait été forgeron.  Le diable savait cela et, pour embarrasser le saint évêque, il se présenta devant lui avec ses pieds renforcés de cornes et lui demanda s‘il ne pourrait pas lui placer des fers comme il faisait autrefois pour les chevaux.

L’évêque le reconnut, “C’est bien facile, lui dit-il.  Seulement, il faut vous laisser attacher solidement; l’opération sera longue et demande autant d’endurance que de patience.”  Le diable consentit.

Le prélat l’attacha auprès d’un poteau et, avec son grand marteau, l’ancien forgeron le cogna au point que Satan, hurlant de douleur ne faisait que crier:  “Grâce!  Grâce!”

Saint Dunstan, n’en pouvant plus lui-même, mit de côté son marteau.  “Je t’accorde ta grâce, lui dit-il, mais à une condition:  Jamais, jamais plus, tu entends, tu ne passeras par un endroit où se trouvera un fer à cheval”.

Le trèfle à quatre feuilles portait bonheur tout comme le fer à cheval.  La raison pour cette dernière croyance était que l’on remarquait que le trèfle à quatre feuilles était aussi rare que le bonheur lui-même.

Si, en rencontrant un cheval blanc, on se frappait les deux poings l’un contre l’autre, on pouvait faire un souhait qui serait certainement réalisé.

 

LA MER

Les pêcheurs acadiens disaient:  “Celui qui jure n’attrape pas de poissons, car les poissons ont le blasphème en honneur et ils s’éloignent des parages où on se permet de le proférer”.

De chaque côté, la morue (merluche) a une tache noire.  C’est le poisson qui a eu l’honneur de fournir le denier aux apôtres pour payer l’impôt.  Les taches noires sont les marques qu’ont laissées les doigts de Saint-Pierre lorsqu’il ouvrit la gueule du poisson pour prendre la pièce d’argent.

Le Jour des Morts, les Acadiens n’aimaient pas aller au large.  Ils craignaient de trouver des ossements des morts dans leurs filets s’ils les retiraient de l’eau ce jour-là.

 
VISITES

Si on se frappe le coude droit, on aura une visite qui fera plaisir; si c’est le coude gauche, la visite sera déplaisante.

Prendre un morceau de pain dans le plat avant qu’on ait fini celui qu’on a dans son assiette annonce la visite d’une personne qui aura faim.

Si un couteau, ciseau ou autre objet reste planté debout en tombant, on aura la visite d’un étranger, et la direction vers laquelle l’objet se penche indique la direction d’où viendra la visite.

Oublier et laisser un couteau sur le fourneau indique la visite d’un parent.

Laisser tomber le linge à vaisselle annonce la visite d’un malpropre.

Mettre le balai la tête en bas fera partir une visite importune.

Si une petite feuille de thé flotte sur la surface du liquide, il y aura une visite, surtout si, en la tapant avec le gros de la main, on peut la faire coller et ainsi l’enlever.

 

SUPERSTITIONS DIVERSES

Le soleil danse le jour de Pâques.

Si un enfant meurt et qu’on donne son nom à l’autre qui naîtra après lui, ce dernier mourra aussi.

Si deux personnes s’essuient les mains en même temps sur la même serviette, elle se chicaneront.

Si on jette la première fraise qu’on cueille dans la saison sans regarder où elle tombe, on pourra faire un souhait qui sera certainement réalisé.

Si, en allant à la messe de minuit ou en revenant, on voit la lune à travers la grange, il y aura une récolte maigre en l’année qui va commencer, ou, s’il fait clair dans la grange la nuit de Noël, la grange sera vide l’hiver suivant.

Si une jeune fille marche sur la queue d’un chat, on lui dit:  “Pas cette année, ma fille!”  Cela veut dire qu’elle ne se mariera pas pendant l’année.  Elle se fait dire la même chose si elle vient de renverser une chaise ou si l’allumette qu’elle allume s’éteint dans sa main avant qu’elle puisse s’en servir.

Les hirondelles reviennent chaque année à la même place pour bâtir leur nid; après avoir occupé le même local pendant sept ans l’oiseau laisse une petite pierre dans le nid.  Celui qui trouve cette pierre se croit bien chanceux, car elle a le pouvoir de guérir ou de prévenir diverses maladies.
On doit prendre le contraire des rêves; c’est-à-dire, pour avoir le sens des rêves, il faut prendre le contraire des scènes qu’ils nous font voir.  Par exemple, rêver qu’une personne est morte signifie qu’elle va se marier.

Briser un miroir porte malheur.  Si le miroir se casse par le milieu en deux morceaux, on sera malchanceux pendant sept ans.

Lorsque deux personnes veulent savoir laquelle survivra à l’autre, elles doivent prendre une clavicule de volaille, en saisir chacun une des branches, puis tirer en sens inverse.  La personne tenant la branche qui se brise est celle qui précédera l’autre.

Si la paupière droite cille, ou si l’oreille droite bourdonne, on parle mal de nous; en ce cas, si nous nous mordons le pouce, le parleur se mordra la langue.  Si c’est à l’oeil gauche ou à l’oreille gauche qu’on sent le malaise, on parle bien de nous.

Si un corbeau vole au-dessus de la maison, c’est un signe qu’on aura de mauvaises nouvelles, — deux corbeaux, bonnes nouvelles, — trois, embarras.

La foudre ne frappe pas deux fois à la même place.  Si l’on porte sur soi, ou si l’on place dans la maison un éclat de bois d’un arbre foudroyé, cela préserve de la foudre.

