Catégories: ‘La Petite Souvenance 1981 (No 5 – mai)’

Nouvelles de l’empremier

1981 par Contribution anonyme

 

1889 – Baie-Egmont :  “La fièvre matrimoniale a encore fait son apparition parmi nous cet automne.  Si le temps de l’Avent ne fut venu mettre un frein à sa marche, le nombre de ses victimes aurait été assez considérable; espérons que ceux qui se sont laissés prendre dans ces filets sauront faire mentir le proverbe qui dit “Il y en a plus de mariés que d’heureux.”  (Le Moniteur Acadien, le 27 décembre 1889.)

1899 – Wellington :  “Notre compatriote et jeune député M. J. F. Arsenault de Wellington a droit aux plus chaleureuses félicitations pour son esprit d’entreprise.  M. Arsenault fait un commerce sur une grande échelle et s’est acquis par ses bonnes qualités et son esprit d’intégrité une position qui le place au premier rang dans le monde commercial.  Dans quelques semaines, il occupera son nouveau magasin, magnifique établissement de 85 pieds de longueur, fini dans tous les goûts de l’art moderne.  Succès à notre vaillant et énergique compatriote.”  (L’Impartial, le 17 août 1899.)

1894 – Palmer Road :  “M. l’inspecteur Arsenault en nous parlant des écoles qu’il vient de visiter dit que l’école de Palmer Road (à l’église) est maintenant trop nombreuse pour un seul maître et que pour donner justice à l’instituteur aussi bien qu’aux élèves, il faut absolument qu’il y ait un autre département.  Là où il y a 70 élèves dans le même appartement avec un seul maître, on ne doit pas s’attendre à des progrès satisfaisants.  C’est aux contribuables à y voir et ils ne devraient pas l’oublier.  La loi des écoles est tout à fait en leur faveur sous ce rapport.”  (L’Impartial, le 2 août 1894.)

1905 – Abram-Village :  “Le travail sur le Pont “Haldimand” n’avance pas vite, le monde en souffre.  Au dire des connaisseurs le travail est très mal fait et ne peut durer que très peu de temps, autant d’argent de gaspiller.  C’est bien dommage pourtant car ce pont est d’une utilité indispensable.”  (L’Impartial, le 10 août 1905.)

La Première Convention Nationale Acadienne : les Acadiens y étaient

1981 par Georges Arsenault

par Georges Arsenault

 

Cette année marque le centenaire de la première Convention Nationale Acadienne, tenue à Memramcook les 20 et 21 juillet 1881.  C’est à ce grand rassemblement, où pour la première fois autant d’Acadiens de tous les coins des provinces Maritimes se réunissaient pour discuter de leur situation, que l’on s’est choisi une fête nationale, Notre Dame de l’Assomption, célébrée le 15 août.

Cette convention fut un très grand événement.  Environ 5,000 délégués et visiteurs se sont rendus à Memramcook pour y fêter les retrouvailles de la grande famille acadienne, mais surtout pour y discuter sérieusement les problèmes qui entravaient le développement du peuple acadien.  En sessions d’études on se pencha sur les questions de l’éducation, de l’agriculture, de la colonisation et de l’émigration, de la presse et du choix d’une fête nationale.

La participation de l’Île à ce congrès fut remarquable.  Environ deux cents délégués et autres participants traversaient le détroit Northumberland pour assister à cette rencontre.  Ce groupe insulaire avait à sa tête deux membres de l’assemblée législative provinciale, les honorables Joseph-Octave Arsenault et Stanislaus Perry (Poirier), qui faisaient partie, notons le, du Comité organisateur du congrès.  Les délégués de l’Île firent bonne impression auprès de leurs compatriotes.  Voici ce qu’en disait Le Moniteur Acadien dans sa livraison du 28 juillet 1881:

L’Île Saint-Jean a fourni près de 200 délégués et autre, et, comme on nous le faisait remarquer, on a jamais vu un groupe de personnes plus intelligentes.  On comptait deux prêtres, deux députés, des marchands, des instituteurs et des cultivateurs, et ces derniers de la classe la plus prospère que l’on puisse trouver à l’Île.

Le plus grand débat du congrès se fit autour du choix d’une fête nationale.  Deux propositions furent sérieusement considérées et longuement débattues:  les uns voulaient la Saint-Jean Baptiste, les autres Notre-Dame de l’Assomption.  Pour connaître l’opinion chez deux principaux chefs acadiens de l’Île au sujet de cette question et du congrès en général, voici le texte des discours qu’ils y ont prononcés.

