Catégories: ‘La Petite Souvenance 2004 (No 18)’

Mot du comité de rédaction du Comité historique Soeur-Antoinette-DesRoches

2004 par La Petite Souvenance

 

Pendant ces premiers 400 ans en terre d’Amérique, nous les descendants de ces Français de la colonie de la Cadie avons eu, à maintes reprises, maille à partir avec ceux qui parlaient en notre nom qu’ils viennent du royaume de Louis, du royaume de George ou du royaume de la feuille d’érable. Jadis, nos lointains ancêtres ont préféré la Cadie à la terre du Poitou de Louis. Naguère, il y a 250 ans, nos aïeux ont dû, par la force des choses, se résigner comme des moutons que l’on amène à l’abattoir quand ils ont préféré ne pas prêter un serment d’allégeance inconditionnel à George. Et il n’y a pas si longtemps, ces Cadiens que nous sommes se sont laissé faire accroire qu’ils faisaient partie de ce qu’on appelle communément la «Nouvelle-France» et c’est alors que le royaume de la feuille d’érable frappe belle monnaie pour marquer les 400 ans de notre existence. Or, le beau mot de Cadie ou d’Acadie n’y figure même pas. Et après 400 ans, on se demande pourquoi notre identité acadienne laisse parfois à désirer. Nous avons beaucoup de bons sentiments pour tous ces royaumes du destin mais c’est Cadiens ou Acadiens que nous sommes et notre pays c’est ici qu’il est!

Bravo pour avoir perduré, Acadiens et Acadiennes, nous dira-t-on! Et avec raison!

Un quadricentenaire (400 ans) à nous, il faut en parler! À l’Île Saint-Jean, les fêtes n’auraient pas pu mieux commencer que le soir du 18 novembre 2003, sous l’oeil vigilant d’un lieutenant-gouverneur acadien, alors que des figurants ramenaient à la vie (de gauche à droite) ces François Douville (Georges Arsenault), abbé Pierre-Paul Arsenault (père Éloi Arsenault), Mme Frank Perry (Alice Richard), abbé Georges-Antoine Belcourt (Jim Strew), Alma Buote (Eileen Chiasson-Pendergast) et Michel Haché-Gallant (Charles Duguay).

Au Musée acadien, on s’apprêtait aussi à fêter un heureux anniversaire. L’année 2004 allait marquer le quarantième anniversaire de l’existence du Musée acadien à Miscouche et c’était alors doublement place à la fête! Une exposition du 40e fut vernie le 14 mars cette année et la grandiose fête anniversaire aura lieu le 25 août en présence du lieutenant-gouverneur et de nombreux dignitaires alors qu’une plaque sera dévoilée en mémoire des 29 fondateurs du Musée acadien, les noms desquels se retrouvent inscrits sur la bordure de la couverture à l’avant de cette présente édtion. Ce sera au jour le jour que 40 ans passés, le 25 août 1964, le premier ministre Walter R. Shaw, aux côtés du premier président du Musée acadien, le Dr J. Aubin Doiron, coupait le ruban pour ouvrir officiellement un Musée acadien à l’Île-du-Prince-Édouard.

Deux autres de nos plus grands pionniers furent à Miscouche ce jour faste de cette première coupe de ruban en 1964. De prime abord, le Dr J. Henri Blanchard, chez qui mijotait depuis fort longtemps l’idée de faire construire un musée pour les Acadiens et préférablement un musée à Miscouche, lieu par excellence de l’adoption de deux puissants symboles nationaux, notre tricolore étoilé et notre Ave Maris Stella! Et ensuite, nulle autre que soeur Saint-Emmanuel, c’est-à-dire notre bien-aimée soeur Antoinette DesRoches du nom par lequel tous la connaissent aujourd’hui. À l’impossible nul n’est tenu, sauf pour soeur Antoinette DesRoches, pourrait-on dire car c’est elle qui de toute son âme a su susciter et convaincre de bâtir un musée comme on avait jadis bâti les pyramides d’Égypte!

La photo ci-contre avec nos deux figures de proue con-viendrait bien dans nos futurs manuels de classe pour l’histoire acadienne, pourvu qu’aucun royaume ne tienne plus jamais en laisse cette identité de Cadiens ou d’Acadiens qui a pris ses racines, ne l’oublions pas, en la Cadie dès 1604. 

 Au Comité historique Soeur-Antoinette-DesRoches, on s’apprêtait aussi à observer de façon spéciale le 400e. Quoi de plus seyant que de reconnaître les nôtres et de rendre hommage aux trépassés! Quant aux nôtres, nous nous réjouissons que deux membres de notre comité historique viennent d’obtenir chacun, ce 8 mai dernier, un doctorat honorifique de l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard. Il s’agit de Francis C. Blanchard et de Georges Arsenault. Nos félicitations profuses! Quant aux trépassés et à l’occasion du 40e du Musée, notre comité historique a suggéré à l’Association du Musée acadien d’honorer la mémoire de soeur Antoinette DesRoches et du Dr J. Aubin Doiron, en faisant nommer des salles du Musée acadien à leur honneur. Et à l’occasion du 400, nous voulons sensibiliser toute la population au rôle majeur qu’a joué Mgr Marcel-François Richard en tant que «Père de la Renaissance acadienne». C’est nous qui avons organisé pour ce 18 juin prochain, le dévoilement de plaques en hommage à Mgr Richard à l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard et à la Basilique Saint-Dunstan.

Notre projet le plus cher demeure, bien entendu, cette édition spéciale de La Petite Souvenance (no 18)! Le 15 juin 2003, lors du lancement du numéro 17 de La Petite Souvenance, nous avions l’insigne honneur d’entendre la nouvelle que notre lieutenant-gouverneur acadien, l’honorable J. Léonce Bernard, avait accepté d’être nommé le premier président honoraire à vie de l’Associaton du Musée acadien, dont nous sommes un sous-comité. C’est lui qui, le 24 avril 1992, en tant que ministre des Affaires communautaires et culturelles, avait fait la coupe de ruban pour l’ouverture officielle de notre tout nouveau Musée acadien (voir photo sur la couverture de cette édition) aux côtés du Dr J. Aubin Doiron et de J. Edmond Arsenault.

Mes collègues au Comité de rédaction, Francis C. Blanchard et Edmond Gallant, notre vice-président, se joignent à moi pour vous présenter encore cette année un florilège d’articles fort intéressants. Les habitués de notre revue historique vous fournissent d’emblée leurs recherches : Georges Arsenault sur l’historique des premiers 40 ans du Musée acadien et des petites trouvailles fort révélatrices eu égard aux pauvres gens qui deviennent banquiers à la Banque des fermiers de Rustico et aussi à propos des souvenirs de Marie-Hélène Arsenault, et ensuite Francis C. Blanchard sur le buste de l’empereur des Français, Napoléon III, un joyau pour le Rustico historique et finalement David Le Gallant qui écrit sur l’origine de la chandeleur et 10 ans consécutifs de la quête de la chandeleur acadienne (1995-2004) à l’Île-du-Prince-Édouard.

De nouveaux collaborateurs nous fournissent des bijoux sur la première route sur l’Île et sur l’odyssée remar-quable de Joseph «Chaculot» Gaudet et Marie-Blanche Bourg (Jean-Paul Arsenault), sur les Longuépée de l’Île (Stephen White) et en langue anglaise une superbe Reflection on our Acadian identity (James Perry, de Summerside). À l’occasion des fêtes du quadricen-tenaire (1604-2004) de notre peuple, nous sommes redevables à la coordonnatrice des fêtes du 400e à l’Île, madame Monica Arsenault, pour nous avoir fourni la liste des activités culturelles, historiques et sociales qui marqueront ces fêtes chez nous. Liste beaucoup trop copieuse, nous avons dû en faire une sélection arbitraire.

En terminant, je voudrais aussi exprimer au nom de notre comité de rédaction et de tout le Comité historique Soeur-Antoinette-DesRoches, notre profonde gratitude à Alexandre Roy pour une mise en page sublime et à tous nos commanditaires sans lesquels cette édition spéciale de La Petite Souvenance n’aurait pu voir le jour. Nous avons voulu exprimer notre reconnaissance de façon originale en inscrivant les noms de nos commanditaires sur la bordure de la couverture à l’arrière.

Que l’Acadie de 2004 soit pour nous une terre promise pour laquelle nos bons sentiments perdurent parce que c’est ici que nous avons planté et arraché et où nous sommes revenus pour rester… c’est ici le pays dont parlait le personnage d’Alexis Brault :

«Si, dans un siècle passé, les aïeux
ont préféré la Cadie à la terre du Poitou,
c’est qu’ils ne devaient pas être tout à fait heureux dans le royaume de Louis.
Je ne suis pas sûr que nous soyons
encore des Français.
Mon grand-père l’était peut-être
encore un peu, mon père un peu moins
et moi, je ne le suis peut-être plus du tout! Le reste de ma vie,
j’aurai quand même beaucoup
de bons sentiments pour le roi de France.
Mais c’est Cadien que je suis
et mon pays c’est ici qu’il est.»


René Verville,
Le saule de Grand-Pré,
Fides, 2001

Au nom des membres du comité de rédaction et de tout le Comité historique Soeur-Antoinette-DesRoches, bonne lecture de notre 18 édition!

Et vive la Cadie encore 400 ans!

David Le Gallant, président

Le Musée acadien a 40 ans!

2004 par Georges Arsenault

Georges Arsenault

 

Les fêtes commémoratives sont toujours d’excellentes occasions pour faire démarrer des projets de nature historique. C’est dans une telle circonstance que naît le Musée acadien.

En 1964, l’Île-du-Prince-Édouard était la scène de grandes célébrations qui marquaient le centenaire de la célèbre Conférence de Charlottetown où a été lancée l’idée de la Confédération canadienne. Le Gouvernement distribue, cette année-là, des sommes aux communautés désireuses de mettre sur pied des projets de nature à souligner cet événement historique et à faire ressortir le patrimoine des Insulaires.

Les directeurs de la Société historique acadienne de l’Île, fondée en 1955, année du bicentenaire du début de la Déportation des Acadiens, saisissent l’occasion qui se présentait pour voir se concrétiser un rêve qu’ils caressaient depuis une dizaine d’années, soit l’établissement d’un Musée acadien où ils pourraient conserver une partie du patrimoine en voie de disparition. Pour discuter du projet, ils convoquent une réunion de représentants des divers centres acadiens de l’Île. Cette rencontre a lieu le 26 janvier 1964. 

Soeur Antoinette DesRoches, près du foyer dans l’ancien
Musée acadien, le 2 novembre 1966

C’est la présidente de la Société historique acadienne, l’enseignante soeur Antoinette DesRoches (à l’époque, elle portait le nom de soeur Saint-Emmanuel), qui convoque la réunion. Elle rédige à la main la lettre d’invitation pendant les heures de classe. Au-dessus de la lettre, elle écrit : «J’écris ceci pendant l’étude des élèves; je ne veux pas les déranger par un dactylo. Cette lettre est pressée.» Quelques extraits de cette invitation illustrent bien l’esprit qui animait soeur DesRoches.  Le souligné est d’elle  :

Cher Acadien qui voulez que votre esprit vive quand votre corps sera mort.  Pensez-vous qu’après notre mort nous sommes vite oubliés? Cette pensée avait été une des raisons pour lesquelles les Pharaons avait bâti les pyramides. Ne serait-ce pas une consolation pour vous de savoir qu’il y aura un édifice qui rappellera votre souvenir aux générations de l’avenir? Voici une manière de conserver peut être immortellement votre souvenir – aidez à bâtir un Musée Acadien à Miscouche. C’est dans ce village qu’en 1884 on a choisi le drapeau acadien et l’hymne national.

[...]

Dans ce musée, nous honorerons Père Poirier le premier prêtre acadien de l’Ile, les Frères Haché Gallant, Père P. P. Arsenault, Sénateur Arsenault, Dr Blanchard, les prêtres qui ont travaillé dans nos paroisses, etc. etc.

Que Notre Dame de l’Assomption touche vos coeurs pour que vous veniez montrer que les Acadiens de l’Ile peuvent travailler ensemble pour la cause acadienne.

La réunion a lieu à la date prévue. Le même soir, les 27 personnes présentes (deux personnes absentes ajoutèrent également leur appui) décident de créer un musée acadien pour l’Île-du-Prince-Édouard et de le situer à Miscouche. On choisit aussi de le construire dans le style «pièce sur pièce» pour rappeler l’architecture des maisons des pionniers.

Voici un tableau chronologique de l’évolution du Musée acadien jusqu’à nos jours.

le 26 janvier 1964 : Réunion de fondation de l’Association du Musée acadien tenue au Couvent Saint-Joseph de la Congrégation de Notre-Dame, à Miscouche. Dr J. Aubin Doiron est élu à la présidence et soeur Antoinette DesRoches au poste de secrétaire-trésorière.

le 24 mars 1964 : Incorporation de l’Association du Musée acadien.

•  le 25 août 1964 : Ouverture officielle du Musée acadien par le premier ministre Walter R. Shaw.

1972 : Agrandissement du Musée dans lequel on construit une voûte à l’épreuve du feu.

1979 : Soeur Antoinette DesRoches, directrice du Musée pendant 15 ans, démissionne. Elle est remplacée par soeur Marguerite Richard qui occupe
le poste pendant sept ans. C’est grâce à la générosité de la Congrégation de Notre-Dame que ces deux religieuses ont pu se consacrer bénévolement à la direction du Musée.

1979 : Sous la direction de soeur Marguerite Richard, lancement d’un projet pour constituer un fichier généalogique à partir des registres des paroisses comprenant une importante population acadienne.

1982 : J. Edmond Arsenault devient président de l’Association du Musée acadien. Il jouera un rôle de premier plan dans le développement du Musée jusqu’à son décès en 1994.

1983: Début du projet de catalogage de la collection d’artefacts du Musée, selon les normes muséales reconnues.

1984 : Publication du rapport d’étude du consultant Barry Lord sur la planification du Musée acadien. Parmi ses 126 recommandations, il recommande la construction d’un nouveau musée.

1985 : Création du Centre de recherche acadien de l’Île-du-Prince-Édouard.

1986 : Murielle Arsenault devient la première directrice rémunérée.

1986 : Réorganisation de l’intérieur du Musée acadien pour y aménager une première exposition permanente thématique intitulée «Les Acadiens de l’Île-du-Prince-Édouard, de 1720 à nos jours».

1987 : Début du classement des fonds archivistiques, selon les normes reconnues.

1987 : Lancement d’une campagne de financement et création d’un fonds de fiducie.

1988 : Premier octroi de fonctionnement grâce à l’Entente-cadre sur la promotion des langues officielles entre les gouvernements fédéral et provincial. Ceci permet l’embauche d’une directrice (Cécile Gallant) et d’une secrétaire administrative (Angèle Barriault). Ouverture du Musée acadien à longueur d’année.

le 3 octobre 1990 : Début de la construction du nouveau Musée acadien suite à l’obtention de financement dans le cadre d’une entente fédérale-provinciale.

le 24 avril 1992 : Ouverture officielle du nouveau Musée acadien par l’honorable J. Léonce Bernard, ministre des Affaires communautaires et culturelles, accompagné lors de la coupe de ruban par le Dr J. Aubin Doiron, président fondateur du Musée acadien (1964), et par J. Edmond Arsenault, le président en exercice.

le 1er avril 1996 : Intégration du Musée acadien au Musée et à la Fondation du patrimoine de l’Île-du-Prince-Édouard.

