Catégories: ‘La Petite Souvenance 1983 (No 9 – juin)’

Nouvelles de l’empremier

1983 par Contribution anonyme

 

1880 – Abram-Village :  “Les moissons sont belles à voir et promettent un rendement plus que d’ordinaire.  Dans la partie de la paroisse connue sous le nom de “village des Abrams” surtout, où les fermiers ne s’occupent pas de pêche, les grains sont extraordinairement beaux.  M. Frs. Arsenau a semé l’an dernier une espèce d’avoine grise qui lui a donné 60 pour un.  Cette année, cette même avoine lui promet encore un rendement plus considérable.”  (Le Moniteur Acadien, le 12 août 1880.)

 

1887 – Cavendish Road :  “Les électeurs de Cavendish Road et des environs se sont réunis en assemblée l’autre soir pour former une organisation politique, et les officiers suivants ont été élus:  – président, capt. Jacques Buote; secrétaire, Pierre Doiron.  Un Comité de sept fut nommé pour organiser la cabale.  Ces messieurs favorisent les candidats conservateurs.”  (Le Moniteur Acadien, le 8 février 1887.)

 

1891 – Piusville :  “Quite an enjoyable evening was spent at the residence of Mr. Joseph F. Gallant, on the 13th inst., the occasion of which was a Basket Social by the ladies of Piusville.  The dancing was in every respect creditable, especially one, whose smartness on the floor attracted the attention of all present.  The dancing was kept up till about 12 o’clock, after which the crowd dispersed, well pleased with the evening’s enjoyment.”  (The Examiner, January 30, 1891.)

 

1894 – Tignish :  “Les Quarante Heures ont commencé à Tignish, le 30 septembre.  La messe de l’exposition a été célébrée par le Rév. P.P. Arsenault.  La messe de la paix par le Rév. A.E. Burke et la troisième messe par le Rév. G. McDonald.  Outre le Rév. curé et son assistant, il y avait pour les confessions et les Révs. G. McDonald, J. Chiasson, E.X. Gallant et A.E. Burke.  1600 personnes se sont approchées du tribunal de la pénitence et de la table Eucharistique.

Depuis l’établissement des Quarante Heures dans l’Île, on remarque que chaque année, les fidèles s’empressent de plus en plus, de profiter de la grande grâce de gagner les indulgences attachées à ces pieux exercices. (L’Impartial, le 4 octobre 1894.)

C’est aux îles de la Madeleine

1983 par Georges Arsenault

par Georges Arsenault

 

La chanson que je présente ci-dessus est peu connue des folkloristes.  Je n’en connais moi-même que deux versions.  De composition locale, elle fut possiblement composée aux îles de la Madeleine vers 1855.  Elle raconte la tristesse que ressent une jeune fiancée qui devra quitter le toit paternel afin de suivre son future mari chez lui à l’île Saint-Jean (Île-du-Prince-Édouard).  Plus précisément, il s’agit d’une demande en mariage où Eusèbe Gallant demande la main de Geneviève Briand.  Le mariage s’est déroulé aux îles de la Madeleine le 9 janvier 1855.  La mariée, née à Miquelon le 2 septembre 1835, était la fille aînée de Pierre Briand, et de Louise-Elisabeth Boudrot.  Quant au marié, Eusèbe Gallant, de Rustico, il était le fils de Marin et d’Edesse Gallant.

J’ai pris connaissance de cette chanson pour la première fois en 1974 lorsque Mme Eulalie (Arsenault) Blacquière, d’Abram-Village, me l’a chantée.  Elle en connaissait quatre couplets.  À ce moment-là, je n’ai pas pensé que cette chanson pouvait avoir un lien direct avec l’Île-du-Prince-Édouard car, comme on le verra plus loin, la version de Mme Blacquière dit bien qu’Eusèbe vient de “l’île Saint-Jacques”.  Une telle “erreur” ne doit pas nous surprendre outre mesure.  Il arrive en effet régulièrement, dans les chansons traditionnelles transmises oralement, qu’une substitution de nom de lieu se fasse pour une raison ou une autre.

La deuxième version provient de la Côte-Nord québécoise.  Je l’ai dénichée dans un cahier de chansons conservé aux Archives de folklore (C.E.L.A.T.) de l’Université Laval, et compilé en 1894 par Placide Vigneau de l’île aux Perroquets.  Monsieur Vigneau était originaire des îles de la Madeleine.  C’est grâce à une note écrite en marge du texte que j’ai découvert qu’Eusèbe était originaire de l’Île-du-Prince-Édouard et que j’ai pu par la suite trouver la date de mariage et quelques autres données généalogiques.  La note que Monsieur Vigneau a eu le soin d’écrire se lit comme suit: “Celle-ci a été composée sur une fille de Pierre Brillant du havre au bers (Aubert) et un jeune homme de l’Île-du-Prince-Édouard vers 1855.”  Cette version comprend seulement trois couplets, mais monsieur Vigneau signale bien qu’il a oublié les paroles du deuxième.

 

Version Blacquière

1. 

C’est aux îles d’la Madeleine
Il y a des belles filles,
Il y en a une surtout qui se nomme Geneviève
Et son fidèle aimant qui se nommait Eusèbe.

2. 

Par un dimanche au soir
Eusèbe s’en va la voir.
Il va prendre une chaise, va s’asseoir avec elle,
En lui disant:  Bonsoir, bonsoir mademoiselle.

 
3. 

Bonsoir bon père et mère
Et toutes vos beaux enfants,
J’ai venu la demander votre fille en mariage
J’ai venu la demander, c’est-il pas trop dommage.

4. 

Geneviève baissa la tête
Les larmes coulent des yeux.
“Ne pleurez pas la belle nous irons nous promener
Dans mon grand bâtiment c’est sur l’île de St-Jacques.”

(Coll. Georges Arsenault, enreg. 661)

 

Version Vigneau

1. 

C’est aux Îles de la Magdeleine
Qu’il y a une jolie fille
Qu’il y a une jolie fille qui se nomm Geneviève
Et son cavalier aussi qui se nomme Eusèbe

2.

