Catégories: ‘La Petite Souvenance 1979 (No 1 – mai)’

Double fête à l’Île-du-Prince-Édouard

1979 par Contribution anonyme

Trois cent soixante-quinze ans, ça se fête!  Les Acadiens de l’Île-du-Prince-Édouard se joignent aux Acadiens des autres provinces et du monde entier pour célébrer ensemble ce 375e anniversaire de la fondation de l’Acadie.  Cette année est l’occasion par excellence de resserrer les liens qui nous unissent et d’organiser des activités qui nous feront redécouvrir le passé, développeront notre sentiment d’appartenance et affirmeront notre vouloir vivre collectif.

Ce 375e anniversaire de la fondation de l’Acadie se veut une double fête pour les Acadiens de l’Île-du-Prince-Édouard.  En effet, cette année la Société Saint-Thomas d’Aquin et tous les Acadiens de cette province célébreront le 60eanniversaire de leur association provinciale.  Ce double anniversaire sera marqué de façon spéciale.  Les 8, 9 et 10 juin les Acadiens insulaires se réuniront pour évaluer le chemin parcouru et discuter de leur avenir.  L’assemblée annuelle de la Société Saint-Thomas d’Aquin de même que celle de l’association des jeunes Acadiens de l’Île, Jeunesse Acadienne, auront lieu lors de cette rencontre et des spectacles et autres activités culturelles complèteront le programme de la fin de semaine soulignant ainsi les anniversaires.  De plus, les succursales de la SSTA organiseront des fêtes locales pour célébrer le 60e anniversaire de la Société alors que tous les autres organismes acadiens sont invités à préparer des activités dans les cadres du 375anniversaire de l’Acadie.

M. Théodore Thériault, président du Comité des fêtes de l’Î.-P.-É., invite tous les organismes à communiquer avec le bureau central pour soumettre des projets, obtenir des trousses de publicité, etc.

La Société invite tous les Acadiens à entrer dans la fête et les encourage à se visiter, d’une province à l’autre, d’une région à l’autre afin de resserrer davantage les liens qui nous unissent depuis 1604.

La Société historique acadienne de l’Île-du-Prince-Édouard

1979 par J.-Edmond Arsenault

 

La Société Historique Acadienne de l’Île-du-Prince-Édouard tient ses origines d’un comité historique, généalogique et littéraire créé par l’Association des Instituteurs et Institutrices Acadiens de l’Île-du-Prince-Édouard lors de son congrès annuel de 1955 qui avait lieu en la salle paroissiale de Miscouche.  Cette association en était alors à sa deuxième création.  Lors de son congrès de Bloomfield, en 1919, elle enfantait la Société Saint-Thomas d’Aquin.

Dès 1956, le comité se transforme en une société et se donne une constitution et des règlements.  Toutefois, elle prend difficilement son élan.  Elle ne tient pas de réunions régulières.  Elle fait un travail intermittent.  Elle n’a ni argent dans sa trésorerie, ni membres réguliers.  Quelques personnes font cependant des recherches historiques et généalogiques, récupèrent et colligent des documents.  Parmi celles-ci, notons Soeur Antoinette DesRoches, feu le juge Sylvère DesRoches et feu le docteur J.-Henri Blanchard.  La société éveille et anime l’intérêt des Acadiens à leur histoire et à la conservation de l’héritage et au souvenir des luttes tenaces et héroïques de leurs ancêtres.  Elle désire rassembler et conserver les objets antiques, meubles, outils, instruments aratoires dont se servaient nos ancêtres.  Dans le but d’atteindre cet objectif, elle fonde, en 1964, le Musée Acadien.  Elle en fait un organisme indépendant.  L’Association du Musée Acadien loge un édifice à Miscouche.  Ce musée est aujourd’hui rempli d’objets fort intéressants.  Les visiteurs nombreux qui le fréquentent goûtent à sa saveur historique et folklorique.