 

Discours de l’honorable Joseph-Octave Arsenault

Messieurs,

Je ne puis laisser la question débattue en arriver à une solution sans faire quelques observations qui me sont dictées par le désir de contribuer, dans la mesure de mes forces, à son règlement et à l’adoption d’une fête nationale qui puisse répondre aux besoins du peuple acadien et être chômée le plus facilement et le plus généralement possible dans tous les centres acadiens.  J’ai toujours vivement désiré l’adoption d’une fête nationale commune, à laquelle les Acadiens des trois provinces maritimes pûssent participer, un jour de fête où ils pûssent se réunir et retremper leur patriotisme, évoquer le souvenir de leur passé, étudier le présent, prendre des résolutions pour l’avenir, et je souhaite ardemment que l’un des premiers résultats de cette convention soit l’adoption d’une telle fête.

L’Assomption de la Sainte Vierge serait très convenable mais il me semble qu’elle arrive à l’une des époques les plus défavorables de l’année et je crains que pour cette raison elle ne pourrait être célébrée avec cet élan, avec cet éclat, avec cette unanimité que tout le monde s’accorde à désirer.  À peu près tous les Acadiens appartiennent à la classe agricole, et pour la classe agricole le mois d’août n’a guère de loisirs.  C’est le temps des foins, et vers le 15 août surtout les cultivateurs redoublent d’ardeur pour moissonner en temps opportun ce fourrage qui contribue si largement à l’entretien de nos troupeaux.  Juillet est le mois des fêtes et des pique-niques; nous nous y livrons aux déclassements qu’ils nous apportent; on y épuise pour ainsi dire son fonds de gaieté.  Après avoir pique-niqué, après s’être promené en juillet, puis après s’être mis à la fenaison et travaillé dur et fort pour sauver le fourrage, le peuple n’est pas bien disposé à fêter, et il est à craindre que l’enthousiasme ne soit pas aussi ardent qu’on doit le désirer pour chômer dignement la fête nationale.

Sur l’Île-du-Prince-Édouard, ma province, on ne pourra célébrer la fête nationale dans chaque paroisse; il faudra que les habitants de plusieurs paroisses se réunissent dans le centre le plus favorable, où devront se porter les orateurs et les musiciens; or la chose sera fort difficile, sinon impossible, à la mi-août.  Prenons cette convention pour exemple:  je n’hésite pas à dire que si elle eut lieu à l’époque de l’année à laquelle on propose de chômer la fête nationale, le nombre des assistants n’eut pas atteint un chiffre égal à la moitié du nombre des personnes présentes aujourd’hui.  Et, dans mon opinion, c’est un point important à considérer.

Quelques orateurs ont insisté sur la nécessité de se séparer, de se distinguer Les Canadiens-Français, et ont soutenu que si nous adoptions la Saint-Jean-Baptiste pour fête patronale, nous nous trouverions à jamais perdus, confondus dans la nationalité canadienne-française, résultat qui, à leurs yeux, serait un malheur irréparable.  Je ne partage pas ces craintes et, pour ma part, je serais heureux de voir les liens qui nous unissent aux Canadiens-Français se resserrer davantage.  Il faut se rappeler que l’Acadie compte un grand nombre de ses enfants dans la province de Québec, où, tout en conservant fièrement et fidèlement leur titre d’Acadiens, ils chôment avec enthousiasme la Saint-Jean-Baptiste, qu’ils regardent à bon droit comme la fête par excellence de la famille française dans l’Amérique du Nord.  En adoptant une autre fête, nous les répudions purement et simplement, et en outre nous imposons aux centres acadiens de l’Acadie qui ont jusqu’ici et depuis bon nombre d’années chômé la Saint-Jean-Baptiste – comme cela se pratique sur l’Île-du-Prince-Édouard – la nécessité de changer de fête, ce qui n’est pas toujours agréable et ce qui surtout pourrait bien être un grand obstacle à l’adoption générale de l’Assomption pour fête patronale.

 
Discours de l’honorable Stanislas-F. Poirier

Monsieur le président, Messieurs,

J’étais loin de m’attendre que la question qui nous occupe créerait un aussi long et vif débat.  Pour ma part, messieurs, je regrette profondément la tournure acrimonieuse qu’elle a prise.  Personne ne doit craindre, personne n’a raison de craindre le progrès, l’avancement des Acadiens, dont tout le pays en général et toutes les classes de la société devront en définitive retirer des avantages.

En 1755, on a vu disperser les Acadiens aux quatre vents du ciel, aujourd’hui nous voyons cette famille éprouvée, dont les malheurs inouïs arrachent des larmes au coeur le plus endurci, se réunir, se donner la main, délibérer en convention sur les moyens les plus propres à asseoir son existence sur des bases solides.  Ce fait est bien de nature à réjouir tout coeur français.  On a beaucoup parlé de notre manque d’éducation; mais nous pouvons nous glorifier, même sous ce rapport.  Les Acadiens sont demeurés, malgré leurs inénarrables infortunes, instruits dans la grande, la principale chose, la religion, à laquelle ils sont restés fidèles et soumis.