Si un corps reste sur les planches le dimanche, il y aura une autre mortalité dans la famille avant la fin de l’année.

Si l’on remue la terre dans le cimetière le vendredi, on creusera une autre fosse avant que la semaine soit écoulée.

Sous l’influence de la religion et de la science, ces superstitions tendent à disparaître.  Mais elles sont assez nombreuses encore chez les gens de la campagne.

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1  Les Acadiens disent “le croissant de la lune”.

2  On a vu dans un journal anglais (décembre 1940) “Before driving a nail into plaster, boil it for a few minutes and the plaster will not break around it.”

3  Les paysans français disent: “Quand on est trop propre, on n’est jamais riche; l’argent est dans la crasse.”

Mère Évangéline Gallant

1982 par Marguerite Michaud

par Marguerite Michaud

 

Cet article fut publié dans L’Évangéline vers 1950.  Nous remercions Mme Sylvère Gaudet, de Miscouche, de nous en avoir fait prendre connaissance.

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Certains personnages de l’Acadie renommés soit dans le domaine religieux, pédagogique, commercial ou autres sont très bien connus de notre population parce que l’on y réfère constamment.  Ceux-ci ont leur grand mérite et notre pensée est loin de vouloir les déprécier.  Mais, par contre, il y a de grandes figures inconnues qui se sont dévouées inlassablement et dont nous ignorons presque le nom; tel est le cas de Mère Évangéline Gallant, ancienne supérieure générale des Soeurs Grises de Montréal.

Le nom témoigne bien son origine de l’Île-du-Prince-Édouard; de cette hérédité Mère Gallant est très fière.  Née à Egmont Bay, fille de Sylvain Gallant et d’Eulalie Arsenault (soeur de feu l’abbé Théodore Gallant, curé de Mont-Carmel), Mère Gallant suivit tout d’abord ses cours primaires à la petite école du village.  Très jeune, elle entra chez les Religieuses de la Congrégation de Notre-Dame, mais la Providence la destinait ailleurs puisque le 30 décembre 1901 elle faisait profession chez les Soeurs Grises de Montréal.  Voulant se dévouer aux malheureux, aux infortunés et aux infirmes, elle paracheva son cours de garde-malade et servit jusqu’en 1926 dans les diverses missions des États-Unis et de l’Ouest canadien.  Ses qualités d’administration et sa noblesse d’âme la destinaient aux hauts postes de sa communauté.  Supérieure provinciale de l’Alberta en 1926, assistante générale en 1930, elle devait régir les grandes oeuvres de sa communauté à titre de supérieure générale de 1935 à 1946.  Rome ne lui permettant pas d’après le code religieux de servir plus longuement dans ce rôle, elle accepta son poste actuel, celui de supérieure provinciale à l’Hôtel-Dieu de Nicolet, P.Q.

Pour comprendre l’influence bienfaitrice de Mère Gallant et l’étendue de ses responsabilités, écoutons l’historienne de la communauté, Albertine Ferland-Angers:  “En 1738, Mère d’Youville forma une coalition de Charité et fit de son Institut un havre de la souffrance indigente.  Et depuis deux siècles, les vieilles gens sont recueillis et soignés chez les Soeurs Grises dans de confortables hospices.  Nouveaux-nés sans familles, enfants abandonnés ou aveugles ou orphelins, jeunesse étudiante des écoles ménagères, tous grandissent sous la protection et les soins maternels des Filles de Mère d’Youville.”  Les Soeurs Grises de Montréal sont les premières canadiennes missionnaires.  Dès 1844, elle suivirent les Évangélisateurs sur les bords de la Rivière-Rouge et ont, depuis traversé le continent du sud au nord.  À la Baie d’Hudson, au Keewatin et au MacKenzie, leur zèle se dépense avec amour auprès des Indiens et des Esquimaux.  Aujourd’hui, il y a au-delà de cinq mille Soeurs Grises disséminées sur trois continents; elles sont devenues gardes-malades universitaires, institutrices, bachelières, missionnaires au MacKenzie, à la Baie d’Hudson, en Chine, en Afrique.

Dans le domaine de la Charité au Canada la primauté des Soeurs Grises paraît incontestable.  En plus de leur oeuvre d’apostolat chez les indigènes, ces Religieuses sont les premières à ouvrir une école de gardes-malades laïques canadiennes-françaises, l’Hôpital Notre-Dame de Montréal; elles ont aussi ouvert à Régina, Saskatchewan, la première Clinique du Cancer du pays.  “Puis voici la Soeur Julianna Panet qui conçut l’idée de l’Adoption légale des enfants trouvés ou orphelins.  Ridiculisée au début, elle persiste et élabore un projet de loi que les législateurs, ébahis, édictèrent en 1909.  Les bienfaits de cette Loi sont inappréciables.  Enfin voici Soeur Bonneau dont le nom est éternellement associé à l’Oeuvre des Sans-Abri et à celle, combien touchante, des Pâques des Queux.  Vraiment ces Humbles projettent l’ombre de leur bienfaisance sur toute notre vie sociale.”  Et c’est une des nôtres, une Acadienne de l’Île-du-Prince-Édouard, qui administre toutes ces organisations, qui mène à bonne fin tous ces projets.  Quelle gloire pour notre peuple!  Quelle émulation pour notre jeunesse!