Enfin, en 1970, la Société Historique Acadienne se donne une nouvelle constitution.  Elle recrute des membres.  Elle décide de concrétiser ses actions en entreprenant des projets.  Une occasion surgit.  La tombe des anciens Acadiens de la Rivière Platte inhumés dans le cimetière de Miscouche en 1859 n’est pas ornée d’une simple croix où d’un monument.  Il conviendrait que ces aïeux soient comblés d’un plus digne hommage.  La Société Historique Acadienne juge donc opportun d’ériger un monument à leur mémoire.  Dans ce but, elle lance une campagne financière.  Les Acadiens sont généreux!  Le monument est érigé.  Le dévoilement a lieu le 13 août 1978, jour où à l’occasion de la fête de Notre-Dame de l’Assomption, le saint sacrifice de la messe est célébré au cimetière sur la tombe de ces vaillants pionniers, les ancêtres d’un très grand nombre d’Acadiens du comté de Prince et d’autres régions canadiennes et américaines.

Bien que très jeune encore, la Société Historique Acadienne ne compte déjà un membre honoraire.  Lors de ses assises annuelles de 1978, elle discernait ce titre à Soeur Antoinette DesRoches, une de ses fondatrices et une vaillante et inlassable ouvrière au domaine de la recherche en histoire et en généalogie.  Elle a oeuvré tant au sein de cet organisme qu’à l’aménagement et la direction du Musée Acadien et à l’éducation de la jeunesse acadienne.

En terminant, il semble utile de rappeler brièvement les objectifs et les priorités établis par la Société.  Ses buts sont, dans un premier temps, de regrouper les individus qui s’intéressent à l’histoire et plus particulièrement à l’histoire acadienne.  S’étant acquis l’adhésion de disciples ardents, convaincus que l’histoire d’un peuple influe sur sa survivance et ses réalisations futures, elle veut, dans un deuxième temps, leur permettre de participer à une action bien ordonnée et apte à assurer le bon fonctionnement et le succès de leur organisme.  La Société fera donc appel à leur collaboration dans ses projets de découverte, de rassemblement, d’inventaires de faits et de documents historiques se rapportant à la vie d’un petit peuple dont les ancêtres furent les découvreurs et les premiers Européens à prendre racine sur le continent nord américain.  En un troisième temps, la Société trouvera les moyens de conserver les documents et les données qu’elle aura colligés et verra à ce qu’ils deviennent accessibles à ceux qui désireraient les consulter.  Enfin, aux moyens d’études, de publications, d’ateliers et de colloques la Société s’évertuera à faire connaître et aimer l’histoire acadienne.

Lors de ses assises annuelles de 1978, la Société établissait les priorités suivantes:

1.  Convoquer, au cours de l’année, trois assemblées régionales dans les régions acadiennes de l’Île.

2.  Étudier la possibilité d’établir un centre de recherche, de récupération et de conservation de documents relatifs à l’histoire acadienne.

3.  Animer et sensibiliser la population à l’étude de son histoire; faire l’inventaire de sites et de documents historiques; publier des articles et rédiger un bulletin.

La Société Historique Acadienne compte 82 membres.  Nous remercions ceux et celles qui ont répondu à notre appel.  C’est un fait de bon augure!  Le Comité exécutif 1978-79 se compose de:

M. J.-Edmond Arsenault, président
M. l’abbé Jean-F. Buote, vice-président
M. J.-Edmond Gallant, trésorier
M. Francis Blanchard, secrétaire
M. Antoine Richard, directeur
Mme Avéline Peters, directrice
M. Georges Arsenault, directeur
M. le docteur J.-Aubin Doiron, directeur

On lisait dans L’IMPARTIAL…

1979 par Contribution anonyme

le 5 octobre 1893 :

“Depuis huit jours nous avons eu un temps très orageux.  On ne constate cependant aucun dommage au havre de Tignish, on compte au delà de 150 embarcations de Caraquet qui sont venues se mettre à l’abri au commencement de la tempête.”

le 23 avril 1896 :

“Les fermiers d’Egmont Bay et des villages avoisinants sont à ériger une bâtisse à Abrams Village en vue de partir une fromagerie.  L’intérêt qu’ils ont manifesté en entendant les leçons que leur a données le Professeur Robertson les a portés à s’engager dans cette branche d’industrie devenue indispensable au bien du pays.”

le 13 janvier 1898 :

“Pendant l’année 1897 il y a eu à l’église de l’Immaculée Conception, Palmer Road, 81 baptêmes, 10 mariages et 25 sépultures dont 14 adultes.”

le 17 août 1899 :

“Les gens d’Urbainville viennent de former un cercle agricole dont M. Laurent A. Arsenault est le président.  L’Association comprend maintenant 70 membres au nombre desquels sont plusieurs des fermiers les plus en vue dans la belle paroisse d’Egmont Bay.  Les assemblées régulières sont tenues tous les quinze jours, où l’on y traite des principales questions qui ont rapport aux améliorations de la culture du sol.”