___________________________________

3. 

Geneviève la tête basse
Les larmes lui coulant des yeux
Ne serait-ce pas chagrinant de quitter ses parents.
Pour s’en aller si loin rester sur l’Île Saint-Jean.

4. 

Consolez-vous Geneviève
L’Île Saint-Jean n’est pas si loin
Nous viendrons nous promener pour voir vos parents
Nous viendrons vous y mener dans un beau bâtiment.

La Société de Tempérance à Bloomfield 1878-1879

1983 par Avéline Peters

par Avéline Peters

 

Une succursale de la Société catholique de tempérance fut organisée à la paroisse St-Antoine le 7 janvier 1878; elle est sous l’administration de l’abbé Stanislaus Boudreault qui était le premier curé résidant de la paroisse de Bloomfield.

Au Conseil d’administration de la Société figuraient un directeur spirituel, un président et deux vice-présidents, un secrétaire, un trésorier et un comité de vigilance de dix personnes.

Pour être reçu membre il fallait qu’on récit chaque jour un Pater et trois Ave pour demander la grâce et la persévérance; une autre exigence était celle du voeux de tempérance.

Les suivants étaient les premiers officiers :  L’abbé S.A. Boudreault – directeur spirituel, Hippolite Martin – président, Amédée Gallant – vice-président, Dominique Arsenault – deuxième vice-président, Fabien Pitre – secrétaire, Gélasse Peters – trésorier.  Le premier Comité de Vigilance: Alphée Gallant – Howlan Road, Joseph Pineau – Martin Road, Jérome Arsenault – Lot 10, Alphie Aucoin – Lot 4, Simon Martin – Fortune Cove, André Doucette – Martin Road, Urbain Gallant – Mill Road, Félix Aucoin – Bloomfield, Théophile Pineau – Western Road, André Blanchard – Lot 6.

Quand un membre du Comité de vigilance faisait la découverte d’un membre qui consommait la boisson alcoolique il réclamait de ce membre 20 cents comme amende.  Si un membre enfreignait le code plusieurs fois, le Comité soumettait un rapport sur sa conduite à l’assemblée plénière de la Société et la Société décidait si le membre devait être expulsé.

Le Comité a dû trouver sa tâche difficile et désagréable, car dès la deuxième année, le Comité se compose presque en entier de nouveaux membres.

Dans l’ordre du jour des assemblées le quatrième point était “les affaires nouvelles”.  Le procès-verbal de mai 1878 contient ce paragraphe :  “Résolu que tous les membre payent la somme de 50 cents pour monter une bibliothèque pour l’usage de la Société”.  L’argent était rare; seulement sept personnes ont payé sur-le-champ; cinq ou six personnes ont payé le 50 cents en deux ou trois paiements; les premiers à payer étaient :  Joseph Pineau, Antoine Poirier (instituteur), Fabien Pitre, Joseph Arsenault, Jean Doiron, François Gallant.

Les officiers de la deuxième année étaient :  directeur-spirituel – l’abbé S.A. Boudreault, président – Antoine Poirier, premier vice-président – Amédée Gallant, deuxième vice-président – Jérôme-L. Arsenault, trésorier – Pierre Gaudet, secrétaire – Fabien Pitre.

En 1878, il y avait 114 membres et en 1879 seulement 56 membre; à côté de la moitié des noms de la première liste paraît un gros X; nous nous demandons si ces membres ont été exclus pour abus de la boisson forte ou s’ils ne voulaient pas payer la cotisation annuelle.  Les assemblées avaient lieu dans la nouvelle église; la chapelle de Cascumpèque ne fut transportée qu’en 1880 au centre de la paroisse à Bloomfield où elle servit de salle paroissiale; l’abbé Boudreault fut remplacé par l’abbé Von Blerk en septembre 1879, et la succursale de la Société catholique de tempérance de Bloomfield n’a pas été réorganisée.

La culte des morts

1983 par Sœur Saint-Hildebert

par Soeur Saint-Hildebert, c.n.d.

 

Extrait du manuscrit inédit, L’Âme acadienne, rédigé vers 1940 par Soeur Saint-Hildebert (Ann Elizabeth White), 1886-1967, religieuse de la Congrégation de Notre-Dame.  Elle était originaire de Rollo Bay, Î.-P.-É.

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Dès l’origine de la race, les membres des différentes familles acadiennes étaient très attachés les unes aux autres.  De plus, les habitants de chaque village, par suite de mariages entre eux, formaient une société où régnaient une solidarité admirable.  Naturellement sympathiques et compatissants envers tous ceux qui souffraient, les Acadiens avaient une grande dévotion envers les âmes du purgatoire en général, et envers les âmes de leurs proches parents en particulier.  Ils priaient beaucoup pour ces dernières et, pour elles, ils faisaient dire de nombreuses messes.

Par esprit de foi autant que par amour fraternel, ils gardaient la mémoire de leurs chefs disparus.  Car, pour les anciens Acadiens, le ciel et le purgatoire n’étaient pas des régions vagues et lointaines; au contraire, ces gens simples et droits semblaient vivre tout près du monde invisible.  Le Jour des Morts surtout, les âmes des trépassés leur étaient présentées à l’esprit; le soir de ce jour, les femmes n’osaient pas sortir de peur de rencontrer sur leur chemin quelque visiteur venu de l’autre monde pour demander des prières.  Il n’était pas rare qu’elles crussent entendre les soupirs et les gémissements de ces âmes souffrantes; elles pensaient même voir des revenants qu’elles reconnaissaient comme leurs parents défunts.  Cela pourrait être l’effet d’une imagination surexcitée ou d’un tour joué par de jeunes espiègles.  Mais, qui sait?  Il pouvait y avoir quelque-fois du surnaturel dans les voix et les apparitions qui causaient tant d’émoi chez les habitants de l’Acadie.

