Archive pour: ‘mai 1980’

Nouveau chant national des Acadiens

1980 par Contribution anonyme

Sur l’air du Petit Mousse Noir.

Présenté à la Société Acadienne de Tignish, par G. Buote, et chanté pour la première fois en Acadie, à Tignish, 15 août 1901, jour de la célébration de la Fête Nationale des Acadiens.

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Lève ton front, ô ma patrie!
Contemple le ciel radieux!
Luit sur ta bannière chérie,
Le soleil d’un jour glorieux.
Débris d’une héroïque histoire,
Peuple déroule tes drapeaux!
Souviens-toi des vieux jours de gloire
Et des combats de tes héros!

Qu’ils sont beaux sur ton oriflamme.
Ces lys teints du sang de nos preux!
Braver la mitraille et la flamme,
Je crois les voir encore poudreux.
Débris d’une héroïque histoire,
Peuple déroule tes drapeaux;
Souviens-toi des vieux jours de gloire )
Et des combats de tes héros!                    ) bis

Et que la bise sur son aile,
Porte à l’ancien monde étonné
L’hymne, de sa voix solennelle,
Que chante un peuple nouveau-né.
Nous avons notre vieille histoire,
Peuple déroulons nos drapeaux;
Il est encore des jours de gloire )
Nous pouvons être des héros?   ) bis
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INVOCATION

Reine des cieux, Notre Patronne,
Entends la voix de tes enfants
En ce beau jour, Sainte Madone,
Nous renouvelons nos serments.
Comm’jadis au temps de nos pères,
Dans nos chants nous t’invoquons tous;
Accepte nos humbles prières, )
À ton fils porte les pour nous.  ) bis

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Publié dans L’Impartial, le 21 mars 1907, p. 4.

Douces souvenirs du beau pays de mon enfance

1980 par Sœur Bella Arsenault

par Soeur Bella Arsenault

 

C’est “Douces Souvenances” qui revient de Marlboro dans la personne de la petite Soeur Bella Arsenault, heureuse d’une seconde invitation par le personnel de la Société Historique de notre Île.

Ma vieille mémoire de 80 ans se fait toujours jeune quand il s’agit de relater les épisodes d’enfance au pays le plus beau du monde:  le jardin du Golfe, jadis Île St-Jean.

Toutefois, je ne commencerai pas comme le faisait toujours grand-mère Pélagie.  “Il était une fois…” puisque je continue… avec délice.  Cette fois, je relate des incidents de notre grande famille de 9 filles et de 6 garçons.

François, le bras droit de papa, était surtout chargé du “train” à la grange :  chevaux et vaches, petits et gros boeufs étaient ses amis.  Après la traite des vaches, il attelait la jeune jument à une petite voiture de sa fabrication, rangeait les bidons de lait destinés à la fromagerie, et pour ne pas qu’ils s’entrechoquent, il posait sa rondelette petite soeur Bella au centre; c’est ainsi que grand frère François payait à sa petite soeur une belle promenade jusqu’au “chemin du roi”.

Wilfred, nommé ainsi en l’honneur de Sir Wilfred Laurier, était le commissionnaire de ses grandes soeurs, à cause de sa docilité et de sa complaisance.

Un jour, où chez un voisin il y avait danses et quadrilles, les quatre demoiselles Arsenault furent invitées.  Oui! mais fallait-il encore permission expresse de la maman approuvée formellement par celle du père.  Ce jour là, papa fauchait dans le pré le plus éloigné de la maison.  Habituellement, maman disait:  “Allez demander à votre père”.

De nouveau, les grandes soeurs eurent recours au petit frère si complaisant.  Cette fois, comme Wilfred jugea à propos du refus de papa, et comme la route était longue il s’assied pour prendre souffle, réfléchit, et prenant en personne les responsabilités paternelles, il lut le message, le déchira, retourna à la maison et, aux grandes soeurs qui attendaient avec hâte, il répondit avec autorité:  Papa a dit:  “Non”.  Allons, quelles larmes! quelle catastrophe!  On s’était déjà frisé les cheveux et mis son plus beau cotillon!  En larmes, toutes quatre vont supplier maman, mais que pouvait-elle faire!  Le maître avait dit:  Non.  Au retour du père, et derrière porte close, père et mère se consultent.  La conséquence?  À un âge avancé, le pauvre Wilfred s’en souvenait encore avec un peu d’amertume.

Notre bon voisin de l’Île, Pépère Natole (Anatole Gallant) était un bien brave homme et un admirateur de la belle nature.  Sa longue barbe nous rappelait Saint-Nicholas, et quand il ouvrait la bouche, une dent manquait à sa jolie rangée dentaire.  Par cette ouverture, il y passait un bout de sa langue et en sifflant il pouvait ainsi imiter le chant de tous les oiseaux de nos bois; non seulement leur chant mais même leurs noms respectifs.  Quand Pépère Natole nous arrivait, c’était qui des plus jeunes prendrait place sur ses genoux pour entendre le concert de nos forêts.  Quand, rendus aux États-Unis, Pépère Natole nous suivit avec sa famille, nous l’avons toujours considéré comme membre intime de notre famille, et un frère et une soeur Arsenault contractèrent mariage avec une soeur et un frère Gallant.