On objecte contre l’Assomption pour fête nationale, qu’il fait trop chaud à l’époque où elle tombe.  Ne pourrait-on pas choisir un jour d’hiver, afin de donner à ceux qui n’aiment pas la chaleur l’occasion de manifester leur ardent patriotisme à la faveur du froid!

Je regretterais de voir la politique s’insinuer dans cette convention et en amoindrir les résultats.  J’aurais beau à répondre aux insinuations qui ont été faites hier du haut de la tribune, à propos de l’anglification.  Je suis Acadien, et je ne crains pas de le proclamer.  On nous a fait reproche de traduire nos noms.  Vous le savez, messieurs, il fut un temps où tout ce qui sentait le français dans nos provinces était le point de mire, l’objet de haines et de malveillances auxquelles il n’était pas facile de se soustraire.  Au sujet des alliances, auxquelles il a été fait allusion, je suis plus libéral qu’on ne s’est déclaré, je suis d’opinion que le jeune Acadien doit être libre de prendre sa femme là où il l’entend.

J’espère que la prochaine convention aura lieu sur l’Île Saint-Jean et qu’il nous sera donné à nous, insulaires, de vous rendre l’hospitalité toute fraternelle que Memramcook accorde à nos délégués, qui en remporteront le plus précieux des souvenirs.

L’Assomption à Palmer Road – 1897

1981 par Contribution anonyme

 

La paroisse de l’Immaculée Conception de Palmer Road cette année a célébré la fête patronale des Acadiens avec un éclat et une pompe tout à fait inaccoutumée.  La veille de l’Assomption on voyait des milliers de personnes venues des paroisses voisines se réunir sur le terrain de l’église pour chômer ensemble la belle fête de l’Assomption.  Tous sans distinction de nationalité ou de religion étaient venus encourager par leur présence et leur bourse les humbles efforts des bons paroissiens de Palmer Road.  Une franche gaieté animait tous les visages et chacun semblait prendre part à la joie universelle qui caractérisait cette réunion. 

La fête de l’Assomption n’a pas été choisie comme fête des Acadiens dans le seul but de réjouir et de resserrer plus étroitement les liens sociaux qui unissent les descendants des Acadiens de 1755, mais c’est surtout pour leur rappeler que si les descendants des proscrits de Grand Pré ont encore une existence comme peuple, c’est grâce à la religion catholique qu’ils ont toujours été fiers de professer et de pratiquer.  Ainsi l’église de Palmer Road ouvrait avec un redoublement d’allégresse ses portes à deux battants, le 15 août, à la foule pieuse qui était venue assister au saint sacrifice de la messe et demander à Notre Dame de l’Assomption de veiller d’une manière spéciale sur la famille acadienne. 

Un temps superbe de nombreux pavillons flottant à la brise, l’église toujours belle ayant emprunté pour la circonstance la richesse variée de la forêt, l’autel dont les contours se perdaient pour ainsi dire dans un vert feuillage mis en relief par des pavillons aux couleurs variées, un grand nombre de personnes venues des paroisses voisines; tout en un mot annonçait que l’église de l’Immaculée Conception allait être témoin d’une solennité peu ordinaire. 

Pour la seconde fois seulement la nouvelle église de Palmer Road voyait se célébrer une messe solennelle avec diacre et sous-diacre.  M. l’abbé Turbide, vicaire de Tignish, était le célébrant; monsieur l’abbé Chiasson, curé de la paroisse, agissant comme diacre et M. l’abbé Gauthier comme sous-diacre.  Il va sans dire que le choeur de la paroisse sut se montrer digne de son passé et maintenir la haute réputation qu’il s’est acquise.

Après la communion, M. l’abbé Gauthier donna le sermon de circonstance.  Il nous présenta la Ste Vierge comme Reine du Ciel et de la terre et Reine des martyrs.  C’est à ce dernier titre surtout, dit-il, qu’elle est la patronne des Acadiens dont les aïeux ont tant souffert et enduré toutes sortes de martyre plutôt que d’abandonner leur religion.  C’est là un bel exemple, a-t-il dit, que nous ont légué nos pères; à nous de nous montrer dignes d’eux et de jamais trahir la cause pour laquelle ils ont tant souffert.  M. l’abbé Gauthier, grâce à l’ampleur de sa voix et la chaleur de son débit, sait faire parvenir à son auditoire chacune de ses paroles et captiver l’attention de ceux à qui il s’adresse.  Quoi-qu’il semble n’avoir pour but que de convaincre ses paroles néanmoins entraînent la persuasion et atteignent même parfois le pathétique.

