Catégories: ‘La Petite Souvenance 2005 (No 19)’

L’Article II de la Convention contre le génocide

2005 par La Petite Souvenance

 

Dans la présente Convention, le génocide s’entend de l’un quelconque des actes ci-après, commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel :

(a) Meurtre de membres du groupe;

(b) Atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe;

(c) Soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner  sa destruction physique totale ou partielle;

(d) Mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe;

(e) Transfert forcé d’enfants du groupe à un autre groupe.

 

Illégalité de la déportation des Acadiens

2005 par Hon. Michel Bastarache

L’honorable Michel Bastarache

 

Photo: Philippe Landreville

L’Acadie a été cédée définitivement à l’Angleterre en 1713. Normalement, au plan juridique, il s’agissait d’une conquête, ce qui signifie que le droit privé existant aurait dû être préservé jusqu’à ce qu’il soit changé de façon régulière par les nouvelles institutions disposant du pouvoir législatif. Mais ce ne fut pas le cas. L’Angleterre va en fait considérer l’Acadie comme un territoire inhabité pour y introduire le droit anglais dans son ensemble dès 1719. En ce temps-là, et à toutes fins pratiques, la Nouvelle-Écosse était un régime militaire; en principe et en vertu de la prérogative royale, le Gouverneur et son Conseil légiféraient et exécutaient les lois. Ceci aurait pour effet d’exclure les Acadiens au plan social et politique, eux qui forment la grande majorité de la population, parce que le droit anglais introduit dans la colonie comprend toute une série de lois anti-catholiques qui créent des incapacités juridiques pour eux. Parmi ces lois, vous reconnaîtrez le Parliamentary Test Act de 1678 ainsi que le Conventicle Act de 1664. C’est dire que le droit privé français est évacué et que la population catholique est sans statut juridique et sans connaissance du nouveau droit en vigueur.

Le traité d’Utrecht ne protégera pas les Acadiens. Le régime seigneurial français relatif à la propriété foncière est toléré pour un temps mais les habitants sont invités à partir au Cap-Breton. Une lettre de la reine Anne va préserver la propriété des terres et permettre la pratique de la religion catholique. Mais le gouverneur Cornwallis ajoute bientôt que le droit de partir est limité à un an et que le droit de propriété est dorénavant sujet à la prestation du serment d’allégeance. Les biens de ceux qui partent sont d’ailleurs confisqués. Beaucoup d’auteurs modernes affirment que les décisions de Cornwallis et Murray étaient inconstitutionnelles.

De fait l’on va d’abord tolérer le refus de prêter le serment d’allégeance pour préserver la paix sociale. En 1730, le gouverneur Philipps obtient cependant l’allégeance en garantissant le statut de neutralité aux Acadiens. En 1749, tout bascule à nouveau. Dorénavant, on applique le droit anglais strictement. Les Acadiens ne peuvent pas être fonctionnaires. Un ordre de mobilisation annule le statut de neutralité. La religion d’État est imposée. Les ecclésiastiques ne peuvent pas tenir de charges publiques, même dans les écoles. Tout ceci est illégal parce que c’était contraire aux promesses de la reine Anne. Aucun tribunal n’est disponible pour assurer la règle de droit. Les bateaux des Acadiens sont confisqués, comme leurs armes. L’ordre de prêter le serment de fidélité est réimposé en 1755. Ceci aussi est illégal. L’ordre de déportation est aussi illégal notamment parce qu’il fut passé sans l’assentiment d’une assemblée législative.

Après la Déportation et le retour amorcé en 1758, et ceci jusqu’en 1784, la législation sera très répressive. La commission royale de Cornwallis va étendre l’application des lois anti-papistes anglaises à la colonie. Ceci veut dire que les déportés n’ont pas de droit de retour ou de récupération de terres et de biens, que ceux qui se sont réfugiés au Nouveau-Brunswick s’y trouvent illégalement. De nouvelles lois créant des incapacités juridiques pour les catholiques sont adoptées : ils ne peuvent pas tenir de terres et leurs biens seront confisqués. La résidence sera sujette au serment d’allégeance. Le clergé papiste est expulsé. Une loi de 1759 éteint tous les titres de propriété des Acadiens qui auraient pu encore exister.

Le régime commencera à s’estomper à partir de 1783. Et en 1784, le Nouveau-Brunswick sera créé, adoptant ses propres lois à partir de 1786. En 1791 le Nouveau-Brunswick éteint les lois de la Nouvelle-Écosse en vigueur sur son territoire, mais continue d’appliquer les lois reçues directement de l’Angleterre, y compris les lois anti-papistes. En 1769, l’Île-du-Prince-Édouard est créé. Son gouvernement n’opère qu’à partir de 1773. Elle continue d’appliquer les lois adoptées par la Nouvelle-Écosse jusqu’à ce qu’elles soient modifiées.

Les catholiques doivent donc encore prêter serment pour tenir des terres, se faire élire, etc. En plus, ils ne peuvent pas se marier parce que seule la religion anglicane est reconnue. En 1791 on commence à relaxer ces privations pour le mariage, puis en 1810 pour le vote, puis en 1829 pour le droit de tenir des charges publiques. En 1834 les prêtres catholiques peuvent à nouveau marier. bastaram@scc-csc.gc.ca

 

Déporter les Acadiens pour «protestantiser» l’Acadie

2005 par Fidèle Thériault

Fidèle Thériault

 

Les autorités britanniques acceptèrent très mal que leur colonie de la Nouvelle-Écosse soit peuplée de catholiques, et qui en surcroît, étaient de langue française. Mais, entre les deux, ce qui les dérangeait c’était surtout le fait que ces Néo-Écossais étaient en grande majorité de religion catholique. Dès la prise de Port-Royal en 1710, on proposa de déporter les Acadiens de cette ville et de les remplacer par des habitants de religion protestante.1Au milieu du XVIIIe siècle, le gouvernement britannique se mit sérieusement à la tâche pour changer le fait religieux de la Nouvelle-Écosse. Rappelons que le roi d’Angleterre était le chef religieux d’une religion protestante. Après avoir réglé le sort des Écossais catholiques en 1746 par le massacre de Culloden, il est fort à parier que le duc de Cumberland2 allait régler celui des Acadiens néo-écossais, même si cette petite Écosse se trouvait de l’autre côté de l’Atlantique. Pour lui, le problème de l’Acadie était simple : ses habitants étaient catholiques!

Le serment d’allégeance, que les autorités britanniques demandèrent à répétition, n’était qu’une tracasserie pour forcer les Acadiens à quitter la Nouvelle-Écosse ou à renier leur foi. Les Acadiens qui demeurèrent en Nouvelle-Écosse après le traité d’Utrecht en 1713 étaient devenus de jure des sujets de Sa Majesté britannique, sans obligation de prêter un serment d’allégeance. Rien dans le traité de paix ne mentionnait que les Acadiens devaient prêter un serment d’allégeance à la couronne britannique pour devenir sujet du roi. Les Acadiens qui naquirent sur le territoire de la Nouvelle-Écosse après 1713 étaient, de par leur naissance, des sujets naturels britanniques et n’avaient pas non plus à prêter un serment d’allégeance à la Couronne britannique pour le devenir.

La question de faire prêter un serment d’allégeance aux Acadiens en 1755 n’était qu’une pure propagande pour insinuer que les Acadiens n’étaient pas des sujets britanniques. Cela ne changeait cependant en rien la réalité des faits, car ils possédaient non seulement tous les droits légaux de sujets britanniques, mais également le roi de Grande-Bretagne se devait de les protéger. Si les Acadiens avaient contrevenu à une loi, ils avaient droit à un procès pour se défendre. Aucune accusation légale ne fut portée contre eux. Le fait qu’ils furent dépouillés de leurs biens au nom de « Sa Majesté » et déportés, sans qu’ils eurent à subir un procès en bonne et due forme, rend le gouvernement britannique, encore de nos jours, responsable d’un crime et d’une injustice flagrante. Les descendants des Acadiens de la diaspora ont donc droit en toute légalité à une réparation pour les torts et les préjudices qui ont été causés à leurs ancêtres par cette injustice. Un crime reste toujours un crime, et un crime n’est pas limité dans le temps.

Fait hors de tout doute, la question du sort des Acadiens était à l’ordre du jour du gouvernement britannique et du roi en 1746. Le sort des catholiques écossais venait d’être réglé, mais la guerre avec la France était en cours. Elle se termina en 1748 par le traité d’Aix-la-Chapelle. Il faut aussi tenir compte du fait qu’il y avait dans les Maritimes à cette époque, deux Acadies : l’une française (île Royale, île Saint-Jean et le territoire actuel du Nouveau-Brunswick), et l’autre anglaise (la Nouvelle-Écosse péninsulaire).

L’un des principaux conseillers du roi pour les affaires de la colonie néo-écossaise était sans contredit le gouverneur du Massachusetts, William Shirley. Avocat, né en Angleterre, il influencera énormément la politique coloniale britannique. Le 15 août 1746, il proposait au roi un plan pour assimiler les Acadiens à la religion protestante et à la langue anglaise. Il suggérait de bannir les prêtres catholiques et de les remplacer par des ministres protestants français, d’établir des écoles protestantes anglaises pour les jeunes Acadiens, et de récompenser les renégats acadiens qui enverraient leurs enfants à l’école anglaise. Selon Shirley, le succès de ce plan ferait que la majorité des Acadiens deviendraient, au cours de la génération suivante, « de vrais sujets protestants ».3 Voilà toute la question. Les Acadiens, étant de religion catholique, ne pouvaient pas être de vrais sujets britanniques. C’était une question de religion.

Shirley réitéra au roi sa proposition le 21 novembre suivant, et encore de concert avec le gouverneur de Louisbourg, Charles Knowles, le 28 avril 1747. Le 8 juillet 1747, Shirley ajouta à son plan de déporter en Nouvelle-Angleterre les Acadiens de Beaubassin et de les remplacer par des habitants protestants. Les Acadiens de la grande région des Mines et d’Annapolis Royal seraient ainsi coincés entre la garnison militaire de Port-Royal d’un côté et d’un établissement anglo-protestant de l’autre. Avec les mariages qui se feraient entre les deux groupes, la plupart des Acadiens deviendraient des Anglo-protestants au bout de deux ou trois générations.4 Ce plan fut accepté par le roi et son secrétaire en fit part à Shirley dans une lettre en date du 3 octobre 1747. Cependant, on lui proposa de planifier une stratégie pour réaliser ce plan en temps opportun. Le 18 février 1748, Shirley avisa le roi que celui-ci avait trois choix : (1) assimiler les Acadiens; (2) les laisser tels qu’ils étaient; (3) les déporter. Cependant, il avertit que cette dernière option aurait des conséquences très dangereuses et devrait, si possible, être évitée.5

Le gouverneur Mascarène était du même avis. Malgré ces mises en garde, Londres choisit d’aller avec les plans 1 et 3, même si Shirley déconseillait fortement le dernier. On déporta les Acadiens en les dispersant en petits groupes parmi les populations anglo-protestantes de la Nouvelle-Angleterre pour qu’ils soient assimilés et qu’ainsi le peuple acadien et sa culture disparaissent à tout jamais de l’Amérique du Nord. Selon l’ONU et les lois actuelles du Canada, il ne s’agissait pas seulement d’un « nettoyage ethnique », mais d’un génocide.6

En 1748, Lord Halifax accéda à la présidence des « Lords of Trade », organisme responsable de la colonie de la Nouvelle-Écosse auprès du gouvernement britannique. Très près du duc de Cumberland et de Fox, ce trio était très puissant à Londres. Le premier acte sérieux de la « protestantisation » de la Nouvelle-Écosse fut la fondation de Halifax en 1749 avec l’arrivée de milliers de colons protestants, surtout étrangers, qui venaient en grande partie de l’Allemagne et de la Suisse. À ceux-ci s’ajouteront les protestants français de Montbéliard. Aucun catholique, et encore moins Acadien, ne fut invité à s’établir dans ce nouvel établissement. Le duc de Cumberland enverra en Nouvelle-Écosse des personnes qu’il connaissait personnellement et sur qui il pouvait compter pour arriver à ses fins. Nommons entre autres : Edward Cornwallis, Charles Lawrence, Robert Monckton et Richard Bulkeley.

En 1752, Lunenburg sera également fondé par des protestants. Ces protestants étrangers n’auront pas à prêter un serment d’allégeance pour devenir des sujets britanniques7 et aussi de jouir de tous les droits légaux réservés à ces derniers. Ils se révolteront au mois de décembre 1753 et les leaders de cette rébellion eurent droit à un procès. Ils ne seront pas déportés, et leurs biens ne seront pas saisis au profit de la couronne pour leur acte de sédition.8 On avait bien là une justice de deux poids deux mesures.

Ne pouvant pas attendre une ou deux générations, comme le proposait Shirley pour assimiler et se débarrasser des Acadiens, Londres opta pour le court terme et passa à la troisième partie du plan en 1755, la déportation des Acadiens. Shirley, ne voulant pas être impliqué directement dans ce crime d’État, alla se cacher avec son régiment et ne revient au Massachusetts qu’une fois la première vague de la Déportation terminée. N’oublions pas que Shirley était un avocat et connaissait bien la loi et les droits des Acadiens en tant que sujets britanniques. Londres envoya le vice-amiral Boscawen et le contre-amiral Mostyn organiser la Déportation. La lettre de Lawrence à Winslow du 30 septembre 1755 le prouve très bien. Boscawen avait préséance sur Lawrence. Les Acadiens devant être déportés en Caroline du Nord sous la garde du navire de guerre du capitaine Diggs, iront à Philadelphie. Boscawen en a décidé ainsi. C’est lui qui avait le dernier mot. Aussi, lorsqu’il arriva en Angleterre au mois de novembre 1755, Boscawen fut accueilli en héros, comme le « Sauveur de l’Amérique ».9 Il apportait au roi et aux « Lords of Trade » la nouvelle que la déportation des Acadiens était organisée et bien enclenchée en Nouvelle-Écosse. Il fut à même de témoigner que Charles Lawrence et Robert Monckton y avaient tous deux grandement contribué. On s’empressa alors de récompenser ces deux derniers en les nommant respectivement au poste de gouverneur et de lieutenant gouverneur de la colonie. Il est fort à parier que ces deux promotions leur avaient été promises, si ceux-ci réussissaient à vider la Nouvelle-Écosse de sa population acadienne.

Ce sera ensuite au plus haut représentant du roi en Amérique du Nord, le général Jeffrey Amherst, de superviser la déportation des Acadiens jusqu’en 1763. C’est sous sa responsabilité que se fera la déportation des Acadiens du Cap-Breton et de l’île Saint-Jean (Île-du-PrinceÉdouard) en 1758 et le massacre du village de la Pointe-Sainte-Anne (Fredericton) en 1759. Lors de la signature de la capitulation de Montréal en 1760, Amherst s’objecta officiellement à l’arrêt de la déportation des Acadiens.

En 1758, le gouvernement de la Nouvelle-Écosse interdit, par une législation, à tous catholiques le droit d’être propriétaire foncier et interdisait sous peine d’emprisonnement à tout prêtre catholique le droit de séjour sur tout le territoire des provinces Maritimes. Seuls les protestants avaient droit à leur religion et à des concessions de terre ou à l’achat de propriétés fonci res.10

La déportation des Acadiens de l’Acadie fut l’oeuvre des autorités britanniques de la plus haute instance. En conséquence de la déportation de 1755, les Acadiens passèrent de l’état de majoritaire à celui de minoritaire dans les provinces Maritimes. Si la déportation des Acadiens n’avait pas eu lieu, la population des provinces Maritimes serait aujourd’hui majoritairement française, et les Acadiens n’auraient pas à dépenser autant d’énergie pour revendiquer leurs droits et les faire reconnaître légalement.

 

1          « It will be necessary to transport all the french from the country (save such will come over to the protestant religion) so it would be for the advantage of  the Crown… and in their places familys sent over from Great Britain or Ireland (if protestants) ». Mémoire du Conseil de guerre de Port-Royal, le 14 octobre 1710, Le Canada-Français,1888, p. 150.

2          William Augustus, deuxième fils du roi George II, et chef des armées britanniques. Il fut désigné le «Boucher de Culloden» après le massacre du 16 avril 1746, où hommes, femmes et enfants d’Écossais catholiques furent tués sans merci. N’oublions pas que le colonel Monckton rebaptisa le fort Beauséjour «Fort Cumberland» après la capitulation du 16 juin 1755, signe avant-coureur de la déportation des Acadiens.