Ce fut surtout après le retour de l’exil qu’ils furent favorisés ou affligés de ces visites.  Voir mourir leurs parents sans le ministère du prêtre, leur donner la sépulture sans même un arrêt à l’église pour une dernière bénédiction; c’étaient là des peines difficiles à supporter sans une foi vive et profonde.  Un amour filial envers Dieu le Père, une confiance sans bornes en Sa bonté pour ses enfants affligés faisaient croire parfois aux Acadiens qu’aucun de ceux qui s’efforçaient de vivre habituellement en paix avec leur Créateur ne serait privé de la grâce des derniers sacrements; que, si un prêtre lui manquait à sa dernière heure, un ange du ciel serait envoyé pour lui imposer spirituellement l’onction sainte ».1

Mais la peine occasionnée par l’impossibilité de faire dire des messes pour les âmes de leurs défunts était très profonde.  Ces chrétiens éprouvés essayaient d’y suppléer par leurs prières fréquentes et surtout par leur ferveur pendant l’office divin, le dimanche, quand ils avaient le bonheur d’y assister.

Dans le compte rendu de ses visites pastorales de 1811 et de 1812, Monseigneur Plessis, évêque de Québec, écrit ses impressions au sujet des voix mystérieuses qui se faisaient entendre dans quelques-unes des églises acadiennes :

“Depuis environ six ans, on entend parler dans toutes les chapelles acadiennes de l’Île Saint-Jean —- celle de la baie de Fortune exceptée — des voix, ou plutôt une voix, tantôt chantante, tantôt soupirante, dont plusieurs personnes se trouvent singulièrement affectées.  La voix soupirante est celle d’une personne qui serait dans une affliction sourde et profonde; la voix chantante est celle d’une femme ou d’un enfant, qui se fait entendre au-dessus de celle des chantres, car c’est pendant l’office que l’on entend cette voix glapir, surtout pendant les litanies du Saint Nom de Jésus qu’il est d’usage de chanter le dimanche pendant la messe.  Tous les assistants n’entendent pas cette voix en même temps; ceux qui l’ont entendue un dimanche dans une église ne l’entendent pas toujours le dimanche suivant dans une autre, ou le dimanche suivant, dans la même église.  Il en est qui ne l’ont jamais entendue.  Quelquefois, elle est entendue d’une personne et ne l’est pas d’une autre placée dans le même banc.  Cependant, plusieurs sont frappés du son de la voix gémissante jusqu’à en tomber en pamoison.  S’il n’y avait que des femmes et des enfants qui affirmassent la chose,  on pourrait tout uniment l’attribuer à une imagination échauffée, mais parmi plus de cent personnes qui l’ont entendue dans la seule église de Rustico, et peut-être dans celle de Malpec, il y a des gens de tout âge, des esprits sensés et solides; tous rapportent la chose uniformément sans avoir aucun intérêt à le maintenir puisqu’ils en sont fatigués et affligés.  Ces voix n’ont pas même épargné les cabanes où les Acadiens occupés au loin à l’exploitation des bois se réunissent le dimanche pour chanter quelques cantiques.  Elles ont même traversé à Shédiac, où l’on a cessé de les entendre le dimanche de la Quasimodo 1811.  “J’ai nié cela, disait au prélat un des hommes les plus sensés de Rustico, aussi longtemps que j’ai pu, car je ne suis pas du nombre de ceux qui entendent les voix.  Mais ce nombre a tellement crû, et il s’y est trouvé des personnes si incapables de mentir; j’en ai tant vu mettre en dépense et faire prier pour les âmes du purgatoire, dont ceci leur semble être le langage, que j’aurais crû être coupable de témérité si j’avais résisté plus longtemps à la persuasion générale.Que conclure de tout cela?  Qu’il y a des voix qui se font entendre et cela dans les lieux où il n’y a pas de ventriloques, où le peuple n’est pas assez rusé pour être soupçonné d’aucun prestige, où la disposition même des édifices ne s’y prêterait pas.  Mais quelles sont ces voix?  D’où viennent-elles?  Pourquoi ne se font-elles pas entendre de tout le monde?  Pourquoi les églises écossaises en sont-elles exemptées alors que celles des Acadiens en sont affligées?  C’est sur quoi chacun peut former les conjectures qui’il lui plaira. »3

Ces voix mystérieuses cessèrent de se faire entendre après que les Acadiens eurent commencé à faire dire des messes pour les âmes du purgatoire.  Pour cela, ils faisaient des sacrifices énormes, car la plupart d’entre eux étaient toujours assez pauvres.  Dans la paroisse Saint-Jacques d’Egmont Bay (Î.-P.-É.) les paroissiens trouvèrent un moyen original pour avoir de l’argent à consacrer à cette fin louable.  Au commencement du mois de novembre, ils mettaient dans l’église une grande boîte, dans laquelle on déposait les articles dont on voulait faire le sacrifice en faveur des âmes du purgatoire.  On y mettait des vêtements fabriqués à la maison, tels que des bas, des mitaines, des morceaux de toile, un manteau, une quenouillée de filasse, etc.  Après la messe, ces articles étaient vendus à l’encan, et avec l’argent ainsi obtenu, on faisait dire des messes.  Au commencement du carême, la même chose se répétait et les âmes du purgatoire bénéficiaient souvent de l’offrande du Saint-Sacrifice.  De cette manière, les Acadiens coopéraient à une oeuvre de charité très méritoire.  Ainsi ils attiraient des bénédictions spéciales sur leurs familles et sur la paroisse entière, — bénédictions qui leur ont valu peut-être ces nombreuses vocations religieuses et sacerdotales qui font la gloire de cette belle paroisse.

Si, après ce temps, les âmes du purgatoire gardaient un silence absolu dans les églises acadiennes, elles semblaient se manifester d’une autre manière à leurs amis.