Dans l’accomplissement de ses devoirs, Mère Générale, Évangéline Gallant effectua deux grands voyages dans ses missions les plus lointaines.  À l’été de 1937 elle se rendit jusqu’à Aklavik dans le Cercle Polaire.  Partie de Montréal le 30 mai, où elle se rendit à Edmonton, Alberta – 2,159 milles – en soixante heures.  (Les missionnaires fondatrices de 1844 voyagèrent 59 jours en canot d’écorce — à travers lacs et portages — pour atteindre Rivière-Rouge, aujourd’hui Saint Boniface.)  De là, vers le nord, la rivière MacKenzie, le cercle arctique où Aklavik est réellement bâti sur la glace, où le sol est couvert de neige huit ou neuf mois par an, où le soleil de minuit ne disparaît pas de l’horizon de la mi-juin à la mi-juillet, où il y a deux mois d’obscurité complète durant l’hiver, où la viande renne est la seule au pays, mais où les Soeurs Grises continuent leur oeuvre de charité et de conversion chez les Indiens et Esquimaux tout comme le font les RR. PP. Oblats.

En 1944, Mère Gallant se rendait cette fois à la Baie d’Hudson.  “En 1844 elles étaient venues, quatre Soeurs Grises, pour ouvrir le premier sillon, et maintenant, elles étaient des centaines à chanter leur action de grâces.  En 1844, une maison d’emprunt avait accueilli les fondatrices; aujourd’hui, trente-neuf institutions de charité groupées en trois provinces canoniques, s’échelonnaient dans l’Ouest canadien et jusqu’à l’océan Arctique.  Songeant à cette expansion apostolique, Mère Gallant revoyait en pensée chacune de ses missions d’elle si bien connues, puisqu’à toutes elle avait personnellement et plus d’une fois, porté le réconfort de son affection”.  La lecture des voyages de la Mère Gallant rappelle l’odyssée des grands aventuriers et explorateurs d’autrefois avec cette différence:  elle a la soif du bien corporel et spirituel des âmes et non la soif de la richesse temporelle.

Notre compatriote reçut plusieurs décorations, comme elle le méritait bien.  En 1938, elle eut l’insigne honneur de recevoir de Sa Sainteté, Pie XI, la plus haute décoration accordée aux femmes par le Pape, la médaille d’or Bene Merenti.  En 1940, elle était admise Chevalier de la Société du Bon Parler français; en 1947, le département de l’Instruction publique de la province de Québec lui décernait la grande médaille du Mérite Scolaire.  Dans son allocution, M. le surintendant référa aux travaux scolaires de notre distinguée Mère Gallant:  fondation de l’École Normale scolasticat de sa communauté, encouragement du programme des écoles ménagères régionales, établissement du camp de vacances pour la “Société des Enfants Infirmes”, promotion de l’éducation des aveugles.  Grâce à son dévouement, un jeune aveugle, anxieux de devenir prêtre, put compléter son éducation philosophique; elle fit transcrire en “Braille” tous les volumes nécessaires lesquels constituèrent une vraie bibliothèque.  Ajoutons discrètement, que les Soeurs Grises donnèrent généreusement à la campagne de la Bonne Presse acadienne organisée dans la province de Québec en 1943.

 
Nos amis de l’Île-du-Prince-Édouard doivent être heureux de l’héroïsme, du zèle apostolique, de l’ardeur missionnaire de leur soeur et voisine, Mère Évangéline Gallant.  Et nous, femmes acadiennes, rendons hommage à l’une des nôtres qui n’a cessé par un dévouement infatigable à faire rayonner la gloire de son pays d’origine et qui nous dit avec son sourire magnanime tout resplendissant de bonté: “Je suis contente de me dire Acadienne”.

Historique de l’École Régionale Évangéline

1982 par Georges Arsenault

par Georges Arsenault

 

Conférence prononcée lors du banquet de la rencontre des diplômés de l’École Régionale Évangéline, le 14 août 1982, au Centre Récréatif Évangéline.

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Depuis hier soir nous fêtons avec beaucoup de gaieté nos retrouvailles en tant que diplômés de l’École Régionale Évangéline.  Cette rencontre, à laquelle les vaillants organisateurs ont donné presque les dimensions d’un festival, nous donne l’occasion de revoir nos camarades de classe et nos instituteurs que certains d’entre nous n’avons pas vus depuis plusieurs années, même depuis une vingtaine d’années.  Je suis sûr et certain que nous garderons tous pendant longtemps de bons et heureux souvenirs de cette première rencontre pour laquelle les organisateurs, dirigés par le Comité des Acadiens de la région Évangéline (comité régional de la Société Saint-Thomas d’Aquin) méritent nos remerciements les plus sincères et les plus chaleureux.

Cette fin de semaine se veut surtout une occasion de rencontre, de solidarité et de fête, mais les organisateurs ont jugé bon d’inclure au programme un exposé sur l’histoire de notre école afin de rappeler à tous les origines de notre Alma Mater et aussi afin de rendre hommage à ses fondateurs.  Les faits que je vous exposerai tout à l’heure seront pour certains des détails déjà connus; pour le grand nombre, cependant, il est bien possible que ce soit là une page d’histoire presque, ou totalement, inconnue.