À six heures les vêpres ainsi que le Salut furent chantés par le prédicateur du jour.

Ainsi se terminèrent les solennités de l’Assomption par la bénédiction de N.S.J.C. qui par son divin Sacrement vint couronner ce jour et mettre le sceau à cette fête de l’Assomption de 1897 dont les paroissiens de Palmer Road garderont un souvenir ineffaçable.

L’Impartial, 26 août 1897, p. 4

Les vieilles métines

1981 par Contribution anonyme

 

Manque d’appétit :  Boire une tisane à base de feuilles de “thé sauvage” bouillies avec du sucre, des raisins et du levain.

Mal de dent :  Mettre un clou de girofle ou quelques grains de potasse dans la dent.

Furoncle :  Appliquer une portesse (cataplasme) de savon râpé.

Infection :  Placer un morceau de pain moisi sur la plaie pour combattre l’infection.

Mal d’oreilles :  Mettre du gros sel chauffé dans les oreilles.

Teigne (ringworm) :  Placer un jonc autour du mal et peser dessus.  Ceci devrait empêcher le mal de s’étendre.  Ou bien appliquer de la saumure de hareng sur la peau infectée.

Maux de yeux, jambes, etc. :  Se laver la partie du corps en question avec de l’eau salée à marée perdante.

 

(Remèdes recueillis de Mme Auldine Arsenault d’Abram-Village par son fils, Georges.)

Portraits de J.-Henri Blanchard

1981 par Jérémie Pineau

par Jérémie Pineau

 

J’ai douce souvenance d’Henri Blanchard…

Nombreuses étaient les vertus, nombreuses et variées les capacités de ce plus engagé, plus altruiste de nos chefs de file acadiens.  Inlassablement et avec un dynamisme inépuisable, il se dépensait pour la cause acadienne.

Parmi ses multiples talents, ce “père commun de tous les Acadiens de l’Île” jouissait d’une mémoire vraiment prodigieuse.  On n’avait qu’à l’entendre dans ses envolées devant son petit peuple qu’il ne cessait d’harceler, d’aiguillonner à l’action.  Pour lui, la survie et l’épanouissement des Acadiens dépendaient moins de la réclamation de nos droits que de la mise en valeur de nos talents et capacités ethniques naturels.  C’est, sans doute, qu’à l’encontre de nos chefs actuels, le dévoué professeur comprenait avec Jean Paul Sartre que “le droit n’est jamais que l’autre aspect du devoir”.

En tournée de paroisse, il parlait – interminablement – sans jamais avoir recours au moindre texte préparé, sa phrase saccadée de son fameux “hein”?  Les anecdotes, dates et faits affluaient au point que ses auditeurs, ébahis se demandaient d’où pouvait sortir “tout ça”.  Sa fidèle Ursule, souvent présente lors de ses harangues, toujours patiente et aussi taciturne que lui-même était loquace, sympathisait avec l’assistance tandis que son Henri, s’enflammant et oubliant que le temps existait, que les bancs de petite école étaient conçus non pour les parents, mais pour les enfants, allait puiser dans la vie des ancêtres ces exemples de débrouillardise, vaillance et persistance qui inciteraient à l’action les Acadiens du jour.

C’est William Shakespeare qui faisait dire d’un de ses personnages:  “The whole world was his oyster”.  Ainsi, nous pouvons dire d’Henri Blanchard que l’Île entière était son royaume.  Animateur unificateur par excellence, optimiste inébranlable, il oeuvrait dans toute communauté acadienne.  La paroisse la plus abandonnée, la plus assimilée se méritait sa sollicitude, son secours, tout comme celle où la culture et la langue restaient florissantes.  De Tignish à Souris, il recrutait ses “protégés” qu’il enverrait aux études post-secondaires et universitaires dans les institutions françaises du Nouveau-Brunswick, du Québec.  Peu lui importait que l’aspirant ne parlât que l’anglais… le français, on l’apprendrait “là-bas” et on l’apprendrait très tôt.  Également, “le petit chose” qui, par malheur, s’exprimait en franglais saurait améliorer sa langue, tout comme le parleux de chiac ou de joual troquerait son parler abâtardi contre le beau langage de Lacordaire.

Grâce aux efforts d’Henri Blanchard, toute une phalange de gens instruits sont revenus oeuvrer auprès de la population acadienne de l’Île-du-Prince-Édouard.