3          Shirley au duc de Newcastle, le 15 août 1746, « true protestant subjects »;  Francis Parkman, A Half Century of Conflict, vol. II. p. 322-323.

4          Archives de la Nouvelle-Écosse, vol. 13 A, No 27, transcription. Shirley au duc de Newcastle, le 8 juillet 1747.  « The greatest of it (Acadiens), might in two or three generations become English protestants ».

5          Ibid. vol. 13, No. 45, transcription. Shirley au duc de Bedford  «…or else to remove them which would be attended with very hazardous consequences, and should be avoided, if possible ».

6          ONU : «Aux fins du présent Statut, on entend par crime de génocide l’un quelconque des actes ci-après commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux». Lois du Canada: «Génocide, Fait – acte ou omission – commis dans l’intention de détruire , en tout ou en partie, un groupe identifiable de personnes».

7          Ils le seront légalement seulement après avoir demeuré sept années consécutives en Nouvelle-Écosse.

8          À ce sujet, voir Winthrop P. Bell, The « Foreign Protestants » and the Settlement of Nova Scotia.

9          W. A. B. Douglas, Edward Boscawen, Dictionnaire biographique du Canada, vol. III, p. 75.

10        Michel Bastarache, «Droits linguistiques et culturels des Acadiens de 1713 à nos jours», dans Les Acadiens des Maritimes, 1980, p. 380.


St. Paul’s Church (Halifax), érigée en 1750, la plus vieille église protestante du Canada. Charles Lawrence y est inhumé depuis le 23 octobre 1760.   (Photo : Archives de St. Paul’s Church)

À propos de la Proclamation royale canadienne publiée le 9 décembre 2003

2005 par Achille Hubert

Achille Hubert

 

La Proclamation royale canadienne, préparée par les ministres Sheila Copps et Stéphane Dion constitue une manoeuvre délibérée pour fourvoyer le peuple acadien. En effet, cette proclamation n’a de royale que le nom puisqu’elle n’a pas été signée par la reine du Royaume-Uni. Le serait-elle qu’elle ne deviendrait pas davantage un document officiel possédant une signification profonde puisqu’on ne fait que reconnaître les faits qui sont survenus au cours des années 1755 à 1763 alors que les Acadiens, hommes, femmes et enfants, furent violemment capturés, embarqués de force dans des bateaux de fortune et ultimement séparés et largués au gré des flots. Des milliers d’entre eux sont morts en mer, noyés dans des naufrages. Bien plus, les Anglais ont confisqué leurs maisons, leur bétail, leurs terres alors que le pays acadien était à cette époque l’un des plus riches du continent nord-américain.

Reconnaître les faits ne constitue aucunement un aveu d’une faute commise et la promesse d’une réparation. La couronne canadienne d’aujourd’hui c’est-à-dire Élisabeth II en tant que reine du Canada (personne morale constitutionnellement différente de Élisabeth II, reine du Royaume-Uni) n’a aucune responsabilité face à la déportation des Acadiens. Ladite proclamation, ayant été faite par la couronne canadienne, constitue à sa face même un mensonge et un passe-passe inacceptable tant par les Acadiens que par tous les Canadiens.

Récemment, le gouvernement canadien a indemnisé les familles de citoyens canadiens d’origine japonaise dont les propriétés avaient été saisies par le Canada durant la Deuxième Guerre mondiale. Il était du devoir du Canada de le faire ainsi puisque ce fut le premier ministre de l’époque qui avait commis ce crime à l’encontre de citoyens canadiens d’origine japonaise. Pour ce qui est de la déportation des Acadiens, c’est le roi George II et son conseil privé de l’époque qui ont commis le crime de génocide à l’encontre des Acadiens devenus citoyens britanniques en 1710, c’està-dire 45 ans avant leur cruelle déportation (1710-1755). C’est la couronne britannique, c’est-à-dire Élisabeth II, reine du Royaume-Uni, et son gouvernement, qui auraient dû faire ladite proclamation dans laquelle Sa Majesté Britannique aurait avoué sa responsabilité historique pour ce crime abominable commis par les responsables anglais de l’époque.

Tout crime mérite que les responsables le reconnaissent, demandent pardon et accordent des mesures de réparations.  Les torts matériels causés au peuple acadien furent énormes et en valeur monétaire d’aujourd’hui, cela représente des  milliards de dollars. La couronne britannique, si elle  avouait ce crime et le reconnaissait comme tel, devrait  offrir une compensation monétaire aux Acadiens par  l’entremise de la Société Nationale de l’Acadie qui l’utiliserait pour créer une fondation destinée à supporter l’éducation  et la culture des Acadiens du Canada et de la  Louisiane. La Proclamation royale canadienne, telle qu’elle a été publiée (le 9 décembre 2003) et rendue publique (le 10  décembre 2003) n’est qu’une coquille vide. Elle vise à jeter de la poudre aux yeux des Acadiens et à leur faire oublier les torts réels causés à leurs ancêtres, torts qui se répercutent encore aujourd’hui dans le psyché acadien et canadien.

Il faut tout recommencer mais cette fois en procédant de  la bonne manière. En terminant, je me joins cette année aux  Acadiens et Acadiennes des Îles et du monde entier pour  commémorer le 250e anniversaire de la Déportation, en  attendant que la couronne britannique cesse de faire fi des descendants de ses anciens sujets acadiens non seulement dispersés mais disparus dans de nombreux naufrages et dont les biens ont été confisqués avec impunité par les Anglais.

L’île Saint-Jean et la Déportation de 1755

2005 par Georges Arsenault

Georges Arsenault

 

La déportation des Acadiens, entreprise par les Britanniques1au cours de l’été de 1755, a eu un impact considérable sur la colonie de l’île Saint-Jean. Elle a dû accueillir en catastrophe quelque deux mille Acadiens qui ont réussi à échapper aux militaires britanniques1.Rappelons-nous que l’îleSaint-Jean, comme l’île Royale, était toujours une colonie française en 1755,alors que l’Acadie continentale (la Nouvelle-Écosse péninsulaire) vivait sous le drapeau britannique depuis1710. Quant au territoire qui constitue aujourd’hui le Nouveau-Brunswick, la France et l’Angleterre s’en disputaient l’appartenance depuis le traité d’Utrecht de 1713.

Les réfugiés qui arrivent à l’île Saint-Jean en raison de la Déportation de1755 retrouvent des centaines de leurs compatriotes qui avaient abandonné leurs terres en Acadie anglaise à la suite de la guerre de 1744-48. D’ailleurs, en raison de cette première migration importante, la population de l’île avait quadruplé en six ans, passant de 735 à 2 969 habitants entre1748 et 1755. Un grand nombre de ces nouveaux arrivants se présentaient avec leurs biens et leurs animaux, alors que d’autres étaient grandement démunis manquant de quoi se vêtir et se nourrir et nécessitaient l’aide du gouvernement pour recommencer à neuf.

Malgré de mauvaises récoltes pendant plusieurs années et des temps de misère, les colons réussissent tranquillement à améliorer leur sort à tel point qu’au printemps de 1755, les administrateurs de l’île Saint-Jean prévoient même que la colonie pourra désormais se passer des rations fournies par Louisbourg et Québec2. Ils pensent donc avoir surmonté la période critique dans laquelle la colonie se trouvait depuis six ans.

Cependant, l’arrivée d’un très grand nombre de réfugiés acadiens, à compter de l’automne 1755, jette à nouveau la petite colonie insulaire dans un état de crise. Celle-ci s’avère bien pire que l’exode précédent (1748-1754), car beaucoup de ces nouveaux réfugiés arrivent presque complètement démunis. Ils fuient à la hâte leurs villages pour éviter d’être pris par les militaires britanniques qui s’amènent et incendient leurs maisons, leurs granges et leurs récoltes. On estime qu’environ deux mille de ces réfugiés acadiens auraient traversé à l’île en 1755-56. Mais les ressources pour les ravitailler manquent de sorte qu’un grand nombre retourne à la terre ferme et se rend à Miramichi. De plus, le commandant de l’île Saint-Jean, Gabriel Rousseau de Villejouin, envoie à Québec beaucoup de personnes malades et inaptes. Dans une lettre au ministre de la Marine, le 26 novembre 1756, le commissaire ordonnateur à Louisbourg, Jacques Prévost, écrit : 

La situation générale de la colonie [...] ne m’a pas permis de faire passer a l’isle St jean tous les secours que m’a demandé M. de Villejouin, et dont il a reellement besoin pour faire vivre et pour couvrir cette multitude de refugiés qu’il a recu depuis un an. Il luy en reste encore quatorze cents independament de tous ceux qui ont retournés a miramichi, et de ceux que ce commandant a fait exporter en Canada.3

Ces réfugiés viennent d’abord des régions de Beaubassin et de Cobequit. Parmi les malheureux qui arrivent à l’île à la fin octobre, il y a un groupe d’une centaine de femmes de Beaubassin dont les maris avaient été pris par les soldats et déportés en Géorgie. De leur cachette, l’abbé François Le Guerne conduit les femmes et leurs enfants à l’île avec plusieurs autres réfugiés :  Par bonheur pour l’accomplissement de ce projet écrit-il, il se trouvait parmi elles plusieurs jeunes gens, des vieillards et cinq ou six hommes échappés de Beaubassin.4  L’été suivant, il y a même seize personnes revenus de la Caroline du Sud, où ils avaient été déportés l’automne précédent, qui traversent à l’île en passant par Cocagne5. Parmi ces gens se trouve la famille de Félix LeBlanc et de Marie-Josèphe Thériot (voir article de Earle Lockerby dans la présente édition 2005). D’autres réfugiés arrivent de Halifax où ils avaient été fait prisonniers.

Tous ces réfugiés réussissent à s’esquiver à l’île grâce à plus de trente  bateaux que le commandant Villejouin nolise et envoie à Cocagne et à Tatamagouche. Ils appartiennent principalement à des Acadiens de l’île Saint-Jean. Parmi les capitaines qui font plusieurs voyages, mentionnons Abraham Dugas, Joseph Dugas, Amant Bujeau, Pierre Gautier, Pierre Gravois, Charles Gallant, Joseph Richard et Jean-Baptiste Le Marquis.Dans ces voyages sur « la Mer Rouge », ils transportent non seulement des passagers mais aussi une grande quantité de bétail et des provisions alimentaires qu’ils réussissent à sauver avant que l’ennemi n’en prenne possession6 Le commandant emploie aussi de nombreux Mi’kmaq pour obtenir et transporter des provisions pour la colonie en crise7 . Les traversées ne se font pas sans danger dans le détroit qui est patrouillé par des navires anglais.

Au cours de l’hiver de 1756-57, les provisions disponibles pour ravitailler les quelque 1 400 exilés sont minces.  Les récoltes ont été mauvaises et afin de prévenir une plus grande crise dans l’avenir, les autorités interdisent aux habitants de tuer le bétail et les moutons pour se nourrir. Villejouin doit alors limiter la ration mensuelle à 20 livres de farine, 10 de légumes, 12 de boeuf et une livre de beurre ou un pot de mélasse par famille8 . [Correction : « par famille « ] Selon sa propre évaluation de la manière dont il avait géré la crise, aucun réfugié ne serait mort de faim et de froid. Voici ce qu’il écrit au ministre responsable des colonies le 8 septembre 1758 :

 … il y a trois ans, Monseigneur, que les derniers réfugiés sont sur l’Isle, il leurs a fallu essuyer bien des pertes et bien des fatigues pour s’y rendre, et rendu ils se sont trouvés pour ainsy dire, dénués de tout secours, la disette de vivres et de vêtements les a accompagné sur l’Isle, je n’avais que très peu de chose à leurs distribuer, mes distributions n’ont été que minces et ce n’est qu’en les rendant fréquentes que je suis parvenu à ne voir mourir personne de touttes ses misères9.

En fondant la colonie de l’île Saint-Jean en 1720, la France souhaitait y attirer les cultivateurs acadiens pour que l’île deviennent le « grenier » de Louisbourg. Ce n’est que 29 ans plus tard que les Acadiens, se sentant de plus en plus en danger en Nouvelle-Écosse et pressés par les autorités françaises, ont commencé à émigrer dans l’île en grand nombre. Avec le déclenchement de la Déportation en 1755, leur nombre augmente de beaucoup et malgré qu’ils arrivent dans des circonstances très difficiles, il y a espoir que les choses vont bientôt s’améliorer et que la colonie pourra prospérer pour enfin remplir le rôle qu’on lui avait souhaité vis-à-vis de la ville forteresse de Louisbourg. C’est du moins ce que laisse entendre le gouverneur de la Nouvelle-France, Pierre de Rigaud de Cavagnial, marquis de Vaudreuil, dans une lettre qu’il écrit au ministre, au mois d’août 1756, où il parle du commandant Villejouin qui s’emploie à amener sur l’île des Acadiens qui se trouvent encore en Nouvelle-Écosse :

Il a du monde en campagne sur les terres de l’accadie qui travaillent aussy à en ramasser. Il espère tirer encore des bons habitants du côté de Cobéquit, des Mines et de péjéguit qui sont aises en bestiaux et en argent, lesquels joints à ceux qu’il a, seront suffisans pour former de bons établissements sur l’isle St. Jean10.

Malheureusement, l’île Saint-Jean n’aura pas la chance de se remettre de sa crise et de connaître la prospérité. Avec la prise de Louisbourg, le 26 juillet 1758, le sort des quelque 4 600 habitants de l’île Saint-Jean est décidé. Ils doivent être expropriés de leurs terres et déportés vers la France. Environ 3 000 sont effectivement exilés parmi lesquels se trouve un grand nombre de ceux qui avaient réussi à éviter la Déportation de 1755. D’autres réussissent encore à s’évincer des soldats britanniques(11). Ils seront de ceux qui se retrousseront les manches dans les années qui suivront pour rebâtir l’Acadie sur les côtes du golfe Saint-Laurent.

 

1          Je désire remercier Sally Ross et Earle Lockerby qui ont aimablement lu et commenté cet article. Leurs suggestions m’ont été très utiles.

2          Barbara M. Schmeisser, Building a Colonial Outpost on Ile St. Jean Port La Joye, 1720-1758, Halifax, Parcs Canada, 2000, p. 58.

3          Lettre du 26 novembre 1756 de Jacques Prévost au ministre de la Marine, Archives des colonies (France), C11B, vol. 36, p. 158-164.

4          Letttre citée par H.-R. Casgrain dans Une Seconde Acadie, Québec, 1894, p. 317-318.

5          Lettre du 7 août 1756 de Vaudreuil au ministre de la Marine, Archives des colonies, C11A, vol. 101, p. 84-87v.

6          Schmeisser, op. cit., p. 61, 145-148.

7          Schmeisser, op. cit., p. 64.

8          D. C. Harvey, The French Régime in Prince Edward Island, New Haven, 1926 (AMS Edition, New York 1970), p. 183.

9          Lettre du 8 septembre 1758 de Gabriel Rousseau de Villejouin, commandant de l’île Saint-Jean au ministre de la Marine, Archives des colonies, C11B,
vol. 38, p. 165-167.

10        Lettre du 7 août 1756 de Vaudreuil au ministre de la Marine, loc.cit.

11        Earle Lockerby, « The Deportation of the Acadians from Ile St.-Jean, 1758 », Acadiensis, vol. XXVII, no 2 (printemps 1998), pp. 45-94.


 

 

Félix LeBlanc – Milicien, Activiste, Aquadient

2005 par Earle Lockerby

Earle Lockerby

 

For some years, and particularly from 1749 to 1756, Île Saint-Jean was viewed by many residents of British dominated Acadia as a refuge – a place still under the French crown to which they could relocate. The founding of Halifax in 1749, the erection the following year of Fort Edward at Pisiquid (Windsor) and the subsequent fortification of the Isthmus of Chignecto, by both the British and the French, created tensions and political uncertainty for many Acadians. Matters were not helped by disagreements over the location of the boundaries of Acadia. Census and other records suggest that roughly 3000 Acadians chose to move to Île Saint-Jean. For the vast majority of these migrants, little is known of them as individuals, other than what is provided by census data and parish records. For many of them, however, not even these kinds of records (where indeed they have survived) reflect their residency on Île Saint-Jean. There are a few exceptions wherein either surviving court documents or petitions to the crown do provide interesting glimpses into the lives of such individuals. One such person is Félix LeBlanc who arrived on Île Saint-Jean in 1756.