D’après les documents que j’ai réussi à consulter, il semblerait que les premières discussions sérieuses concernant la création d’une école secondaire (high school) acadienne aient eu lieu au sein du Conseil général de la Société Saint-Thomas d’Aquin dès le début des années 1950, et possiblement même avant.  Effectivement, les chefs acadiens qui composaient le Conseil général de la S.S.T.A. du temps se réunissaient quelque fois par année où ils discutaient des problèmes de la communauté acadienne de l’Île et des moyens à prendre afin de sauvegarder la vie française dans la province.  Au niveau de l’éducation acadienne, la situation n’était pas rose; les problèmes étaient nombreux et d’envergure.  D’abord, il y avait un manque d’enseignants compétents en français pour desservir les écoles acadiennes qui étaient, pour la plupart, des petits écoles rurales dans lesquelles on enseignait de la lère jusqu’à la 10e année.  Les écoliers dans les classes avancées étaient très rares et ceux qui désiraient poursuivre leurs études en 11e et 12e années devaient fréquenter les couvents ou les collèges.  Cependant, ils étaient rares ces parents acadiens qui avaient les moyens de payer ces années d’études à leurs enfants; seulement les quelques-uns qui réussissaient à obtenir des bourses ou qui pouvaient emprunter de la S.S.T.A. se rendaient plus loin que la 10e année.  En général, la grande majorité des écoliers mettaient fin à leurs études vers la 8e année.

Il y avait cependant, dans l’Île, des couvents dans quelques paroisses acadiennes (Miscouche, Tignish et Rustico) où l’on offrait des cours avancés de qualité.  Mais ces couvents, qui accueillaient autant, si non plus d’élèves anglophones que d’élèves acadiens-français, étaient plutôt des écoles anglaises:  la place faite au français était mince.  Ces institutions ne contribuaient donc pas comme on aurait voulu à la conservation de la langue française et à la promotion de la culture acadienne.

D’autre part, c’étaient surtout les filles qui poursuivaient les études après la 8e année; il y avait donc une grave pénurie de jeunes  hommes qui embrassaient les carrières professionnelles, plutôt réservées aux hommes, à l’époque.

Face à cette situation lamentable, les conseillers de la S.S.T.A. discutèrent à plusieurs reprises la possibilité de fonder une école centrale acadienne-française pour desservir tout la population francophone de l’Île.  On songeait à une école dirigée par une congrégation religieuse masculine afin d’attirer les jeunes garçons à poursuivre leurs études.  En 1955, le Conseil général de la S.S.T.A. décidait qu’il était grand temps de faire un pas de l’avant afin de réaliser leur rêve.  Vu la nature du projet, lequel impliquait directement l’Église catholique – car on songeait à amener sur l’Île une nouvelle congrégation religieuse – on devait naturellement se munir de l’approbation et de l’appui des autorités religieuses.  C’est pourquoi on décida d’en discuter d’abord avec l’archevêque acadien, Mgr Norbert Robichaud de Moncton, ce qui fit une délégation du Conseil général qui comprenait, entre autres, le Père Jean Buote, alors président de la S.S.T.A.  Mgr Robichaud se montra très favorable au projet que lui proposèrent de ses visiteurs insulaires; il leur suggéra de s’en retourner chez eux et “de préparer leur terrain”.

Fort encouragé par l’appui moral de l’archevêque de Moncton, le Conseil général, à sa réunion du mois d’octobre 1955, décida qu’il fallait mettre sur pied un comité qui se chargerait de faire les démarches nécessaires à l’établissement de cette école centrale tant désirée.  Le Père Buote fut alors nommé président de ce comité et on lui laissa la liberté de choisir son propre comité pour l’aider dans sa tâche.  Suite à cette réunion, le Père Buote commença son travail d’animation et parla du projet à quelques personnes clefs.  Il se rendit vite compte qu’il allait falloir faire beaucoup de travail auprès de la population afin de la sensibiliser au besoin d’une telle école.

À la réunion du Conseil général du mois de juin 1956, les conseillers décidèrent qu’il fallait absolument obtenir l’approbation de l’évêque de l’Île, Mgr Malcolm MacEachern, avant d’aller plus loin dans le projet.  En effet, ils étaient bien conscients du fait que le projet serait difficilement réalisable sans le consentement et l’appui de l’évêque de l’Île puisque, après tout, Mgr Robichaud ne détenait aucun pouvoir sur le diocèse de Charlottetown.  Le Père Buote se rendit donc chez Mgr MacEachern qui se montra favorable à l’organisation d’une école régionale française sous la direction d’une congrégation d’hommes ou de femmes.  Le chemin était maintenant ouvert; il fallait donc s’organiser.

Au mois d’octobre 1957, le Conseil général de la S.S.T.A. nomma un comité de cinq personnes pour prendre en main le projet.  Ce comité était composé du Père Buote, bien sûr, et aussi des messieurs Euclide Arsenault, Charles M. Arsenault, Gilbert Gaudet et J.-Edmond Arsenault.  À partir de cette réunion, un travail intense se fit par ce comité qui s’adjoignit d’autres collaborateurs recrutés  dans les paroisses de Baie-Egmont, de Mont-Carmel et de Wellington, car c’est dans cette région que l’on décida de situer l’école.  Le comité se restructura quelque peu et Euclide Arsenault et Ulric Poirier en devinrent les principaux animateurs.  Ils se mirent aussitôt à l’oeuvre afin de préparer un plan d’action:  il leur fallait prévoir les sources de financement et d’opération d’une telle école et de trouver des moyens pour “vendre” l’idée d’une si grosse entreprise aux contribuables des douze petites commissions scolaires de la région.  Rappelons-nous qu’à l’époque la taxe scolaire était fixée et perçue au niveau local, c’est-à-dire au niveau de chaque petit district scolaire.  Elle variait donc de village en village selon les dépenses que la commission scolaire locale encourait annuellement.  Ainsi, une nouvelle école se traduisait donc en des taxes scolaires plus élevées pour les contribuables de la région, et ce pour plusieurs années.  La question financière était un problème important car l’argent était plutôt rare dans la région, composée à l’époque surtout de petits fermiers et de petits pêcheurs qui réussissaient à peine à faire vivre leurs grandes familles composées généralement de 5 à 15 enfants.