Les Bronne : une courte histoire de ma famille

1979 par Antoinette Gallant

I

Mon arrière-grand-père, Isidore Gallant, dit Bronne, était le fils de Placide Gallant et le petit-fils de Basile, un des premiers acadiens à s’établir à Rustico après le “grand dérangement”.  En effet, Basile et ses neuf autres frères se sont tous installés à Rustico probablement à partir de 1763.  Surnommés “les dix frères de Rustico”, ils étaient les enfants de François Haché-Gallant, fils de Michel Haché-Gallant, l’ancêtre de tous les Gallant et les Haché du Canada, et peut-être même de toute l’Amérique.

II

Isidore Gallant fut le huitième enfant et le quatrième garçon de Placide et de Marie Buote qui se sont mariés à Rustico en 1812, l’année que débute les registres paroissiaux.

Isidore Gallant et Sophie Pineau, fille d’Athanase et de François Gallant, se sont mariés à Rustico le 23 janvier 1838.  À cette époque Isidore possédait un cent arpents de terre et il avait déjà bâti notre maison actuelle, la première habitation construite en charpente dans la région.  Plus tard il a bâti deux belles granges d’une bonne grandeur et au bout d’une de ces granges il a fait placer un “moulin à battre”.

Cinq enfants sont nés de ce mariage:  Joseph, Libée, Ephrem, Bruno, et Eusèbe.

Eusèbe, le plus jeune, qui est devenu mon grand-père, a hérité la ferme.  Je me demande pour quelle raison.  Serait-ce parce que Joseph et Ephrem avaient marié des Anglaises?  Le vieux Bronne était-il beaucoup contre les Anglais?  C’est possible.  Il était le seul Français des alentours qui avait autant de terre que plusieurs des Anglais, et peut-être que cela avait causé de la chicane.

Une autre possibilité m’est venue à l’idée pour expliquer cette situation.  Au lieu de diviser la ferme, comme le faisaient les autres fermiers français, mon arrière-grand-père aurait-il donné de l’argent aux trois autres garçons?  C’est vrai que mon grand-père avait de la terre et une maison, mais il n’était pas riche.

Ce fut mon grand-oncle, Joseph Gallant, qui est devenu riche.  Il était un marchand.  Sa belle grande maison est encore là en face de l’église.  Il avait plusieurs bateaux dans lesquels il expédiait des patates et autres produits des fermes environnantes aux États-Unis et même aux Antilles.  Il avait deux ou trois magasins et des quais sur les rivières du voisinage.  On se sert encore de son chemin pour descendre à la côte en bas de l’église.

C’est dommage qu’il a perdu tous ses biens par la mauvaise administration de celui à qui il avait confié ses affaires pendant sa vieillesse et sa maladie.

III

Mon grand-père, Eusèbe Gallant, est né à Rustico le 4 février 1847.  Il s’est marié le 6 février 1872 à Adéline Doucette, fille de Joseph Doucette et de Marie Blanchard.  De ce mariage, neuf enfants sont nés:  Sophie (Sophique), Angèle, Sylvain, Lucille, Marie, Emélie, Agnès, Joseph, Isidore (John) et Henri (Ken).

Ma grand-mère, Adéline, est décédée vers 1888.  Ce fut la grand-mère des enfants, la vieille Bronne, qui les a élevés.  Ma tante Sophique n’avait que quinze ans à ce temps-là.  Quatre ans plus tard elle est devenue Sophie Martin, épouse de Théophile Martin.  Et voilà que commence l’exode.  Mes tantes Angèle et Marie sont allées travailler à “Bastang”, comme on disait.  Ma tante Emélie s’est mariée à l’âge de dix-huit ans à Isidore Buote, ma tante Lucille a épousé Stanislaus Blanchard et ils sont allés s’établir au Nouveau-Brunswick.  Agnès, aussitôt qu’elle fut grande, s’est envolée rejoindre ses soeurs aux États-Unis.