Je crois déjà avoir mentionné une des aînées de la famille, Jacqueline, qui aujourd’hui même, le 2 avril, fête ses 94 ans.  Jacqueline devient Madame Thibodeau en contractant mariage à Jacques Thibodeau natif de Tignish.  Jacqueline et les autres grandes soeurs apprirent de bonne heure, pendant les veillées d’hiver à raccommoder les filets de pêche de papa.  Un jour, bien des années après, et rendus au pays voisin, j’admirais un magnifique devant d’autel fait au filet très fin, cadeau que Jacqueline voulait offrir à l’église paroissiale, je lui demandai:  “Mais, où as-tu appris à faire ce filet si fin et si délicat?” “Oh!” dit-elle “c’est en raccommodant les filets de pêche de papa à l’Île”.  C’est ainsi que nos mamans en faisant au métier, les “hardes” de leur mari, et au rouet, la laine pour les habits de leurs enfants ont formé leurs filles à devenir d’habiles ouvrières et de fines couturières.

En vous entretenant de Marguerite ou Maggie, devenue Mme Pierre Gautreau natif de Rogersville, et l’aide préféré de papa, je vous rappellerai probablement des personnages de jadis que les anciens surtout ont connus:  a-t-on déjà entendu parler de Sam Labaume, l’Indien peu joli mais très sympathique qui, à chaque saison, régulièrement allait vendre les paniers fabriqués “au foin doux” sur l’Île voisine habitée par nos amis, les Micmacs.  En arrivant chez-nous, comme sans doute, il le faisait ailleurs, il lui fallait chanter et danser pour vendre sa marchandise, Maggie, le bouffon de la famille, s’enfilait derrière le poêle afin d’imiter chaque mouvement de notre visiteur.  On invitait alors notre Monsieur Labaume à nous chanter, préférablement le Gloria (de Angelis) qu’il entonnait si pieusement chaque dimanche à la “grand’mince”.  Toute la famille alors faisait cercle autour du cantateur, qui debout, entonnait avec vénération le chant des anges; et comme il bégayait chaque syllable, Maggie, derrière le fourneau, imitait chant et geste de notre pieux Indien, chant qu’il faisait suivre d’une petite gigue, genre acadien.  Il était sûr alors de laisser un panier pour, parfois, une douzaine d’oeufs ou un bon repas. Après son départ, Maggie sortait de sa cachette, et imitait, au plaisir des plus jeunes, chant et danse de Sam Labaume.  Quand plus tard, aux fêtes de famille, l’on invitait Maggie à nous amuser, Sam Labaume nous arrivait, et même à l’âge de 88, Marguerite, qui reste toujours jeune, savait encore vous entonner le Gloria de Sam Labaume, ou encore l’arrivée du légendaire (onque Usèbe) homme très original, qui, chaque printemps, nous arrivait en route pour aller voir sa belle-soeur Feurlac.  Mais surtout ne me demandez pas qui était cette “Feurlac”!  Était-ce grand-mère Pélagie ou un autre personnage?  Je n’en sais rien.  En tous cas, c’était l’oncle de tout le monde et qui s’installait comme tel chez tous ses prétendus neveux ou nièces.  Maggie, aux fêtes de famille, s’habillait à “l’oncle Eusèbe” ou encore faisait Sam Labaume, et tous revenaient, en esprit, et de coeur, aux jours heureux de la Petite Allée à Higgins Road.

D’autres souvenirs heureux ou semi tragiques s’accumulent dans mon esprit, jeune de 88 ans, et mon plaisir serait d’en jouir avec vous tous, chers cousins et cousines de notre chère Île.  En terminant, laissez-moi chanter ce doux refrain:

O Acadie!  Mon pays, mes amours!

Nouvelles de l’empremier

1980 par Contribution anonyme

 

1880 – Rustico :  “Il nous fait plaisir d’apprendre que la banque acadienne de Rustico prospère et que ses billets sont en grande circulation.  M. Joseph Gallant en est le digne président.  Ce monsieur vient de se construire un superbe édifice dont les étages supérieurs lui serviront de résidence, et l’étage inférieur de magasin.  Il a aussi actuellement en construction sur les chantiers une jolie goélette de 80 tonneaux; elle sera prête la semaine prochaine à recevoir sa cargaison, consistant principalement en poisson, et fera voile pour Boston, sous la direction du capitaine Leblanc, d’Arichat.”  (Le Moniteur Acadien, le 12 août 1880)

1880 – Miscouche :  “M. Prospère Desroches vient d’ouvrir ici un établissement de marchand-tailleur, tel qu’on en voit peu sur l’Île.  Nos jeunes gens à 50 milles à la ronde ne manqueront pas de venir s’y faire élégants, et M. Desroches est homme à garder sa pratique, une fois celle-ci acquise.”  (Le Moniteur Acadien, le 12 août 1880)

1893 – Bloomfield :  “Le patriotisme se réveille rapidement dans nos parages.  Toutes nos écoles sont dirigées par des instituteurs acadiens.  M. Doucet à la direction de l’école de Howlan Road.  Celle de Duvar Road est sous la direction de M. Gallant, et celle de Bloomfield est tenue par M. R. Gallant.  Toutes trois sont dirigées avec habileté.”  (L’Evangéline, le 16 mars 1893)

1896 – Egmont Bay :  “La fanfare d’Egmont Bay, sous la direction du Prof. Théodore Gallant, a fait entendre pour la première fois ses sons harmonieux en donnant deux morceaux choisis de son répertoire – un avant la messe (de minuit), l’autre immédiatement après les vêpres.  (L’Impartial, le 11 février 1897)

1902 – Mont-Carmel :  “Il y aura vers le 15 juin prochain, un grand bazar et tirage de prix dans cette paroisse au profit du nouveau presbytère en voie de construction, sous les soins dévoués et paternels de notre digne curé, le Rév. M.P.P. Arsenault.  Des livres de billets sont en circulation dans la province et chez nos voisins, et nous avons confiance que nos amis nous donneront main forte, dans notre entreprise religieuse.” (L’Évangéline, 13 février 1902)

Les pique-niques à Mont-Carmel : un entretien avec Magloire Gallant

1980 par Marie Anne Arsenault

 

par Marie Anne Arsenault

Cette entrevue a été faite en 1975.  Monsieur Magloire Gallant, fermier à la retraite, était alors âgé de 81 ans.