Notons ici que depuis 1955, l’idée d’écoles régionales faisait son chemin au ministère de l’Éducation de l’Île, lequel cherchait à améliorer le système d’éducation dans la province.  Enfin, en 1958, le gouvernement provincial votait une loi qui permettait et encourageait l’établissement d’écoles régionales dans la province.  Cette loi pava, en quelque sorte, le chemin qui permit l’établissement d’une école régionale acadienne.

Une fois le plan d’action bien dressé, Euclide Arsenault et Ulric Poirier allèrent alors de district en district, statistiques en main, et bien convaincus de l’urgence d’une telle école, chercher l’appui des contribuables.  Après ces nombreuses rencontres et beaucoup de discussions qui durèrent plus d’un an, une commission scolaire fut formée, composée d’un représentant par district scolaire.  Le ministère de l’Éducation nomma M. Euclide Arsenault président de cette première commission scolaire régionale de la province.  La première réunion eut lieu le 22 janvier 1960 à laquelle il fut décidé de construire l’école à Abram-Village.  Ce fut le commissaire de Wellington, M. Edmond L. Arsenault, qui suggéra que l’école porte le nom Évangéline; et c’est sous sa supervision que l’école fut construite.  Quant à l’ouverture officielle, elle eut lieu le 26 octobre 1960.

Le financement de la construction d’une école du genre n’était pas chose facile à l’époque.  Le gouvernement contribuait une certaine somme, mais le gros de l’argent devait être amassé par les contribuables des districts concernés.  Une campagne de financement fut alors lancée et on réussit à recueillir des dons importants de plusieurs individus, de sociétés, de districts, de paroisses et de maisons de commerce.  Les membres de l’Assemblée législative représentant la 3e circonscription électorale du comté de Prince (3rd Prince), les honorables Henry Wedge et le docteur Hubert McNeil, ont à eux seuls contribué $1,000 pour l’achat du terrain de l’école.  En plus de ces dons, la Société Mutuelle l’Assomption accepta de prêter la somme de $40,000 à la nouvelle commission scolaire, vu qu’aucune banque ne voulait leur avancer une telle somme d’argent sans garanti sûr.

Entretemps, le Père Buote eut à affronter l’opposition de certains membres du clergé anglophone de l’Île, surtout d’origine irlandaise, qui s’opposaient à ce qu’une école secondaire française fût construite dans l’Île.  Ils firent circuler une pétition à cet effet, firent pression auprès des autorités du ministère de l’Éducation et se rendirent même en délégation chez le Père Buote pour tenter de le dissuader dans son projet.  Mais leurs démarches ont évidemment échoué, d’abord parce que le Père Buote, convaincu de l’importance et de la légitimité d’une école secondaire acadienne, n’allait pas se laisser intimider par qui que ce soit.  Et, d’autre part, le projet jouissait de l’appui entier du ministère de l’Éducation, dont le Dr Georges Dewar, de O’Leary, était ministre, et de certaines autres instances gouvernementales.  On s’était effectivement assuré, dès le départ, de l’appui du parti politique au pouvoir à l’époque, soit le parti conservateur.  Il faut ici souligner le rôle qu’a joué M. Tilmon B. Gallant, président du parti conservateur pour la circonscription électorale “3rd Prince”, qui usa habilement de son influence afin de gagner la faveur des autorités gouvernementales.

Revenons pour un moment au Père Buote.  Bien qu’il laissât aux laïcs le soin de former la commission scolaire et de construire l’école, il continua à prêter main forte aux principaux organisateurs.  Il s’occupa notamment de faire les démarches nécessaires auprès de la Supérieure Générale des Soeurs Notre-Dame du Sacré-Coeur dans le but d’obtenir quelques-unes de ses soeurs enseignantes pour s’occuper de la direction de la nouvelle école, et aussi pour enseigner dans quelques écoles de district.  La Mère Supérieure acquiesça aimablement à sa demande et lui promit de lui envoyer de ses meilleures éducatrices.  En 1959, un an avant l’ouverture de l’École Régionale Évangéline, le Couvent de Mont-Carmel ouvrait ses portes pour accueillir les premières de plusieurs religieuses acadiennes du Nouveau-Brunswick qui ont séjourné chez nous pendant une période de vingt ans.  Elles nous arrivent pleines d’enthousiasme, prêtes à tout faire pour relever le niveau d’éducation dans la région.  Elles amènent avec eux cette fierté et ce respect pour la langue française et la culture acadienne qu’elles essaient de transmettre à leurs élèves.  Parmi ces nombreuses soeurs qui ont séjourné chez nous, il faut particulièrement nommer Soeur Marie Carmélice et Soeur Marie Jeanne d’Arc car ce sont elles, avec Mme Béatrice Arsenault, qui ont eu à mettre sur pied le programme d’enseignement de l’École, un programme et une méthode d’enseignement qui eurent tôt placé l’École Régionale Évangéline sur la carte.