In 1774, sixteen years after being deported from Île Saint-Jean to France, Félix, by then a resident of Châtellerault, France, sent a petition to the French King. He requested compensation for his services to the King during the last eight or so years of his time in North America, and for the personal burdens and sacrifices attending his service and loyalty to the King. The three-page petition, including one page recording the names of twenty-five Acadians supporting the petition, is quite difficult to read on account of the style of handwriting, orthography, phraseology and the fact that some words or portions of words are apparently missing as a result of damage to one edge of the original document.(1) The document, in transcribed form, is as follows :

Suplie – Et remontre trés humblement felix leblanc fil de Claude et de Jeanne Dugas agée de 53 ans originaire de la paroisse de St. Charles diosse de quebec, de present demeurant En Chattellerault.

Disant que le pere de son pere Etoit natif du port royal de l’accadie Et le pere de ce dernier Etoit françois et que lors du siege de Beausejour fait par les ennemis de là il fut fait par son Experience Enseigne avec Brevet pour le commandement de milices pour mille accadiens de ce poste. il fut fait Espion a la [ ? ] des accadiens, il fut Envoyé premierement aux mines par ordre de monsieur la corne, y remplit Son devoir deux autres voyages sous le même commandement avec reussite quoique Echapé de la voye de (? l’ennemi). Et de 50 hommes le poursuivant Et se retira à la faveur de la nuit il fut outre commandé pour quebec. Son zele pour son prince et les obstacles n’etoient que fleur au suppliant. Et a quebec il fut chargé des paquets de sa Majesté qu’il a raporté a monsieur Vergor commandant a Beausejour avec reussitte sy le suppliant avait Eu l’Ecriture et le loisir d’un Journal, if Serait flatté de sa conduitte Et declaré vrais françois il fut [ ? ] aux pont Buot avec 40 hommes a un passage il s’aquitta de son devoir et de Sa prudence ils firent 20 prisonniers ou plus et on tuez 20 a 22. Ensuitte il fut avec la compagnie ou il Etait sous le commandement de monsieur paul d’aigre au siege que l’enemy de l’etat fit et y fit fasse sans blessure apres 18 a 20 joursil fallut Se rendre.

Il a Eté prisonnier de guerre pour recompense Et sacrifié saisi transferé par les anglois a la Caroline de ce lieu il deserta avec sa famille qu’il prit sous sa conduitte a la riviere Saint Jean ou il Joignit les francais commandé par monsieur Boisbert Ensuitte monsieur Boisbert leurs accorda permission de se retirer a L’Isle Saint Jean ou ils ont demeurés. Il se ressent des peines et fatigues de toutes les miseres ou il a Eté reduits et [ ? ] dont il en est fort incommodé. Le suppliant fut Commandé pour le roy par monsieur Villejouin pour L’Isle Royalle Et sa mission Etoit Courrier puisqu’il portoit les paquets a leur Destination apres Ses fonctions il fut renvoyé a L’Isle St. Jean. Le siege de louisbourg fait avec reussitte et il a Eté du nombre des prisonniers d’Etat et passé a Boulogne En mer dans le parlementaire Le Neptune.

Sy recompense ou gratification doit Etre a un bon sujet Et dont son corps se ressent de grande incommodité, le suppliant par la verification et les temoins qui sont denommez cy dessus pour temoignage de la verite doit anisy recompensé. C’est pourquoy Monseigneur Soyez de votre grace Specialle, propice et Son vray Remunerateur il ne [assurera ?] et Sa famille de prier dieu pour votre precieuse Santé Monseigneur. de votre trés illustre famille Et de la maison Royalle et a signé Ce qui Chattellerault

Le 29 9bre 1774                               Felix Leblanc, aquadient

Because Félix identified his parents (Claude LeBlanc and Jeanne Dugas), we know how he fits genealogically into the LeBlanc family.(2) His father was a first cousin of Acadian patriot Joseph LeBlanc dit Le Maigre, the most renowned, some would say notorious, LeBlanc of his time.(3) Born at Grand-Pré in 1719, Félix had apparently relocated by 1749 or 1750 to the Chignecto region. The outline of his service, as presented in the petition, is obviously not totally in chronological order.

Félix mentions serving as a spy under M. La Corne. The latter was in Acadia only from late 1749 until late 1750 and during this time organized militia units in the Chignecto region. On two occasions in 1750 Louis La Corne (known as Chevalier La Corne) and his troops also engaged in hostile action against Charles Lawrence who was sent to the area to build a fort. In the spring of that year Lawrence was driven off, but in the fall returned to successfully establish Fort Lawrence. Félix’s close encounter with 50 British soldiers would likely have occurred sometime over the next several years when skirmishes occasionally occurred between British troops and French forces or their Mi’kmaq allies. Louis Du Pont Duchambon de Vergor took over the command of Fort Beauséjour in the latter part of 1754, so Félix’s trip to Québec would have been some time between then and the commencement of the siege of the fort at the beginning of June of the following year. During the siege, Félix was one of several hundred Acadians of the region who took up arms against the British – some defended the fort from within, while others went on the attack against British soldiers in the countryside. The majority did so indifferently and unenthusiastically. A firefight occurred at Pont-à-Buot between the British besiegers and French defenders on June 4, 1755 as a prelude to the taking of the fort.

The claim of 20 or more British soldiers having been taken prisoner and 20 to 22 killed is a gross exaggeration. A total of seven journals have survived, all written by officers who were present – four British and three French. All are unanimous on the number of British soldiers taken prisoner – a grand total of one throughout the two weeks (not 18 to 20 days, as indicated by Félix) during which the campaign lasted. As for the number of British soldiers killed in the campaign, the journals are less consistent. Nevertheless, it would appear that British losses were no less than two and no more than five, including the one man who had been taken prisoner – he died accidentally as a result of a British bomb striking the casement in which he was being incarcerated.

Paul Daigre, under whose command Félix served for at least part of the siege at Fort Beauséjour, himself had close connections to Île Saint-Jean. He appears to have settled at Malpec about 1750 and was living there in 1752 at the time of Sieur de la Roque’s census. Census records for Aulac during the winter of 1754-1755 show that he was by then living in the Chignecto region. Since considerable numbers of residents of Chignecto were in those years relocating to Île Saint-Jean to get away from political and military tensions and uncertainty, it is quite possible, or even probable, that Daigre moved in the reverse direction specifically to play a role in the British/French conflict.

Félix and his family (wife, Marie-Josèphe Thériot, and at least two children) were, according to his petition, among those deported to Carolina in the aftermath of the battle at Fort Beauséjour. Their return to the Maritimes occurred the following spring. In two letters, Québec governor Vaudreuil reported that five Acadian families (50 people in total) had arrived on the Saint John River on 16 June from Carolina, and that M. Villejouin had sent a boat to Cocagne to pick up 85 Acadians of whom 16 were among those who had returned from Carolina.(4) It is well known that Charles Boishébert played a major role in assisting Acadian refugees in present-day New Brunswick during the years 1756-1757, particularly along the Saint John River, and in refugee camps along the Northumberland Strait. He is known to have facilitated the passage of some refugees to Île Saint-Jean.

M.Villejouin, who provided employment to Félix, is Gabriel Rousseau de Villejouin, major and commandant of Île Saint-Jean from 1754 to 1758, the year that approximately 3000 Island Acadians were deported to France.(5) One interesting bit of information revealed by the petition is that the cartel vessel which carried deportees to Boulogne was the Neptune. It was previously known that one of the vessels which left Port La Joye was the Neptune. It was also known that one of the vessels had discharged its human cargo at Boulogne rather than at Saint-Malo, where most of the other vessels docked. This anomaly occurred on account of bad weather which blew the vessel further up the English Channel than the captain had wanted, and, perhaps also, because of provisions running low. Archival information which survives at Boulogne tells of the arrival of the vessel from Île Saint-Jean, but neglects to mention the name of the vessel. Though the petition refers to Boulogne-en-Mer, the form «Boulognesur-Mer» is used today, and is frequently shortened to, simply, Boulogne.

Lastly, the petition illustrates a commonly found form of shorthand used to denote calendar dates on eighteenth century French documents. One might (mistakenly) think that “le 29 9bre 1774” refers to 29 September 1774, September being the ninth month of the year. The date of the petition is in fact 29 November, 1774. “Neuf” is derived from the Latin novem, and in the Roman calendar, which had, as does our modern calendar, 12 lunar months, the first month was Martius (mars), while the ninth was November.

Félix LeBlanc’s petition presents a glimpse of his life during the 1750s and tells us a bit about his character. Though the information is somewhat limited, it is considerably more than is available for most of his contemporaries during a period when Île Saint-Jean went through much turmoil. It is not known whether his petition was successful.Félix LeBlanc was not an ordinary or typical Acadian. At the same time, he and Paul Daigre were certainly not unique. It is reliably documented that during the 1750s other Acadians resident on Île Saint-Jean made trips to the mainland to participate in the siege of Beauséjour and that of Louisbourg – in the latter case a group of Island Acadians (estimates variously range from 100 to 400) were put under the command of Boishébert. And in an incident reported to Vaudreuil by Villejouin,

un détachment de 60 Acadiens de bonne volonté prit un nombre de chevaux et quarante boeufs aux environs du fort de Pégéguit, tua 13 Anglois et en blessés quatre, se rendit maitre d’un magasin dans lequel il y avoit trois cents barriques de blé, 60 barriques de farine, quatre-vingt-dix quarts de lard et dix tierçons de beurre, et après avoir fait provisions il y mit le feu. Il brûla aussi cinq cents gerbes de froment, deux granges, une boulangerie et un moulin.(6)

There is one way however in which our Félix is unique. According to genealogist Stephen White, Félix Le-Blanc’s family is the sole family which was deported to the American colonies in 1755 and to France in 1758. One of Félix’s daughters, Marie-Blanche, had the unenviable distinction of being the sole Acadian deported four times by the British – in 1755 from Chignecto to South Carolina; in 1758 from Île Saint-Jean to France; in 1778 from Saint-Pierre and Miquelon to France; and in 1794 from Saint-Pierre and Miquelon to Boston.(7)  

 lockerby@nbnet.nb.ca

1          The original document is believed to be in France. A copy exists at the Centre d’études acadiennes at the Université de Moncton as CEA A9-3-10. The author is indebted to Stephen White for bringing the document to his attention, and for certain genealogical information regarding Paul Daigre; especially to Georges Arsenault for valuable assistance in transcribing the document;  and to Ronnie-Gilles LeBlanc for deciphering several of the most difficult words.

2          For a more genealogical treatment of Félix LeBlanc, see Stephen White’s article at http://www.historiatv.com/origines/3_11_stephen_white.htm

3          Joseph LeBlanc dit Le Maigre was for many years a thorn in the side of British authorities in Acadia, actively opposing the regime. See Bernard Potier, « Joseph LeBlanc dit Le Maigre », Dictionnaire Biographique du Canada, Vol. III (Québec, 1974) pp. 395-396.

4          Vaudreuil to Minister, August 6 and 7, 1756, Archives Nationales, Paris, Archives des Colonies (AC), Série C11A, Vol. 101, pp.73-82 and 83-88, respectively.

5          See Earle Lockerby, “The Deportation of the Acadians from Ile St.-Jean”, 1758, Acadiensis, XXVII, 2, 1998, pp. 45-94 and Earle Lockerby, “Deportation of the Acadians from Île St.-Jean, 1758”, The Island Magazine, No. 46, 1999, pp. 17-25.

6          Vaudreuil to Minister, 19 April 1757, AC, C11A, Vol. 102, pp. 8-11.

7          Stephen A. White. « Rapport du Secteur Généalogie », Contact-Acadie, No 34, 2004, p. 26

 

 

Serment d’allégeance et serment du Test

2005 par Thomas Albert

Thomas Albert

 

Aussitôt le traité d’Utrecht signé, les gouverneurs de Louisbourg et de Québec engagèrent les Acadiens, passés sous l’administration des gouverneurs anglais, à quitter la Nouvelle-Écosse pour se réfugier en territoire français, soit à Louisbourg, à l’île Saint-Jean, ou aux établissements de la rivière Saint-Jean, comme ils en avaient la permission de par le traité. Cette faculté cependant était limitée à un an de la date de la signa- ture du traité. Quelques-uns se rendirent à cette invitation,  contre le gré des gouverneurs anglais, qui firent tout en leur pouvoir pour empêcher une émigration en masse. Le mauvais vouloir des gouverneurs à laisser partir les Acadiens se comprend par le fait qu’ils avaient besoin d’eux pour ravitailler la garnison de Port-Royal. L’Angleterre n’avait pas de colonie, de ce côté, au nord de Boston. Toutefois, la position des Acadiens, restés en territoire anglais, était difficile et délicate : ils étaient suspects aux conquérants toutes les fois que les Français, les Canadiens ou les sauvages tentaient de reconquérir la province perdue. Les Acadiens de la péninsule nourrissaient sans doute l’espoir que Port-Royal, qui avait tant de fois changé de mains, reverrait flotter le drapeau français; mais jamais ils n’ont manqué à leur serment; jamais, depuis 1713 jusqu’à la fondation d’Halifax en 1749, on n’a pu leur reprocher un seul acte d’insubordination, d’un caractère sérieux ou général, envers la couronne britannique, et cela malgré les provocations les  plus humiliantes et les plus blessantes, tant de la part des gouverneurs que des officiers de la garnison.

Une harmonie relative régna jusqu’à la fondation d’Halifax. À partir de 1730, date de la prestation du serment conditionnel, l’administration sage de quelques gouverneurs dépourvus de préjugés fit croire que la tranquillité était assurée. La colonie prospérait.

Halifax fondé, les difficultés recommencèrent avec le gouverneur Cornwallis qui somma les Acadiens de prêter en entier le serment à Sa Majesté Georges II, qui venait de monter sur le trône d’Angleterre. La guerre allait éclater entre la France et l’Angleterre; elle était prévue et déjà on s’y préparait, de part de d’autre, avec une fiévreuse anxiété. Déjà à Halifax on songeait à mettre à exécution le projet d’expulser les Acadiens, projet médité longtemps à l’avance par les gouverneurs an- glais. (Edouard Richard, Henri d’Arles)

Pour demander un nouveau serment, Cornwallis alléguait  que le serment pris sous Philipps n’était pas valide, les gouverneurs n’ayant pas le droit d’exempter les sujets de Sa Majesté  de porter les armes contre les ennemis de l’Angleterre.

Les Acadiens répondirent que le serment qu’ils avaient pris sous Philipps devait suffire, que les autres gouverneurs avaient reconnu que ce serment liait la conscience des nouveaux sujets, que la fidélité avec laquelle ils avaient rempli leurs promesses jusque là devait être une garantie de leur bonne foi, que l’obligation de porter les armes contre leurs frères de sang était inhumaine, qu’enfin ils ne prêteraient pas d’autre serment que  celui qu’ils avaient déjà prêté. Voici la formule du serment  qu’on voulait faire prendre aux Acadiens :

Je promets et jure en foi de chrétien,  que je serai fidèle et obéirai à Sa Majesté Georges II,  que je reconnais comme le Souverain Seigneur de l’Acadie ou Nouvelle-Écosse.  Ainsi que Dieu me soit en aide !

Il ne faut pas confondre ce serment de fidélité ou d’allégeance, qu’on exigeait de tout sujet britannique, avec le fameux serment du Test, qu’on ne demandait qu’aux fonctionnaires publics, dans le but d’écarter des hautes fonctions et des sphères d’influence, les sujets catholiques du Royaume-Uni, et dont voici la teneur :

Moi, (N) je proteste et déclare solennellement et sincèrement  en la présence de Dieu, que je crois que dans le Sacrement de la Cène du Seigneur, il n’y a aucune transsubstantiation des éléments du pain et du vin en le corps et le sang du Christ, dans et après la Consécration, faite par quelque personne que ce soit, et que l’invocation ou adoration de la Vierge Marie, ou de tout autre saint, et le sacrifice de la Messe, d’après les rites présentement en usage dans l’Église Romaine, sont superstition et idolâtrie.

Comme le gouverneur Cornwallis menaçait les Acadiens de confisquer leurs propriétés s’ils ne prenaient pas le serment requis, ceux-ci demandèrent la permission de quitter la pro- vince. Le gouverneur, dans un langage presque suppliant, les en dissuada, ajoutant qu’ils étaient sujets britanniques au même titre que les autres sujets catholiques de Sa Majesté, que, s’ils se décidaient d’émigrer, il se verrait, lui, dans l’obligation de confisquer tous leurs effets. Les choses en restèrent là et le serment ne fut pas prêté.