Lors du deuxième mariage de mon grand-père en 1899, il y avait encore trois enfants à la maison ainsi que la grand-mère et une vieille tante.  Âgé de 52 ans, mon grand-père prit pour deuxième femme une jeune fille de vingt-cinq ans nommée Adelaïde Pitre, née le 11 juillet 1873 de Pacifique Pitre et d’Eulalie Pineau.  Quatre enfants sont nés de cette union:  l’aînée, décédée à l’âge de quelques mois, Alma, Hilda, et Emile.

Emile est décédé à l’âge de sept ans et Alma à l’âge de douze ans.  Hilda, née le 18 septembre 1906, n’avait que dix ans quand son père est mort en 1917.

IV

Ma mère, Marguerite Anne Doiron (Maggie), née le 12 janvier 1886, était l’aînée de la famille d’Anthyme Doiron et de Philomène Gallant, fille de Moise Gallant et de Marguerite Doucette.

Anthyme était le fils de Jean, fils de Laurent, fils de Jean-Charles, fils d’Alexis Doiron, né à Pisiguid, en Acadie, le 29 juin 1723 du mariage de Louis Doiron, fils de Charles Doiron et de Marguerite Barrieau.

Alexis Doiron est venu à la Grande Anse (Orwell Cove, Î.-P.-É.) en 1750.  Il avait alors trois enfants de son mariage avec Marguerite Thibodeau qu’il avait épousée le 12 septembre 1745 à Pisiguid.  Il s’est marié la deuxième fois à la Pointe Prime, Île St-Jean, le 20 juillet 1758 à Madeleine Bourg, fille de François Bourg et de Marguerite Hébert de Cobequid (Truro).

Quatre mois après leur mariage, en novembre 1758, ils furent déportés en France.  Suivant un exil d’à peu près dix ans, ils sont revenus s’établir sur l’Île.  Leur fils, Jean-Charles, né en la paroisse de Saint-Enogat, Saint-Malo, France, le 13 août 1760, est notre ancêtre.

V

Joseph Isidore (John) Gallant et Marguerite Anne (Maggie) Doiron, mes parents, se sont mariés en l’église Sainte-Anne de Hope River, Î.-P.-É., le 12 novembre 1915.  Le Révérend Père Gaudet, curé de la paroisse, célébra le mariage.

La soirée des noces se passa chez mon grand-père Anthyme, à Hope River, avec beaucoup de chants, de musique et de danses, car plusieurs membres de la famille, ma mère comprise, étaient musiciens.

Le lendemain des noces il y eut un feu dans l’école qui se trouvait à quelques cent pieds de la maison de mon grand-père, et ils ont tous été aider à l’éteindre.  Ma mère a pris du froid et elle fut malade tout l’hiver.  Ce ne fut qu’au printemps suivant qu’elle vint demeurer à Rustico.

VI

Mon grand-père, Eusèbe Gallant, est décédé au printemps de 1917.  Mon père, Joseph Isidore (John) a hérité la ferme.  Il était âgé de trente et un an.  Encore, je ne sais pas pourquoi il fut l’héritier car il n’était pas le premier né des garçons.  Peut-être que c’était parce que ses deux frères étaient déjà établis au Nouveau-Brunswick et que lui seul avait resté aider à son père à travailler la terre.

Dans son dernier testament, mon grand-père avait ordonné qu’une maison soit construite pour servir de logis à sa veuve Adelaïde et à sa fille Hilda.  Cette modeste demeure fut érigée sur le terrain en face de notre maison.  Mais avant que les travaux furent achevés, Mémère, comme on l’appelait, est tombée malade de la grippe espagnole et ce ne fut qu’à l’automne de 1919 qu’elles ont déménagées “en bas”.

Elles demeurèrent dans leur maison jusqu’à l’automne de 1923 alors qu’elles s’en furent résider à Charlottetown.  La maison fut louée jusqu’en 1946 puis elle fut vendue et transportée ailleurs.

VII

Du mariage de Joseph Isidore (John) et de son épouse, Marguerite Anne (Maggie) Doiron, cinq enfants sont nés:

1.  Marie Cécile Adéline, née le 7 décembre 1916, mariée le 4 août 1940 à Augustin Arsenault de Mont-Carmel.  Six enfants sont nés de ce mariage:  Marie Camilla, Joseph Allan, Marguerite Estelle, John Arthur, Joseph Alyre, et Hilda Marie.  Augustin décéda le 12 avril 1966.  Cécile épousa en deuxième noces Camille Gallant, fils de Domitien Gallant et de Philomène Gallant de Oyster Bed Bridge, le 18 janvier 1969.