1998 : Lancement du site Web du Musée acadien : www.teleco.org/museeacadien créé par Edwige Nicolas.

le 25 août 2003 : Entrée en fonction de Jean Bernard en tant que premier archiviste de la communauté acadienne et francophone de l’Île-du-Prince-Édouard.

le 14 mars 2004 : Ouverture de l’exposition du 40e anniversaire du Musée acadien intitulée «Le 40e du Musée acadien (1964-2004)… un riche patrimoine à valoriser au seuil du 400e de l’Acadie».

La première route sur l’Île – Le chemin de Havre-Saint-Pierre

2004 par Jean-Paul Arsenault

Jean-Paul Arsenault

 

Peut-être s’agit-il du plus ancien chemin à l’Île-du-Prince-Édouard comme on le prétend sur une enseigne routière mais le Covehead Road n’est pas la première route utilisée par les colons européens pour transporter personnes et marchandises d’un endroit à l’autre.  En effet, cette distinction appartient au sentier qui liait le haut de la rivière Hillsborough, ou rivière du Nord-Est, à l’établissement français de Havre-Saint-Pierre, village principal de la paroisse de Saint-Pierre-du-Nord.  Dans l’atlas Meacham de 1880, on aperçoit une courte section de chemin entre le lac St. Peters et la baie St. Peters nommée «Old St. Peters Highway».1 Celle-ci représente l’extrémité est du lien entre Port-La-Joye, les emplacements acadiens le long de la rivière Hillsborough et ses tributaires, et le centre commercial de l’Île Saint-Jean, Havre-Saint-Pierre, pendant le régime français de 1720 à 1758.

Cet article présente une analyse des documents historiques et des cartes géographiques datant du régime français et des premières années de l’administration britannique, et met en évidence le récit de la visite à l’Île Saint-Jean de l’ingénieur militaire Louis Franquet qui a parcouru la route pendant l’été 1751.  L’article décrit d’abord brièvement les portages utilisés sur l’Île dont l’un est le précurseur du chemin de Havre-Saint-Pierre, ainsi que ce premier établissement commercial d’envergure.

Les anciens portages

Avant l’arrivée des colons européens, les autochtones voyageaient abondamment sur l’île qu’ils nommaient Epekwitk, et ils utilisaient des portages entre les côtes nord et sud à certains endroits où les distances et la topographie permettaient le transport par voie de terre.  Plusieurs de ces portages seraient utilisés plus tard par les Européens, et leurs emplacements ont été préservés par le biais de noms modernes de chemins et de villages.  Portage, par exemple, est situé sur une section étroite du comté de Prince, entre les rivières Percival et Portage, une distance de trois kilomètres et demi.  Le chemin Portage dans le comté de Queens marque le lieu probable d’un portage entre la rivière Hillsborough et la baie de Tracadie, une distance de trois kilomètres.  Le village d’Urbainville dans le région Évangéline est connu sous le nom de Portage, appellation qui indique probablement la route par voie de terre entre la baie Egmont et la rivière Ellis, une distance de huit kilomètres.  Un autre portage est celui entre le ruisseau Read sur la baie de Bédèque et le ruisseau Rayner sur la baie de Malpèque, une distance de trois kilomètres et demi.2

Quelques portages sont indiqués sur les anciennes cartes françaises, par exemple, celle de 1730 qui énumère les familles établies le long de la rivière Hillsborough3.  Celui qui nous intéresse a son origine près du village contemporain de St. Andrews et est indiqué sur la carte comme allant vers Havre-à-l’Anguille, connu aujourd’hui sous le nom de Havre-aux-Sauvages.  Les Mi’kmaq habitaient le haut de la rivière Hillsborough et, sans doute, auraient utilisé ce portage pour traverser de la rivière à la baie et se rendre dans le golfe Saint-Laurent.  Quittant la rivière sans doute à l’embouchure du ruisseau Bambrick, le voyageur marchait environ deux kilomètres portant canot et provisions, pour ensuite reprendre la navigation dans la partie sud-est du Havre-aux-Sauvages à l’endroit le plus proche, le ruisseau MacIntyre.  Pagayant vers le nord, ils quittaient le havre pour ensuite longer la côte vers l’est pour atteindre Havre-Saint-Pierre, une distance d’environ treize kilomètres.  Les documents de la période française n’indiquent pas quand le portage a été remplacé par une route; le premier récit écrit est celui de l’ingénieur Louis Franquet qui emprunta cette route en 1751.  Il serait raisonnable de présumer qu’une fois la circulation de personnes et de marchandises ayant atteint un certain volume, le pouvoir humain et la capacité des canots n’auraient plus fourni à la demande.  La tradition orale dans la communauté locale prétend que ce portage aurait été utilisé comme sentier de transport et que, à certains endroits, des traces de roues de charrettes seraient encore visibles de nos jours.

Havre-Saint-Pierre

Le régime français à l’Île Saint-Jean a connu ses débuts avec l’arrivée en 1720 d’un groupe de soldats et de colons envoyés par le comte de Saint-Pierre.  Ce dernier avait reçu une concession du roi Louis XV lui permettant d’exploiter la pêche et les autres ressources naturelles se trouvant dans les îles Saint-Jean et Miscou, ainsi que dans les îles avoisinantes du golfe Saint-Laurent.  Deux tiers des habitants de la nouvelle colonie se sont rendus à Havre-Saint-Pierre où ils ont établis ce qui deviendrait le centre commercial, tandis que Port-La-Joye serait le centre militaire et administratif.4 Bien que l’entreprise du comte de Saint-Pierre ait connu la faillite en 1724, la communauté qui porte son nom a continué de grandir en étendue et en importance.

 En soustrayant les 104 pêcheurs du recensement de 1735, cela nous donne un meilleur portrait du nombre de résidants permanents à cette époque.  Donc, la population de Havre-Saint-Pierre aurait augmenté de façon importante entre 1735 et 1752.  Le recensement de 1752 démontre qu’une partie de l’augmentation est due aux naissances; le reste est attribué à l’arrivée de nouvelles familles.5 Cette augmentation a eu lieu malgré quelques sinistres tels qu’une épidémie de souris dévastatrice en 1738, et des incendies de forêt en 1736 et 1742.  Ceux-ci ont détruit forêts, maisons et cultures à Havre-Saint-Pierre et le long de la rivière Hillsborough.  Plusieurs administrateurs militaires à Port-La-Joye ont recommandé que le quartier général de la colonie soit déménagé à Havre-Saint-Pierre puisque cet endroit s’avérerait plus convenable comme avant-poste principal du roi.  Pour appuyer leurs arguments, ils se référaient à la supériorité de la pêche, de l’agriculture et du commerce ainsi qu’une population plus élevée.  Toutefois, le ministre responsable a refusé leur proposition en raison de l’incapacité du havre d’accommoder les vaisseaux du roi.6 En 1744, le statut de l’avant-poste militaire de Port-La-Joye a été rétrogradé et, pendant l’hiver, les troupes ont été mises en garnison à Havre-Saint-Pierre.  Renforcées de leurs alliés mi’kmaq et acadiens, les troupes se sont engagées dans une action militaire contre les Anglais de la Nouvelle-Angleterre à la rivière Hillsborough en juin 1745.  Nous croyons qu’au cours de la bataille, ils auraient tué quelques soldats anglais et en capturé vingt-huit ainsi qu’un vaisseau anglais, avant de regagner Havre-Saint-Pierre et d’embarquer pour Québec an août 1745.7

L’administration française fut de retour en 1748, année qui marqua la restitution de l’Île Saint-Jean à la France grâce au traité d’Aix-la-Chapelle.  Encore une fois, Port-La-Joye est devenu le port principal et le siège du gouvernement.  Marin, pêcheur et marchand, François Douville a fait construire un moulin à farine à Havre-Saint-Pierre pour prendre avantage de la croissance économique.  Malgré les tensions militaires entre les Anglais et les Français en Amérique du Nord, les habitants de l’Île Saint-Jean ont pu poursuivre leur vie tranquille de culture et d’élevage.

À sa plus belle époque pendant les années 1750, Havre-Saint-Pierre était une communauté très prospère.  Des fouilles récentes entreprises par Parcs Canada sur la côte nord de la baie de Saint-Pierre à Greenwich ont permis de découvrir la propriété d’un forgeron.  L’archéologue Rob Ferguson a déclaré que des morceaux de porcelaine ont été trouvés ainsi que des verres de vin et de la vaisselle allemande, anglaise et française.  Il a rapporté que : «Ces gens n’étaient pas que de simples paysans; ils étaient des entrepreneurs, ils avaient des surplus et de l’argent pour acheter des articles de luxe» (traduction de l’auteur).8 Le village comptait une belle église et un presbytère ainsi qu’un curé. De toute évidence, il s’agissait d’une communauté complète, prospère et indépendante.  Afin de fournir un moyen de transport plus efficace entre Port-La-Joye et Havre-Saint-Pierre, une route fut construite afin de lier le haut de la rivière Hillsborough à ce qui était devenu le centre commercial le plus important de l’Île Saint-Jean.

La visite de Louis Franquet en août 1751

La meilleure description du chemin allant à Havre-Saint-Pierre est celle de l’ingénieur français Louis Franquet qui, dans sa capacité d’inspecteur général des fortifications, a préparé un compte-rendu détaillé de son voyage d’inspection à l’Île en 1751.  Ordonné par le roi à dessiner des fortifications pour protéger l’Île Royale et l’Île Saint-Jean contre les Anglais, suite au traité d’Aix-la-Chapelle de 1748, Franquet soumet un rapport qui est considéré par la plupart des historiens comme un portrait réaliste de ce qu’il a vu et vécu.  Contrairement à d’autres voyageurs, il n’avait pas l’intention de publier un récit de voyage. Tel que noté dans le Rapport de l’archiviste de la province du Québec : «Le voyageur qui n’écrit pas pour le public est plus vrai, plus sincère.  Il n’a aucun intérêt à ménager et écrit ce qu’il pense».9

Louis Franquet est arrivé à Port-La-Joye le 2 août 1751 et il passa les prochains six jours à inspecter l’emplacement, prenant note du port lui-même,  des fortifications et des fermes acadiennes, tout en dressant les plans d’un nouveau fort.  Le 9 août, il monta la rivière du Nord-Est dans sa gabare avec l’aide de six rameurs et remorqué par un voilier (esquif).  Après avoir passé la nuit à Belair, aujourd’hui Scotchfort, chez les sieurs Bujeau et Gauthier, il commenta avec enthousiasme la grande richesse des terres qu’il dit aussi bonnes que dans les meilleurs cantons de France.  Ensuite, il monta la rivière une distance de deux lieues, à peu près huit kilomètres, ce qui l’aurait placé entre St. Andrews et le AS@ dans le haut de la rivière du Nord-Est, un peu en aval de l’embouchure du ruisseau Tannery. Son compte-rendu est le suivant :

Après avoir fait environ deux lieues, l’on découvrit, de loin, une maison de face au cours de la rivière; l’on nous dit que son origine était à un quart de lieue au-dessus, et qu’il était à propos, crainte de manquer d’eau plus avant, de mettre à terre à la rive droite [nord] vis-à-vis l’habitation de la veuve Gentil, nous y vîmes de près des grains de la plus grande beauté, et le chemin de là au havre St-Pierre étant frayé, large de 6 à 7 pieds et propre à des charrettes attelées de deux boeufs, on le suivit à pied, il traverse des bois brûlés dans lesquels est une grande quantité de bleuets qu’on mange en rafraîchissement, il va aboutir au ruisseau à Comeau où la mer forme une espèce de barachois qu’on traverse à sec, à marée basse, et à haute mer sur deux pieds et demi d’eau; cet endroit est réputé le point milieu du chemin d’entre la dite veuve Gentil et le havre St-Pierre.

À la sortie de ce barachois, le chemin rentre dans le bois jusqu’à l’endroit nommé la Queue-des-Étangs où un autre petit ruisseau forme semblable barachois, toujours couvert d’eau, et dont le fond vaseux et mol en rend le passage difficile.

C’est à cet endroit que les dunes commencent à se former, elles garantissent le pays des inondations de la mer, le chemin les laisse à gauche et à droite il borde des étangs que l’on traverse de distance à autre, il s’y trouve ordinairement deux pieds à deux pieds et demi de hauteur d’eau et dans les grandes crues toute l’assiette du chemin en est couverte; néanmoins comme elle est dure, il n’y a aucun risque d’y passer, mais seulement beaucoup d’incommodités aux gens de pied qui sont obligés de se mouiller; à la sortie de ces étangs se trouvent les clôtures des terrains concédés, on les côtoie pour arriver devant l’entrée du havre du Petit-St-Pierre.10

Le plan de Franquet pour une route supérieure

Franquet passa la journée du 11 août à Havre-Saint-Pierre décrivant dans son journal les environs du village, la condition du havre et les difficultés encourues par les pêcheurs forcés d’échanger avec Louisbourg.  Il dressa aussi les plans d’un fort carré à quatre bastions sur le sommet de la colline où était située l’église.  Le lendemain, il quitta Havre-Saint-Pierre :

L’on suivit le chemin qu’on avait tenu en venant, il parut également mauvais aux voitures et incommode aux gens de pieds; parvenus chez la dite veuve Gentil, l’on fut visiter une fontaine nommée communément la Grande-Source, éloignée d’un petit quart de lieue de la maison de la dite veuve, et d’une demie de l’endroit où la rivière du Nord-Est prend son origine; les habitants prétendent que dans le canal de la décharge de ses eaux dans la dite rivière, il y en a suffisamment à demi-marée pour le remonter en canots, et même en chaloupes, que c’est l’endroit le plus propre au mouillage des bâtiments, et au dépôt des marchandises à transporter du dit havre St-Pierre au port LaJoie; leur sentiment à cet égard se trouve soutenu du mauvais état du chemin qui conduit à St-Pierre, de la facilité qu’il y en aurait d’en tracer un nouveau, A, B, depuis la dite Grande-Source, droit sur l’église du dit havre; ce projet nous ayant paru avantageux aux habitants, l’on fut reconnaître le local et après avoir examiné les terrains que son alignement parcourra l’on est convenu qu’il pourrait s’exécuter sans la moindre difficulté, qu’il ne saurait que concourir au commerce et à établir une relation prompte d’un endroit à l’autre; l’on a rapporté l’ancien chemin et le nouveau projeté à la carte de cette île.11

La carte identifiée dans le compte-rendu de Franquet est celle qui est dessiné à l’envers, c’est-à-dire avec le sud vers le haut.12 Chose étrange, elle démontre la maison de la veuve Gentil et le début du chemin à Havre-Saint-Pierre comme étant situés sur la rivière du Nord-Est au sud de la baie de Tracadie à Belair.  Pourtant, si Franquet avait séjourné à Belair, au sud de la baie de Tracadie et, le lendemain, avait monté la rivière une distance de deux lieues avant d’arriver chez la veuve Gentil, la carte ne peut pas être correcte.  Toutes les cartes subséquentes, incluant celle de Samuel Holland, indiquent que le chemin de Havre-Saint-Pierre quittait la rivière Hillsborough (Nord-Est) au sud du Havre-aux-Sauvages, non pas de la baie de Tracadie.13 Toutefois, la carte de Franquet illustre bien son plan pour une route plus directe, A, B, de la rivière allant jusqu’au village.