Au printemps de 1755, le gouverneur (sic) Lawrence, qui venait  de succéder à Cornwallis, somma encore les Acadiens de prendre le serment sans réserve. Les délégués, choisis par les habitants des diverses localités pour porter leur refus de prêter  un serment qui les engagerait à porter les armes contre les Français, furent jetés en prison. Quand les délégués s’offrirent de prendre le serment en leur propre nom, le gouverneur répondit qu’il était trop tard… qu’un serment prêté dans de  telles circonstances était nul et non avenu.

Pendant ces pourparlers, les préparatifs pour la Déportation  se poursuivaient activement, par les ordres du même Lawrence qui parlementait avec les délégués.

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Le sort en est jeté.  On vient de sceller le destin de tout un peuple  qui ne demande pourtant          qu’une chose :  qu’on le laisse besogner en paix  sur ses terres.

- René Verville,  Le saule de Grand-Pré, 2001, p. 42

 

L’établissement des Acadiens au Québec

2005 par Pierre-Maurice Hébert

Pierre-Maurice Hébert

 

Faire l’inventaire de tous les coins du Québec où se trouvent aujourd’hui des Acadiens est pratiquement impossible. Ce qui a retenu notre attention c’est plutôt le phénomène des établissements acadiens compacts et homogènes au sein de la population québécoise. On a parlé abondamment des « Cadies » ou  « Petites Cadies » du Québec(1). Les Cadies ont certainement marqué, par leur ca- ractère particulier, nos moeurs et notre vie nationale. On affirme maintenant qu’il y a plus d’Acadiens au Québec que dans les Maritimes, c’est-à-dire près d’un demi-million. Mais beau- coup s’ignorent et la plupart se sont  mariés à des Québécois ou à des Québécoises.(2)

En 1755, on compte 55 000 habitants au Canada et 110 paroisses, sans compter celles de l’Acadie. C’est dans quelques-unes de ces paroisses que les Acadiens, chassés de leur pays et déportés, vont venir trouver refuge. Ces paroisses sont : Québec (Notre-Dame), Trois-Rivières, Île d’Orléans (surtout Saint- François), Laprairie, Saint-Thomas (Montmagny), Cap Saint-Ignace, L’Islet, Champlain, Repentigny, Contrecoeur, Saint-Ours, Beaumont, Lotbinière, Saint-Michel de la Durantaye (comté Bellechasse), Chambly, Deschambault, Saint-Valier (comté Bellechasse), Bécancour, Nicolet, L’Assomption, Kamou- raska, Yamachiche, Saint-Denis (rivière Richelieu), Pointe-du-Lac, Saint-Charles (comté Bellechasse), Montréal (Notre-Dame).

De 1755 à 1787, les Acadiens fondent eux-mêmes six paroisses dans le Québec : Carleton, Saint-Jacques-de-l’Achigan, Saint-Gervais, Bonaventure, Blairfindie, Saint-Roch-de-l’Achigan. Saint-Philippe (de Laprairie), fondée en 1757, sans être une paroisse acadienne, bénéficie d’un apport considérable de « déportés ». On n’a qu’à parcourir les registres du début pour y voir la mention de nombreux Acadiens.

On distingue deux courants de migration des Acadiens vers le Québec, après 1755 : la migration des réfugiés, qui échappèrent à la poursuite des Anglais en Acadie, et la migration des déportés, qui revinrent de leur lieu de déportation. Cette dernière migration se situe surtout après 1763.

Les réfugiés lors du régime français

La migration des réfugiés vers le Québec est moins considérable que  celle des déportés, surtout si l’on tient compte des ravages que la petite vérole fit dans leurs rangs à leur arrivée à Québec. J’ai parlé déjà de deux mille Acadiens, venant de Beaubassin, Miramichi, Île St-Jean, Rivière-Saint-Jean. Ce chiffre s’accorde avec les chiffres avancés par différents historiens, en ajoutant le groupe confiné à Ristigou- che qui devait bientôt s’étendre sur  la côte de la Gaspésie, entre Escuminac et le New-Carlisle actuel.(3)

Malheureusement, les Acadiens réfugiés eurent à souffrir, à leur arrivée au  Québec, de misères presque aussi grandes que celles qu’ils fuyaient en Acadie. Car, depuis 1755, l’Angleterre avait également décidé de s’emparer des territoires du Canada. Elle s’attira donc une déclaration de guerre de la part  de la France après avoir fait feu sur deux vaisseaux français à Terre-Neuve, et en avoir saisi trois cents autres en mer. La France perdait ainsi plus de 8 000 matelots.(4) De 1755 à 1760, ce sera donc l’état de guerre continuel au Canada comme en Acadie. Les habitants des bords du Saint-Laurent  sont réquisitionnés pour cette guerre, ce qui fait que les Acadiens qui trouvent refuge dans les villages riverains du fleuve et à Québec sont en territoire désorganisé et constamment menacé.(5)  On comprend que dans ces conditions  il soit difficile, maintenant, de retrouver tous leurs noms. D’ailleurs, ils ne tenaient pas à être déclarés puisqu’ils étaient pourchassés avec insistance par les Anglais. Aussi, ils s’attendaient toujours à regagner leurs terres en Acadie.

Évidemment plusieurs Acadiens ont pris part à l’engagement des plaines d’Abraham à Québec. Ils y étaient sollicités autant que les Canadiens et ils avaient encore plus de raisons qu’eux de se battre.(6)

Les paroisses du Québec où les réfugiés furent accueillis en plus grand nombre sont : Notre-Dame de Québec, Trois-Rivières, Bécancour, Laprairie, Montréal, L’Assomption; les quatre paroisses de l’Île d’Orléans et les paroisses d’en face sur la rive sud : Beaumont, Saint-Valier, Saint-Michel, Saint- Charles; les paroisses le long du fleuve  en amont de Québec : Saint-Augustin, Pointe-aux-Trembles (Neuville), Jacques- Cartier (Donacona), Cap-Santé, Deschambault, Batiscan, Champlain; sur  la rive sud : Lotbinière, Deschaillons, Les Becquets. Dans les registres paroissiaux de ces paroisses et dans la correspondance de Vaudreuil et de Lévis en 1760, on peut lire les péripéties de ces Acadiens réfugiés. Ils sont bien reçus dans les familles canadiennes de ces paroisses où on les héberge et où on les nourrit, à la demande de Vaudreuil.7 Celui-ci a voulu en faire passer dans la Beauce (Sainte-Marie), tout en gardant les hommes en disponibilité pour la guerre au bord du fleuve, ce que les femmes ont refusé. Elles n’ont donc pas quitté Lotbinière avec leurs enfants.(8)

Les Acadiens de Lotbinière ont une histoire à part. Ils se sont presque tous groupés finalement dans un rang de cette seigneurie, le rang Saint-Michel, et ils ont formé ainsi (avec des Canadiens déjà établis sur le rang du bord de l’eau), la belle paroisse de Leclercville (paroisse Sainte-Emmélie). Un Acadien de l’endroit, l’abbé Georges Hébert (descendant d’Antoine, un des deux frères de Port-Royal) a raconté leur histoire dans une plaquette en 1963.(9)

Les clauses de la capitulation de Montréal en 1760 ne règlent pas le sort  des Acadiens.(10) Au contraire, ils sont mis sur un pied d’infériorité comparativement aux Canadiens. Dans le recensement qui a été fait par le gouvernement anglais en 1761, on trouve dans différentes paroisses, le long du fleuve, quantité de noms d’Acadiens portant le stigmate de « réfugié (11) ».

Les prêtres qui se sont particulièrement occupés d’orienter les réfugiés acadiens dans les paroisses de campagne à cette époque sont l’abbé François Le Guerne et l’abbé Bernard-Sylvestre Dosque. Le premier était curé à Saint-François de l’Île d’Orléans, l’autre à Beaumont.(12) À partir de 1773, l’abbé  Jean-Baptiste Bro se dévoua sans compter pour les Acadiens de L’Assomption et de Saint-Jacques-de-l’Achigan. Il était acadien comme eux : déporté en Europe, il était revenu après  la paix.(13)

Les Acadiens de la Gaspésie furent les plus maltraités. En 1756 deux bateaux d’Acadiens sont saisis près de Gaspé :

Ces malheureux (au nombre de 230) ont été conduits à l’île Georges, près d’Halifax, où ils sont restés plusieurs mois, couchant à la belle étoile, la plupart n’ayant pas de quoi se couvrir, leurs hardes leur ayant été enlevées lorsqu’ils ont été pris (14).

En 1758, Wolfe, avec ses troupes, ravagea les côtes de la Gaspésie. En 1761, la chasse aux Acadiens se poursuit encore dans la baie des Chaleurs. On parle de les déporter dans le Haut-Canada. Murray affirme qu’il n’est pas désirable de les laisser s’établir dans le golfe Saint-Laurent (15). Finalement on décide de les amener prisonniers dans les prisons de  la Nouvelle-Écosse : 335 ont pu être embarqués. En 1764, on trouve encore 311 Acadiens prisonniers dans le seul fort Édouard (Windsor, Nouvelle-Écosse) (16). Un groupe d’Acadiens a cependant pu se dissimuler dans les bois à Tracadièche et à Bonaventure. C’est là que se développeront les belles paroisses acadiennes de la Gaspésie, les plus typiquement acadiennes du Québec, avec celles des îles de la Madeleine, et de la Côte-Nord. Dès 1760, Tracadièche (Carleton) a ses registres de paroisse. Les registres de Bonaventure seront ouverts en 1780. Mais les fondations canoniques de ces paroisses n’auront pas lieu avant 1860.

Les prêtres qui s’occupèrent de ces Acadiens de la Gaspésie furent les récollets Étienne, Ambroise et Bonaventure, le jésuite La Brosse, et plus tard, Monsieur l’abbé Mathurin Bourg, Acadien revenu après son expulsion en Europe.(17)

Les déportés lors du régime anglais

Venons-en maintenant au deuxième groupe des Acadiens arrivés au Québec : celui des déportés en Nouvelle-Angleterre qui vinrent à pied par le sud, ou en bateau en faisant le tour par le golfe Saint-Laurent. Ce n’est qu’après le traité de Paris, en 1763, que ces Acadiens pouvaient raisonnablement songer à venir au Canada. Ce traité, en effet, établissait une paix définitive.(18) Les portes n’étaient quand même pas encore officiellement ouvertes aux Acadiens.(19) Cependant, en 1763, plusieurs Acadiens déportés en Nouvelle-Angleterre entreprennent à leurs risques de venir au Canada. Ils sont quelques centaines dont nous parlent Rameau et Rumilly:

Le désir de reconstituer les familles est un mobile essentiel de leurs déplacements. Une caravane s’organise, dès le printemps de 1763, pour gagner la région trifluvienne (Trois-Rivières), au Canada, où des réfugiés acadiens sont déjà établis et groupés. Les voyageurs n’ayant que des haches et des couteaux pour armes, vivent de castors, de perdrix et d’autres animaux prix au piège. La plupart sont nu-pieds…

Ces Acadiens venaient du Connecticut et de Philadelphie d’où on les laissait plus facilement partir.(20) Quelques-uns s’échappèrent aussi du Massachusetts où les autorités étaient sévères, allant jusqu’à réclamer de l’argent pour défrayer le coût de leur séquestration. On retrouve ces premiers Acadiens déportés à L’Assomption, à Laprairie, à Bécancour, à Yamachiche…

Le plus grand nombre des déportés arrivèrent au Québec après 1765. Cette année-là, le 1er mars, le général Murray offrit des terres aux immigrants, car il fallait absolument combler les vides de la population décimée par la guerre, occuper les terres abandonnées et en ouvrir d’autres pour relancer l’économie du pays. Les Acadiens prisonniers en Nouvelle-Angleterre, dès qu’ils surent la nouvelle, s’empressèrent de répondre à cette offre. Le gouverneur du Massachusetts appuie leur requête car, en fin de compte, le Canada fait maintenant partie du même empire britannique : ces gens ne grossiront pas les effectifs d’un pays ennemi et leur départ soulagera les finances de l’État.

Le général Murray a dû retourner à Londres après le 28 avril 1766 pour ne plus revenir. Il fut remplacé par Guy Carleton. La politique ira s’élargissant pour les Acadiens du Québec et ils y viendront de plus en plus nombreux, plutôt que d’aller en Nouvelle-Écosse (comprenant le Nouveau-Brunswick actuel) où ils sont encore mal vus. La date de 1766 est donc à retenir. Elle marque un point tournant dans l’histoire des Acadiens au Québec : c’est la date du début de leur existence officielle et légale, peut-on dire. Plusieurs facteurs expliquent l’ouverture du « Conseil de Sa Majesté » à Québec, en 1766, à l’égard des Acadiens de la Nouvelle-Angleterre, comme nous l’avons déjà vu. Il y en a un autre. L’agitation pour l’in- dépendance commençait à se faire sentir en Nouvelle-Angleterre après l’imposition de la Loi du timbre (au début de 1765) et cette agitation inspirait des craintes à Londres. Les Canadiens et les Acadiens, par ailleurs, restaient soumis : Londres était donc davantage intéressé à les garder de son côté.(21)

Les Acadiens « déportés » en Nouvelle-Angleterre, de leur côté, veulent à  tout prix quitter ce pays et le plus tôt possible. Ils y sont prisonniers, maltraités et détestés à cause de leur religion. On les appelle les « papistes ». Ce sont des « rebelles » qui conspirent contre la sécurité de l’État. Ils quittent donc les Yankees par tous les moyens possibles, à pied ou en bateau. Comme leurs terres sont prises en Nouvelle-Écosse où on ne désire pas du tout les revoir, il est tout naturel qu’ils se dirigent en grand nombre vers le Québec. C’est ce qu’ils ont fait au nombre d’environ 2 000, si bien qu’en 1772 presque tous  les Acadiens avaient déjà quitté le sol  de la Nouvelle-Angleterre.(22)

1773 : Le Canada cherche l’appui des Acadiens

Bientôt les relations se sont gâtées entre les Yankees et Londres. En 1773, les Bostonnais jettent à la mer une car- gaison de thé en provenance d’Angleterre. Le 23 octobre 1774, un premier congrès à Philadelphie adresse à Londres des revendications sévères et, en 1775, c’est l’état de guerre entre les deux continents : les colonies américaines envahissent notre colonie anglaise, le Canada. À la fin de 1775, tout le Canada est tombé aux mains des Yankees, sauf la citadelle de Québec qui résiste encore (23). Les Acadiens aurait pu, à ce moment-là, passer du côté américain, contre les Anglais. Ils ne le firent pas. D’ailleurs ils avaient été maltraités à la fois par les Yankees et par les Anglais.  Ironie du sort : les Acadiens qu’on appelait « rebelles », vingt ans auparavant, étaient maintenant les loyaux de Sa Majesté, tandis que les loyaux Bostonnais d’il y a vingt ans, étaient devenus de farouches rebelles de Sa Majesté.  Tous les Acadiens du Québec ne se rangèrent pas nécessairement sous les drapeaux anglais, pas plus d’ailleurs que les Britanniques de Québec. On dut même éloigner quelques-uns de ceux-ci (24). Mais les Acadiens n’aidèrent pas l’agresseur. Leur solidarité avec le  Canada favorisa la victoire des Anglais. Montgomery fut vaincu et tué à Québec. Après cette victoire, les Acadiens furent mieux vus des Anglais au Québec. Distribués dans les paroisses aux quatre coins du Québec, ils se sen- tirent davantage chez eux. Presque tous ceux qui s’y établirent d’ailleurs  y demeurèrent. Ils ne songèrent plus, en général, à retourner en Acadie.(25)

Mais les Acadiens de la Gaspésie étaient toujours les moins favorisés. Ils n’avaient encore aucune terre en titre et voilà qu’en 1774, des frères déportés, revenant d’Europe pour les rejoindre, se voient refusés à Bonaventure, à moins qu’ils ne versent une caution de 500 sterling « conformément aux instructions du gouvernement au sujet de ces colons ». Finalement le « Conseil » de Québec décide qu’ils peuvent débarquer mais toujours à la condition « qu’à partir de 16 ans inclusivement ils prêtent le serment de fidélité à Sa Majesté ».