Une femme très estimable, Madame D., de Miscouche, I.-P.-É. dont la belle-mère était morte depuis quelques mois, s’était éveillée pendant la nuit à l’audition d’un bruit étrange, comme le son des pas lourds d’une personne qui traînait des chaînes après elle.  La chose se renouvela trois soirs de suite; le troisième soir, Madame D. crut reconnaître la forme de sa belle-mère défunte qui se tenait près de la porte de sa chambre.  Elle lui demanda:  “Comment allez-vous? — Une voix qui lui était familière lui répondit:  “Ah, si tu savais combien on doit être pur pour entrer en Paradis”.  Ce fut tout; la forme s’éloigna lentement pour ne plus reparaître.  Le lendemain, Madame D. demanda à son beau-père s’il voulait bien vendre quelque chose afin de faire dire des messes pour le repos de l’âme de la défunte.  Monsieur D. s’empressa de vendre un beau châle qui avait appartenu à sa femme et, avec l’argent provenant de la vente, il fit dire des messes pour le repos de son âme.

Une autre femme acadienne, Madame S.D., de St-Louis-de-Kent, N.-B., eut une semblable expérience.  C’est au milieu d’un champ, en plein après-midi, qu’elle crut rencontrer son frère défunt.  Il avait l’air tout triste et il sembla vouloir lui parler.  Mais Madame D. avait tellement peur qu’elle ne lui dit mot.  Le soir, elle rêve à ce frère; elle le voit venir vers elle tout comme il était apparu dans le champ.  “Vas-tu bien? lui dit-elle.  Fait-il bien dans l’autre monde? — Il fait bien pour ceux qui vont bien”, répondit-il.  Le lendemain matin, elle s’en va trouver le prêtre; elle lui donne de l’argent pour des messes pour le repos de l’âme de son frère.

Bien souvent, les Acadiens promettent des messes pour les âmes du purgatoire lorsqu’ils veulent obtenir des faveurs temporelles.  Une bonne mère de famille, n’ayant pas les moyens de faire dire des messes, promet de réciter un chapelet pour les âmes chaque soir avant de se coucher.  Occupée du soin d’un enfant malade, il lui arrive un soir d’omettre cette prière.  Dans le coin de la chambre, elle entend remuer les grains de son chapelet.  Elle croit que quelqu’un le secoue vigoureusement.  Mais il n’y a personne dans cette partie de la chambre où est accroché le chapelet.  Après un tel avertissement, cette femme se décide de ne plus omettre le chapelet promis.

Chez les Acadiens, il y a toujours des événements qu’on prend pour signes avant-coureurs de la mort:  un oiseau entre dans la maison, une poule chante, ou le coq chante après le coucher du soleil; voilà des choses qui avertissent la famille qu’un de ses membres va mourir.  Parfois, on entend des sons étranges, ou on voit des lumières dans les endroits fréquentés par la personne qui doit mourir.  Si le chien hurle sans raison apparente, on croit que l’animal sent qu’il va perdre son maître.

Quand une personne est gravement malade, des femmes charitables des maisons voisines ne manquent pas de venir assister la famille affligée.  Ordinairement, elles savent sans se tromper si la maladie est fatale et elles avertissent la famille éprouvée lorsqu’il faut aller chercher le prêtre.  Même les jeunes qui viennent d’entrer en ménage ne craignent pas en pareil cas de prononcer jugement d’après leurs observations intelligentes et justes.  En présence de la mort, elles sont ordinairement calmes et serviables.  Sans avoir fait de cours dans les hôpitaux, elles sont, en général, bonnes garde-malades.

 
Après la mort, on arrange convenablement la chambre mortuaire, ayant soin d’ôter tout objet qui n’est pas nécessaire ou utile, toute chose qui sent la vanité ou la frivolité.  On y met tous les objets de piété qui se trouvent dans la maison; au mur, près du cercueil, on accroche des images de Notre Seigneur, de la Sainte Vierge et des saints.

Pendant les jours où le corps est exposé, on récite à courts intervalles, des prières pour les morts, le chapelet et les litanies.  Lorsque les jeunes gens jugent que ces exercices sont un peu trop longs, ils se retirent discrètement dans une autre pièce pour jouer aux cartes ou s’amuser avec plus d’abandon.

Autrefois, des prières liturgiques étaient récitées par un ancien qui savait lire ou par une ancienne qui les savait par coeur, après quoi, on chantait en deux choeurs des cantiques en l’honneur de Notre Seigneur ou de la Sainte Vierge; les filles et les garçons alternaient les versets; ceux-ci étant d’un côté de la pièce et celles-là de l’autre.  Entre ces pieux exercices, on causait tout bas, les bonnes anciennes suggérant des sujets de conversation édifiants et voyant à ce que les jeunes gens eussent une attitude respectueuse.

Dans le passé, comme au 20e siècle, on parlait, pendant ces longues veillées, des signes avant-coureurs de la mort qu’on avait remarqués, des choses que le défunt aurait dites qui semblaient indiquer qu’il avait eu un pressentiment de sa fin prochaine.  Surtout si la mort avait été subite, on essayait de trouver quelque indication qui dénotât que la personne avait été prévenue du dénouvement fatal.  Alors on entendait des remarques telles que celles-ci:  “Avant de sortir ce jour-là, il fit telles choses où il parlait ainsi — on ne voulait pas qu’il quitte la maison, mais il devait le faire; c’était son destin.  Ce qui doit arriver arrivera toujours.  Son heure était venue… C’est la sainte volonté de Dieu…”  Ainsi, on parlait de la vie comme d’un enchaînement d’événements inévitables, ces réflexions révélant chez les Acadiens un certain fatalisme dont leurs descendants ne sont pas exempts.

Pendant la nuit, on servait un réveillon et on tenait à ce que tous, sans exception, se missent à table pour prendre quelque chose.  Ce repas était donné dans un esprit de charité fraternelle comme un acte méritoire fait pour le soulagement de l’âme du défunt, et l’on croyait que chaque repas ainsi servi diminuait la dette de cette âme envers la justice divine.

S’il pleuvait le jour de l’enterrement, on regardait l’eau qui venait du ciel comme un signe sensible que l’âme avait trouvé grâce devant Dieu.  C’était l’ “Aspergès” du Bon Dieu qui voulait lui-même bénir le cercueil et la tombe du défunt.  Ainsi les choses matérielles revêtaient souvent un caractère sacramentel aux yeux des Acadiens.  On aurait tort de regarder toutes ces croyances particulières comme des superstitions, car elles avaient quelque-fois leur source dans les vertus chrétiennes qui florissaient dans l’ancienne Acadie.  Si les Acadiens sont un peu superstitieux, ils sont avant tout religieux, et on peut ajouter que, superstitions mises à part, la religion telle qu’ils la pratiquent est très belle et très conforme aux traditions de l’Église.