 

Quand j’étais jeune, les pique-niques étaient quelque chose de pas mal spécial.  C’était le plus grand moyen de faire de l’agent pour la paroisse.  J’ai 81 ans et les pique-niques ça c’est au “boute” de ma souvenance.  Il me semble qu’on en a toujours eus.  On attendait ce jour-là avec joie.  Les paroissiens commençaient à travailler à trois ou quatre heures du matin pour faire les préparatifs nécessaires pour ce grand jour.  Le pique-nique était toujours dehors au bord de la mer alors on ne pouvait pas se préparer trop d’avance.  On faisant tous les préparatifs à la salle paroissiale et le matin on transportait ça au bord de la mer.  Il y avait une pompe au bord de la mer alors on avait pas besoin de haler l’eau.  On installait un poêle et des grandes tables pour servir les repas.  Le monde était pas ben riche, alors il y avait toujours 2 tables… la table de viande où il fallait payer 50¢ et la table de 25¢ où on mettait pas de viande dans les assiettes.

La viande du pique-nique

Pour avoir de la viande au pique-nique, la paroisse achetait une pièce de bête (boeuf).  On la préparait toute la veille du pique-nique et la viande qui ne servait pas pour la table, on la vendait au monde la veille du pique-nique, ou s’il en restait on la vendait à l’encan la journée du pique-nique.

L’ “apple cider”

Pour faire de l’argent au pique-nique, on préparait toujours une grande quantité d’ “apple cider”.  Ceci était préparé d’avance et c’était bien populaire ce jour-là.

La crème glacée

Pour les enfants surtout, la chose la plus populaire du pique-nique c’était la crème glacée.  Il y avait une grande glacière près du presbytère et le Père Pierre-Paul Arsenault (le curé) avait bien soin d’avoir assez de glace dans la glacière pour assurer une quantité suffisante de crème à la glace cette journée-là.  Pendant l’hiver le curé faisait un frolic pour remplir la glacière.  Il fallait que ça soit de la glace d’eau fraîche, alors fallait aller à Wellington à cheval couper la glace sur la “pond” des Barlow.  On sciait des carreaux de glace à peu près deux pieds carré et on amenait ça dans la glacière en traîneau.  La glacière était remplie de ces gros blocs de glace entourés de “sang de scie”.  Cette glace se conservait vraiment bien et la journée du pique-nique on s’en servait pour faire de la crème glacée.  Le matin du pique-nique il y avait quelqu’un de nommer pour passer les maisons pour de la crème.  Tout le monde qui en avait en fournissait parce que c’était pour l’église.  Puis il y avait une machine à faire la crème glacée.  Un homme faisait tourner cette machine jusqu’à ce que la crème glacée fut prête; puis l’excitation commençait.  Une “batch” ne durait pas longtemps, et si on pouvait pas en avoir la première fois il fallait attendre pas mal longtemps avant qu’il y en ait une autre “batch” de prête.  Le dimanche avant le pique-nique le curé demandait aux enfants d’aller ramasser des petites fraises pour mettre sur la crème glacée et il y en avait toujours en masse.  Ceci était tout du profit net.  Même si les paroissiens étaient pas trop riches, on ramassait une belle somme d’argent car le monde était bien généreux.

Les jeux du pique-nique

La “striking machine”…  Ceci consistait d’une platforme de bois avec un gros poteau d’attacher dessus.  Il y avait un morceau de fer qui montait le poteau lorsqu’on frappait avec une grosse “masse” en bas du poteau.  Si on pouvait faire monter le morceau de fer jusqu’en haut, il y avait une cloche qui sonnait et on gagnait un cigar.  C’était une bonne place pour se faire des muscles et aussi pour prouver sa force auprès des autres.  Il y avait toujours beaucoup de filles alentour aussi, pas pour frapper le fer mais pour “watcher” les gars.  C’était un jeu qui allait toute la journée.

“Hit the nigger and get a cigar”…  Ce jeu consistait d’une toile attachée à l’arrière d’une “stand”.  Il y avait un trou dans la toile et il y avait des volontaires qui se “blackait” la face et se montrait dans le trou de la toile.  On payait cinq sous et on avait trois chances pour essayer de frapper le petit nègre qui était derrière la toile.  Ceux qui le frappait gagnait un cigar.

Les p’tits nègres…  Ceci était un autre jeu qui était bien populaire au pique-nique.  Il y avait cinq ou six petits nègres en bois attachés à une planche avec des pommes et si on en faisait tomber on gagnait des cigars.