De là, alors, la question se pose : la nouvelle route, a-t-elle été construite? Il n’existe aucune preuve que ce chemin et les autres recommandés par Franquet ont été construits.  Nous savons qu’il existait un sentier entre Havre-Saint-Pierre et l’établissement de Jean-Pierre Roma à Trois-Rivières, et un autre entre Trois-Rivières et Port-La-Joye, bien que ceux-ci ne semblent pas avoir été convenables aux charrettes, seulement aux personnes à cheval.

Extrait de la Carte de Lisle St. Jean dessinée après la visite de Franquet.

 Toutefois, il existe quelques indices intéressants dans les documents et revues historiques, et dans la tradition orale des personnes qui connaissent l’histoire des communautés de Cherry Hill, Head of Hillsborough et le Cameron Settlement.  Par exemple, dans le Prince Edward Island Magazine de 1900, J. Bambrick écrit (traduction de l’auteur) : « Un autre sentier liant la rivière Hillsborough et St. Peters passait à travers d’une forêt épaisse au sud de la voie ferrée.  Bien qu’utilisée seulement les mois d’hiver, des colons s’étaient établis le long du chemin.  Comme preuve, on a trouvé des vieilles caves au nord du Cameron settlement».  Plus tôt, dans le même article, Bambrick dit (traduction de l’auteur) : «Les os d’une paire de boeufs, comprenant aussi une grosse chaîne par laquelle ils étaient amarrés contre un arbre et, à côté, les restes de métal de la charrue ont été trouvés, il y a quelques années, au fond des bois, au nord du Cameron Settlement ».14 Bambrick a présumé que ces artefactes fournissaient la preuve que les Français s’y étaient établis auparavant.  Un autre indice intéressant de l’existence du chemin se trouve dans le recensement de 1752 du Sieur de la Roque.  Il décrit Mathurin Thenière comme étant établi sur une terre «…située à l’intérieur à un demi-lieue du chemin du Roi qui mène à la Grande-Source».  On dit que d’autres colons énumérés au même recensement, et qui se trouvaient le long de la rivière du Nord-Est, vivaient près de la grande Source.15

En se servant d’une carte géographique et un peu de raisonnement déductif, on pourrait s’imaginer que le trajet proposé par Franquet aurait rejoint la rivière du Nord-Est près du ruisseau Tannery, le premier cours d’eau en aval de la source de la rivière principale à pouvoir flotter un bateau d’une grandeur commerciale.  De là, le chemin aurait parcouru les terrains plus élevés au sud du ruisseau Tannery, évitant ainsi les terres marécageuses entre le ruisseau et la voie ferrée et aurait traversé le ruisseau Berrigan à l’est du chemin MacEwen, se dirigeant au sud de l’Étang-de-Saint-Pierre pour arriver enfin au village de Havre-Saint-Pierre.  Au lieu de faire douze kilomètres sur le premier chemin, celui-ci aurait fait à peu près neuf kilomètres et ce, sur un meilleur parcours.  Toutefois, sans preuves supplémentaires, nous ne pouvons pas connaître le trajet exact de ce que de la Roque appelle le «chemin du Roi qui mène à la Grande Source».

Traçant le parcours du premier chemin à l’Île-Saint-Jean

La carte de Samuel Holland démontre un chemin qui commence à la rivière Hillsborough où elle croise la ligne entre les comtés de Queens et Kings, allant en direction nord-est vers Havre-aux-Sauvages, pour traverser le ruisseau MacEwen.16 Ensuite, le chemin tourne vers l’est, traversant le ruisseau MacDougall et, de là, va en direction de St. Peters Harbour, traversant St. Peters Lake au mitan de celui-ci.  De l’autre côté du ruisseau MacDougall, la carte de Holland indique une branche du chemin s’en allant vers le nord-est pour atteindre la côte.  Cette route pourrait être le parcours décrit par Franquet lorsqu’il dit avoir d’abord traversé deux ruisseaux, probablement MacEwen et MacDougall.  Ensuite, l’on présume que le sentier aurait mené au nord de la série d’étangs puisque Franquet décrit les dunes à sa gauche et les étangs à sa droite.

Carte de Samuel Holland indiquant « Road to St. Peters ».

Le Meacham’s Atlas démontre un chemin nommé le Canovey [Canavoy] Road qui mène ves le nord-est à partir du St. Peters Road près de St. Andrews.17

Extrait de Meacham’s Atlas indiquant le Canovey Road.

Plusieurs cartes dont nous ne connaissons pas les dates dénomment ce chemin «Road to Savage Harbour» ou «Road to Stukeley».18 Dans le Provincial Road Atlas, ce bout de chemin de deux kilomètres est indiqué par le numéro 23747, et l’on dit qu’il est impraticable.19 Vraisemblablement, il s’agit du dernier vestige de la première route sur notre Île.  Malheureusement, elle existe seulement comme un droit de passage abandonné, une section qui a récemment été transféré à un particulier qui possède de la terre des deux côtés.

Extrait du Provincial Road Atlas indiquant le chemin no 23747.

À l’autre extrémité se trouve le village abandonné de Havre-Saint-Pierre.  Au sommet des terres avoisinantes, on retrouve aujourd’hui une maison construite en 1883 par un dénommé John Sinnott.  En parlant de sa construction, le Weekly Examiner & Island Argus écrivait que le propriétaire (traduction de l’auteur) «… posait la fondation … sur le présumé site de l’ancienne église française… L’endroit est dominant; l’emplacement environ un quart de mille de la côte.  Les inégalités étranges du terrain à côté sont suggestifs.  Une cloche d’église a été trouvée à une distance de quarante verges, en direction du nord B entre la maison et la côte … le premier enfant né à Havre-Saint-Pierre (ou dans l’Île-du-Prince-Édouard) a été baptisé dans l’église de Saint-Pierre…».20 Plus tard, en 1901, John Caven écrivait dans le Prince Edward Island Magazine (traduction de l’auteur) : «Au sud, où la terre monte à partir de la côte, à mi-chemin sur une inclinaison graduelle, se trouvaient les maisons des pêcheurs.  Deux rangés de caves, chacune d’une longueur de cent verges, et séparées d’une rue, marquent encore l’endroit… Au sommet de l’éminence, à quelques verges près de l’habitation de M. Sinnott, se trouvait l’église».21

Conclusion

Eh bien, peu de traces ont survécu du premier chemin de l’Île, le chemin à Havre-Saint-Pierre.  Grâce à l’intérêt démontré par les gens de la place et les historiens acadiens ainsi qu’aux fouilles archéologiques impressionnantes présentement en cours par Parcs Canada à Greenwich, nous commençons à découvrir la vraie histoire du premier centre commercial de l’Île.  Espérons que la sagesse et le respect pour le passé triompheront sur les intérêts commerciaux de notre monde moderne, et que nous pourrons un jour commémorer l’importance de ce lieu historique d’une manière appropriée.  Il est dommage que les résidants locaux et le gouvernement provincial n’ont pas reconnu l’importance historique de ce qui reste de ce premier chemin.  Peut-être n’est-il pas trop tard pour désigner et protéger certaines sections de cette route patrimoniale en utilisant un instrument législatif approprié.

 

 1          Illustrated Historical Atlas of Province of Prince Edward Island, J. H. Meacham  & Co. 1880. Edited by Mika Publishing Company, Belleville, Ontario, 1977, p. 92.

2          « Voyage d’inspection du Sieur de la Roque. Recensement 1752. » Rapport concernant les Archives canadiennes pour l’année 1905. Ottawa: Imprimeur du Roi. p. 156.

3          Plan de la rivière du Nord-est en Lisle St. Jean en 1730. Archives nationales du Canada, contact no. c49768.

4          Barbara Schmeisser, Building a Colonial Outpost on Île-Saint-Jean, Port LaJoye 1720-1758, Parks Canada Agency, 1999, p. 3.

5          «Voyage d’inspection du Sieur de la Roque. Recensement 1752.», Rapport
concernant les Archives canadiennes pour l’année 1905
, Ottawa : Imprimeur du Roi,  pp. 128-143.

6          Barbara Schmeisser, op,cit., pp. 20-31.

7          A. W. Warburton, A History of Prince Edward Island, Barnes and Co., Saint John, N.B., Section C., pp. 1-2.

8          Mary MacKay, «Buried Treasures», The Guardian, Charlottetown, P.E.I., July 26, 2003, Section C., pp. 1-2.

9          Rapport de l’archiviste de la province du Québec pour 1923-1924, pp. 111-139.

10        op. cit., p. 118.

11        op. cit., p. 121.

12        Carte de Lisle St. Jean dans le Golfe de St. Laurent au Canada, Provincial Archives and Records Office no. 0545.

13        Carte de Samuel Holland, Provincial Archives and Records Office no. 0617.

14        J. Bambrick. «Traditions of the Early Acadians – Occupation of East River and
St. Peter’s», Prince Edward Island Magazine, Vol. III, October 1900, No. 8.
pp. 361-363.

15        «Voyage d’inspection du Sieur de la Roque. Recensement 1752.», Rapport

concernant les Archives canadiennes pour l’année 1905, Ottawa : Imprimeur
du Roi, p. 131 et p. 89.

16        Carte de Samuel Holland, Provincial Archives and Records Office no. 0617.

17        Illustrated Historical Atlas of Province of Prince Edward Island, J. H. Meacham
& Co., 1880, Edited by Mika Publishing Company, Belleville, Ontario. 1977. p.
92.
18        Provincial Archives and Records Office, cartes numéros 1089A, 0515B et
0690C.

19        Prince Edward Island Provincial Road Atlas : 2000 edition, Prince Edward
Island Department of Transportation and Public Works, Charlottetown. p. 29.

20        “Ye Olden Time”, The Weekly Examiner & Island Argus, November 23, 1883.
p. 21. (En dépit de ce qui se trouve dans cet article, la réclamation voulant que la
première personne née à Havre-Saint-Pierre, ou à l’Île, aurait été baptisée
dans l’église de Havre-Saint-Pierre est vraisemblablement fausse. Nous
savons qu’un enfant acadien a été né à l’Île-Saint-Jean vers  1716, et que cet
enfant a été baptisé à Beaubassin.  Aussi, puisqu’il est probable que l’église
de Port-La-Joye fut construite un an ou deux avant celle de Havre-Saint-
Pierre, il est probable que les nouveaux-nés de Havre-Saint-Pierre auraient
été baptisés d’abord à Port-La-Joye.)

21        John Caven, «Settlement at St. Peter’s Harbour», Prince Edward Island
Magazine
, Vol. III, October 1901, No. 8. p. 276.
Extrait de la Carte de Lisle St. Jean dessinée après la visite de Franquet
Carte de Samuel Holland indiquant «Road to St. Peters»
Extrait de Meacham’s Atlas indiquant le Canovey Road
Extrait du Provincial Road Atlas indiquant le chemin no 23747

 

Le buste de Napoléon III, empereur des Français

2004 par Francis C. Blanchard

Francis C. Blanchard

 

Buste de Napoléon III en l’église Saint-Augustin. (archives privées: David Le Gallant)

Les Amis de la Banque des fermiers de Rustico et les Amis de Napoléon III, avec la participation de la Fondation Napoléon et le Consulat Général de France à Moncton et à Halifax, se sont mis de la partie pour apporter au Musée de la Banque des fermiers de Rustico un magnifique buste en bronze de Napoléon III, sculpté par l’artiste Jean-Auguste Barre. La Banque des fermiers de Rustico avait été fondée en 1864 grâce aux dons personnels de Sa Majesté Impériale. 

Cet événement international a été organisé en reconnaissance de la très grande générosité de Napoléon III à l’égard des Acadiens de l’Île-du-Prince-Édouard. Le dévoilement du buste a eu lieu solennellement en l’église Saint-Augustin à Rustico, le 3 avril 2004, en présence d’un détachement de l’équipage du porte-hélicoptère Jeanne d’Arc de la marine française et de nombreuses personnalités acadiennes, françaises et gouvernementales; une foule imposante, de gens de langue française et de langue anglaise, participait aussi à la célébration.

À l’occasion  du récent dévoilement, au dire de M. Robert Pichette, auteur du volume Napoléon III, l’Acadie et le Canada français :

«La cérémonie qui nous rassemble aujourd’hui dans ce vénérable édifice marque un temps fort de l’amitié séculaire France-Acadie en ce quadricentenaire de l’Acadie. Elle illustre à merveille la pérennité du lien qui unit encore à la mère patrie des Français qui n’en sont plus politiquement depuis des     siècles1

Oui, le dévoilement du buste s’est fait en souvenir de l’établissement de la Banque des fermiers dont la construction fut commencée en 1861 et l’ouverture eut lieu en 1864. Le tout fut dirigé sous la direction de l’intrépide et le très sympathique curé, l’abbé Georges-Antoine Belcourt. L’abbé Belcourt fut à la cure de la paroisse Saint-Augustin de Rustico de 1859 à 1869, une période de 10 ans. Sa marque à Rustico fut de grande conséquence.

Lors du dévoilement: capitaine du Briançon, Michel Freymuth (consul général de France), Judy MacDonald et Francis Blanchard (présidente et vice-président des Amis de la Banque des fermiers de Rustico), Baron Gilbert Ameil, l’hon. Wayne Easter (député fédéral) et Robert Pichette (auteur de Napoléon III, l’Acadie et le Canada français). (Archives : DLG)

Ce fut par l’intermédiaire de l’historien français François Edme Rameau de Saint-Père (1820-1899) et grand correspondant de l’abbé Belcourt lequel a réussi à obtenir de l’aide financière de l’empereur lui-même. C’est ce qui a permis au père Belcourt d’entreprendre tant de projets dans sa paroisse.

Il y a lieu de ne pas confondre Napoléon III avec son oncle, le grand Napoléon Bonaparte. Qui donc était Napoléon III ? Né au château des Tuileries à Paris en 1808, Charles-Louis-Napoléon Bonaparte était le fils de Louis Bonaparte, le frère de Napoléon Ier et de Hortense de Beauharnais.  Élu président de la République en 1848, il donne une grande poussée à l’expansion commerciale de la France en créant un réseau de consulats et d’agences à travers le monde. Des agences furent créées au Québec, au Nouveau-Brunswick, en Nouvelle-Écosse et à Terre-Neuve durant les années 1850. Une agence fut ouverte à Charlottetown en 1865, suite à la demande expresse de la part des marchands de l’Île.

Détachement de l’équipage du porte-hélicoptère Jeanne d’Arc. (Archives : DLG)

Empereur des Français de 1852 à 1870, Napoléon III sera le premier chef de son pays à travailler à faire comme l’ambition de son règne une réussite de son programme économique et social. Le mot d’ordre «L’Empire, c’est la paix» deviendra le souci principal de son administration et ce souci va se marier merveilleusement bien avec son idée et son concept de la grandeur et de la gloire de la patrie, la France, comme le viendront démontrer les grandes expositions universelles de 1855 et de 1867.