Tout comme les Acadiens de la Gaspésie, ceux des îles de la Madeleine ont eu un sort tourmenté. Les premiers à s’établir dans les îles venaient de l’île Saint-Jean (Île-du-Prince-Édouard). Ils arrivèrent avec le colonel Richard Gridley vers 1765. Celui-ci avait reçu de Londres la concession des îles de la Madeleine en récompense de ses services : il devait y faire un commerce de pêcherie très lucratif. Plus tard, en 1792, 250 Acadiens vinrent s’ajouter aux employés de Gridley, doublant ainsi la population des îles de la Madeleine. Ces derniers arrivaient de Miquelon avec l’abbé Jean-Baptiste Alain pour se soustraire aux méfaits de la Révolution française et échapper à un assaut imminent des Anglais. M. l’abbé Alain, qui  connaissait bien les Acadiens des îles de la Madeleine pour y être déjà venu, organisa aussitôt la paroisse de Havre-Aubert. C’est alors, en 1793, que commença vraiment le peuplement des îles de la Madeleine. Maintenant on y compte sept paroisses.

Mais plusieurs Acadiens des îles de la Madeleine eurent à s’expatrier parce qu’ils ne pouvaient posséder leur terre  et avaient à souffrir l’exploitation étrangère. Ceux qui restèrent furent longtemps sous le joug des seigneurs Coffin. Les noms des principales familles des  îles de la Madeleine sont mentionnés dans les premiers registres de Havre-Aubert : Bourque, Boudreau, Vigneau, Thériault, Arseneau, Bonerie, Deveau, Giasson, Etchevarie, Cormier, Poirier, Richard, Hébert, Grenier, Briand, Tur- bide, Sire, Bourgeois, Lapierre, Godet, Gallant, LeBorgne…

Voilà donc un aperçu très rapide des paroisses acadiennes du Québec au siècle du « Grand Dérangement ».

 

1.         Qu’il nous suffise de mentionner les cinq sources suivantes : L’abbé H.-R. Casgrain, Un pélerinage au pays d’Évangéline, Québec, 1888, p. 276; Émile Lauvrière, La tragédie d’un peuple, t. 11, Paris, 1922, p. 498; Antoine Bernard, Le drame acadien, Montréal, 1936, p. 366; Robert Rumilly, Histoire des Acadiens, t. 11, Montréal, 1955, p. 621 et Fidèle Thériault, « Relations Québec-Acadie , 1755-1880 » in L’Action Nationale, juin 1978, p. 842

2.         Gilles, Raymond, « L’avenir de l’Acadie… » in Perspectives, 27 janvier 1973, p. 2; Jacques de Roussan, « Le Grand Recensement », in Perspectives, 21 octobre 1978, p. 14, Archives canadiennes pour 1905, vol. 2, Ottawa 1909, app. A, p. XV.

3.         Pierre-Maurice Hébert, « Paroisses acadiennes du Québec », Les Cahiers de la société historique acadienne, Moncton, janv.-févr., 1971, p. 408.

4.         F.-X. Garneau, Histoire du Canada, tome 5, Montréal, Éditions de l’Arbre, 1944, p. 85 à 87.

5.         Voir F.-X. Garneau, Histoire du Canada, tome 5, op. cit., p. 224, 225 ainsi que Archives canadiennes pour 1905, Vol. 1, op. cit., 4e partie, p. 12.

6.         « Des Acadiens vont participer à la défense de Québec, à l’automne de 1759, ainsi qu’à la bataille de Sainte-Foy, près de Québec, au printemps de 1760… » Bona Arsenault, Histoire et généalogie des Acadiens, tome 1, Québec, 1965, p. 204. Voir Archives canadiennes, op. cit. ib p. 5, 11.

7.         Correspondance de Montréal, le 10 mars 1960, M. de Vaudreuil à M. Dumas, commandant des troupes à Jacques-Cartier (près de Québec) dans Archives canadiennes pour 1905, vol 1, p. 5.

8.         Voir : H. Provost, Sainte-Marie de la Nouvelle-Beauce, Québec, 1970, p. 167.

9.         Programme souvenir, Centenaire 1863-1963, Sainte-Émmélie, Lotbinière, p. 24-27.

10.       Des libertés sont consenties « excepté à l’égard des Acadiens » : articles 39 et 55 de l’acte de capitulation. Voir Pascal Poirier, « Des Acadiens déportés à Boston en 1755 », Mémoires de la Société Royale du Canada, Ottawa, 1909, p. 156.

11.       Pour Lotbinière, voir Rapport de l’Archiviste de la Province de Québec pour 1925-1926, Québec, 1926, p. 79. Pour Trois-Rivières, voir Rapport de l’Archiviste de la Province de Québec pour 1946-1947, Québec, 1947, p. 15.

12.       Pierre-Maurice Hébert, « Paroisses acadiennes du Québec » Cahiers de la Société historique acadienne, janvier-mars 1971, p. 410.

13.       François Lanoue, ptre, Une nouvelle Acadie, Joliette, 1972, p. 105-126. « Jean-Baptiste Bro », Dictionnaire biographique du Canada, vol. VI.

14.       Antoine Bernard, La Gaspésie au soleil, Montréal, 1925, p. 142.

15.       Archives canadiennes pour 1905, vol. 2, Ottawa 1909, p. 323-327.

16.       Ib. p. 273 et 327. Robert Rumilly, Histoire des Acadiens, vol. 2, op. cit., p. 581. Rameau de Saint-Père, Une colonie féodale… tome 2, op. cit., p. 183.

17.       P. Pacifique de Valigny, Chronique des plus anciennes églises de l’Acadie, Montréal, p. 26. P. Alexis, « Les anciens missionnaires français et canadiens de l’Acadie depuis 1604 jusqu’en 1820 », Bulletin des recherches historiques, op. cit., 1930, p. 158. Ant. Bernard, La Gaspésieop. cit., p. 167 et 232.

18.       Thomas Chapais, Cours d’histoire du Canada, tome 1, p. 10-11. et Jean Nichol, « The expulsion of the Canadians », The Canadian Historical Association, annual report 1925, Canadian National Parks Branch of the Department of the Interior, Ottawa, 1926, p. 38.

19.       Les Acadiens ne profitaient pas de l’armistice, comme les Canadiens, et ne pouvaient posséder des terres. Antoine Bernard, Histoire de la survivance acadienne, Montréal, 1935, p. 30.

20.       Robert Rumilly, Histoire des Acadiens, tome 2, Montréal, 1955, p. 590. Aussi, Rameau de Saint-Père, Une colonie féodale…, tome 2, op. cit., p. 206. Pascal Poirier, « Des Acadiens déportés à Boston en 1755 », Mémoires de la Société royale du Canada, volume 2, section 1, Ottawa, 1909, p. 176, 177.

21.       F.-X. Garneau, Histoire du Canada, vol 6, op. cit., p. 101. Thomas Chapais, Cours d’histoire du Canada, tome 1, op. cit., p. 91.

22.       Pascal Poirier, Des Acadiens…, op. cit., p. 171-177.

23.       L’abbé H. R. Casgrain, « Les Acadiens après leur dispersion », La revue canadienne, août 1887, Montréal, p. 463.

24.       Denis Vaugeois et Jacques Lacoursière, Canada-Québec, Montréal, 1969, p. 227-229.

25.       R. Bellemare, Les bases de l’histoire…, op. cit., p. 182. L. U. Fontaine, Voyage du Sieur de Dierville (1711) en Acadie…, Québec, 1885, édit. A. Côté, p. 129.

 

 

George II, Lawrence et la « résolution finale » pour le génocide du peuple acadien

2005 par Roger Paradis

Roger Paradis

 

Il est impossible de savoir à quel moment exactement « l’affaire » des Acadiens a été portée devant le roi pour obtenir son avis. Les autorités britanniques ont commencé à dresser des plans secrets pour la conquête du Canada vers la fin de 1754, probablement en novembre. La stratégie prévoyait six campagnes en 1755, et englobait la capture de la flotte française censée prendre la route de l’Amérique au printemps, un blocus naval à Louisbourg et des attaques contre les forts Duquesne, Carillon (Crown Point), Niagara et Beauséjour. Ce dernier serait investi par les troupes de la Nouvelle-Angleterre, mais sous le commandement du colonel Robert Monckton et d’autres officiers britanniques. Les troupes ne  devaient pas être libérées avant la capitulation, comme cela aurait dû normalement se faire pour épargner d’inutiles dépenses au Trésor public. Au lieu de cela, elles resteraient en garnison dans la province tandis que, comme l’a exprimé plus tard le colonel Winslow, « le noble et grand projet » d’expulsion prendrait forme.

La résolution définitive de déporter le peuple acadien est venue de Sa Majesté. La Déportation a été entamée en 1755 et s’est poursuivie pendant huit ans, jusqu’à la signature du traité de Paris. La première année de déportation à elle seule, avec le siège de Beauséjour, a coûté plus de 100 000 livres, soit plus de deux fois le budget administratif attribué à la province cette année-là. La Nouvelle-Écosse était la plus pauvre des provinces nord-américaines de Sa Majesté, plus pauvre même que la Géorgie. Seul John Bull (l’Angleterre) était assez riche pour permettre à la province de réaliser un projet d’une telle envergure. De fait, un « fonds spécial de déportation » a été créé pour couvrir les frais de « l’expédition de la Baie de Fundy » et de l’expulsion des habitants français, et pour effectuer les travaux à Fort Cumberland.  Les dépenses ont plus tard été l’objet d’une enquête parlementaire spéciale. Après la première année, il est inutile de dire que toute velléité de prétendre que la province assumait le financement de la Déportation a été abondonnée.

« D’argent à la croix écotée de gueules », description de l’écusson funéraire du gouverneur Charles Lawrence dans l’enceinte de St. Paul’s Church, lieu de sa sépulture à Halifax.
Photo : Archives de St. Paul’s Church

 Une fois la « résolution définitive » adoptée par le conseil privé de Sa Majesté, il n’est resté à Lawrence qu’à « réfléchir aux moyens »  de procéder à la Déportation et à donner « les ordres et instructions nécessaires à la mise en oeuvre de ce qui a déjà été solennellement déterminé ». Ce- pendant, il devenait ainsi complice du crime, mais aussi Morris, qui planifiait l’évacuation, Hancock, qui fournissait les navires, Jonathan Belcher, qui rédigeait les faux documents juridiques pour la confiscation des biens des Acadiens, Monckton, qui commandait les troupes qui procédaient à l’embarquement et le gouverneur Shirley qui avalisait et appuyait tout le projet. Lawrence n’a jamais été qu’un instrument de bonne volonté dans cette affaire déplorable, la « bête noire » de la Déportation. Il est tout simplement absurde de supposer que le lieutenant-gouverneur d’une province, un simple colonel d’armée, prendrait sur lui de déporter quelque 8 000 sujets du roi de sa propre initiative. Lawrence était  un soldat, pas un politicien, et il connaissait parfaitement  la rigidité de la chaîne de commandement. De lui-même, il n’avait rien à gagner de cette entreprise abominable parce que même s’il réussissait, et c’était loin d’être certain, il lui aurait encore fallu affronter la cour martiale pour avoir usurpé la prérogative royale. Cela aurait été un acte politique criminel impardonnable entraînant automatiquement la peine de mort. Lawrence n’a pas reçu la moindre réprimande : au lieu de cela, lui et ses acolytes ont été promus. C’était la récompense de l’exécution soumise et efficace des ordres de Sa Majesté. La loyauté aveugle et fidèle porte ses fruits. Normalement, Lawrence était un administrateur circonspect et qui n’aurait même pas osé réparer de son propre chef  le fortin de Grand-Pré. De même, il n’aurait pas fait la moindre réparation aux installations militaires de Pisiquid, Beaubassin et rivière St-Jean sans avoir reçu des directives de ses supérieurs. Lawrence n’était peut-être qu’un valet, mais il n’était pas bête. Il n’est que trop évident qu’il était bien disposé à servir. En outre, il  était manifeste qu’il était ambitieux et désireux de s’insinuer dans les bonnes grâces de ses supérieurs. Quoi que l’on puisse dire de Lawrence, cependant, il n’était pas un usurpateur et il savait que les officiers britanniques n’invoquaient jamais leur roi en vain. Lawrence, à l’instar d’autres officiers coloniaux, n’a été qu’un pion dans une gigantesque  lutte géopolitique entamée et achevée devant le tribunal de St. James.

Le peuple acadien a été la victime innocente d’un complot sinistre conçu à la cour et sanctionné par elle. Les  preuves sont concluantes. Dans cette macabre tragédie, Lawrence a joué le rôle principal. Morris en a écrit le scénario, tandis que les autres membres de la distribution, de Halifax et de Boston, n’ont tenu que de seconds rôles. À l’origine, Shirley s’était opposé à une expulsion générale, prétendant qu’il s’agissait d’une mesure trop sévère. Avant l’arrivée des instructions secrètes du roi, les personnalités coloniales, y compris Lawrence, avaient envisagé un déplacement limité vers le territoire français, et non pas une déportation générale vers quelque terre étrangère et éloignée. C’est ce qui explique que Winslow ait changé d’avis, passant d’un enthousiasme pour le grand projet du bannissement des Acadiens à une véritable répugnance face à l’éventualité d’une déportation générale vers les colonies anglo-américaines. Winslow n’a pas été mis au courant des détails de la Déportation avant la fin de l’été. Le 3 juillet, cinq jours avant l’arrivée des instructions secrètes de Sa Majesté, Winslow s’est plaint auprès de Lawrence que les troupes étaient agitées et qu’il ne fallait pas les laisser sombrer dans l’indolence. Une autre lettre adressée à Lawrence, datée du 23 juillet, indique que Winslow continuait d’envisager une expulsion limitée d’une partie de la province seulement. “« Il semble probable », écrit-il, « que nous allons continuer quelque temps à Chignectou – au cas où il serait  jugé commode d’établir des gens de Nouvelle-Angleterre dans une partie de cette province, comme ils s’y attendent. »  Ce n’est pas avant le 11 août que Lawrence a informé Winslow de la réunion du conseil tenue dans le but d’envisager les moyens voulus pour mettre la Déportation à exécution. Winslow a été obligé d’obéir à ses ordres, alors qu’ils ne convenaient ni à sa nature ni à son tempérament.

Les Acadiens étaient pacifiques, fidèles à leur serment et sont restés neutres jusqu’au bout. Ils ont été déportés pour  des raisons d’État et ont été les victimes innocentes d’une politique d’impérialisme réclamant une Amérique du Nord britannique. Ne pouvant être assimilés, il fallait les éliminer. On a espéré que dans les 13 colonies, ils seraient absorbés par la population générale et cesseraient d’exister en tant que peuple. Il s’agit, à mon sens, de génocide.

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Un historien a estimé que, dans le seul territoire de la Nouvelle-Écosse continentale,excluant le Cap-Breton, le butin saisi se répartissait comme suit :  43 500 bêtes à cornes, 48 500 moutons, 23 500 cochons et 2 800 chevaux.

- Robert Pichette
Pour l’honneur de mon prince, 1989,  p. 83-84

 

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The hypocritical nature of Great Britain’s recent pious claims of concern over “ethnic cleansing” (genocide) is readily apparent when one examines the past actions of the British     Empire.  From the Scottish Highlands, to India, to Australia to the New World, history is replete with examples of ethnic cleansing of all those peoples who resisted the “improvement” (an imperial term for total acculturation) that the British sought to bring to the “less civilized” peoples on the fringes of the empire.  Perhaps it is guilt among Anglo-American elitist circles which is now driving the current demand for fostering cultural diversity.  But more likely, it is the ongoing push for global governance that is the force behind  the fad-like reversal of elitist sentiment toward variant cultures.

-         Stephen J. Martin, political activist, “Charles Lawrence: Canadian Perpetrator of Genocide“,  The Barnes Review, May / June 2002, pp. 75-78  (Martin also speaks on the attempted genocide of the Scottish Highland Clans)

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Un aperçu sur les expériences des Acadiens déportés en Angleterre

2005 par Naomi Griffiths

Naomi Griffiths

 

En 1755, les Britanniques déportèrent la majorité des habitants francophones, connus, comme Acadiens, de la Nouvelle-Écosse, une colonie qui avait été cédée à la Grande-Bretagne par le traité d’Utrecht en 1713.  « Acadie » ou la « Nouvelle-Écosse », nom que l’on donnait alors à la colonie dans le traité, constituait une frontière cruciale entre les empires français et anglais dans l’Amérique du Nord à ce temps. La Déportation a brisé un peuple dont  les racines avaient fait souche au début du dix-septième siècle.