À tous ces fondateurs de notre Alma Mater que je viens de mentionner, sans oublier tous les contribuables du temps qui ont appuyé la fondation de l’école, nous, les diplômés, vous devons  une immense dette de gratitude.  Vous nous avez fourni l’occasion de compléter nos études secondaires chez nous dans une institution de haute qualité.  Vous nous avez surtout donné une école propre à notre culture et à notre langue, ce pour quoi nous vous serons toujours immensément reconnaissants.

Nous sommes heureux que les principaux fondateurs soient avec nous pour fêter ces retrouvailles. Mais nous regrettons aussi l’absence du président-fondateur de notre école, M. Euclide Arsenault, que la mort nous a enlevé prématurément.  Nous voulons dire à sa famille toute l’admiration et toute la gratitude que nous avons envers ce grand éducateur qui a marqué le développement de l’éducation dans la région.

Depuis sa fondation, voilà 22 ans, bien des choses se sont passées entre les murs de notre école.  Quelques milliers d’écoliers y ont séjourné dont près de 500 y ont décroché leur diplôme de 12e année.  Un grand nombre de ces derniers ont poursuivi leurs études et les autres se sont lancés dans des carrières les plus diverses.  Certains diplômés se sont d’ailleurs distingués dans leur profession et c’est une source de grande fierté pour nous et pour tous les gens de la région de les compter parmi les anciens élèves de l’École Régionale Évangéline.

 
Au cours des années, notre école s’est distinguée plus qu’à son tour parmi les autres écoles de la province.  Chacun de nous en garde de beaux et d’heureux souvenirs.  Les uns n’oublieront jamais les années où l’école venait en tête des autres écoles de la province dans les “cruels” examens du Maritime Examination Board, ou encore lorsque l’école remportait plus que sa part des prix du concours de composition du Jour du Souvenir.  D’autres semblent encore vivre les fortes émotions vécues lorsque la chorale Évangéline remportait les honneurs au festival de musique ou lorsque des équipes des différentes disciplines sportives remportaient habilement la victoire lors de tournois contre des écoles beaucoup plus grandes que la nôtre.  Et la réputation de notre école se porte toujours bien.  À titre d’exemple, cette année, les élèves de chez-nous, inscrits en première année à l’Université de Moncton, ont obtenu, comme groupe, au 1er semestre, la plus haute moyenne de toutes les écoles secondaires acadiennes des provinces Maritimes.  Voilà de quoi nous réjouir et qui nous démontre que l’École Évangéline, bien qu’elle soit relativement petite comparée à la plupart des écoles secondaires des provinces Maritimes, sait quand même produire des diplômés de haut calibre.

Une rencontre comme celle que nous vivons cette fin de semaine devrait nous porter à réfléchir sur le rôle que nous devrions jouer vis-à-vis notre Alma Mater.  Personnellement, j’y vois un très grand rôle.  Il faudrait que nous puissions lui être un solide appui, et surtout que nous veillions à ce qu’elle ne disparaisse jamais car elle a un rôle très important à jouer.  En effet, l’École Régionale Évangéline a une mission qui dépasse celle de toutes les autres écoles secondaires de la province.  Elle doit, en plus de donner un enseignement et une éducation de qualité, contribuer à maintenir vivantes une culture et une langue en grand danger de perdition.  Pour cette raison, notre école doit être un château-fort de la langue française et de la culture acadienne.  Si nous en sommes convaincus, nous pouvons, en tant qu’anciens diplômés, voir à ce que cela soit toujours ainsi.  Si nous habitons la région, n’hésitons pas à nous impliquer au niveau de la commission scolaire ou du foyer école.  C’est peut-être les moyens les plus directs et les plus efficaces d’exercer de l’influence.

On vous a suggéré la création d’une association des anciens.  L’idée est excellente.  Ce serait un excellent moyen pour tous les diplômés, qu’ils soient résidents ou non de la région, de contribuer de quelque façon à l’épanouissement de notre école.  Les projets et les activités pourraient être nombreux et fort profitables.  À titre d’exemple, ce pourrait être en forme d’aide financière à des activités culturelles ou sportives qui ne peuvent se développer sans aide de l’extérieur, ou bien la création de bourses d’études dans des domaines qui pourraient contribuer de façon significative à l’école et à la communauté.  Je souhaite de tout coeur qu’il sera possible de mettre sur pied cette association car elle pourrait opérer un bien immense.

Avec ce souhait je termine ma présentation et je vous remercie de m’avoir prêté votre attention.  À tous et chacun, joyeuse fête!

Publications

1982 par Contribution anonyme

 

1.  Cécile Gallant.  Le Mouvement coopératif chez les Acadiens de la région Évangéline (1862-1982). Wellington, le Conseil Coopératif de l’Î.-P.-É., 1982-283 pages.

Dans l’avant-propos de ce livre lancé en 1982, l’auteur se dit “fort impressionnée par la ténacité des efforts des pionniers du mouvement coopératif” dans sa région natale.  En effet, à l’exemple de ses ancêtres, Mlle Gallant n’a point ménagé ses propres énergies, car, dans ce volume de quelque 280 pages, se déroule une histoire de coopération entre citoyens qui se lit comme un roman.

Afin d’aider le lecteur à mieux saisir l’évolution très intéressante du mouvement régional, l’introduction comprend un court résumé de l’histoire des Acadiens de l’Île à partir des débuts du Régime français ainsi qu’un exposé des origines et des principes généraux de la “Coopération”.

En première partie, l’auteur discute de l’établissement des premières associations coopératives dans la région (entre 1862 et 1936) y compris les banques de grain de semence, la fromagerie, les coopératives agricoles, les cercles des oeufs, les unions des pêcheurs, les cercles d’éleveurs, etc.