2.  Antoinette Lucie, née le 13 décembre 1920.

3.  Joseph, né en 1921, décédé en 1923.

4.  Philomène Corina, née le 21 octobre 1924, mariée le 4 septembre 1946 à Alyre Arsenault, fils de Théophile Arsenault de Saint-Chrysostôme, Egmont-Baie.  Onze enfants sont nés de cette union:  Louise, Clarisse, Léo, Bella, Yvonne, Edna, Cédric, Marc, Earl, Claudette, et Marc.

5.  Marie Laurette, née en 1926, décédée en 1929.

VIII

Puisque mon père n’avait qu’un garçon, décédé à l’âge de deux ans, la propriété a été héritée par Cécile et son époux, Augustin Arsenault.  Le patronyme Gallant ne se trouve donc plus dans les registres de la “maison-mère” des Bronne.

IX

Mon père, Joseph Isidore (John) Gallant, est décédé le 20 avril 1948 à l’âge de 62 ans.  Ma mère, Marguerite Anne (Maggie) Doiron, est décédée le 30 juillet 1954.  Elle avait alors 68 ans.

Requiescant in Pace.

Un chapitre des troubles à Tignish : l’année des “Constables”

1979 par Gilbert Buote

par Gilbert Buote

présenté par Georges Arsenault

Cet article, tiré de L’Impartial, premier journal français à être publié dans l’Île, est de la plume de Gilbert Buote, fondateur de cet hebdomadaire.  Beaucoup intéressé par l’histoire, il fit paraître assez régulièrement dans ses colonnes des articles ayant trait à l’histoire et à la généalogie acadienne.

L’année des “Constables” raconte dans un style plutôt romancé une épisode de l’histoire des Acadiens de Tignish à l’époque qu’ils étaient locataires.  Rappelons-nous que pendant une bonne partie du XIXe siècle, ces Acadiens, tout comme bon nombre de résidents à travers la province, n’étaient pas propriétaires des terres qu’ils occupaient.  Ils devaient payer des rentes à des propriétaires anglais.  Les locataires de Tignish n’avaient pas toujours les moyens de payer leurs redevances.  Si pour une raison ou une autre il leur était impossible d’honorer leur bail, ils risquaient de se faire saisir leurs biens ou encore de se faire emprisonner.

En 1844, selon Gilbert Buote, les Acadiens de Tignish décidèrent de faire front commun et de ne plus payer leurs rentes.  Ceci entraîna la visite des officiers de la loi.  Voilà ce que raconte Gilbert Buote dans cette page d’histoire tout à fait colorée.

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L’Année des “Constables”

C’était vers la mi-février 1844.  Il était neuf heures du soir.  Un manteau de neige de deux pieds d’épaisseur couvrait la terre.  Il n’y avait pas une haleine de vent.  Le temps était fin et clair comme une vitre.  On entendait les arbres craquer sous l’effet de la gelée.  La lune était à son plein, et dans sa course majestueuse inondait la terre de ses rayons argentins.  Aussi loin que l’oeil pouvait s’étendre, on distinguait, ça et là, aux fenêtres des maisonnettes, la pâle lueur de la lampe accrochée au manteau de la cheminée et nourrie au moyen d’huile de morue – la paraffine n’étant pas encore en usage dans ces temps-là.

Toute la famille était à la maison.  Le père, dans le grand fauteuil qu’il avait confectionné de ses propres mains, était assis près de l’âtre au fond duquel pétillait un grand feu alimenté par du bois d’érable, et fumait une pipe du tabac qu’il avait récolté dans son jardin.  Assise près de lui, dans sa petite berceuse sortie du même atelier que le grand fauteuil, était la mère qui tricotait.  Le vieux et la vieille s’entretenaient des temps sombres par lesquels on passait et des misères auxquelles on était en proie à cause des persécutions incessantes des propriétaires.  Les enfants, au nombre de sept, moins soucieux des inquiétudes qui dévorent la vie, occupaient le reste de la maison qui était toute d’une pièce.  Les plus jeunes s’amusaient à des jeux d’enfants.  Les deux plus grands garçons, forts et robustes, aiguisaient leurs haches sur la meule et racontaient leurs vaillantises à couper du bois ou à battre le grain au fléau.  Les deux grandes filles, la plus vieille devant se marier après le carême avec un garçon du village, étaient toutes deux occupées à filer de la filasse pour une pièce de toile de trente verges que la mère devait ourdir dans quelques jours.  Tout en faisant jouer la marchette, les deux jeunes filles chantaient ensemble, tantôt une chanson à fouler, tantôt une chanson d’amourette.