Pour se convaincre de ce fait, il faut passer quelque temps dans un milieu nettement acadien, comme, par exemple, le petit village de Caraquet.  Sur la côte du Nouveau-Brunswick, tout près des eaux bleues de la baie des Chaleurs, ce village intéressant semble être un petit coin de l’ancienne Acadie oublié par les vainqueurs.  On y trouve un groupe de familles qu’on reconnaît comme des descendants des gens honnêtes et heureux du pays d’Évangéline.  Leurs petites maisons sont groupées autour de l’église paroissiale ou échelonnées le long du chemin; elles sont flanquées de vastes champs où l’on se sert parfois encore, de boeufs pour les travaux agricoles.

Comme en tout village acadien, les habitants aiment à s’unir pour prendre part aux démonstrations et cérémonies civiques ou religieuses.  Quoique les Acadiens ne soient pas organisateurs, ils s’y prêtent volontiers sous l’influence d’un chef qui leur est sympathique.

C’est surtout en présence de la mort que se manifeste l’influence de la religion sur l’âme acadienne.  Citons, comme exemple d’organisation et de piété touchante, le service funèbre d’une jeune fille de cette paroisse.  Le jour des funérailles, les gens de la fanfare, en uniforme se rendent à l’église avec leurs instruments de musique.  D’un côté du perron, ils attendent l’arrivée du corps.  Les jeunes filles, en voile blanc, se rangent de l’autre côté.  Le cortège funèbre étant arrivé, et les premières prières liturgiques terminées, tous se mettent en marche pour entrer processionnellement dans l’église.  Le choeur de l’orgue se compose d’Enfants de Marie — toutes les jeunes filles de la paroisse sont enfants de Marie, comme toutes les femmes mariées sont enrôlées dans la société des Dames de Sainte-Anne.  Pendant la messe, les Enfants de Marie s’approchent de la sainte table afin de communier pour le repos de l’âme de leur compagne défunte.  Après la messe et l’absoute, la fanfare joue la marche funèbre et la procession se forme en ordre parfait pour se rendre au cimetière:  le corbillard, les prêtres, les enfants de choeur, les membres de la famille en deuil, les Enfants de Marie et la foule.  Tous partagent la douleur de la famille éprouvée, et le chapelet à la main, les lèvres murmurant les Avés, ils manifestent le respect le plus profond et la piété la plus édifiante.

Dans ce cimetière paisible, à l’ombre du clocher, tout près des eaux bleues de la baie, on dépose les restes mortels de la défunte.  Les dernières prières liturgiques terminées, les jeunes filles entonnent ce cantique qui exprime l’amour le plus pur de l’Enfant de Marie pour sa mère céleste:  “J’irai la voir un jour”.  Les accents de ce pieux cantique se répercutent à travers les champs et au loin sur les eaux; il nous semble que les anges du ciel suspendent leur harmonie pour écouter un chant qui les ravit, non par la qualité des voix des chanteuses, mais par la perfection de l’instrument qui produit cette musique vocale, car cet instrument, c’est l’âme de la jeune fille acadienne.

Le sentiment que l’on rapporte de cette cérémonie si touchante, c’est que le ciel est bien près de ce petit coin de terre de Caraquet.  On garde longtemps dans la mémoire le souvenir de ce chant d’espérance, “J’irai la voir un jour”.  On aime à revenir par la pensée parmi ces chrétiens fervents qui donnent au monde égoïste et matérialiste une leçon dont il a grand besoin — leçon de charité fraternelle qui pleure avec ceux qui pleurent, et de foi triomphante, qui salue la mort comme l’heureux commencement de la vie éternelle.

 
BIBLIOGRAPHIE

Ph. F. Bourgeois — La Vie de l’abbé La France, Montréal, 1913.

J.H. Blanchard — Rustico, Une Paroisse Acadienne, 1938.

Helen Campion — Over on the Island, Toronto 1939.

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(1)  Parole d’un vieux prêtre acadien.

(2)  En 1803 M. l’abbé Cécile, affirma qu’il avait entendu ces voix mystérieuses les quatre dernières fois qu’il avait fait l’Office à Rustico.  Les litanies étaient alors leur chant favori; elles chantaient aussi la préface et le Pater.  C’était des pleurs, des sanglots, semblant provenir de dessous le plancher entre le choeur et le nef.

“En 1822 le jour de Saint-Marc, à la procession qui se fait autour de l’église de Rustico, les chantres eurent beaucoup de peine à chanter les litanies; il leur semblait qu’il y avait autant de sanglots qui répondaient aux invocations.  (Lettre de M. l’abbé Cécile à M. Painchaud, le 15 avril 1830, Vie de l’abbé LaFrance, par Ph. F. Bourgeois C.S.C.)

(3)  Il y a une tradition qui veut que les Acadiens de la paroisse de Saint-Jean-l’Évangéliste à Port-la-Joie étaient dans l’église où on chantait les litanies du Saint Nom de Jésus lorsque les troupes de Lord Rollo se précipitèrent dans l’édifice pour les disperser.  Quelquefois on voit des lumières étranges dans le voisinage.  Et quand l’étoile du soir apparaît, la silhouette de l’ancienne église paraît sur l’horizon; par les fenêtres, on voit les chandelles allumées; de petits bateaux portant les troupes de Lord Rollo se glissent sur les flots; les voix suppliantes font entendre dans le lointain la prière, “Ora pro nobis”.  C’est le pasteur et ses ouailles qui reviennent pour achever les oraisons commencées et interrompues il y a cent quatre-vingts ans.  (Helen Campion, Over on the Island.)