L’ère moderne de la “Coopération” dans la région fait le sujet de la seconde partie du texte.  Ainsi, l’adoption du principe de la “Coopération” se traduit éventuellement en l’établissement de caisses populaires, de coopératives de consommation, de coopératives de pêcheurs, en coopérative de fermiers, en coopérative d’habitation et autres, en plus du Conseil Coopératif de l’Î.-P.-É.

En guide de conclusion, l’auteur se permet de croire, et, à juste raison, que cet esprit de persévérance chez nos ancêtres acadiens dans le phénomène complexe de la coopération contribuera à stimuler d’autres chercheurs à s’y intéresser au moins autant.

Le lecteur pourra se délecter pendant des heures à lire ce texte qui se lit très facilement et auquel viennent s’ajouter d’innombrables extraits de documents historiques et de photographies bien choisies qui lui permettront de s’identifier non seulement avec le passé et le présent, mais aussi avec les possibilités d’avenir que peut offrir le véritable esprit de coopération.

Il va sans dire que le Conseil Coopératif de l’Î.-P.-É. se vante de cette publication qu’il a bien voulu parrainer.

 

2.  Paul Surette, Benoît Poirier.  La vie d’un musicien acadien 1882 à 1965. Tignish, La Société culturelle Ti-Pa, 1982, 70 pages.

En cette circonstance, Surette porte le chapeau du biographe, mais son texte fait tellement l’effet d’un roman que l’on est porté à le lire d’un seul coup.

L’auteur nous décrit la carrière de ce musicien Poirier qui débute lorsque, dès un bas âge, il est profondément impressionné par le rendement du grand orgue de l’église de son village natal de Tignish à l’Île-du-Prince-Édouard.

De là, et le long du volume, l’auteur nous fait vivre les expériences d’un jeune homme qui, en dépit de très nombreux obstacles, deviendra organiste de renom à l’église Notre-Dame de Montréal et composera des oeuvres musicales dignes des éloges des gens bien informés, tels un Frédéric Pelletier, un John Philip Sousa.

Ainsi, Surette permet au lecteur de suivre chaque étape d’acheminement de la carrière de son héro vers les plus grandes orgues du Canada et de se rendre vivement compte des multiples problèmes que Poirier devait envisager.  D’autre part, il nous rend conscients de cet esprit de persévérance muni d’une forte dose de courage que l’artiste a su démontrer au cours de sa carrière.  De plus, selon l’auteur, Benoît Poirier a toujours su conserver son esprit d’humilité profonde – que ce soit à la suite de l’interprétation de sa composition “Rhapsodie” par la fameuse fanfare de Sousa (The March King), des succès réalisés lors de ses récitals à Westmount, “ce bastion du privilège anglais”, ou encore, au lendemain de sa nomination au Conservatoire de Musique.

Peut-être, la citation que Surette a placé en page 45 explique le mieux le caractère de cet éminent Acadien :

“L’Acadien prend nettement la vedette dans les journaux francophones.  La critique du “Bulletin” servira d’exemple” :

L’un des numéros du programme les plus goûtés fut celui de M.B.-F. Poirier, organiste à Notre-Dame, qui joua sa composition “Au Pays d’Évangéline”, une pièce très délicate, pleine de fraîcheur et d’une superbe inspiration.  Disons en passant que M. Poirier est né au pays d’Évangéline, ce qui explique un peu l’atmosphère spéciale dont il a su envelopper sa composition”.

Ce volume de 70 pages se lit très facilement et le choix de photos se veut très à propos.  Les quelque 250 notes de référence démontrent bien que Surette écrit en connaissance de cause.

Même s’il ne faut guère s’appuyer sur notre autorité en matière de musique (entre autres), nous n’hésitons pas de recommander fortement cette biographie aux lecteurs.  Elle ne peut que piquer l’intérêt de tous les Acadiens, surtout ceux et celles de l’Île, car elle fait honneur à l’un des nôtres maintenant passé à l’histoire.  Quant aux plus jeunes lecteurs, y trouveront-ils, peut-être, un modèle d’esprit idéal à poursuivre?

 

3.  J.-Henri Gaudet.  The Tignish Pipe Organ in Musical Retrospect 1882-1982. Tignish, The Tignish Historical Society, 1982, 29 pages.
Au mois d’août dernier, la paroisse de St-Simon et St-Jude de Tignish a célébré le centenaire de l’installation du grand orgue Mitchell dans l’église en 1882.  À cette occasion, la Société Historique de Tignish a organisé le lancement de l’histoire de cet orgue, histoire écrite par l’organiste actuel, M. J.-Henri Gaudet.

Gaudet traite en détail des événements où l’orgue a joué un rôle de grande importance pendant les 100 dernières années de vie paroissiale.  Mais aussi, l’auteur ajoute des informations intéressantes au sujet des chorales, maîtres de chapelle, organistes, clergé et d’autres personnalités, ce qui ajoute à l’agrément de la lecture.  Par exemple, il fait mention considérable de Benoît Poirier, ce natif de Tignish devenu organiste à Note-Dame de Montréal.  Poirier fait l’objet d’une biographie complète également lancée à l’occasion de ce centenaire.

Sans aucun doute, la partie la plus importante du texte décrit la période des années 50 et 60 lorsque, en raison de problèmes techniques apparemment incessants, l’on songeait à faire disparaître l’orgue pour le remplacer par un instrument électronique, et ceci, pour éviter les coûts élevés de réparation.  Cependant, Gaudet était convaincu que “le fait de détruire l’orgue de Tignish serait commettre un délit contre un trésor historique irremplaçable”.