Georges-Antoine Belcourt, ancien curé de Rustico (Centre de recherche acadien de l’Î.-P.-É.)

François Edme Rameau de Saint-Père, correspondant du père Belcourt. (Centre d’études acadiennes, Université de Moncton)

La France s’est fait bien connaître outre-mer par les influences de Napoléon III.  Ses actions dirigées vers l’Acadie ont été de nature humanitaire.  Et, plutôt qu’on conçoive ses générosités comme de l’interférence politique, il a voulu et il a fait en sorte qu’elles proviennent de lui personnellement et non des deniers publics.  

Deux curés des Provinces maritimes, l’abbé Georges-Antoine Belcourt de Rustico, Î.-P.-É., et l’abbé Hubert Girroir de Arichat au Cap-Breton en Nouvelle-Écosse se sont adressés à l’empereur par l’intermédiaire de l’historien français, François Edme Rameau de Saint-Père, afin d’obtenir  l’aide impériale dans leurs projets concernant les Acadiens. Et comme  Robert Pichette le disait si bien dans son plus récent volume Napoléon III, l’Acadie et le Canada français :

«…en dotant généreusement la bibliothèque de Rustico, en aidant à défrayer le salaire d’un instituteur, en facilitant la migration de familles acadiennes de l’Île-du-Prince-Édouard vers le Québec et le Nouveau-Brunswick voisins, et en amorçant une véritable politique culturelle par des dons importants de livres et d’instruments scientifiques, tant au Québec qu’en Acadie, Napoléon III agissait par altruisme naturel plutôt que par calcul politique2

Napoléon III possédait un désir de justice et de paix qui ont fortement influencé sa grande générosité sans amour-propre et sans intérêt politique du côté de l’État français pour les Canadiens français et pour les Acadiens. Ainsi conclut Robert Pichette :

Incontestablement, Napoléon III a été le rénovateur des liens traditionnels qui unissent l’Acadie et le Canada français à la mère patrie, tous régimes confondus au creuset d’une histoire commune. 3

Napoléon III déclara imprudemment la guerre à la Prusse et y perdit sa liberté et sa couronne. Fait prisonnier à Sedan, dans les Ardennes françaises détrôné par la révolution du 4-Septembre, puis par un vote de l’Assemblée nationale (mars 1871) et interné pendant la guerre à Wilhelmshoehe (Prusse). Après la paix, il alla rejoindre l’impératrice Eugénie à Chislehurst en Angleterre où il mourut le 9 janvier 1873 d’une maladie de la vessie.

Cérémonie de foin d’odeur 4 : Adolphe Leschevin d’Ere, père Éloi Arsenault et Keptin John
Joe Sark du Grand Conseil Mi’kmaq de Epekwitk. (Archives privées : Michelle Blanchard)

 

1          Tiré du discours prononcé par Robert Pichette à l’occasion du dévoilement
du buste de Napoléon III, empereur des Français, en l’église Saint-Augustin à
Rustico, le 3 avril 2004.

2          Robert Pichette, Napoléon III, l’Acadie et le Canada français, Moncton,
Éditions d’Acadie, 1998, p.198.

3          Robert Pichette, Napoléon III, l’Acadie et le Canada français, Moncton,
Éditions d’Acadie, 1998, p. 200

4          Le cercle qui apparaît sur la photo est d’origine mystérieuse, ne serait-ce
qu’un reflet!

Comment des pauvres gens peuvent devenir banquiers?

2004 par Georges Arsenault

Georges Arsenault

 

Extrait d’une lettre du père Georges-Antoine Belcourt, curé de Rustico

L’histoire de la Banque des fermiers de Rustico, fondée par le père Georges-Antoine Belcourt, est  bien connue. Cette institution aurait été la première expérience coopérative dans le secteur du crédit au Canada et peut-être en Amérique du Nord.  L’on sait que cette banque du peuple a fonctionné avec charte de 1864 jusqu’à 1894. Ce qui est moins connu, c’est que la Banque des fermiers de Rustico a fonctionné pendant quelques années sans être incorporée. Elle a effectivement été fondée vers le mois de septembre 1861.

Le père Belcourt a beaucoup écrit au sujet de sa banque dans son abondante correspondance avec Edme Rameau de Saint-Père, journaliste, sociologue et historien français. Ce dernier s’intéressait énormément aux Acadiens et c’est grâce à ses interventions que le père Belcourt a pu obtenir de Napoléon III, empereur des Français (1852-1870), des dons monétaires importants pour aider à défrayer les coûts de plusieurs projets à Rustico, notamment l’embauche d’un instituteur pour une «école modèle». Cet argent a aussi servi à l’achat de livres pour une bibliothèque, d’instruments de musique pour une fanfare, d’un orgue pour l’église, etc.

Dans une lettre en date du 1er juillet 1862, le père Belcourt explique en assez de détails à Edme Rameau comment fonctionne la banque qu’il a mise sur pied avec ses paroissiens depuis presque un an. Il lui dit aussi que le but principal de la banque est de permettre aux Acadiens d’acheter des terres et de se libérer de l’emprise des grands propriétaires terriens, les «seigneurs» comme il les nomme. Belcourt explique aussi pourquoi il n’a pas encore fait incorporer son institution. Enfin, il fait référence à l’émigration d’un certain nombre de ses paroissiens à Saint-Alexis-de-Matapédia, un projet de colonisation au Bas-Canada (aujourd’hui le Québec) qu’il avait lancé en 1860, peu de temps après son arrivée à Rustico.

Nous reproduisons intégralement l’extrait de la lettre du père Belcourt. Cependant, afin de faciliter la lecture, nous avons créé des paragraphes.

«Vous désirez beaucoup connaître comment des pauvres gens peuvent devenir Banquiers? C’est un secret qui contient en effet assez d’intérêt pour piquer la curiosité; eh bien! voici comme nous faisons sans demander comment font les monsieurs, (les capitalistes.) Les officiers sont au nombre de 12, dont un Président, Trésorier et secrétaire, et les autres conseillers, éligibles tous les ans par les actionnaires. Les 3 premiers officiers, ceux en fonction, sont élus des douzes, par ce conseil. Leur office est honoraire, et d’ici à ce que leur charge leur donne trop de besogne, ils agissent pour l’honneur et non pour l’argent, (ce ne ferait pas l’affaire de ceux qui aiment plus l’argent que l’honneur).

Les actions sont d’une livre du cours de l’Isle a peu près 20 francs de votre monnaie et chacun prend le nombre d’actions qu’il veut prendre. Le but principal est de donner une aide à celui qui veut acheter une terre, en lui aidant à faire le premier payement, celui demandé au moment du marché. Celui qui emprunte doit donner une caution solvable et de plus la terre achetée est hypothéquée pour double valeur de la somme prêtée. Ce pret se fait à 7 1/2 par cent. Les actionnaires reçoivent de 6 1/2
à 7 par cent; c.-à-d., au bout de l’an les intérêts reçus sont divisés, et comme il y a toujours quelques petites sommes qui demeurent quelques semaines ou quelques mois au coffre, il en résulte une baisse sur l’intérêt à percevoir par chaque actionnaire, mais cette diminution est peu de chose, car il ne manque pas d’emprunteur, surtout pour de petites sommes et c’est ce besoin qui rend cette association si utile.

Voici un cas qui arrive souvent; un Seigneur envoye un ordre par officier de justice, à un tenancier; il faut que ce tenancier livre L 5..0 dans deux jours; il a deux pourceaux qu’il engraisse, mais
il s’en faut qu’ils soyent assez avancés pour faire la somme voulue; il emprunte L
5 de la banque et quand ses pourceaux sont très gras, il paye la somme et l’intérêt avec de grands remerciements, &. Pour le présent, nous ne prêtons pas de sommes plus fortes que L 50..0..0. Si quelqu’un veut retirer son Capital ou sa mise ou son action, il convient des l’entrée, qu’il se soumet à attendre les premiers argents rentrés après le jour qu’il aura donné notice au trésorier.
Les intérêts des actionnaires ne se donnent qu’au bout de l’année, au règlement des comptes. Ceci pour bien par la suite se règler par quartier, mais comme parmi les fermiers, les gros payements ne peuvent se faire qu’après les récoltes, tous en sont convenus unanimement.

Vous vous doutez bien que nous n’agissons pas encore sur une grande échelle. Nous sommes comme ces enfants qui ne pèsent qu’une livre à la naissance. Nous n’avons pas encore émis de billets; donc nous n’avons pas encore fait incorporer notre association. Nous attendons que notre capital se montre avec plus de suffisance. Pour nous qui sommes unis comme un seul homme, nous pouvons agir un an ou deux sous cette forme. Toute personne qui dépose de l’argent à la banque sans être actionnaire, reçoit 5 1/2 par cent, qu’il peut toucher par trois mois. Si la fin répond aux apparences, les fermiers seront riches cet automne, et nous espérons obtenir l’incorporation de notre Banque à la prochaine cession.

Nous espérons un autre ministère; celui qu’on enterre cette année était composé d’une clique de wigs, seigneurs, et orangemen, dont un catholique ne pouvait rien espérer. Nous avons acheté trois terres dont deux de protestans, et une qui serait passée, sans nous, aux protestans, et dont une des plus belles terres près de l’Eglise. J’ai de plus en main le contrat d’une terre d’un protestant voisin de leur église et où se retire le ministre quand il vient officier. Nous ferons le dernier payement cet automne où nous en prendrons possession; ceci se fait en secret, car les autres protestans n’aiment pas ces tours là. Ils l’ont fait assez aux acadiens, il est tems de tourner la carte; comme on dit, il faut partager les plaisirs. Tout cela n’empêchera pas l’Emigration. La dernière 1ère Communion que j’ai fait faire nombrait 102 enfants, et celle de cette année en contiendra presqu’autant; à ce compte, la moitié peut émigrer tous les ans et il en reste assez pour agrandir Rustico.

Vous avez pu voir sur les journaux du Canada qu’on songe à établir un Crédit foncier, c’est en grand ce que faisons en petit; car vous savez qu’en Canada on fait les choses noblement. Les fermiers sont là ce que les nôtres sont ici; il ne font leurs argents qu’une fois l’an; il faut pouvoir emprunter pour rendre au bout d’un an; si non le fermier ne peut emprunter des banques

 

Source : Lettre de Georges-Antoine Belcourt à Edme Rameau de Saint-Père, Fondation Lionel Groulx, Fonds Alphonse Desjardins, P19/A,44. Le Centre d’études acadiennes de l’Université de Moncton possède une photocopie de cette lettre, 836-2.

Pour en connaître davantage sur la Banque des fermiers de Rustico dans la correspondance du père Belcourt, voir Gabriel Bertrand, Paroisse acadienne de Rustico (Î.-P.-É.) et la Banque des fermiers, recueil de citations épistolaires du père Georges-Antoine Belcourt, Moncton, Chaire d’études coopératives, Université de Moncton, 1995, 101 p.


Les Longuépée, une famille rétablie en Acadie

2004 par Stephen A. White

Stephen A. White

 Un Acadien de Framingham, Massachusetts, magna cum laude de l’Université de Harvard, M. Stephen White est généalogiste au Centre d’études acadiennes de l’Université de Moncton depuis 1975. Il est l’auteur du Dictionnaire généalogique des familles acadiennes, 1re partie, (1636-1714) et est en train de préparer la 2e partie (1715-1780).

 

Il y a des familles acadiennes de vieille souche, qui, pour diverses raisons, ne sont aujourd’hui que peu nombreuses. Parmi celles-ci, on retrouve toujours présente en Acadie la famille des Longuépée.

Vincent Longuépée était jeune matelot, âgé de 22 ans, lors du recensement de Grand-Pré en 1693. De ses origines, nous savons seulement qu’il était français. Nous ne pouvons que spéculer à savoir comment un jeune marin français est devenu habitant de la petite colonie agricole sur la baie Française (aujourd’hui la baie de Fundy) durant les années 1690. Quoi qu’il en soit, lors du recensement précité, Vincent était nouveau marié. Son épouse était Madeleine Rimbault, fille de René et d’Anne-Marie Rimbault. Aucun document ne mentionne le nom de famille de la belle-mère de Vincent Longuépée. Certains croient par conséquent que celle-ci était Amérindienne, mais nous n’avons pas les preuves de cela.

Vincent Longuépée et Madeleine Rimbault ont eu six enfants, dont un seul fils, qu’ils ont baptisé Louis. Il y aurait peut-être eu d’autres petits Longuépée, mais le père est décédé prématurément, tout probablement peu après le recensement de 1707, lorsqu’il était encore dans la trentaine.

Dès 1715, certains membres de cette famille se sont rendus à la nouvelle colonie française de l’île Royale. C’était donc à Port-Toulouse et à Louisbourg que les filles de Vincent Longuépée se sont trouvées des conjoints. Madeleine s’est mariée à Port-Toulouse, vers 1715, à Médéric Coëndo dit La Rose; Cécile a épousé Pierre Bénard au même endroit environ trois ans plus tard; Élisabeth a convolé l’année suivante avec Jean Papon dit Sans Regret; Marguerite a uni sa destinée avec celle de Louis Closquinet dit Des Moulins, à Louisbourg, le 5 octobre 1722 et enfin, Marie, vers 1723, avec René Lambert. Seul ce dernier semble avoir été d’origine acadienne; tous les autres étaient des Français et, à toute apparence, en jugeant par leurs surnoms, des soldats. Entre-temps, Madeleine Rimbault a fait de même en se remariant à Gabriel Biron dit La Gelée, lui aussi originaire de France.

Louis Longuépée n’a pas fait comme ses soeurs. Il a pris pour femme une Acadienne, Anne Brassaud, fille de Pierre Brassaud et de Gabrielle Forest. Louis et sa jeune mariée ont fait baptiser l’aînée de leurs enfants, Marie, à Port-Toulouse vers 1722, mais ils n’ont pas demeuré longtemps à l’île Royale. L’errance semble avoir été leur lot dans la vie : Louis et Anne n’ont pas habité longtemps nulle part. Leur seconde fille, Anne-Josèphe a vu le jour à Cobeguit en 1725 et la troisième, Marie-Rose, a été baptisée à Grand-Pré en 1731. Faute de documents, nous ignorons les lieux de naissance de leurs cinq autres enfants. Les nombreux déplacements de cette famille ont eu l’heureuse conséquence de permettre aux Longuépée d’échapper à la Déportation de 1755. Ils ont quand même eu le malheur d’être faits prisonniers par les Anglais à l’île Saint-Jean et transportés en France durant l’hiver de 1758-1759.

Louis Longuépée et Anne Brassaud sont arrivés à Saint-Malo avec leur fille Anne-Josèphe, déjà mariée depuis dix ans à Claude LeBlanc. Leurs fils, Pierre, Ambroise, Jean et Louis les accompagnaient aussi. (Un cinquième fils, Joseph, époux de Cécile Bourg, semble être décédé avant l’évacuation de 1758, ne laissant qu’une fille, qui est décédée à l’âge de dix ans.) À la veille de leur départ de l’île Saint-Jean, Pierre Longuépée s’était marié à Marie-Josèphe Bertaud dit Montaury. Ensuite, ses frères Ambroise et Jean ont trouvé des femmes parmi leurs compatriotes en exil, en épousant Anne-Marguerite Henry et Marie-Françoise Bourg, respectivement. Leur dernier frère, Louis, est malheureusement décédé à l’Hôtel-Dieu de Saint-Malo, le 15 août 1760, à l’âge de 17 ans. Son père le suivit dans la tombe le 5 juin 1763.