En terminant ce modeste portrait d’un grand Acadien, nous ne pourrons mieux faire que d’applaudir la description qu’en donne l’abbé Charles Gallant dans le livre Histoire de la Société Saint-Thomas d’Aquin (1979) où, à la page 18, nous lisons: “…, c’était un petit bout d’homme, au coeur d’or, au courage intrépide, aux paroles magnétiques, qui entreprenait sa mission de sauveur…”.

 

Notre François d’Assise

D’aucuns diront la comparaison forcée.  Et pourtant, je ne puis me rappeler la vie de J.-Henri Blanchard sans penser à celle de François d’Assise.  Au 13e siècle, François d’Assise quittait la sécurité, l’aisance du foyer paternel luxueux pour aller par les routes de l’Europe “réparer la maison du Seigneur qui tombait en ruines”.  C’était, dit-on, le premier des “hippies”, mais un hippy avec une cause non négative, mais bien positive.  Il renonçait, en effet aux biens matériels, aux liens de famille pour embrasser une vie de pauvreté, d’amour.  Toutes les créatures sont devenues ses frères, ses soeurs.  François d’Assise a laissé son empreinte sur l’Église, sur le monde entier.

J.-Henri Blanchard a laissé son empreinte sur notre peuple acadien, sur notre province entière.  Il a été accepté et aimé de tous, n’importe l’origine ethnique.  Au cours des années trente et quarante, ce patriote quittait le confort et la tranquillité de son étude pour aller réparer la maison acadienne.  Il ne s’est pas contenté d’écrire notre histoire.  Notre histoire il l’a moulée et pétrie selon son inspiration.  Tous les Acadiens, tous les gens de l’Île sont devenus ses frères et ses soeurs.  La bonne nouvelle que le vénérable professeur prêchait, c’était l’éducation de nos jeunes Acadiens.

Pour réaliser son rêve, J.-Henri Blanchard quêtait inlassablement.  Il quêtait à l’étranger, il quêtait chez-nous.  Par les routes du Québec, du Nouveau-Brunswick, hippy à son tour, il réclamait dans les collèges et universités des bourses d’études pour nos jeunes.  Partout où il allait il se faisait accueillir à bras et à bourse ouverts.  Toutes les villes du Québec, petites et grandes l’ont connu et l’ont respecté.  Cet Acadien convaincu, sincère et à la verve facile savait toucher les coeurs et délier les bourses.  Ici dans l’Île, il lui fallait visiter les paroisses, faire des assemblées de parents pour convaincre nos gens de la nécessité de faire instruire les jeunes au-delà de la petite école du milieu.

Qui peut évaluer son travail?  Suffit de dire que nos chefs de file d’aujourd’hui sont son oeuvre.  Parce qu’il a vécu, parce qu’il a oeuvré pour notre cause, nous sommes ce que nous sommes.

 

Le concours de français d’antan

Tout au cours des années cinquante, nous avions à tous les ans, dans nos écoles acadiennes “les concours de français”.  Ces examens étaient préparés, administrés et corrigés par la St-Thomas d’Aquin, c’est-à-dire par le grand examinateur lui-même, J.-Henri Blanchard.

Chaque année, nous étions mandés chez le professeur, rue Upper Prince, pour aider à la correction des examens.  Albert à Pacifique et moi, nous nous faisions un devoir d’y aller.  On ne disait pas “non” au bon professeur qui avait tant fait pour nous autres.

Le travail se faisait autour d’une vaste table dans la bibliothèque qui devait contenir des milliers de livres, de fiches historiques, de journaux et revues.  Besoin n’est pas de dire que nous nous amusions tout en travaillant.  Le plus grand problème était celui d’empêcher le bon professeur de rire et de parler.  Dieu sait qu’il aimait parler et il avait vraiment le sens de l’humour.

Si je me rappelle bien, les examens se basaient sur un programme d’études déterminé:  grammaire française, un peu d’histoire acadienne et composition française.  Il faut retenir que les élèves qui se présentaient aux concours étaient généralement bien préparés.  C’était surtout un plaisir de lire les compositions qui souvent décrivaient la vie en famille, les activités de la paroisse, la vie écolière – une page d’histoire maintenant disparue.

Ces soirées passées à corriger ces “concours” n’étaient pas sans leurs moments de gros rire.  Le bon professeur qui avait beaucoup lu et étudié pendant sa vie, commençait à avoir la vue faible.  C’est pourquoi il se servait de sa fameuse “loupe”.  Albert à Pacifique et moi, nous avions de la misère à retenir le rire quand M. Blanchard perdait, parmi les paperasses, son crayon rouge qu’il ne pouvait retrouver sans avoir recours à sa “loupe” qui était également perdue.  Quelle situation!  Il fallait tâter par toute la table pour ressusciter la loupe, le crayon rouge.