Soudain le cri perçant du borgo (porte-voix) se fait entendre de la cabane des sentinelles postées dans le portage à McNeill.  Depuis le commencement des troubles deux hommes, à tour de rôle, occupaient cette cabane, le jour et la nuit, et chaque fois que quelque étranger arrivait, ces sentinelles donnaient l’alarme en faisant retenir l’air de l’écho de leur porte-voix, et ces étrangers, quels qu’ils fussent, étaient arrêtés sur la route et obligés de rendre compte de leur mission.  En moins d’un quart-d’heure les porte-voix se faisaient entendre dans toutes les parties de la paroisse et tout le monde, hommes, femmes et enfants, était sur pied, les uns armés de bâtons, d’autres de fourches de fer ou de haches.  Tous, au nombre de près de trois cents se rendirent à la croisée des chemins devant la porte à Firmin Julien.  Presqu’en même temps arrivèrent les officiers de la loi qui venaient déterminer de faire main basse sur les propriétés de plusieurs habitants contre lesquels ils avaient des mandats de saisie et de faire prisonniers plusieurs autres personnes contre lesquelles ils avaient des warrants – entre autres, le grand Hubert, le grand Jos. Corny, le petit Mik., etc.  Ces émissaires étaient au nombre de seize:  le grand shérif Bearsto, le député shérif Warburton, et quatorze constables, en traîne; deux hommes chaque traîne.

Arrivés à la croisée des chemins, la foule qui était déjà arrivée là, les attendait et leur barra le chemin.  Le député shérif venait le premier.  Arrêté par la foule, il commanda, au nom de la loi, qu’on les laissa passer.  Personne ne fit cas de ses paroles.  Alors se tournant vers le grand shérif qui venait après lui il cria:  pass me your pistol.  À peine avait-il prononcé ces paroles que son cheval tomba comme un corps mort.  La grand’ Nannette à Bélone, une des femmes qui était venue avec les autres pour défendre ses foyers s’était armée d’un rondin sur le bûcher à Firmin, et d’un coup porté entre les deux oreilles du cheval du député shérif, abattit l’animal qui, les yeux hors de leurs orbites, resta étendu comme un corps mort sur le chemin.

Le député shérif et ceux qui l’accompagnaient, voyant qu’ils étaient déjà si mal menés par une femme, et prévoyant ce qui leur arriverait si les hommes se mettaient de la partie, entreprirent de jouer au plus fin, et demandèrent piteusement qu’on les laissat passer; qu’ils s’en allaient chez un ami de leur connaissances à l’autre bout du village, et qu’ils ne porteraient noise à personne.

La foule sans se fier à ces promesses forcées et avec le dessein bien arrêté et les suivres de près, se rangea de chaque côté du chemin; et ces lâches qui, il n’y avait qu’un instant, menaçaient de mettre tout à feu et à sang, furent permis de passer, pour ainsi dire, sous ces fourches caudines, tel que jadis les Samnites firent passer les Romains vaincus.

Tandis que ceci se passait à la croisée des chemins à Firmin, Bruno à Moïse Béjin et trois autres jeunes hommes avaient quitté la foule sans rien dire aux autres et étaient allés défaire le pont sur la rivière à Pierrette.  Après avoir fait une ouverture d’une dizaine de pieds de large, ils allèrent se blottir à l’ombre des sapins sur le bord de la rivière en attendant le plongeon du cheval qui viendrait le premier.  Mais en arrivant à l’ouverture l’animal arrêta tout à coup et se cabra.  Les constables s’aperçurent vite du tour qu’on leur avait joué.  Ils raccommodèrent tant bien que mal, à la hâte, ce casse-cou où on leur avait préparé un bain de février, et passèrent le pont, la foule étant toujours à leurs trousses.