Les plans de la Déportation prévoyaient le rassemblement des Acadiens en petits groupes qui seraient dispersés dans les autres colonies britanniques de l’Amérique. Les gouverneurs des colonies où les Acadiens étaient expédiés, apprenaient la nouvelle de leur arrivée seulement lorsque les Acadiens y  apparaissaient. Pendant l’été 1755, près des trois quarts des habitants furent embarqués et envoyés vers les autres colonies britanniques, le long du littoral nord-américain, depuis Boston jusqu’à Savannah en Géorgie. Sur les  bateaux, le taux de mortalité des déportés fut considérable. Les conditions de vie n’étaient pourtant pas pires que celles en vigueur pendant les longs voyages en mer, au dix-huitième siècle. On sait que, pendant la guerre de Sept Ans, 133 708 marins anglais moururent de faim ou d’épidémie, contre seulement 1 512 à la guerre.(2) Néanmoins, pendant le voyage, la mortalité des Acadiens oscilla entre 20 et 30 pour cent et plus de la moitié des passagers de l’Edward Cornwallis, à destination  de la Caroline du Sud, périrent.(3)

L’arrivée des exilés à destination ne marquait souvent que le commencement des nouveaux malheurs. Premièrement, une fois à terre, les exilés attrapaient des maladies inconnues chez eux. La variole sur- tout fit des ravages. Deuxièmement, nulle part les conditions d’exil ne furent stables parce que tous les lieux d’exil se trouvaient, eux aussi, mêlés à la lutte anglo-française pour la domination de l’Amérique du Nord.  Et finalement, les autorités en ces colonies, n’ayant pas eu les moindres idées que les Acadiens seraient envoyés chez eux, n’ont rien prévu pour la réception des exilés. Le gouverneur de la Virginie, Dinwiddie, réagit particulièrement mal à l’arrivée de ces Acadiens, francophones et catholiques, alors que la guerre entre la France et l’Angleterre battait son plein.(4)  Dinwiddie a décidé de régler son problème et d’envoyer les « French Neutrals », les Français neutres,  en Grande-Bretagne.(5)  Le résultat était que le 23 juin 1756, le Bobby débarqua  296 Acadiens à Portsmouth, le 22 juin, le Fanny Bovey arriva à Falmouth avec 220 passagers, le 26 juin, le Virginian Packet en débarqua 300 à Bristol et enfin, juste avant la fin du mois, 243 « Neutrals » arrivèrent à Liverpool.  Le coût pour ces voyages était environ cinq mille livres.(6)

Ces Acadiens devaient, sept ans durant, rester en Angleterre.  Le pire pour eux fut l’été 1756, au cours duquel la variole emporta plus d’une personne sur quatre, au point que la cour de Louis XV en fut informée.  Le 10 septembre 1756, Henry Fox, le ministre le plus important du gouvernement anglais, écrivit aux Lords de l’Amirauté que plusieurs protestations, qu’il espérait sans fondement, avait été faites par la France et aussi par quelques particuliers, selon lesquelles les  prisonniers français au- raient été malmenés , et qu’ils n’auraient pas été traités avec le soin et l’humanité appropriés. « J’ai », ajouta-t-il,  « ordre du roi que vous accordiez à cette question la plus grande attention. »(7) Ceux qui avaient les Acadiens sous leur responsabilité repoussèrent vivement de telles accusations.  D’après eux, cette moralité n’avait rien de surprenant, du fait que les Acadiens avaient subi un long voyage et un changement de climat. Ils affirmèrent que non seulement les  lois des nations et les principes de la justice avait été strictement respectés, mais même le moindre droit humanitaire avait été scrupuleusement observé.  Ils écrivirent de  plus que telles plaintes de la part des Français étaient tout à fait déshonorantes pour la Nation et que, si elles se révélaient non fondées, la chose devait être révélée à la face du monde, de façon à dissiper autant que possible le préjudice causé par  sa propagation.(8)

Il est hors de doute que la Déportation fut une tragique épreuve. Si les chiffres restent discutables, le résultat est clair : la plus grande partie de la population acadienne dut prendre les chemins de l’exil et au minimum un tiers de cette population y trouva la mort. Cependant, la disparition des individus n’a pas signifié la fin de leur identité collective. La réception des exilés, par les autorités en Amérique du Nord, en Angleterre et, plus tard, en France, était de les mettre sous une autorité désignée spécialement pour leurs soins. Les déportés étaient gardés ensemble et séparés de la population des habitants qui les entouraient.  En Angleterre, c’était le « Sick and Hurt Board of the Admiralty ». Par les ordres de  celui-ci, les Acadiens étaient établis en groupes à Southampton, Penryn, Bristol et Liverpool.  À Liverpool  une partie de la ville était désignée pour eux. À Bristol on a organisé des entrepôts, les anciens magasins aux alentours des quais, pour les recevoir.  Dans tous ces endroits, les Acadiens étaient établis en groupes d’entre 150 et 250 personnes, communautés assez grandes pour donner aux individus un sens de n’être pas totalement abandonnés parmi des étrangers. La sensation d’être un groupe séparé était renforcée par le  fait que les autorités avaient défendu aux Acadiens de travailler, de peur d’une réaction hostile des gens de l’endroit. Cet arrêt n’était pas toujours suivi, surtout aux alentours de Southampton et Penryn.(9)

Mais ce qui a marqué le plus la ligne entre exilé et habitant, c’était la pension payée chaque jour aux Acadiens : homme, femme et enfant. Les adultes recevaient 6 sous par jour, jusqu’à neuf livres, 2 shillings et 6 sous par an. Les enfants en bas de sept ans recevaient 3 sous par jour; cela équivalait à 4 livres, 4 shillings et 4 sous par an.  Une famille de six, la moyenne pour les communautés acadiennes en Angleterre, recevait en 1763, 36 livres par an, une somme comparable au salaire d’une famille de la classe travailleuse contemporaine.(10) En plus, cette subvention était pure subsistance : logements, vêtements et d’autres nécessités étant fournis en plus.(11) Le niveau de vie était plus bas qu’en  Acadie, mais ça ne nuisait pas à la natalité des familles.  Un recensement fait en novembre 1762 révélait une population avec vingt-cinq pour cent du nombre en bas de l’âge de sept ans, c’est-à-dire, nés après l’arrivée de leurs parents en Angleterre.(12)  Mais quand on considère le nombre d’Acadiens qui furent envoyés en France pendant l’été 1763,  866, soit moins que les 1 044 arrivés de Virginie huit ans plus tôt on se rend compte des ravages que la variole a fait en été 1756.(13)  Cependant il faut souligner une chose : leurs expériences n’ont pas intimidé les Acadiens ni rendu faible leurs sens d’identité. Pendant les sept ans qu’ils passèrent en Angleterre, ils n’hésitèrent pas à contester les mesures qui étaient prises à leur endroit. À la fin des hostilités en 1763, invités à exprimer leurs souhaits quant à leur destination ultérieure, les Acadiens exigèrent le retour en Acadie : « Nous souhaitons être rapatriés et que nos biens, dont nous avons été dépouillés (malgré la stricte neutralité que nous avons toujours maintenue), nous soient restaurés ». (14)  Ces revendications n’eurent pas de suite; cependant, elles montrent avec quelle  force les Acadiens envisageaient leur avenir.

Quand on considère les réactions des Acadiens et Acadiennes à la Déportation, avec la connaissance qu’on a des effets de déportations et exils du vingtième siècle sur les gens, on ne peut qu’être étonné par la détermination et la volonté des Acadiens de garder la cohérence de leur communauté.  Même quand les Acadiens ont eu un choix, comme disait un fonctionnaire de la Géorgie : « leur sectarisme et leur entêtement sont tels qu’ils ont préféré vivre ensemble dans la misère que de se séparer pour s’assurer une  vie plus aisée ».(15) Comme en témoignent les registres établis pour Belle-Isle-en-Mer (France), les mariages entre membres de familles différentes reliaient des individus venus de divers établissements comme ceux d’un même village. L’impact de l’exil, de la mort et de la maladie fut atténué par la présence de la parenté. Mais peut-être un facteur  même plus important était que l’expérience politique précédant l’exil avait créé des structures d’autorité et formé un peuple convaincu de sa position de force et de supériorité morale dans toutes négociations. En somme, les Acadiens ont survécu la Déportation parce qu’ils avaient une identité sûre et certaine avant ce triste événement. 

 

1.         Les idées qui suivent ont été présentées en plus grands détails dans mon livre L’Acadie de 1686 à 1784 Contexte d’une histoire, traduction Kathryn Hamer, (Moncton, éditions d’Acadie, 1997) et dans un article : « Acadians in Exile: the Experiences of the Acadians in the British Seaports » Acadiensis, Autumn, 1974, vol. IV, no.1, pp. 67-84.

2.         Christopher Lloyd, «The British Seamen, 12-1860 : A Social Survey », Palidin, 1968, 234.

3.         Soit 215 décès sur 425 passagers :. « Report of the Edward Cornwallis » Andrew Sinclair, Master, 17 November, Council Records, State Archives, Columbia South Carolina, p. 480

4.         Dinwiddie to Sir Thomas Robinson : « It is very disagreeable to the People to have imported to rest among us a No. of French People, w’n many of y’y Nat’n joined with Ind’s are now murd’g and scalp’g Your Frontier Settlers » , R. Brooks ed/: Dinwiddie Papers (Richmond, Virginia), Virginia Historical Collections, 1899, t. ii, p.268

5.         Minutes of the Medical Board, July 1756, Admiralty 99/30, Public Records Office, London, U.K.

6.         Governor Dinwiddie to Dobbs, June 11th, 1756 dans Dinwiddie, The Official Records 2, p. 442-443

7.         Henry Fox to the Lords of Admiralty, Whitehall, 10th Sept. 1756. Public Records Office, Kew: SP44/299:xc 516 c/1.

8.         J.B. and H.H. to John Cleveland, 17 September, 1756, Admiralty 98/5, Public Record Office, London, U.K.

9.         Les références se trouvent dans les Archives des Affaires Étrangères, Correspondance d’Angleterre, 449, f.345: Archives Nationales, Paris et dans les documents de l’Admiralty, 98/5 to 99/30 [June 1756- July,1758].

10.       Asa Briggs, How they lived, Oxford, 1969, III: 143

11.       L.G., J.M. and H.T. to John Cleveland, 8 February, 1757, Admiralty 98/6: P.R.O, London, UK

12.       L.G. and J.B. to John Cleveland, 23 November, 1762, Admiralty 98/9: P.R.O, London, U.K.

13.       Report of the Public Archives of Canada, 1905, II, 3: App. G, p.150

14.       L.G. and J.B. to John Cleveland, 4th January, 1763, Admiralty Records 98/9: London, UK

15.       Report of the Committee, 12 July, 1760,  Journals of the House of Assembly, State Archives, South Carolina, South Carolina Records.

 

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Article 39


None of the Canadians, Acadians, or French, who are now in Canada, and on the frontiers  of the colony,… shall be carried or transported  into the British colonies, or to Great Britain… – “Granted, except with regard to the Acadians.”

-         Acts of Surrender of Montreal,  Sept. 8th, 186

 

La Croix de la Déportation

2005 par Claude DeGrâce

Claude DeGrâce

 

Historique

La Croix de la Déportation, située à environ 1,5 kilomètres du lieu historique national du Canada de  Grand-Pré, a été érigée en 1924 par le comité chargé de faire construire l’église-souvenir de Grand-Pré.  La croix représente un des symboles les plus marquants du Grand Dé- rangement et de la tragique histoire des Acadiens. La Commission pour la commémoration internationale de l’Odyssée acadienne et du Grand Dérangement décrit le symbolisme de la croix en ces mots : « la Croix de la Déportation est à l’Acadie et à l’événement du Grand Dérangement ce que la Croix irlandaise représente  à l’Irlande et à l’événement de la Grande Famine. » 

Bénédiction de la Croix (Horton Landing)
Photo : Société Nationale de l’Acadie

Le projet d’aménager une croix pour marquer l’endroit où furent embarqués les exilés de Grand-Pré  remonte à au moins 1923, alors qu’avait lieu le 23 août, à l’église-souvenir, le dévoilement et la bénédiction de la statue de Notre-Dame de l’Assomption, don de la Société Mutuelle de l’Assomption. Un article paru le 29 août 1923 dans L’Action catholique décrit l’événement ainsi :

La cérémonie de l’après-midi terminée, tous les Acadiens présents à Grand-Pré, ceux de la Baie Ste-Marie et ceux de Halifax, comme ceux  du Nouveau-Brunswick, de l’Île-du-Prince-Édouard, du Cap-Breton et d’ailleurs se rendirent à un endroit  situé à environ un mille du terrain de Grand-Pré. Ils descendirent tous à un endroit où une plate-forme de 12 pieds carrés avait été érigée. Cet endroit est celui d’où les Acadiens de 1755 embarques (sic) sur les navires anglais. Le terrain (12 pieds carrés) appartient à la compagnie du Chemin de fer Dominion Atlantic. Cette compagnie cède ce lopin de terre aux Acadiens à condition que d’ici le 3 septembre 1924 ils l’entourent d’une clôture et y érigent une croix de fer. L’Abbé A. Cormier, de Shédiac, après avoir lu l’acte de cession du terrain donna quelques explications. Ce terrain est situé à 50 pieds de l’endroit exact d’où les Acadiens de Grand-Pré en 1755 s’embarquèrent sur des chaloupes qui étaient venues dans le ruisseau, à sec maintenant, pour ensuite aller conduire les malheureux à bord des navires anglais à l’ancre dans le Bassin  des Mines à l’embouchure de la rivière Gaspareaux.

Les Acadiens s’étaient donc rendus à cet endroit pour la prise de possession de ce lopin de terre où ils érigeront un monument qui sera connu sous le nom de croix de l’embarquement.

L’honorable M. Véniot, Premier ministre acadien du Nouveau- Brunswick, prononça le discours de  circonstance. Nous sommes ici, dit- il, à l’endroit d’où partirent nos pères. En partant, ils durent jeter un  regard du côté de leur église et se dirent au fond du coeur : « Nous  reviendrons. » Ils y sont revenus puisque le berceau de leur race est de nouveau la propriété des leurs.

Conformément aux voeux exprimés l’été précédent, en juillet 1924 les travaux étaient en cours afin d’ériger une croix pour commémorer la dispersion des Acadiens :

Grâce à l’activité du comité de l’église-souvenir de Grand-Pré, et surtout de son énergétique président, le révérend A.D. Cormier, il s’érige actuellement près du terrain de Grand-Pré, une croix destinée à  perpétuer le souvenir de la dispersion des Acadiens en 1755.

C’est à Horton Siding (sic), à un mille et demi de distance du parc où  a été construite l’église-souvenir, que cette croix est érigée, tout près de la  ligne de chemin de fer. La croix est construite en fer malléable et a vingt pieds de hauteur. Elle est de style gothique et est sise sur une base en  ciment armé, faisant face à l’église-souvenir. Le tout est entouré d’une balustrade en fer d’à peu près quinze pieds carrés.

La croix porte deux inscriptions, l’une en français et l’autre en anglais. Cette inscription est comme suit :  « Le lit desséché du crique que l’on aperçoit dans le pré à quelques pas d’ici est l’endroit où furent embarqués sur les chaloupes, les victimes du Grand Dérangement de 1755 pour être transbordées sur les transports ancrés dans le Bassin des Mines. »

C’est la maison Abrams and Son de Moncton qui a construit la croix et elle est érigée par M. Thaddée Léger de Lewisville qui eut charge des travaux lors de la construction de l’église-souvenir.

Les plans ont été préparés par M.R.A. Fréchet. En cette occasion.  M. Fréchet a fait preuve d’un dévouement sans bornes à l’endroit des oeuvres de Grand-Pré. De fait, on ne saurait apprécier tout le temps que l’architecte Fréchet a dépensé à la préparation des plans et à la surveillance des travaux qui ont été accomplis à Grand-Pré depuis quelques années. Le Tout, son travail, sa surveillance des travaux qui ont  été accomplis à Grand-Pré ont été donnés généreusement comme contribution à l’oeuvre ayant refusé en toute circonstance d’accepter un sou de rémunération.

Comme le président du comité de l’église-souvenir, l’architecte Fréchet a fait preuve d’un dévouement dont  les Acadiens sauront lui tenir compte.

(L’Acadien, le 15 juillet 1924.)