Les Tignish

Les Tignish étaient d’une grande importance, la journée du pique-nique.  Le Père Arsenault était originaire de Tignish, alors il était toujours certain que les gens de par là viendraient s’il les invitait.  Ils venaient par train et les gens de Mont-Carmel allaient les chercher en “truck wagon”.  Il y avait toujours environ une centaine de personnes qui venaient de Tignish alors ça prenait pas mal de “truck wagons” pour les transporter.  Tous les “truck wagons” étaient décorés avec des branches d’arbres et c’était une moyenne excitation quand les Tignish arrivaient.  Le soir après le pique-nique il fallait aller les ramener en temps pour le train du soir à Wellington.

Les pound cakes

Pour les tables du pique-nique on faisait des gros gâteaux qui servaient à décorer les tables.  Ils avaient trois ou quatre étages de haut et ils étaient placés sur une “stand”.  Quand les repas étaient finis on vendait ces gros “pound cakes” à l’encan.  Là il y en avait pas mal d’hommes qui “feelait ben” car on n’oubliait pas de se faire de la bière pour le pique-nique…  Les “pound cakes” pouvaient donc rapporter une assez bonne somme d’argent.

Les Port Hill

Le Père Arsenault avait beaucoup d’amis partout sur l’Île.  Il y avait les Richard et les Yeo de Port Hill qui ne manquaient jamais les pique-niques de Mont-Carmel.  C’était “du monde de bien” et ils étaient bons pour “bitter” quand ç’arrivait le temps de vendre les “pound cakes” et le reste du manger des tables.  Des fois un des Yeo achetait un pound cake et il le remettait à vendre pour faire plus d’argent.

Les chicanes

Il se passait rarement un pique-nique sans qu’il y eut des chicanes.  Il n’y avait pas de polices dans ce temps-là alors les hommes les plus forts de la paroisse s’en mêlait pour faire la paix.  M. Gallant dit qu’il y avait plusieurs hommes qui étaient assez fort par ici, mais que toutefois c’était pas mal “rowdy” des fois.

Les galances

Les galances (manèges) étaient quelque chose de bien spécial surtout pour les enfants.  C’était bâti avec des planches attachées sur un gros poteau au milieu.  Ensuite il y avait des chaînes avec des sièges attachés au bout des chaînes.  Il y avait un cheval qui faisait tourner les galances en tirant sur un gros câble.  Le soir il y avait un beau chemin rond de tracé autour de la galance où le cheval avait tiré toute la journée.

Les danses carrées

Durant l’après-midi du pique-nique il y avait des danses carrées.  On construisait un “platform” avec des planches et c’était “great” pour danser.  Il y avait des violoneux en masse et on s’amusait bien!

La Marlèche

1980 par Contribution anonyme

 

Voici un conte traditionnel acadien assez bien connu dans la région Évangéline.  Il s’agit d’un conte d’animaux qui a diverti un grand nombre d’enfants pendant de nombreuses années.  Ce récit qui a ses sources en France, a probablement traversé l’océan avec les premiers colons venus se fixer en terre d’Acadie.  L’expression “marlèche” désigne dans le patois de la Saintonge (France), la femelle du merle.

La version ci-dessous est racontée par Mme Emilie Blacquière de Summerside.  Elle a appris ce conte à Maximeville de sa mère, Mme Marie Arsenault (1880-1955).  Il existe différentes versions de ce récit, parfois intitulé le conte de la Marlaise.

Georges Arsenault

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Une fois de même c’était une marlèche pis elle restait toute seule; elle était veuve.  Une belle journée elle dit:  “Gosh! la belle journée pour aller me promener visiter ma voisine.”  Ça fait qu’elle s’a habillée pis elle a parti.

Pis tandis qu’elle a été partie, il y a un chien Roubi qui l’avait vue se sauver.  Il a dit:  “Gosh! la Marlèche a été se promener, mois je vas voir, elle doit avoir des oeufs de cachés.”  So il a rentré dans la maison pis il a cherché pis il a trouvé un plein panier d’oeufs. Ah! bès il était-y fier!  Il a pris la poêle pis il a allumé le feu pis il s’a mis à faire fricasser des oeufs, pis il a fait fricasser des oeufs pis il en a fait fricasser.  Pis là, il s’a mis à manger, pis il a mangé, mangé, mangé jusqu’à temps qu’il était assez plein qu’il a tombé à terre pis il s’a endormi.  Pis dort, pis ronfle toute la journée.

Bétôt, il se réveille.  Il faisait presque noir.  Il a pensé:  “Faut que je prenne mes pattes pis que je cours au bois parce que si la Marlèche arrivait pis qu’elle me trouve icitte, elle me tuera!”  So il s’a sauvé.

Bétôt la Marlèche arrive pis gosh! elle a regardé sur le poêle, sa poêle était là, sale.  Il y avait des oeufs qu’aviont été fricassés.  Elle dit:  “J’avais pourtant pas laissé ma poêle sur le poêle!  Faut j’ialle voir à mes oeufs.”  Elle va voir à ses oeufs pis ses oeufs étiont toutes partis!  Pis là elle se met à pleurer:  “Tchirlippe, tchirlappe, tchirlippe, tchirlappe!” pis elle pleurait.  Bétôt un renard qu’a passé pis il a dit:  “Ma pauvre Marlèche, quoi c’que vous avez à pleurer?”  Elle dit:  “Je m’avais pondu des oeufs pour mon hiver pis j’ai eu le malheur d’aller me promener aujourd’hui et pis mes oeufs… quelqu’un qu’a venu icitte pis ils avont toute mangé mes oeufs!”