Parmi ceux que les propriétaires persécutaient avec le plus d’acharnement était Jos. Buote de la Violonière.  Plusieurs fois déjà, la loi était allée se casser le nez à la porte de cette habitation, et Jos. était toujours sorti sain et sauf, avec l’assistance de ses amis.  Or, comme on n’ajoutait aucune foi à la promesse que venait de faire les constables – et on avait mille fois raison de ne pas les croire – une quarantaine des plus jeunes, arrivés au pont, descendirent la rivière sur la glace et se rendirent chez Jos. où tout fut mis en ordre, et préparé pour recevoir les constables d’une manière digne de leur mission, s’ils venaient.  Ils vinrent en effet.

Le shérif, ayant un warrant pour prendre Hubert Gaudet considéré comme un des chefs du peuple, se servit du constable Archy McNeill qui connaissait bien le voisinage, pour lui désigner la demeure de Hubert.  Mais celui-ci avait tout prévu.  Il avait quitté sa maison; avait envoyé sa famille à la maison voisine et s’était lui-même rendu chez son beau-frère, le petit Français, où il riait du plus bel en voyant passer ceux qui le cherchaient et qui étaient loin de s’imaginer que leur homme fut si près d’eux.  Parvenus à la maison de Hubert, les officiers de la loi trouvèrent visage de bois.  Ivres de colère de se voir ainsi jouer sur tous les points, ils décidèrent de faire un dernier effort, et à grand train, prirent le chemin de la Violonière.  Mais quelle ne fut pas leur surprise en arrivant près de la résidence de Joe Buote, de rencontrer une cinquantaine de jeunes hommes, bien armés, qui leur barrèrent le chemin, avec défense d’avancer plus loin.  Les constables s’appuyant de leur autorité firent semblant de résister, mais le grand Louis qui ne savait pas ce que c’était que la peur, s’avança comme général à la tête de ses hommes, tous armés.  Il traça sur la neige une ligne avec un bâton et signifia aux constables que s’ils outre-passaient cette ligne ils feraient aussi bien de se préparer au grand voyage.

Les constables constatant que ceux qui étaient devant eux n’y allaient pas de main morte, rebroussèrent chemin; mais avant de se rendre chez leur ami ils firent voir la lâcheté des sentiments qui les animaient dans leur entreprise néfaste.  Près d’arriver au lieu où ils devaient se mettre à l’abri, ils rencontrèrent un pêcheur de Caraquet – Paul Landry – qui était resté à Tignish pour y passer l’hiver en attendant son équipage qui devait venir le rencontrer au printemps.  Paul s’en retournait bien tranquillement de faire la veillée chez un voisin.  Ces officiers barbares se voyant seuls – ceux qui les avaient poursuivis étant retournés à leurs domiciles respectifs – profitèrent de l’occasion pour se venger de la honte de leur défaite.  Quatre d’entre eux saisirent Paul qui en vain protesta qu’il était innocent, le garrottèrent et le tinrent prisonnier jusqu’au lendemain matin, quand ils s’échappèrent avant l’aube du jour, emmenant avec eux le pauvre Paul qu’ils logèrent dans la prison de St. Eleanors, où il demeura jusqu’au printemps sans avoir pu réussir à faire entendre sa cause.  Vers la fin de mai des personnes d’influence qui n’avaient cessé d’intercéder pour Paul depuis le jour de son incarcération réussirent à le faire mettre en liberté après qu’il eut passé l’hiver dans un état de souffrance qu’il n’avait pas mérité.

À tantôt pour un autre chapitre.

(L’Impartial, le 3 mars 1904.)

Faits intéressants

1979 par Contribution anonyme

 

“La Société Acadienne et Mutuelle de Bénéfice en Maladie” fut fondée en 1905 à Tignish.  Son but était d’unir tous ses membres par des liens de confraternité et de protection mutuelle.

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Joseph Blanchard, né à Rustico le 26 décembre 1872, fut le premier secrétaire de l’Association des Instituteurs et Institutrices Acadiens de l’Île-du-Prince-Édouard fondée en 1893.

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Le drapeau acadien fut adopté à Miscouche le 15 août 1884 lors de la deuxième Convention Nationale des Acadiens.