Les trois frères survivants sont restés ensemble dans les environs de Saint-Malo jusqu’en 1774. Puis, Pierre a pris la décision de s’en retourner à l’île Saint-Jean. Il était accompagné par ses deux fils, Jean-Pierre et Louis-Toussaint, qui sont devenus par la suite les continuateurs de la lignée en Acadie. Par contre, Ambroise et Jean Longuépée sont demeurés en France jusqu’en 1785, avant de partir pour la Louisiane. Nous croyons qu’ils ont, à ce jour, une certaine descendance en Acadie du Sud.

Jean-Pierre Longuépée, fils de Pierre, s’est établi à la baie Fortune avec sa femme Marie Dewer, pendant que son frère Louis-Toussaint a déménagé à Magré (Margaree) avec son épouse Marguerite LeBlanc. Les descendants de ces derniers se sont installés aux Îles-de-la-Madeleine, où ils ont conservé l’orthographe Longuépée. La plupart de la progéniture de Jean-Pierre, par contre, portent aujourd’hui les variantes de Longphee et Longaphie. Ils habitent tous les trois provinces Maritimes.2

 1.         La rédaction : cet article a été publié dans Le Journal, publié à Moncton, par les  Éditions Beausoleil, NB Publishing, la semaine du 27 septembre 1977. (Le Journal a existé d’avril 1997 à février 1998.)

2          La rédaction : à titre de curiosité, il y a toujours des Longuépée à l’Île-du-Prince-Édouard. Dans un récent bottin téléphonique de l’Île, on trouve des Longaphee, des Longaphie et des Longuepee à Charlottetown, à Souris et à Breadalbane, à l’ouest de Kensington.


Le patronyme  « LONGUÉPÉE »  tel qu’il apparaît sur la liste des familles–souches acadiennes insulaires, sur le monument en pierre, dans la cour du Musée acadien à Miscouche.  (Photo : Jacinthe Laforest)

QUELQUES ÉVÉNEMENTS SAILLANTS PRÉVUS* POUR LES FÊTES DU 400e DE L’ACADIE À L’ÎLE SAINT-JEAN (1604-2004)

2004 par Contribution anonyme

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Souvenirs de mon enfance

2004 par Marie-Hélène Arsenault

Marie-Hélène Arsenault

Mme Marie-Hélène Arsenault, d’Abram-Village, est née en 1924 dans le village de St-Philippe, situé dans la paroisse de Baie-Egmont. Il y a quelques années, elle décidait de consigner par écrit des souvenirs de son enfance et de sa jeunesse. Le texte ci-dessous est composé d’extraits de ces souvenirs tels que compilés par Georges Arsenault.

 

La pauvreté, on l’a si bien vécue que j’ai pensé d’écrire sur ça pour jamais que ça soit oubliée. Je me souviens d’avoir été m’asseoir au poulailler attendre pour l’oeuf qu’on divisait entre moi et mon frère Arsène, plus jeune que moi.

On était huit de famille et on avait juste quelques poules et un cheval. Le cheval, fallait l’avoir pour se rendre à l’église à travers du mocauque1. Un beau samedi matin, maman dit à ma soeur Madeleine : «Marie-Hélène a pas de manteau pour aller à la messe, demain.»  Madeleine de s’en aller en haut dans le grand grenier chercher un manteau tout déteindu pour le virer à l’envers. En premier, elle le lave et là elle me fabrique un manteau. Je vous dit qu’il était beau et j’étais contente. Le lendemain matin, mon frère Étienne attelle le cheval sur la grande traîne avec pas de barreaux autour, et on s’assit dessus pour aller à la messe. Quand je viens pour descendre, mon manteau avait gelé sur moi et c’était tout dur comme de la roche. J’avais pas de choix que de rentrer à la messe comme un robot. Et quand je me levais debout, mon siège restait plein d’eau, et ma soeur ne pouvait s’arrêter de rire et mon frère aussi.

Il y avait des moments tristes, mais on ne perdait jamais courage malgré que nous étions très pauvres. Un soir, vers 11 heures, mon frère Étienne arrive de veiller et il frappe à la porte de la chambre de ma mère et moi. Il dit : «Maman, j’en ai vu de l’argent ce soir. Benoît Cormier avait 90 piastres dans sa poche.» Ma mère de dire : «Nous autres on n’a pas même 90 cents ».

Mes jours d’école étaient mes jours les plus heureux de toute ma vie, je pense. Il y avait les examens, c’est-à-dire les petits concerts de fin d’année. Il y en avait un à Noël aussi, mais là, c’était pour Noël. En juin, on était occupé à décorer dehors. On allait chercher des arbres au bois. On alignait des roches à l’entrée de la cour et on plaçait nos noms sur les roches. Je me rappelle que le curé,  père F.-X. Gallant, était venu et on avait fait une lecture. C’est lui qui nous faisait lire. Il dit : «La petite fille en robe jaune, veux-tu nous lire une seconde fois?» Cette petite fille c’était Marie-Hélène. J’étais enchantée. Une autre fois, j’avais chanté en tenant deux poupées, et j’avais été tellement applaudie. Quels beaux souvenirs! Une institutrice de qui j’ai beaucoup appris était Rosie Arsenault, maintenant Gaudet. Elle demeure aujourd’hui à Montréal. C’est elle qui m’a donné le goût de faire des petits concerts.

Voici une chanson que j’avais chantée à l’école pendant que tante Marie enseignait.

Je suis orpheline, donnez-moi du courage,

Car sans pitié je suis abandonnée.

Lorsque j’ai faim et je suis sans ouvrage,

Mon Dieu daignez me faire la charité.

Lorsque j’ai vu mon père dans sa tombe,

Je le voyais pour la dernière fois.

Et que je vois de gros nuages sombres

Qui viennent couvrir l’espérance et la foi.

Je me disais pourquoi pleurer

Il ne reviendra plus.

Je murmurais en consolant ma mère :

Il est heureux, il ne reviendra plus.

Dix jours plus tard, dans un petit village,

Là nous étions sans ouvrage et sans pain.

Un jour bien froid ma mère prit malade

Et dès ce jour elle est morte de froid.

Je pleurais sans silence,

Je demandais à Dieu de venir me chercher.

Vaut mieux mourir que vivre sans espérance

Car vous voyez, je suis abandonnée,

Car vous voyez, je suis abandonnée.

Rien n’est plus beau que les amitiés qui se développent à l’école et qui durent. Même s’il y a plus de 70 ans que Zita Gallant (née Cormier) et moi avons fréquenté ensemble la petite école de Saint-Philippe, on s’en parle encore de nos jours.

Pendant les années 1930, c’est sûr qu’on n’avait pas grand-chose et pas grands friponneries. Une journée, on s’est dit qu’on aimerait du sucre à la crème. On n’avait pas d’argent, mais on avait des poules qui pondaient. Plusieurs de nous, les jeunes des voisins aussi, on a attendu à ce qu’on ait une douzaine d’oeufs et on a attelé le cheval sur le truck wagon et on va au magasin chez Howard Yeo acheter du sucre jaune avec nos oeufs pour nous faire du fudge. Je pense qu’on avait eu au moins cinq livres de sucre, donc on a mangé du fudge à se contenter. C’était Lucie à Antoine à Pierre Gallant qui faisait du bon fudge.

Pendant mon enfance, je me souviens d’avoir couru la Mi-Carême pour aller chez Antoine à Pierre où la bonne Joséphine nous donnait des belles galettes au sucre toutes dentées autour, et avec un raisin au milieu. C’était très bon. Une fois, à la Mi-Carême, mon frère Tilmon s’avait caché en haut dans le petit grenier tandis que personne était à la maison le soir. Quand on a arrivé de veiller – dans ce temps-là on ne barrait pas les portes, je pense qu’il y avait pas de voleurs, ou il y avait rien à voler – on entre et on allume la lampe et on entend quelqu’un marcher en haut. Tout le monde sort et court chez le voisin. Qu’est-ce qui était le plus drôle, c’est qu’il courait derrière nous, Tilmon, et il riait à se défaire. Rendus  chez le voisin, on a raconté notre histoire en le regardant rire et là on s’est aperçu que c’était une de ses farces.

Dans les années 1930, il y avait pas grand monde qui avait des cars, surtout des trucks. Mais Arcade à Jos Mocauque était, je crois, le premier à en avoir un dans les alentours. Un dimanche après-midi, il arrive à la maison et dit : «Ma tante Émilienne, venez-vous prendre une drive avec les enfants?» Tout le monde sautait de joie et était vraiment content d’aller dans un car. Donc ma mère embarque en avant avec Arcade et Madeleine et nous autres, tous les enfants, en arrière. Je vous dis que c’était vraiment une fête pour nous autres. On a conté ça aux enfants à l’école le lundi et je vous dis qu’ils pensaient qu’on était chanceux. On avait été jusqu’à Richmond.

Je me souviens des noces et de la manière que ça se passait. Quand on entendait dire qu’un jeune homme avait fait la demande, ça voulait dire qu’il y aurait des noces bientôt. C’était presque toujours le mercredi matin à 8 heures. Ma soeur Toinine, elle s’avait frisé les cheveux avec des petits papiers et pendant le messe, la fille suivante, Imelda Cormier, lui ôtait les papiers qu’elle avait oublié d’ôter. Il y avait le déjeuner chez la mariée, le dîner parfois encore chez la mariée et le souper chez le marié, car c’était là qu’ils allaient coucher.

Sur le sujet des noces, quand Benoît Cormier et Délina Arsenault se sont mariés, ils ont décidé d’au lieu d’avoir une noce qu’ils iraient en visite au Nouveau-Brunswick chez de la parenté. Quand ils arrivent chez leur oncle, ils ont bien vu qu’il y avait point de chambre réservée pour eux.  À l’heure de se coucher, il y en avait trois ou quatre couchés dans la même chambre qu’eux! C’était toute une honeymoon. Délina a jamais dit combien longtemps qu’ils ont visité, mais je crois juste quelques jours.

Dans le temps, on n’avait pas grand-chose à donner comme cadeau de noces, pas d’argent pour en acheter non plus, donc cette bonne dame de St-Philippe avait donné trois bouteilles de confiture aux petites fraises. Je suis certaine que ç’a été apprécié parce que, comme vous savez, des petites fraises c’est délicieux.

Je me souviens qu’on regardait dans les livres et on voyait des filles blondes. Moi, je voulais toujours être une blonde. Un jour, je dis à ma soeur Madeleine : «Tu sais, du soda dans la mélasse ça vient jaune. Pourquoi pas dans les cheveux?» Elle me dit qu’il faudrait aussi mettre du vinaigre. Me voilà dans le vinaigre et le soda à ma mère. Je m’emplis la tête. Ma mère avait besoin de m’envoyer chez le voisin, donc quand elle me le demande, sans penser à ce que j’avais dans les cheveux, j’y vais. À mon arrivée là, tout le monde me regarde et rit à savoir quoi en faire. Je me demande qu’est-ce qu’ils ont à rire? J’ai envie de pleurer. Un d’eux me dit : «Marie-Hélène, qu’est-ce qui a fait tourner tes cheveux blancs?» Là, j’étais encore moins grosse car j’avais très honte. C’est vrai que le soda et le vinaigre avaient travaillé.  J’ai dit que plus jamais je voulais devenir une blonde.

L’Odyssée remarquable de Joseph «Chaculot» Gaudet et de Marie-Blanche Bourg

2004 par Jean-Paul Arsenault

Jean-Paul Arsenault

 

La Déportation du peuple acadien se classe certainement parmi les événements les plus tragiques de l’histoire de l’Amérique du Nord britannique.  On estime qu’en 1755 moins que 70 000 personnes de descendance européenne habitaient ce qu’on appelle aujourd’hui le Canada.  De ce nombre, 12 000 Acadiens ont été déplacés sur une période de huit ans, entre 1755 et 1763, séparés de leurs familles et de leurs voisins, leurs propriétés détruites et leurs terres saisies.  Sur l’Île Saint-Jean, des 4 700 Acadiens présents au moment de la Déportation de 1758, environ un tiers sont morts pendant le trajet soit de noyade ou de maladie, un tiers ont atteint leur destination en France, et un tiers se sont échappés en se cachant dans les bois ou en se réfugiant à des endroits qui n’étaient pas contrôlés par les Anglais.1 Les Acadiens sont revenus dans l’Île en groupes épars, quelques-uns vers 1760, d’autres plus tard.

Dernièrement, nous vivons un réveil au niveau de l’intérêt accordé à l’histoire des Acadiens, et des recherches récentes mettent à jour de nouveaux documents importants.  Les gens de l’Île, et les Acadiens en particulier, deviennent de plus en plus conscients de l’importance de la Déportation et du régime français à l’Île Saint-Jean qui dura de 1720 à 1758.  Mais peut-être, la meilleure façon de mettre en évidence cette histoire intéressante est de la présenter à travers une véritable famille qui a vécu la tragédie avant de s’établir à l’Île en 1777.  La famille de Joseph «Chaculot» Gaudet et de Marie-Blanche Bourg s’est déplacée pas moins de huit fois, ses bâtiments ont été brûlés à deux reprises et ses membres ont été emprisonnés par les Anglais pendant cinq ans.  À travers toutes ces épreuves, ils ont réussi à élever cinq enfants jusqu’à l’âge adulte!

Établissement en Amérique du Nord – l’arrivée des Gaudet

Puisqu’il est important de connaître le contexte, nous débuterons notre histoire en décrivant les conditions qui ont encouragé l’émigration de la France vers l’Amérique du Nord.  Le pourquoi de leur départ est facile à comprendre.  Ils ont quitté la France afin de se créer une meilleure vie, encouragés peut-être par ceux qui s’intéressaient à la colonisation de la Nouvelle-France et de l’Acadie.  Les seigneurs français voulaient rendre service au roi tout en augmentant la valeur de leurs entreprises là-bas. Leurs tenanciers, sans doute endettés, voyaient l’exode comme une porte de sortie.

Port-Royal a été établi en 1605 par Pierre Dugua de Mons, un an après la faillite de son premier établissement à l’Île Sainte-Croix.  Jean Gaudet est né vers 1575 possiblement dans la paroisse de Martaizé, près de Loudun dans l’ancienne province du Poitou, aujourd’hui le départment de la Vienne.  Il est arrivé en Acadie très tôt, probablement en 1622, avec les trois enfants issus de son premier mariage.  Le nom de sa première épouse nous est inconnu.  En 1652, il se maria en secondes noces à Nicole Colleson.  Ils ont eu un enfant, Jean, né l’année suivante lorsque Jean, le père, était âgé de 78 ans et Nicole de 46 ans!2 Le vieux Jean Gaudet était propriétaire d’une importante ferme située dans le haut de la rivière Dauphin, aujourd’hui la rivière Annapolis.  Selon le recensement de 1671, Jean Gaudet, alors âgé de 96 ans, était le plus ancien résidant de la colonie. Alors, de tous ceux qui sont venus de la France pour s’établir en ce lieu, Jean Gaudet est le plus ancien.