Well, le renard a dit:  “J’ai une idée qui c’qui ferait ça.  Il dit, j’ai vu un chien Roubi rôder alentour pis ils sont effrontés ces chiens Roubis-là pis je serais pas surpris c’est lui.”  Elle dit: “Asteur j’vas pas avoir d’oeufs pour mon hiver.”  Eh! il dit:  “Je sais comment c’que je pourrions peut-être faire pour l’attraper.  Si vous pouviez pondre d’autres oeufs pis je suis sûr qu’il reviendra pour d’autres.”

Ça fait que la Marlèche s’a assis sur son nique pour une couple de jours pis elle a pondu des oeufs.  Toujou’, un soir, le renard s’a caché pis il watchait asteur pour le chien Roubi.  Toute d’un coup le chien Roubi arrive pis le renard a sauté pis il l’a attrapé pis il a dit:  “In hein” je t’ai attrapé asteur, c’est toi qui a volé les oeufs de la Marlèche pis asteur t’es effronté assez pour venir en voler d’autres?  Là, asteur, j’allons te manger!”

-Ah! bès, il dit, si vous voulez pas me manger, il dit, je sais où c’qu’il y a des oeufs en masse.  Si vous voulez j’irai vous en chercher autant que vous en avez besoin pour votre hiver.

Ah! bès, la Marlèche a dit:  “Il est pas beaucoup gras, ça fait que si il veut aller nous chercher des oeufs, je le laisserons faire donc, je le laisserons vivre.”

Ça fait il a parti pis il a été su des fermiers où c’qu’il savait qu’il y avait des oeufs en masse.  Pis il a arrivé avec un plein panier.  Ah! la Marlèche était-y fière!  Le renard a dit:  “Bès, ça serait-y bon, il dit, si on avait du bon lard asteur pour manger avec ça.”  Le chien Roubi dit:  “Je sais où c’qu’il y a du lard assez.  J’irai en chercher.”

So il a parti pis il s’a rendu back su les fermiers pour chercher du lard.  Tandis ce temps-là les fermiers aviont manqué leurs oeufs pis ils se méfiont que c’était le chien Roubi qu’avait volé les oeufs.  Ils aviont des gros chiens à la cave.  Ils avont dit:  “Il a volé nos oeufs, il viendra chercher du lard pour aller avec.”  Bétôt, le chien Roubi descend à la cave pis quand il arrive à la cave, il y avait deux gros chiens là qui l’avont attrapé.  Pis là le fermier a descendu pis il a dit:  “C’est toi qu’a volé nos oeufs pis t’es effronté assez de venir voler du lard?  Asteur j’allons te tuer!”

Ils l’avont mené dehors pis ils avont attelé des gros boeufs à ses quatre pattes pis ils l’avont toute écharpi!

Ça fait la Marlèche, elle, elle a vi heureuse depuis.  Quand j’ai passé par là, elle était assis’ sur son nique pis elle chantait:  “Tchirlippe, tchirlappe, tchirlippe, tchirlappe, tchirlippe, tchirlappe. »1

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1  Tiré de la collection Georges Arsenault, enregistrement 666.

Une visite à Rustico

1980 par Louis Tesson

 

par Louis Tesson

Louis Tesson est né en 1856 à Saintes (Charente inférieure) en France.  En 1875 il passe aux Etats-Unis où il se lance dans le journalisme.  Il écrit également des romans dont Sang Noir, Un amour sous les frimas, Céleste.  En 1881 il est installé à Charlottetown.  Cette année-là il rédige quelques articles sur les Acadiens de Rustico qu’il publie dans le Messager de Lewiston (Maine).  Ces articles, dont celui ci-dessous, ont été reproduits dans Le Moniteur Acadien et L’Évangéline.

 

EN ACADIE

Rustico, comme tous les établissements acadiens, a un bon fonds de légendes et d’histoires, où le chroniqueur, le poète et le romancier peuvent puiser à loisir.  Il n’y a rien cependant ici qui rappelle les histoires de revenants, de sorciers, les maisons hantées, les vieilles superstitions qui faisaient en France la terreur de nos grands-pères et surtout de nos grand’mères.  Tout au plus mentionne-t-on, et M. Faucher de Saint Maurice, je crois, dans son charmant livre De tribord à bâbord, rapporte qu’autrefois les gens de Rustico, comme ceux de Gaspé, avaient cru entendre dans leur église des bruits étranges, comme des voix plaintives de trépassés demandant la sépulture.

À Souris, par exemple, on trouve du merveilleux.  Souris, une petite ville située sur la côte de l’île, doit son nom au fait que, sous l’occupation française, les souris infestaient cette partie du pays et y dévoraient sur pied toutes les récoltes, réduisant ainsi les gens à la famine.  On fit des prières publiques et on vit, paraît-il, les souris courir à la mer comme une armée en désordre et s’y précipiter jusqu’à la dernière.  Depuis, on n’en a plus entendu parler.  Le même fait se serait passé à Tignish, à l’extrémité nord-ouest de l’île.  Mais là, ce seraient des sauterelles à la place de souris.  Ce serait un peu plus croyable.  N’importe, acceptons la légende pour ce qu’elle est, plutôt que d’aller y voir.