De bons souvenirs, de belles heures passées autour d’une table auguste à 114, rue Upper Prince.

Parmi mes souvenirs!

Douces souvenirs du beau pays de mon enfance

1981 par Sœur Bella Arsenault

par Soeur Bella Arsenault

Marlboro, Mass.

 

La Voix Acadienne de la fin août 1980 me mit au courant des activités en préparation au festival, le dixième de la région acadienne de notre Île.  Cette lecture me rappela les origines des pique-niques de jadis si bien décrites par Monsieur Magloire Gallant en page 9 de La Petite Souvenance (Vol. 2, No. 1).

J’avais à peine six ans, et déjà mon imagination enfantine attendait ce jour qui ne semblait jamais arriver.  C’était, en effet, une fête de famille que ce pique-nique paroissial où tous se considéraient frères et soeurs sous la houlette paternelle de notre bon et vénéré Père Boudreau.  Pas une seule famille restait indifférente à cet événement familial que l’on nomme si bien aujourd’hui :  Festival.

Pour sa part, maman faisait un “pound-cake” de trois ou quatre étages, véritable château tel que grand’maman Pélagie décrivait dans ses contes de fées.  Tout en surveillant petite Maman au coin de la table de cuisine, ma petite tête pensait; mais, quel château magique! sans porte ni fenêtre!…  Le sucre blanc si brun n’était pas épargné, et je suis sûre que Monsieur Yeo devait le considérer comme l’un des plus beaux.

Papa, lui, choisissait son plus réussi petit veau, et Maggie lui attachait au cou un joli ruban pour le présenter, en triomphe, à l’Exposition Agricole.  Habituellement, son jeune maître, François, le ramenait avec prix, comme l’un des plus beaux de la région.

Monsieur Magloire me fit souvenir d’un mot oublié depuis longtemps, mais bien cher à mon coeur d’enfant, en ce jour de pique-nique:  les galances!  Maman n’oubliait jamais de procurer ce tour de plaisir à ses trois ou quatre plus jeunes, et lorsqu’on descendait de cette chère galance, la tête nous tournait comme toupis.

À la veillée, mes soeurs aînées avaient tout droit aux danses carrées, cette fois sans être munies de permission spéciale.  Et tard dans la soirée, toute la famille, y compris grand’mère Pélagie, s’entassait, ivre de joie et de grand air dans le “truck-wagon” en route vers la Petite allée, Higgins Road.

N’étant âgée que de dix ans quand il a fallu m’expatrier, mes souvenances sont limitées, mais je compléterai ce stage de mon existence heureuse en payant tribut à la mémoire de mes admirables parents.  Je ne saurais guère en faire assez d’éloges, mais vous parler de leur foi, et de leur piété  chrétienne est sûrement le couronnement de leur belle existence.

Quand, par exemple, approchait le temps de la Semaine Sainte, et que papa, membre de la chorale, ne pouvait se rendre aux répétitions, vue la distance, il invitait ses voisins, également de la chorale, à exercer chants et psaumes qu’on devait exécuter pendant les cérémonies du triduum pascal. Après la prière du soir, les plus jeunes devaient se retirer pour faire place à ces messieurs, et surtout à cause du silence respectueux qui devait accompagner ces pieux exercices.  L’on commençait par quelques exercices de solfège, puis suivaient les Lamentations et les autres chants liturgiques.

Mais quand, au Vendredi Saint, l’on pouvait contempler ces braves paysans en soutanes et surplis, rangés dans le sanctuaire, lire, en parties, la Passion du Seigneur, ces admirables pêcheurs et cultivateurs rivalisaient en ferveur les moines des cloîtres de jadis.

Comme chaque dimanche, les Vêpres se chantaient dans l’après-midi, papa avait l’habitude, en été, de retourner, malgré la distance, pour prendre part à la liturgie vespérale.  C’est alors que l’on se servait du “buggie” et de la petite jument brune.  Papa et Maman prenaient avec eux celui des jeunes qui avait été le plus sage pendant la semaine.  Enfin! une fois arriva mon tour!  C’est vous dire que j’étais loin d’être un petit ange.  Notre banc de famille étant alors au jubé, et de là, l’on pouvait apercevoir les membre du choeur de chant.  J’avais alors neuf ans, et le chant et la musique me charmaient. Vers la fin des Vêpres, une voix entonna le Magnificat, et cette voix, je la reconnus.  Maman se pencha vers moi et me murmura:  “C’est ton père qui chante.”  Alors, ce fut pour sa fillette un moment ravissant, même si elle n’y comprenait rien!