Cinq de mes huit familles ancestrales se sont établies d’abord à Port-Royal.  Bien que Thomas Cormier et Antoine Bourg ont débarqué ailleurs en Acadie, ils se sont vite installés à Port-Royal, se joignant à Pierre Arsenault, Jean Pitre et Jean Gaudet.  Mes trois autres ancêtres, Michel Haché dit Gallant, François Blanchard dit Gentilhomme et Pierre LeClerc gagnèrent l’Acadie plus tard et s’établirent ailleurs.

Puisque les terres se faisaient de plus en plus rares à Port-Royal, la colonie commença à s’étendre, d’abord à Beaubassin en 1672, à Grand-Pré en 1680, et peu de temps après à Pisiguit (Windsor).  En 1689, la seigneurie de Cobeguit (Truro) a été accordée à Mathieu Martin.  En 1698, Chipoudie et Petitcodiac ont été établis, suivis de Memramcook et, en dernier, d’Ékoupag (Meductic) et Sainte-Anne-des-Pays-Bas (Nashwaak) sur la rivière Saint-Jean.3

Un marchand prospère de Port-Royal, Jacques Bourgeois, était propriétaire d’une flotte de vaisseaux qui faisaient le cabotage le long des ports de la baie Française (Baie de Fundy).  Il s’est empressé de recruter des jeunes de Port-Royal afin de lui aider à établir une nouvelle colonie à Chignectou dans le fond de la baie.  Tandis que les terres agricoles étaient rares à Port-Royal et que les colons se sentaient menacés par les Anglais de Boston, ce n’était pas le cas à l’établissement de Bourgeois.  À côté, Michel LeNeuf de la Vallière venait d’établir un commerce de traite de fourrures qu’il appela Beaubassin et, éventuellement, les deux établissements se sont joints ensemble.  Le nouveau village est alors devenu le carrefour entre le Québec et l’Acadie.4

Plusieurs de mes ancêtres ont été attirés par cet établissement prospère et nouveau : vers 1672, Pierre Arsenault et Thomas Cormier; entre 1676 et 1678, Michel Haché dit Gallant; et, entre 1686 et 1714, Augustin Gaudet, père de Joseph «Chaculot» Gaudet, et Michel Bourg (Bourque), père de la future épouse de Joseph, Marie-Blanche.  Pendant une période de paix et de prospérité, vers 1740, Joseph dit Chaculot, une vieille expression qui veut dire «le plus jeune», est venu au monde à Beaubassin, le fils d’Augustin Gaudet et d’Agnès Chiasson.5

Les misères se répètent

Les Acadiens s’étaient habitués à la guerre entre la France et l’Angleterre.  Depuis la première colonie à Port-Royal jusqu’à la deuxième et dernière capitulation de la forteresse de Louisbourg en 1758, l’Acadie ou des parties de son territoire ont été échangée(s) à neuf reprises entre les deux grandes puissances.  Pendant cette période, les Acadiens ont réussi à échapper au service militaire en refusant de porter des armes contre les Anglais et contre les Français.  Ils ont établi des alliances stratégiques avec les Mi’kmaq et ont progressé sur le plan économique, se servant de leur technologie agricole de digues et d’aboiteaux ainsi qu’un réseau solide d’échanges commerciaux afin de se créer une colonie agricole supérieure et une structure sociale très avancée.

Les Anglais considéraient Beaubassin comme une partie de leur territoire et ils se sont empressés à faire connaître aux Acadiens qu’ils n’étaient pas les bienvenus à cet endroit.  À l’automne 1750, des soldats anglais sont venus de Halifax pour construire le Fort Lawrence, situé en face du Fort Beauséjour, de l’autre côté de la rivière Missagouèche.  La fondation de Halifax et l’attitude de plus en plus hostile des Anglais envers les Acadiens a porté plusieurs d’entre eux à quitter leurs villages en faveur du territoire français le plus proche.  Devenus pions dans un jeu d’échecs malsain entre la France et l’Angleterre, les Acadiens se sentaient tirés entre leur bien-être et leur loyauté à la mère patrie.

La prise du Fort Beauséjour

Début de l’odyssée

En novembre 1753, Charles Lawrence a été nommé lieutenant-gouverneur de la Nouvelle-Écosse. Il avait la réputation d’être un administrateur agressif, arrogant et impitoyable.  Inquiet devant les forces croissantes des Acadiens et des Français à Fort Beauséjour, il attaqua le 4 juin 1755. Le 16 juin, le commandant français Duchambon de Vergor capitula.  Les soldats français lâches négocièrent leur retrait vers Louisbourg, laissant par derrière les pauvres Acadiens, forcés de se débrouiller seuls devant les forces britanniques.  Dorénavant, Fort Beauséjour serait connu sous le nom de Fort Cumberland.

Saisis dans ce tourbillon qui deviendrait la Guerre de Sept Ans entre la France et l’Angleterre, les Acadiens deviennent les victimes innocentes d’un conflit lointain.  Le premier groupe de prisonniers acadiens au Fort Cumberland est embarqué à bord des navires anglais en partance pour les colonies américaines le 10 août 1755.  Bien que les Anglais aient parcouru l’isthme de Chignectou à la recherche de résidants acadiens, ils ne réussiront à en trouver qu’un tiers.  Ceux qui s’échappèrent le long des rivières Chipoudie, Memramcook et Petitcodiac ont vu leurs logis, leurs églises et leurs villages brûlés par les soldats anglais.  D’autres familles acadiennes réussirent à s’échapper vers l’Île Saint-Jean, la Miramichi, à Ristigouche, le long de la rivière Saint-Jean, et à Québec.

Augustin Gaudet, Agnès Chiasson et leur famille ont fait face à la Déportation tout comme leurs parents et voisins.  Le fait qu’au moins neuf de leurs quatorze enfants ont survécu le Grand Dérangement et ont réussi à élever leurs propres familles démontre comment ces gens étaient courageux, débrouillards et déterminés.  Bien que, sans contredit, l’astuce et la chance aient aidé à leur famille à s’évader des Anglais, Augustin et Agnès se sont éteints pendant cette période de grande misère.  Nous pensons qu’ils ont quitté le Fort Beauséjour avant sa capture et qu’ils seraient décédés à l’abri des Anglais dans un camp de réfugiés à Ristigouche.  La seule preuve qui existe nous vient du registre paroissial de Miquelon, soit l’acte de mariage de Joseph Gaudet et de Marie-Blanche Bourg qui déclare qu’Augustin et Agnès étaient tous deux décédés.  Quant à leurs enfants, ils ont été éparpillés aux quatre vents, tout comme la plupart des familles acadiennes pendant la période entre 1750 et 1780.

Prisonniers des Anglais

Joseph et les autres membres de la famille Gaudet ont été capturés par les Anglais et transportés de Ristigouche, pour ensuite être emprisonnés au Fort Cumberland.  Parmi la liste des prisonniers ici en août 1763, on retrouve les frères de Joseph, Pierre, Paul et Louis.  Joseph n’est pas facile à identifier parmi ce groupe puisque tant d’eux sont du même nom de famille.  Un examen détaillé permet de déterminer qu’il a été énuméré avec la famille de son frère Paul, sa belle-soeur Marie Bourg et leur fils, Pierre.  Sa nouvelle épouse, Marie-Blanche Bourg, se trouve avec la famille de son père, Michel Bourg, et son épouse Marguerite Bourgeois.

Ses frères Pierre, Louis et Paul étaient à Saint-Anne-de-Ristigouche en 1760 et, après avoir été emprisonnés au Fort Cumberland, ils ont été transportés à Miquelon.  Les trois frères émigrèrent par la suite de Miquelon vers la France.  Pierre est décédé en France tandis que Louis quitta la France pour la Lousiane vers 1785 pour s’y établir.

Paul est décédé à Saint-Servan en France en 1779.  Sa deuxième épouse, Rose Gautrot, est retournée à Miquelon et était là en 1785 avec son gendre Pierre, son garçon et ses trois filles. Pierre a émigré à l’Île-du-Prince-Édouard et s’est établi à Rustico.6 Cinq de ses fils (Alexis, Hubert, Élie, Armand et Pierre) se sont établis par après à Tignish dans les années 1830.  Pierre est décédé à Rustico en 1813.

Les soeurs de Joseph, Marguerite, épouse de Pierre Girouard, et Jeanne, épouse de Joseph Gaudet, ont émigré à Saint-Pierre et Miquelon.  Marguerite a accompagné ses frères Pierre et Louis en France, et ses enfants se sont ensuite rendus en Louisiane avec leurs cousins, leurs oncles et leurs tantes.7

Le frère de Joseph, Michel, et sa soeur Françoise semblent avoir échappé à la Déportation et se sont installés à Sainte-Antoine-sur-Richelieu, Québec.  Son frère Jean était à Tintamarre (Upper Sackville) en 1763 et à Pisiguit (Fort Edward, Windsor) en 1767; à Halifax en 1768; à Pisiguit en 1770; et à la Baie-Sainte-Marie en 1773.  Il s’installa finalement au Village-des-Beaumont, sur la rive est de la rivière Petitcodiac, où il est mort en 1822.8

Réfugiés français à Miquelon

Plusieurs familles acadiennes ont été transportées à Miquelon après que le Traité de Paris a retourné les îles Saint-Pierre et Miquelon et la côte française de Terre-Neuve à la France en 1763.  Certains se sont rendus volontiers, d’autres malgré eux.  Certains étaient venus de la France, d’autres de l’Île Royale, de l’Île Saint-Jean, de Chedabouctou et de Beaubassin.  D’autres, réfugiés et prisonniers, ont été transportés là par les Anglais de Boston, de Halifax et du Fort Cumberland.  À Miquelon, ils vécurent dans des conditions terribles, désirant toujours se retrouver en Acadie, même si celle-ci était contrôlée par les Anglais.

Inscrits au recensement miquelonnais de 1767 sont les noms de Joseph Gaudet, âgé de 27 ans, et de son épouse Marie Bourg, âgée de 22 ans.9 Chose étrange, il indique qu’ils étaient venus de l’Île Saint-Jean.  Peut-être que le vaisseau s’est arrêté à l’Île Saint-Jean en allant vers Miquelon.  Il est probable qu’ils ont débarqué à Miquelon le 16 octobre 1765, faisant partie du quatrième groupe de réfugiés acadiens venus du Fort Cumberland en  passant par Halifax.10

Les registres des mariages et des baptêmes miquelonnais nous aident à connaître les détails de leur trajet :

Mariage le 7 juin 1766 : Gaudet, Joseph, fils de feu Auguste et feue Anne Chiasson, de l’Acadie et Marie-Blanche Bourg, fille de Michel et Marguerite Bourgeois, de l’Acadie, déjà légitimement mariés par Joseph Guéguen, le 2 août 1763 à Beaubassin

De Joseph Gaudet et (Anne?) Bourg : Marie, baptisée le 9 juillet 1766, née le 18 juillet 1764 en Acadie, légitimement baptisée par Anne Giroir, parrain Jean Hébert, marraine Françoise Bourg

De Joseph Gaudet et Marie Bourg : Étienne, baptisé le 25 mai 1767, parrain Étienne Vignaud, marraine Magdelaine Bourg.

Nous savons que les liens de parenté étaient très forts chez les Acadiens et que les membres de la même famille avaient tendance à se suivre.  Joseph, son épouse Marie-Blanche Bourg, ainsi que la soeur de Marie-Blanche, Françoise, et son époux Charles Gautreau, se sont réunis avec les frères aînés de Joseph, Pierre, Louis et Paul à Miquelon.  Aussi présents au même moment en mai 1767 étaient les parents des deux soeurs, soit Michel Bourg et Marguerite Bourgeois, les fils Bourg, Michel et Mélème, ainsi que leurs épouses.11 Cependant, lorsque le vaisseau qui devait transporter les familles acadiennes quitte Miquelon vers l’Acadie, seules les familles de Michel Bourg et de Charles Gautreau sont à bord.  Celle de Joseph n’y est pas.

Le retour vers l’Acadie : Guerre de la Révolution américaine

Nous redécouvrons la famille de Joseph en 1767 lorsqu’elle apparaît avec d’autres appartenant au clan de Michel Bourg installé à Cocagne.  Peu de temps après, en 1770, le groupe déménage à Inverary Farm dans le village de Jolicoeur (aujour-d’hui Jolicure, Nouveau-Brunswick).

«Ce domaine de 346 acres fut accordé en 1763 à William Allan [qui], vers 1770 … céda son domaine à son fils John Allan…  Pendant la Révolution américaine, John Allan, colonel sympathisant de la cause [révolutionnaire]…
avait comme lieutenant et représentant des Acadiens… Isaïe Boudreau…  Comme au Moyen Âge, les tenanciers furent obligés de suivre leur seigneur et, en novembre 1776, ils prirent part à l’assaut non réussi du Fort Cumberland.  Comme mesure de représailles les troupes britanniques … incendièrent, le 29 novembre, tous les édifices du domaine, y compris les huit maisons des tenanciers acadiens.
»12

Le siège du Fort Cumberland a été conçu par des patriotes locaux et américains dans l’espoir de rattacher le territoire de la Nouvelle-Écosse aux treize colonies des États-Unis d’Amérique qui venaient de gagner leur indépendance.13 Joseph Gaudet aurait participé à cette bataille et aurait, par conséquent, perdu sa demeure et ses autres bâtiments.  Donc, un de mes ancêtres a porté des armes contre les Anglais dans ce qui était, admettons-le, un événement secondaire de la Révolution américaine – mais tout de même…  Des familles qui ont été expulsées de Inverary Farm, la plupart se sont installées éventuellement dans le sud-ouest du Nouveau-Brunswick et à Menoudie en Nouvelle-Écosse.  Seulement Joseph Gaudet et Joseph Poirier se sont rendus à l’Île-du-Prince-Édouard, tous deux en 1777.14

Nouveau départ à l’Île-du-Prince-Édouard

En 1764, selon l’arpenteur Samuel Holland, une trentaine de familles acadiennes se trouvaient dans l’est de l’Île, probablement dans les régions de Havre-Saint-Pierre et de Baie-Fortune.  Il est possible qu’il y ait eu d’autres familles dans l’Île, comme à Malpèque et à Rustico, que son équipe n’avait pas encore rencontrées.  En 1768, Alexander Morris a compté 203 Acadiens, tous (les hommes seulement) engagés par les Anglais pour faire la pêche.15 Nous ne savons pas où exactement sur la baie de Malpèque était situé le premier village acadien après la Déportation.  Il aurait pu être près du village de Malpèque contemporain où, en 1770, les familles acadiennes sont venues au secours des émigrants naufragés écossais du vaisseau Annabella.16 Le prochain recensement, celui de 1798, compte 675 individus dans trois communautés, Malpèque, Rustico et Fortune.  Un Joe Gooday, père, est installé sur le lot 19; sur le lot avoisinant, le lot 17, on aperçoit Joe Gooday et Stephen Gooday, probablement ses deux fils aînés, Joseph et Étienne.