Ces faits et d’autres sont consignés dans des relations de voyage fort intéressantes sur lesquelles j’ai pu jeter un coup d’oeil, grâce à l’obligeance du juge Alley, de Charlottetown, qui a rapporté de France une foule de copies de documents précieux pour la première période de l’Île-du-Prince-Édouard sous l’occupation française.  J’y ai lu des lettres autographes du Père de Calonne, frère du ministre de Louis XVI, et alors de Rustico.  Ce prêtre n’est pas le seul haut personnage que Rustico ait eu l’avantage de posséder.  On m’a conté qu’un jeune homme d’une très grande famille de France était venu à Rustico probablement à l’époque de la Révolution et s’était marié avec une native du pays.  À la Restauration, sans doute, il était retourné en France, où il vivait en grand seigneur.  Lui et sa femme moururent sans héritiers directs.  Les collatéraux qui auraient dû hériter sont encore à Rustico; ils ont fait des démarches mais trop tard.  On cite encore le cas d’un Français mort dans le Mississippi, laissant une fortune considérable que ses héritiers pauvres à Rustico n’ont pas su recueillir.  C’est un peu l’histoire de toutes les parties de  l’Amérique.  Que d’héritages ont été ainsi perdus à cause de la distance, des difficultés de communications, ou par l’ignorance ou l’incurie d’intéressés!

Pour en revenir au chapitre des superstitions populaires, j’ai été surpris d’en trouver si peu ici.  J’en citerai une en passant qui est fort innocente.  Avant d’aller se coucher, les jeunes filles mangent du hareng salé, avec l’espoir que la soif leur fera rêver que le jeune homme qu’elles doivent épouser leur offrira un verre d’eau.  Comme ailleurs, on se garde de renverser la salière ou de marcher sur la queue du chat; mais au fond, on y attache peu d’importance.

En ma qualité de Français, je n’ai pu m’empêcher de faire quelques observations que je vais souligner :

L’Acadien n’est pas chasseur.  Dans beaucoup de maisons, il n’y a pas de fusils.  Pourtant, en automne le bon gibier ne manque pas:  les canards, les oies sauvages, les crevans (brants) et tout l’hiver, de délicieuses perdrix.  Il y a ici, je crois, plusieurs espèces de champignons comestibles.  Tout au moins, j’ai vu sur le talus des routes et dans les prés de belles brunettes auxquelles personne touche et qui pourrissent sur pied.  Les chancres, ou crabes, les moules, peuvent croître et prospérer en paix :  c’est un trop maigre régal, paraît-il.  Les palourdes ou les “clams”, sont, au contraire, très recherchées.  On les retire, à marée basse, du sable de la grève où elles sont enfouies, à l’aide d’une pelle.  Je ne parlerai pas des grenouilles.  Ce mets si bien apprécié des fines bouches des grandes villes américaines, fait sourire de méfiance ou d’incrédulité.

Puisque nous en sommes sur la cuisine, j’ajouterai que l’Acadie est d’une grande frugalité.  Le pain de ménage qui ne se cuit pas par grandes fournées, mais par petites quantité presque journellement dans un petit four adapté au poêle de cuisine est d’une grande blancheur.  Le beurre fait par les ménagères est excellent et, comme chez les Anglais, compose une grande partie de l’alimentation.  Les femmes excellent à faire de la pâtisserie, des tourteaux de toutes sortes.  Les fruits sont assez rares, hors les fraises, les framboises sauvages et les “blueberries”.

Vous parlerai-je de la langue acadienne?  Elle est excessivement douce en général, surtout dans la bouche des femmes, et contraste singulièrement avec l’accent un peu rude et parfois bredouillant de certains Canadiens que j’ai entendus.  Remarquez bien que je ne suis pas de ceux qui prétendent ou veulent laisser croire qu’au Canada on parle le français mieux qu’en France, prenant le pays dans son ensemble, en ce sens qu’un Français peut voyager dans tout le Canada et comprendre partout la langue qu’on y parle, tandis qu’en France il n’entend rien à certains patois ou langues presque mortes, comme le provençal, le gascon, le basque, le basbreton, etc., bien que ces idiomes tendent à disparaître complètement bientôt, par suite du développement considérable de l’instruction publique en France depuis quelques années.  Voici un autre fait qui prouvera mon assertion.  Des Acadiens avec qui j’ai causé m’ont fait cette remarque :

- Nous vous comprenons bien mieux que d’autres Français qui sont venus ici.  Comment cela se fait-il?

- C’est bien simple, leur dis-je ; ces gens-là vous parlaient sans doute auvergnat, tandis que moi je prétends parler français, et je suis heureux que vous me compreniez.

Il ne faudrait pas croire cependant qu’on parle ici le français aussi purement que sur le boulevard des Italiens.  Il est même étonnant qu’une poignée de familles enclavée dans une population anglaise, ait pu conserver si longtemps sa langue.  L’anglais s’impose forcément et tous les Acadiens de l’île le parlent couramment; il est la langue du dehors, la langue des affaires, le français est la langue du foyer, de la famille et de l’intimité.  Elles se mêlent parfois d’une manière étrange.  Certains mots français se sont perdus et ont été remplacés par leurs équivalents en anglais.  D’autres, exprimant une idée ou une chose essentiellement anglaise, sont passés dans le français; enfin, une foule de verbes anglais se retrouvent en français avec une terminaison française.