Quand, le matin, maman, très occupée, ne pouvait voir à la prière de chacun des plus jeunes, les quatre coins de la cuisine devenaient leurs prie-Dieu, et les plus âgés devenaient moniteurs: D’abord, le signe de la croix bien tracé, le Bonjour mon bon ange, suivi du Notre Père et du Je vous salue Marie étaient de rigueur.  Le bonjour aux parents était suivi du déjeuner, frugal mais substantiel.  C’était ensuite la préparation pour l’école en compagnie de nos petits voisins de la famille Cormier.

Cette belle famille Cormier dont la maman était parente de la nôtre, était aussi notre refuge quand le bon Dieu ajoutait à notre famille un membre de plus.  Nous voyions arriver alors grand-tante Sophique sans trop savoir la raison de cette visite mystérieuse.  Papa prenait alors les quatre ou cinq plus jeunes de sa nichée, avec robes de nuit et couvertures, puis, en procession, nous nous rendions chez nos aimables voisins, et la maman toujours si accueillante, nous préparait un petit lit sur le plancher.  La prière du soir terminée, nous passions la nuit, heureux comme des anges, mais anxieux de retourner au foyer pour découvrir le mystère.  En effet, un ange avait passé et avait déposé un petit frère ou une petite soeur de plus!

Une autre de mes souvenances les plus belles, est bien la bénédiction des bateaux de pêche.  À ce dimanche spécial de mai, personne ne s’absentait.  À cette occasion, unique pour moi, marraine Jacqueline me fit ma première robe neuve et y avait mis tout le beau talent de fine couturière:  un joli tissu rose, entrelacé au corsage d’un gracieux petit ruban de velours noir piqué d’une rose blanche.  C’est alors que la petite vaniteuse que j’étais, devint en ce jour, la petite reine du foyer.  Comme toute la famille devait être présente, il fallut ajouter deux planches au “truck-wagon” attelé de deux vigoureux chevaux.  Après la messe, très solennelle, tous se rendirent, en procession, sur la grève, suivis de Monsieur le Curé en chape, surplis et étole, précédé de la croix, des acolytes en soutanes et surplis de fête.  La chorale suivait, entonnant des chants d’occasion.  Lorsque chaque bateau reçut l’eau sainte et la bénédiction du ministre du Seigneur, les pêcheurs s’installèrent dans leurs barques, puis au chant de l’Avé Maris Stella par la foule, les bateaux quittèrent le port lentement, pour ensuite revenir vers la rive où chaque pêcheur rejoignait sa famille.  La Vierge, du haut de son trône de gloire, devait sourire à ses enfants d’Acadie, et bénir ces braves navigueurs confiés à sa maternelle protection.

Et voici ma troisième petite souvenance terminée.  En vous quittant, chers frères et soeurs de mon beau pays natal, laissez-moi vous chanter, sur l’air du Petite Mousse, quelques fragments de notre nouveau chant national trouvé en première page de La Petite Souvenance :

Reine des cieux, notre Patronne,
Entends la voix de tes enfants.
Accepte nos humbles prières,
À ton Fils, porte-les pour nous.

Le 4 septembre 1980

Les pique-niques à Miscouche

1981 par Sœur Hermina DesRoches

par Soeur Hermina DesRoches

 

Cet article voudrait faire suite à celui qui a paru dans La Petite Souvenance, Vol. 2, No 2, et qui  a éveillé plusieurs souvenirs dans ma mémoire.  Il était intitulé:  “Les pique-niques à Mont-Carmel” – un entretien avec Magloire Gallant, par Marie-Anne Arsenault.”  J’espère que M. Gallant ne m’en voudra pas si je me base sur ses souvenirs pour raconter les miens.

Les pique-niques à Miscouche, tout en étant un peu semblables à ceux de Mont-Carmel, étaient aussi un peu différents.  D’abord, nous n’avions pas la belle brise de la mer pour rafraîchir nos visiteurs, et nous n’avions pas nos plus les finesses du Père P.P. Arsenault, car lui il était unique.

Tandis qu’à Mont-Carmel, on profitait des trains réguliers qui passaient à Wellington, à Miscouche, assez souvent, on avait un train spécial qui venait de Tignish, et un autre venant de Souris.  Le terrain du pique-nique était situé tout près de la gare du chemin de fer, et c’était très commode, car une fois descendus du train, les gens n’avaient que quelques pas à faire pour être rendus.  Comme de raison, ces trains spéciaux n’étaient pas fournis gratuitement par l’Intercolonial à la paroisse de Miscouche!

Pour les tables, au nombre de sept ou huit, débordantes de toutes sortes de bonnes choses, on pouvait toujours compter sur les ménagères de la paroisse, qui, depuis une dizaine de jours, étaient occupées à faire des pâtisseries, des tartes et toutes sortes de douceurs pour tous ceux qui viendraient prendre des repas au pique-nique.