Les terres – Le défi de possession se multiplie

Dans son livre Les Acadiens de l’Île-du-Prince-Édouard, Georges Arsenault écrit :

«Les Acadiens se sont particulièrement mal accommodés du système des propriétaires fonciers absents.  Gens très pauvres, sans pouvoir économique ou politique, presque entièrement dépourvus de chefs instruits, ils sont très vulnérables à l’exploitation des propriétaires ou des agents.  Leur caractère indépendant traditionnel les pousse sans cesse à se chercher un “pays” où ils puissent vivre en toute quiétude, à l’écart des propriétaires et des gens hostiles à leur culture et à leurs valeurs.»

Lorsque William Townsend et Edas Summers ont acheté le lot 17 en 1798, ils ont demandé aux fermiers acadiens de leur rembourser quelques années de retard dans le paiement de leurs rentes.18 Leur demande a causé le départ d’Étienne et de Joseph fils, qui se sont dirigés vers Tignish en 1799 et en 1800.  Pour ceux qui sont restés sur les lots 17 et 19 dans le village connu sous le nom de Rivière-Platte, les choses se sont empirées quand, en 1804, le colonel Harry Compton est devenu le nouveau propriétaire du lot 17.  Par conséquent, bon nombre d’Acadiens quittèrent le lot 17 en faveur du lot 15 et fondèrent les paroisses de Grand-Ruisseau (Mont-Carmel) et La Roche (Baie-Egmont) en 1812.

En 1816, Compton et un groupe de ses tenanciers Acadiens sont finalement arrivés à une entente selon laquelle ils ont acheté un morceau de six mille arpents de lui pour 625 livres sterling.  Parmi ceux-ci sont les deux fils de Joseph, Raphaël et François.  Le nouveau village serait appelé La Belle-Alliance, aujourd’hui Miscouche.

Conclusion

Joseph «Chaculot» Gaudet et Marie-Blanche Bourg sont vraisemblablement les ancêtres de tous les Gaudet qui peuvent tracer leur ascendance à la paroisse de Miscouche et de plusieurs qui sont issus de la paroisse de Tignish de par leurs fils, Étienne et Joseph.  Leur odyssée incroyable débuta dans le village paisible et prospère de Beaubassin, les a conduits à travers des misères presque insupportables pour se terminer ici à l’Île-du-Prince-Édouard où, après une dernière bataille contre l’oppresseur, ils ont finalement trouvé la sécurité, la paix et la tranquillité.

1          Earle Lockerby, «The Deportation of the Acadians from Ile St.-Jean»,
Acadiensis, XXVII, 2 (Spring, 1998), pp. 45-94.

2          Stephen White, Dictionnaire généalogique des familles acadiennes, vol. 1,
Centre d’études acadiennes,  Moncton, Nouveau-Brunswick, 1999, pp. 666-
667.

3          Bona Arsenault, Histoire et généalogie des Acadiens, vol. 1, Éditions Leméac
Inc., Ottawa, Ontario, 1978, pp.53-69.

4          Bona Arsenault, pp. 71-78, idem.

5          Stephen White, op. cit., pp. 684-686.

6          J.-Henri Blanchard, Rustico une paroisse acadienne de l’Île-du-Prince-Édouard,
1938, p. 95.

7          Michel Poirier, Les Acadiens aux îles Saint-Pierre et Miquelon, Les Éditions
d’Acadie, Moncton, Nouveau-Brunswick, 1984, pp. 181-185.

8          Stephen White, La généalogie des trente-sept familles hôtesses des
Retrouvailles 94
, La Société historique acadienne, Les Cahiers, vol. 25, nos 2
et 3, avril-septembre, 1994.  /  Bona Arsenault, op. cit., volume 3, p. 968-969

9          Michel Poirier, op. cit. p. 212.

10        Leonard Gaudet, communication personnelle.

11        Michel Poirier, op. cit., p. 201-218.

12        Paul Surette, Histoire des Trois Rivières, Memramkouke, Petcoudiac et la
Reconstruction de l’Acadie
, Société Historique de la vallée de Memramcook,
Imprimerie Acadienne (1972) Ltée, Moncton, Nouveau-Brunswick, p. 43-46.

13        Ernest Clarke, The Siege of Fort Cumberland 1776. An Episode in the
American Revolution, McGill-Queen’s University Press, Montréal, 1995, pp
196-197 et 218.

14        Régis S. Brun, Histoire Socio-Démographique du sud-est de Nouveau
Brunswick. Migrations acadiennes et seigneuries anglaises
, La Société
historique acadienne, Les cahiers, vol. 3, 22e cahier, 1969, p. 69 et  84-85.

15        Georges Arsenault, The Island Acadians, Ragweed Press, Charlottetown, 1989,
pp. 51 et 52.

16        A.B. Warburton, A History of Prince Edward Island, St. John : Barnes, 1923,
pp. 146-147.

17        Georges Arsenault, Les Acadiens de l’Île, Éditions d’Acadie, Moncton, 1987, p.
64.

18        Georges Arsenault, op. cit., p. 59.

 

 

Dix ans de chandeleur acadienne 1995-2004

2004 par David Le Gallant

David Le Gallant

 

La chandeleur est le nom populaire de la fête catholique romaine et anglicane de la Purification de la Vierge* et de la Présentation de Jésus au Temple** observée annuellement le 2 février. D’origine esotérique (réservé aux initiés des mystères chrétiens), l’observance de la Purification, en particulier, annonçait une triple purification pour l’initié chrétien, d’abord la purification de son corps physique en assimilant la plus pure des nourritures, la purification de son corps de désir en faisant de bonnes actions et la purification de son corps mental par des pensées chastes et véridiques.

Le concept d’une purification de la femme accouchée remonte à la Bible dans le livre de Lévitique et la purification de la Vierge est décrite dans Luc 2 : 22-24.  La pratique d’observer la purification de la Vierge et la présentation de Jésus au Temple 40 jours après sa naissance, débuta dans l’Église chrétienne au Proche-Orient en particulier dans l’Église de Jérusalem. Or à l’époque des débuts du christianisme, on célébrait à Jérusalem la nativité de Jésus à l’Épiphanie (le 6 janvier) donc l’observance de la Purification et la Présentation avait lieu quarante jours plus tard soit le 14 février. Mais pendant le dernier quart du 4e siècle, alors qu’on avait adopté plutôt le 25 décembre pour la nativité de Jésus, le rituel de l’observance de la Purification et de la Présentation fut reculé au 2 février, quarante jours après le 25 décembre. C’est alors que des pèlerins de l’Ouest en furent témoins et une fois que la romanisation du christianisme par l’empire romain (Constantin) fut un fait accompli, le rituel de cette observance fut transposé dans l’Ouest et le pape Sergius I (687-701) institua officiellement la fête de la «Purification de la Vierge». La fête s’appelait pareillement en Angleterre avant la rupture avec Rome en 1534.

C’est encore le pape Sergius I qui y introduit une procession. Il semble que l’introduction de cierges à la procession, sans doute pour symboliser l’entrée du Christ en tant que «Lumière du monde» dans le Temple, n’a pas eu lieu avant le onzième siècle. C’est peut-être pour cette raison que dès lors, la fête prit le nom de Festa Candelarum, la fête des cierges (chandelles) d’où le nom populaire en français de la «chandeleur» et en anglais «Candlemas». La chandeleur marquait la fin du cycle de la Nativité. Une fois les chandelles bénites le 2 février, on se servait de celles-ci pour la bénédiction des gorges le lendemain, à la Saint-Blaise (le 3 février).

Quelles que soient les origines de cette observance ésotérique et chrétienne, il existe un folklore très riche au sujet de la chandeleur. Une tradition était que le cierge de la chandeleur devait être rapporté de l’église jusqu’à chez soi, en restant allumé. On prête à la chandelle de la chandeleur certains pouvoirs, si l’on en croit ce dicton suivant :

Celui qui la rapporte chez lui allumée

Pour sûr ne mourra pas dans l’année.

Des siècles durant, les paysans ont pensé que s’ils ne faisaient pas de crêpes le jour de la chandeleur, leur blé risquait d’être gâté :

Si point ne veut de blé charbonneux

Mange des crêpes à la Chandeleur.

Une très vieille croyance en de nombreux pays, veut qu’un ours sorte de sa tanière le jour de la chandeleur. Si la température est douce et s’il voit le soleil, il retourne vite reprendre son hibernage, car il sait que le beau temps ne durera pas :

Soleil de la Chandeleur

Annonce hiver en malheur.

En Angleterre, une chanson à propos de la chandeleur est devenue à la mode :

If Candlemas be fair and bright

Come, Winter, have another flight.

If Candlemas bring cloud and rain,

Go, winter, and come not again.

Un proverbe français  dit :

Si le deuxième de février

Le soleil apparaît entier

L’ours étonné de sa lumière

Se va mettre en sa tanière

Et l’homme ménager prend soin

De faire resserrer son foin

Car l’hiver tout ainsi que l’ours

Séjourne encore quarante jours.

Cette légende est à rapprocher de celle du «ground-hog day», jour de la marmotte : si la petite marmotte voit son ombre en sortant de chez elle, cela signifie qu’il va faire froid encore six semaines. Aux États-Unis, la marmotte est appelée Punxsutawney Phil et est considérée la marmotte nationale.

À l’Île-du-Prince-Édouard, presque tout sur l’histoire de la chandeleur a été capté par Georges Arsenault dans son livre Courir la chandeleur publié en 1982 aux Éditions d’Acadie et imprimé par l’Imprimerie Lescarbot ltée à Yarmouth en Nouvelle-Écosse :

Le tableau (page 35) de la couverture de Courir la Chandeleur est de Bernard LeBlanc d’après une photo de madame Marguerite Richard de Mont-Carmel. D’après Marguerite Richard, les «coureux» sur cette photo sont de g. à d. : Emmanuel Richard, Alfred Richard, Théophile à Jo Victor, Sylvain à Nicéphore (en capot blanc), Jack Charlo avec le coq, ensuite, Gérard à Dan et devant le traîneau, Augustin à Jo Tanis. Cette photo date des années 1930.

La chandeleur a longtemps été célébrée à Tignish conjointement avec la fête des Rois tel qu’on peut l’entrevoir sur la 1re photo (p. 33) de 1960 appartenant à feu Mme Anne-Marie Perry et tirée de Courir la chandeleur (p. 94) : (de g. à d.) Clarence Wedge, Aubin Gallant, Irène Gallant, Russell Perry, Anne-Marie Perry (reine), Émile Gallant (avec le coq), Eugène Perry (roi), et Arthur DesRoches.

Tel que le démontre la 4e photo de cet article (p. 33), la chandeleur fut aussi courue en 1981 et 1982 par dix quêteux de la paroisse de Mont-Carmel. Les voici chez José à Joe Antoine à St-Chrysostome : (centre droite) Benoît Aucoin, chef des coureux avec le coq, accompagné de ses coureux : (arrière de g. à d.) Eddie Aucoin, Doria Richard et Éric Richard, (milieu de g. à d.) Théophile Arsenault, Rita Aucoin, Hélène Gallant, le chef lui-même, et (devant de g. à  d.) Hilda Arsenault,  Cécile Aucoin et Alice Arsenault.

(Gracieuseté de La Voix acadienne, 10 février 1982)

Dix ans de chandeleur ininterrompue :  1995-2004

L’idée de renouer avec la quête de la Chandeleur dès février 1995 est née à Mont-Carmel alors que l’auteur de cet article en fit la proposition à monsieur Dismas LeBlanc, chef à l’Institut culinaire de l’Acadie au complexe alors appelé Le Village au site historique du Grand-Ruisseau à Mont-Carmel. L’année 2004 marque la 10e année consécutive que la chandeleur acadienne a lieu de façon continue à l’Île-du-Prince-Édouard. De partout dans la région Évangéline, des paroisses de Tignish et Palmer Road en passant par Summerside et Rustico, la chandeleur acadienne a de profondes racines dans le pays de l’Acadie de l’Île. Les photos qui parsèment ces pages en sont un témoignage vivant!

Plus particulièrement, et en 2004 à l’occasion du 400e de l’Acadie, la quête de la chandeleur a eu lieu à Summerside à l’École-sur-Mer et à Rustico avec les jeunes de l’école Saint-Augustin qui ont couru dans le Rustico historique constitué par l’église Saint-Augustin, la Banque des fermiers et la Maison Doucet. Les cinq maisons que nos intrépides coureux pionniers ont parcourues étaient celles de Alice Doucet, de Camilla et Cécile Arsenault, d’Alyre et Marion Pineau, d’Arthur et Anne-Marie Buote et de Judy et Gary MacDonald (propriétaires de l’auberge Barachois Inn). La chandeleur reprend ses droits presque partout en Acadie de l’Île!

*          Cette observance commémorait la purification de la Vierge Marie
quarante jours après la naissance de Jésus.

**         Cette fête de la Présentation commémore la première présentation
officielle du Christ dans le Temple c’est-à-dire dans la «Maison de Dieu».

Reflection on our Acadian identity

2004 par James Perry

James Perry1

 The Acadian James Perry is an industrial electrician at Cavendish Farms, a frozen French fry manufacturer in New Annan, Prince Edward Island. In his spare time, he is an amateur historian and genealogist. He has previously written articles for The Ancestral Home Newsletter (www.acadian-home.org) and The Louisiana Genealogical Register. He lives in Summerside with his wife, Dianne, daughters Melanie and Carolyn and son Christopher.

 

It is hard to put one’s finger on just when or where I became interested about my Acadian history and heritage. Some of those feelings go back to when I was a young boy. Most of the feelings I have are of a personal nature, a sense of where I belong, who I am, why I do things the way I do. I know I am not unique in this interest, many people the world over search out their ancestors for many different reasons. Someone told me once that genealogy is the world’s second most popular hobby, next to stamp collecting and ahead of coin collecting. I personally like the Latter-Day Saints’ wording; they call it «Family History Research», for without the history, all we have are names, dates and places. There is  so so much more to the story.

One thing that was a direct influence was that I was from a French-Acadian family, but nobody could speak French. My family would visit my grandparents in Summerside where French was spoken; we would visit my mom’s Uncle Georges in Mont-Carmel, bringing my grandmother along. They all spoke French there. My father’s parents also spoke French. In fact, my paternal grandfather John B., as he was called, spoke and wrote both English and French fluently despite only finishing Grade 2 or 3. My maternal grandfather only learned English in the late 1930’s and early 1940’s. His young daughters would read to him from their schoolbooks. I did not find this lack of French language skills unique or strange. We were «French» but spoke English. We were like the relatives whom Georges Arsenault spoke about : «we were French but did not speak the language». Where we lived at the time of my youth, it would have been better to speak Ukrainian or Inuit. There was no French language training in the schools I went to. There was no opportunity to learn even the basics of grammar and pronunciation. There was no one with whom to practise conversational French.