La langue française sur l’Île-du-Prince-Édouard

1983 par Contribution anonyme

 

Le document que nous reproduisons ci-dessous est une lettre au rédacteur publiée dans Le Moniteur Acadien (Shédiac) le 20 novembre 1884.  L’auteur est un Acadien de l’Île-du-Prince-Édouard.  Il se plaint amèrement de l’état de la langue française dans sa province.  Il parle, entre autres, du problème de l’anglicisation des Acadiens pour lequel il jette en partie le blâme sur le manque d’enseignement français dans les écoles acadiennes et à l’École normale.  Fortement préoccupé par le problème, il se demande ce que sera la vie française, à l’Île, dans cinquante ou cent ans.

L’an prochain, il y aura exactement cent ans depuis la publication de cette lettre.  Nous sommes donc en mesure de répondre à son auteur.  La Petite Souvenance invite ses lecteurs à le faire.

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Monsieur le rédacteur — Permettez que je sollicite un court espace dans les colonnes de votre aimable journal, afin d’y insérer quelques lignes, que je désire adresser à mes compatriotes sur un sujet bien important, je veux dire la langue française.  Chaque jour je suis attristé de voir la manière dont on déteste la langue française sur l’Île Saint-Jean.  Si vous rencontrez un ami, il se donnera garde de vous adresser la parole en français, mais au contraire, il fera usage du jargon britannique, en vous disant: “How do you do, sir?” ou bien “Good morning”.

Cette coutume, mes amis, est exécrable et ne peut avoir aucune excuse.  Nous français, et avoir honte de notre langue?  Si vous leur dites:  “Mais n’es-tu pas français, parle-donc ta langue?”  Et plusieurs vous répondent:  “What’s the good of French?”  Je ne sais si c’est seulement pour contrarier que ces gens parlent ainsi; mais toujours ce sont des discours bas et dégoûtant, et qui ne devraient jamais être prononcés par des gens d’origine française.

Si vous êtes descendants de l’Acadie, si le sang français coule encore dans vos veines, conservez le français, ainsi que votre langue.  N’ayez pas honte d’une langue que des génies n’ont pas eu honte de parler avant vous.

Une grand défaut, que je remarque sur l’Isle du Prince-Édouard, c’est le manque d’enseignement français, dans nos écoles.  Est-ce la faute du gouvernement ou celle des instituteurs?  La faute des deux, je pense; car si notre gouvernement apportait plus de soin à l’instruction de nos jeunes hommes, tant dans la langue française que dans la langue anglaise, de meilleurs citoyens habiteraient nos villes et nos campagnes.  Ils en feraient des hommes loyaux et intelligents.  La grande faute des instituteurs français, dans mon opinion, est leur manque d’activité à agiter cette grande et noble question, en faisant application au gouvernement afin d’obtenir un département français à l’École Normale.  Est-ce leur manque de courage ou leur manque de patriotisme qui les empêche de faire quelques efforts?  Pensez-vous que dans cent ans, s’il n’y a pas d’amendement, au train que nous allons, toute trace de notre belle langue française sera effacée dans nos générations futures!  De nos jours déjà, à peine pouvez-vous arracher une parole française, tant des instituteurs que des élèves.  Qu’en sera-t-il donc dans cinquante ou cent ans?  Le jargon britannique sera la langue dominatrice ou adoptée par notre race; et les accents de la langue française ne seront plus entendus sur notre belle Isle St-Jean.  Anglais, partout l’Anglais!  Plus d’Acadiens! plus de langue française!  Et pourquoi? pour faire place à une langue étrangère.

Oh! mes amis, un tel état de choses est déplorable à constater. Si les cendres de nos ancêtres pouvaient se rassembler et sortir de la tombe qui les tient prisonniers!  Oh! qu’ils rougiraient de nous, en nous entendant parler une autre langue que la langue française, à laquelle ils attachaient un si grand prix.  Il me semble les entendre, s’adressant à nous, en ces termes:  “Eh quoi, vous n’êtes donc plus français?  vous n’êtes donc plus des descendants de la vieille et belle Acadie!”  Ou bien:  “Eh quoi, vous n’avez pas honte de renier votre nation, votre langue, votre origine, et je pourrais même dire votre honneur?”

Tâchons donc, mes amis, et surtout la classe instruite, d’attacher plus de prix à notre langue, et de la parler toujours.  C’est un noble héritage que nous devons conserver à juste titre, et de plus le conserver intact.  S’il nous est absolument nécessaire d’avoir une connaissance de la langue anglaise, du moins ne faisons pas mépris de notre langue maternelle.  Parlons-la dans nos familles, parlons-la entre nous, enfin parlons-la en société.  Elle est toujours la plus belle et la plus riche.  Dans tous les cercles de la société aux États-Unis, comme en Angleterre, la langue française n’est pas méprisée, mais au contraire elle est parlée en société, préférablement à l’anglais, comme étant la plus claire, la plus douce et la plus belle, et ils ne se trompent pas dans cette assertion.  Lors de la convention de 1884, je l’avoue avec franchise, j’avais honte de mes compatriotes de l’Isle, de voir la manière dont ils s’entretenaient entre eux.  Il me semble que cela devait être très contrariant pour les étrangers de voir que dans une assemblée acadienne, ou pour mieux dire dans une Convention acadienne, de voir leurs frères de l’Isle toujours parler anglais.  Tout anglais:   billets pour dîner, programme, motos, etc.

Un certain monsieur, qui aime la langue française, me disait “qu’il était étonné de voir comme le français était négligé sur l’Isle.  Pourquoi ne parlez vous pas votre langue française?” me demandait-il.  “Depuis que je suis parmi vous, je vous ai nullement entendus parler français.”  C’est honteux disait-il, de voir que des Acadiens oublient ainsi leur origine.  Or donc, mes amis, tâchons de faire mieux à l’avenir.  Pratiquons notre belle langue, faisons-la pratiquer à nos enfants; parlons la en famille, en société et dans nos assemblées, et nous aurons bientôt gagné ce que nous avons perdu.