Au cours de l’été 1924, Henri Bourassa et son journal Le Devoir organisent un pèlerinage « au pays d’Évangéline ». Les 280 délégués prennent leur départ de Montréal le dimanche 17 août 1924 à bord de  trains spéciaux du chemin de fer Canadien National. Le train fait son arrivée à Grand-Pré à 7 heures le  matin du mardi 19 août. Un article du 21 août du journal The Acadian, témoigne que les pèlerins voyageaient dans deux beaux trains de fer accompagnés par monsieur  G. Comeau, représentant du Dominion Atlantic Railway. Selon l’article, une cérémonie eut lieu à l’église-souvenir de Grand-Pré lors de laquelle le révérend A. D. Cormier et monsieur J. V. Landry de Shédiac ont pris la parole. Une messe fut ensuite célébrée par Mgr Richard de Verdun, Québec.

Croix de la Déportation (Croix de Grand-Pré), symbole très évoquant du Grand Dérangement.
Société Nationale de l’Acadie (sna@nbnet.nb.ca)

Après la messe, la foule s’est déplacée vers l’emplacement de la Croix de la Déportation pour une cérémonie de bénédiction présidée par Mgr Richard. Suite à la bénédiction de la croix, monsieur Henri Bourassa a prononcé une allocution qui fit la une de plusieurs journaux. Selon The Halifax Herald, et The Evening Mail, monsieur Bourassa aurait fait appel « à l’unité des deux races ». Le Devoir indique que les pèlerins ont été accueillis avec enthousiasme, que monsieur Bourassa a parlé à la bénédiction et « a eu un très grand succès ».

La croix, d’une hauteur d’environ 12 pieds (quatre mètres), a été érigée à quelques mètres seulement de la voie ferrée à l’époque durant laquelle des milliers de visiteurs se rendaient à Grand-Pré en train à chaque année. Dans un article sur le « Symbolisme de la Croix de  la Déportation », Maurice A. Léger écrit :

La croix dans la chrétienté est le gibet formé de deux pièces de bois placées en traverse l’une de l’autre sur laquelle fut supplicié Jésus-Christ. Par extension « faire  une croix » indique un événement extraordinaire; tandis que « faire une croix sur/ou dessus » signifie faire son deuil de quelque chose. La croix a toujours eut la connotation d’une certaine synergie antagoniste.

Tous ces caractères se retrouvent dans la « Croix de la Déportation » de Grand-Pré. La croix marque le site même de l’embarquement des Acadiens des Mines dans les chaloupes les transportant jusqu’aux navi- res qui les ont menés à leur destination d’exil en 1755. La croix est de forme latine, tréflée ou trilobée, la pièce verticale étant plus longue que la traverse horizontale. Les trois  extrémités supérieures se terminent par des trèfles ou tri lobes, symboles d’espérance et de la connaissance acquise ardemment de l’essence du Dieu trinitaire.

La simple croix latine est devenue le symbole par excellence du  christianisme et le signe de la rédemption. Les lobes aux extrémités représentent les points cardinaux de l’univers. La « Croix de la Déportation » se distingue particulièrement par les pièces décoratives à la réunion du pal et de la fasce (les deux pièces horizontale et verticale). Il  s’agit d’un cercle que traversent en sautoir quatre lances de fer. Le cercle symbolise l’univers et les lances rappellent à la fois le corps transpercé du Christ et la violence du  sort infligé aux exilés. Des éléments décoratifs fusent les lances à la jonction du bras horizontal de la croix ainsi que d’accent en forme de X au fer pointu qui expriment  la virulence de l’acte de dispersion. 

Le long du Bayou Tèche, Louisiane
(Société Nationale de l’Acadie : sna@nbnet.nb.ca)

Immédiatement sous la traverse se trouve un écusson sur lequel est inscrit : « À l’endroit où furent embarqués sur des chaloupes les victimes du Grand Dérangement de 1755 ». D’aucuns aimeraient nommer celle-ci la « Croix de l’embarquement »,  mais sa nomenclature actuelle lui donne une signification plus générique de toutes les péripéties qu’ont occasionnées ce Grand Dérangement.

Le contexte actuel

Le plan de gestion du lieu historique national de Grand-Pré, préparé en 2001, indique que la Croix de la Déportation est étroitement liée à l’objectif de commémoration de  Grand-Pré. Dans le passé, il avait  été question de déménager la croix au lieu historique national de Grand-Pré, mais puisque l’on pensait que la croix était située tout près du lieu d’embarquement des  Acadiens, cette option avait été rejetée. Pour conserver son importance historique et symbolique on était d’accord que la croix devrait être située à l’endroit de l’embarquement.

Des recherches plus récentes, surtout celles effectuées par Sherman Bleakney, démontrent toutefois que l’embarquement des exilés a eu lieu à environ 0,5 kilomètre de l’endroit actuel de la croix, soit à Horton Landing, sur les rives de la rivière Gaspareaux, où Parcs Canada commémore l’arrivée des Planters. Ce lieu avait jadis été nommé « Vieux Logis » par les Acadiens qui se sont établis  dans la région du Bassin-des-Mines vers la fin du dix-septième siècle. Depuis les dernières années, l’intérêt des visiteurs de se rendre à la Croix de la Déportation ne cesse de croître. Des centaines de visiteurs, sinon des milliers, se rendent à la croix à chaque année en empruntant les routes des marais ou en marchant  sur la voie ferrée. Cette situation inquiète les propriétaires des terrains  ainsi que la Windsor & Hantsport Railway Company, propriétaire actuel du chemin de fer, qui, en 2004, a formellement demandé à Parcs Canada de déplacer la croix afin de prévenir des accidents.

Des démarches ont été entamées auprès des autorités qui gèrent les marais (Marsh Body) afin de trouver un moyen d’aménager un sentier sécuritaire menant à la croix, mais aucune solution n’a été trouvée.

Intérêt international

En plus de jouir d’une promotion internationale et d’inspiration pour plusieurs artistes de renom, une  réplique grandeur nature de la croix  a été érigée à Saint-Martinville en Louisiane en 2003. La réplique a été aménagée dans le jardin de méditation du Monument acadien le long du Bayou Tèche, à l’endroit où la première communauté acadienne s’établit en 1765.

La Commission pour la commémoration internationale de l’Odyssée acadienne et du Grand Dérangement, créée par la Société Nationale de l’Acadie pour se pencher sur un projet concret de commémoration du 250e anniversaire de la Déportation, vient de proposer un projet d’envergure qui propose l’aménagement de monuments à plusieurs endroits dans le monde associés aux événements du Grand Dérangement. Le monument se compose de plusieurs plaques ainsi que d’une réplique de la Croix de la Déportation (voir couverture arrière de cette édition).

Proposition  de déplacement

Au cours de la dernière année, des consultations auprès de la Société Nationale de l‘Acadie, de la Société Promotion Grand-Pré ainsi que de la communauté locale ont révélé que la solution privilégiée serait de déménager la croix à un endroit accessible et sécuritaire. Puisque nous savons maintenant  que l’embarquement des Acadiens a eu lieu à Horton Landing, il y a consensus que la Croix de la Déportation aurait une plus grande valeur historique et commémorative si elle était située à l’endroit  précis où les Acadiens ont dû s’embarquer pour l’exil.

Au cours des derniers mois, la Société Nationale de l’Acadie et la Société Promotion Grand-Pré ont entre- pris des démarches auprès de Parcs Canada afin d’effectuer le déplacement. La communauté locale a été consultée et a donné son appui au déplacement. Parcs Canada prépare actuellement les plans et devis portant sur l’aménagement du terrain où sera déplacée la croix. La Société Nationale de l’Acadie se propose d’inaugurer le nouvel emplacement de la  croix le 28 juillet 2005, lors d’une cérémonie marquant le 250e anniversaire de la Déportation.

 

Remerciements :

Jocelyne Marchand
rapport sur la Croix de la Déportation.

Père Maurice Léger
Le Symbolisme de la « Croix  de la Déportation » de Grand-Pré

 

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L’église-souvenir de Grand-Pré, Lieu historique national acadien de Grand-Pré
Photo : Société Nationale de l’Acadie

 

 

The sense of being Acadian cannot be separated from the sense of being Canadian or American, English or French, because these identities form both the boundaries and the interstices of the Acadian story…  Acadie is the disappearance of a people from the geography of nations.  It has disappeared at gunpoint…  The Acadian deportation marks the beginning of the British Empire…  The Acadian exile marks the beginning of geopolitics -  politics based on the attempt  to enforce a planetary agenda…

         Clive Doucet,  Notes from Exile / On being Acadian,  1999, pp.3-4, 6, 42, 44.

Un pasteur anglais présente ses excuses aux Acadiens

2005 par Contribution anonyme

 

Paroisse Notre-Dame-du-Mont-Carmel, Î.-P.-É.

Le père Pierre-Marie Dagnaud, supérieur au Collège Sainte-Anne (auj. Université Sainte-Anne) à la baie Sainte-Marie (N.-É.) disait que l’étoile dans l’azur du drapeau acadien lui rappelait l’étoile du matin qu’il dénommait pour la circonstance « l’aurore des grands jours ». (Convention nationale d’Arichat, 1900)

Pasteur David Adcock, Southampton Community Church, Angleterre
(Photo : La Voix acadienne)

À en croire ce qui s’est passé à la messe du dimanche à la paroisse de Mont-Carmel (Î.-P.-É.), le 1er avril dernier, les paroissiens de cette paroisse ont pu tenir pour véritable que l’aurore des grands jours allait commencer à poindre. Car  un pasteur anglais du nom de David Adcock de la Southampton Community Church leur présentait ses excuses pour ce que son pays (l’Angleterre) avait fait à leurs ancêtres lors  de la Déportation de l’Acadie (Nouvelle-Écosse péninsulaire) en 1755 et de l’Isle Saint-Jean (Î.-P.-É.) en 1758. Et les paroissiens et leur curé, le père Eddie Cormier, furent entièrement pris au dépourvu. On ne s’y attendait guère. Les larmes coulaient chez certains. Les applaudissements crépitaient.

Tout cela avait commencé alors que des gens de la congrégation de la Summerside Community Church (Î.-P.-É.)  étaient allés en Angleterre chez leurs confrères à Southampton. Le pasteur Adcock, qui avait été pendant cinq ans, conseiller à la BBC en matière de radiodiffusion religieuse, fait partie de l’équipe d’un mouvement  protestant, évangélique et charismatique, un mouvement fort sur la réconciliation  des Églises et des peuples.

Le pasteur Adcock, qui parle un français impeccable, apprit des gens de Summerside qu’il y avait des Acadiens de langue française sur l’Île et que leurs ancêtres avaient été déportés par l’Angleterre. C’est alors que le pasteur anglais conçut l’idée d’entrer en contact avec le curé de Mont-Carmel, le père Eddie Cormier, et de lui demander s’il pouvait dans l’esprit du renouveau oecuménique, participer à la  messe du dimanche, le 1er avril 2001.

Se basant sur la seconde lettre de saint Paul aux Corinthiens 5 :17ss qui traite du sujet de la réconciliation ainsi que sur le thème du carême « Tant de raisons de se réconcilier »,  le pasteur surprit tout le monde avec les propos suivants :  « L’année dernière, quand je visitais l’Île pour la première fois, j’ai lu à propos de la Déportation du peuple acadien, et Anglais que je suis, je fus bouleversé d’apprendre ce qui vous était arrivé. Si vous pensez qu’il est approprié pour un Anglais, un pasteur de Southampton en Angleterre, en l’année 2001, de présenter ses excuses, permettez-moi de le faire ainsi. Je vous demande pardon pour la façon dont mon peuple vous a traités. »

Au dire d’un historien local, pas seulement pour les Acadiens de Mont-Carmel mais pour tout le peuple acadien , ce fut certes « l’aurore d’un grand jour », d’un jour annonciateur où la reine d’Angleterre se déplacerait à Grand-Pré, aujourd’hui en Nouvelle-Écosse (l’ancienne Acadie historique) pour venir faire des excuses formelles en son nom personnel pour ses ancêtres royaux et au nom du gouvernement du Royaume- Uni, pour avoir fomenté, délibérément et en temps de paix, la destruction systématique de la nation acadienne, inoffensive et neutre.

Et aussi pour avoir agi à l’encontre des lois du royaume (ex. : la Grande-Charte, etc.) protégeant tout citoyen britannique contre les abus du pouvoir. Car, il ne faut jamais oublier que les Acadiens, lors de leur Déportation, étaient justement des sujets britanniques depuis la chute de Port-Royal en 1710, ce que le traité d’Utrecht confirma en 1713. Arracher les Acadiens de leurs terres et les déporter constituaient un crime de lèse-humanité. 

Tiré de La Voix acadienne, le 30 mai 2001.

 

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Nous avons commis la faute la plus grave qui soit :  tuer un peuple! Oui, nous avons tué le peuple acadien… Nous l’avons tué en l’arrachant de ses terres comme on tue une plante en l’extirpant de son humus.  Ce crime entachera la réputation de la Grande-Bretagne pour les siècles à venir.  J’ai honte d’être anglais.

René Verville, Le saule de Grand-Pré, 2001, p. 440

(Monckton à son aide de camp, Douglas Fryman)

 

 

 

Attempted genocide of the Acadian and Mi’kmaq Nations

2005 par Daniel N. Paul

Daniel N. Paul

 

In early 1755 the Acadian Deputies were summoned to Halifax by Governor Lawrence and ordered to swear an oath of allegiance to the British Crown. This they refused to do, contending, as they had with Cornwallis in 1749, that if they did so the French would set the Indians against them and they would be massacred. The English lost no time in responding. Colonel Robert Monckton rounded up the Acadians in Chignecto, while Colonel John Winslow ordered those at Minas to assemble at Grand Pré. They were loaded into the holds of ships and scattered to the four corners of the world. Families were separated, never to see one another again, and untold numbers died in transport.

The Mi’kmaq faithfully stuck by their Acadian allies to the bitter end. Some of the Acadians tried to escape and were aided and protected by the Mi’kmaq to the best of their ability. The Mi’kmaq also joined forces with them to drive back the British, as was reported by the French Governor:

“The British burned the Village, including the Church at Chipoudy and was responded to thus. Mr. Boishebert, at the head of 125 Indians and Acadians, overtook them at the  River Pelkoudiak, attacked and fought them for three hours, and drove them vigorously back to their vessels. The English had 42 killed and 45 wounded. Mr. Gorham, a very active English Officer, was among the number of the wounded.  We lost 1 Indian, and had three others wounded.”

Many Acadians went into hiding among the Mi’kmaq and remained with them until the British and French ended their hostilities in 1763. A group of several hundred were hidden by the Mi’kmaq in the area known today as Kejimkujik National Park. The Expulsion order was almost universal.  Even individuals who had sworn allegiance to the British Crown and been promised the right to live peacefully in their ancestral homes were included.  Professor Jeffery Plank, University of Cincinnati, states:

Everyone involved understood the conflict to be a race war…. During the 1750s the politics of Nova Scotia centered on issues of national identity. At various times during the decade, the British engaged in combat with several different peoples who inhabited, or passed through, Nova Scotia: The Micmac, the French… and the Acadians… The British governors of Nova Scotia generally believed that they were surrounded by enemies, that the Acadians, the Micmac and the French would soon find a way to cooperate and overthrow British rule. One of the principle (sic) aims of British policy, therefore, was to keep these people separated, to isolate the Micmac, the Acadians, and the French. To achieve this goal of segregation, the colonial authorities adopted two draconian policies. In 1749 the governor began offering bounties for the scalps of Micmac men, women and children. The aim of this program was to eliminate the Micmac population on the peninsula of Nova Scotia, by death or forced emigration. In 1755 the British adopted a different but related strategy: it deported the Acadians, and relocated them in safer colonies to the west. Viewed in the abstract, these two programs, to pay for the deaths of the Micmac and to relocate and absorb the Acadians, represented very simple thinking. The colonial authorities who endorsed these programs placed the inhabitants of Nova Scotia into two categories, Europeans and savages, and treated them accordingly.

In retrospect, I don’t believe that the Mi’kmaq and Acadians could have ever escaped their fate. The paranoia and racism harboured by the British would never have permitted it. Today, the Acadians have in hand a half-hearted apology from the Crown for the horrors committed against their ancestors. However, the Crown stubbornly refuses to apologize for the horrors committed against the Mi’kmaq by Governors Edward Cornwallis and Charles Lawrence. Cornwallis, as the record witnesses, attempted Genocide, yet he is still widely honoured. A blot on this society that no decent human being can ever defend.