Our family were Acadian Islanders, and my parents somehow sought out other misplaced Islanders and had them for friends, the Bernards, the Gaudets and Gradys. They sat around in living rooms in military married quarters in out of the way places such as Yorkton, Saskatchewan, and Moosenee, Ontario, and talked about the Island, who married whom, who had babies, who got divorced. When we came «home» the scene was the same; only the people were different. Mom and Dad sat around at night with Granny and Granddad and with the  other relatives who were there and talked again  about people, who married whom, who had children, etc. We ate unusual foods like lobster, râpure, chicken fricot, chowder, yellow-eyed beans, bannock and French biscuits. I swear that if there were a fire at our house, my parents would have saved the grinder and râpure pans before my brother and me. When I was dating my future wife, I invited her over for a râpure supper. She’s from Nova Scotia English and Upper Canada Loyalist heritage, so I explained to her that if we had any future, she would have to learn to like râpure. Turned out, she loved it! She has even mastered how to make it. In a catastrophe, I wonder if she would not save the pans before the children, or maybe before the husband.

Another influence was that because my father joined the Canadian Air Force shortly after my birth, we lived in several areas across Canada. Despite where we lived, Summerside was referred to as «home». Sometime in February or March, the topic of «Are we going home this summer?» would come up.  Now we lived in comfortable accommodations, we had furniture and clothes wherever we lived. We had a roof over our heads, heat and water and four walls. But it was just where we lived. Home was Summerside! We did not own a building here or even land, but it was home !

As a youth, I remember lingering on the deck of the «Abegweit», the original one, not the modern plastic and fiberglass copy, and also on the «SS Prince Edward Island», just savoring the view of the coast of the Island. It is har d to explain the thrill or the excitement it gave me as the shoreline came into focus. You could smell it, you could see it, and you could feel it. Very, very few of my classmates and friends in Yorkton or Moosonee were from here. They did not take a ferry to go home. The ground of their homeland was not red. They did not know the colour of the Island clay, how it tastes when the wind blows it off the newly ploughed fields, the feel of it being wet and mushed between your toes. I was from a very unique and special place. I knew it then and I still know it now.

We once came very close to living here on the Island. My father was transferred to a place where there were no married quarters available. My mother, brother and I came home to live with my grand-mother on East Street. My cousin Darrell gave me some schoolbooks I would need in the classroom here in Summerside. Among them was a history book entitled The Story of Prince Edward Island by P. Blakely and M. Vernon. It was in 1965 and I was almost eleven. I read the book during my summer vacation. When we very quickly left to join my father as he had found a house for us to live in, I kept that book. I still have it. It has been read several times.

Another book that made an impact on my life was one my grandmother had on her bookshelf, The title was Cent Cinquantième Anniversaire de la paroisse N. D. du Mont-Carmel, 1812 – 1962. She showed me her parents’ names in it, and how she was descended from Paul Arsenault, one of the pioneer settlers of Mont-Carmel. I was hooked. I had to know more.

After my graduating from College in 1975 and beginning my career, I seriously started to research my Acadian heritage. With my English Loyalist wife in tow, we visited the parishes of Baie-Egmont, Miscouche, Mont-Carmel, Wellington, Tignish, and Cascumpec. We visited «Le Village» and the Acadian Museum in Miscouche. I dragged her all over the Island, visiting graveyards and bookstores and historic sites. I started to acquire books, pamphlets, magazines and parish histories of the area. My family tree started to come together. I found out that my surname had not always been Perry, but Poirier. My grandfather changed it in the late 1920’s. I found out that all of my father’s brothers are named Joseph, every one of them used their second or even their third name, except the youngest; he got to use Joseph. My mother’s sisters are all christened Mary, be it Mary Bertha, Mary Edna, etc. They all use their second name as their common name. My mother, luckily the youngest of the girls, didn’t like her second name so she can use Mary, however she goes by Marie. The more I dug into this family history thing, the more passionate I became about it. The people in history became real and fascinating to me. Paul Arsenault, Germain Poirier, Xavier Gallant, and Jean Aucoin. The path led further back in time to Pierre Arsenault, Jehan Poirier and Jacob Bourgeois. And back to France, with side paths by way of the Melansons to England, the Caissies to Ireland, and Noiles to Holland. Who were all these people? Why did they come here? What were they like? How did they live?

At the time we were living in Truro, Nova Scotia, there was a lot to explore on that side of the Strait too : Beaubassin, Grand-Pré and Port-Royal. I remember my first visit to Grand-Pré. A feeling came over me that something terrible had happened there, despite its pastoral setting, I could feel the loneliness and the starkness of the place. I could see the expulsion, families torn apart, never to see each other again. On my office wall at home is a print of a famous painting depicting the scene of the expulsion. It serves as a reminder not to forget. A beautiful and scenic area forever marked by a tragic chain of events. The blood of innocent people, men, women, and children, speak from the grave «we should not be forgotten»,  and they are not forgotten.

Later in 1978, we moved to Mississauga, Ontario, and I took advantage of some of Canada’s largest libraries and bookstores to add to my information and collection. I was devouring reading material on the subject, both in a genealogical and a historical sense. Authors such as Bona Arsenault, Naomi Griffiths, Yvon Leger, Henri Blanchard, Michel Poirier and Ste-phen White. One day I found a copy of Georges Arsenault’s Complaintes acadiennes2. I signed it out from the library and kept renewing it for months. The librarian commented on my constant renewing and, because it was not really in great demand, she bent some of the library’s rules and allowed me to keep it longer. I read most of it with a French-English dictionary in one hand and the book in the other. It was my first attempt to read more than «born», «married», and «died» in French. The chapter in the Complaintes on Xavier Gallant enthralled me, as he was one of  my ancestors. I had to know more.  I had my parents, who live in Summerside, pick up locally published books that I couldn’t find in Ontario. Christmas, birthdays, and other holidays were exciting times, as I knew there were Acadian books coming.

The story of my people became alive, how a few families left France  for a new life in a faraway country.  How generation after generation moved from one place to another.  How the ravages of nature, weather and mice, only made them more intent to survive. How the tyranny of man only slowed them down, but they survived. How success came and went, and they survived. I remember researching one particular family, and within a few months, five of their children passed away, then the mother died. A little while later, the father remarried, and a whole new family started to arrive. How from tragedy he found some happiness in life.

I was reading recently about the journeyings of Father MacEachern. How he would travel from Malpèque  to St. Andrews, then back to Malpèque. Taking days and weeks, travelling by canoe, or snowshoe, horseback, and foot. Now we think nothing of jumping in the car and driving to Charlottetown for supper. One summer day we drove to Montague, then to Souris, up to East Point, over to Three Rivers, St. Peter’s, and Rustico, back to Charlottetown and then home to Summerside by way of Borden. The next day we drove up to Tignish and back through Baie-Egmont and Mont-Carmel. And finally to Miscouche before returning home. I thought how it took my ancestors several generations to go from Port-LaJoye to Summerside. I can do it now in a few hours.

Every day, I scan through The Journal-Pioneer for Acadian articles. I check out the obituaries and funerals. I compare any new information with the records in my database and add or correct them as required. I regularly check out the books available at the Centre J.-Henri-Blanchard, the Acadian Museum, the used-book stores in the area. In the past little while, we have been fortunate to see several excellent new books published. With great local historians and authors such as Georges Arsenault, Cecile Gallant, David Le Gallant, Jacinthe LaForest, and the late J. Henri Gaudet, we are regularly blessed with new and exciting publications. I thank them for their work and encourage them to continue to publish their research.

Sad to say, I have relatives and friends who mock the Acadian flag and shun their Acadian heritage as an embarrassment. I take pride in the fact that as a people we have a national flag, a national anthem, a national day. I take my young son with me to places such as the Acadian Museum, and the Centre J.-Henri-Blanchard. He looks up to me with his big brown eyes : «This is the Acadian place, dad?», he asks. He watches for flags and can identify our Canadian flag, the Summerside Flag, the Prince Edward Island flag, and our Acadian Flag. One day I bought one of those tricolor ties at the Acadian Museum. When I got it home, he claimed it as his own; it is his Acadian tie. I hope and pray he and our children throughout all the land will be proud of their Acadian heritage as I am.

As I continued my research, I was not and still am not satisfied with only knowing names and dates of my ancestors. I need to know more. I need to know how they lived, what they ate, what kind of clothes they wore, what they did for a living, etc. Were they farmers or fishermen? Did they have a trade? Were they merchants, or did they earn their wages working for someone else? Was their house a log home or a framed building? Did they have glass windows? Did they love lobster as a food or use it only as fertilizer? Did they eat biscuits or bannock? Did they love râpure as much as I do? Were they military men? Or were they opposed to war and fighting? Were they active in their religion? Or just going through the motions? Were their children their pride and joy? What was la Mi-Carême, or la Chandeleur? Did they have the same feelings I have, about the birth of a child, the death of a loved one? Do I have their nose shape, their eye or hair colour? How tall were they? Were they as passionate about where they lived as I am? I know some of these questions will never be answered, until I can ask them for myself in the next life. But I never tire of looking for the answers here and now.

There was a popular beer commercial a few months back, a young man extolling the virtues of being Canadian. I sometimes feel like that, but rather as an Acadian! We are not Québécois; our national day is August 15th, not June 24th. Our flag is the French Tricolor with the golden star in the blue representing our national patron saint, Our Lady of the Assumption. I personally do not speak French, but Acadians the world over speak many different languages, for we are a people without a homeland, banished in the 1750’s and dispersed all over the world.

We Island Acadians are the lucky ones, for we still occupy some of the lands where our ancestors first came. Many left for only a few years, some not at all, with proud names such as Arsenault, Poirier, Gallant, Gaudet, Bernard, Caissie, DesRoches and a couple of a dozen more. At one time I thought that Canadian history was boring, not at all like our neighbours to the south. But my studies of the pioneers of the Acadian parishes of Prince County have brought to life the exciting times they lived in. Hard times. happy times, sad times, good times. Many others and I are their legacy. The DNA in their bodies will match ours.

I remember reading somewhere about a young man who had a dream about going to heaven where he met his grandfather. They had so much to talk about, but all that the old man would ask was : «What have you done with my name?» Finally the young man answered, that he had done nothing that his grandfather would be ashamed of, that he was proud to bear the name of his grandfather and he would make him proud also. The grandfather thanked him and walked away. And the young man woke up, back in the world. We need to be proud of our ancestors. They lived and died in a harsh environment different from ours, so that we might have a better life, that we might enjoy freedom, in a great country. There are hundreds of thousands of Acadians throughout North America, from the Gulf of Mexico to Nunavut, from the Pacific Ocean to right here at home on the Atlantic coast. There are Acadians in France, and England, Spain and Italy, indeed all over the world. We are all cousins, related through the centuries.

With my interest came a desire to record on paper events from my grandparents’ lives. I rewrote a short biography an aunt had previously written on my paternal grandparents, had it printed and now make it available for aunts and uncles and cousins to have. It was so well received that I went back another generation, and then another. I have now started to do the same for my maternal grandparents. With the advent of computers I began entering my lineage into a database, in time it expanded to include brothers and sisters of my ancestors and their children. It now has almost 23,0003 names in it. Almost totally Acadian and mostly from the Prince County area of Prince Edward Island.

I really want to thank the people who are responsible for my being here in Miscouche today at this forum on «Acadian history and genealogy». First, an interesting lady from Maryland, Lucie Consentino, who has a very large and fantastic website on Acadia (www.acadian-home.org). She asked me via the Internet to write an article on Island Acadians for her Internet newsletter. Because of that article, Georges Arsenault contacted me and through emails, he asked me to participate here today. A couple of weeks ago, I met them both here at the museum. So I also wish to thank him for the opportunity to express my ideas in a public forum. Lastly, I would like to thank the members of the Sister Antoinette DesRoches Historical Committee. I think Sister Antoinette would have been very happy with what you are accomplishing here. I found the topics and articles regarding the forum last spring very interesting and informative, and this forum is the same. My paternal grandfather John B. Perry and Sister Antoinette were first cousins. Sister Antoinette told me many things about my grandfather and his family, which I had not known. She was a great woman and an Acadian patriot. I am not sure she would have approved of the name of the committee though, for she was a very humble servant of the Lord. But she is not here, physically, only in spirit, and I think it is very fitting that you would honor her memory by using her name in the committee’s designation.

I would like to close now with a quote that I find very suitable. It is from Antonine Maillet’s classic novel Pélagie-La-Charrette. The sea captain Beausoleil counsels Celina:

From here on it’s in the future one must look for roots.

And it’s my thinking that to count them all will need

lengthy journeyings far north and far south.

 

1        Talk delivered at the second «Forum on Acadian History and Heritage»
held at the Acadian Museum in Miscouche on November 4th, 2000 and
sponsored by the Comité historique Soeur-Antoinette-DesRoches.

La rédaction : cet article est le 2e sous la rubrique touchant à l’identité et
à la nationalité acadiennes :  voir Gordon Lavoie, Réflexion sur notre identité
acadienne, La Petite Souvenance, no 17,  p. 37.)

2          Georges Arsenault, Complaintes acadiennes de l’Île-du-Prince-Édouard, Les
Éditions Leméac, Ottawa, 1980.

3          Now in 2004, there are over 30,000 names in the database.

 

The Saint-Philippe-et-Saint-Jacques Cemetery (Baie-Egmont), an example of a parish cemetery where one finds much precious information for genealogical research. (Photos : archives James Perry)

Association du Musée acadien de l’Île-du-Prince-Édouard : 1964-2004

2004 par La Petite Souvenance

 

«Il a été proposé par M. Benoît DesRoches de Miscouche et appuyé par M. le docteur J. Aubin Doiron de Summerside qu’on bâtisse un musée acadien et qu’on le bâtisse à Miscouche.»

Cette proposition fut adoptée à Miscouche, le dimanche 26 janvier 1964, au Couvent Saint-Joseph de la Congrégation de Notre-Dame, dans la salle même où les délégués étaient rassemblés lors de la seconde Convention Nationale des Acadiens en 1884.

L’occasion de l’adoption de cette proposition historique fut les assises du Comité historique, généalogique et littéraire des Acadiens de l’Île-du-Prince-Édouard dont la présidente fut soeur Saint-Emmanuel cnd (soeur Antoinette DesRoches), la secrétaire, Mme Benoît DesRoches tandis que le père Jean-François Buote, curé de Mont-Carmel, récita la prière d’ouverture.

 

PRÉSIDENT HONORAIRE À VIE DE L’ASSOCIATION

Son Honneur, l’honorable J. Léonce Bernard, 3e lieutenant-gouverneur acadien
de l’Île-du-Prince-Édouard (dès le 15 juin 2003)

 

PRÉSIDENT.E.S. DE L’ASSOCIATION DU MUSÉE ACADIEN DE L’Î.-P.-É.

Dr J. Aubin Doiron - (le 26 janv. 1964-1980)

Joseph H. Cormier - (le 26 mai 1980-1982)

J. Edmond Arsenaul - (le 26 mai 1982-1994)

Dr J. Aubin Doiron – (le 10 nov. 1994-1995)

J. Wilfred Arsenault – (le 9 mars 1995-1996)

Alméda M. Thibodeau - (le 9 oct.  1996-1997)

Ernest Gallant - (le 27 nov. 1997-2001)

David Le Gallant - (le 5 mars 2001-           )

 

DIRECTRICES DU MUSÉE ACADIEN DE L’Î.-P.-É.

Soeur Antoinette DesRoches cnd - (1964-1979)

Soeur Marguerite Richard cnd - (1979-1985)

Murielle Arsenault -  (1986-1987)

Cécile Gallant - (1988-          )