L’organiste et ses amis ont remporté le coup décisif car on procéda à la restauration de l’instrument et cet orgue historique Mitchel continue toujours d’embellir de façon extraordinaire les services religieux à St-Simon et St-Jude.

Ce livret de quelque 30 pages est très bien documenté et contient de nombreuses photographies qui ajoutent un cachet spécial à sa valeur historique.

M. Gaudet nous a fourni un travail précieux et il va sans dire que ce dernier devrait être traduit en français pour la postérité.

Wilmer Blanchard

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Membres du Comité exécutif de la Société Historique acadienne de  l’Î.-P.-É. 1982-1983

Président -        M. Georges Arsenault
Président sortant -    M. J.-Edmond Arsenault
Vice-président -    M. Jean-Paul Arsenault
Secrétaire -        Mlle Cécile Gallant
Trésorière -        Mme Hélène Cheverie
Conseillers(ères) -    Soeur Marguerite Richard
                               Mme Avéline Peters
                               Père Albin Arsenault
                              M. Jean-Louis Beauregard

La Société historique acadienne de l’Î.-P.-É. : rapport annuel

1982 par J.-Edmond Arsenault

 

Rapport annuel du président

Une nouvelle fois, nous nous rencontrons en assises annuelles.  En cette occasion, nous vous présentons un bref aperçu du travail, des actions et des projets exécutés au cours de l’année.

L’exécutif de la S.H.A. de l’Î.-P.-É. a tenu trois réunions au cours de l’année.

Cette année, la campagne de recrutement nous a valu l’inscription de 125 membres, dix en moins que l’année précédente.  L’appel aux cotisations 1982-1983 devrait être lancée le plus tôt possible, au cours du mois de novembre.

La Société Historique Acadienne a tenu, au cours de l’année, trois rencontres régionales, dans l’ensemble, assez bien réussies.  Ces réunions avaient lieu à Tignish, à Abram-Village et à  Rustico.  Ces assises étaient fort intéressantes et informatives.  Celle de Rustico, au musée, a permis à l’auditoire de faire une randonnée dans l’histoire de la paroisse de Rustico, du Père Belcourt, et de la Banque de Fermiers.  M. Jean Doiron a certes relaté une foule de faits historiques très intéressants.  Il est évident que ces réunions régionales sont très utiles et qu’il est fortement recommandé de les continuer et de les rendre plus nombreuses, si possible.  Il y aurait peut-être lieu d’en faire un projet de plus grande envergure et faire une demande d’aide-financière dans le but de défrayer les frais d’animation et de tenue de ces rencontres.  Ceci s’applique aussi à l’organisation de journées d’études en généalogie, en conservation de documents et d’objets historiques.

Le projet “cueillette de renseignements et d’information sur la vie et les oeuvres de feu J.-Henri Blanchard” est terminé.  La Société possède plus d’une quarantaine d’entrevues enregistrées sur rubans sonores.  Nous avons obtenu le financement d’un projet pour en faire la transcription.  Nous sommes à la recherche d’une personne que nous désirons embaucher pour faire ce travail.

La Petite Souvenance est publiée deux fois par année.  Cette revue fournit des faits et des renseignements historiques fort intéressants qui la font apprécier du lecteur.  Je félicite le rédacteur et le comité de rédaction ainsi les auteurs des articles qui donnent à notre revue un caractère particulier.

Au cours de l’année, un comité a préparé un document explicitant les critères à utiliser dans l’attribution d’une distinction honorifique à une personne méritante pour sa contribution dans les domaines de l’histoire ou du patrimoine acadiens.  Le rapport de ce comité vous sera présenté au numéro six de l’ordre du jour.

Cloche de Malpèque -

Nous avons continué les recherches dans le but d’établir l’authenticité de la cloche.  Nous avons adressé des lettres à quelques individus ou organismes aptes à être en mesure de nous fournir des renseignements ou à nous indiquer des sources où nous pourrions aller les puiser.  Ces lettres nous ont valu des réponses plus ou moins encourageantes.  Toutefois quelques-unes nous indiquent des pistes à suivre.  Les archives nationales du Canada possèdent des microfilms de certains documents de l’époque 1750-1758, y compris des lettres de Prévost aux instances gouvernementales françaises, à Paris.  Ces microfilms sont à la disposition de la bibliothèque de l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard qui possède les équipements utiles à en faire la lecture mais il faut obtenir de l’aide financière pour payer le salaire de la personne qui entreprendra ce travail.

Une demande en ce sens au Secrétariat d’État n’a pu être acceptée faute d’argent disponible.  Nous pourrons, peut-être, obtenir le financement de ce projet l’an prochain.  Il semble qu’il ne faudrait pas trop tôt abandonner la partie; il faudrait, coûte que coûte, recouvrir la cloche qui, avant la déportation, invitait nos aïeux à réciter l’Angelus, à prier pour les défunts et à participer aux offices religieux.  Cette cloche, les Acadiens de l’ancienne Île-St-Jean la posséderont peut-être un jour!

En terminant, nous remercions les membres de l’exécutif, la Société Saint-Thomas d’Aquin et tous ceux et celles qui ont, au cours de l’année, collaboré aux oeuvres de la Société Historique Acadienne de l’Î.-P.-É.

J.-Edmond Arsenault
le 24 octobre 1982