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We are upon a great and noble Scheme of sending the neutral French out of this Province,  who have always been secret Enemies, and have encouraged our Savages  to cut out throats. If we effect their Expulsion, it will be one of the greatest Things that ever the English did in America; for by all accounts, that Part of the Country they possess is as good Land as any in the World : in case therefore we could get some good English Farmers in their Room,  this Province would abound with all kinds of Provisions.

- news dispatch from Nova Scotia, printed in the Pennsylvania Gazette,
Sept. 4th, 1755

 

 

Grand-Pré et l’identité acadienne

2005 par Barbara Le Blanc

Barbara Le Blanc

 

Introduction

Le lieu historique national de Grand-Pré du Canada, haut lieu identitaire du peuple acadien, joue  un rôle primordial dans la construction d’un sentiment d’appartenance à la collectivité acadienne. Ce site a trois fonctions principales : lieu de pèlerinage touristique, lieu symbolique d’identité et finalement lieu d’habilitation (empowerment). Grâce à la force de ces trois fonctions, le lieu de Grand-Pré est devenu un point de référence dans la création, la présentation, l’affirmation et la validation d’un sentiment d’appartenance acadienne.

La création et la destruction d’un établissement acadien

Le hameau de Grand-Pré, fondé dans les années 1680 par Pierre Melanson dit Laverdure et sa femme Marie-Marguerite Mius d’Entremont, de Port-Royal, devient une des scènes de la Déportation acadienne en 1755.  Sous les ordres du lieutenant-gouverneur de la Nouvelle-Écosse, Charles Lawrence, 2 200 personnes sont déportées de la côte du Bassin-des-Mines vers les colonies britanniques le long de la côte atlantique du Nouveau Monde. C’est important de signaler que la moitié de ces déportés étaient des enfants. Les personnes exilées de leurs terres fertiles et prospères ont vécu une période d’errance et de migration à la recherche de terres d’accueil où ils pourraient se forger une nouvelle vie. Quant à leurs anciennes terres à Grand-Pré, elles sont occupées dès 1760 par un groupe d’habitants de la Nouvelle-Angleterre, les New England Planters.

La poésie sauve l’histoire  de la Déportation de l’oubli

Comme plusieurs établissements de l’Acadie du 18e siècle, Grand-Pré aurait pu tomber dans l’oubli si ce n’était pour un accident de parcours! Un poète américain, Henry Wadsworth Longfellow, en entendant l’histoire d’une jeune fille aux prises avec la Déportation et ses conséquences, décide d’écrire un poème, Evangeline : A Tale of Acadie, publié en 1847. Ce poème décrit d’une manière touchante l’expérience de cette héroïne fictive, Évangéline, et de son village natif et historiquement réel de Grand-Pré. Le poème connaît rapidement un  grand succès international. Il éveille un intérêt chez les poètes, les universitaires, les artistes et les touristes, qu’ils soient acadiens ou non. Lorsque le poème de Longfellow devient une lecture obligatoire dans les écoles canadiennes et américaines, le site de Grand-Pré gagne grandement en popularité.

La création d’un lieu  de pèlerinage touristique et d’un symbole acadien

L’image romantique d’Évangéline et de son paradis terrestre de Grand-Pré, tels que décrits dans le poème, a été utilisée par les entrepreneurs, anglophones pour la plupart, à des fins commerciales dans le développement du tourisme culturel en Nouvelle-Écosse dès la fin du 19e siècle. De plus, Grand-Pré et Évangéline ont servi de point de référence dans le cri de ralliement de l’élite acadienne auprès de la population acadienne dispersée à travers les provinces Maritimes du Canada.

En 1907, John Frederick Herbin, descendant acadien du côté de sa mère, Marie Robichaud, de Meteghan, en Nouvelle-Écosse, achète un terrain à Grand-Pré en vue d’y aménager un parc commémoratif à la mémoire de ses ancêtres. L’assemblée législative de la Nouvelle-Écosse vote une loi  afin de protéger le lieu que Herbin avait acheté. En 1917, Herbin vend le parc au Dominion Atlantic Railway (DAR) qui utilise les symboles d’une Évangéline romantique et d’un Grand-Pré pastoral afin d’inciter particulièrement des touristes américains à visiter la Nouvelle-Écosse. Les années 1920 et 1930 constituent l’âge d’or du site de Grand-Pré et du personnage d’Évangéline. Après avoir exploité le lieu avec succès pendant plusieurs années, le DAR vend la terre au gouvernement fédéral en 1956 et le site devient officiellement un lieu historique national en 1961.

Malgré le fait qu’Évangéline et Grand-Pré soient devenus des motifs centraux dans la création d’un sentiment d’appartenance, certains Acadiens et Acadiennes des années 1960 et 1970 croyaient que ces motifs  représentaient un symbole désuet. Les vertus chantées par Longfellow n’étaient plus appréciées par tous. Pendant cette période de remise en question au sujet des symboles qui représentaient l’Acadie, nous avons vu la naissance de plusieurs autres personnages telles Évangéline Deusse, la Sagouine et Pélagie la Charrette. Ces femmes fortes et sages parlaient la langue des Acadiens. Malgré l’appréciation du peuple pour ces nouvelles arrivées, Évangéline et son village de Grand-Pré continuent à habiter notre paysage physique et mental de multiples manières et, en le faisant, nourrissent notre imaginaire.

La création  d’une icône sociale

Dans ce contexte, tout au long du 20e et 21e siècles, des événements de commémoration ont servi de validation et de légitimation de Grand-Pré comme symbole acadien aux yeux du groupe même et pour les « autres ». Une série de célébrations de la culture acadienne et de commémoration de l’histoire du peuple acadien ont été parrainées sur le site par les Acadiens. En 1930, pour commémorer le 175e anniversaire de la Déportation, la Société canadienne des postes a inauguré un timbre de cinquante cents sur lequel on aperçoit la vue classique du site de Grand-Pré avec la statue d’Évangéline. En 1955, lors du bicentenaire de la Déportation, des milliers d’Acadiens et d’Acadiennes se sont rassemblés à Grand-Pré pour rendre hommage à leurs ancêtres. Finalement, le 15 août 2004, fête nationale de l’Acadie, la population acadienne a participé en grand nombre à une célébration lors de la fermeture officielle du troisième Congrès mondial acadien.

Tous ces gestes symboliques ne sont pas négligeables dans la construction identitaire du peuple acadien. Tous les écrits, les événements spéciaux, les oeuvres d’art, tout a servi dans la création du stéréotype, et  cela renforcé par les outils de marketing du lieu de Grand-Pré. Ces productions et ces manifestations ajoutent à la force d’attraction du site et contribuent à la production d’une icône sociale identitaire.  L’image qui en résulte attire non seulement les touristes mais sert aussi de ciment culturel pour la collectivité acadienne. Tous ces facteurs sociaux, économiques et politiques ont créé un lieu touristique attirant et un symbole d’identité puissant.

La création d’un lieu d’habilitation (empowerment)

Le lieu historique national de Grand-Pré est donc devenu un lieu de pèlerinage touristique, un lieu symbolique de l’identité acadienne, et une icône sociale autant pour les Acadiens que pour le grand public, à partir de la fin du 19e siècle. Grand-Pré et Évangéline atteignent une signification universelle en gardant vivant le souvenir de la Déportation des Acadiens et en commémorant le courage et la persévérance de ce peuple du 18e siècle. C’est en partie à cause de ce pouvoir d’icône que le site perdure dans la mémoire collective.

De la fin du 19e siècle jusqu’à nos jours, plusieurs Acadiens et Acadiennes ont utilisé ce souvenir du passé et cette mémoire collective, rattachés à l’histoire de Grand-Pré, afin de créer un lien avec un passé lointain et tragique, dans le but d’éprouver un sentiment de contrôle sur le présent et pour s’inspirer d’un avenir plus promettant. En mettant l’accent sur le site, le groupe a pu mieux lutter avec les questions d’identité en construisant un sentiment d’appartenance dans le contexte de la grande société anglophone environnante.

Dans ce travail de construction identitaire, les échanges interculturels, entre Acadiens et anglophones, ont influencé le sens d’identité acadienne. Historiquement, cette rencontre entre l’autorité britannique et la collectivité acadienne se trouve juxtaposée dans la période pré-Déportation (1632-1755). L’identité acadienne se trouve embrouillée à partir de la publication du poème écrit par l’Américain Henry Wadsworth Longfellow. Cette construction d’identité se trouve renouvelée dans le rituel  du tourisme. Et finalement, elle vit dans les efforts d’appropriation du site à Grand-Pré aux 20e et 21e siècles.

Conclusion

À travers le temps et l’espace, plusieurs membres de la collectivité acadienne ont utilisé le site de Grand-Pré afin de créer, de présenter, d’affirmer et de valider leur sentiment d’appartenance. Comme icônes, comme images et comme métaphores, le site de Grand-Pré et l’héroïne « Évangéline » sont utilisés dans la promotion du site comme lieu touristique et dans le réveil du peuple acadien à son histoire et à sa culture. Le lieu historique de Grand-Pré a servi et continue à servir d’indice historique, de point de référence culturel, d’élément cathartique, de catalyseur et de facteur de motivation, autant pour les membres de la collectivité acadienne que pour les « autres » (quand ils prennent connaissance de l’histoire) dans un processus de prise de contrôle sur le destin identitaire dans un monde changeant. Dans ce processus de construction de sentiments d’appartenance, à l’intérieur d’échanges interculturels dynamiques, Grand-Pré joue un rôle primordial en servant de lieu de commémoration du patrimoine et de célébration du passé, du présent et de l’avenir du peuple acadien. 

 

ROBERT MONCKTON : le député de la Chambre des communes en Angleterre qui vint déporter les Acadiens en 1755

2005 par Contribution anonyme

 

En 1755, le lieutenant-colonel Robert Monckton reçut du lieutenant-gouverneur Charles Lawrence le mandat d’organiser la déportation des Acadiens. Il s’en acquitta avec un cynique sang-froid et même  une certaine allégresse. Reconnaissant, le gouvernement anglais lui conféra le titre de lieutenant- gouverneur de la Nouvelle-Écosse.

Robert Monckton est né le 24 juin 1726, en plein solstice d’été, dans le Yorkshire anglais. Il était le se- cond fils de John Monckton de Cavil-Holyrod, qui fut créé vicomte de Galway, en 1727, et de Lady Elizabeth, fille de John Manners, deuxième duc de Rutland. De sa jeunesse on ne sait à peu près rien, sinon qu’il fut élevé dans toute la rigueur de la gentry anglaise et qu’il reçut une éducation rigoureuse et une formation militaire précoce.

Il n’avait que quinze ans, en 1741, lorsqu’il reçut une commission d’enseigne (porte-drapeau) dans le 3e régiment des gardes de Sa Majesté. L’année suivante, le jeune adolescent rejoignit l’armée anglaise dans les Flandres. Nommé lieutenant, il se battit en 1743 à Dettingen et il fut promu capitaine le 24 juin 1744, le jour de son 18e anniversaire de naissance. L’année suivante, Robert Monckton prit part à la bataille de Fontenoy, en qualité d’aide de camp de Lord Dunmore. Le 15 février 1747, il est nommé major. À 21 ans, c’est le plus jeune major de toute l’armée anglaise. Mais  sa fulgurante ascension ne faisait que commencer.  Robert Monckton est promu lieutenant-colonel le 28 février 1751. Puis, le 21 novembre suivant, à la mort de son père, il est élu aux Communes comme député de Pontefract.

En 1752, il fut envoyé à Halifax où il devint membre du conseil, le 28 août 1753. Le 21 août de l’année sui- vante, on le transféra à Annapolis comme lieutenant-gouverneur. En 1755, Robert Monckton amena de Boston environ 1 500 hommes de troupes provinciales, à la tête desquels il s’empare des forts Beauséjour et Gaspareau. Heureux de tels résultats et entièrement conquis par son efficacité, le lieutenant-gouverneur Lawrence lui confia le mandat d’exécuter des hautes oeuvres contre les Acadiens, c’est-à-dire la Déportation. Robert Monckton s’en acquitta, nous dit Lejeune, « avec un cynique sang-froid et avec une allégresse sauvage dont il ne se départait jamais ». Il donna ses instructions à ses sous-officiers, Winslow, Murray, Handfield et autres officiers. Comme salaire, on lui accorda, en décembre 1755, le titre et la charge de lieutenant-gouverneur de la Nouvelle-Écosse.

En 1758, nous dit Bona Arsenault, plusieurs familles de fugitifs acadiens vivaient cachées dans les bois de la rivière Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick actuel. Robert Monckton reçut l’ordre d’aller les déloger de leur retraite. L’expédition de 1 200 miliciens, commencée le  16 septembre 1758, dura deux mois et fut poursuivie, au mois de janvier 1759, par Moses Hazen, l’un de ses officiers, d’origine hébraïque. Toutes les maisons furent incendiées sur une distance de 35 milles. Plusieurs Acadiens furent tués et vingt-trois faits prisonniers. Les autres, fuyant à travers les bois, purent atteindre les rives du fleuve Saint-Laurent.

En 1759, Monckton est commandant en second, sous les ordres du général Wolfe, des troupes de terre dans l’expédition dirigée contre Québec, avec titre de brigadier-général. Il prit une part prépondérante aux opérations, en s’emparant d’abord des hauteurs de Lévis. Mais tous ses efforts, combinés avec ceux de  Wolfe et de Townshend, vinrent se briser contre les troupes françaises à la bataille de Montmorency.

Les deux brigadiers avisèrent alors le général Wolfe que, s’il voulait en finir avec les assiégés avant la  venue de l’hiver, il était urgent de lever le camp et de tenter une descente au-dessus de Québec, par l’Anse- au-Foulon. On sait que la combinaison réussit à merveille.

Le 13 septembre 1759, les troupes de Monckton se trouvèrent rangées en bataille sur les Plaines d’Abraham. Le 15, il écrivit à W. Pitt, du camp de la Pointe-Lévis, pour lui rendre compte de l’état du siège : 

J’ai le plaisir de vous annoncer que, le 13 courant, les troupes de Sa Majesté ont remporté une victoire  signalée sur les Français, un peu au-dessus de Québec.  Pendant qu’il exerçait tous ses efforts sur la droite de notre armée, le général Wolfe reçut, presque au commencement de la bataille, une blessure dont il mourut peu après.  Moi-même j’ai eu le grand malheur de recevoir à la poitrine, du côté gauche, une balle qui a percé une partie du poumon et qui a été extraite sous l’omoplate de l’épaule. J’ai été frappé juste au moment où les Français reculaient et j’ai dû quitter le champ de bataille. J’ai alors exprimé le désir que le général Townshend, qui commande maintenant les troupes devant la ville, dont il sera bientôt en possession, je l’espère, vous fasse le rapport des événements de la journée de nos opérations. Les troupes de Sa Majesté ont montré la plus grande fermeté et la plus  grande bravoure. Comme les chirurgiens me disent que ma blessure n’offre aucun danger, j’espère que je sera bientôt capable de rejoindre l’armée devant la ville.

Le 24 septembre 1759, promu colonel, Monckton se rendit à New York et reçut le commandement des troupes à Philadelphie. Le 20 février 1760, on lui accorda le grade de major-général et, le 20 mars 1761, le titre de gouverneur de New York et de commandant en chef des forces de la Province. Mais, la même année, il fut mis à la tête des troupes de terre dirigées sur les Antilles, tandis que l’amiral Rodney commandait les forces navales. Tous deux s’emparèrent non seulement de la Martinique, mais encore des îles de Grenade, de Sainte-Lucie et de Saint-Vincent. Ils furent félicités en commun par un vote unanime des députés à la Chambre des communes.

Le 28 juin 1763, le général Monckton, couvert de gloire, rentra en Angleterre, à peine âgé de 37 ans. Le 14 juin 1765, lorsque Sir Henry Moore fut investi de son gouvernement de New York, on le nomma gouverneur de Berwick-on-Tweed et Holy Island. Le 30 avril 1770, il recevait la commission de lieutenant-général et, huit ans plus tard, la charge de gouverneur de Plymouth. Il représenta ce comté comme député  au Parlement de Londres durant trois ans.

Robert Monckton est mort le 3 mai 1782 à l’âge de 56 ans. La ville de Moncton, au Nouveau-Brunswick, qui portait autrefois le nom de Le Coude, perpétue  sa mémoire, bien que l’orthographe ait été modifiée.

 

(Retitré et tiré de Héritage Acadien, revue d’histoire et de généalogie dirigée par Florian Bernard, no 8,  juillet 1995)