Dans le vieux français ou le patois qui émaille le parler acadien, j’ai retrouvé une foule de mots qui me sont familiers et que j’ai entendus dans le patois saintongeais.  Une chose m’a frappé tout d’abord:  la prononciation aspirée du “g”, tout comme en Saintonge.  J’ai reconnu tout de suite comme de vieilles connaissances; l’égail pour la rosée, la “goule” pour la bouche, la “mare” pour la mer, la “bouillée”, le “mitant”.  Quand on m’a dit:  I s’avant émoyé de vous, j’ai compris qu’on s’était informé de moi.  Quand on m’a dit:  Huchez donc, j’ai gueulé de toute la force de mes poumons.  Les enfants braillent, ils ne pleurent pas, mais ce n’est pas plus agréable.  Il ne pleut jamais ici, mais il mouille parfois, ce qui fait compensation.  On ne porte ni vêtements, ni habits, mais des hardes.  Les pêcheurs deviennent pêcheux, sans qu’ils prennent plus de poisson pour cela, et les “drôles” font un bec à leur drôlesses, au lieu de les embrasser purement et simplement.

C’est tout; il n’y a pas dans l’acadien ces corruptions de français si fréquentes dans nos patois; par exemple, “dau” pour “du”; “â” pour “au”.  L’Acadien dit bien purement du pain et non dau pain; un oiseau et non in osia.  Les troisièmes personnes plurielles des verbes sonnent “ant”; le pronom “je” remplace “nous” fréquemment; “j’avons” pour “nous avons”.  Les passés définis des quatre conjugaisons sont en “is” indistinctement:  je mangis, je finis, je recevis, je rendis.  Avec cela, beaucoup de termes de marines; on amarre un cheval ou son soulier; on embarque dans une voiture; Mlle Eudoxie se grée, tout comme une corvette, pour aller au bal; son drôle (bon ami) ne démarre pas d’à côté d’elle de toute la soirée; il la pilote au bal, et les hommes tirent parfois une bordée.  On hale du bois à la maison, etc.

Quand je parle de patois saintongeais retrouvé dans le parler acadien, il n’y a pas lieu de s’étonner; car l’histoire de l’Acadie est là pour nous prouver qu’un bon nombre de Français partis pour l’Acadie étaient originaires de la Saintonge ou de la Rochelle et de l’île de Ré.  Citons au hasard des souvenirs de Champlain, né à Brouage, qui, je crois, passa nombre d’années en Acadie avant d’aller au Canada.  Les marchands et armateurs de la Rochelle ont été lontemps les fournisseurs de l’Acadie, et l’un d’eux organisa plusieurs expéditions et définitivement gouverna ce pays.  Rameau dit dans son histoire d’Acadie que les aboiteaux de la vallée du Port-Royal et de la Grand’Pré ont été faits à la suggestion des natifs de l’île de Ré qui avaient appris dans leur pays à disputer ainsi à la mer de fertiles terrains.  Il y a des noms acadiens qui se retrouvent fréquemment en Saintonge.  Sans aller plus loin, le nom de Poirier, par exemple, qui est celui de ma mère, est commun en Saintonge, mon pays natal, et je ne serais pas étonné d’avoir, de ce côté de l’Atlantique des parents – un peu éloignés, il est vrai.

Quoi qu’il en soit, mes chers cousins plus ou moins proches, je suis enchanté d’avoir fait votre connaissance, et nous recauserons de vous et de l’Acadie1.

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Le Moniteur Acadien, le 13 novembre 1891.

Faits intéressants

1980 par Contribution anonyme

Le premier Acadien à demeurer dans le village de Wellington fut monsieur Fidèle-T. Arsenault.  Il s’y installa en 1874 pour y fonder un magasin pour le compte de l’honorable Joseph-Octave Arsenault, alors député à la Législature de l’Île.  Peu après il y fut suivi par monsieur Joseph-E. Arsenault, ancien instituteur, qui devint chef de la gare du chemin de fer, poste qu’il occupa pendant plus de 30 ans.

La première école acadienne de l’Île fut ouverte à Rustico en 1815 par l’abbé Beaubien.  Le maître fut François Buote qui savait lire et écrire, et qui avait quelques notions d’arithmétique.  La classe se faisait dans le presbytère.

Baie-Egmont était jadis “La Roche”, Mont-Carmel, le Grand Ruisseau et Miscouche, la Belle Alliance.  Quels beaux noms!

Des nouvelles de partout

1980 par Contribution anonyme

 

La Société Historique Acadienne à Tignish

Le Club Ti-Pa accueillait dans son centre, le 30 mars dernier, la Société Historique Acadienne qui y tenait sa première rencontre régionale de l’année.  Plus d’une trentaine de personnes assistaient.  Au programme, plusieurs présentations.  Le président, M. J.-Edmond Arsenault parla brièvement des buts de la Société, Mme Avéline Peters expliqua le travail que fait la Société Historique de Bloomfield et Mlle Sylvia Arsenault fit un court exposé sur le projet de généalogie en marche au Musée Acadien.  M. Georges Arsenault de la SSTA présente la récente publication, Histoire de la pêche chez les Acadiens de l’I.-P.-É alors que M. Henri Gaudet donne une causerie sur l’oeuvre de l’artiste, feue Alma Buote.  De nombreux exemples du travail de Mme Buote étaient en exposition.

Le Musée Acadien entame un projet de généalogie

Grâce à un projet “Canada au travail”, l’Association du Musée Acadien, sous la direction de Soeur Marguerite Richard, est en train de monter un fichier généalogique très important.  Le projet consiste à mettre sur fiche le contenu des registres des paroisses acadiennes de l’Île pour les années 1812 à 1890.