Un bon moyen de pratiquer notre langue, serait d’organiser des sociétés de débat; ainsi que des salles de lectures, dans chaque paroisse acadienne, où chaque semaine on pourrait s’assembler, et s’instruire.  Par exemple, pendant les longues soirées d’hiver, pourrions-nous avoir un plus bel amusement, et tout en s’amusant, puiser à la source de l’instruction et des sciences?  Un autre bon moyen, de rendre nos enfants parfaits, dans notre langue, est que tout père de famille qui le peut devrait envoyer ses enfants au Collège de Memramcook, où ils recevraient une bonne éducation française.  Si aujourd’hui le Nouveau-Brunswick a des prêtres acadiens, des docteurs, des avocats, des instituteurs et des hommes d’État ils peuvent remercier le Collège St-Joseph.  Eh pourquoi cette sainte maison n’en ferait-elle pas autant pour nous si nous la patronisions?  Ne sommes-nous pas aussi intelligents que nos frères du N.B.?  N’avons nous pas comme eux nos talents?  Oui certes.  Donc tâchons de faire instruire nos enfants, et nous en ferons aussi des hommes intelligents, capables d’élever la voix, et de défendre notre cause.

Une bonne chose pour nos enfants serait d’introduire la grammaire française dans nos écoles; mais pour l’introduire, il nous faut des instituteurs capables de l’enseigner, preuve qu’il est absolument nécessaire pour nous d’avoir un département français à l’École Normale; où nos jeunes hommes qui se dédient pour la carrière de l’enseignement, pourraient recevoir une bonne éducation française.  Nos hommes publics devraient avoir depuis longtemps compris cela et auraient dû se faire un devoir d’agiter cette importante question.  Voyez au N.B., ils ont un département français à l’École Normale, ils ont leurs professeurs, leurs inspecteurs, leurs instituteurs et leurs écoles tout français.  Pourquoi n’aurions-nous pas les mêmes avantages que nos frères?  Ne sommes-nous pas des sujets aussi loyaux qu’eux?  Ne payons-nous pas nos taxes ponctuellement?  N’avons-nous pas aussi un droit à l’argent qui chaque année est déboursé pour l’instruction publique?  Oui certainement.  Nos hommes publics, j’espère y songeront, et tâcheront de mettre cette question en agitation.  C’est leur devoir, et pourquoi reculeraient-ils devant un oeuvre juste et loyale.  Avant de terminer il me semble qu’il est de mon devoir de dire un mot en passant sur la question de la colonisation.

Notre petite isle, qui, aujourd’hui est remplie comme un oeuf, ne peut plus offrir, à nos jeunes gens, les moyens de s’établir.  Que vont-ils faire?  Vont-ils s’entasser les uns contre les autres, sur un petit coin de terre amaigrie, pour languir dans la misère le reste de leur vie?  Assurément non.

Mes amis, voici le seul moyen.  Allez coloniser au Nouveau-Brunswick ou au Canada.  Là vous trouverez des milliers d’acres de terre, qui n’attendent que des bras forts et vigoureux, pour se transformer en magnifiques champs de blé.  Aujourd’hui, nous avons toutes les chances d’aller coloniser, et de nous acquérir chacun une propriété.

Nous avons des sociétés de colonisation qui sont prêtes à secourir les colons qui se trouveraient en détresse.  Nous avons des voies ferrées pour nous transporter; nous avons les frères qui nous attendent, pour aller les joindre, dans l’oeuvre de la colonisation.  Nous avons partout des débouchés et des marchés, qui sont prêts à acheter vos produits.  N’est-ce pas de grands avantages pour nous?

Dix, quinze ou vingt ans passés lorsque nos devanciers ont été coloniser, tant au N.B. qu’au Canada; je vous le demande, avaient-ils les mêmes avantages.  Non loin de là.  Ils se sont enfoncés dans ces noires forêts, sans chemin, sans appui, sans même une pauvre cabane pour se mettre à couvert des intempéries.  Toutes les contrariétés ne les ont pas découragés; et aujourd’hui ils sont à l’aise, sinon indépendants.  Le seule obstacle, que je remarque, sont les hauts prix de passage. Lorsqu’un père de famille s’en va coloniser, il vend sa petite propriété, et la plus grande partie du résultat est employé à payer son passage.  Pourquoi le gouvernement du N.B. n’aurait-il pas des prix de passage spéciaux pour les colonisateurs comme ils ont au Canada?  Je pense que cela pourrait être obtenu si cette question était agitée par les hommes influents du N.B.  Je m’arrête, monsieur le rédacteur, de crainte d’ennuyer vos intelligents lecteurs, espérant que les quelques suggestions, dont j’ai fait mention auront de bons résultats.  J’ai, monsieur le rédacteur, l’honneur d’être votre tout dévoué, etc.

UN ACADIEN

Le Prix Gilbert Buote

1983 par Contribution anonyme

 

1.  Introduction

Le Prix Gilbert Buote a été créé en 1982 par la Société Historique Acadienne de l’Île-du-Prince-Édouard dans le but de couronner et de signaler les projets méritants réalisés dans le domaine de l’histoire et de l’héritage acadiens de l’Île.  En décernant ce prix, la Société veut, d’une part, récompenser les auteurs de ces projets et les encourager à poursuivre leurs efforts en ce sens.  D’autre part, elle souhaite éveiller l’intérêt de la population au travail qui se fait dans ce domaine et susciter son appui.

En dédiant ce prix à la mémoire de Gilbert Buote (1833-1904), de Tignish, la Société désire souligner la grande contribution de ce patriote acadien à la cause de son peuple.  Éducateur, journaliste, historien et généalogiste, il fut un farouche défenseur des droits des Acadiens.  En 1893, avec l’aide de son fils François-Joseph, il fonda L’Impartial, premier journal de langue française publié dans l’Île.  Il y publia de nombreuses notes généalogiques et historique, fruit de ses propres recherches.  À l’occasion du centenaire de la paroisse de Tignish, en 1899, il rédigea et imprima L’Impartial Illustré, livret souvenir contenant l’histoire de la paroisse et la généalogie des familles.