Les trains spéciaux arrivaient vers 10 heures, et il fallait commencer de bonne heure à servir le repas du midi, car ces gens-là venaient de loin et avaient déjeuné de bonne heure!

Les tables étaient mises sous des abris construits la veille, (par les hommes, cette fois) et couverts de petits arbrisseaux, ce qui protégeait du soleil, nourriture et convives.  En arrière de ces abris, on érigeait des poêles à bois, où l’on faisait chauffer l’eau pour le thé et le lavage de la vaisselle, car ils étaient encore loin les jours où, vaisselle en carton et ustensiles en plastiques, trouveraient le chemin de la poubelle.

Pour ce qui est des jeux, ceux de Miscouche ressemblaient à ceux de Mont-Carmel, – en était-il ainsi de la crème glacée, des galances, des danses carrées et oui, malheureusement, des chicanes.Il y avait cependant, un coin, où on vendait des objets de fantaisie, tels que broderies, tricot, crochet, fine couture, etc., et des loteries pour lesquelles, nous, les jeunes, vendions des billets, au profit du bazar.  Je me rappelle qu’en 1922, l’année où l’on agrandissait le couvent, il y avait eu un pique-nique et un bazar au profit de cette oeuvre.  La Soeur Cuisinière du Couvent avait fait un gâteau en la forme du nouveau Couvent, et on en faisait une loterie.  Mais, voyons ce que rapportent les annales du Couvent pour cette année-là:

4 juillet, 1922 – il pleut à torrents.  Les gens s’étaient préparés pour faire $2,000; mais ils seront déçus.  La pluie tombe toute la journée et gâte à peu près tous les préparatifs.  Le pique-nique est remis au 7 juillet, mais avec la même déception que le premier jour.  Le montant réalisé est de $400.  Heureusement, qu’une loterie faite au printemps d’un magnifique Renard Argenté, don de M. Urban Gillis, avait rapporté $1,378.

On se souvient pourtant aussi de la fanfare qui ne manquait pas d’égayer la fête en se faisant entendre plusieurs fois au cours de la journée.  Qu’il faisait bon déguster un succulent cornet de crème glacée tout en écoutant de belle musique… et pour ceux qui étaient à table, ils devaient se croire dans un grand hôtel de Montréal!

Si de nos jours des “Bingos” ont remplacé les pique-niques comme moyen de finance, on peut toujours se demander pour combien de temps on a eu recours aux pique-niques comme moyen financier dans nos paroisses?  De nouveau, je trouve une partie de la réponse dans les Annales du Couvent, le 12 septembre 1864.  Je cite:

“En ce jour, les gens, ayant à leur tête le Révérend Père Quévillon, avaient préparé un “Tea-Party” dont le profit était destiné à rembourser les dépenses faites pour le Couvent, par ce bon prêtre.  Des tables étaient dressées dehors, mais la Divine Providence en disposa autrement, et il plut toute la journée, de sorte que les tables furent transportées au Couvent.  La foule était telle que nous n’avions jamais vu un concours semblable.”

Pour mieux comprendre ce qui suit, il faut se rappeler que les Soeurs venaient justement d’arriver dans la paroisse.  “Nous fûmes vraiment un objet de curiosité, particulièrement pour les protestants qui n’avaient jamais vu de religieuses.”  Soulignons que les costumes d’alors ne ressemblaient pas à ceux d’aujourd’hui!

On voit donc que les “pique-niques” ou les “tea-parties” avaient lieu même en 1864.  Quand ont-ils cessé?  Peut-être qu’un autre article saura donner la réponse.

They all go Mad for my Plough

1981 par La Petite Souvenance

 

In the palmy days of wythe harness, wooden-teethed harrows and wooden linch-pins, there lived on the Western Road, not a thousand miles from Miscouche, a well-known Acadian named Joseph (Charles) Perry, who drove a very thriving trade in plough-making.  He made the wood-work on the ploughs, and sold them for twenty shillings each.

One day a customer presented himself at Joe’s shop and asked him the price of ploughs.

“Twenty shillin’,” replied the plough-maker.

“That’s dear,” said the customer.  “I’ll give you fifteen shillings for one.”

Joe looked upon this offer as an insult and accordingly became indignant.  He replied -

“You need not take de plow – I do not ask you to have him!  I can sell all de plow I make! – Dere is Fefteen-Point, Tagnesh, Cas-cum-pack, Skin’-Pond, Jim-Yeo! – day all go mad for my plow!”

Whether the customer was induced by this startling array of facts, to pay the price asked, has not been handed down.

The Summerside Progress
le 3 septembre 1866, p. 2