Le travail terminé, le fichier sera une aide précieuse à toute personne qui s’intéresse au “défrichetage de parenté”.  On pourra désormais consulter rapidement, dans un même endroit, tous les registres paroissiaux acadiens.  De plus, chaque fiche sera classée en ordre alphabétique et la couleur de la fiche variera selon la paroisse.  Le fichier sera situé au Musée Acadien pendant l’été et au Couvent de Miscouche pendant l’hiver.

Le projet qui a permis l’embauche de quatre personnes a commencé au mois de novembre et se terminera en juin.

Ça grouille aussi à Rustico!

La paroisse de Rustico-sud a bénéficié au cours de l’hiver d’un projet “Canada au travail” qui lui a permis de faire les réparations nécessaires à la vieille salle paroissiale, construite en 1866-67.  On a pris garde de ne pas abîmer l’architecture de cet imposant monument acadien érigé sous la direction du Père Georges Antoine Belcourt.  Le projet a surtout permis de restaurer cette partie de la salle qui logea jadis la fameuse Banque de Rustico mise sur pied par le dynamique Père Belcourt.  Les anciens locaux de cette banque constituent aujourd’hui un musée géré par la paroisse.

Le projet a aussi permis l’embauche d’une historienne, Mme Ruth Brewer, qui eut comme tâche de recueillir toute l’information possible sur l’aménagement et le fonctionnement de la banque, et sur toutes les autres oeuvres du Père Belcourt.

Bravo gens de Rustico!

Indexation de l’Impartial

La SSTA, dans le cadre de son “Projet d’histoire et de culture acadiennes” est à faire indexer L’Impartial, journal acadien publié à Tignish de 1893 à 1915.

Le travail de l’indexation se fait au Centre d’études acadiennes de l’Université de Moncton où se trouve la seule collection, passablement complète, du journal.  Le travail a été commencé au début février par Mad. Gabrielle LeBlanc de Shédiac qui a dû démissionner à la fin mars pour prendre un emploi à temps plein.  Mad. Diane Lecouffe de Dieppe continue le travail qui prendra fin au mois de juillet.  À ce moment-là, il est prévu que la collection complète aura été indexée et toute l’information sera sur fiches.  La Société Saint-Thomas d’Aquin publiera cet index sous forme de livret.  Toute personne intéressée peut s’adresser à la Société.

Cet index sera un instrument de travail précieux pour toute personne qui s’intéresse à l’histoire, à la culture et à la généalogie acadienne.  Notons que le rédacteur-fondateur du journal, Gilbert Buote, était instituteur, historien et généalogiste!  Avec son fils Joseph, il a profondément marqué la vie acadienne de son époque.

Notons enfin que la collection de L’Impartial a été micro-filmée.  Jusqu’à présent il existe trois copies des micro-films à l’Î.-P.-É.

1)  Bibliothèque du Centre de la Confédération, Charlottetown;

2)  Robertson Memorial Library, Université de l’Î.-P.-É.;

3)  École Westisle, Elmsdale.

Noces d’autrefois

1980 par Contribution anonyme

 

Rustico

Les fêtes de noces apportent toujours avec elles assez de plaisirs et de divertissements, et ceux qui ont le bonheur d’en participer aiment à en parler, surtout quand ils ont passé des journées aussi agréables.

Mardi, le 7 du courant, M. Anselme Doucet conduisait à l’autel Mlle Valentine Blanchard, et ils furent unis par les liens sacrés du mariage, par le Révérend Père R.B. McDonald, curé de la paroisse.  Garçon et fille d’honneur étaient M. Ignace Doiron et Mlle Thérèse Blanchard.  Devant le même autel aussi M. Eusèbe Gallant s’unissait à Mlle Marie Doucet.  Garçon et fille d’honneur étaient M. S. Pitre et Mlle Marguerite Gaudet.

M. Doucet et la mariée Gallant étant frère et soeur les heureux couples se rendirent chez M. Doucet où les nombreux conviés s’assemblèrent pour offrir leurs souhaits aux mariés et fêter l’occasion avec toute la gaieté possible.

Après le somptueux déjeuner, selon les coutumes acadiennes la danse commença, et continua toute la journée, excepté le temps consacré aux délicieux repas.  On dansa aux accords du violon joué par M. Paul Poirier, qui, par son habileté et la haute réputation dont il jouit comme violoniste, rappelle surtout aux Acadiens, Michel du poème d’Évangéline.  M. Firman Gallant, bâton en main, choisissait ceux qui devaient remplacer les danseurs du moment; sous son habile direction pas un de ceux qui voulaient danser ne fut oublié et un frottement et battement de pieds continuels, mesurant la musique du violon, furent entendus avec plaisir par ceux qui avaient préféré prendre part aux jeux qu’on avait eu soin de procurer.

La nuit venue, chacun prit congé des mariés après leur avoir une fois de plus offert leurs souhaits de bonheur et de prospérité.

Le lendemain un grand nombre d’amis se réunirent chez M. Gallant et M. Moïse Blanchard, pour fêter doublement les heureuses noces et une autre journée fut passée avec beaucoup d’appréciation.  Nos meilleurs souhaits à M. et Mme Doucet et M. et Mme Gallant.

Un Ami

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Tiré de L’Évangéline, le 23 février 1893, p. 2.