 

2.  Les projets:  critères d’admissibilité

a)  Tout projet qui, d’une façon ou d’une autre, contribue à mieux faire connaître et/ou à conserver quelque aspect de l’histoire et de l’héritage acadiens, est admissible au concours.

Exemples :
- une publication
- un projet d’interprétation de l’histoire et/ou de l’héritage acadien par divers moyens d’expression
- un projet réalisé dans le but de faire reconnaître et/ou conserver un lieu ou un édifice historique

b)  Est admissible au concours:  tout projet réalisé par un individu (ou un groupe d’individus) résident de l’Île, ou encore par une association, une entreprise privée, une école (ou une classe), un village, une paroisse ou une ville insulaire.

c)  Le projet devra avoir été complété entre le 1er juin de l’année précédant l’attribution du prix, et le 31 mai de l’année de l’attribution.  Les projets devront être inscrits au concours au plus tard le 30 juin de chaque année.

 

3.  Inscription des projets au concours

Toute personne intéressée est libre d’inscrire un projet au concours, qu’elle en soit l’auteur ou non, mais le prix ne pourra être décerné qu’à l’auteur.  De même, une organisation ou un comité quelconque peut soumettre des projets.

Le Comité exécutif de la Société historique acadienne verra à publiciser le concours.

 

4.  Critères d’évaluation

Chaque projet sera évalué selon les critères suivants :

a)  sa pertinence à l’histoire et à l’héritage acadien;
b)  sa contribution à la connaissance et à la conservation de l’histoire et de l’héritage acadien de l’Île-du-Prince-Édouard;
c)  la somme de travail exigée dans sa réalisation;
d)  la qualité du travail effectué;
e)  sa visibilité.

 

5.  Mode d’évaluation des projets

a)  Jury:  Le jury est composé de trois membres nommés par le Comité exécutif de la Société historique acadienne de l’Î.-P.-É.  Les membres du Comité exécutif ne pourront faire partie du jury.

b)  Le jury fera l’évaluation, pendant les mois de juillet et août de chaque année, de tous les projets reçus conformes aux critères d’admissibilité.

En règle générale, un seul prix sera décerné annuellement.  Cependant, dans le cas de deux projets remarquables, de qualité jugée égale, deux prix pourront être attribués.  Il n’y a cependant aucune obligation à ce que le prix soit décerné si le jury juge qu’aucun projet ne rencontre d’une façon satisfaisante les critères de sélection.  Le jury devra, en effet, veiller à conserver le prestige du prix en l’attribuant qu’à des projets de qualité.

c)  Des mentions pourront être décernées.

d)  La décision du jury sera finale.

e)  Le prix sera présenté lors de l’assemblée annuelle de la Société ou à une autre occasion jugée appropriée par le Comité exécutif de la Société.

 

6.  Le Prix

Le prix consiste en un parchemin encadré sur lequel est imprimé un fac-similé d’une première page d’un numéro du journal L’Impartial, une photo de Gilbert Buote et une inscription appropriée où apparaît le nom de la personne (ou de l’institution) méritante, le titre de son projet et la signature du président(e) de la Société.

Les Vieillards

1983 par La Petite Souvenance

 

Un correspondant de Wellington nous écrit ce qui suit, et demande aux autres journaux de faire connaître, s’ils le peuvent, un cas semblable dans aucune autre partie de l’Île, soit parmi les Français, les Anglais, les Irlandais ou les Écossais.

Voici ce dont il s’agit :

Les quatre personnes dont les noms suivent, tous frères et soeurs, sont encore vivantes et pleines de santé:

Mme Barbe Poirier, 96 ans
Mme Céleste Poirier, 94 ans
M. Cola Poirier, 92 ans
M. Thadée Poirier, 88 ans

L’Impartial,
le 4 novembre 1897

Nouvelles de partout

1983 par Contribution anonyme

 

Lors de son assemblée annuelle, la “Prince Edward Island Heritage Foundation” a accordé un prix d’honneur à la Société Saint-Thomas d’Aquin pour toutes les publications qu’elle a faites au cours des dernières années dans le but de faire connaître l’histoire et la culture acadiennes de l’Île.  À la même occasion, le Conseil Coopératif de l’Île-du-Prince-Édouard recevait un prix de mérite pour sa publication Le Mouvement coopératif chez les Acadiens de la région Évangéline – 1862-1982, livre écrit par Cécile Gallant.  D’autre part, notre ami Henri Gaudet, de Tignish, méritait le “Heritage Awareness Award” en reconnaissance du travail qu’il a fait pour souligner le centenaire de l’orgue de Tignish et celui de la naissance de l’organiste Benoît Poirier.

L’histoire acadienne vit dans quelques beaux noms que certaines de nos institutions acadiennes se sont donnés au cours des dernières quelques années :  École François Buote (école française de Charlottetown), le Théâtre la Grand’Couette (troupe théâtrale du Club Ti-Pa), le Comité régional S.E. Perrey (comité régional de la S.S.T.A. dans Prince-Ouest), le Comité régional Belle Alliance (comité régional de la S.S.T.A. pour la région Miscouche – Summerside).  Continuons ainsi à faire connaître notre histoire.

Cécile Gallant est en train d’écrire un nouveau livre.  Il s’agit d’un ouvrage qui porte sur la contribution de la femme acadienne de l’Île-du-Prince-Édouard à la société d’hier et d’aujourd’hui.  C’est un livre qui promet d’être fort intéressant.  Il comblera un vide qui se fait beaucoup sentir dans la littérature qui traite de l’histoire acadienne de l’Île.  Ce projet est une initiative de l’Association de la femme acadienne de l’Î.-P.-É.

George Arsenault est aussi à l’oeuvre.  Il a fait paraître 3 livres pour le compte de la S.S.T.A. depuis le début de l’année.  Il s’agit de:  La Religion et les Acadiens à l’Île-du-Prince-Édouard 1720-1980, La Chanson du pays et Le Conte et la légende du pays.  Ces deux derniers livres sont accompagnés de cassettes.  Georges prépare présentement une introduction à l’histoire acadienne de l’Île.  Ce livre sera publié par la S.S.T.A. en 1984.